Beurre de karité : Peu exploité, mais très prometteur

Par Anne-Marie KEITA Bamako, 20 novembre (AMAP)Au Mali, la noix de karité peut rapporter gros, si des investissements conséquents sont mis en place pour passer à la transformation industrielle. Surtout que les industriels chocolatiers envisagent l’adjonction du beurre dans la fabrication du chocolat. Ici, environ 78% des femmes travaillent dans le secteur rural et apparaissent, ainsi, comme des actrices de premier plan dans la lutte contre l’insécurité alimentaire. Depuis la nuit des temps et aussi vieux que le karité existe sur la terre, les femmes en milieu rural ont toujours été au cœur de l’extraction du beurre dans les villages, campagnes et hameaux. Parallèlement aux activités agricoles et, en amont de l’extraction du beurre, les femmes sont impliquées dans le ramassage des noix de karité. Cette activité est, aussi, laborieuse, car nécessitant de nombreux déplacements aux pieds des arbres avec des mouvements répétitifs dorsaux pour ramasser les noix. Après suivra l’étape de la transformation artisanale qui est aussi harassante que fatigante pour produire du beurre de karité. La vente de ce produit fini est une source de revenus pour les femmes qui contribuent aux charges du ménage. Faut-il rappeler que le Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (CSCRP) met un accent particulier sur la promotion de la filière karité notamment comme moyen d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). En effet, la filière karité a été identifiée comme une des filières porteuses d’emplois et de revenus. Mme Doumbia Sounoukou Sacko évolue dans une coopérative de production de beurre de karitéà Sanankoroba, près de Bamako. Elle explique que l’extraction du beurre de karité est une activité très difficile et épuisante. Le processus est très long et fatiguant pour obtenir le beurre de karité de bonne qualité. « Beaucoup de femmes s’adonnent dans les zones rurales à la fabrication du beurre de karité pour aider leurs maris dans les périodes de soudure », confie Mme Doumbia. Elle explique le processus de transformation qui démarre par le ramassage des noix, le dépulpage, le lavage et la cuisson. Ensuite, suivent le conditionnement, le décorticage, le broyage et l’extraction sont les différents procédés auxquels les femmes sont astreintes pour produire du beurre de karité de bonne qualité répondant aux critères de commercialisation. L’activité de production du beurre de karité ne peut se faire individuellement. Pour cela, les femmes se regroupent en coopératives, groupements et associations afin de rendre le travail plus facile et rapide, car le processus est un travail d’endurance. Elles s’organisent pour améliorer la production et la qualité du produit afin d’être compétitives sur le marché et contribuer au développement économique de la communauté. La vente de ce produit de karité procure ainsi une source de revenus non négligeable aux femmes rurales. Ces revenus contribuent à améliorer leur statut social et leur indépendance économique au quotidien. Pour Mme Diarra Djélika Diarra, la production du beurre est une activité qu’exercent beaucoup de femmes en milieu rural, en plus des tâches ménagères. Et c’est un travail difficile qui prend tout le temps de ces femmes. Exerçant cette activité depuis sa tendre jeunesse, Mariam Koïté soutient que l’extraction du beurre de karité nourrit bien son homme. « En effet, ajoute-t-elle, la plupart des femmes dans les Régions de Sikasso et Ségou sont douées dans cette activité qui leur permet de subvenir aux besoins des ménages ». « Sans cette activité d’extraction du beurre de karité, que deviendront les femmes rurales, dont les revenus sont limités, voire insignifiants », s’interroge Mariam avant de dénoncer les contraintes liées à cette activité. Ce sont, entre autres, la transformation et le manque de moyen de conservation au niveau local. La Fédération nationale de karité (FNK) pointe du doigt les principaux problèmes de la filière karité. Il s’agit, entre autres, de la faible organisation des acteurs, la faible maîtrise des techniques améliorées, l’insuffisance d’infrastructures pour la collecte des noix, la conservation, la vente et le transportdu beurre de karité vers les marchés. 39,25 MILLIARDS DE FCFA-De son côté, Mme Doumbia Sounoukou Sacko énonce le manque de moyens appropriés pour la transformation du beurre de karité et l’accès au marché international. Elle sollicite le soutien des autorités pour promouvoir la filière. Aussi, indique-t-elle, il faut former les femmes, évoluant dans ce domaine, sur les bonnes techniques d’extraction du beurre et apporter des aides matérielles nécessaires, que ce soit sur le plan alphabétisation que technologique. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), notre pays a produit en 2008, 190 000 tonnes d’amendes de karité. En ce qui concerne les noix de karité, notre pays représente à lui seul 23 % de la production mondiale. Ce qui fait du Mali, le deuxième plus gros producteur mondial de karité après le Nigeria. Selon le document de la 9è session du Conseil supérieur de l’agriculture qui s’est tenu en mai dernier, notre pays dispose d’un potentiel de 250.000 tonnes d’amendes, dont seulement 53.000 tonnes sont exportées. Les objectifs de la campagne 2019 sont de 196.276 tonnes d’amandes. La transformation de cette quantité d’amendes peut donner 58.882 à 78.510 tonnes de beurre de karité. Le rendement pour la production de beurre se situe entre 35 et 40% du produit brut. Pour la campagne 2020-2021, les objectifs de productions sont respectivement de 206.090 tonnes et 216.394 tonnes. Les principaux produits de la filière karité qui font l’objet d’exploitation et de commercialisation sont l’amende et le beurre dont la vente attendue pourra générer environ 39,25 milliards de Fcfa en raison de 200 Fcfa/kg d’amande. Cette noix peut rapporter gros, si des investissements conséquents sont mis en place pour passer à la transformation industrielle. Des tentatives d’industrialiser cette production ont été mises en vigueur, mais, elles n’ont duré que le temps d’un feu de paille. Le département en charge du Commerce et de l’Industrie gagnerait à mieux carburer dans le sens de la production industrielle qui placerait notre pays dans la catégorie des gros producteurs et vendeurs de beurre de karité dans le monde. Les industriels chocolatiers avaient envisagé la possible adjonction du beurre
Réseaux sociaux : faire la part des choses, impérativement
Par Babba B. COULIBALY Bamako, 20 novembre (AMAP) Interrogé sur les dérives des réseaux, surtout au Mali et comment protéger les concitoyens contre ces abus, le président de l’Association des blogueurs du Mali, Issoufi Dicko, explique que l’essor des réseaux sociaux s’est caractérisé par un développement des libertés fondamentales, en ce sens que davantage de personnes ont, désormais, droit à la parole dans le nouvel espace public que représente Internet. Cette possibilité offerte à tant de personnes n’est pas, à en croire l’expert, sans conséquences quand on sait que beaucoup n’ont pas atteint un bon niveau d’éducation et de compréhension des enjeux contemporains. S’y ajoute que les utilisateurs sont, majoritairement, jeunes. Pour lui, avec la fougue, cette jeunesse ne semble pas disposer des clés pour décoder les risques liés à tout ce qu’ils peuvent publier. D’où l’importance d’encadrer le secteur, de l’avis de M. Dicko. Rencontré, à Bamako, en marge du Forum sur la gouvernance d’Internet au Mali, tenu en début novembre 2019, Koffi Fabrice Djoussou, assistant technique à l’Union africaine (UA), est spécialiste du numérique. Cet expert propose, pour éradiquer les abus sur les réseaux sociaux, une éducation de nos communautés dans leur ensemble et des usagers à l’utilisation des réseaux sociaux. Cela, en vue d’une utilisation plus responsable de ces outils numériques. Il conseille, aussi, d’outiller les acteurs en les dotant d’éléments juridiques leur permettant de comprendre les conséquences qui découlent de leurs activités dans ce monde virtuel. La toile mondiale permet de se connecter au monde entier et offre des possibilités à l’infini. Elle expose, aussi, aux abus et aux mauvais coups de malfaiteurs tapis derrière leur écran. Ainsi les pays, dont le Mali, sont à la recherche de solutions pour réguler Internet. Les réseaux sociaux, plateformes virtuelles de diffusion et d’échange de textes, d’images ou de vidéo, sont plus populaires que jamais. Sur les 3,43 milliards d’utilisateurs d’Internet dans le monde, 2,28 milliards de personnes (environ un tiers de la population mondiale) visitent, régulièrement, les réseaux sociaux. Parmi ceux-ci, Facebook enregistre le plus grand nombre de clics mensuels. Ces plateformes sont, pourtant, inondés de pirates, de cyber criminels et de vendeurs de données. Exposant, ainsi, les usagers à des menaces permanentes comme les abus de confiance, l’intimidation, le harcèlement, l’usurpation d’identité, la diffamation. SENSIBILISER ET INFORMER – Pour Dr Mamadou Gouro Sidibé, il importe, en la matière, de sensibiliser, informer les populations à travers les différents canaux de communication, y compris via les réseaux sociaux eux-mêmes. Le fondateur de l’application mobile Lenali propose d’élargir la sensibilisation aux élèves et étudiants, en les informant des dangers liés à l’utilisation des outils numériques. Car, « tout ce que l’on dit aujourd’hui sur les réseaux sociaux peut être utilisé contre nous-mêmes demain. On peut entrer en conversation avec quelqu’un sans savoir qui il est, en réalité. Il faut, absolument, cette sensibilisation dans les groupes, sur les réseaux sociaux et par tous les canaux de communication »,insiste l’expert. Il plaide aussi pour l’instauration de lois protégeant les utilisateurs, tout en les empêchant de nuire à autrui. Aussi, demande-t-il aux acteurs du secteur de prendre leurs responsabilités, en développant des possibilités permettant d’alerter le concepteur, en cas d’abus et d’y faire face dans les meilleurs délais. « Pour faire face à cette situation, la collaboration entre les organisations de la société civile et les pouvoirs publics est nécessaire, afin d’amener les usagers des réseaux sociaux à publier des contenus qui tiennent compte de l’éthique », préconise Issoufi Dicko. La formation, surtout en milieu scolaire, est d’une impérieuse nécessité. « Elle pourra se faire sous la forme de blog-camps au cours desquels les fondamentaux sont transmis en termes de valeurs et d’écriture web », propose le bloggeur. Il trouve urgent, face à la cybercriminalité, l’atteinte à l’honorabilité des usagers, l’attentat à la pudeur et bien d’autres dangers, d’apprendre aux jeunes à identifier les faux profils, à sécuriser leur propre profil de façon à ce que des individus malveillants ne puissent pas les utiliser à des fins criminelles. Contactée, l’Agence malienne pour régulation des télécommunications/TIC et des postes (AMRTP) fait savoir qu’elle ne gère pas les aspects concernant les réseaux sociaux. Intervenant, dimanche dernier, dans un débat sur l’Office de radiodiffusion et télévision du Mali (ORTM), le directeur du département des TIC précise : « Notre rôle, c’est de développer l’accès à Internet, aux réseaux. Nous n’avons pas vocation à réguler, interdire ou bloquer les réseaux ». « Toutefois, si on est libre de diffuser une information sur les réseaux, on est, aussi, responsable de cette information que l’on diffuse », rappelle Mohamadou Zarou. « En la matière, les textes en vigueur au Mali peuvent, je suppose, condamner ou saisir une personne qui diffuse une fausse information ». « Mais, il n’existe pas un texte spécifique relatif à la régulation des réseaux, insiste le technicien ». Il a rappelé que la loi sur la cybercriminalité, en cours d’adoption à l’Assemblée nationale, essaie de transposer les crimes que l’on connaît, aujourd’hui, dans le monde physique : viol, escroquerie etc. dans le cyber espace. UNE SOLUTION ?Pour sa part, la directrice de la technique et du contrôle à l’Autorité de protection des données à caractère personnelle (APDP), Mme Sow Ahminata Sidibé, reconnaît qu’un réseau social entre dans le cadre du traitement des données à caractère personnel. « Une donnée personnelle étant toute information permettant d’identifier, directement ou indirectement, un individu à travers la photo ou combinant toutes les informations le concernant », précise Mme Sow. En la matière, l’autorité ne dispose d’aucun moyen de contrôle ou de pression sur les réseaux sociaux « qui sont au niveau international », avoue-t-elle. Par contre, un réseau social développé au Mali doit être conforme à la loi nationale. Celle-ci exige des personnes physiques ou morales qui décident d’en développer sur le territoire national, d’accomplir des formalités auprès de l’APDP. Ces formalités sont relatives à la transparence, à l’usage qui sera fait des données collectées, à la durée de conservation des informations des utilisateurs, etc. L’autorité peut veiller au respect et à la mise en œuvre de ces directives. L’alternative, la plus crédible, serait alors le projet de loi sur la
Familles déplacées à Bamako : De quoi demain sera fait ?

Reportage de Maïmouna SOW Bamako, 18 novembre (AMAP) Un formidable élan de solidarité s’était manifesté en faveur de ces personnes démunies. Mais il n’a pas tenu la distance et la précarité est de retour dans les sites d’accueil. « Non, pas par-là», « Par ici, votre moto peut passer, mais continuez à rouler en première », « Faites plutôt le grand détour, cela vaut mieux ». Conseils, instructions, mises en garde contradictoires fusent de toutes parts alors que nous tentons, désespérément, de trouver un chemin praticable pour accéder au camp de déplacés, situé derrière le marché des moutons (Garbal) de Faladié. L’exercice consiste à affronter un environnement qui vous incite à rebrousser chemin. Il faut éviter les flaques d’eau saumâtre, longer les ornières remplies d’une boue gluante, ignorer la puanteur qui imprègne les lieux et se protéger des myriades de mouches. Au bout d’un moment, nous nous résignons à l’inévitable. Qu’importe les précautions que nous prenons, nous mettons le pied là où il ne faut pas. Comment des êtres humains peuvent-ils s’accommoder d’un cadre de vie si incommode ? Lorsque nous posons la question à Sata Djibo, une dame qui a fui Koro avec toute sa famille, notre interlocutrice soupire longuement. Chaque jour, elle et les siens affrontent la faim, la soif, le manque d’espace pour dormir. « Aujourd’hui, indique-t-elle, je n’ai rien mis sur le feu. Par chance, une dame est venue nous apporter à manger. Sinon il y a des jours où nous devons nous contenter d’un seul repas. Et quel repas ! Cette situation est surtout pénible pour les enfants ». Comme pour confirmer ses dires, le bébé que Sata allaite se met à pleurer. De toute évidence, le peu qu’il a pu tirer du sein de sa mère ne lui a pas suffi. En outre, il tremble de froid dans le vieux t-shirt qui l’enveloppe. Assise à côté de lui, sa petite sœur, de quatre ans environs, essaie de le calmer, en lui caressant la tête et en lui murmurant des mots de consolation. Elle aussi, tout comme le bébé et la mère, est pauvrement habillée et doit être transpercée par le vent frais qui balaie la zone, en ce début du mois de septembre. L’orage avorté a laissé derrière lui une température exceptionnellement basse. EAUX STAGNANTES – Sata nous indique qu’ils sont huit à partager la modeste hutte devant laquelle elle est assise : son mari, leurs quatre jeunes enfants, leur fils aîné, l’épouse de ce dernier et elle-même. Une voisine, accompagnée de sa belle-fille, visiblement, enceinte, se joint à notre conversation pour raconter ses malheurs et, aussi, pour profiter de la chaleur que dégage un fourneau à moitié rempli de braises. La nouvelle venue nous indique du doigt son abris, non loin de là. Elle explique que la porte de sa « chambre » fait face à un enclos de vaches. Outre les nuisances causées par la proximité du troupeau, elle, son époux et leurs cinq enfants endurent les mêmes désagréments que la famille de Sata. C’est-à-dire les moustiques, les eaux stagnantes et les odeurs pestilentielles. « Lorsqu’il pleut, ajoute la dame, notre situation empire. Notre toit est percé et pour éviter de nous retrouver entièrement mouillés, nous passons la nuit debout », témoigne-t-elle. Pourtant, ces déplacés ne se satisfont guère de cette situation qui les oblige à dépendre de la solidarité. « Le plus dur pour moi, nous confie Sata, c’est de rester là à ne rien faire alors que j’ai des enfants à charge. Pourtant je suis valide et je suis habituée à travailler. Si je pouvais avoir un crédit de 2000 Fcfa, je pourrais me lancer dans une activité. Mais où trouver cet argent ? » Le même refus de renoncer, nous le percevons chez Awa et Djénéba, deux jeunes filles qui, dans leurs t-shirts, frissonnent sous la morsure du vent frais. Elles entretiennent, laborieusement, un feu avec les débris de branches ramassés çà et là. Sur le foyer improvisé est posée une vieille boîte de lait en poudre, grand modèle, qui sert de marmite. Le tandem, qui nous accueille cordialement, préfère éviter tout commentaire sur la situation du camp et nous renvoie à l’imam Ali Guindo que les filles désignent comme leur « représentant ». Il est vrai que ce dernier a toute légitimité pour remplir cette fonction. Installé à Faladié, depuis de nombreuses années, il essaie, tant bien que mal, d’organiser l’accueil des déplacés, depuis le début de la crise dans la Région de Mopti. Handicapé par le poids de l’âge, il a délégué à Amidou Djibo le soin de gérer la plupart des problèmes quotidiens. Lorsqu’on interroge ce dernier sur ses principales préoccupations, sa réponse est lapidaire : le camp manque de tout. Pas d’eau, pas d’électricité, pas de latrines, pas d’écoles. Mais pour Djibo, la priorité ce sont les problèmes d’eau et de nourriture. « Nos réserves en céréales sont épuisées et un bidon d’eau coûte 100 Fcfa. Il est, donc, hors de portée pour qui doit se contenter d’un repas par jour. Les vendeurs nous disent que l’accès est difficile et il faut bien qu’ils aient une compensation pour leurs efforts », détaille-t-il. FLUX ININTERROMPU– Djibo nous apprend que la situation des déplacés est moins pénible dans d’autres camps comme à Yirimadio, Sabalibougou, Ouelessébougou ou Sénou, par exemple. C’est pourquoi on y dirige les nouveaux arrivants. « Mais, souligne-t-il, la situation va évoluer dans le mauvais sens. Car chaque mardi, c’est un flot de nouveaux déplacés qui arrive en provenance, généralement, de Bankass, Koro, Bandiagara et Douentza ». Le vieux Ali Guindo s’inquiète de ce flux ininterrompu, car celui-ci est le baromètre d’une situation sécuritaire qui ne s’améliore pas. « Je préfère, toutefois, que les gens quittent les lieux en attendant que les choses se stabilisent », admet-il. Cette année, j’étais à La Mecque et le jour d’Arafat, on m’a annoncé la mort de mon fils par balle. Alors que ce jeune homme se préparait à se marier ». Quid de la solidarité dont bénéficiaient les déplacés, il y a quelques mois ? Elle ne s’est pas estompée, mais l’élan initial a perdu de son ampleur. Fort heureusement, il reste toujours des
Diéma : Le hanneton ? Connais pas…

Reportage de Ouka Ba Diéma, 18 novembre (AMAP) Le hanneton ! Je ne connais pas. Telle pourrait être la réponsedes enfants d’aujourd’hui, dans les villes comme dans les campagnes du Mali. Le hanneton est un insecte aux couleurs parfois variées, avec des antennes courtes frangées à leur extrémité. La larve du hanneton est différente de l’adulte et ne mange pas la même chose. Lorsqu’il est sous forme de larve, il s’attaque aux racines des plantes. Au stade adulte, il se nourrit de jeunes feuilles et de bourgeons. Le cycle de vie du hanneton à l’état larvaire se prolonge pendant trois ans. C’est au cours des périodes hivernales et deux mues successives que la femelle s’enfonce dans le sol pour pondre des œufs. Une fois devenu adulte, le hanneton a une durée de vie qui ne dépasse guère un mois. Depuis une vingtaine d’années, cet insecte, si convoité par les enfants d’une autre époque, est tombé dans les oubliettes. Aucun enfant ne lui accorde encore de l’importance, à supposer qu’il sache de quoi il s’agit. Or à l’époque, les enfants les attrapaient, quotidiennement, au vol, sur les plantes, les arbres, partout où ils étaient reclus. Ces petits êtres volatiles constituaient pour les garnements de véritables trésors. Certains petits malins en tiraient profit, financièrement parlant. Ils partaient chercher les hannetons les plus beaux, les plus merveilleux, de part leurs couleurs et leur gabarit. Ils les vendaient à leurs petits camarades. Ce qu’a fait Solo qui en a tiré des bénéfices appréciables… Il pratiquait une sorte d’embouche avec sa colonie de hannetons. Il mettait un peu de coton dans des boîtes d’allumette vides, plaçait dans chacune, une femelle, refermait et, au bout de deux jours, elles pondaient des œufs. Solo vendait les hannetons avec leurs œufs, et ne manquait jamais de casse-croutes pour l’école. D’autres préféraient griller leurs moissons et les croquer, simultanément, comme des noix de kola. Devant ce récit, les enfants d’aujourd’hui feraient, certainement, un beurk !!! de dégoût. Madoua, rentré du Maouloud, en était friand. Aujourd’hui, il n’ose plus porter à la bouche la chair du hanneton. Il explique que lui, Madoua, pouvait bouffer par jour une dizaine de hannetons grillés, trempés dans d’huile. « L’enfance est une maladie ! », s’exclame-t-il, en faisant un mouvement, de gauche à droite, de la tête. Le hanneton était utilisé également comme cerf-volant. On attachait un fil solide à une de ses pattes et on le laissait voler comme un hélicoptère. « Le spectacle était passionnant », déclare ce sexagénaire, quelque peu nostalgique. Kantara, ce natif de Béma, se souvient du conseil que lui a prodigué son père. « Mon vieux me disait, rapporte-t-il, le jour où tu vois deux hannetons s’accoupler, n’essaie pas de les déranger, car s’ils se séparent par ta faute, tu seras frappé de stérilité ». Samba s’indigne. « S’il est vrai que les hannetons sont nuisibles, qu’ils contribuent à la destruction du couvert végétal, pourquoi ne pas les traquer comme on le fait avec certains nuisibles ? », s ;’interroge-t-il. «Les hannetons ne sortent pas en grand nombre. Ils n’ont pas les mêmes comportements que les déprédateurs », renchérit le compagnon de Samba, qui semblait impatient. Sagaïré, le Maure, déclare que pour voir les hannetons, actuellement, il faut dépasser de parcourir plusieurs kilomètres, après les habitations de la ville. « Ils se sont éloignés, poursuit-il, à cause des pieds de neems, qui envahissent nos villes et villages et qu’ils détestent’, estime-t-il. OB/MD (AMAP)
Ségou : les déplacés internes ont des besoins, de plus en plus, croissants

Reportage de Mamadou Sy Ségou, 15 novembre (AMAP) La Région de Ségou ne cesse d’accueillir un nombre croissant de personnes déplacées. Ces personnes qui ont quitté leurs contrées, à cause de l’insécurité, sont confrontées, malgré la solidarité agissante, à des difficultés du quotidien en termes d’alimentation et de scolarisation des enfants. A l’origine de ces mouvements de populations, la peur des représailles et la dégradation de la situation sécuritaire caractérisée par des attaques fréquentes de groupes terroristes. Les milliers de personnes, déplacées internes, sont venues, pour la , des Cercles de Bankass, Bandiagara, Djenné, Ténenkou, Macina et Niono (Régions de Mopti et Ségou). Certaines vivent dans les familles d’accueil ou dans les maisons louées et sur des sites provisoires. Grâce aux efforts conjugués, la distribution de vivres et non vivres, les déplacés se sentent réconfortés. Cependant, plusieurs défis restent à relever en matière de logement, d’habitation, de santé, de nutrition, etc. Vendredi, nous sommes sur la route menant à Zogofina, une Commune rurale jouxtant la capitale des Balanzans. La voie est bordée d’arbres et de champs de mil, de maïs, d’arachide, etc. Dans le dédale des ruelles de Zogofina, des poulets picorent librement tandis que les vaches broutent de l’herbe aux alentours. Mamadou Djanda fait partie de milliers de personnes déplacées internes en provenance de Diallassagou, une commune du Cercle de Bankass, dans la Région de Mopti. Il a trouvé refuge à Zogofina. Assis sur une natte sous un grand caïlcédrat, drapé dans un boubou noir, il explique que la situation sur place, le tourmentait à tel point qu’il avait peur pour sa vie et celles des siens. Après quelque temps de réflexion, il a pris son courage à deux mains et la décision douloureuse de quitter son terroir et effectuer un saut dans l’inconnu. Après plusieurs jours de voyage en transport en commun, il est arrivé à Ségou les mains vides. Aujourd’hui, c’est un sentiment de réconfort et une joie de vivre qui animent l’homme. Depuis son arrivée, lui et d’autres déplacés ont bénéficié de la générosité de la population, des autorités et des organisations humanitaires. Les dons ont vite afflué. Mais passé les premiers moments, les appuis commencent à se faire rares. «Malgré les multiples dons, nous sommes toujours dans le besoin. Des vivres et non vivres supplémentaires nous serons d’un grand soutien», plaide-t-il. Nemoutou Traoré, une déplacée, vit à Ségou depuis, exactement, 5 mois. Elle indique que les jeunes ont rejoint la capitale, Bamako, pour chercher du travail. Ils ne voulaient pas continuer à dépendre de l’assistance des autres. Ils ont à cœur de gagner de quoi subvenir aux besoins de la famille. Notre interlocutrice explique que le déplacement forcé a engendré la non scolarisation des enfants. Nombreux sont les mômes de familles déplacées, en âge d’être scolarisés, qui ne fréquentent plus l’école et n’ont aucune occupation éducative dans les communautés d’accueil, malgré la présence d’écoles fonctionnelles. Les enfants essayent, tant bien que mal, de s’adapter à leur nouvel environnement et sont, constamment, auprès de leur mère, pour les aider dans les tâches ménagères. «Ici, ça va, nous sommes réconfortés et nous nous sentons mieux et, surtout, en sécurité», confie-t-elle. Son souhait est que la paix règne partout. Drissa Traoré, habitant de la Commune de Zogofina, héberge, actuellement, des centaines de déplacés par solidarité. Sa concession est grouillante de monde. Des femmes s’affairent dans la cuisine. D’autres pilent le mil à un rythme cadencé. Plus loin, les enfants papotent. Drissa Traoré explique que la plupart des déplacés internes vivant dans la commune, viennent de Diallassagou. Après leur avoir donné le gîte, il leur a prêté un champ pour qu’ils cultivent le niébé. Malheureusement, la récolte n’a pas été bonne à cause du manque de matériels agricoles. Malgré leur nombre pléthorique, il parvient à nourrir les familles déplacées. Drissa Traoré ajoutera que les habitants de Zogofina, les autorités locales et bien d’autres personnes de bonne volonté, ont fait montre d’une grande solidarité en apportant des vivres et non vivres aux personnes déplacées de Mopti. Au service local du développement social et de l’économie solidaire de Ségou, la journée n’est pas de tout repos, souvent. Les déplacés n’arrêtent pas d’appeler pour s’enquérir de la disponibilité de vivres et non vivres. Selon Modibo Naco, chargé d’action humanitaire au sein de la structure, Ségou accueille 24.370 déplacés au niveau régional et 5.520 au niveau cercle. Les déplacés sont toujours dans le besoin. « La dernière distribution de vivres date de plus de deux mois », signale M. Naco. Les sites d’accueil se situent à Bougouni, Angoulême, M’Peba, Sébougou, Pélengana, Zogofina, Sirakoro… Les sites de Zogofina et Pélengana accueillent le plus grand nombre de personnes déplacées. Le premier site abrite 237 personnes et le deuxième 653 personnes. Spécifiquement, ces deux communes rurales ont reçu un important lot de vivres et non vivres et une somme de 40.000 Fcfa par ménage offerte, gracieusement, par l’ONG Islamic Relief Mali. La chaîne de solidarité comporte une large gamme de donateurs : Qatar Charity, la Coordination des affaires humanitaires des Nations unies au Mali (OCHA) et le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM). Les appuis de ces structures viennent en appoint à ceux de l’Etat. Mais l’aide est toujours insuffisante. Comme solution au problème, Modibo Naco propose d’aider les déplacés à se lancer dans des activités génératrices de revenus. Ce qui leur permettra de mieux se prendre en charge. MS/MD (AMAP)
Circulation alternée : Nette amélioration de la mobilité urbaine
Par Amadou B. MAÏGA et Babba B. COULIBALY Bamako, 14 novembre (AMAP) La mesure de circulation alternée est appliquée du lundi au vendredi sur cinq grandes artères de la capitale malienne, Bamako. Mobilisant plus de 600 agents, elle est mise en œuvre le matin, de 7 heures à 9 heures et, le soir, de 16 heures à 19 heures. Si elle est saluée par le gros des usagers, certains estiment qu’elle crée de nouveaux problèmes. Le 19 août dernier, face à l’ampleur des embouteillages dans le District de Bamako, le ministère des Transports et de la Mobilité urbaine a décidé de mettre en application cette mesure relative à la circulation alternée pour une durée de un an. En effet, aux heures de pointe et même en dehors de ces heures, se déplacer dans la capitale malienne est devenu un véritable calvaire pour les usagers de la route. C’est, donc, pour faciliter la circulation que la mesure a été initiée. Deux mois après l’entrée en vigueur de cette mesure, les avis des usagers sont mitigés sur les effets de la mesure. La circulation alternée, par définition, est uneinterdiction de circuler dans un sens donné pour une durée limitée de quelques minutes à plusieurs heures. L’usage de la voie se fait alors à sens unique, avec alternance du sens. Cette circulation peut être pratiquée sur des ponts à voie unique, des portions de voies en travaux ou étroites, des voies bidirectionnelles, des autoroutes et des ponts. Le conseiller technique au ministère des Transports et de la Mobilité urbaine, Ousmane Bah Maiga, a expliqué que c’est en raison des embouteillages monstres auxquels font face les Bamakois, aux heures de pointe, que la mesure a été initiée. « Matin et soir, les usagers empruntent les mêmes voies à l’aller et au retour. Même en pleine journée, les embouteillages sont monnaie courante. La conséquence, ce sont les pertes de temps, de carburant et autres. L’objectif recherché, c’est de rendre beaucoup plus fluide la circulation urbaine aux heures de pointe, c’est-à-dire aux heures de mouvement massif des usagers. Dans un premier temps, c’est seulement Bamako qui est concerné», a-t-il précisé. La mesure en cours est appliquée du lundi au vendredi sur cinq grandes artères de la capitale à savoir : l’Avenue Al-Qoods, sur la route de Koulikoro, de l’OUA, de la CEDEAO, Cheick Zayed et Martin Luther King. « Dans le cadre de sa mise enœuvre, 133 panneaux de signalisation ont été mis à la disposition de la Compagnie de la circulation routière (CCR) », indique le ministère de la Mobilité urbaine. En outre, la circulation alternée n’est pas appliquée le week-end. Le représentant du département a, aussi, fait savoir que 10 jours après le lancement, c’est-à-dire le 29 août,une première évaluation a été faite. « Il est ressorti de cette étude, un taux de satisfaction de 95%. C’est-à-dire que 95% des usagers ont affirmé que la circulation alternée a facilité leur déplacement rapide en toute sécurité et permis un gain de carburant», a-t-il expliqué. Une seconde évaluation a, également, été réalisée un mois après la première. Résultat : 90% ont adhéré à la mesure. Selon notre interlocuteur, la baisse de 5% s’explique par la dégradation des voies et l’occupation de celles du retour par les petits commerçants. « Ce qui rend ces voies de retour encore plus petites », ajoute t-il. DES PROBLÈMES – Lundi 28 octobre, sur l’Avenue Martin Luther King, aux environs de 7 heures du matin, une marée de véhicules a pris d’assaut la route. Le spectacle est ahurissant : automobilistes, motocyclistes et Sotrama, chacun cherche à se frayer un passage. Des klaxons, cris et injures fusent de partout. Vieux, jeunes, femmes et hommes se lancent des noms d’oiseau. Au milieu de ce spectacle stressant, des mendiantes ciblant les belles voitures essayent de grappiller quelques pièces. M. Tounkara, un habitant de Lafiabougou, en Commune IV du District, estime que la circulation alternée n’a pas encore apporté le changement attendu. « Si la nouvelle mesure résout le problème à certains niveaux, elle en crée d’autres en retour. Quand on dépasse le Centre islamique, on se retrouve dans un véritable capharnaüm. Les automobilistes essaient d’échapper au bouchon et prennent les rues, créant des tensions inutiles avec les riverains », a estimé M. Tounkara. « La circulation alternée a, juste, déplacé le problème et quand un problème est déplacé, cela signifie qu’il existe toujours. Si les voies concernées par la mesure sont fluides, de nouvelles difficultés sont créées ailleurs, raison pour laquelle, il faut revoir le système, particulièrement, à cause des désagréments causés dans les rues adjacentes et sur d’autres voies », a-t-il argumenté. A l’intersection, au bas de l’échangeur du pont Fahd, une dizaine de policiers régulent la circulation. Là, les usagers venant du côté du marché de Torokorobougou pour monter sur le 2è pont sont stoppés, permettant à ceux qui descendent le pont de passer. Notre équipe profite de cet arrêt pour interroger un automobiliste. Ce dernier trouve que la circulation alternée est une bonne chose car, auparavant, il perdait 30 à 40 minutes entre son domicile et son lieu de travail. Présentement, il en perd moins et, « par conséquent, moins de carburant », se réjouit-il. Un motocycliste abonde dans le même sens. Quant au policier que nous avons interrogé, il affirme que la mesure est à saluer parce qu’elle permet, véritablement, de résoudre le problème des embrouillages monstres. «Maintenant, les usagers circulent très rapidement », souligne-t-il. Un automobiliste s’invite au débat et soutient que la décision a plutôt aggravé la situation. « Elle a été mal pensée », a-t-il lancé. DE NOUVEAUX PROJETS – Sur l’Avenue de l’OUA, la même affluence. Le trafic est intense. Zoumana, un chauffeur de Sotrama, pense que la disposition n’arrange pas les Sotrama, car transformer une route de deux voies en sens unique perturbe la mobilité des Sotrama sur les voies concernées par la mesure. Bakary, un taximan, partage le même avis. Pourtant, Ousmane Bah Maiga fait savoir qu’avant la décision, le ministère des Transports et de la Mobilité urbaine a mis en place un comité regroupant tous les acteurs de la route y compris cinq
Visite technique des véhicules : Un seul centre ne fait pas l’affaire à Bamako
Bamako, 14 novembre (AMAP) La visite technique annuelle des voitures est une obligation pour tous les automobilistes. Elle permet de détecter les problèmes techniques sur la voitureafin d’éviter pas mal de problèmes sur la route. Pour un automobiliste, le défaut de visite technique sur le véhicule est une violation de cette obligation qui est sanctionnée, pouvant aller jusqu’à l’immobilisation de la voiture, car l’absence de la visite technique est considérée comme un danger pour la vie du conducteur et celle des autres usagers de la route. Au Mali, c’est une seule société qui a le monopole de cette opération. Il s’agit de «Mali Technic System». A Bamako, cette société n’a qu’un seul centre situé à Sogoniko sur l’Avenue de l’OUA. Mais compte tenu du nombre de véhicules en circulation à Bamako, la visite technique se révèle être un parcours du combattants pour de nombreux automobilistes. Certains peuvent, souvent, passer toute une journée dans de longues files pour espérer avoir le précieux sésame de «Mali Technic System». La visite technique coûte 7500 Fcfa sur lesquels, 5000 Fcfa vont dans les caisses de la société et 2500 Fcfa reviennent à l’Agence nationale de la sécurité routière (ANASER).Adama Sinayoko, promoteur de garage, pense qu’une seule visite technique par an n’est pas une garantie suffisante pour assurer la sécurité routière. Pour lui, un véhicule doit être soumis à un contrôle technique tous les six mois, particulièrement pour les véhicules de transport. Par ailleurs, notre interlocuteur déplore qu’au Mali, les automobilistes ne respectent pas les conditions de la visite technique. D’après lui, certains louent sur place des outils et accessoires pour effectuer la visite technique. Il s’agit, notamment, des extincteurs, des triangles, des clignotants. Selon un autre garagiste, « la solution est qu’après la visite technique, les véhicules soient soumis à une contre-visite effectuée par une autre société ». Bakary Bakayoko, un autre automobiliste, estime qu’en plus de patienter dans la file de véhicules, les usagers sont, souvent, obligés de soudoyer les gens dn charge de l’opération, en leur donnant un billet de 2000 ou 2500 Fcfa pour obtenir le précieux document ». Comme lui, beaucoup d’automobilistes pensent qu’à «Mali Technic System, même pour 1000 Fcfa, les techniciens ferment les yeux sur les défaillances qu’ils observent sur des véhicules». Ce qui serait à l’origine de nombreux accidents dans la circulation. C’est pourquoi, des voix s’élèvent, aujourd’hui, pour demander de mettre fin au monopole dans le cadre de cette opération qui concerne des milliers de véhicules par an. PROMESSE NON TENUE – En 2014, les députés de la Commission des travaux publics, de l’habitat et des transports de l’Assemblée nationale avaient effectué une visite inopinée à Mali Technic System. Lors de cette sortie sur le terrain, les élus de la nation avaient demandé aux responsables de la société de tout faire pour mettre fin aux longues files d’attente des usagers, lors de la visite technique des véhicules. A défaut de quoi, ils allaient saisir le ministre en charge des Transports de l’époque sur la question. La direction de la société, qui avait pris cette menace très au sérieux, a invité les journalistes pour une conférence de presse en février 2015, au cours de laquelle elle a annoncé l’ouverture d’un autre point de visite technique des véhicules sur la rive gauche de Bamako, afin d’assurer la fluidité de cette opération. Lors de cette conférence de presse, la gérante adjointe de la société, Mme Touré Adam Diawara, avait indiqué que sa structure n’avait pas de problème. Pour tenter d’étayer ses propos, elle avait dit que sa société enregistre en moyenne, 500 véhicules par jour. « Nous avons 14 centres au Mali dont un à Bamako. Mais c’est dans la capitale que nous avons une moyenne de 517 véhicules par jour. C’est pourquoi, nous avons songé à ouvrir un second centre. Nous avons commandé des matériels modernes pour cela et nous sommes en train de chercher un emplacement idéal pour les installer », avait expliqué Mme Touré Adam Diawara. Mais depuis cette annonce, qui date de plus de quatre ans, rien n’a encore été fait dans ce sens. Afin d’avoir la version des responsables de Mali Technic System sur cette opération et les griefs formulés contre la société, nos nombreuses tentatives de les rencontrer ont été vaines. DD/MD (AMAP)
Santé et hygiène de la femme : Ces produits qui détruisent

Par Anne-Marie Keita Bamako, 13 novembre (AMAP) Jeune, belle, Fatoumata Diarra est secrétaire dans une entreprise privée et est mariée, depuis il 3 ans. Mais, la joie d’être mère tarde à venir, après plusieurs tentatives. La jeune dame raconte qu’elle a subi toutes sortes de traitement et d’analyses médicaux, ainsi que de radios, notamment l’hystérosalpingographie (un examen qui permet de visualiser l’utérus et les trompes de Fallope), l’hydro-tubation (traitement des pathologies tubaires obstructives). Elle a, aussi, pris, pendant des années, toutes sortes de médicaments fertilisant prescrits par son médecin. Ces traitements n’ont pas été efficaces pour réaliser son désir d’avoir des enfants. C’est pourquoi, sur les conseils d’une vieille dame, elle a commencé un traitement avec des produits à base de plantes, de feuilles et d’écorces. Après deux mois de traitement, miracle ! La voilà enceinte, pour la première fois. Pour elle, le traitement à base de ces produits serait meilleur et efficace contre l’infertilité. Donc, elle le conseille, vivement, aux femmes en désir d’enfants. Quant à Mariétou Diarra, elle souffre de démangeaisons graves qui ont fait des plaies sur ses parties intimes, malgré le traitement prescrit par son docteur. « Je cherche à avoir des enfants, depuis des années. Le docteur m’a même dit que je souffre d’infections qui peuvent être source d’infertilité. Je suis convaincue que ces infections sont à la base de mon infertilité », dit Mariétou. Et sur les conseils d’une amie, elle a eu recours à ces produits ou médicaments et, aujourd’hui, elle se sent guérie de ses démangeaisons. Pour elle, les problèmes de santé des femmes qui les empêchent d’avoir des enfants tels que les fibromes et myomes se traitent mieux avec les produits qu’elle trouve naturels. Et de donner en exemple les feuilles de ‘Djeka’ qui traiteraient beaucoup de maladies de l’appareil génital. Pour cet autre interlocuteur, sous anonymat, rencontré sur le lieu de vente de ces produits, elle les utilise pour le plaisir sexuel et pour soulager les douleurs pendant les moments intimes. DES NOMS EXOTIQUES – Selon une vieille femme nommée Tia Diakité, toutes les jeunes femmes se doivent d’utiliser des astuces et des produits extraits de plantes, feuilles, racines et écorces pour être en bonne santé et pour le bonheur de leur couple. Selon elle, certains produits comme le « babi », « Gaini », « Yiri frarani … » sont bons pour l’hygiène intime des femmes. Ayant eu à jouer plusieurs fois le rôle de « magnamaga », Tia avoue proposer, toujours, aux jeunes mariées, des produits, pendant leurs nuits de noces et après, pour maintenir leur santé reproductive. Ils sont nombreux ces produits qui, dans le langage féminin, ont des noms aussi particuliers qu’exotiques et ont certaines figures en Bamanan, en Français ou dans d’autres langues. Ils se vendent, partout, dans les marchés et, plus particulièrement, devant la Maison des artisans de Bamako. Bourama Coulibaly, est vendeur de ces produits ici. Il cite quelques noms de produits parmi tant d’autres : Les feuilles de « Djeka », « Gongoli », « clou de girofle ou benefouti », « 4 cotés », « feuilles de menthe », « petit cola », « gingembre » « feuilles de laurier ». Sur leurs vertus, Bourama explique que chacun de ces produits se vend bien. Ils sont, tous, sont utilisés par des femmes à des fins différentes. « Soit ils soignent des maladies, soit c’est pour faire plaisir à son conjoint », explique le vendeur qui soutient que les produits, comme les feuilles de « Djeka », « Gongoli » sont, généralement, utilisés pour soigner l’absence de menstrues, éliminer les fibromes et faciliter la conception pour celles qui ont des difficultés d’avoir des enfants. Fatou Ba est aussi vendeuse de ces produits. Elle reçoit de nombreuses clientes qui viennent s’approvisionner pour traiter des Infections sexuellement transmissibles (IST), pour le plaisir sexuel ou pour réaliser un désir d’enfants. Selon la jeune dame, qui dit en prendre, chaque produit a ses fonctions. Ceux faits à base d’écorces, de racine et de feuille ont un emploi spécifique et ce sont les femmes et les jeunes filles qui en sont les principales clientes. QUELLES CONSEQUENCES SUR LA SANTE ? Sans aucune connaissance des effets néfastes sur leur santé et sur l’origine de ces produits, certaines filles ou femmes préfèrent les utiliser, en les mettant en contact avec leurs parties intimes. D’autres préfèrent infuser pour boire ou se purger avec ces mixtures à base de plantes, de feuilles et d’écorces. Mouna Diarra affirme qu’en suppositoire, le produit est plus efficace car ses effets sont, immédiatement, ressentis sur le corps. Cependant, elle met en garde les femmes contre l’excès de l’utilisation de ces produits dont personne ne connaît les effets secondaires. « Je demande aux femmes d’utiliser ces produits, avec modération, de ne pas en abuser, au risque de se créer des problèmes de santé. Mouna se dit consciente que ces produits sont vendus sans aucun contrôle sanitaire, raison de plus pour s’en méfier. « Il est bien de faire plaisir à son homme mais pas au péril de sa vie », conseille Mouna Diarra. Selon le Dr Garba Cissé, en introduisant ces matières dans l’appareil génital féminin, il y a des risques de cancer du col de l’utérus. Il a ajoute que ces produits « peuvent détruire la flore vaginale qui, par la suite, pourra causer des infections vaginales et conduire à une infertilité ». AMK/MD (AMAP)
« Jowro », gestionnaires des ressources naturelles

Envoyé spécial Ahmadou CISSE Mopti, 13 novembre (AMAP) Hamsala Bocoum, grand connaisseur de la vie dans le Delta central, décortique le mot peulh « Jowro » qui est la contraction de ‘Jom’ (propriétaire ou chef) et de ‘Wuro’ (campement, village). Ce mot composé de « Jowro » désigne l’individu et l’institution coutumière chargés de gérer les ressources naturelles (principalement les pâturages) d’un territoire pastoral ou agropastoral ou d’un simple îlot à ‘bourgou’ que la décrue du fleuve Niger et celle de ces affluents et défluents mettent à nu dans le Delta intérieur du Niger (de Ké-Macina à Youwarou). « Ce système, poursuit-il, a existé bien avant la Dina de Sékou Ahmadou, au sein des premiers royaumes qui avaient la souveraineté sur cette zone géographique ». Ainsi, des relations de pouvoir caractérisaient les rapports entre « Ardos » (chefferies locales) et « Jowro ». Les deuxièmes officiaient sur les terres contrôlées et surveillées par les premiers qui, eux-mêmes, étaient des vassaux d’un suzerain (roi ou empereur). Dans les livres d’histoire, malheureusement peu enseignés dans nos écoles, on apprend que les premières institutions pastorales remontent à l’occupation du Delta par les pasteurs peuls vers le XIVè siècle, période à laquelle les communautés ont établi des conventions sur l’exploitation des ressources naturelles. A partir du XVè siècle, sont apparues les chefferies peules connues sous le nom de “Ardo”. Elles furent structurées en entités pastorales « Jom-Wuro » qui deviendront plus tard les « Jowro ». La première structuration de l’espace du Delta est donc l’œuvre des Ardos, selon les documents historiques. Elle est organisée autour de la notion des Leydi (espace territorial comprenant l’ensemble des ressources naturelles de la zone gérée par les Dioros). Au début du XIXe siècle, l’Etat théocratique peul de Hamdallaye se substitua aux Ardos et réorganisa l’administration et la gestion des ressources naturelles du Delta. Depuis les États généraux de Hamdallaye, à l’an III de la Dina, où les communautés nomades du Delta sont appelées à se sédentariser, le « Jowro » s’est vu confier la gestion des pâturages. « Chaque groupe de pasteurs disposait de droits sur certains pâturages et sur certains points d’eau pendant une période déterminée permettant une complémentarité et une superposition, dans l’espace et dans le temps, des systèmes de production. Cette forme de rotation permettait une utilisation optimale et (sans conflits) de toutes les ressources. La distinction entre les pâturages de saison de pluie (zone exondée) et ceux de la zone sèche (zone inondée) permettait à la végétation de se régénérer normalement », explique Hamsala Bocoum. C’est la responsabilité du « Jowro » de veiller au respect de tous ces grands équilibres. Son rôle est même consigné dans la Charte pastorale du Mali qui accorde une place de choix à la propriété coutumière. Sous la Première République, le régime socialiste, en nationalisant les terres, avait, considérablement, réduit le pouvoir des « Jowro » dont la réhabilitation n’a été amorcée qu’en 1966 par l’organisation de la première conférence locale sur les bourgoutières à Tenenkou. « Depuis les sécheresses des années 70 et 80, les ressources naturelles du Delta se sont amenuisées tandis que la population et les surfaces cultivées ont doublé. L’agriculture a phagocyté les espaces, traditionnellement, réservés à l’élevage. Sur le même espace, plusieurs usagers différents se côtoient où se superposent, chacun cherchant sa survie, selon ses propres règles, selon son activité ou son statut social », rappelle Hamsala Bocoum. Les « Jowro » continuent à exercer leur droit à la préséance, chaque fois que les troupeaux descendent, à la recherche du « bourgou », une herbe juteuse et sucrée, qui pousse, à perte de vue, dans le lit du lac. Sur les traces d’ « Amkoullel, l’enfant peul, Amadou Hampâté Ba met en garde : « Quiconque ne tient pas compte de ce qu’il était hier, demain ne sera rien, absolument rien ». AMC/MD (AMAP)
Delta intérieur du Niger : Les équilibres sociaux à l’épreuve de la crise

Envoyé spécial Ahmadou CISSE Mopti, 13 novembre (AMAP) Jadis, dans ce vaste espace riche en ressources naturelles, pêcheurs, éleveurs et agriculteurs avaient mis en place des mécanismes de partage des ressources naturelles. Ce qui permettait de réguler le vivre ensemble. Mais les remous consécutifs à la situation conflictuelle en cours ont mis à mal les anciennes méthodes de gestion de la cohabitation, exacerbant les frictions entre communautés, plongeant la zone dans une certaine désolation. Le lac Débo ou « Dhébo » pour les riverains, est situé dans le Delta central du Niger, juste après Mopti, à environ 80 km. C’est le plus grand lac du Mali. Sa superficie dépend, étroitement, des crues de deux des trois grands fleuves qui arrosent généreusement la contrée (le Niger et le Bani). Qui mieux que l’écrivain et ethnologue Amadou Hampâté Ba pour décrire cette vaste étendue d’eau ? Dans « Amkoulel, l’enfant peul », le disciple de Tierno Bocar écrit : « Ce grand lac situé dans le delta de la boucle du Niger, un peu avant Niafunké, était réputé non seulement pour ses poissons, mais aussi pour ses innombrables oiseaux de différentes espèces qui, une fois l’an, venaient du monde entier pour s’y réunir et y caqueter à plaisir, en une sorte de grand Unesco volatile… ». Le philosophe, au sens noble, a écrit vrai. C’est, en effet, une zone naturelle de vie et d’abondance. Ce lac est, sans doute, le plus grand cadeau que Dieu a fait à la Région de Mopti. Il n’y a guère longtemps, les populations vivaient, paisiblement, de leurs activités d’exploitation des richesses naturelles. L’éleveur peulh y nourrissait ses troupeaux. Le pêcheur vivait des ressources de la pêche. L’agriculteur sonrhaï exploitait les terres arables et fertiles au bord du cours d’eau. Entre ces groupes, une activité commerciale complexe s’est instaurée. Les uns comblant les manques des autres. La cohabitation entre les différents groupes n’étaient pas sans frictions. Mais, rarement, elles dégénéraient en conflit ouvert. Aujourd’hui, l’insécurité a tout fait basculer dans le Delta central. Les équilibres sociaux sont menacés. Les mécanismes rodés de gestion des conflits sont mis à mal. Depuis 2012, année de fortes turbulences sécuritaires, politiques et même communautaires, les choses ont, profondément, changé. Les agents de l’administration ont quitté la zone. Des hommes armés, cachés sous le manteau de la religion musulmane, y sèment la terreur. Le contexte d’insécurité a poussé les groupes sociaux à prendre les armes pour se défendre, notamment contre les vols de bétail et les exactions des terroristes. Ainsi, on ne fait plus recours à la justice de la République et aux mécanismes de gestion de conflit mis en place par les anciens. PERSONNAGE INFLUENT – « L’essentiel des litiges ici tourne autour du foncier », remarque un ancien homme de droit qui confie que la mauvaise distribution de la justice est la cause profonde de la crise sociale actuelle. « Ce n’est pas faux », réagit Abdoulaye Waïgalo, 73 ans, établi à Mopti depuis plus d’un demi-siècle. Abdoulaye vit, actuellement, du retour de ses investissements dans la terre. Propriétaire d’une bourgoutière et de nombreuses têtes de bétail, il craint le pire, si rien n’est fait. Il regrette les temps anciens où les populations vivaient en parfaite symbiose. On rencontrait ici des ressortissants de toutes les contrées du Mali. «Tout était réglé à l’amiable. Il y avait des codes et des repères. Aujourd’hui, nos enfants sont armés. Ils n’ont plus de respect pour les parents», regrette notre interlocuteur. Abdoulaye Waïgalo se souvient, avec nostalgie, de l’époque où les conflits étaient gérés par des personnages influents dans les communautés. Il s’agit des « Jowro », gestionnaires des ressources naturelles. La fonction est en perte de vitesse aujourd’hui. Ces « Jowro » étaient au centre d’un système unique en son genre pour gérer les ressources naturelles à la satisfaction des éleveurs, des agriculteurs et des pêcheurs. Hamsala Bocoum, est sans doute l’un des plus grands connaisseurs du pastoralisme dans le Delta central. Originaire de Dialloubé, localité située à quelques encablures de Mopti, derrière le fleuve, il est lui-même propriétaire de plusieurs centaines de bovins. Cet homme âgé défend l’idée que les crises nées dans le monde pastoral sont à la base des bouleversements sociaux que nous connaissons. « Dans le Delta, trois droits se superposent : celui des pêcheurs, celui des cultivateurs et celui des éleveurs. La coexistence de ces différents éléments a toujours créé de l’insécurité. C’est pourquoi, la fonction du « Jowro » est instituée pour réguler cet ensemble. Il a résisté au temps, preuve de son utilité », analyse le spécialiste qui ajoute que le colonisateur a essayé, par tous les moyens, d’affaiblir le système des « Jowro » sans succès. DES REGLES ET DES CODES – « Grâce aux ressources naturelles, les communautés peulh se sont sédentarisées. Celles-ci ont, depuis les temps anciens, réglementé l’accès et l’exploitation de ces ressources. Elles ont institutionnalisé des règles coutumières et mis en place des structures en vue d’une gestion durable. Conscientes de leur importance, elles ont usé de règles et de codes coutumiers, en vue de la gestion harmonieuse de ces ressources », développe, en grand connaisseur, notre interlocuteur. La législation moderne introduite, vers les années 1930, a eu peu d’incidence sur les habitudes de ces populations qui, à cause de leur analphabétisme, n’ont pas réellement accès au contenu du droit positif. Pour Hamsala Bocoum, le droit coutumier permettait une exploitation alternée de l’espace par les exploitants des trois secteurs économiques (agriculture, élevage, pêche) d’une manière optimale et harmonieuse. « Cet équilibre est actuellement rompu », fait-il remarquer. Notre interlocuteur, à la retraite, qui a passé les plus belles années de sa carrière dans le milieu judiciaire, rappelle les causes qu’il voit dans la croissance de la population et du cheptel, la réduction des espaces pastoraux et la perturbation de l’organisation traditionnelle des éleveurs par des facteurs externes (sécheresse, faiblesse des crues, développement des moyens de production, coût de la vie). AC/MD (AMAP)

