Bamako : La banane fait la vedette sur les marchés

Reportage de Fadi CISSE Bamako, 12 novembre (AMAP) Mûre, elle est de couleur jaunâtre et marquée, souvent, de petites taches noires. Celle qui n’est pas encore mûre, est verte et difficilement comestible, parce que dure et acide. Elle, c’est la banane. C’est devenu presque cyclique. A la fin de chaque saison pluvieuse, le fruit jaune inonde nos marchés et les bordures des grandes artères. Cette année fait-elle exception ? Un tour à travers la capitale malienne suffit pour se convaincre que non. Jeudi 31 octobre. Il est environ 9 heures. Le soleil pique déjà. Un vent tempéré souffle sur le siège principal de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest  (BCEAO). Devant l’édifice, côté corniche, fourmillent de petits vendeurs de banane. Qui ciblent les usagers qui empruntent la voie passant devant l’institution en charge de la définition de la politique monétaire commune aux huit Etats membres de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) . Mohamadou Coulibaly vend des bananes. Rencontré derrière la BCEAO, le jeune homme expose sa marchandise dans un pousse-pousse. Objet roulant avec lequel, il parcourt, chaque jour, les quartiers et rues de Bamako pour revendre ses bananes. Mohamadou achète la caisse de banane à 6.500 Fcfa chez le grossiste. « Je revend le kg entre 250 et 300 Fcfa », précise le vendeur de fruits qui peut écouler quatre caisses de banane par jour. Quand le marché est bon, Mohamadou Coulibaly s’en sort, malgré les pertes et autres difficultés. « Je gagne de 2.500 à 3.000 Fcfa de bénéfice par jour. J’envoie une partie du gain aux parents restés au village », répond-il, l’air fier. Debout à côté de Mohamadou, Sadio Sacko tient deux kilos de banane entre ses mains. Ce jeune vendeur s’invite dans le débat. « La vente de banane au bord des routes n’est pas chose facile », souligne-t-il, avant d’avouer qu’il a, grâce à cette activité, pu acheter les fournitures scolaires pour ses deux enfants. Entre temps, Aliou Badra Coulibaly, usager en moto, se gare. Un groupe de jeunes vendeurs de banane accourent vers lui. Chacun faisant la promotion de son produit pour convaincre le client à acheter sa marchandise. Finalement, le motocycliste achète trois kilos de banane à différents vendeurs. Aliou Badra Coulibaly ajoute, tout en manifestant sa préférence pour la banane produite localement : « C’est un fruit qui facilite la digestion. » Sur le Boulevard du 22 octobre, entre la BCEAO et l’Ecole normale supérieure (ENSUP), des jeunes se tiennent tout le long du trottoir. Ils tentent de « ferrer » de potentiels clients, en brandissant le fruit. Pendant que les bananes, stockées dans des pousse-pousse garés en face ou derrière leur propriétaire, sont exposées à l’air libre à la poussière. Sur le plan nutritionnel, il faut savoir que la banane est un aliment très riche en énergie. Riche en vitamine B et C, elle contient,aussi, une quantité importante de minéraux tels que le potassium, le magnésium, le cuivre, le phosphore et le fer. « Ces richesses biologiques sont des éléments minéraux indispensables au bon fonctionnement de l’organisme humain », peut-on lire dans l’encyclopédie virtuelle Wikipédia. « Chose qui fait de la banane, un des fruits les plus recommandés pour la diversification alimentaire des adolescents », explique Aliou Konaré, étudiant en pharmacie. Ainsi, détaille-t-il, la banane comprend trois saveurs sucrées naturelles que sont : le sucrose, le fructose et le glucose. « On retrouve ces saveurs dans certains fruits comme le raisin ou le miel », ajoute l’apprenant en pharmacie. Comme avantages, « la banane nous éloigne de la dépression », affirme l’étudiant, qui ajoute que sa consommation favorise un bon état émotionnel à l’homme et lui permet de mieux se concentrer quand il travaille, par exemple. Elle nous épargne, également, la nervosité, aidant ainsi le consommateur à gérer le stress. FC/MD (AMAP)

Centre du Mali : Ce n’est pas encore « Peur sur la ville » mais…

Ahmadou CISSE Envoyé spécial Bamako, 12 novembre (AMAP) En dépit des moyens déployés par le gouvernement malien pour la sécurité dans le Centre du pays, le chemin reste long et semé d’embûches. En arrivant dans ce Centre meurtri par tant de drames humains, de tueries et de désolation, le voyageur verra son cœur saigner. Cette vaste zone de culture, d’agriculture, d’élevage et de pêche n’est plus que l’ombre d’elle-même. Agressées, les populations quittent leur terroir, abandonnent champs et troupeaux. Ceux qui sont restés sont armés, déterminés à livrer le baroud d’honneur. Je ne puis m’empêcher de faire le rapprochement, entre ce que ce j’ai sous les yeux et  « En attendant le bus », un superbe article publié, le 14 août 2016, par Pierre Bertet (Security and military support analysis). « Quelque part au cœur de l’Afrique de l’Ouest, mi-août 2016. La saison des pluies bat son plein et, entre deux orages, le temps est idéal pour flâner où méditer. Et cela tombe bien, car j’attends le bus.Le bus Mali. Un véhicule national spacieux puisqu’il ne contient au regard de sa taille, que 17,5 millions de passagers. Incluant, bien sûr, deux-cents cinquante mille (243.690) réfugiés qui, malheureusement, n’ont pas, encore, tous embarqués. Ensuite, au regard de la synthèse des estimations faites à ce propos, ce bus, en 5 ans, à peine, peut entrer dans les faubourgs de l’autosuffisance alimentaire… ». Avec cette belle envolée lyrique, l’allégorie du bus se lance sous la plume de l’auteur. L’allégorie du bus, disons-le, est une belle trouvaille littéraire. Cette analyse-opinion permet d’appréhender, rapidement, le positionnement et les rapports de force qui découlent des actions entreprises ou pas, par les acteurs nationaux et internationaux concernés par la crise au Mali. Elle permet, également, de mettre en relief deux menaces synthétiques et critiques, aujourd’hui, susceptibles de conduire à la partition du pays. PAS RASSURANT –Loin de ces éléments abstraits de l’allégorie du « bus Mali », rien de tel qu’un séjour dans le Centre de notre pays pour toucher du doigt les réalités du terrain. Constat de profane, les premières impressions du voyageur angoissé sur la route de Mopti ne sont guère rassurantes. De Bamako à Mopti, dans le bus, aucun contrôle physique des passagers et des bagages. Les postes de sécurité sont des passoires. Moins rassurant encore, le visage ensommeillé de ce militaire, en poste à l’entrée de Sevaré, s’étirant sur une chaise, déchaussé, arme sur les genoux et qui semble émerger d’une nuit de rêverie. Que dire de ce véhicule 4×4 croisé au rond-point de Savaré, transportant 2 fûts de carburant qui peuvent exploser au contact d’un projectile ennemi avec ses 4 occupants ? « Nous sommes pourtant en guerre », ne cesse de répéter, en leitmotiv, le discours politique. Rien, cependant, de nos comportements ne le corrobore. Mais, à la décharge des forces militaires, l’iceberg ne montre que sa partie immergée. Peut-être que la maison est bien tenue ! Le temple gardé ! Encore une parole de profane : le véhicule de transport pouvait convoyer une tonne de matériels militaires jusqu’à Mopti sans qu’aucun militaire ne s’en aperçoive. Même si le spectre de la violence plane sur les têtes dans le Centre, les populations vaquent à leurs occupations, tombant totalement dans le fatalisme. « Le chant du coq ne veut pas, forcément, dire que le soleil se lève ». « Vous savez, on ne peut pas se permettre de rester à la maison parce que les bandits circulent dehors. Nous sommes obligés de chercher le prix de condiments (la pitance)… », laisse tomber Ibrahim, commerçant d’articles divers à Somadougou, petite bourgade avant Sévaré. A l’entrée de la ville de Mopti, le voyageur est d’abord impressionné par l’aéroport à droite. Un seul avion militaire sur sa poitrine au milieu du tarmac. Des conteneurs superposés, à perte de vue. Ce port sec est une des installations des Nations unies. A côté, une colonne de blindés estampillés « UN ». Les miradors sont tenus par des soldats impeccablement habillés, fusil mitrailleur braqué sur l’extérieur. La Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), a gaillardement occupé cette plateforme aéroportuaire entourée d’une tranchée. A quelques centaines de mètres, un camp superbement tenu. C’est encore la MINUSMA. Des tentes militaires dressées au beau milieu, des maisonnettes préfabriquées servent de dortoirs aux « soldats de la paix ». De réputation, l’ONU sait faire les choses en grand. HAPPY END – En ville, le premier camp est à gauche. Nos militaires se battent comme ils peuvent. Le terrain est vaste et la nature de la guerre est complexe. Ils tiennent les postes, dans des conditions de travail difficiles. Pas de hangar, pas de véhicules au check point à l’entrée de la ville. Certainement pour des raisons de prudence, en cas d’attaque surprise. Les voyageurs leur donnent, quelques fois, des pièces pour faire du thé ou acheter des sachets d’eau potable ou encore quelques cigarettes. C’est la réalité du terrain. Au Gouvernorat, en l’absence du chef de l’exécutif, en déplacement, le chef du cabinet évacue les instances. En cette matinée, Kantara Diawara, administrateur civil sort d’une réunion portant sur le dénouement heureux du rapt des enseignants de Tenenkou par des individus armés qui ont mis le feu dans aux livres et cahiers des élèves. Happy end, ils sont libérés après quelques jours de détention dans un endroit encore inconnu. L’administrateur civil, parcourant un courrier, sans lever la tête, confie sans ambages que la situation sécuritaire ne s’améliore pas dans la région. « Au contraire, elle se dégrade et la crise prend de nouvelles formes ». Selon lui, les méthodes des assaillants évoluent et s’adaptent aux opérations militaires dans la zone. « Dambe », opération d’envergure, est présente. « Son chef est en mission en ce moment », précise-t-il, avant de confirmer la présence de milices dogon et peulh sur le terrain. Les combattants opèrent au nez et à la barbe des services de sécurité. Contacté dans son bureau, décortiquant quelques arachides de saison, le chargé de sécurité ne donne pas plus d’informations. L’officier supérieur nous renvoie à sa hiérarchie. La grande muette honore, encore une fois, sa réputation. S’il en est ainsi, dépassons

Déplacés internes du Centre : Un drame humanitaire en cours

Ahmadou CISSE Envoyé spécial Mopti, 10 novembre (AMAP) Depuis deux ans, les sévices sociaux de l’Etat assiste, impuissants, à un déplacement massif de populations fuyant la guerre et l’humiliation dans la Centre du Mali. Derrière, elles ont laissé leur terroir. Elles ont abandonné leurs champs et leur bétail. Certains d’entre eux sont tués et enterrés sur place. Mais tous n’ont pas cette chance. Plusieurs ont péri dans le feu, brûlés. Les souvenirs des attaques meurtrières sont encore vivaces dans les esprits des déplacés. A Sévaré, derrière l’Institut de formation des maitres (IFM), se trouve le stade de football construit en 2002 à la faveur de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) pour les séances d’entraînement des équipes participantes basées à Mopti. Après l’euphorie de l’organisation de cette compétition continentale, rien ne prédestinait ce site sportif à l’accueil d’infortunés. C’est justement sur ce terrain qu’un camp de déplacés a poussé. Des tentes démontables à perte de vue. Hommes, femmes et enfants entassés dans un espace à peine aménagé pour accueillir des gens en détresse. De leur vie de chez eux, ils sont, désormais, réduits à tendre la sébile. A 46 ans, Oumar Barry est le chef d’un clan de plusieurs familles. Il possédait des troupeaux de moutons et de bœufs. Ce qui est un signe apparent de richesse et de noblesse dans le milieu pastoral. Il a quitté, nuitamment, Bandiagara, depuis 6 mois, pour se réfugier dans le camp. Avant l’enlisement du Centre dans la crise qui s’est, quelque peu, déplacée du Septentrion, il vivait au milieu des siens, une vie de paisible rural avec ses deux bergères. Lui, faisait du commerce tandis que ses autres frères entretenaient les troupeaux. Il y a six mois, le malheur s’est abattu sur sa famille. Dans les villages et hameaux, les rumeurs lui parviennent qu’une extermination des Peulhs est en cours. Les mauvaises langues crient au génocide.  Un mot lourd de sens qui rappelle le Rwanda, l’Ouganda, la République démocratique du Congo (RDC), la Tanzanie, l ;Arménie… et la Shoah. Mais le discours politique rassure : il n’en est rien. C’est donc du terrorisme est non un génocide en gestation. Oumar rompt le silence. Les deux mains posées sur la tête. Le regard fuyant et désolé. Les yeux hébétés. Des souvenirs atroces se bousculent dans sa tête. Il revit une tuerie qui a, heureusement, épargné sa famille de 36 membres, majoritairement composée d’enfants. Une partie de son clan n’a pas eu la même chance. Plusieurs ont péri, fauchés par les projectiles d’assaillants tirant sur tout ce qui bouge à Ogossagou. « J’ai perdu des parents, tués par des bandits armés. Pour mettre ma famille à l’abri, j’ai pris la lourde décision de quitter le pays Dogon », explique timidement Oumar, sous la grande tente blanche que le HCR a mise à leur disposition. Le sort leur a été cruel. « C’est un fait de Dieu » se console-t-il. PLUS de 2500 MENAGES PRIS EN CHARGE– Quand on lui demande où est passé son troupeau, il secoue la tête et dit d’un ton mélancolique que « les animaux ont été volés ». Lui et plusieurs milliers d’autres sont, désormais, dépendants de l’assistance d’organisations internationales comme le Programme alimentaire mondial (PAM) qui offre des vivres à  2663 ménages. Selon le directeur régional du développement social, Bacary Bengaly, ils sont 11 228 ménages, totalisant 61 567 personnes recensées, à la date du 1er novembre 2019. L’exercice continue. Tous les jours, de nouveaux arrivants sont déclarés. Tous ne peuvent être logés sur les sites. Certains occupent des bâtiments inachevés. Ceux qui ont plus de chance vivent chez l’habitant. M. Bengaly précise que dans la seule ville de Mopti, ses services connaissent 14 880 déplacés répartis entre 2781 ménages venus de différents cercles de la Région. Oumar est physiquement affaibli. Son cousin qui vient de prier « asr » est plus mince. La tente est presque vide. Seule une moto et quelques ustensiles de cuisine y sont arrangés. Le temps des vaches maigres. Dehors, des femmes font la sieste. Un peu plus loin. quelques jeunes filles pilent du mil pour la bouillie du soir. Les enfants eux, s’amusent, loin des soucis des adultes. A une dizaine de mètres, de nouvelles tentes sont dressées. Cette fois, de couleur bleue. « De nouvelles vagues sont attendues », assure Oumar. Le directeur régional du développement social a, lui aussi, prévenu que la crise mobilisera encore des populations. La gestion des crises, c’est son métier. Celle de ces dernières années dépasse ses prévisions. « En tant que service public, notre rôle est de les accueillir et en connaître le nombre pour agir. Mes équipes sont sur le terrain tous les jours pour mettre à jour notre fichier. Les informations sont partagées avec nos partenaires pour les dispositions idoines à prendre. Les premiers soutiens viennent de nous. Pour le long terme, nos partenaires prennent le relai », explique le directeur régional, confortablement installé dans ses bureaux nouvellement construits. En plus du couvert et du gîte, si l’on ose dire, l’Etat met à disposition une sommaire équipe médicale. Les maladies sont fréquentes dans cet environnement singulier. Confort suprême pour un déplacé, le site est éclairé par un équipement solaire. Dans l’attente d’un lendemain meilleur, les déplacés du Centre prient pour le retour de la paix. Leur nouvelle vie leur est imposée. Pire, l’horizon reste pour le moment obscurci. En attendant de jours plus heureux.

Causeries au ‘Grin’ :

Au sujet d’un grand corps malade

Par Ahmadou CISSE Bamako, 10 novembre (AMAP) Entre les trois verres normaux de thé, le ‘Grin’ opine sur les préoccupations brûlantes du moment, diversement commentées sur les réseaux sociaux. Il est 18 heures. Un vent léger caresse la peau. Quelques gouttes de pluie s’échappent des pores du ciel nuageux. Le temps ne peut être plus clément, en cette fin de journée dominicale. La météo est favorable en ce mois d’octobre. C’est le moment pour se rendre à Bamako. Tous les voyagistes le confirmeront. La durée du jour est actuellement de 11h51 précisément. Le soleil s’est levé depuis 06h22. Il s’évanouira à l’horizon, dans moins d’un quart d’heure. L’hivernage nous fait ses adieux. Il meurt pour renaître la saison prochaine. Il cède la place à une saison plus douce où une relative fraîcheur adoucira nos nuits étoilées. Commence le temps des amours et des sorties nocturnes pour les tourtereaux. Ils iront roucouler dans les espaces publics jusqu’au petit matin. La fin d’année a la réputation d’être plutôt festive.
 « Il fait beau temps », comme on dit chez nous. Le ‘Grin’ est à moitié plein. Les sujets fusent des deux extrémités. Les théières sont toujours installées au milieu du cercle d’amis. Les membres sont, particulièrement, inspirés ce soir-là. Chacun crache sa vérité. Tous discutent, passionnément, du Mali, ce grand corps malade. La tumeur est bénigne. La communauté internationale est à son chevet. Le Grin pleure son pays. Tous les fils présents sont partagés entre la colère et la pitié. La saison s’y prête. 
Les derniers camarades arrivent successivement. Ils freinent, un à un, sur le bas-côté de l’avenue de l’OUA qui mène jusqu’à la gare routière de Sogoninko. Ils s’installent et ne tardent pas d’alimenter les échanges en cours. Le robuste et grand pied de Neem, ‘Mali yirini’ en bambara, qui couvre le ‘Grin’, est un arbre qui tolère les sols pauvres et secs. Il protège notre cercle de causerie contre les rayons solaires brûlants de la journée. Mais il abrite des colonies de moustiques qui semblent avoir été vaccinés contre les insecticides inventés par la société des hommes.  De bonne guerre pour les culicidés ! Si, tant soit peu, l’on veut être objectif une fois. DÉSERTEUR OU HÉROS ?Tout est en place: chaises, fourneau, charbon, sucre, deux théières, un paquet de thé vert et un sachet de sucre de près d’un demi kilogramme. C’est dire que tout y est. Ou presque. Il manque les cacahuètes. Mais ce n’est qu’une question de temps, la vendeuse d’arachides rate rarement le rendez-vous. Elle propose deux formules aux clients du ‘Grin’ : des arachides grillées ou fraîches. Le thé chinois et le sucre forment un duo inséparable. On ne change pas une équipe qui gagne. Ces produits de très large consommation ont été achetés. la veille, chez le boutiquier Moussa. Ce jeune sonrhai de Gao est arrivé du Septentrion, depuis une dizaine d’années, en quête d’un lendemain meilleur dans la capitale. C’est lui qui a fourni au jeune Lassi les deux nouveaux verres à thé en remplacement de ceux brisés la veille, suite à la fâcheuse dispute entre deux membres respectés du ‘Grin’. La cause de leur rixe ? Un malheureux malentendu autour d’un débat politique particulièrement houleux. 
Le Président du ‘Grin’ à usé de toute son autorité pour calmer les ardeurs guerrières des protagonistes. Même si la fin est heureuse, le plus jeune n’a pas échappé à la sanction pour avoir offensé, publiquement, son aîné pour des raisons politiques. En plus de remplacer les verres brisés, il a déposé dans la cagnotte de quoi assurer l’achat de l’infusion chinoise pour un bon bout de temps.  Ce jour-là, c’était Momo le colporteur de rumeurs qui avait « enflammé » le débat. Il a eu le toupet de défendre mordicus que le lieutenant du commando parachutiste, qui s’est retrouvé en territoire burkinabè, suite à l’attaque de sa base à Boulkessi, était un déserteur. Surtout pas un héros.
 Le colporteur de rumeurs a été vite invité à tempérer son jugement au motif qu’il ignore totalement les conditions de la fuite du militaire et de ses hommes. « Dans l’armée, a-t-il argumenté, il n’est pas proscrit de se retirer d’un théâtre d’opération, quand la capacité de riposte est jugée inférieure à la force de feu de l’ennemi ». Mohamed conclut, dès lors, que nos soldats peuvent être vus comme des héros si, et seulement si, les soldats se sont éloignés du camp dans les règles de l’art de la guerre. Lassi pilonne à charge en dénonçant l’attitude du ministre de la Défense qu’il a vu à la télévision nationale en train de donner un bilan autre que celui du communiqué officiel : 38 morts et enterrés contre 25 annoncés par le Gouvernement. N’est-ce pas là un sérieux handicap de communication ? Le jeune homme est également choqué par l’image du ministre tenant une arme d’assaut bien qu’entouré par ses propres hommes. « Tu ne sais pas de quoi tu parles », intervient sèchement Mohamed. Il explique, passionnément, au jeune homme que l’officier supérieur est un homme de terrain ayant fait ses preuves. C’est un général respecté par ses hommes. L’actuel ministre de la Défense, serait habitué aux opérations de combat. Nommé ministre de la Défense en mai 2019, l’enfant de Ségou se familiarise avec le métier des armes depuis sa tendre enfance au Prytanée militaire de Kati jusqu’à l’Ecole militaire Inter armes de Koulikoro. LES FAILLES –Un ange passa. Le débat reprit de plus belle après le premier verre de thé servi par Lassi qui ne semble pas bouger d’un iota de sa position. Pire, il dégaine à nouveau. « Il paraît que le ministre s’est rendu à Boulkessi pour échapper à la colère du « grand chef », renchérit le serveur de thé. Le regard foudroyant de Mohamed ne fait guère d’effet sur lui. Et le jeune impertinent enfonce le clou, en ajoutant que son collègue de la Sécurité aurait souffert le martyre, à sa place, lors du Conseil des ministres. Il aurait, maladroitement, essayé de faire excuser les failles des services de défense et de sécurité. Le

Mopti : Débat houleux à un coin de rue à Sévaré, au Centre du Mali

Par Ahmadou CISSE Envoyé spécial de l’AMAP Sevaré, 07 novembre (AMAP) Soudain, la causerie s’enflamma, sous l’arbre aux feuilles mortes : la sécurité est un sujet qui éveille les passions et habite  les esprits de tous les habitants. Non loin de la porte d’entrée d’un des plus anciens hôtels de Sevaré, un groupe de jeunes engagent un débat plutôt passionnant. Ils reviennent sur les deux incidents malheureux et inédits passés, quelques semaines plus tôt, à Mopti : le pillage des stocks de consommables de la Mission onusienne et la sortie des épouses de militaires contre le déploiement de leurs maris à Boulkeyssi. Ces deux événements, tous pathétiques, ont volé la vedette aux sujets d’actualité que le groupe décortique à chaque fois qu’il se réunit.   Comme à Bamako ou partout ailleurs, au Mali, une rencontre de jeunes est une belle occasion pour faire du thé. Comportement type du Sahel qui présente pas mal d’avantages, en termes de cohésion sociale et d’entraide entre gens aux valeurs partagées. L’âge ne compte pas beaucoup même si la « gérontocratie », concept purement africain d’autorité due à l’âge, est appliquée en cas de manquements constatés. La  » cola » est alors payée par le plus jeune. Peu importe qu’il ait raison ou tort. Il en est ainsi.   Deux factions idéologiques se sont vite formés, sous le hangar, au milieu de pièces usagées. Les positions sont tranchées. Chacun y va de ses commentaires et de ses vérités à lui. Le célèbre écrivain et philosophe, Amadou Hampaté Ba, a donné une leçon de vie en matière de vérité. Il y a, dit-il en substance, trois vérités : « ma vérité, ta vérité et la vérité ». Pour l’harmonie du groupe, il préconise que chacun fasse un pas pour s’éloigner de sa vérité pour se retrouver autour de la vérité. Philosophie profonde.   A Sevaré, cette fois, les enseignements du sage ne sont pas observés. Le diable est dans le détail. Enfoncé, confortablement, dans une chaise localement fabriquée en bambous, le premier à dégainer fut un enseignant. Il est visiblement remonté à bloc contre les pilleurs de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). Il ne comprend toujours pas comment notre société s’est laissée pervertir au point de voler l’étranger. En bon éducateur, du haut de ses 22 ans de carrière au service de l’école, il s’est senti profondément souillé par l’acte des jeunes qui ont saccagé la demeure des visiteurs. « C’est inadmissible. Nos ancêtres ont dû se retourner dans leurs tombes ce jour-là  » s’emporte l’orateur qui scrute les regards des uns et des autres pour démasquer ceux qui soutiennent cet acte honteux.   COTE  FOLKLORIQUE – Il ne tarda pas à essuyer une farouche opposition du mécanicien dont les apprentis ont pris part au pillage des conteneurs de la Mission onusienne. Pour lui, les enfants ne sont pas à réprimander pour la simple raison qu’ils n’y sont pour rien. Ils ont juste profité d’une situation pour acquérir quelques biens dont ils ont besoin pour améliorer leur confort à la maison. « De toutes les façons, dit-il, ces gens-là (casques bleus) ne servent à rien ici. Ils sont toujours en train de se balader, de draguer nos filles, de picoler sans pouvoir combattre le terrorisme ».   Il faut avouer que cette position radicale du mécanicien est largement partagée au sein de la population. Dans le coin, certains les appellent « amusement », expression savamment trouvée pour montrer du doigt le côté folklorique d’une force lourdement armée qui peine à assurer sa propre sécurité sur le terrain.   La réplique de l’enseignant ne se fait pas attendre. Celui-ci l’accuse de soutenir la forfaiture de ses apprentis qui ont sali la réputation des Maliens. Il reconnaît, à demi-mot, que les forces étrangères ont montré leur limite dans le combat pour la paix. Mais ne cautionne point le vol. Le répétiteur, qui vient de se voir servi un verre à thé par le plus jeune des apprentis du mécanicien, refuse de s’en prendre aux soldats de la paix parce qu’ils respectent les consignes édictées par leur mandat. « Ils ne sont pas chez nous pour combattre les terroristes. Ils sont là pour protéger les populations. Ces deux choses sont totalement différentes ».   Le mécanicien éclate d’un rire moqueur. Pour lui, « les gens instruits prennent les autres pour des cons ». « Comment, interroge-t-il, dissocier la protection des populations de la lutte contre le terrorisme ? » Pourtant, pour son contradicteur, il y a une nuance qu’il ne faut pas perdre de vue. « La lutte contre les terroristes est une mission plutôt dévolue à la force française Barkhane et aux soldats maliens », précise l’instituteur qui tend le verre à thé à l’apprenti après avoir honoré d’un trait l’infusion du thé vert de Chine. Il sait qu’il n’a convaincu personne.   La transition est toute trouvée pour évoquer la manifestation des femmes de militaires qui ont su facilement convaincre leurs époux de ne pas se rendre à Boulkeyssi. Cette fois, c’est le mécanicien qui fait l’avocat du diable. L’enseignant lui oppose cet incident pour dire que l’Armée doit prendre ses responsabilités en allant au contact de l’ennemi là où il se trouve au lieu d’attendre et se faire prendre par surprise, à chaque fois. Son vis-à-vis monte sur ses grands chevaux, en dénonçant le sous-équipement des soldats et les conditions infra humaines de travail. « Les assaillants, croit-il savoir, sont lourdement armés et disposent de complicités solides et bien intégrées dans les sphères du pouvoir et des organisations internationales ». N’empêche, rétorque un troisième personnage qui vient de s’installer sur un siège usager de voiture, ingénieusement adapté pour accueillir les visiteurs. Il était venu réparer la roue crevée de son véhicule. Le vulcanisateur est à deux pas.   « Quand on s’engage dans l’armée, on a fait le choix de la mort plutôt que de la vie. Un militaire doit mourir au service de sa partie », tranche-t-il sans concession.   COMBATTANTS AGUERIS – Le mécanicien manque visiblement de soutien au sein du petit groupe. Là, on ne lui laisse plus

Femmes rurales : Gros efforts, petits revenus

Bamako, 07 novembre (AMAP) Les femmes rurales occupent une place importante dans l’économie rurale de notre pays. Dans les zones rurales, on remarque leur forte implication dans les activités économiques génératrices de revenus, notamment l’agriculture. En effet, la production agricole est une activité principale des femmes en général et jusqu’à preuve du contraire, la principale source des revenus des femmes paysannes. Ces dames s’adonnent aux activités agricoles pour subvenir aux charges de leur famille. Malgré cet apport inestimable, elles restent toujours en marge de la prospérité, en raison de préjugés qui freinent l’éclosion de leur autonomie financière. Plusieurs d’entre elles vivent et travaillent dans les campagnes, villages et hameaux et, souvent, dans des conditions difficiles et précaires pour subvenir à leurs besoins.Dans le village de Mafélé, situé dans le Cercle de Bougouni (Sud), les femmes, malgré une surcharge de tâches ménagères, travaillent dur toute la période hivernale afin de gagner la subsistance de leur famille, sans attendre l’aide de leur mari.   Dans ce village, où, la culture du coton est prédominante, les femmes sont au premier rang, contribuant fortement au rendement agricole. En plus des cultures céréalières, notamment le riz, le maïs, les produits de cueillette occupent une place importante dans les activités des femmes, à travers la transformation traditionnelle du karité ou du néré. Une partie de ces produits transformés traditionnellement estautoconsommée et l’autre est destinée à la vente, afin de trouver de quoi couvrir les besoins.   Nous avons approché quelques femmes de Mafélé. Elles ont parlé de leur implication et de leur calvaire pendant les travaux champêtres, afin de prendre en charge leur famille et ne pas dépendre, financièrement, de leur mari. « Le champ de mon mari se situe à plus de trois kilomètres du village. Je participe, du début à la fin, aux travaux champêtres. Je suis impliquée dans toutes les activités champêtres, du désherbage en passant par le semis », dit Fanta Sidibé.   Quand les plantes arrivent à maturité, Fanta passe la journée au champ. « Depuis que je me suis mariée, il y a de cela 20 ans, mon activité principale est l’agriculture. Je ne compte pas sur mon mari pour m’aider », témoigne-t-elle.   Tout comme elle, Sitan Samaké est paysanne et participe, activement, aux travaux champêtres. « Pendant la période de récoltes, je multiplie les aller-retour au champ. Je vends une partie et garde une quantité pour la consommation. Cependant, tout ce que je gagne après la vente est dépensé pour nourrir, vêtir, soigner mes enfants, payer les frais scolaires », assure Sitan. Elle ose à peine élever la voix pour désapprouver le comportement de son mari qui participe moins aux dépenses et passe ses journées à gaspiller son argent pour ses seuls plaisirs, au lieu de satisfaire, en priorité, les besoins de leur foyer.   Quant à Kany Bagayoko, elle avoue n’avoir exercé d’autres activités que l’agriculture, depuis 18 ans. « Je cultive le coton, le maïs, le riz sur une parcelle que mon mari m’a donnée, depuis 10 ans. C’est grâce à cette activité que mes enfants sont maintenus à l’école car, les revenus tirés des récoltes me permettent de les vêtir et de payer leur scolarité. « Dans ce village, sur le plan agricole, hommes et femmes sont sur un pied d’égalité. En effet, tout ce que l’homme peut faire, comme travaux agricoles, la femme le peut aussi. Elle participe, du début à la fin, sans repos, aux travaux pour subvenir aux besoins de la famille », soutient Yacouba Koné, membre de la Coopérative des producteurs de coton de Mafélé.   ACCÈS À LA TERRE –Pour Moussa Doumbia, c’est grâce à l’implication des femmes dans l’agriculture qu’il y a, dans ce village, l’autosuffisance alimentaire. « Pas besoin pour les villageois d’acheter des céréales ailleurs car, nous avons tout ce qu’il nous faut ici grâce à nos femmes », indique notre interlocuteur qui estime que les femmes rurales doivent être, vraiment, soutenues dans leurs activités car, elles rencontrent beaucoup de difficultés.   Parlant des difficultés, beaucoup de ces femmes évoquent la problématique de l’écoulement des produits agricoles. En effet, elles éprouvent des difficultés à vendre et à acheminer leurs produits agricoles sur d’autres marchés ou vers les grands centres de consommation. Les moyens de transport sont limités et la voie d’accès aux différents marchés est impraticable. Toutes les femmes rurales, en général, et celles de Mafélé, en particulier, sont confrontées à cette difficulté de vente de leurs produits agricoles qu’elles acquièrent à la sueur de leur front.   Elles font, également, face à d’autres contraintes, notamment l’accès à la terre. En effet, en milieu rural, les femmes sont, rarement, propriétaires de terre et quand elles le sont, leur parcelle de culture est plus petite et moins fertile que celle des hommes. En raison, surtout, de préjugés traditionnels qui freinent l’éclosion de l’autonomie financière de la femme de ménage. A cela, s’ajoute le manque d’encadrement agricole, la non maitrise des techniques agricoles adaptées.   Tous ces goulots d’étranglement amenuisent les bénéfices de ces battantes qui ne manquent, pourtant, pas de courage et d’abnégation. Malgré leur détermination, elles peinent, pour leur grande majorité, à assurer la plénitude de leur autonomie économique. Ces « Nyeleni » (battantes, courageuses) vivent en marge de la prospérité espérée, si elles ne côtoient pas la misère, malgré leur dévouement à la recherche du pain quotidien pour leur famille. AMK/MD (AMAP)

Véhicules non dédouanés : Le passe-droit de privilégiés

Bamako, 06 novembre (AMAP) Porteurs d’uniformes, élus, célébrités de la musique, des sports et de la presse, hauts fonctionnaires… nombre de nos compatriotes s’arrogent le droit de circuler dans des véhicules qui n’ont pas fait l’objet d’une procédure de mise en consommation. Gare aux policiers ou aux douaniers qui osent les interpeller.   Béret posé sur le tableau de bord, siège avant ostensiblement recouvert par un uniforme dont les pattes d’épaulettes exhibent deux bandes verticales (indiquant le grade de lieutenant du porteur), Oumar (ce n’est pas son vrai nom) garer son véhicule non immatriculé devant une salle de gym de la capitale. Les indices ont été mis en évidence par lui dans la voiture pour dissuader les agents chargés de la circulation de le siffler, même si son automobile n’affiche comme immatriculation que les quatre premiers chiffres du numéro de châssis.   Oumar est loin d’être le seul porteur d’uniforme à se comporter ainsi. Parmi ceux, qui servent sous le drapeau, beaucoup utilisent ce passe-droit. Notre officier circule en toute tranquillité à bord de sa voiture japonaise qui n’empruntera, certainement, jamais la route menant à l’Office national des transports (ONT) du Mali, ni celle des impôts. Notre homme n’envisage pas une régularisation qui concernerait la pose d’une plaque d’immatriculation ou l’acquisition d’une vignette.   Il serait cependant injuste de jeter la pierre au seul jeune officier. Dans les rues de la capitale et des grandes villes de l’intérieur, cet incivisme permanent des propriétaires de véhicules non dédouanés se retrouve même chez des magistrats, des élus et… des journalistes. Comme en témoigne cet épisode survenu près du stade Mamadou Konaté : un reporter d’un journal de la place, sifflé par un policier, alors qu’il téléphonait au volant, a essayé d’intimider l’agent en exhibant sa carte de presse. La manœuvre a été payante.   L’incivisme se banaliserait-il dans le pays ? s’interrogent de nombreux compatriotes. En tout cas dans la circulation urbaine, le mal s’enracine. La police et la douane sont débordées. Comme en témoigne, sous le couvert de l’anonymat, cet agent de la Compagnie de circulation routière (CCR). « Le pire est que ces personnes laissent leurs femmes et leurs enfants adopter le même comportement. Le comble est que quand on essaye de saisir le véhicule, lors des contrôles, ces gens ne se gênent pas pour nous faire remarquer qu’ils sont en position d’autorité. Ils nous demandent si nous n’avons pas prêté attention à leur macaron. Et si nous nous entêtons à faire notre travail, ils appellent la hiérarchie. Du coup, le chasseur devient le chassé.”,  nous fait-il savoir.   PERTES DE RECETTES – A la direction nationale des douanes, à la Compagnie de circulation routière, comme à l’ON), on sent percer une inquiétante résignation, malgré de nombreux véhicules saisis. Ce paradoxe se constate au guichet unique de dédouanement des véhicules à Bamako. Ici, la cour est encombrée par des véhicules non dédouanés qui affichent seulement CH. suivi d’un numéro comme toute immatriculation. ¨Parmi leurs propriétaires, on compte un fort pourcentage de douaniers, de policiers, de gendarmes et d’élus », indique un officier des douanes. Il assure : « Aucune de ces voitures ne sortira d’ici sans une régularisation totale ». Mais d’aussi bonnes prises, les douaniers en réussissent en y laissant souvent des plumes. « L’une des difficultés de ce travail, souligne notre interlocuteur, est la saisie de véhicules de porteurs d’uniforme qui se croient, vraiment, au-dessus de la loi ». « Une fois, un colonel de la police a foncé sur un agent des douanes quand ce dernier a tenté de lui retirer la clef de la voiture. Nous étions tous stupéfaits devant le comportement violent de cet officier. Malheureusement, des situations pareilles ne sont pas rares sur le terrain.” déplore-t-il.   Un autre douanier, qui assiste à notre échange, rapporte que sa voisine de quartier est une porteuse d’uniforme qui circule, depuis belle lurette, dans un véhicule non dédouané. Il s’est aventuré, un jour, à lui demander pourquoi elle ne se mettait pas en règle. La dame a paru étonnée par la question et elle lui aurait, tout simplement, rétorqué à quoi lui servirait son uniforme, si elle doit rouler en ville comme le citoyen lambda !   Pour le chef du Guichet unique de dédouanement des véhicules à Bamako, le lieutenant-colonel Baye Ag Assoni, il y a des propriétaires de véhicules qui roulent sous CH, après avoir bouclé les procédures de dédouanement et obtenu une carte grise temporaire. Ceux-là n’attendent que leur plaque d’immatriculation. Il pointe du doigt les CH qui n’ont pas fait l’objet de mise en consommation et n’ont, donc, pas le sésame que constitue la carte temporaire.   Cette dernière catégorie représente un vrai danger, car ces véhicules roulent sans aucun signe d’identification. Pour lutter contre une tendance qui représente un manque à gagner de plusieurs centaines de millions pour l’Etat, douanes et police organisent des patrouilles bihebdomadaires.   « Les propriétaires de véhicules saisis lors de ces opérations sont sommés de se mettre en règle et sont astreints au paiement d’une amende. Ce sont, souvent, des personnalités bien connues. Mais les douaniers se montrent intraitables lors des opérations de saisies », précise le chef du guichet unique. « La loi est la même pour tout le monde. Il n’y a pas de raison que les hommes servant sous le drapeau, les élus ou même les hauts responsables ne se mettent pas en règle », souligne-t-il.   AVANTAGES FISCAUX – Pour cet agent de la CCR que nous avons rencontré, l’Etat doit accompagner l’effort d’intransigeance des policiers et dissuader ceux qui veulent s’attribuer un statut particulier. « Prenons le Sénégal voisin comme exemple, poursuit-il, on n’y voit pas de véhicules CH en circulation, parce que l’Etat a fait ce qu’il faut.” Le jeune agent ne peut, cependant, pas s’empêcher de prêcher pour sa propre chapelle pour regretter ce qu’il estime être le montant exorbitant des frais de dédouanement. Il croit, aussi, savoir que l’exonération consentie par l’Etat aux porteurs d’uniforme suit un processus long et compliqué.   Au ministère de l’Economie et des Finances, ces arguments sont battus en brèche par

Recherche scientifique : Une découverte intéressante sur le son de riz

Bamako, 05 novembre (AMAP) Le chercheur malien, Pr Ousmane Koita, et son équipe ont prouvé que le son du riz agit sur la flore intestinale, favorise la croissance, prévient la malnutrition et les enfants qui en bénéficient ont, également, un gain de poids significatif, selon les résultats du protocole de recherche scientifique, intitulé : « La supplémentation  en son de riz des aliments pour les nourrissons module la croissance, le microbiome et le métabolome : essai clinique au Nicaragua et au Mali ».   Cette publication scientifique faite par le Laboratoire de biologie moléculaire appliquée (LBMA), dirigé par le Pr Ousmane Koita, se classe parmi les plus intéressantes de l’année 2019 à l’échelle mondiale. Le Pr Koita a dirigé l’équipe qui a diagnostiqué le premier cas d’Ebola lors de l’épidémie au Mali en 2014.   L’étude a été menée, simultanément, au Mali et au Nicaragua, sous la direction de trois principaux investigateurs. Il s’agit du Pr  Ousmane Koita de l’Université des sciences, des techniques et des technologies de Bamako, ses collègues Elizabeth Ryan, du Département des sciences  de la santé environnementale et radiologique du Colorado (Colora State University, aux Etats Unis), et  Samuel Vilchez, du Centre des maladies infectieuses, département de microbiologie et de parasitologie de la Faculté des sciences médicales du Nicaragua. Les résultats de leurs travaux ont été publiés, le 26 septembre dernier, dans la revue scientifique «  Factor « Scientific Reports du groupe  de publication Nature research ».   L’hypothèse a été émise par des chercheurs au Colorado que le son de riz a un impact sur la flore intestinale (ensemble des micro-organismes qui se trouvent dans le tube digestif). Le LBMA et la Faculté des sciences médicales du Nicaragua ont réalisé un essai clinique sur la question. Au Mali, le laboratoire situé sur les hauteurs de la Colline de Badalabougou a pris deux cohortes d’enfants (deux groupes de 25 chacun) dans la Commune de Dioro (Cercle de Markala), soit un échantillonnage randomisé de 50 enfants. Ces enfants de 6 ans, tous sains, étaient suivis pendant 6 mois avec une dose « d’escalation »  de 1 à 5 g de son de riz par jour.   Le Pr Koïta explique le reste du processus : « Chez le premier groupe, il a été inclus du son de riz dans le régime alimentaire.  Chez l’autre cohorte, on a administré la vitamine A. Et des couches pour bébés ont été aussi remises aux mamans des enfants pour être récupérées après chaque épisode de diarrhée ». Chaque mois, les selles des enfants des deux cohortes étaient prélevées par l’équipe du Pr Ousmane Koita pour l’étude de microbiome.   RECHERCHES CROISEES – Il est ressorti de cet essai clinique et des interprétations faites par les scientifiques du LBMA que, globalement, il y a une réduction significative de 41,77% des épisodes de diarrhée chez les enfants ayant eu la supplémentation en son de riz. Les scientifiques s’accordent à reconnaître que les 1000 premiers jours de la vie de l’enfant sont essentiels. Le Pr Koita explique  qu’il a été constaté un gain de poids significatif chez la première cohorte d’enfants, chez qui on a inclus le son de riz dans l’alimentation.   Les résultats du même essai clinique réalisé au Nicaragua, attestent aussi un gain en taille chez les enfants qui reçoivent le son de riz dans les aliments. Les recherches du LBMA ont trouvé chez les enfants 17 familles de bactéries. Cela en soi, est une bonne chose. La présence de ces familles de bactéries prouve, en partie, la qualité du système immunitaire des enfants. Leur organisme peut se défendre contre les bactéries pathogènes. Il faudra renouveler cette étude sur une échelle plus grande avant de passer à l’application véritable.   Le Pr Koita rappelle que le Mali est le deuxième producteur de riz en Afrique. Il peut mieux exploiter le son de riz. Ce sous-produit de décorticage est très consommé au Mali. Les vertus du son de riz sont avérées. Il agit sur la flore intestinale, favorise la croissance, et prévient la malnutrition. Le scientifique du LBMA, suggère de travailler pour mettre le son de riz à la disposition des différents Centres de santé de référence (CSRéf), et d’appliquer les résultats de l’étude sur le terrain, dans une grande partie du Mali.   Le LBMA continue d’administrer la preuve par la qualité de ses travaux de recherche. Le Pr Koita et son équipe ont, déjà, diffusé plusieurs études dans des revues scientifiques renommées, comme le « Renforcement des capacités pour la protection d’organismes génétiquement modifiés (OGM) en Afrique de l’Ouest : identification d’une variété de maïs OGM circulant au Mali », et « Etude de l’efficacité de l’AQ-13, un antipaludéen d’investigation et de l’artémether plus luméfantrine pour le traitement du plasmodium falciparum malaria simple randomisé, phase 2 : essai clinique de non infériorité », un article récemment publié dans la célèbre revue scientifique : The Lancet.   BD/MD (AMAP)

Diéma : La pêche agrémente les sauces

Diéma 05 novembre (AMAP) Durant cette période de récoltes, la pêche est devenue la seconde activité principale des populations de Diéma où enfants et adultes s’adonnent, tous, à cœur joie, à cette activité lucrative. Actuellement, tous les mares et cours d’eau regorgent de poissons silures, c’est pourquoi, ils font l’objet d’une pêche régulière et fréquente, de jour comme de nuit. Dans ce milieu, le poisson est beaucoup apprécié. Il accompagne, quasiment, tous les repas. La vente de poissons importés de diverses espèces, d’eau douce comme de mère,  et autres, tourne désormais au ralenti. Bon nombre de ménagères se sont tournées vers le poisson silure qui coûte moins cher par rapport à la viande. Avec les enfants surtout, son prix varie entre 250 et 500 Fcfa, quelle que soit la taille du poisson. Plusieurs sortes de pêches sont pratiquées. La pêche à la ligne, la pêche au filet et la pêche manuelle qui, elle, consiste à faire de petites digues autour d’un cours d’eau ou d’un oued, à le vider complètement à l’aide d’un récipient, pour ramasser les poissons. Certains utilisent, aussi, des motopompes pour aspirer l’eau et prendre les poissons. Un fonctionnaire a eu, à maintes reprises, des démêlées avec son épouse, originaire du Nord du Mali, qui ne veut pas sentir l’odeur du poisson silure, qu’elle qualifie de « crapaud ». S’il arrive qu’un enfant mange ce genre de poisson et se dirige vers la jarre pour boire, la dame se précipite pour enlever le pot et ordonne au petit d’aller se laver, soigneusement, les mains. Alors, le mari se met à rouspéter. Certains vendent les poissons qu’ils pêchent, d’autres préfèrent les emporter en famille en pour améliorer l’ordinaire. Halidou, un écolier, d’affirmer que son casse-croûte provient de la vente des poissons qu’il attrape à la ligne, les jours où il n’y a pas école. Sa technique consiste à mettre au bout de l’hameçon, un sautereau, un appât appétissant pour le silure. Massa n’en croit pas ses yeux devant la quantité de poissons que les enfants de son logeur apportent, quotidiennement, et que les femmes préparent. Depuis que son petit garçon a commencé à lui fournir du poisson, cette ménagère ne dépense plus ses 1000 Fcfa quotidien pour acheter de la viande. Ces derniers temps, elle se dit soulagée. Dambou, une quadragénaire, a interdit à ses enfants d’aller pêcher dans la mare, appelée ‘Lambankoré’. « En pêchant, explique-t-elle, ces garnements seront tentés de se baigner ». De la vente de poissons fumés, la veuve Kadidia, tire d’énormes bénéfices. Ce qui lui permet d’entretenir ses deux enfants. Le poisson contribue à renforcer l’autosuffisance alimentaire dans la localité où la viande est réservée aux plus nantis. Compte tenu du faible rendement du secteur de la pêche dans le cercle de Diéma, il serait mieux, de l’avis des acteurs, de développer la pisciculture pour permettre la création d’activités génératrices de revenus pour les femmes et les jeunes et, également, accroitre l’économie. OB/MD (AMAP)

Profession : Livreur de repas à bicyclette dans les marchés de Bamako

Bamako, 05 novembre (AMAP) L’image échappe difficilement aux usagers de la circulation routière dans la capitale malienne, Bamako. Des cyclistes, surchargés de repas entassés à la verticale sur le porte-bagage de leur bicyclette, dépassant, parfois, leur hauteur, d’autres placés sur le guidon, sont fréquents sur la route de Koulikoro ainsi que sur la route de Faladié, sur la rive droite, menant au pont des Martyrs. On les remarque, de 12 heures à 14 heures, dans leur exercice fait d’efforts et d’équilibrisme, transportant, précautionneusement, leurs colis en direction des marchés du centre-ville, notamment le Grand marché et le « Dibidani ». Après de multiples coups de fil, nous voilà au contact d’un jeune évoluant dans ce domaine de l’acheminement du déjeuner des commerçants. Mardi 22 octobre 2019, à travers une relation du livreur. Nous nous mettons d’accord sur un reportage, dès le premier appel téléphonique, pour le lendemain mercredi 23 octobre 2019. Nous lui proposons de le suivre durant sa journée de travail. Il accepte d’être accompagné, de son point de départ, le matin, pour les domiciles de ses clients commerçants et de retourner avec lui aux marchés pour la livraison  des colis. Rendez-vous est pris à 8 heures du matin, devant l’Institut national des arts (INA), en face de la grande mosquée de Bamako. Une demi-journée avec le jeune Kalilou Coulibaly –Marié et père de deux enfants, Coulibaly est âgé de 28 ans. Il est originaire de la Région et est originaire, précisément, du village de Dougoukouna appelé aussi  NGolokouna. Comme prévu, nous nous pointons à l’heure précise. Après un coup de fil, un jeune se présente à nous. En t-shirt, manches courtes, de couleur bleue et en pantalon Jeans ultra serré. Il porte des chaussures en plastique, appelées localement « Faligalaka ». Le jeune homme, de taille au dessus de la moyenne et de corpulence mince, s’arrête à bicyclette près de nous. « C’est moi Kalilou Coulibaky. Etes-vous M. Diakité ? », Aussi, demande-t-il. Après les présentations d’usage, nous prenons, à 8 heures 10 mn, la direction de Sarambougou et de Marseille, deux quartiers à l’extrémité de la ville de Bamako où Kalilou se rend pour prendre ses délicats colis. Auparavant, il était prévu que nous nous entretenions avec un collègue de Kalilou. Ce dernier n’était pas au rendez-vous à notre point de départ. Joint au téléphone, il nous demande de le rejoindre chez leur réparateur de vélo à Sanrambougou. Problème mécanique : il mettait au point le guidon de sa bicyclette. Pas de temps à perdre ! On se suit. Moi à moto et Kalilou à vélo. Notre interlocuteur nous conduit chez ce réparateur, à Sanrambougou, en passant par un dédale de voies connues que des experts et natifs de la ville de Bamako. « Je m’y rendais, avant, par la route de Koulikoro, mais maintenant, je suis contraint de contourner cette voie. On traverse Banconi, en passant par l’Hippodrome », s’explique-t-il, en cours de chemin. La chaine de la bicyclette du jeune Coulibaly lâche, à l’entrée du quartier de Banconi. Y a-t-il une panne ? « Non, c’est la chaîne qui s’est détendue », répond-t-il. Ça t’arrive souvent ? « Non…je suis même étonnée », dit-il. Des bicyclettes peu ordinaires –Plus de peur que de mal. Nous arrivons à destination sans aucun autre désagrément. Au garage du réparateur de vélos, après 30 mn de pédalage, plus précisément à 8 heures 47mn. On se présente à son collègue. Il se nomme Sidy Coulibaly. Après la mise au point du guidon de la bicyclette de Sidy, le réparateur s’occupe de la chaîne du vélo de Kalilou. Au premier coup d’œil, on remarque, tout de suite, que ces montures sont conçus et adaptés pour la livraison de colis spéciaux. C’est la touche artisanale apportée à ces engins qui les trahit.  De grande roue arrière, avec une jante aux rayons doublés, ces grands vélos sont dotés d’un porte-bagages confectionné sur mesure, soutenu par une planche pour pouvoir bien supporter les charges. Il s’agit des repas qui sont, généralement, attachés en deux rangs atteignant la hauteur du conducteur de la bicyclette assis sur sa selle. En plus, un morceau de bois est aussi aménagé sur le guidon pour pouvoir porter un colis et, ainsi, équilibrer le poids. S’ajoute une corde en élastique, tissée pour raison de sécurité, pour attacher les nombreux plats de déjeuner, solidement, emballés dans des tissus pagnes. « On dépose un colis contenant un seul plat sur le guidon pour équilibrer le poids, sinon je risque d’être soulevé par la charge de la dizaine de colis attachée à l’arrière. Je transporte 12 plats aux marchés, chaque jour. J’attache 11 plats en deux rangées sur le porte-bagages», explique Kalilou Coulibaly. Une autre caractéristique de ces moyens de transport est leur klaxon. Cet appareil est fait pour que son bruit n’épargne les oreilles de, presque, personne dans la circulation. Les livreurs l’utilisent, à tout bout de champ, pour signaler leur passage et demander la voie. Un travail qui nourrit son homme ! Sidy Coulibaly est âgé de 37 ans, marié à deux femmes et père de cinq enfants. Il vient du même village que Kalilou. Sidy accepte de s’exprimer. On fait chemin ensemble jusqu’à la séparation des destinations. Selon lui, ce métier consiste à apporter le déjeuner aux commerçants, dans leur boutique. Très motivé, au guidon de son vélo, Sidy narre ses réalisations, tous ce qu’il a gagné grâce à la livraison de repas aux commerçants. « J’ai eu tout dans ce travail. C’est grâce à ce travail que je me suis marié à deux femmes. J’envoie de l’argent pour l’entretien de mes femmes et de mes cinq enfants. Je contribue, aussi, aux charges de la grande famille. J’ai pu construire une maison avec toiture en tôle au village», énumère, peu fier, Sidy. A l’en croire,  il a commencé ce travail avec son oncle, depuis longtemps. «  Je le faisais avec mon oncle mais c’est en 2017 que j’ai décidé de me consacrer, à temps plein, après le retrait de ce dernier du secteur », raconte Sidy Coulibaly. Son gain mensuel se situe dans la fourchette de  60.000 à 100.000 Fcfa. Le