Diéma : Le ‘datou’, un condiment qui fait de la résistance
Par Ouka BA AMAP Diéma Diéma, 07 janvier (AMAP) De nos jours, si dans les campagnes, le ‘datou’ est utilisé dans la préparation de certains mets, dans les villes, l’utilisation de cet ingrédient local connaît une forte régression. Beaucoup de femmes ont tendance à remplacer cet aliment, vieux de plusieurs siècles, par le ‘soumbala’, une substance obtenue à partir de la graine de ‘néré’. « Le ‘datou’ donne à la sauce un gout succulent», lance Madié, qui explique qu’il n’y a pas de comparaison à faire. Un autre affirme que c’est une question de préférence. Le ‘datou’ fait l’objet de critiques exacerbées. Beaucoup de personnes n’apprécient pas ses méthodes de préparation et de conservation qu’elles jugent, souvent insalubres et, surtout, déclare cet enseignant, « à cause de l’odeur qui s’en dégage lors de sa fermentation ». D’autres pensent, à tort, que consommer le ‘datou’ est signe de pauvreté. Entendre ces propos irrite ceux qui mangent du ‘datou’ de père en fils. Cette année, la production du ‘datou’ est abondante dans le cercle de Diéma, contrairement à l’année précédente où le produit a été rare, à cause de la mauvaise récolte du ‘dah’ (oseille), liée au déficit de la campagne agricole. Le contenu d’une cuillère ou d’une louche en plastique est vendu à 50 Fcfa. Il arrive que certaines femmes troquent leur ‘datou’ contre du mil, de l’arachide ou du maïs, etc. ou encore du lait avec des peulhs transhumants. Le ‘datou’ constitue une véritable source de revenus pour de nombreuses femmes. Celles de Fangouné bambara, un village de la Commune rurale de Diéma, produisent et commercialisent cette denrée sur laquelle elles font d’importants bénéfices. Ces braves femmes se rendent, régulièrement, comme certaines de leurs semblables, avec leurs produits, à la foire hebdomadaire de Diéma. L’argent tiré de la vente du ‘datou’ leur permet de subvenir aux besoins de leur famille et d’alimenter, souvent, leurs caisses associatives. MINUTIEUX PROCESSUS –La présidente de l’Association Benkady de Fangouné Bambara, Kaba Diarra, explique les techniques et le long et fastidieux processus de fabrication du ‘datou’. « Quand le ‘dah’ (oseille) devient mûr, on procède à la récolte », raconte la dame installée dans un fauteuil. « C’est une activité purement féminine dans cette localité. On rassemble les tiges de ‘dah’ pour les faire sécher. Il n’y a pas de battage, comme c’est le cas avec les épis de mil. On secoue les tiges pour les débarrasser de leurs graines. On fait le vannage des graines de ‘dah’, avant de les transporter à la maison’, poursuit-elle. Avec le ‘moude’ (un instrument de mesure équivalant à 3 kgs), on mesure la quantité de graines de ‘dah’ à transformer en ‘datou’. On les pile dans un mortier pour enlever les téguments et autres saletés. On fait bouillir l’eau dans une marmite. On y verse les graines de ‘dah’. A l’aide d’une louche, on enlève les écumes qui se forment à la surface. On laisse les graines cuire à point. On met les met dans le couscoussier lié à la marmite par un ceinturon en vieux chiffon. « A travers un système de filtration, on déverse l’eau sur les graines de ‘dah’, pour les assainir. On les enlève et les conserve dans un récipient. On récupère des tiges de millet ou, à défaut, de sorgho ou de ‘dah’, qui ont un goût fade. On les brûle et les laisse durant vingt quatre heures pour s’assurer que toutes les tiges ont été transformées en cendre. Pour fabriquer de la potasse, on met cette cendre dans un sac vide qu’on pose, minutieusement sur le couscoussier, lui-même, placé sur un récipient. On y verse, progressivement, de l’eau en la laissant suinter pour obtenir de la potasse. L’exercice se poursuit par le pilage des graines de ‘dah’, jusqu’à les compacter comme de la pâte d’arachide. On verse la potasse sur la pâte de ‘dah’ obtenue. On la malaxe soigneusement. On découpe la pâte de ‘dah’ en plusieurs morceaux, pn les étale sur la natte, en les éparpillant à l’aide d’un instrument pour favoriser l’aération. Si le produit devient sec, on le remet dans le couscoussier pour la fumigation. On l’enlève et l’étale, quelques minutes après. On replace les mottes de ‘dah’ dans le récipient pour les briser. Ainsi on dispose d’un ‘datou’, prêt à être consommé. « Pour conserver longtemps le ‘datou’, renchérit la femme, essoufflée par la narration, il faut ajouter du sel et le mettre à l’abri du soleil’. Le ‘datou’ a des vertus qui méritent d’être signalées. De l’avis de Modibo, la consommation régulière du produit permet de guérir les brûlures plaies d’estomac et les ulcères. « L’année de la grande inondation dévastatrice, mon mouton a été emporté par les eaux. J’ai conduit mon frère qui souffrait de ‘plaies’ dans son ventre, chez une guérisseuse qui m’a recommandé de bouillir le ‘datou’, de recueillir l’eau et de donner à boire au malade », explique Modibo. Tiatiné Diarra, notable à Débo Massassi, soutient que le ‘datou’ sert à traiter la toux. « Il suffit de croquer, chaque jour quelques poignées ». « Dans notre village, ajoute l’homme, les familles qui ne mangent pas le ‘datou’ se comptent sur les doigts d’une main ». On utilise, généralement, l’ingrédient dans la sauce qui accompagne le tô (pâte traditionnelle de céréales) faite à base de gombo ou de poudre de feuille de baobab, dans la sauce à la pâte d’arachide. Un passant, intéressé par le sujet, soutient que pour engraisser le mouton, il faut, de temps en temps, mélanger le son de mil avec du ‘datou’ et donner cette combinaison a l’animal. Fousseiny, un chauffeur, raffole de la sauce à la pâte d’arachide préparée avec du ‘datou’. Il déclare que s’il s’installe autour du plat, rien ne peut le faire lever de la, même de l’argent. « La cuisson du ‘datou’ nécessite une grande quantité de bois», constate une femme. Chaque fois qu’elle pense au bois qu’elle utilise pour préparer son produit, elle abandonne le projet. La production du ‘dah’ duquel provient le ‘datou’, doit être vulgarisée dans le cercle de Diéma, pour permettre aux femmes évoluant dans ce secteur de générer des ressources
Histoire de quartier de Bamako : Quand Lafiabougou s’appellait « Koulédougou »
Par Siné S. TRAORE Bamako, 07 janvier (AMAP) A l’origine, Lafiabougou, quartier de la Commune IV du district de Bamako, officiellement créé en 1961, portait le nomde Koulébougou, qui signifie site des bûcherons (fabricant des pilons, des mortiers et des écuelles en bois). A l’époque village/ hameau de culture (1920). C’est vers 1961 que le quartier prit le nom de Hamdallaye II et fut loti, la même année. C’est en cette même année, que le site a connu son premier chef de quartier, Birama Traoré, nommé, officiellement, le 25 octobre 1978, par décision n° 191/DB du Gouverneur du District de Bamako, le chef d’Escadron Oumar Coulibaly. Et, c’est en 1963 que l’appellation « Lafiabougou » se substitua à Hamdallaye II. Pour connaître davantage le quartier, notamment, son historique, son évolution, son origine, la date de sa création et le choix du nom qu’il porte « Lafiabougou », nous nous sommes rendu dans la chefferie du quartier dirigée, pendant plus de 50 ans, par feu El Hadji Birama Traoré dit San Birama, ancien administrateur civil. Sur place, nous avons trouvé le 5e fils de « feu El Hadji Birama Traoré, ex chef de quartier et ex coordinateur de la commune IV du district de Bamako», El Hadji Sinaly Traoré, aujourd’hui, chef de quartier de Lafiabougou et coordinateur, par intérim, de la Commune IV. El Hadj Sinaly Traoré a, tout d’abord, rappelé que la population de Lafiabougou a été constituée par des Maliens venus du Sénégal en 1960, de ceux arrivés de Congo et des anciens habitants de Bamako qui n’avaient pas de maisons et en avaient fait la demande. Le nom « Lafiabougou », décidé par les premiers habitants, signifie « Cité de la paix », a-t-il dévoilé. Selon lui, c’est un quartier qui n’a jamais eu de difficultés majeures dans le temps, d’où le nom « lafia bougou ». Question : aujourd’hui, est-ce que cette paix générique se sent toujours dans le quartier? Certains habitants du quartier dont nous nous sommes approché, comme Bengaly Konaté, enseignant au second cycle fondamental, en spécialité histoire et géographie, avance des éléments de réponse à cette question. Pour lui, le quartier ne colle plus à son nom, car, la paix, aujourd’hui, à Lafiabougou, est relative et l’insécurité y est galopante. « Autrefois, dans le quartier, la démographie n’était pas aussi élevée. De nos jours, la population s’accroit. Plus elle s’accroit, plus les habitudes changent, en même temps que les réalités», avance-t-il. Il a, également, rappelé que le quartier Lafiabougou d’aujourd’hui n’est pas celui des années 1990 où il avait plus d’espace pour moins de population. M. Konaté a, par ailleurs, laissé entendre qu’actuellement, le quartier ne fait pas exception aux autres de la ville de Bamako, sur le plan sécuritaire, comme Sébénikoro, Bozola etc. et les quartiers périphériques tels que Kanadjiguila, Ouenzindougou. «Cependant, on se sent plus à l’aise à Lafiabougou que dans ces quartiers », a fait savoir l’enseignant. « J’habite dans le quartier, depuis 20 ans. Vraiment, alhamdoulillah, je ne me plains pas beaucoup. Je n’ai eu de problème avec aucun habitant du quartier, encore moins avec les autorités coutumières, communales et administratives. J’apprécié beaucoup la manière de règlement des conflits et incompréhensions par la chefferie du quartier et ses conseillers. Leurs méthodes permettent de circonscrire de nombreux malentendus, sans saisir les autorités policière ou juridique », a expliqué Maimouna Koné, couturière au quartier. Au ‘grin’ de Kassim Kéïta, non loin du lycée El Madani Dravé, Moussa Balla Cissé souligne que le quartier « Lafiabougou » est de nature paisible. « Seulement, dans ces derniers temps, ça commence à être inhabitable, à cause des comportements insupportables de certains jeunes mal éduqués qui coupent le sommeil des habitants, à travers des actes de vol, braquage, d’assassinat et bruits insupportables ». « Il faut, nécessairement, revoir le système éducatif de nos enfants et jeunes, pour le bien des quartiers et du pays », dit M. Cissé. Il a, également, dénoncé le coté assainissement et environnement, surtout le « dépotoir d’ordures du quartier, à coté du cimetière du quartier». Lafiabougou fait partie des huit quartiers (Hamdallaye, Djocoroni-Para, Sébénikoro, Sibiribougou, Taliko, Dogodouman-Coura et Lassa) qui forment la Commune IV du district de Bamako, la capitale malienne. Il est composé de six secteurs. Il est situé à l’ouest de Bamako. Lafiabougou est limité à l’Est par Hamdallaye, à l’Ouest par le quartier de Taliko et de Dogodouman-Coura, au Nord par les falaises du village de Lassa et, au Sud, par le quartier de Djicoroni-Para. SST/MD (AMAP)
Mali : Des cas d’enrichissement illicite présumés confirment des inquiétudes et études antérieures
Par Amadou B. MAÏGA Bamako, 06 janvier (AMAP) Lesrévélations du président de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI), Moumini Guindo, samedi, au cours d’une conférence de presse pour partager le rapport annuel de l’institution avec la presse et les acteurs de la chaîne de répression de l’enrichissement illicite au Mali, confirment les inquiétudes soulevées par le rapport 2018 du Bureau du vérificateur général (BVG). Selon ce document remis au chef de l’Etat, le 4 juillet 2019, les faiblesses de gouvernance et de gestion des deniers publics constatées ont mis en exergue le fossé entre les pratiques des agents publics, les textes juridiques, les procédures administratives, etc. Faisant dire aux contrôleurs indépendants que le détournement des deniers publics ne fait plus peur en République du Mali. De hauts cadres de l’Etat réussissent, sans crainte, à détourner des milliards de Fcfa, privant ainsi les populations des services sociaux de base. Ces constats du BVG corroborent les conclusions de l’étude commanditée par l’OCLEI, lui-même, sur l’étiologie de l’enrichissement illicite dans l’Administration publique malienne dans le District de Bamako, les Régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso et Ségou. « Ses cibles, a expliqué le président de l’OCLEI, étaient les agents publics et des citoyens non fonctionnaires. Il s’agissait alors de savoir les causes principales qui poussent les agents publics à s’enrichir de façon illicite. Les conclusions, présentées par M. Guindo, ont montré que les causes de l’enrichissement illicitepour les zones concernées par cette étude sont dues à 60% aux faiblesses institutionnelles, législatives et règlementaires, 57% à la volonté d’être riche, à 55,6% aux causes socioculturelles et à 50% au manque de volonté politique de combattre le fléau. « Les méthodes et pratiques utilisées sont, entre autres, la perception de pot-de-vin, le détournement des deniers publics et l’abus d’autorité », a énuméré le conférencier, déplorant que les obstacles à cette lutte décelés par l’étude sont les immunités et privilèges de juridiction, l’absence de protection des dénonciateurs et la faiblesse de la volonté politique, etc. L’OCLEIa transmis à la justice trois dossiersd’enrichissement illicite et de corruptionprésumésdont la valeur cumulée est évaluée à plus de 4 milliards de Fcfa, a révélé samedi son président. Le premier concerne un inspecteur des services de sécurité social qui serait propriétaire de 17 maisons d’habitation dont trois ont déjà été vendues. Il posséderait, aussi, quatre véhicules particuliers. La valeur des biens est estimée à 969,31 millions de Fcfa. Le deuxième dossier concerne un inspecteur des finances qui aurait 18 maisons d’habitation. Sa résidence est un bâtiment de trois étages avec une piscine, qui aurait coûté 400 millions de Fcfa. Pendant que l’enquête était en cours, il aurait vendu trois maisons à ses propres enfants dont une villa à l’ACI à 10 millions de Fcfa. L’homme posséderait, également, 18 maisons non encore bâties. Le total des biens s’élève à 1,751 milliard de Fcfa. Le troisième concerne, aussi, un inspecteur des finances. L’office a identifié 20 bâtiments lui appartenant dont 17 maisons d’habitation. Ses biens immobiliers comporteraient, aussi, deux écoles privées, une ferme agricole mise en valeur, 46 parcelles dont l’essentiel est en titre foncier, deux maisons d’habitation déjà vendues, un bâtiment commercial vendu aussi. Cette personne a utilisé beaucoup de prête-noms. Ses enfants de 2 ans, 4 ans et 6 ans, posséderaient, respectivement, des maisons de 300 millions, 100 millions, 200 millions. La valeur de ses biens a été estimée à 1,562 milliard de Fcfa. « Outre ces trois dossiers qui ont été menés à leur terme, l’OCLEI travaille sur 35 autres dossiers, dont les conclusions seront portées à la connaissance du grand public », a annoncé Moumini Guindo. Il a assuré que, pour faciliter le rapatriement des fonds présumés détournés, son office est en train de signer des protocoles avec les organisations de lutte contre l’enrichissement illicite présentes dans les pays concernés. Guindo a révélé que l’essentiel de l’argent détourné au Mali est transféré à l’étranger. Ce magistrat jugé «travailleur acharné» par le président de la République a, entre autres, cité la sous-région, la France, les Etats-Unis d’Amérique et le Moyen-Orient comme « destinations de l’argent détournée par des fonctionnaires véreux ». Concernant la déclaration de biens des assujettis, l’OCLEI a reçu 998 déclarations de biens entre 2017-2018 », a révélé son président. « Les gouverneurs, les préfets et les sous-préfets constituent la majorité des fonctionnaires qui se sont pliés à cet exercice », a-t-il précisé. Toutefois, pour changer la perception sur la corruption et espérer réussir la lutte contre ce fléau, les auteurs du rapport suggèrent des réformes institutionnelles, législatives et réglementaires. Afin, selon eux, de corriger les dysfonctionnements constatés au sein de l’administration publique, renforcer les capacités des systèmes juridiques et judiciaires, des organes de vérification et de contrôle. « Tout cela serait vain sans une amélioration des conditions de vie et de travail des agents publics », prévient l’étude sur l’éthologie de la corruption. Le rapport couvre la période du 1erjuin 2017 au 31 décembre 2018. Un numéro vert (80 00 22 22) est mis en place afin de permettre aux citoyens de dénoncer les faits d’enrichissement illicite et de corruption. ABM/MD (AMAP)
Trêve sociale : Le oui…mais de certaines organisations syndicales
Par Bembablin DOUMBIA et Alou Badra DOUMBIA Bamako, 06 janvier (AMAP) Dans son discours à la nation, à l’occasion du nouvel an, le président de la République a demandé, avec insistance, une trêve sociale, tout en précisant qu’il ne s’agit nullementde remettre en cause la légitimité ni la légalité des revendications matérielles des organisations syndicales. Ibrahim Boubacar Keïta a cité, nommément, les syndicats de l’Education qu’il considère comme essentiels dans la vie de la nation. L’appel à la trêve du chef de l’Etat est motivé par le fait que l’Etat est actuellement pris à la gorge par l’effort de guerre. Afin de lutter contre le terrorisme qui ébranle le pays dans ses fondements, 24% des ressources budgétaires sont consacrées à l’équipement, au recrutement, à la formation et la montée en puissance de nos forces de sécurité et de défense. Il s’est dit favorable à une conférence sociale ou à l’adoption consensuelle d’un nouveau pacte de croissance et de solidarité, si cette trêve sociale doit passer par là. Dans les lignes qui suivent, nous avons recueilli les réactions de certains syndicalistes. Yacouba Katilé, secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) : «Nous tenons compte de la situation du pays» Le patron de la principale centrale syndicale explique qu’il est déjà dans la logique d’une trêve sociale. « Il y a un bon bout de temps, nous pouvions réagir par rapport à certains événements, mais nous ne l’avons pas fait compte tenu de la situation du pays », indique le secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs du Mali. Pour lui, l’esprit de la trêve sociale, c’est surtout de comprendre que chaque année, un bon syndicat doit logiquement pouvoir faire l’évaluation de ses actions. « C’est ce que nous faisons. Cela nous permet de nous projeter dans l’avenir, en faisant souvent l’élaboration des cahiers de doléances pour présenter de nouvelles revendications par rapport à la situation des travailleurs. Nous avons décidé au niveau de l’UNTM de surseoir à tout cela, compte tenu de la situation du pays que nous sommes en train de vivre », souligne Yacouba Katilé qui précise que pour autant sa centrale ne va pas renoncer à ce qui a fait déjà l’objet d’accord entre le gouvernement, le patronat et l’UNTM et dont la mise en œuvre a déjà commencé. Il exige donc la poursuite de la mise en œuvre intégrale de cet accord. « En refusant de continuer la mise en œuvre de cet accord, c’est comme s’il y a une trahison de notre part vis-à-vis de nos militants », fait remarquer le syndicaliste. Yacouba Katilé rappelle qu’aujourd’hui, il y a principalement la situation des compressés et celle des partants volontaires à la retraite. « Il faut vraiment qu’on puisse finir carrément avec ces situations », dit-il tout saluant le gouvernement par rapport à la mise en œuvre de certains éléments importants, notamment l’âge de départ à la retraite et la grille indiciaire. « Nous n’allons pas déposer de nouveaux cahiers de doléances compte tenu de la situation du pays. Pour autant, nous devons travailler pour finir avec la mise en œuvre des accords que nous avons avec le gouvernement », conclu le secrétaire général de l’UNTM. Mary Doumbia, secrétaire aux revendications du Syndicat national de l’Education et de la culture (SNEC) : «Nous réclamons l’application de l’article 39» Le responsable syndical apprécie le souhait du président de la République à sa juste valeur. Seulement, il estime qu’une trêve sociale a des préalables qu’il ne faut pas oublier. « Au moment où on demande une trêve sociale, au même moment on devrait avoir le point de tous les accords avec les partenaires sociaux. C’est quand on aura épuisé ces points d’accord qu’on peut parler de trêve sociale », soutient le secrétaire aux revendications duSNEC. Pour lui, tant qu’il y a un seul point d’accord qui n’est pas appliqué, on ne peut pas parler de trêve sociale. Le leader syndical estime qu’au niveau des syndicats de l’éducation, on ne peut pas parler de trêve tant que l’article 39 du statut des enseignants n’est pas appliqué. « Cet article nous accorde 180 points d’indice », souligne-t-il. En effet, le 26 janvier 2019, le gouvernement a signé un accord avec l’UNTM et le Conseil national du patronat du Mali (CNPM) qui a octroyé 180 points d’augmentation aux fonctionnaires relevant du statut général. Le statut des enseignants que nous avons arraché en 2018, dans son article 39, dit que lorsqu’il y a une augmentation sur le statut général, les enseignants régis par le statut particulier bénéficient également de la même augmentation. « À partir de janvier 2019, les fonctionnaires régis par le statut général ont bénéficié d’une majoration de 180 points d’indice. Donc aujourd’hui, nous réclamons l’application de cette augmentation et cela à compter du premier janvier 2019. Nous avons droit à cette augmentation au même tire que les fonctionnaires du statut général », soutient notre interlocuteur. Quand le gouvernement sera dans la dynamique de nous accorder cela et également les autres points qui ont été accordés l’année passée et qui ne sont pas encore épuisés, dit-il, nous pouvons parler de trêve. Hammadoun Amion Guindo, secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM) : «La conférence sociale est le cadre pour parler d’une trêve» Le leader de la Confédération syndicale des travailleurs du Mali rappelle que le gouvernement avait prévu en février 2019 d’aller à une conférence sociale, qui n’a pas eu lieu. Hammadoun Amion Guindo croit savoir que le ministre du Dialogue social et du Travail se prépare depuis 2 ou 3 mois pour réaliser effectivement cette conférence sociale. « J’estime que la conférence sociale est le cadre le mieux indiqué pour le gouvernement, les employeurs et les organisations syndicales de mettre tout sur la table, discuter et voir si l’environnement ou les engagements actuels permettent d’aller à une trêve sociale. « Nous ne pensons pas que ce soit à une organisation syndicale de répondre à une déclaration du chef de l’Etat, alors que nos partenaires sont effectivement le Conseil national du patronat et le gouvernement », objecte le secrétaire général de la CSTM. Le chef de l’Etat est
Médecine traditionnelle : Les vertus des plantes médicinales
Par Fatoumata T DIAWARA Bamako, 06 janvier (AMAP) Le Mali dispose d’un département dédié à la Médecine traditionnelle et a une bonne longueur d’avance sur nombre de ses voisins. Les spécialistes maliens enMédecine traditionnelle ont fabriqué sept médicaments traditionnels améliorés qui sont en vente dans les officines pharmaceutiques. Il est admis, dans notre société, que presque tout le monde (intellectuel ou illettré, riche ou pauvre, croyant ou pas) a eu recours à la médecine traditionnelle, notamment aux recettes de grand-mère, à un moment ou à un autre. Ce constat général rappelle l’importance de cette médecine, bien acceptée dans nos différentes communautés, et qui doit s’inscrire dans la complémentarité avec la médecine conventionnelle, c’est-à-dire moderne. Ainsi, le Mali a adopté une politique nationale en la matière. Cette volonté de valorisation de la médecine traditionnelle s’est traduite par la création du département de médecine tradition de l’Institut national de santé (INSP), lui-même bâti sur les cendres de l’ex-Institut national de recherche en santé publique (INRSP). Ce département de médecine traditionnelle, qui dispose d’une équipe de recherche compétitive, est à l’origine de la fabrication des médicaments traditionnels améliorés (MTA) auxquels on prête de nombreuses vertus. Sept médicaments sont actuellement vendus dans les officines pharmaceutiques à des prix accessibles. Il s’agit de l’hépatisane, du malarial contre le paludisme, de la pommade psorospermine contre les infections de la peau, du sirop balembo, utilisé contre la toux, du laxacassia indiqué contre la constipation et du dysenterial prescrit contre la diahrrée et du gastrosédal contre la gastrite. D’autres molécules seraient aussi sur le marché. Dans un pays où, il vaut mieux aller au boulanger qu’au médecin, c’est-à-dire que le médicament coûte plus que la nourriture, la médecine traditionnelle apporte un véritable bol d’air aux malades. Ceux-ci n’ont pas forcément les moyens de se procurer des médicaments génériques encore moins des spécialités. Nos compatriotes utilisent les médicaments traditionnels améliorés pour se soigner contre certaines pathologies courantes, notamment le paludisme qui reste un fréquent motif de consultation dans nos établissements de santé, les maux de ventre et certains malaises au cours de la grossesse. La médecine traditionnelle s’est révélée surtout d’une très grande efficacité dans la prise en charge de certains problèmes de santé publique. Malades et spécialistes du domaine intègrent ce potentiel dans l’arsenal thérapeutique de notre pays contre les pathologies assez répandues. MARCHANDS D’ILLUSIONS – Sékou Kouyaté est une personne du troisième âge. Du haut de ses 90 ans et de ses nombreuses années d’utilisation de cette médecine, il sait de quoi il parle. Cet habitant de Sabalibougou prête de nombreuses vertus thérapeutiques aux plantes. « J’accorde de l’importance à la médecine traditionnelle. Il y a quelques années, il n’y avait pas un éventail assez large de médicaments modernes. On utilisait les décoctions et d’autres recettes de grand-mère », rappelle-t-il. Le nonagénaire pousse son analyse un peu plus loin. Il estime qu’il y a une énorme différence entre les enfants de sa génération et ceux d’aujourd’hui qu’ils juge plus fragiles. L’argumentaire pourrait être contesté par tout esprit cartésien. Mais le doyen d’âge voulait simplement rappeler que, depuis des lustres, cette médecine continue d’administrer la preuve de son efficacité dans la prise en charge et dans la prévention de certaines préoccupations de santé publique. Adiaratou Togo, résidente à Kalabancoro, partage les mêmes observations que son prédécesseur et soutient que du début de sa grossesse à l’accouchement, elle n’a utilisé que des produits traditionnels. « Par la grâce d’Allah, mon enfant se porte comme un charme », explique cette mère de famille. La médecine traditionnelle représente un maillon essentiel de la chaîne de soins du fait que les tradi-praticiens représentent, parfois, le premier contact du malade. Il y a, donc, une notion de complémentarité à établir entre la médecine conventionnelle et celle traditionnelle. Cette dernière reste confrontée à un problème d’organisation et de réglementation pour être plus profitable parce que c’est une discipline qui recèle de grandes potentialités. Au-delà des médicaments, les thérapeutes traditionnels offrent des recettes à base de feuilles ou d’écorces d’arbres, de poudre. Sur le marché, ces produits sont accessibles pour le citoyen lambda. Les prix de ces médicaments traditionnels varient entre 25 et 250 Fcfa. Mais pour des croyances qui perdurent, certains médicaments sont cédés au prix symbolique de 5 Fcfa. Outrepasser cette exigence, le médicament perdrait tout son principe actif et donc son efficacité. Jadis, certains tradi-thérapeutes ne réclamaient le moindre kopeck du malade avant sa guérison. Ces maîtres de la médicine traditionnelle étaient sûrs de leur science. Mais aujourd’hui, les vendeurs d’illusions ont pignon sur rue et se livrent à des pratiques pas très orthodoxes. On leur reproche une méconnaissance des plantes et de leur mode de conservation. Cependant, la médecine traditionnelle a franchi les âges et semble avoir encore de beaux jours devant elle. A Kalabancoro, Mah Diarra est tradi-praticienne depuis le bas âge. Cette mère de famille vit de son art et subvient aux besoins de sa famille. Quant à Abdoulaye Bakayoko, 70 ans, il a hérité la science de la médication de ses ancêtres. Il assure vivre bien de ses connaissances thérapeutiques. Au marché de Sabalibougou, Youssouf Dembélé est un vendeur de plantes médicinales. Quotidiennement, il se rend à Sanankoroba, Ouélessébougou, Kabé, Baguinéda pour se ravitailler en plantes qu’il revend dans la capitale. Il cède ses cueillettes journalières au détail et il ne manque pas de clients. Les thérapeutes traditionnels utilisent beaucoup les plantes comme « goulobè », « djoun », « Ségou fali » contre le paludisme. Le « silen » est conseillé aux malades de l’hémorroïde ou « koko ». « Farakolo kanchi » facilite la dentition des bébés. Le « gountigè » aide l’enfant à marcher vite et le « sidjan lili » traite les maux de ventre. FTD/MD (AMAP)
Des vergers au marché : Incontournables revendeuses de fruits à Bamako
Par Maïmouna SOW Bamako, 03 janvier (AMAP) Ce lundi, 25 novembre, marché des bananes (Namassa Dankan). Comme tous les matins, Ici, la détermination est féminine. Les passages étroits, qui séparent les magasins des grossistes, grouillent de commerçantes au détail. La cohue, sans précipitation, se déplace dans tous les sens. Les revendeuses, arrivées tôt à la bourse des bananes, sont pressées de regagner le centre-ville. Elles sont chargées de régimes de bananes, de melons, d’oranges. Les retardataires sont reconnaissables à leur plateau coincé sous le bras. Elles bousculent tout le monde dans les étroits passages. Elles ont hâte d’arriver au stand de leur fournisseur habituel. Dans ce souk, il n’est pas aisé de se frayer un chemin. Pour se faire entendre, tout le monde, clients, vendeurs, crie. « C’est mon tour ! ». « Cédez-moi le passage ! ». « Dans quel sachet je mets tes achats ? ». « Ne me bouscule pas ! ». Beaucoup de jeunes femmes rurales, venues en exode à Bamako, deviennent des vendeuses ambulantes de fruits de saison. Elles sont propres et bien habillées dans les rues, pour attirer la sympathie de la clientèle. Difficile de convaincre ces femmes de m’accorder deux ou trois minutes d’entretien sur le commerce de la banane. Je guette les allures des clientes. Je m’approche de celles qui affichent une mine sereine. Je me dis que celles-ci sont indulgentes et qu’elles seront gentilles de répondre à deux ou trois questions. Ma tactique se révèle efficace. Deux sœurs ressortissantes de Koro, Ramata et Awa Tolo, acceptent de m’accorder quelques minutes de leur précieux temps. Toutes les deux sont mariées. Elles se partagent une caisse de banane chaque jour. « Le prix de la caisse de 30 kg oscille entre 4.000 Fcfa et 15.000 Fcfa, selon la taille des bananes », explique l’aînée Ramata. Depuis 5 ans, ce commerce apporte, à chacune, un bénéfice journalier de 2.000 Fcfa. Les deux jeunes femmes dogon sont dynamiques et pleines de vie. Elles affrontent, toute la journée, sourire aux lèvres, les personnes auxquelles elles proposent leur marchandise. Elles ne rentrent jamais à la maison sans avoir écouler leur stock. Il y a une bonne entente entre les deux sœurs. La cadette portait au dos le bébé de sa grande sœur, au moment de notre entretien, en plus du poids de la marchandise sur la tête. La cadette nous confie : « Nous visitons les places publiques et les marchés de quartiers de Bamako pour vendre la marchandise. Ce travail est pénible. Mais nous sommes sympathiques. Nous sommes arrivés à créer une chaîne de clients fidèles. Ils attendent notre passage ». Les deux sœurs participent à la charge du foyer. Elles font, de temps en temps, plaisir aux parents restés au village, en envoyant des cadeaux et de l’argent. La grossiste Aminata Diakité décharge, au cours de la semaine, plusieurs sacs de melons et d’oranges sur le marché de Bamako. Elle achète ses fruits à Ségou, Sirabolola, Banamba. « Les grossistes me cèdent cinq melons à 500 Fcfa. Je revends quatre à 500 Fcfa. Mon bénéfice est le prix de la vente d’un melon sur cinq. Pour gagner dans ce commerce, il faut être rapide et très compétitive dans l’écoulement des produits. Car ils sont périssables. Et si c’est le cas, on perd beaucoup d’argent », affirme-t-elle. Cette mère de deux enfants, d’une trentaine d’années, est consciente de son rôle éminent dans son foyer. Tous les jours, elle participe aux dépenses pour faire bouillir la marmite. Elle s’assume et, pour elle, cette contribution est un acte responsable pour la stabilité de son foyer. Le plus grand souhait de Bono Coulibaly est de se faire une place au soleil à Bamako, grâce à la vente ambulante de fruits. Elle est âgée d’une cinquantaine d’années. Elle porte tous les jours, sur la tête 30 kg de fruits de saison depuis ses 12 ans. Ce matin, comme des dizaines de femmes, elle attend devant un camion de 10 tonnes pour être servie. L’infatigable Bono avoue que, pendant sa jeunesse, elle n’ambitionnait pas de se faire une place sur le marché. C’était la rapidité d’écouler la marchandise qui comptait. Mais elle n’est plus jeune. La mère de sept enfants qu’elle est devenue, a confiance en ses capacités de procurer le pain quotidien à sa progéniture. La mère poule a déjà prévenu ses enfants de son envie de « prendre sa retraite ». Elle encourage ses garçons adolescents de persévérer dans l’apprentissage du métier d’électricien et de chauffeur qu’ils ont librement choisi. Ils seront adultes dans deux ans et pourront prendre la relève. « Je n’arrive plus à écouler tout mon stock. Ce commerce de détail alterne les bons et les mauvais jours. La perte est énorme par ce que les fruits pourrissent vite. Nous ne connaissons aucune technique de conservation que nous pouvons acheter avec nos faibles revenus», a déploré Bono Coulibaly. Le tenace grossiste Abdoulaye Diarra est dans cette activité depuis 16 ans. Tous les jours, il gère au mieux de leurs intérêts une clientèle toujours pressée, et ses trente employés. Il écoule vingt tonnes (20) de fruits de saison, chaque semaine. Ces marchandises lui viennent du Burkina Faso, de la Côte Ivoire et du Mali. Il juge que la quantité de fruits maliens est insuffisante dans son stock. « Je vends des bananes, ananas, oranges. En ce moment nous vivons la saison de la papaye solo’, dit-il. La difficulté dans ce business se situe au niveau du dédouanement. Avant, on acquittait le droit de passage. Maintenant, les cargaisons de fruits importés sont dédouanées. Et c’est cher. Plusieurs taxes sont payées sur le trajet Zégoua-Bamako. A l’entrée de la capitale, le camion est bloqué pendant près de 22 heures. Cette longue attente détériore une grande quantité de fruits. Plusieurs millions de Francs Cfa partent en fumée. Les autorités douanières sont insensibles à nos doléances jusqu’à présent», s’indigne-t-il. Le président du Syndicat des vendeurs de fruits, Bourama Diarra, et son vice-président, Bourama Kaba Diakité, sont, tous les deux, à la tête d’une entreprise familiale. Ils ont succédé à leurs pères qui avaient, eux aussi, succédé à leurs pères. Les récoltes maliennes ne suffisent pas pour
La courge : Un légume aux multiples bienfaits
Par Fatoumata TRAORE Bamako, 03 janvier (AMAP) La courge, « djé » en bambara, est utilisée dans la préparation de multiples recettes culinaires. Elle est également utilisée, comme médicament, dans la pharmacopée traditionnelle africaine. Comme chaque jeudi, j’arrive vers 10 heures à la bourse des légumes frais du marché Wonida de Bozola. Je viens acheter mon stock de condiments pour trois ou quatre jours. A peine ai-je franchi le seuil de l’aire de vente, qu’une voix forte m’interpelle, sur ma gauche : « Hé ! Mon amie et ma cliente fidèle à la robe rouge, approchez. Admirez ces courges. C’est de la qualité ! ». « Venez acheter de la courge ! ». La mère Bakiatou Traoré, exerce ce métier, depuis plus de deux ans. Je m’arrête devant son étal et fais mes choix parmi de gros légumes jaunâtres. Après avoir payé le prix de la marchandise, je lui demande de satisfaire ma curiosité. Elle accepte volontiers. Elle me révèle que la saison de vente de la courge s’étend de la fin de l’harmattan au milieu de la saison des pluies printemps. L’avenante et joviale Bakiatou Traoré précise qu’elle s’approvisionne en gros dans les villages du Bèlèdougou, de Bankoumana et du Manikala. Le chargement d’un pousse-pousse coûte 25.000 ou 30.000 Fcfa. «Je vends l’unité à 1.250 Fcfa ou plus ». Elle ajoute que la courge est utilisée dans la préparation de plusieurs mets dont « le tô » de courge. Les tranches du succulent fruit comblent l’absence de la viande dans la sauce d’arachide et dans le riz au gras. La courge relève le goût de la sauce d’oignon. Une bonne cuisinière peut en faire l’ingrédient principal de ses beignets et gâteaux. Le point de vente de Fatoumata Coulibaly jouxte celui de Bakiatou. La voisine vend, également, de la courge en gros et au détail. Parce que son petit garçon, sur ses genoux, tète, elle est assise, laissant les clientes choisir dans le tas. Mme Coulibaly profite de ce moment pour découper, avec délicatesse, sa courge. «Les prix de l’unité varient de 500 à 1.500 Fcfa. Les morceaux sont écoulés entre 25 et 50 Fcfa ». Elle a affirmé que la courge est réputée pour ses nombreux bienfaits. Ce fruit protège contre les troubles de vision nocturne, la constipation, et facilite l’accouchement de la femme, a-t-elle confié. La sexagénaire, Awa Diarra, cite une longue série d’avantages du légume. Le bout de la courge, selon elle, soigne le hoquet et guérit la fontanelle des bébés. Elle ajoute que la chair de la courge soigne la prostate. Sur le plan diététique, les recherches ont montré que la courge est riche en caroténoïdes. Elle diminue le risque de cancer. Ce légume dodu et charnu contient différentes molécules bénéfiques pour la santé : alcaloïdes, flavonoïdes, acides linoléiques, oléiques, palmitiques. Ses graines riches en protéines contiennent des quantités intéressantes d’acides gras essentiels (acide linoléique) et de vitamine E, connue pour ses propriétés anti oxydantes. La courge est riche en carotènes, vitamines et en minéraux. FT/MD (AMAP)
Appareils sans fil et cancer : De cause à effet
Par Maïmouna SOW Bamako, 02 janvier (AMAP) Les ondes émises par les téléphones portables, les tablettes, les wifi, les ordinateurs, les antennes de télévision et de radio sont susceptibles de provoquer des tumeurs. Les spécialistes mettent en garde contre leur usage abusif et l’implantation des antennes sans respecter les distances réglementaires Assis sur les genoux de sa mère, Ali, 5 ans, joue avec un pistolet factice, en attendant son tour pour la séance de radiothérapie qui doit durer 35 jours. Il y a un an, il a subi une ablation de son œil gauche atteint d’une tumeur. Le garçonnet ne semble intéressé que par son jouet. Pourtant, sa maman vit dans l’angoisse. Elle affirme être veuve avec cinq enfants et Ali est le tout dernier. « J’ai remarqué un furoncle à l’œil gauche de mon fils. On a été à l’Institut d’ophtalmologie tropicale de l’Afrique (IOTA). Malgré tout, l’infection s’aggravait. C’est alors qu’une infirmière m’a guidée vers un médecin au Point G qui nous a dit que c’est une tumeur et qu’il fallait enlever l’œil atteint», confie la maman. Veuve sans travail ni assurance santé, elle, qui peine à nourrir ses enfants, devrait faire face aux frais des ordonnances, des analyses médicales et aux factures d’hôpitaux. Après l’ablation de l’œil tumoral, la dame cherche de quoi acheter une prothèse oculaire pour son petit garçon. TUMEUR – Le cancer est un mal répandu dans notre société. La maladie touche toutes les couches sociales. F.D. 42 ans, témoigne. Touché par un cancer, une tumeur à l’oreille interne, les spécialistes qui l’ont suivi confirment que sa maladie est liée aux ondes du téléphone portable. « J’ai fait tout ce qu’il ne fallait pas faire : dormir avec le téléphone portable à coté de ma tête pendant des années. Et téléphoner dans la voiture les vitres fermées », confie l’entrepreneur. Depuis la découverte de sa maladie, il se rend, régulièrement, en France pour les soins. Issu d’une famille visiblement aisée, F.D ne présente aucun signe de dépression. Selon lui, les médecins l’ont assuré qu’une guérison était possible, à condition qu’il suive, régulièrement, le traitement. Sa chance est que la maladie a été diagnostiquée au stade 1. Les médecins lui ont conseillé d’éteindre le téléphone portable ou le laisser à l’extérieur de la chambre à coucher. Le cas de ce chef d’entreprise est une illustration parfaite du danger de l’utilisation abusive du téléphone portable. Les ondes émises par le téléphone portable, la tablette, le wifi, l’ordinateur, les antennes de télévision et de radio sont susceptibles de provoquer des tumeurs. Ces rayonnements ou radiations sont une sorte d’énergie sous forme de chaleur, de lumière visible ou invisible à l’œil nu. Les plus dangereux pour l’homme, ce sont les radiations non ionisantes. Le cancer peut atteindre tous les organes de corps humain : le cerveau, les poumons, le cou, les seins, la peau, les yeux, etc. « La mortalité est très élevée mais elle ne peut être estimée car il n’y a eu aucune étude sur les cas au Mali », révèle la spécialiste, Dr Bagayoko Aphou Salé Koné, cheffe du service de radiothérapie de l’Hôpital du Mali. Laradiothérapie, c’est le traitement du cancer par le rayonnement ionisant avec des appareils qui produisent le rayon X. Le rayon X a la capacité de détruire les cellules cancéreuses. D’après elle, aujourd’hui, on compte plus de 8000 personnes atteintes de cancer au Mali. Le constat est alarmant car l’espoir de recouvrer la santé est mince. Cela est dû au fait que les malades n’ont pas toujours accès aux soins appropriés. « En moyenne, nous recevons 300 à 400 malades par an. Nous n’avons qu’une seule machine pour tout le Mali », explique Dr Aphou Salé Koné. Voilà pourquoi les malades attendent de 3 à 6 mois. Pendant ce temps, le cancer progresse. Maladie compliquée, le cancer apparaît très souvent grâce à des facteurs favorisants. Ce sont des cellules malignes qui ont la capacité de se reproduire, de façon indéfinie, et vont détruire les organes dans lesquels ils se développent et se propagent à travers le sang ou la lymphe (le liquide dans le corps humain). COURBATURE – En plus de l’utilisation abusive du téléphone portable, l’implantation des antennes de la téléphonie mobile sur les bâtiments constitue aussi un facteur favorisant. Il y a le risque de développer la tumeur dans un rayon de 100 m, prévient le directeur général de l’Agence malienne de radioprotection (AMARAP), Dr Koné Nagatié. Le spécialiste indique que les rayonnements cassent les cellules du corps humain. Parfois, ces cellules peuvent se reconstituer d’elles-mêmes ou à la suite de thérapie. Mais, dans le cas où les cellules se déforment, sans pouvoir se reconstituer, elles conduisent à la formation d’une tumeur. « Quand vous êtes victime de radiation, vous sentez la fatigue, la courbature, qui peuvent être passagères ou persistantes. Ça peut aussi provoquer des vomissements, des brulures intérieuresou extérieuresdu corps humain », développe le directeur général de l’AMARAP. Le spécialiste ajoute que si l’on est exposé à la radiation à un certain niveau, cela peut provoquer le cancer. Dr Koné Nagatié explique que les antennes de téléphonie mobile doivent obéir à des normes. En effet, la distance réglementaire d’une antenne et de fréquence d’émission doit être de 4 m du toit dubâtiment où elle est implantée. Si elle est implantée au sol, elle doit être éloignée des habitations de 100 m au moins, énonce Dr Koné. Il souligne que sans le respect de ces normes, les effets de la radiation peuvent automatiquement faire monter la température du corps humain. BUSINESS – Au Mali, l’implantation des antennes de téléphonie mobile est devenue un business, un moyen pour les propriétaires de maison de se faire de l’argent. Mais peu de gens se soucient des risques que cela représente pour la santé. Depuis dix ans, K.A. habite dans un immeuble surmonté d’une antenne de téléphonie mobile à Djikoroni para. « J’ai un ami scientifique qui a attiré mon attention sur le danger que j’encours. Mais depuis 2009, j’avoue ne rien remarquerd’anormal. J’envisage de déménager une fois que je fonderai une famille
Réveillon : Au rythme de la conjoncture
Par Ahmadou CISSÉ Bamako, 02 janvier (AMAP) Le 31 décembre rime avec fête. En période faste, des groupes de jeunes (pas qu’eux !) s’organisent, en cotisant, pour mettre un mouton au four. D’autres optent pour la volaille. Le premier menu semble plus raisonnable, parce que le second est plus compliqué à réaliser. La demande est généralement supérieure à l’offre. Contrairement à l’année dernière, les affaires n’ont pas été bonnes pour Abdou. Lui, boucher connu au Badialan, bénéficie d’une bonne réputation pour la qualité de sa grillade. Sur une servitude des rails, il a installé un hangar en tôles sous lequel quelques vieilles tables et des bancs usés servent à recevoir les clients. Les inconditionnels ont même pris l’habitude de consommer les généreux morceaux de viande qu’il sert dans une assiette plastique, au bord de la route pendant que son assistant prépare le thé infusé. Au lendemain du réveillon, le tenancier de la dibiterie n’est pas au meilleur de sa forme. Quelques côtelettes d’agneau côtoient sur le grill deux ou trois gros morceaux de viande fumante. Le thé est déjà sur le feu même si le moral est au talon. Rien à voir ! Qu’il vente ou qu’il pleuve par ici, le thé est obligatoire. C’est presqu’un rituel. Une assiette déformée, trois tasses en verre et deux théières de différents volumes, plus un fourneau rempli de braises ardentes. Le tour est joué. Abdou, le patron est assisté de deux jeunes cousins. L’un s’occupe de la viande et l’autre des clients. « Vraiment, je n’ai rien compris à ce qui s’est passé ce 31 là. D’habitude, nous refusons les commandes de boutons rôtis. Cette année, pas une seule commande », regrette Abdou, maniant son couteau entre les côtelettes qu’il doit servir à un client. « On ne peut s’en prendre à personne. Cette situation est consécutive à l’état du pays », ajoute-t-il, philosophe. Les promoteurs de pressing, eux, n’ont pas chômé. La plupart d’entre eux ont refusé de parler de leurs chiffres d’affaire. Raphaël, un réfugié congolais, n’a aucune objection à dire qu’il a encaissé plus de 300.000 Fcfa au compte de son entreprise de nettoyage linge, à l’ACI 2000, non loin d’un grand l’hôtel de la capitale. Les boutiques de prêt-à-porter se sont, également, frottées les mains. « Dieu merci. Nous avons vendu mais sans atteindre le niveau des années antérieures », dit sobrement un commerçant de vestes cousues en Turquie et en Chine. Abdou se console du simple fait que les plus réputés des vendeurs de viande grillée comme « One Cluze » et ‘’Apolo » n’ont pas connu le succès habituel. « Il paraît qu’eux, aussi, n’ont pas fait de bonnes affaires », ajoute Abdou. L’argument de la pauvreté qu’il met en avant vaut, également, pour les transporteurs. Un chauffeur de taxi croisé au sens giratoire du Babemba est d’avis que l’argent se fait rare à Bamako. Est ce parce que tous les salaires ne sont pas virés à temps dans les comptes bancaires ? Un fonctionnaire de l’État le confirme, sans la moindre réserve. Il a pensé retrouver son compte bancaire alimenté lorsqu’il s’est empressé de se rendre au guichet automatique de sa banque. La machine lui fit savoir, sans ménagement, que son solde est insuffisant pour le montant demandé. A travers la capitale, la circulation était plus fluide que lors des réveillons passés. Les services de sécurité, eux, ont fait mieux qu’avant. Ils n’ont pas oublié que notre pays est en guerre. En nombre, les policiers ont investi les grandes artères et les points chauds de la ville. Les proximités des établissements de loisirs sont placées sous haute surveillance. Les patrouilles ont sillonné, jusqu’au petit matin, après que les derniers fêtards ont rejoint leur dortoir. AC/MD (AMAP)
Saint-Sylvestre à Bamako : Déplumer des poulets, une activité lucrative pour des jeunes gens
Par Oumar Diakité Bamako, 31 décembre (AMAP)La fête de la Saint-Sylvestre est une occasion en or pour des écoliers en congés scolaires et certains travailleurs saisonniers issus de l’exode rural. Pour cause ! C’est une ruée sur la volaille, notamment les poulets, comme pour les moutons, à l’occasion de la fête de Tabaski. Dans des quartiers populaires, à Bamako, ce mardi 31 décembre 2019, ces écoliers et travailleurs saisonniers se frottaient les mains en déplumant des poulets de fête contre paiement. Le reporter de l’AMAP, s’est rendu dans des quartiers de la Commune III du District de Bamako. Dans les coins et recoins, des baignoires et seaux métalliques posés sur le feu, entre trois grosses pierres, pour faire bouillir l’eau. Après, il faut plonger les poulets égorgés dans cette eau bouillante pour en faciliter l’opération de « déplumage ». De nombreux jeunes, tenant en main des couteaux, prêts à dépouiller en un clin d’oeil les gallinacés de leur plumage, recevaient, à tour de bras, des clients pour nettoyer leurs poulets achetés non loin. L’attroupement, autour de cette véritable chaîne de travail, est constant. Le poulet est, définitivement devenu, le menu gastronomique préféré des Bamakois lors de la célébration de la fête du 31 décembre. A N’Tomikorobougou, tout au long de la route bitumée, des jeunes gens « déplumeurs » de poulets sont là. Les passants ne peuvent pas les manquer. C’est aussi la ruée vers eux. « Ce travail est saisonnier. A chaque 31 décembre, nous déplumons les poulets en ce même endroit », nous fait savoir Alhassana Diakité, un poulet en main qu’il es en train de dépouiller de ses plumes. Il ajoute qu’«ils ont des clients fidèles dont les membres de leur famille et des ‘grins’ de grand frères ». Alhassana Diakité et son groupe, constitué de jeunes de sa génération (âgé de 17 à 21 ans), entretiennent une ambiance conviviale autour de cette activité. Pour la simple raison qu’eux-mêmes, complètent ou collectent leur cotisation pour célébrer la fête du 31 décembre, pour certains, et pour s’habiller chic, pour d’autres. « Nous pouvons nous partager plus de 30.000 Fcfa. Des ‘grins’ nous proposent jusqu’à 30 poulets à déplumer. Nous commençons vers 09 heures du matin jusque vers le petit soir », a-t-il révélé. Dans le même quartier, au niveau du terrain de football, communément ‘Bô terrain ni’ (traduction littérale : le petit terrain des excréments), deux adultes déplumaient des poulets, non loin de rails. Ils ont l’air d’approcher la cinquantaine. « Nous déplumons un poulet à 150 Fcfa», nous a dit M.S, sans autres détails sur leur gain. Toutefois, l’affluence, à notre passage, prouve que leur « business » marche à merveille et qu’ils ne rentreront pas bredouille à la maison. Les lieux ordinaires consacrés à cette activité, dans les marchés de Bamako, ne désemplissent pas. A l’entrée du marché de Hamdallaye, aux abords du grand collecteur de ‘Diafarana Kô’, deux travailleurs saisonniers officient, Sidy Coulibaly et Amadou Diarra. Si le premier affirme n’aiguiser que des couteaux de cuisine, en temps normal. dans le marché, le second indique que son travail consiste à creuser les fosses et autres canaux, quotidiennement. Cependant, ils profitent, chaque année, de la célébration de la fête du 31 décembre pour enlever les plumes des poulets. « Ce travail nous est profitable. On laisse nos tâches habituelles pour cette activité afin de se faire des revenus conséquents. Chacun empoche, au minimum, 10.000 Fcfa. On donne, aussi, de l’argent à des enfants qui nous aident pour la circonstance », a dit Sidy, regrettant qu’il y ait moins de poulets à dépouiller, cette année. Si cette activité circonstancielle est rémunératrice, elle n’est pas sans risques. « Souvent, on peut avoir des pertes. Aujourd’hui, on nous a volé un poulet que nous avons été obligés de rembourser à 3.000 Fcfa. Ce sont des choses imprévisibles », dit-il. OD/MD (AMAP)

