Insémination artificielle animale : Ça peut rapporter gros
Par Mariam F. DIABATE Bamako,16 janvier (AMAP) Au Mali, un grand nombre d’éleveurs a compris que l’amélioration génétique a des avantages pour l’exploitation des étals qui sont destinés à la production et pour la vente de lait, de viande ou d’animaux sur pied. Si certains utilisent la pratique dans le but d’accroître leur production laitière, ceux, en revanche, qui font de l’embouche bovine pour vendre les animaux aux bouchers, exploitent le créneau de l’insémination pour améliorer leur production de viande. Dans les deux cas de figure, l’insémination artificielle, un outil privilégié pour l’amélioration génétique des races animales, permet aux éleveurs de réaliser des profits. « Une bonne initiative ! », Modibo Siby, commerçant de vaches et veaux métis au marché à bétail du quartier « Sans fil » de Bamako « Personnellement, je l’ai introduit dans mon élevage dans le but d’accroître ma production laitière », a-t-il affirmé. Il pratique le métier depuis 7 ans. Assis sous un hangar, au milieu de son parc à bétail, il est indifférent à l’odeur de la bouse et d’urines d’animaux. Il a expliqué que l’insémination artificielle animale a considérablement augmenté sa production laitière. « De 4 litres de lait, je suis à plus de 50 litres par jour », a-t-il souligné, avant d’ajouter que cette production lui rapporte gros. Par ailleurs, M. Siby trouve que le commerce de ces animaux est aussi intéressant. « Le veau métis (d’un an) et sa génitrice (vache locale) peuvent rapporter plus d’1 million de Fcfa. Quant au prix du veau, il varie entre 250.000 et 300.000 Fcfa », a-t-il révélé, ajoutant qu’il cède ses vaches locales inséminées entre 350.000 Fcfa et 425.000 Fcfa. « Actuellement, je dispose de 15 vaches inséminées. Je projette d’inséminer 7 pour ce mois », affirme Mamadou Bah, éleveur à Sikasso. Propriétaire de 36 têtes de bœufs, le quinquagénaire est installé dans une grande cour, près de l’abattoir de Sikasso, sur la route de Bougoula hameau. « Les gens s’approvisionnent ici, depuis que j’ai commencé l’insémination. Je n’ai jamais acheté du lait nulle part ailleurs », dit-il, fier de lui. Il a commencé l’élevage en 2013. Trois ans plus tard, il a introduit la pratique de l’insémination dans son étal. Tout comme le précédent interlocuteur, M. Bah accorde une grande attention à la production laitière. Celle-ci lui permet de gagner de l’argent. « Avec mes races locales, j’avais 30 litres de lait. Aujourd’hui, je collecte une centaine de litres par jour », a-t-il affirmé. Il cède le litre à 500 Fcfa aux détaillants et 400 Fcfa aux grossistes. Egalement, l’éleveur peulh nous confie qu’il a tout récemment vendu 7 vaches métisses à 16 millions de nos francs. « En général, je vends ma vache métissée à 900.000 Fcfa. Quand elle est inséminée son prix varie entre 1.500.000 et 1.700.000 Fcfa. Ma métisse de moins de 3 ans, je la cède à 1.400.000 Fcfa, alors que celle de 9 mois coûte 800.000 Fcfa. Mon taureau métis d’un mois coûte 600.000 Fcfa», a-t-il précisé. Il a ajouté qu’en ce moment, il n’a plus de taureaux car, une fois qu’ils naissent, les clients se précipitent pour les acheter. Ils sont très prisés. « Le prix de nos bœufs de race locale, entre 1 et 3 ans d’âge, ne dépasse pas 250.000 Fcfa. L’insémination artificielle permet d’apporter une plus value, puisqu’on peut vendre un bœuf métis de moins de 2 ans à plus d’1 million de Fcfa », nous a expliqué Souleymane Coulibaly, un autre éleveur de Sikasso, dont la ferme est située à Kaféla, sur la route du Burkina Faso. Le sexagénaire possède 70 têtes de bovins, dont 40 vaches inséminées. « L’argent que je gagne grâce au commerce du lait me satisfait largement. Il couvre toutes mes dépenses (entretiens des animaux, salaires des travailleurs et dépenses personnelles) », a-t-il dit. Souleymane Coulibaly souhaite synchroniser l’insémination de ses vaches afin d’avoir de nombreux veaux métis de même âge le jour des mises bas. L’éleveur de Niono, Diaguely Diakité, reconnaît les avantages de la production laitière de ses vaches inséminées. « Avec mes quatre vaches inséminées, je peux avoir entre 22 et 35 litres de lait par jour », a-t-il confié, ajoutant qu’après la vente, l’argent lui permet de payer ses employés, d’acheter du tourteau et des herbes pour ses animaux et de couvrir ses dépenses familiales. En outre, M. Diakité transforme une bonne partie de son lait en fromage et yaourt. « Cet argent me permet d’économiser », a-t-il dit. TAUX D’INSEMINATIONINTERESSANT – En termes d’avantages de la pratique, le Pr Diakaridia Traoré ne tarit pas d’éloges sur l’insémination. Il est le directeur général du Centre national d’insémination artificielle animale(CNIA).« Avec l’insémination artificielle animale, les métis en âge de production donnent 10 à 15 litres de lait, par jour alors que les races locales font, seulement, de 2 à 3 litres », a-t-il expliqué. Tout en précisant que le coût normal de l’insémination est de 46.000 Fcfa, le coût subventionné par l’Etat est de 10.000 Fcfa pour la chaleur naturelle (période de l’ovulation de la femelle) et 17.000 Fcfa pour la chaleur synchronisée (l’ovulation de plusieurs femelles). Se prononçant sur les défis de l’insémination artificielle au Mali, le directeur général du CNIA pense qu’il faut un accès à un centre adéquat afin de pouvoir bien travailler. Pour le Pr Traoré, les défis sont pluriels parmi lesquels, il faut compter la difficile condition d’importation de la semence et les moyens de transport des semences vers les régions. L’arrêt de l’approvisionnement des inséminateurs en azote liquide (le liquide qui permet de conserver la semence), la non acquisition des semences montbéliarde fortement demandées par les éleveurs, le redéploiement du fonds alloué à l’insémination à d’autres activités par le gouvernementsont, aussi, des contraintes sur lesquelles il attire l’attention. Selon certains inséminateurs, la réussite de l’insémination dépend de trois facteurs : la compétence de l’éleveur, celle de l’inséminateur et la bonne santé de la femelle. En cas de défaillance d’un de ces trois facteurs, l’insémination échoue. « Le problème majeur de l’insémination est qu’une grande partie des éleveurs ont la mentalité que la pratique doit, coûte que coûte, réussir. Or, que ce soit les humains ou les
La pénurie de gaz butane paralyse des activités économiques à Bamako
Par Amadou B. MAÏGA Bamako, 15 janvier (AMAP)Mardi 07 janvier. Le soleil sur Bamako est enveloppé par un léger brouillard matinal. La météo affiche une température minimale de 15° C au Quartier du fleuve, en Commune III. Julienne Sidibé est assise derrière le comptoir de son restaurant. Où quelques clients prennent le petit déjeuner. En attendant l’arrivée de l’eau chaude qu’un employé est en train de faire bouillir, la gérante accepte de s’exprimer sur la pénurie de gaz à laquelle les usagers sont confrontés. En colère, la gérante du Bol de Jade juge accablante la situation. « De 7.500 Fcfa, la bonbonne de 12 kilos est, aujourd’hui, vendue entre 20.000 et 25.000 Fcfa », s’étonne-t-elle. A la question de savoir comment le restaurant fonctionne, elle s’exclame : « Hé ! Nous utilisons le charbon de bois, car nous y sommes obligés pour pouvoir assurer la continuité du service aux clients ». Comme la gérante de restaurant Julienne Sidibé, les foyers et autres consommateurs maliens sont privés de gaz butane, depuis un mois. La cause ? L’arrêt de la fourniture par les importateurs de ce combustible à usage domestique. Ceux-ci disent manquer de ressources financières nécessaires pour acheter, transporter et dédouaner ce produit commercial issu du raffinage du gaz naturel. Rappelons que ce produit dérivé du pétrole est importé de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et du Ghana. En effet, au tout début de la pénurie, qui prend des proportions inquiétantes, quelques producteurs peinaient à satisfaire la forte demande nationale. Occasion opportune pour des spéculateurs de sortir leur stock, visiblement, conservé à dessein. Ainsi, dans certains endroits de Bamako, la bonbonne de 6 kilos était cédée à 5.000 Fcfa voire 6.000 Fcfa, contre 3.500 Fcfa. Ces provisions seraient épuisées, à présent. Conséquence : ménages, restaurants, industriels et autres petites activités dépendant du gaz butane sont paralysés à travers différents quartiers de la capitale malienne. A Bamako Coura, au siège de l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi (ANPE), officient de nombreux kiosques vietnamiens spécialisés dans la vente de nems et de sandwiches. Rencontrée là-bas, une jeune Vietnamienne se force d’expliquer l’ampleur de la situation en langue nationale Bambara. « J’ai appelé mon fournisseur, il a répondu qu’il n’y a plus de gaz au dépôt », confie la jeune dame, en montrant du doigt une bonbonne vide de 12 kilos, l’air désemparée. A une centaine de mètres du kiosque, où travaille la vendeuse de nems, le jeune Bouba vend des omelettes qu’il prépare sur du gaz butane. Selon lui, avant la pénurie, la bonbonne de 6 kilos qu’il payait à 3.500 Fcfa pouvait durer plusieurs jours. Comparativement au charbon de bois, « le gaz fait notre affaire », affirme-t-il. Le manque de gaz a obligé Bouba à se tourner vers le charbon de bois. « Je n’ai pas le choix », dit-il. A côté de Bouba, des clients attendent impatiemment leur commande. Ils accusent l’Etat d’être le seul responsable de la situation. Selon eux, si la pénurie de gaz a atteint ce stade critique, c’est dû à la négligence de la part des autorités compétentes. En la matière, la subvention du gaz butane est gérée au niveau de plusieurs structures publiques. Il s’agit de l’Agence malienne pour le développement de l’énergie domestique et l’électrification rurale (AMADER), le ministère de l’Economie et des Finances et le Trésor public. A l’AMADER, la cellule de communication explique que le rôle de l’agence se limite à la collecte des factures des fournisseurs de gaz, faire les mandats des factures et les transmettre au ministère de l’Economie et des finances. L’AMADERdit avoir déjà effectué ce travail et transmis les mandats au ministère de l’Economie et des Finances, assurent ses communicateurs, qui ajoutent que les opérations de vérification et d’approbation des documents fournis par les opérateurs gaziers sont réalisées par l’Hôtel des finances. C’est après ces étapes que le Trésor public doit procéder au paiement par des virements bancaires. Selon une source au ministère de l’Economie et des Finances, les trois premiers trimestres de 2019 ont été déjà payés aux opérateurs gaziers pour un montant global de plus de 6 milliards de Fcfa. « Il reste à payer le quatrième trimestre au titre de 2019, reconnaît notre source qui explique ce retard est dû à la fermeture des crédits au titre de l’année fiscale 2019. « Il faudra alors, dit-elle, attendre l’ouverture des crédits pour 2020 pour apurer les arriérés de paiement ». Contacté à ce propos, le directeur de Sodigaz, Oudiari Diawara, dit que leur dernier paiement remonte à octobre 2018. Il précise qu’il avait, pour le mois d’octobre 2018, reçu un virement de 50 millions de Fcfa. ABM/MD (AMAP)
Les apporteuses d’eau tirent leur épingle du jeu sur les chantiers de construction
Par Aminata DIAKITE Bamako, 15 janvier (AMAP) Au quartier de Tabacoro, Fatou Théra, mère de trois enfants est devenue veuve très tôt alors que ses enfants étaient tout petits. Seule à les élever, elle s’est rabattue sur des petits métiers pour nourrir et entretenir sa progéniture. « Je vendais des oranges dans les quartiers. Je faisais la lessive pour les gens et, maintenant, avec mes amies du quartier, j’arrose les briques sur des chantiers de construction pour subvenir aux besoins de mes enfants », confie-t-elle. Des petits métiers comme celui de Fatou, l’arrosage des briques par les femmes dans les quartiers périphériques, peu de gens en connaissent l’existence. En effet, en dehors des tâches ménagères, de nombreuses femmes exercent ce métier sur des sites de travaux de construction, en remplissant des barils pour les maçons. Là, sur ces chantiers, les besoins en eau sont énormes et le précieux liquide peut rapporter gros. D’autres braves femmes, qui se battent autant pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, font aussi la lessive, sont des tresseuses, etc. « Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que de sottes gens » dit l’adage. On pourrait y ajouter : « Il y a d’honnêtes métiers pour gagner, aussi honnêtement, son pain quotidien ». Une autre apporteuse d’eau, Ramata Traoré, qui réside au quartier Farako/Mountougoula, pratique ce métier depuis deux ans. « Ça m’aide à faire face à mes besoins. Mon mari est mécanicien à Sirakoro. Il revient vers le petit soir et nous aide à remplir le reste des barils pour qu’on puisse terminer rapidement. Les enfants m’aident, souvent, à arroser et il nous arrive de gagner plus de cinq mille francs par jour », explique-t-elle. Chez elle, c’est toute la maisonnée qui s’y met de bon cœur. Mais, ce n’est pas tous les jours que « la petite entreprise familiale » travaille. « Il y a des moments où, les chantiers sont à l’arrêt », déplore notre interlocutrice qui achète de l’eau d’un château ou à une borne-fontaine, sauf pendant l’hivernage, où elle recueille l’eau de pluie dans les barils. « Contrairement à la saison sèche, la pluie nous permet d’économiser un peu d’argent car nous arrosons sans acheter de l’eau », souligne-t-elle. REVENU MENSUEL – Fanta Coulibaly, une jeune fille âgée de 17 ans habite à Sirakoro Cité. Elle est élève en 9è année de l’enseignement fondamental second cycle. Pendant les vacances, en plus des travaux ménagers, elle accompagne sa mère pour arroser les briques. Sa maman fait, aussi, la lessive pour des gens et ramasse des cailloux. « J’achète mes fournitures scolaires avec l’argent que je gagne en travaillant avec ma mère. Ainsi, je soulage ainsi mon père », dit la jeune fille, très lucide. Selon elle, le contenu d’un baril équivaut à 10 bidons de 20 litres et, sur chaque baril rempli d’eau, elle gagne 650 Fcfa. Korotoumou qui habite aussi à Sirakoro, indique qu’elle pratique ce métier grâce à une amie d’enfance et gagne sa vie. « Souvent, on peut gagner 50.000 Fcfa par mois et même plus. Ce qui nous permet de subvenir à nos besoins comme on peut. Mon frère aussi est arroseur de briques comme moi. Puisqu’il a des relations avec des maçons, il nous informe à chaque fois que des chantiers démarrent », raconte-t-elle. Quant à Moustapha Diarra, propriétaire d’un chantier en construction, il est satisfait des prestations de ces femmes qui arrosent ses briques. Pour lui, cela contribue, également, à la lutte contre le chômage car, plus de cinq femmes peuvent s’occuper d’un seul chantier alors qu’il existe de très nombreuses maisons en construction dans les quartiers périphériques. « Elles remplissent un baril à 750 Fcfa et peuvent en remplir jusqu’à 10 par jour. Nous, les propriétaires, donnons cet argent aux maçons qui le leur remettent», souligne Moustapha. Thérèse Ongoiba se réjouit de pratiquer ce métier car, avec le revenu qu’elle en tire, elle peut subvenir aux besoins de sa famille. « Mon mari est un chauffeur de taxi. Il sort le matin et ne revient qu’au petit soir. Avant son retour, je fais ce travail pour pouvoir acheter de petites choses à nos enfants », dit-elle. « Comme tout travail, le nôtre a des avantages comme des inconvénients », poursuit-elle. « D’abord, c’est un travail physique, donc pénible. Ensuite, certains propriétaires de chantiers ne nous font pas confiance. Ils pensent qu’on a l’habitude de les voler et pour cette raison, ils envoient, de temps en temps, des superviseurs pour contrôler le remplissage des barils. Par ailleurs, il y a des maçons qui, eux aussi, ne sont pas très orthodoxes avec nous car, ils tentent de nous gruger. Ce qui provoque, des fois, des bisbilles entre nous, à propos du montant qu’ils nous doivent », déplore-t-elle. AD/MD (AMAP)
Bamako : La pénurie fait exploser le prix du gaz butane
Par Ahmadou CISSE Bamako, 13 janvier (AMAP) « C’est 6.000 Fcfa. A prendre ou à laisser ». La décision du vendeur de gaz est des plus radicales. D’une taille moyenne, barbe de bouc, il range une dizaine de bombonnes vides devant sa quincaillerie, à l’entrée du marché de Dibida non loin d’une bâtisse de l’Etat en pleine rénovation. « Ok, je prends malgré le prix extrêmement cher » murmure la cliente qui ne tarda pas à attacher comme un fagot de bois la bonbonne de gaz, avant de grimper sur sa moto et se fondre dans le magma d’engins de la circulation routière. Le gaz est introuvable. Devenue une denrée rare, la bombonne chargée n’est plus livrée aux revendeurs. Aux abois, les opérateurs du gaz multiplient les contacts. Ils déclarent, urbi et orbi, qu’ils risquent de fermer boutique. Le cri de cœur ne semble pas avoir trouvé échos auprès des pouvoirs publics auxquels les opérateurs réclament un cumul d’arriérées s’élevant à près de 7 milliards de Fcfa. Conséquence de ce retard de payement, les cuves sont vides. C’est, du moins, ce que disent les opérateurs qui sont ont arrêté la distribution du gaz, depuis quelques semaines déjà. Dans les unités de remplissage des opérateurs, pas âme qui vive. En dehors des gardiens et vigiles qui veillent sur les bombonnes de gaz vides, les cuves et quelques camionnettes de livraison garées çà et là. Dans la rue, les bombonnes de gaz vides cherchent désespérément preneurs. Habituellement, la bouteille de 6 kg se change à 3.500 Fcfa. Aux 3,000 Fcfa qu’encaisse l’opérateur, il faut ajouter les 500 du livreur. « Hier seulement, j’ai eu de la peine à avoir du gaz. Heureusement, j’en ai eu mais j’ai dû payer très cher : 6,500 Fcfa ! » raconte, avec colère, une ménagère habitant le quartier résidentiel de Faladjè Séma. Elle explique s’être habituée à l’utilisation du gaz à domicile, notamment, pour préparer le petits déjeuner et, surtout, chauffer de l’eau de bain, en ces moments de fraicheur. Les opérateurs gaziers ont expédié, expressément, des correspondances aux autorités pour attirer leur attention sur l’état de leur trésorerie. En face, les arguments avancés par les pouvoirs publics, bien que fondés parce qu’imputables à la crise sécuritaire, ne font manifestement pas l’affaire des opérateurs privés. Ils veulent du « cash » pour payer les produits. Le Mali étant en guerre, l’attente risque de durer un peu plus longtemps. C’est justement cette situation préoccupante que craignent Oudiari Diawara et ses collègues qui ont animé, jeudi, une conférence de presse, pour, disent-ils, démentir la rumeur selon laquelle les opérateurs gaziers font plutôt de la rétention. « Nous ne sommes pas en grève. Pire, nous risquons de mettre la clé sous le paillasson si rien n’est fait pour payer les factures en souffrance » s’écrie le président des professionnels du gaz qui montre du doigt sa cour vide. « Constatez vous-même, les travailleurs ne sont pas à leur poste habituel. Dire que nous refusons de vendre le gaz est une aberration dans la mesure où nous sommes privés de nos ressources pour acheter et importer du gaz », indique le conférencier, dans la salle de réunion de son entreprise à Banankabougou, « Depuis octobre 2018, nous n’avons pas été payé », soutient-il. FACTURES CUMULEES –La facture est en effet salée pour un pays en pleine crise sécuritaire. Hammadoun Touré de l’Agence malienne pour le développement de l’énergie domestique et de l’électrification rurale(AMADER) comprend la colère des créanciers de l’Etat. Il invite, cependant, à la retenue compte tenu de la situation du pays et, surtout, des efforts en cours pour régler la note. « Nos fournisseurs savent dans quelle situation nous sommes ici au Mali. C’est justement pourquoi, ils nous exigent de la liquidité pour donner leur gaz. Sans argent, nous sommes obligés d’ajuster nos opérations pour nous éviter le dépôt de bilan » rétorque l’opérateur. Le Mali consomme une moyenne de 6 millions de tonnes de bois chaque année. C’est trop. Nos forêts se rétrécissent comme peau de chagrin et le désert, lui, gagne du terrain. La subvention du gaz butane répond à cette préoccupation des pouvoirs publics à limiter l’utilisation du bois de chauffe et du charbon de bois. Peine perdue si le gaz venait à disparaître. La semaine dernière, à défaut de se procurer du gaz sur le marché, un grand restaurant libanais de la capitale a fait décharger une dizaine de sacs de charbon pour ses cuisines. Le prix du sac de charbon de bois oscille entre 6000 à 7500 Fcfa. Le prix du gaz butane est fixé par les structures techniques de l’Etat. En décembre 2019, le kilogramme est fixé à 1004 Fcfa. Donc, la bombonne de 6 Kgs revient à 6025 Fcfa. Le budget d’Etat supporte 2525 Fcfa pour ramener le prix d’achat à 3500 Fcfa. Le nombre de bouteilles vendues sera alors multiplié par 2525 Fcfa pour avoir la somme à verser aux sociétés de vente de gaz. Ce différentiel de prix est codifié, dans le jargon budgétaire, sous le nom de subvention. Pour les opérateurs, il s’agit tout simplement d’un différentiel de prix à payer sans délai. La difficulté réside dans la mauvaise évaluation de la consommation du gaz au Mali, selon l’analyse du conférencier. Généralement, le budget alloué au secteur est d’environ 5 milliards de Fcfa. Montant insuffisant pour solder les factures des trois premiers trimestres de chaque année. Le glissement d’arriérées de 2018 sur le budget de l’année 2019 conduit, inévitablement, à une incapacité du budget à supporter les factures cumulées. En attendant l’opérationnalisation du Fonds gaz, les ruptures sur le marché ne seront pas des évènements rares. AC/MD (AMAP)
Gao : Effervescence au marché des couvertures en période de froid
Par Abdourhamane TOURE AMAP-Gao Gao, 13 janvier (AMAP) Le marché de la ville de Gao est innondé de diverses marchandises qui proviennent des pays frontaliers (Mauritanie, Algérie, Libye et Niger). En cette période de fraicheur, ces articles, les plus très prisés sont les couvertures de 2, 4, 6 et 8 kg. Ces couvertures viennent de la Mauritanie, l’Algérie (Kouria) et de la Libye. Certains commerçants arabes, d’origine mauritanienne ou algérienne et même malienne, viennent vendre ces produits aux commerçants de Gao. Ceux-ci les revendent, à leur tour, aux clients nomades, sédentaires et même à certains commerçants de Sikasso ou de Bamako. Au Mali, le mois de janvier est considéré comme la période du froid dont le degré varie selon les zones. Actuellement, dans le Nord, il fait excessivement froid, d’où la forte demande de couvertures dans ces régions septentrionales. C’est le cas à Gao ou le correspondant régional de l’AMAP a fait le tour du marché de la ville pour en faire le constat. Albekaye Kounta est un commerçant très connu à Gao dans la vente de couvertures et d’autres marchandises. « Ça fait 50 ans que j’exerce la profession de commerçant. Je l’ai héritée de mes parents et c’est la seule activité que je connais », dit. Le vieux Kounta vend les couvertures, les tapis, les salons marocains, les matelas, les congélateurs…. Selon lui, à Gao, le commerce général c’est-à-dire qu’ici, un commerçant vend un peu de tout. Il estime que le prix des couvertures varie selon leurs poids. « Généralement, mes clients sont des militaires maliens mais eux n’achètent que des couvertures de 12.000 ou de 20.000 Fcfa. Ceux des Nations unies achètent les couvertures de 50.000 Fcfa mais c’est lent », confie Kounta. « En plus, notre bénéfice sur les couvertures est médiocre », ajoute le commerçant. Quant a son collègue, Albouhari Maiga, installé non loin du commissariat de police de Gao, il dit exercer ce métier, depuis sa tendre enfance. «Moi, je cède la couverture de 8kg à 22.500 Fcfa. Avant la crise, au mois de janvier où il fait froid, je pouvais vendre un ballot qui peut contenir 20 à 30 couvertures. Maintenant, par jour, je peux vendre 3 à 4 couvertures de 2 à 4 kg. Parce que la crise a affecté tout le commerce’, explique-t-il. « Avant, mes clients étaient des femmes commerçantes qui venaient acheter des couvertures et d’autres marchandises pour les revendre à Sikasso, Bamako et même ailleurs. Aujourd’hui, avec l’état de la route et l’insécurité, toutes ces commerçantes ont abandonné le secteur du commerce par peur d’être attaquée par des bandits sur la route et cela a beaucoup impacter le commerce des grossistes de Gao », a détaillé le commerçant Albouhari. Mme Baby Bintou Dicko que nous avons approchée vient d’acheter une couverture de 2kg à 12.500 uniquement pour le froid. Selon elle, en temps normal, elle pouvait l’avoir à 11.500Fcfa. Hama Maiga s’apprête aller à Niamey par la route. Il est venu au marché pour acheter une couverture. Il tenait en main une couverture de 2kg qu’il a négocié à 7.000 Fcfa dans la boutique de Hamed Ben Sidi. Hamed Ben Sidi est un commerçant qui tient boutique à côté de l’agence d’une banque à Gao. Chez lui, on trouve des couvertures de 2kg jusqu’à 8kg. Selon lui, c’est en période de froid que les couvertures sont très sollicitées. Les couvertures qui viennent de la Mauritanie sont de la bonne qualité. Il vend aussi des tapis algériens et turcs ainsi que des salons marocains. Le commerçant Ben Sidi cède les tapis de 2/3 à 12.500 Fcfa, les 4/3 à 50.000 Fcfa et les 5/3 à 65.000 Fcfa. Les salons marocains entre 150.000 de 180000 Fcfa. « Depuis que la crise 2012 a éclaté, nous (commerçants de Gao) sommes confrontés à la rareté de la clientèle parce que nos clients potentiels, qui viennent de Bamako, ne peuvent plus transporter leurs marchandises par la route de Gao-Sévaré, parce qu’une fois qu’ils arrivent à Sévaré, les douaniers demandent les papiers de dédouanement alors qu’à Gao rien n’est encore mis sur pied en ce qui concerne le dédouanement », a déclaré Hamed Ben Sidi. A l’en croire, certains de ses clients lui ont dit que même pour deux tapis, la douane de cette zone exige le dédouanement. « Tous mes clients ont, ainsi, abandonné le secteur des produits importés des pays voisins », se désole le commerçant qui ajoute, en souriant, que « le fonctionnement des services de la douane à Gao ou ailleurs n’arrange aucun commerçant ». La ville de Gao est alimentée par des produits importés d’Algérie, de Mauritanie, de Libye, de Turquie et du Niger. Sans ces produits exportés et comte tenu de l’état de la route de Gao-Sévaré, que deviendront les habitants de la Cité des Askia ? AT/MD (AMAP)
Le froid dope le marché de la friperie
Par Fatoumata T. DIAWARA Bamako, 13 janvier (AMAP) En ce moment, les vendeurs de friperie (yougou-yougou) ont le sourire. Pour cause, le marché de ces vêtements usagés est, actuellement, très prospère en raison de la période de froid. Quand la température baisse, le commerce des vêtements usagés connaît une hausse. Beaucoup de gens y trouvent des habits chauds à moindre coût pour se protéger contre la fraîcheur. Les clients se bousculent devant les étals et les vendeurs réalisent des ventes record. Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour au marché de Médine qui demeure un site de gros importateurs de friperie au Mali. C’est le marché de prédilection pour les jeunes bamakois férus de fringues et qui n’ont pas forcément de grands moyens. Ce jour, de début janvier, il est 10h30mn. Le marché grouille de monde. Les vendeurs spéculent sur leurs marchandises, très souvent, en provenance de pays européens ou des Etats-Unis et les clients proposent des prix inférieurs aux propositions des premiers. Dans ce tohu-bohu indescriptible, le marchandage est un sport favori. Tout le monde veut faire la bonne affaire, qui pour renouveler sa garde-robe avec des costumes, vestes et chemises, qui pour se procurer des pullovers, des T-shirts et autres survêtements. Il y en a pour tous les goûts et pour tous les prix. Les grossistes disent s’approvisionner à partir de pays européens, d’Amérique et d’Asie. Leurs marchandises sont acheminées à Bamako par voie aérienne ou maritime. Ils cèdent ensuite des ballots de friperie à d’autres intermédiaires (des demi-grossistes et des détaillants) qui s’assurent de faire le tri et de repartir en lots de premier, deuxième et troisième choix. A titre d’exemples, les ballots sont ensuite vendus à 100.000 Fcfa pour le premier choix, 80.000 Fcfa pour le deuxième choix et 60.000 Fcfa pour le troisième et dernier choix. Ensuite, les détaillants de vêtements usagés vendent à l’unité. Une veste est négociée à partir de 20.000 Fcfa. Les pantalons sont cédés entre 1.000 et 4.000 Fcfa. Le prix des chemises oscille entre 750 Fcfa et 2000 Fcfa. Les pull-overs sont à 1.250 Fcfa l’unité et les jupes à 800 Fcfa la pièce. Les T-shirts sont cédés à 700 Fcfa et d’autres habits sont accessibles à moindre coût. Mohamed Traoré évolue dans le négoce de la friperie au marché de Médine. Il reconnaît que ses affaires marchent en ce moment. C’est une niche, il en profite. « Je vends des bonnets, des chaussettes, des pullovers et des pantalons », nous confie-t-il, en continuant la transaction avec un client. Il fait de bonnes affaires, actuellement, parce que les pullovers, les chaussettes et les gants s’écoulent comme de petits pains Pour lui, il est clair que la friperie est plus prisée que certains prêts-à-porter, notamment en termes de qualité, de diversité et de coût.. Moussa Coulibaly est lui, aussi, vendeur de friperie dans la cour de l’ancienne Régie des chemins de fer ou « woro courou ». Il apprécie le comportement du marché. Il reconnaît que les prix ont pris l’ascenseur parce que maintenant les habits sont vendus entre 500 et 3.500 Fcfa l’unité. Modibo Dembélé, vendeur de friperie sur le même site confesse que, depuis décembre, il ne vend exclusivement que des pullovers. « C’est un marché rentable, ce qui justifie mon choix », explique-t-il. Notre équipe de reportage a pu constater l’affluence autour de lui. Cheickna Ousmane Diakité se présente comme un client fidèle de la friperie. Il est venu acheter un pullover pour se protéger du froid, donc contre certaines maladies. Aminata Touré est, aussi, férue de fringue. Pour elle, peu importe la période, pourvu qu’elle arrive à faire ses emplettes parce qu’elle estime que c’est une exigence pour une femme d’être toujours bien mise. « Je fais le tour des marchés de friperie, à la recherche de pullovers de qualité pour ma famille, notamment ma progéniture. Mes enfants ne partent pas à l’école, en cette période de fraicheur, sans pullovers », dit-elle. « Tout le monde doit porter des habits chauds maintenant. Si on ne se couvre pas bien, on risque d’attraper certaines maladies. Or acheter un pull à 2,000 Fcfa ou plus vaut mieux qu’attraper des maladies et acheter des médicaments ensuite », estime-t-elle. « Les ballots sont trop chers en ce moment. On y trouve pas forcément la qualité », juge Mme Traoré Khady Coulibaly. Cette mère de trois enfants quitte, chaque jour, l’Hippodrome II où elle est domiciliée, pour se rendre au marché de Médine. Elle y vend de la friperie. Contrairement à d’autres, elle peine à trouver de la clientèle. Mariam est, aussi, vendeuse et connaît la même mévente. Pour elle, les prix connaissent une hausse. Mais c’est une situation liée au coût élevé du dédouanement. « J’achète les ballots dans un grand magasin, au marché de Médine. C’est de la friperie qui vient de la France, du Canada, de l’Italie et d’Amérique », explique-t-elle. Si le besoin de porter des vêtements chauds conduit beaucoup de gens à se tourner vers la friperie et les vendeurs profitent de cet engouement, l’embellie est passagère pour ne pas dire saisonnière. FT/MD (AMAP)
L’après 31 décembre à Bamako : Des lendemains qui déchantent pour les vendeurs de poulets
Par Amadou GUÉGUÉRÉ Bamako, 10 janvier (AMAP) Si pour certains la Tabaski est la fête des moutons, pour beaucoup d’autres la Saint Sylvestre est la fête aux poulets. Qui dit poulet fait référence à ces marchands de volailles qui, à la veille des fêtes, se frottent généralement les mains. A l’occasion, l’abondance de la demande crée souvent des pénuries de gallinacés sur le marché de Bamako, avec son corolaire de spéculation. Et après la fête ? Lundi, 06 janvier. Une tournée de quelques souks de la capitale pour s’imprégner de l’atmosphère et de l’affluence. Le marché de Banankabougou est considéré comme l’un des plus grands centres de vente de volailles à Bamako. Situés en plein cœur de ce marché situé en Commune VI du District de Bamako, les étals des marchands de volailles s’étendent sur environ 30 mètres. Ici, le prix unitaire du poulet varie entre 2.000 et 2.500 Fcfa. La pintade, elle, coûte entre 3.500 et 4.000 Fcfa. Au loin, on observe une vingtaine de caisses et de paniers chargés de poulets, de pintades et de pigeons, en attente d’éventuels acheteurs. Là, va avoir lieu un marchandage. Habillé en t-shirt noir, Yaya Diallo, la quarantaine, discute le prix de poulet avec un potentiel preneur. Sa cage contient plus d’une centaine de poulets et de pintades. « Combien coûte le poulet blanc, non le noir ? », demande le client. « Je vous le cède à 2.500 Fcfa », rétorque le vendeur. « Je le prends à 2.000 Fcfa », renchérit l’acheteur. « Ok ! Je vous le donne à ce prix-là », concède le marchand. Vite fait ? Oui. Bien fait ? à voir, surtout pour le vendeur ! Interrogé après cette discussion, notre interlocuteur reconnaît que l’affluence était beaucoup plus grande à la veille de la fête. « Il y avait du monde partout, tout le monde voulant apporter du poulet en famille », ajoute Yaya Diallo. « Je ne peux pas vous donner un chiffre mais, j’en ai beaucoup vendu à la veille du 31 décembre. Après, il n’y a plus de vente », se désole-t-il. Pour lui, le marché de poulet dépend des circonstances et chaque jour a ses réalités. « Il est des jours où les clients affluent. Il y a, aussi, des moments où nous passons toute une journée sans réaliser la moindre vente. Nous gagnons quand-même de quoi nourrir la famille », explique-t-il. CHIFFRE D’AFFAIRES – A côté de lui, commerce Youssouf Diarra, un autre vendeur de volaille. Assis sur une chaise au milieu de collègues, la causerie semble animée. « Aujourd’hui, le marché est timide, il n’y a pratiquement plus de vente. La veille de la fête de fin d’année, j’ai vendu des milliers de poulets et de pintades. Aujourd’hui, je vends moins d’une centaine de poulets », compare M. Diarra, d’une voix timide. Dans les alentours, jouent des adolescents âgés de 15 et 16 ans. Leur tâche est de déplumer la volaille à la demande du client. « S’il n’y a pas de marché du côté des vendeurs de poulets, nous sommes obligés d’attendre. Et, actuellement, les clients se font rares », témoigne un jeune arçon. « Cela semble dû au manque d’argent, parce que les gens ont beaucoup dépensé pendant la fête », estime un d’eux. Arrivé au marché de Magnambougou, nous avons rencontré un vendeur de poulets qui a voulu garder l’anonymat. Vêtu d’un pull-overde couleur bleue, un petit sac en bandoulière, il dénonce la concurrence déloyale des vendeurs ambulants. « Ceux-ci ne payent pas de taxe. A la fin des fêtes, ils disparaissent et attendent la prochaine fête », déplore le vendeur. A l’entendre, les vendeurs ambulants sont à la base de cette mévente à laquelle est confronté le secteur aujourd’hui. Au marché de Torokorobougou, en Commune V, à l’autre bout de Bamako, un jeune homme vend des poulets au bord de la route, en face du marché. Lassiné Traoré confie : « Le 31 décembre dernier, j’ai réalisé un chiffre d’affaires estimé à 150.000 Fcfa ». Depuis, seuls quelques clients habituels rendent visite au marchand de volaille. AG/MD (AMAP)
Pénurie de gaz butane : Le charbon fait feu de tout bois
Par Babba B. COULIBALY Bamako, 08 janvier (AMAP) Depuis plusieurs semaines, à Bamako, le gaz butane joue la star. Il faut débourser le double, voire le triple du prix subventionné (3.500 Fcfa) pour s’offrir la bouteille de 6 kg. Les usagers se tournent vers le charbon de bois, dont les prix prennent aussi l’ascenseur. Mais les vendeurs réfutent toute relation de cause à effet. Nous sommes en pleine pénurie de gaz butane. Ce combustible non pollueur est devenu au fil du temps un compagnon indispensable des ménages de la capitale malienne. Il se substitue même, souvent, au charbon de bois, de moins en moins, utilisé par une classe moyenne. Cette rupture suivie d’une augmentation du prix d’un tel produit a poussé les ménages à se tourner vers le charbon de bois, On peut en imaginer dont les dommages sur l’environnement qui restent à évaluer. Aux points de vente du charbon de bois, à travers la ville de Bamako, la situation est à la surenchère. N’Golo Diarra est vendeur grossiste de charbon depuis près de 25 ans au marché de Lafiabougou. Habits et visage colorés noircis au contact du charbon, il est catégorique : « Le manque de gaz butane n’a pas eu d’impact sur le prix du charbon ». Pour lui, la flambée, ces derniers temps, du prix du charbon est périodique. « En ce sens, argumente-t-il, que l’accès aux sites de production du charbon est très difficile pour les véhicules pendant la saison des pluies ». S’y ajoute le froid qui empêche les producteurs de couper suffisamment d’arbres. Créant, ainsi, une situation où l’offre est inférieure à la demande. « C’est ce qui a entraîné l’augmentation du prix du charbon », tente de convaincre N’Golo Diarra dont le dépôt était pris d’assaut par des clients. A l’en croire, les prix pourraient baisser après la saison froide. Car, la production du charbon est moins onéreuse et moins pénible en saison sèche. « C’est pourquoi nous cassons les prix pendant la saison de sèche », explique celui qui cède le sac de charbon à 5.000 Fcfa, précisant que le prix varie d’un point de vente à un autre et en fonction des localités de provenance. La Région de Sikasso apparaît comme un centre de production par excellence du charbon de bois. En témoigne la disparition accélérée et inquiétante des forêts qui ceinturent la région frontalière de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso. A preuve, toutes les deux semaines, Madou Sonta décharge des centaines de sacs de charbon transportés par des véhicules en provenance de Sikasso. Ce fournisseur, âgé d’une cinquantaine, est installé au marché de Ouolofobougou. Par jour, Madou Sonta peut écouler plus d’une cinquantaine de sacs de charbon. « Le manque de gaz butane, renchérit-il, n’a pas provoqué une augmentation de prix du sac de charbon. Il a, par contre, entraîné un soudain afflux de la clientèle », reconnaît M. Sonta. « Bien avant la crise du gaz, on vendait le sac aux détaillants à 4.500 Fcfa », rappelle-t-il, ajoutant que le charbon qu’il vend provient de Kolondièba. Si les marchands de charbon réfutent tout lien entre la hausse du prix et la pénurie de gaz butane, ils confirment tous que cette crise a gonflé leur clientèle. « La crise du gaz, nous arrange en quelque sorte car, par jour, je vends plus de 50 sacs. Et les sacs que vous voyez seront écoulés avant la fin de la journée », sourit Madou Sonta, en pointant le stock du doigt. Contrairement à son voisin Madou Sonta, Salif Doumbia a, lui, cassé ses prix. « Le prix dépend de la provenance. Je cède le sac à 3.500 Fcfa voire 3.750 Fcf », assuré M. Doumbia, qui venait de vendre une dizaine de sacs à Mme Diarra. Le charbon dont il fait commerce provient de Siby, localité située à quelques dizaines de kilomètres de la capitale. La pénurie de gaz semble être une aubaine pour des livreurs de charbon. Saisissant l’opportunité, ils se sont transformés en revendeurs ambulants de charbon de bois. Tel est le cas du jeune Boua Théra. Rencontré au niveau du marché de Fassambougou, en Commune II, il explique : « Maintenant, le commerce de charbon est très florissant. Comme la plupart de mes camarades, j’ai choisi cette option, c’est plus rentable que la livraison que je faisais. Sur chaque sac, je fais un profit de 500 Fcfa ». Conséquence ? Les ménagères, elles, se plaignent de la hausse du prix de combustible. « Le sac de charbon est intouchable. Le gaz butane est introuvable. C’est vraiment difficile pour nous », peste Aïssata Diallo. La bonne dame venait d’acheter quelques sachets de charbon. BBC/MD (AMAP)
Après la fête de fin d’année : Relative affluence aux marchés de légumes
Par Aminata DIAKITE Bamako, 08 janvier (AMAP) La veille de la fête du Saint-Sylvestre, communément appelée la «fête du 31», les légumes et autres produits frais étaient fortement demandés sur les marchés de Bamako. Cette forte demande a, par ricochet, provoqué une hausse inattendue des prix de ces produits. Une semaine après ces jours de profit à outrance pour les commerçants, c’est, maintenant, un peu la morosité dans les marchés. C’est le cas du marché de vente de légumes appelé «Wonida», au quartier Bozola, en Commune II du district de Bamako. Lundi, une monotonie presque inouïe était perceptible à l’entrée de ce souk. Assises devant leurs recipients remplis de légumes, les mines graves, des vendeuses aguichaient les clients, en criant : «Venez acheter des légumes (haricots, tomates, piments, oignons, cèleri ». Certaines vendeuses, un peu plus jeunes, se faufilaient entre les étalages et les usagers, en quête des rares clients. La situation était, également, moins reluisante chez Abdoul Karim Koné. « Je n’ai pas vendu plus 10 sacs de pomme de terre, contrairement à l’année précédente. La situation est peut-être due au manque de moyens et les évènements auxquels notre pays est confronté actuellement», se console-t-il. Venue faire ses achats chez Abdoul Karim Koné, une restauratrice constate que « la fête de fin d’année n’a pas été célébrée avec faste, comme d’habitude, à cause des difficultés d’argent ». Abondant dans le même sens, Awa Kanté, vendeuse de tomates, ne cache pas son désarroi face à la faible affluence des clients au niveau du marché, après la fête. « Vraiment, nous ne comprenons rien. Nous, vendeuses de tomates, sommes toutes assises derrière nos produits. Pas un client ! Alors qu’avant le 31 décembre, la tasse de tomate était cédée à 14.000 Fcfa. Les clients affluaient, malgré la spéculation, le prix normal de la tasse étant 7.500 Fcfa », déplore la vendeuse. Toutefois, les vendeuses de haricot vert, la star du moment, semblent tirer leur épingle du jeu. « C’est la période des haricots verts. Fête ou pas, je vends plus de 10 sacs chaque jour», se réjouit Fanta Diallo, vendeuse de haricot vert. Elle reconnaît tout de même que l’affluence n’est pas la même qu’avant la Saint-Sylvestre. Elle dit avoir vendu, deux jours avant le 31 décembre, 40 sacs d’haricots verts, sans compter les ventes au détail. Mais chez Ousmane Wagué, un commerçant grossiste officiant au niveau de ce haut lieu d’approvisionnement, on constate, également, une relative affluence. Le jeune homme d’une trentaine d’années confirme qu’après la fête du 31 décembre, l’affluence n’a pas faibli. « Je continue à vendre mes condiments comme d’habitude, comme à l’approche de la Saint Sylvestre quand les clients venaient en nombre, en dépit de la hausse des prix », reconnaît le commerçant, ajoutant que les marchandises les plus sollicitées sont la pomme de terre, la banane plantain, l’oignon… A quelques pas du magasin de Wagué, officie une dame. Assise devant des bananes plantains mûres, la commerçante répond, sourire en coin. « Vraiment, je remercie le bon Dieu. Contrairement aux jours ordinaires, j’ai beaucoup vendu. Malgré la hausse des prix, les clients continuent d’acheter car, la banane plantain est très sollicitée pendant le 31 décembre», sourit la bonne dame. AD/MD (AMAP)
Horticulture en milieu urbain : Un trésor végétal en friche
Par Mohamed TOURE Bamako, 08 janvier (AMAP) « Construire une maison sans plantes, c’est comme habiller une jeune femme sans bijoux. » Cette phrase ne sort pas d’un recueil de poèmes. Elle est de Daouda Sangaré qui nous décrit toute l’importance que revêt, à ses yeux, son métier d’horticulteur. Une blouse verte sur les épaules, cet amoureux des plantes passe beaucoup de temps dans son jardin. Un endroit idyllique, superbement décoré de fleurs multicolores, dont le parfum est une bonne bouffée d’oxygène en ces moments de pollution de plus en plus importante à Bamako. Ce matin de janvier, une brise provenant des berges du fleuve Niger balaie l’endroit, tel un havre de paix. Le courant d’air fait balancer les branches d’arbustes qui ornent le lieu. Sur l’écriteau de la devanture on peut lire « Inter Flora ». Le maître des lieux est vite reconnaissable à son activité et à ses échanges avec les clients. «J’exerce ce métier depuis 1974. A l’époque, j’étais gamin et était aux côtés de mon père », confie-t-il. Pour Daouda Sangaré, sa profession est d’une grande importance dans le contexte actuel de changement climatique. Des signes avant-coureurs de l’avancée du désert vers la zone soudanienne du Mali sont là. Plusieurs espèces de végétaux sont proposées aux clients : plantes d’intérieur (plantes fleuries, plantes vertes), d’extérieur (arbustes d’ornement, arbres fruitiers) et des accessoires de jardinerie, notamment des pots. En fait, plus d’un millier d’espèces végétales exotiques y sont exposées. Elles proviennent des quatre coins du monde : Europe, Asie, Amérique du Sud ou des pays du continent africain, comme Madagascar, Congo, etc. C’est une kyrielle de variétés, des arbres fruitiers (manguiers, citronnier, cocotier, cacaoyer, caféier), des espèces décoratives le plus souvent exotiques (les rosiers, les palmiers, les sapins). La collection de cactus est la plus impressionnante. Il possède plus d’une quarantaine de variétés de cet arbre d’origine américaine. L’horticulteur explique que plusieurs espèces d’arbres florales, telles que « le Chapeau de Napoléon », les « Belles de nuit », « les belles de jour », ont été introduites au Mali à l’époque coloniale. PASSIONNÉS DE BOTANIQUE – De nos jours, la demande en espèces étrangères est de plus en plus importante. Notre interlocuteur affirme être toujours en train de chercher de nouvelles plantes. Dans cette tâche, il est souvent aidé par des particuliers passionnés de botanique. « Je trouve, souvent, de nouvelles espèces chez certains clients qui ont la passion des arbres. Lors de leurs déplacements sur d’autres continents, ils nous apportent de nouvelles espèces ou même des graines qu’ils nous demandent de développer », explique Daouda Sangaré, tout en nous montrant sa toute dernière trouvaille : un Aglaonéma, une espèce d’arbre floral asiatique avec de belles formes de feuillage, allongées et aux couleurs panachées. « J’ai commencé à le développer, il y a six mois. D’un seul pied, j’en suis déjà à huit maintenant. Pour ne pas le vendre, je dis souvent aux clients qu’il coûte 50.000 Fcfa », plaisante-t-il, sourire aux lèvres. Plusieurs espèces de plantes arrivent au Mali, à travers certains pays voisins tels que la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Gambie. Ces pays étant fournis par les navires venant d’autres continents, principalement d’Amérique du Sud. Les prix des plants varient entre 50 Fcfa, 100 Fcfa et 250 Fcfa, selon différentes catégories et leur disponibilité sur le marché. Les espèces les plus prisées sur le marché sont les rosiers, « les épines du Christ » ou encore le « Lantana camara », des arbres décoratifs très demandés. Certaines variétés, parmi les plus rares sur le marché, peuvent valoir jusqu’à 100.000 ou 150.000 Fcfa. La « palme d’or », dans cette catégorie, est remportée par le « Cycas géant » qui coûte la bagatelle de 250.000 Fcfa. Cet arbre, utilisé pour la décoration, a la particularité d’être doté d’un tronc court et d’un beau feuillage brillant. Cette prolifération des espèces végétales a entrainé la multiplication des pépinières qui poussent comme des champignons en plusieurs endroits de Bamako. Les horticulteurs et les pépiniéristes sont estimés, actuellement, à près de 300 producteurs dans notre capitale, selon Lassina Diarra, le président pour la Commune III de l’Union régionale des sociétés coopératives des horticulteurs et pépiniéristes de Bamako. Sékou Coulibaly et Salif Dembélé sont aussi membres de cette association. En 2000, ils ont fondé la pépinière « Ba Djoliba ». Les deux hommes emploient plusieurs jeunes apprentis, qui sont affairés à remplir les sachets en plastique usés de terre, pour contenir les plantes. Ici, en plus des arbres exotiques adaptés au climat du Mali, on propose aussi des espèces aux vertus médicinales. En effet, certaines variétés, telles que les « Aloe vera », les « feuilles glacées », le « Moringa » sont très prisées pour soigner ou prévenir certaines maladies. Cependant, les ventes de plants d’espèces fruitières représentent le gros du chiffre d’affaire des producteurs. Ce marché est, particulièrement, boosté pendant l’hivernage. « A cette période de l’année, certaines personnes peuvent nous acheter un millier de plants de citronniers ou de manguiers, d’un trait, pour leur plantation », confie Sékou Coulibaly. A l’analyse des chiffres avancés, on se rend compte que ce secteur peut être extrêmement porteur pour le Mali. « Nous étions à une prévision 80.000 plants, en 2019, pour la filière mangue au compte des producteurs de Bamako », relève Lassina Diarra. Il souligne que compte tenu de ce potentiel, notre pays exporte, chaque année, une grande quantité de plants de mangues vers d’autres pays comme le Sénégal, le Mozambique, le Gabon, etc. INSTALLATION PRECAIRE – Malgré ce fort potentiel de productivité, les horticulteurs déplorent certaines difficultés majeures qui minent leur domaine d’activité. Notamment, la disparition de certaines espèces d’arbres, pourtant très présentes, il y a quelques années, du fait du changement climatique ou de la non qualification des jardiniers pour les entretenir. Il s’agit, entre autres, selon Daouda Sangaré, des espèces comme les « Acalyphas », les « Chapeaux de Napoléon » ou les « Queues de singe ». Le manque de valorisation et le caractère précaire et informel du métier sont aussi décriés par les horticulteurs. Et Salif Dembélé de déplorer la vision de certaines personnes qui pensent que « la vente de plants d’arbres est un métier encore peu valorisé ». « Souvent, elles nous prennent pour

