La mévente décourage les producteurs de patate douce
Par Anne-Marie KEITA Bamako, 05 décembre (AMAP) « Madamou, wosso gnoumabèyè » « kilo yé doromè worowila ». En français : « Madame, par ici, de la bonne patate. Le kilo coûte 35 Fcfa ». Les vendeurs du marché de Sikasso hèlent ainsi les clients. Grossistes et revendeurs discutent les prix, autour de gros tas, à même le sol, et des sacs empilés dans des camions. A côté, des dames proposent de petits tas, à des prix variant entre 25 et 500 Fcfa. Sur les marchés de Sikasso et beaucoup d’autres de Bamako, on voit des montagnes d’invendus du tubercule. Faute de moyens de conservation, le gros de la production pourrit. Actuellement, c’est la saison de la patate douce. Depuis le début de novembre,les marchés sont envahis de ce tubercule.Les bonnes dames achètent par sac de 50 kg pour revendre. Au grand marché de Sikasso, on en trouve presque à tous les coins. Cultivé dans presque toutes les régions, plus particulièrement, dans la Région de Sikasso, le tubercule tend vers son déclin à cause du manque de moyens de conservation et de transformation. Or, son succès, depuis quelques années, ne se dément pas au Mali, en général, et dans la Région de Sikasso, en particulier. La production de patate douce a permis la création de beaucoup d’emplois pour les jeunes et constitue une source de revenus pour de nombreuses exploitations familiales. Cultivée en hivernage, la patate douce peut couvrir plus de 25 % des superficies cultivables. Sa culture exige peu d’investissement monétaire et reste une Activité génératrice de revenus (AGR) pour les femmes rurales.Producteurs, commerçants et revendeurs déplorent des pertes et souhaitent la mise en place d’une unité de transformation par l’Etat. Ne dit-on pas qu’aucun État ne saurait se développer sans Agriculture ? Il faut peut-être ajouter à cela qu’aucune Agriculture ne saurait prospérer si sa production n’est pas transformée et consommée. La Région de Sikasso est très riche en production de tubercules, fruits et légumes, notamment la patate douce. La production de cette Région est si importante que se pose le problème d’écoulement. Autrefois, destinée à l’autoconsommation des producteurs, la patate douce ne semble plus rentable à cause des difficultés qui s’amplifient dans le circuit de sa commercialisation. Les producteurs, du fait de la mévente, sont de plus en plus obligés de se débarrasser de leurs produits sur le marché, en les cédant à des prix dérisoires. Les acteurs évoquent une désorganisation, le manque de moyens de conservation et de transformation de ce tubercule en produits attrayants. L’absence, presque totale, de transformation contrarie fortement le développement de la production de la patate douce. Les excédents de production, les difficultés d’écoulement sur les marchés locaux et les pertes élevées dues au manque de moyens de stockage, exposent les producteurs à une activité peu rémunératrice d’où, la nécessité de réfléchir davantage aux possibilités de transformation. GROSSES PERTES – Hamidou Ouattara est grossiste et propriétaire de deux camions de plusieurs tonnes de patates qu’il a transportées d’un village non loin de Sikasso. Notre interlocuteur évoque le problème de l’écoulement de la patate douce, qu’il produit à perte. En effet, sur ses 2 tonnes, il arrive à vendre, seulement, 1 tonne par semaine. Le reste de sa marchandise pourrit dans les camions, sans trouver preneurs et fini par nourrir les animaux. Abondant dans le même sens, Amadou Diarra, revendeur de patate douce au marché de Sikasso, affirme qu’il est difficile d’écouler 10 sacs par jour. Pour lui, la seule solution est d’exporter vers d’autres pays, « or, certains pays, comme le Burkina Faso, exportent vers le Mali ses patates douces qui viennent s’ajouter à nos productions invendues », explique-t-il. « Sur ce marché, on retrouve beaucoup de commerçants burkinabè venus proposer leurs produits. Cette situation ne facilite pas l’écoulement de notre production locale surtout qu’il n’y a pas d’autres moyens que la consommation familiale », se plaint notre interlocuteur. Abdoulaye Traoré, grossiste à Sikasso fait partie des commerçants qui pensent que la culture et la vente de la patate ne sont plus rentables, ni pour les producteurs, ni pour les commerçants. Selon lui, chaque année, en cette période, le marché déborde de ce tubercule et les pertes liées à la mévente sont inestimables. « Nous, les commerçants, déplorons des pertes liées à la vente de la patate douce, car, nous n’avons les moyens ni de conservation, ni de transformation. Après une semaine, les patates douces ne sont plus conservables», a-t-il déploré. « Pour minimiser les pertes, nous sommes obligés de céder le sac de 100 kg à moins de 3.000 Fcfa et celui de 50 kg à moins de 1500 Fcfa. J’avoue que nous faisons moins de bénéfices », a déploré Abdoulaye. Il a regretté que le tubercule ne puisse être conservé longtemps après la récolte. La mévente aidant, les grossistes sont contraints de céder la cargaison à vil prix : le sac de 50 kg à 500 Fcfa à des éleveurs pour en faire de l’aliment bétail. L’abondance de ce tubercule a fait chuter son prix, au grand bonheur des consommateurs, mais, au détriment des producteurs. Dans ce marché, le prix du kilogramme varie, en cette période, selon les commerçants, entre 30 et 50 Fcfa. Ce prix, selon Abdoulaye Traoré, « pourra même connaître une baisse dans les jours à venir car, l’offre est supérieure à la demande ». Notre interlocuteur propose la régulation de l’offre, en créant des moyens de conservation. Pour lui, il faut une usine de transformation de la patate et de structuration de la filière pour sécuriser les débouchés des producteurs, encourager l’autonomie des femmes transformatrices et contribuer à la sécurité alimentaire. « De nombreux paysans produisent de la patate douce mais, les pertes post-récoltes sont inestimables du fait des problèmes liés à l’écoulement, à la conservation et au manque de moyens de transformation », a déclaré Djibril Traoré, commerçant grossiste à Sikasso. Il a ajouté que si rien n’est fait par les autorités, la production de la patate douce tend vers son déclin. Il a souhaité que l’aide du gouvernement en mettant les moyens de conservation et de transformation à la disposition des acteurs, vu l’engouement
Suspension de l’AMO par les pharmacies : Dure épreuve pour les pharmaciens et les assurés
Par Fatoumata NAPHO Bamako, 03 décembre (AMAP) Le ministère de la Santé et des Affaires sociale s’est engagé à résoudre rapidement le problème. En attendant, c’est le calvaire pour des patients et leurs familles qui souffrent, depuis vendredi, de la suspension du service de l’Assurance maladie obligatoire (AMO). Les assurés cotisent chaque mois pour bénéficier de ce service mais ils en sont privés à cause des arriérés de paiement qu’exigent les pharmacies signataires de conventions avec la Caisse nationale d’assurance maladie du Mali (CANAM). Au Mali, le taux d’utilisation des services de santé est insuffisant à cause de la pauvreté. Afin de faciliter l’accès aux soins pour le plus grand nombre, l’AMO a été adoptée en 2009. L’objectif est d’améliorer les indicateurs de santé et étendre la couverture des soins de santé. L’AMO est, en effet, fondée sur les principes de solidarité, de contribution, de mutualisation des risques et du tiers payant. L’assuré cotise six mois avant d’accéder à la prestation et tous les mois les prélèvements sont effectués sur son salaire. La décision des pharmaciens de suspendre la fourniture des médicaments aux assurés porte un coup dur à cette politique sociale qui a fait beaucoup de biens aux couches défavorisées. Notre équipe de reportage a fait un tour dans certaines officines pour prendre la température sur le terrain. Il est 15 heures, nous sommes en Commune I, plus précisément à Sotuba. Non loin d’une pharmacie nous avons rencontré un vieil homme parlant seul. Fourbu avec un visage désespéré, Oumar Soumaré, commerçant a appris la nouvelle de l’arrêt des prestations de l’AMO lors d’un achat à la pharmacie. Ne sachant plus comment faire, il nous a confié ses sentiments de frustration et déploré cette mesure. Il rappelle que, chaque mois, on lui prélève de l’argent. « Si j’étais gravement malade et que je n’avais pas d’argent pour me soigner qu’est-ce qui allait m’arriver ?», s’est-il interrogé. Il a déploré le fait qu’il n’a pas été mis au courant de la situation, sinon, il n’allait pas se présenter à la pharmacie. Pour notre interlocuteur, de telles choses ne doivent pas arriver sans que les autorités n’avisent les bénéficiaires qui, malgré les contraintes que cela impose, auraient pu prendre le soin de se préparer en conséquence. Il a lancé un appel aux responsables à mettre fin, immédiatement, à cette situation pour que les patients puissent se soigner convenablement. Toujours en Commune I, Boubacar Koreissi est le gérant d’une pharmacie à Banconi. Ce dernier a expliqué que depuis plusieurs années, il se plaignait de ce problème. Il a même confessé qu’il refusait de rendre ce service, car, il sentait sa perte. A Mopti, où il gère une autre pharmacie, il a révélé que depuis le 18 février dernier, aucune de ces factures n’a été soldée. Le problème pénalise son entreprise, car, il n’arrive pas à fournir les autres clients qui veulent payer en espèces. Pire, il n’arrive plus à payer les fournisseurs de médicaments. Il ne fonde pas trop d’espoir sur la résolution du problème. Pour lui, c’est un service qui a été mal ficelé depuis le début. Dramane Coulibaly vient d’être papa. Mais ce statut de papa lui a coûté une fortune à cause de la suspension du service AMO. Sa femme ayant accouché dans une clinique, le nouveau père a dû payer rubis sur ongle. En plus des 75.000 Fcfa pour la chambre, Dramane Coulibaly a aussi beaucoup dépensé pour les ordonnances et autres. Selon les vendeurs de la pharmacie Hatime de Banankoro, ce sont les factures impayées de la Caisse malienne de la solidarité sociale (CMSS) et de l’Institut national de prévoyance sociale (INPS) qui sont à la base de cette suspension. « Certaines de nos factures de 300.000 et 500.000 Fcfa peuvent traîner 5 à 6 mois sans être payées », ont-ils dénoncé, ajoutant que leur chef leur a quand même ordonné de vendre les médicaments sur AMO. « Nous n’avons pas eu d’ordonnances AMO, sinon on allait les accepter », car les syndicats ne nous ont pas donné de mot d’ordre dans ce sens. Le client Samba Diallo, qui n’était pas au courant de la situation, était très surpris. Lui qui n’a pas encore adhéré au service AMO, souhaite la reprise des prestations. « L’AMO aide énormément les chefs de famille », reconnaît-il. Selon Mahamadou Traoré, superviseur d’une pharmacie à Niamakoro, son officine a sur les bras 20 millions de Fcfa d’impayés. Ses fournisseurs de médicaments refusent de lui livrer des médicaments. « Nous sommes tous concernés par cette situation. Nous faisons cette grève pour le bien être de la population. Nous sommes dans un pays pauvre, donc s’il faut que la population paye la totalité des ordonnances, ça sera un problème. Alors, j’invite les autorités à redoubler d’efforts, de faire le minimum pour que ce problème ne se répète plus », a indiqué M. Traoré. Dr Diarra Mariam Daou, promotrice de pharmacie au Marché de Daoudabougou, dira qu’elle approuve, carrément, l’arrêt du partenariat avec l’AMO. Elle a souligné que les pharmacies ont signé une convention de partenariat qui stipule que les paiements doivent se faire dans un bref délai de 15 jours. Les pharmaciens ont envoyé leurs syndicalistes qui ont eu des entretiens avec la direction de l’AMO et le ministère en charge de la Santé. Ces échanges n’ont donné aucun résultat. Or, les pharmaciens doivent payer les grossistes qui les ravitaillent en médicaments. Les paiements avec ces partenaires sont effectués par semaine et quinzaine, selon les cas. La situation est telle que les pharmacies n’arrivent plus à honorer leurs engagements vis-à-vis des grossistes, d’où le refus de servir les ordonnances de l’AMO. « Aujourd’hui, nous avons plusieurs mois d’impayés sans compter la perte de clients (fournisseurs essentiellement). Depuis jeudi dernier, le ministère de la Santé et des Affaires sociales a publié un communiqué dans lequel il indique qu’il «reste résolument engagé à poursuivre les efforts en cours pour trouver, dans les meilleurs délais, une issue favorable à cette situation». MD (AMAP)
Transports en commun à Bamako : les taxis tricycles dans la danse
Reportage de Oumar DIAKITE Bamako, 02 décembre (AMAP) Des motos tricycles, adaptées artisanalement avec un hangar fait de bâches au dessus de la tête des passagers et deux bancs fixés au plancher qui se font face, font le taxi, dans certains quartiers de la ville de Bamako, sur des axes précis. Elles peuvent prendre six à dix passagers, selon les capacités et les types de ces engins à trois roues. L’explosion démographique à Bamako, avec composition de différentes couches sociales se reflète sur les moyens de transports urbains de la ville. Au-delà des traditionnelles SOTRAMA et taxis ordinaires, des taxis tricycles ont fait leur apparition, ces dernières années, sur certains axes de la circulation routière sur la rive droite. Ces motos tricycles, de marque chinoise, initialement, transportaient des bagages, Au fil du temps, elles ont été transformées en véhicule de transport de personnes. Après l’achat d’engin neuf, des professionnels du secteur confectionnent un hangar couvert de bâche, tout en aménageant, soigneusement, deux bancs à l’intérieur pour les passagers. Une place supplémentaire se trouve auprès du conducteur de la moto. En effet, les tricycles, avec un moteur de capacité 175 (1 mètre 75 centimètres de longueur), peuvent contenir 10 passagers. Les 150 de capacité prennent 8 personnes et le maximum des motos de capacité 125 ne dépasse pas 6 personnes. ALLER-RETOUR EN TAXI TRICYCLE – A l’ancien marché de Niamakoro, nous avons emprunté un taxi tricycle, à son point de stationnement, en face des Halles de Bamako à Faladiè. Sur le siège à côté du conducteur. Le président de l’Association des professionnels du tricycle du Mali, Jean Touré, nous conduit. Avec dix passagers, le taxi tricycle a déjà atteint sa capacité en voyageurs. Parmi ces passagers, il n’y a que deux hommes. Le reste, huit femmes qui, visiblement, viennent des courses à l’ancien marché de Niamakoro. Elles tiennent, chacune, en main un panier de ménagère. Comme dans les SOTRAMA, ceux qui ont l’habitude de se déplacer avec ce moyen de transport en commun, le savent : les passagers débattent de sujets d’actualité. « Stop, je descends », signale une dame, après seulement cinq cent mètres de course. La passagère, en quittant l’engin, tend 100 Fcfa au conducteur. Ainsi de suite, jusqu’au terminus de notre taxi tricycle, en face des Halles de Bamako, à Faladiè, les usagers demandent l’arrêt, lorsqu’ils arrivent à leur destination. On se rend, compte du coup, qu’il n’y a pas d’arrêt fixe pour ces motos taxi. Nous arrivons au Terminus des tricycles aux Halles de Bamako avec seulement deux dames à bord. « Maintenant, il y a moins de conducteur imprudent parmi vous », dit une jeune dame au conducteur, au moment de lui donner le prix son du transport. C’est une étudiante. Elle part, chaque jour, à son établissement scolaire en taxi tricycle. « Une fois, nous avons failli être écrasé par un gros porteur. Un jeune conducteur, visiblement, sous l’effet de la drogue, sans regarder des deux côtés de la route, s’est jeté devant le véhicule poids lourd. On a eu la chance ce jour-là…», révèle l’étudiante. BREBIS GALEUSES – « Justement ! Raison pour laquelle nous avons créé l’Association des professionnels du tricycle du Mali», nous explique le président de l’association, Jean Touré. Selon lui, le secteur était truffé de petits délinquants. « Des jeunes, dit-il, quittaient directement l’auto gare pour se convertir en conducteur de taxi tricycle. Alors que nombre d’entre eux consomment de la drogue, fument du chanvre indien, entre autres ». Il a fallu le conseil d’un officier de la police nationale pour mettre de l’ordre dans le secteur. « En 2017, Sidy Mohamed Diallo, officier de la police en service au commissariat du 10ème arrondissement nous a préconisé de mettre en place une organisation pour assainir le milieu. C’est ainsi que nous avons cherché tous les documents administratifs et crée l’Associations des professionnels du tricycle du Mali. Sinon, personnellement je faisais ce métier depuis 2011 », raconte Jean Touré. C’est avec cette organisation que les conducteurs de taxi tricycles des Halles de Bamako, comptent enlever la mauvaise graine en leur sein. « Le message est clair à l’intention de tous les conducteurs de taxi tricycle: interdiction de fumer et de prendre la drogue. « Celui qui persiste, on lui met la pression pour le faire quitter définitivement notre secteur. Cette attitude a mis un peu d’ordre, diminuant du coup les accidents avec les véhicules. Mais, c’est grâce aux conseils de l’officier Sidy Mohamed Diallo du commissariat de police du 10ème arrondissement », confie Jean Touré. Comme en témoigne l’ordre qui règne, au regard du respect du tour de départ des taxis tricycles, au niveau des Halles de Bamako. Les taxis tricycles de l’Association des professionnels du tricycle du Mali circulent sur les axes Halles de Bamako-ancien marché de Niamakoro et Halles de Bamako-Kalaban-Coura. Le tarif est fixé à 100 Fcfa pour toute distance, jusqu’aux points de stationnements finaux. Le taxi tricycle ne transporte, directement, personne chez elle, mais il débarque et embargque, tout au long, sur son trajet. « Le tarif est 100 F cfa. On ne transporte pas de bagages mais seulement des petrsonnes», souligne le premier responsable de l’Association des conducteurs. A l’en croire, la multiplication des taxis tricycles dans la circulation, avec la crise qui prévaut, joue sur leur gain journalier. « Présentement, on ne peut pas gagner plus de 3.000 Fcfa par jour. S’il faut prélever les charges, parfois on tombe aussi en panne, on n’a pas de recette », déplore Touré. Et de signaler que certains conducteurs sont payés, à la fin du mois, puisqu’ils ne sont pas propriétaires de leur moto tricycle. Ces motos tricycles sont chères. Par exemple, aux dires de Jean Touré, le tricycle avec moteur de capacité 150 et de longueur un mètre cinquante (1m50) est vendu, sortie d’usine, à un million cent quatre-vingt milles (1.180.000) Fcfa. Le hangar est fabriqué à soixante-dix milles (70.000) Fcfa et la bâche de couverture à trente-cinq milles (35.000) Fcfa par engin. Ce qui fait une somme totale d’un million deux cent quatre-vingt-cinq milles (1.285.000) Fcfa. SOLUTION CONTRE LE CHOMAGE ! Pour retourner à l’ancien marché de Niamakoro,
Bio express de quelques artistes à la 12è édition des Rencontres de Bamako
Rassemblés par Youssouf Doumbia Et Amadou Sow Bamako, 29 novembre (AMAP) Fototala King Massassy : Le photographe panafricaniste Né en 1971 en Côte d’Ivoire, Fototala King Massassy est un artiste malien à la production foisonnante. Rappeur, comédien et photographe autodidacte, il est inclassable. D’abord amateur, Fototala King Massassy pratique la photographie depuis 2007. Il en fait une de ses principales activités professionnelles en 2015. Le jeune artiste a déjà exposé à la Biennale de la photographie de Bamako, puis en France. À travers les portraits de ses héros du quotidien, Fototala King Massassy entend bien montrer combien l’Afrique est dynamique, inventive, fertile. Aujourd’hui, le jeune talent photographie des choses pour célébrer l’Afrique des quatre coins de la planète. Du Vaudou au Brésil ou dans le Massachusetts aux Etats-Unis, il a assisté à des cérémonies. Comme Bantou, ce peuple noir en Inde qui revendique son africanité non pas seulement par sa couleur de peau mais aussi grâce à la musique et à la danse. Pour le jeune photographe, l’Afrique c’est aussi ces Mélanésiens, Noirs blonds aux yeux bleus comme si la nature voulait jouer des tours à toutes les sciences, et surtout au commun des mortels qui a la manie de catégoriser l’espèce humaine. «Comme disait ma grand-mère : la terre est petite mais les gens sont grands. Elle disais aussi qu’il n’y a que deux choses qui nous appartiennent ; ce que nous mangeons et ce que nous retenons comme leçon», se souvient Fototala King Massassy. Dicko Traoré dite Dickonet : «La vidéo, c’est ma passion» Son surnom Dickonet n’est autre chose que son prénom Dicko auquel les amis ont ajouté Network, qui désigne l’internet ou le réseau mondial. C’est à cause de son attachement aux TIC qu’elle est ainsi surnommée. Très jeune elle s’attache aux nouvelles technologies. Elle fréquente régulièrement les cybers et le e-festival de Bamako. En 2005 elle remporte un prix à cette grande fête de l’Internet organisée par le ministère de la Communication et des nouvelles technologies. La même année, elle passe le Bac dans la série Langue et littérature au lycée Saint- Pierre de Kalabancoro. En 2010, elle passe le concours d’entrée au Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasséké Kouyaté de Bamako. Puis, à l’occasion de la célébration du Cinquantenaire, l’émission Cybernétic organise un concours, où Dickonet remporte le premier Prix vidéo avec son œuvre intitulée «Ma vision pour le Mali d’aujourd’hui». La même année, elle est nominée au concours «Democracy vidéo challenge aux USA» et au «One minute Africa award» en Egypte. Cette passionnée de la vidéo participe également aux différents ateliers de créations d’images artistiques organisés par les Centre culturels Soleil d’Afrique de Bamako et Kôrè de Ségou. Avec ses œuvres intitulées «Kelenya» et «Re-construction», elle a remporté le premier prix du concours national de vidéastes du Centre Soleil d’Afrique en 2013. Elle était préoccupée par la situation de crise politico-sécuritaire qui menaçait même l’existence de notre pays. Ensuite, la jeune artiste va s’interesser à la nature en réalisant un documentaire de 16 minutes intitulé «Djiri ladon». Ce film est l’un des trois éléments qui composent son mémoire de fin cycle qu’elle a présenté pour l’obtention du diplôme de master du CAMM-BFK en 2015. La même année, elle expose des photos sur les femmes griottes du Mali au Centre culturel français. Elle est lauréate la même année de l’Université d’été de la prestigieuse école des française des métiers de l’image et du son : «La FEMIS». Dickonet compter tourner bientôt un film de fiction de 26 minutes dont le titre provisoire est «Mouna Né», pourquoi toujours mo ? Le thème de ce projet est la violence faite aux filles. Un scénario qu’elle peaufine depuis près de 3 ans, en marge de ses autres créations. Moustaph Diallo : Le spécialiste de documentaires-fictions Réalisateur, producteur malien, Moustaph Diallo débute son apprentissage aux métiers de l’image auprès d’un vieux photographe nigérian immigré en Côte d’Ivoire qui l’initie à la prise de vue et au lavage des pellicules 6/6. Dès son plus jeune âge, il s’amusait à créer des projections d’ombre chinoise avec ses jeunes frères pour faire ses mises en scène cinématographiques. Amoureux du septième art, et n’ayant pas les moyens nécessaires pour suivre des études dans ce domaine, Moustaph Diallo commence alors des stages d’apprentissage auprès de cinéastes confirmés africains et européens. Aujourd’hui promoteur de Manica Film Sarl, il réalise des documentaires-fictions sur les problèmes socio-économiques qui touchent les populations africaines. Il a également travaillé pour des chaînes de télé européennes. Moustaph Diallo a réalisé en 2017 «Djanjo», un documentaire de 52 minutes relatant l’histoire de la musique moderne malienne des années 1960. En 2012, il a réalisé «Les Derniers Tirailleurs», un documentaire historique de 26 minutes dans lequel, il a rendu hommage à ces anciens qui ont été jusqu’au sacrifice suprême pour défendre la France pendant les différentes guerres. Il a ainsi reçu le Prix UEMOA du film documentaire au Festival CLAP, en Côte d’Ivoire, en 2011. Moustaph Diallo a réalisé en 2008 Djiko «Affaire d’eau », un documentaire de 7 minutes sur la crise d’eau dans les villages au Mali, primé au Festival international de Vidéo, Nyamina Mali, puis en 2009 «Benkan Fanga», un documentaire-fiction court métrage de 3 minutes sur la symbolique de la paix 1st Prize Democracy video challenge. Amsatou Diallo : Fondatrice de l’association des femmes photographes du Mali Née en 1982 à Ségou, Amsatou Diallo est photographe, détentrice d’un master en action artistique et culturelle du Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasséké Kouyaté de Bamako. C’est lors de la Rencontre africaine de la photographie de Bamako en 2005, qu’elle a su qu’être photographe était un métier. C’est ce qui l’a emmenée à faire une formation d’un an en argentique au Centre de formation en photographie de Bamako en 2006. Amsatou Diallo a continué son apprentissage auprès des photographes à travers des nombreux ateliers et formation à la fondation AIAC en Espagne en 2009, à MC2a Bordeaux en 2012, à l’Association un autre regard à
Rencontres de Bamako: Une histoire des photographes
Bamako, 29 novembre (AMAP) Selon Erika Nimis, auteure du livre «Photographes de Bamako de 1935 à nos jours», les Rencontres de la photographie de Bamako restent le point de départ d’un mouvement de reconnaissance de la photographie africaine sur le plan international. Si les Rencontres africaines de la photographie ont été institutionnalisées en 1994, la photographie a longtemps existé en Afrique, particulièrement au Mali, depuis les années 1800 à la faveur des missionnaires lors de la pénétration coloniale. C’est à partir de cette époque que les Soudanais (appellation des Maliens avant l’indépendance) vont découvrir les images photographiques en noir et blanc. Après des années de pratique par des pères blancs pour des besoins de documentation et de recherches sur la société africaine, certains Soudanais curieux vont découvrir l’invention de Nicéphore Niepce. C’est la naissance de la première génération des photographes maliens, notamment Mountaga Dembélé, Seydou Keita, Abderrahmane Sissako, Félix Diallo, Malick Sidibé, Sadio Diakité pour ne citer que ceux ci. Cette première génération de photographes a travaillé sur le portrait et le quotidien de la société africaine. Après une première édition plein d’engouement, les initiateurs des Rencontres de Bamako vont se donner comme objectif de découvrir davantage les génies créateurs de la photographie africaine et de les exposer à travers le monde. Cette première génération des photographes sera suivie par certains jeunes photographes qui vont constituer, plus tard, la deuxième génération des photographes maliens dont la plupart a été révélé lors de la deuxième édition des Rencontres africaines de la photographie. Il s’agit de Youssouf Sogodogo, feu Alioune Ba, Emmanuel Bakary Daou qui se sont démarqués par leur travail de recherche contemporain, notamment Alioune Ba qui a laissé son empreinte dans beaucoup de pays, à travers ses œuvres intitulées, «pieds et mains». Si les photographes de première génération ont pu fasciner le monde à travers leur objectif en remportant des prestigieux prix comme le Lion d’or de Malick Sidibé, tel n’est pas le cas pour la nouvelle génération, malgré la création de plusieurs centres de formation et la matérialisation de la Maison africaine de la photographie. L’IDÉE DES RENCONTRES – L’organisation administrative de cet événement international était confiée à une commission sous la tutelle du ministère malien de la Culture qui nommait un directeur des rencontres. Il faut attendre 2003, soit 10 années après les premières rencontres, pour voir créer la Maison africaine de la photographie de Bamako dont la mission principale est l’organisation des Rencontres africaines de la photographie. Les organisateurs sont au nombre de trois, à savoir l’artiste peintre Abdoulaye Konaté, le sociologue Moussa Konaté et l’archéologue Samuel Sidibé. La présente édition est confiée à Lassana Igo Diarra, opérateur culturel privé, comme délégué général des Rencontres de Bamako. C’est à la faveur d’une image du photographe Seydou Keita, lors d’une exposition aux Etats-Unis que deux photographes français, Bernard Descamps et Françoise Huguier, ont décidé de venir à Bamako pour comprendre l’histoire de la photo dans le continent noir, notamment au Soudan français. Ce fut une surprise pour eux de découvrir que les Africains sont de grands artistes. Pendant plus d’un demi de siècle, les photographes maliens avaient, soigneusement, classé leurs archives (clichés) sans imaginer que des rencontres allaient même exister, un jour. C’est ainsi que les premières rencontres ont vu le jour, avec le soutien de l’Afrique en création, une structure française qui soutenait la création africaine à l’époque. En décembre 1994, la première édition a été lancée à Bamako, au Palais de la Culture Amadou Hampaté Ba, sur les rives du fleuve Djoliba. L’événement, tant souhaité, a été lancé par le président malien d’alors, Alpha Omar Konaré, grand défendeur de l’art et de la culture africaine. Ce fut un véritable engagement de la part des autorités maliennes qui ont favorablement accueilli l’implantation d’un évènement à caractère international sur le sol de Soundjata Keita. Le premier flash fut déclenché par le président pour montrer l’importance qu’accorde la République à la créativité et à la photographie. D’édition en édition, les photographes s’investissent pour répondre à l’exigence de la création contemporaine. Cela va vite favoriser l’émergence de jeunes photographes africains qui vont vite s’orienter dans la création contemporaine. C’est ainsi qu’ils vont déposer leur valise dans les grands festivals de l’art contemporain comme celui de Arles, en France ou Da’kart, au Sénégal. Parmi ces jeunes créateurs, les Maliens Seydou Camara, Moussa Kalapo, Aboubacar Traore, Salif Traoré, Thabiso Sekgala d’Afrique du Sud, le Sénégalais, Ibrahima Thiam… Vingt cinq années après sa création, la Biennale de Bamako est devenue une référence incontournable dans le paysage de l’art contemporain international même si, ellereste, toujours, en Afrique un événement moins populaire que le Fespaco du Burkina Faso et le Masa de la Côte d’Ivoire. Les Rencontres de la photographie africaine de Bamako, initiées par la France et le Mali, sont une manifestation artistique et culturelle, à caractère international, axée sur la création photographique du continent africain et de la diaspora. Elles constituent un credo d’échange et de dialogue permettant aux artistes photographes de mettre en valeur leurs créativités et de rejoindre le show-biz de l’art contemporain. Elles sont organisées, tous les deux ans, sur la base d’un travail de recherches proposé par des photographes et d’autres créateurs connexes comme les vidéastes. Nous sommes en 2007, soit douze années après sa création, les organisateurs ont décidé de faire une évaluation en vue de mesurer l’impact des rencontres sur la promotion et le développement de la photographie contemporaine. Cette réflexion, tenue au Centre international de conférences de Bamako (CICB) a permis de changer, pour un premier temps, le nom de la Biennale de la photographie africaine. Pour certains experts du domaine, notamment, Simon Njami, l’un des grands artisans des rencontres pour avoir dirigé cinq éditions, il n’existe ni la photographie africaine ni européenne mais des regards africains ou européens. Cette philosophie a été soutenue par plusieurs critiques lui permettant de changer le libellé des Rencontres de la photographie africaine pour devenir Biennale africaine de la photographie. Il a, aussi, été question de penser à rentabiliser économiquement l’événement qui était, toujours
12è édition des Rencontres de Bamako: La fête du jubilé d’argent
Par Youssouf Doumbia Bamako, 29 novembre (AMAP) Plus de 85 photographes et vidéastes vont concourirpour les différents prixde la 12è édition des Rencontres de Bamako, la capitale malienne, oùphotographes, galeristes, collectionneurs, critiques, organisateurs de festival, journalistes de l’Afrique et d’autres continents se retrouvent, à partir de ce samedi 30 novembre. Ils célèbrent, du coup, les 25 ans de cet évènement qui est désormais inscrit dans l’agenda des grandes manifestations artistiques africaines voire mondiales. Ces artistes sélectionnés exposeront au Musée national du Mali. Ils vont conquérir des prix officiels dont la proclamation aura lieu, le mardi 3 décembre 2019. Plusieurs dizaines d’autres collections seront exposées en d’autres lieux comme le Palais de la culture Amadou Hampaté Ba qui abritera le «Village de la biennale photo», une initiative du réseau des opérateurs culturels Kya. Le hall de la gare ferroviaire de Bamako fait également partie des lieux d’exposition. La 12ème édition sera consacrée au thème : «Courants de conscience», une métaphore littéraire, appelant à une réflexion profonde, lyrique et vibrante sur l’acte photographique, sa spécificité, ses préalables, ses exigences, sa transmission, dans un monde «hyper-visible où circulent en permanence de millions d’images». Ce sera le meilleur moyen pour les organisateurs de célébrer le jubilé d’argent de cette manifestation panafricaine. Pour Lassana Igo Diarra, le nouveau Délégué général des Rencontres photographiques de Bamako, cette biennale anniversairese veut festive, amicale, populaire mais aussi intellectuelle, de réflexion par les symposiums, conférences, master classes, édition de catalogues. La direction artistique de la 12ème édition des Rencontres de Bamako a été confiée au Dr Bonaventure Soh Bejeng Ndikung du Cameroun. L’équipe des commissaires est composée de Aziza Harmel de la Tunisie, d’Astrid Lepoultier du Mali et de Kwasi Ohene Ayeh du Ghana. Les conseillers photographiques sont Akinbode Akinbiyi du Nigéria et Seydou Camara du Mali. Enfin, le grand designer et architecte malien, Cheick Diallo, en est le conseiller artistique et scénographe en Chef. PHOTOGRAPHIE CONTEMPORAINE – Organisées par le ministère de la Culture du Mali, avec le soutien de l’Institut français, les Rencontres de Bamako sont la principale manifestation consacrée à la photographie contemporaine et aux nouvelles images en Afrique. D’envergure internationale, les Rencontres de Bamako sont une plateforme de découvertes, d’échanges et de visibilité. Elles s’inscrivent comme un lieu incontournable de révélation des photographes africains, un temps d’échanges avec le public malien et les professionnels du monde entier. Cette 12ème édition de la Biennale africaine de la photographie, créée en 1994, marque la célébration de ses 25 ans d’existence. Elle se tiendra dans notre capitale, du 30 novembre 2019 au 31 janvier 2020. Lassana Igo Diarra, directeur de la Galerie Médina (Mali) et directeur des Editions Balani’s, est le Délégué général des Rencontres de Bamako. Quant à Bonaventure Soh Bejeng Ndikung, commissaire d’exposition indépendant et fondateur de SAVVY Contemporary (Berlin, Allemagne), il en est le directeur artistique. L’exposition panafricaine, au cœur de la manifestation, est le résultat d’une sélection de photographes et vidéastes africains. L’appel à candidatures pour la participation des photographes et artistes vidéo à l’exposition panafricaine de la 12ème édition des Rencontres de Bamako a été ouvert du 20 mars au 1er mai 2019. Par le choix de ce thème, il s’agit de penser l’œuvre comme l’expression d’un monologue intérieur, comme un dialogue entre artistes, d’artiste à spectateur ou, encore, comme les réactions sensorielles de l’artiste face aux événements extérieurs. Il s’agit, donc, de porter une réflexion sur la notion de représentation du point de vue de l’artiste qui s’exprime par un courant de pensée artistique. Ainsi, le thème de l’exposition panafricaine cherche à amener les photographes à imaginer la pratique artistique du courant de conscience photographique dans le but de «penser en images». «COURANTS DE CONSCIENCE» – L’œuvre photographique se conçoit comme le fruit des associations conceptuelles et esthétiques de son auteur. Elle est l’expression de son œil intérieur ou de sa voix intérieure, une évocation de ce qui ne se voit pas, mettant ainsi ce courant de conscience en action. Les œuvres sélectionnées pour l’exposition panafricaine seront celles qui explorent, à travers la pratique photographique, cette notion de «courants de conscience» telle qu’elle est conceptualisée en psychologie et en littérature. Une attention particulière sera donnée aux œuvres qui emploient cette notion de «courants de conscience» comme métaphore pour aborder les courants de pensée des peuples et des cultures qui traversent le fleuve Niger. L’accent sera, également, porté sur la notion de dialogue entre le continent et ses diasporas, notamment les passerelles qui composent et animent l’univers africain. L’Afrique a longtemps cessé d’être un concept géographique limité à son espace géographique. En tant que concept planétaire, l’Afrique concerne les personnes d’origine africaine reparties dans le monde entier (Asie, Océanie, Europe, Amérique) et sur le continent africain. À travers la dynamique de la photographie, il s’agit de donner lieu à des courants de conscience qui naissent à partir et au-delà des côtes du continent africain. YD/MD (AMAP)
Mission médicale chinoise au Mali : Une coopération en bonne intelligence
Par Bréhima DOUMBIA Bamako, 28 novembre (AMAP) La Mission médicale chinoise apporte une plus-value aux prestations de l’Hôpital du Mali où de grands spécialistes chinois mettent leurs expertises au service des malades et autres usagers du seul établissement hospitalier, véritable fleuron de la coopération médicale sino-malienne, sur la rive droite, dans la capitale malienne, Bamako. Selon le chef de la Mission médicale chinoise, Jiang Yihua, ell exerce en bonne intelligence avec les praticiens maliens dans les différentes spécialités (médecine interne, gynécologie, chirurgie, pharmacie, ORL, ophtalmologie, endoscopie, traumatologie, radiothérapie, imagerie médicale, acupuncture, et autres). La 26è Mission médicale chinoise, composé de 24 praticiens, consulte au moins 120 malades par jour et délivre autant d’ordonnances servies, gratuitement, à la pharmacie tenue par l’équipe médicale chinoise. Mais le malade doit, préalablement, prendre un ticket de consultation à 3.500 Fcfa pour pouvoir bénéficier de médicaments de spécialité requis pour sa prise en charge et qui, ailleurs, lui coûteraient trois ou quatre fois le prix de la consultation. L’équipe médicale chinoise dispose d’un stock important de molécules assez variées. Il y a 250 types de molécules disponibles, selon Jiang Yihua. Le stock de médicaments, de consommables et d’équipements médicaux est renouvelé une fois par an par la partie chinoise. Les médecins chinois consultent, opèrent et réalisent aussi des actes d’exploration et de diagnostic. Il ressort des statistiques fournies par l’équipe médicale chinoise que de l’arrivée de cette 26è mission, en janvier à novembre, elle a accompli un peu plus de 500 interventions chirurgicales et autres actes de diagnostic. Les chirurgiens chinois interviennent, en collaboration avec des praticiens qui s’améliorent avec cette expertise. Au niveau du centre d’oncologie et de radiothérapie (une unité destinée à la prise en charge des malades cancéreux en nécessité de radiothérapie), un physicien médical chinois intervient dans une spécialité qui serait rare, même à l’échelle planétaire. L’Hôpital du Mali a envoyé, avec le soutien financier de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), deux agents en formation en Italie qui, à leur retour, enlèveront une épine du pied de l’administration hospitalière qui a fait le paris d’administrer des soins de qualité aux Maliens. Parce que, sans physicien médical, il ne saurait y avoir de radiothérapie parce que c’est ce spécialiste qui, à partir d’une console calibre les constantes de l’accélérateur lunéaire (un équipement de pointe de la radiothérapie) pour effectuer la radiothérapie. Au niveau du service de traumatologie, les spécialistes chinois, officient, en tandem, avec leurs collègues maliens. Le chef de la Mission médicale chinoise, a salué l’exemplarité de la coopération médicale sino-malienne qui date de plus de 50 ans. Il a indiqué que l’équipe médicale chinoise et les médecins maliens travaillent, en symbiose, pour une meilleure prise en charge des patients de l’Hôpital du Mali. Pour le directeur général de l’Hôpital du Mali, Ousmane Attaher Dicko, l’apport des praticiens chinois est incommensurable. Les médecins travaillaient à Markala, Kati et Sikasso. Mais depuis 2010, ils n’officient plus qu’au niveau de l’Hôpital du Mali. « Malgré les barrières culturelles et de la langue, les médecins chinois travaillent en harmonie », a expliqué M. Dicko, avant de féliciter l’équipe médicale chinoise pour les soins de qualité qu’elle délivre et les praticiens maliens pour avoir bien intégrer les médecins chinois. « Nous avons fait le pari de créer un climat serein, une bonne ambiance de travail pour faciliter la collaboration avec les médecins chinois », a succinctement rappelé Ousmane Attaher Dicko. Il est utile de préciser que les missions médicales chinoises séjournent désormais une année et demi dans notre pays. Elles restaient, auparavant, deux ans. BD/MD (AMAP)
Marché du poisson de mer : La bonne affaire !
Par Fatoumata NAPHO Bamako, 21 novembre (AMAP) Le commerce du poisson de mer ou « glaci dieugueni » « sénégal dieugueni » ou « frigo dieugue », comme la population aime si bien les appeler, est très florissant. En tout cas, à voir le nombre de boutiques installées dans les marchés ou aux alentours, il est évident que les acteurs de ce marché se frottent les mains. La raison ? Acheter nos poissons locaux d’eau douce est devenu un luxe que toutes les bourses ne peuvent se payer. Ils sont si chers que la population est obligée de se ruer sur les poissons importés du Sénégal, de la Mauritanie, du Maroc ou de la Chine. Ces poissons sont de plusieurs variétés : « Sacha, tilapia, milieu, lucia, thon, mademoiselle, pageot, merluza, buro, gari etc. » Toutes ces espèces entrent dans la préparation de nos plats. Le marché de « Sougounikoura » est le lieu où se ravitaillent la plupart des revendeurs de poissons de mer. Ici, stationnent les camions de bananes plantains. Devant, des magasins qui ne vendent que du poisson de mer. Ils sont tous dotés de chambres froides. Ce sont des magasins uniquement de grossistes. Ils commencent leur travail à 5h du matin, pour finir entre 18h et 20h. Pour être le premier servi, il faut se réveiller tôt. Les revendeurs, par ordre d’arrivée, font le rang. Mohamed Tounkara est un des grossistes qui nous a dévoilé qu’ils confectionnent des tickets pour les revendeurs. La clientèle, principalement composée de femmes, est en file indienne devant le magasin. Le grossiste peut écouler 40 à 50 cartons par jour. Le prix d’un carton de poissons varie, entre 10.400 et 18.000 Fcfa. Ses poissons viennent du Sénégal, de la Mauritanie et du Maroc. Awa, une jeune dame, se trouvait devant ce magasin. Elle attendait qu’on emballe les cartons qu’elle venait d’acheter. Pour cette dernière, le choix de ces poissons n’est pas gratuit. « Ils sont moins chers, contrairement à nos poissons locaux. En plus, ils s’écoulent très rapidement » a-t-elle confessé. Juste à côté, un magasin plus grand que celui de notre premier interlocuteur. Ici, nous sommes chez Boucary Aya qui en est à sa septième année d’activité. Comme Mohamed Tounkara, il est fourni par les mêmes pays. Mais à ceux-ci, s’ajoute la Chine. Assis un peu en retrait, il a la main droite remplie de bouts de papier blancs. A notre demande, il explique que c’est pour identifier le nombre de cartons de poissons sortis ou vendus. Dans ce magasin, se trouve une grande chambre froide où sont stockés les différents poissons. Il a confié qu’il vend seulement en gros et que ces principaux clients sont les femmes qui revendent en détail, dans le marché. Boucary Aya peut vendre 500 à 750 à cartons par jour. Le prix des cartons commence à partir de 9.000 Fcfa. Devant ces magasins, s’est formé un vrai marché de poissons. Plusieurs femmes sont assises, çà et là, devant des cartons de poissons. Elles n’ont pas d’étals ni sur quoi déposer leurs marchandises. Elles sont assises à même le sol et les cartons, devant elles, entrouverts. Dès qu’elles voient un potentiel client s’approcher, elles commencent à le héler : « venez ici, y’a des poissons très très frais » ou « ma belle ! Vient, je te les cède à bon prix » ou « ne ya a bila a dala » (Je vous le cède à prix coûtant ). Une d’entre elles, qui n’a pas voulu nous dire son nom, a déclaré faire ce commerce depuis, presque, 20 ans. « C’est un commerce florissant », a t-elle reconnu, avant d’indiquer qu’elle peut finir de vendre ces cartons, avant le petit soir. Notre interlocutrice peut prendre, chaque jour, 3 à 4 cartons. Elle vend le kilo à partir de 1.300 Fcfa. Une dame, qui se tenait devant elle, avec un sachet noir, nous lança, sans être interpellée : « Hum, on ne peut que se contenter que de ces poissons venus d’ailleurs. Ils sont moins chers et on peut en trouver partout », confirmant ainsi l’engouement pour ces espèces de mer. « Regardes », dit-elle, en nous montrant des Tilapia, « ces poissons ressemblent à ceux que nous avons. Je les préfère pour faire mes poissons braisés. Avec ça, je peux avoir beaucoup et à moindre coût, contrairement à nos poissons. A seulement 2.500 Fcfa, j’ai pu en avoir une grande quantité ». Au niveau de la gare ferroviaire, deux grandes boutiques sont contiguës. Elles vendent, toutes, la même chose. Mais la première est plus grande que la seconde. Elles font, toutes, du gros et du détail. Contrairement aux vendeurs du premier marché, ces boutiques ont à la place des chambres froides, de gros congélateurs. Sous un grand hangar, devant la première boutique, des hommes en uniforme bleu se tenaient devant une grande table. Chacun tenait un poisson, dans sa main protégée par un gang rouge. Avec de gros couteaux, ils dépeçaient les poissons. Un autre, à côté d’eux, était occupé à laver les récipients qui servent à récupérer les poissons retirés des frigos. Il était presque 8 heures, mais le gérant n’était pas encore en place. A la seconde boutique, c’étaient de jeunes garçons, autour d’une table moins grande. Une dame en complet wax est assise, tout en faisant face aux jeunes qui préparaient ses poissons. Avec sa pochette accrochée autour de la taille, elle avait l’air d’une vendeuse. De temps à autre, elle leur donnait des directives. « Pour celui-ci coupez le en trois parts et pour celui-là en 4 parts », lançait-elle. Durant une vingtaine de minutes, les deux jeunes dépeçaient, coupaient et déposaient les poissons dans des paniers. Les deux récipients ont été finalement remplis, au grand bonheur de la dame en Wax. Elle nous confiera, par la suite, que chaque matin, c’est ainsi car elle détient un étal au grand marché. Elle n’y vend que de l’attiéké. Pour son commerce, elle achète, chaque jour, deux cartons de poissons pour faire accompagner l’attiéké. Elle témoigna que c’est uniquement ces poissons qu’on peut vendre à petit prix. C’est-à-dire à partir de 100 Fcfa. « Avec nos poissons locaux, c’est impossible de les céder à ce prix-là »,
Accès à Internet : les resquilleurs de wifi
Par Fadi Cissé Bamako, 27 novembre (AMAP) Ce sont des jeunes filles et garçons qui squattent les réseaux sans fil des services publics et des particuliers. Ils n’hésitent pas à utiliser des méthodes de hacker pour percer les codes de connexion. Selon Wikipédia, le WI-FI est un ensemble de protocoles de communication sans fil qui permet de relier par ondes radio plusieurs appareils informatiques (ordinateurs, routeurs, smartphones, modems Internet, etc.) au sein d’un réseau informatique afin de permettre la transmission de données entre eux. Ainsi, la portée peut atteindre plusieurs dizaines de mètres (généralement entre une vingtaine et une cinquantaine de mètres) s’il n’y a aucun obstacle gênant (mur en béton par exemple) entre l’émetteur et l’utilisateur. Des fournisseurs d’accès à Internet peuvent aussi établir un réseau Wi-Fi connecté à Internet dans une zone à forte concentration d’utilisateurs (gare, aéroport, hôtel, train, etc.). Selon Wikipédia, ces zones ou points d’accès sont appelés bornes ou points d’accès Wi-Fi ou « hot spots ». Ces points d’accès sont, de plus en plus, recherchés par les jeunes pour se connecter à Internet. Et très souvent sans en avoir l’autorisation. Pour ce faire, ces jeunes filles et garçons passent beaucoup de temps à roder dans les alentours des maisons et services dotés de Wi-Fi. Un samedi matin du mois d’octobre, notre équipe de reportage a fait le constat derrière les murs de l’hôtel Sheraton, non loin de l’ACI 2000. Tout autour, de jeunes gens garent leurs engins à deux roues. Certains se faufilent entre les fleurs et arbres qui embellissent les lieux. Débout, le nez dans l’écran de leurs Smartphones, les uns et les autres se connectent aux multiples Wifi que le centre met à la disposition des clients et autres visiteurs. Comme eux, d’autres personnes sont assises de l’autre côté de la route, à moins de 10 m de la clôture de l’édifice. Têtes baissées, les regards rivés sur les écrans de leurs téléphones portables, ces jeunes gens semblent manquer de temps pour s’échanger quelques mots avec des personnes physiques. Ces individus, tous comme les cambistes, qui opèrent autour de l’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP), utilisent toute sorte d’astuces pour disposer le code Wifi de cet établissement public. Pour pouvoir se brancher sur le réseau de l’AMAP, ils n’hésitent pas à nouer des relations avec des travailleurs du service. Un comportement nouveau qui étonne un vieux boutiquier, installé non loin de l’hôtel Sheraton. D’après le témoignage de ce vieil homme, qui n’a pas voulu être cité, ces jeunes sont accros à leurs appareils, du matin jusqu’au soir. Pour lui, chacun d’entre eux, tenant son téléphone en main, vient uniquement pour télécharger des choses sans importance ou envoyer des vocales sur WhatsApp. « Rares sont ceux qui viennent pour faire des recherches dans le cadre des études ou de l’éducation. Certains, plus malicieux et très futés, creusent souvent des petits trous dans le mur de clôture pour, disent-ils, accéder rapidement à la connexion Wifi », révèle-t-il. 2000 FCFA – Comment font-ils pour ce connecter à un Wifi dont ils n’ont pas le code d’accès ou mot de passe ? En réponse à cette question, un membre du groupe pointe du doigt un autre, qui semble être le cerveau du groupe. Interrogé, ce dernier rétorque sans hésitation : « Il faut débourser 2000 Fcfa pour avoir accès au code ». Car, ajoutera le jeune homme, il est indispensable de disposer d’une certaine connaissance informatique pour déchiffrer le code d’un réseau de connexion. Il poursuivit son récit en soutenant qu’avec les 2000 Fcfa, l’intéressé peut se connecter à souhait pendant une semaine. Passé ce délai, le client peut se connecter à nouveau en payant le même montant. « Grâce à ces petites sommes, que je gagne par jour, je peux subvenir à certaines de mes dépenses : paiement de crédits pour le téléphone, achat de nourriture et de carburant pour mes déplacements etc. », explique le jeune de 22 ans. Des pratiques similaires sont, de plus en plus, légion dans plusieurs quartiers. Quand vous voyez des groupuscules de jeunes installés calmement derrière une famille dotée d’internet, ne cherchez pas loin. En les approchant, vous les surprendrez en train de télécharger des vidéos ou de chatter avec leurs correspondants en utilisant le Wifi le plus proche. Un tour à Djicoroni-Para suffit pour en avoir le cœur net. Devant une concession, dans ce quartier périphérique de Bamako, des jeunes forment un « Grin ». Ce groupe de causerie entre amis, généralement autour du thé, semble, ici, prendre son sens. Connectés au Wifi à proximité, certains d’entre eux envoient des messages vocaux, via WhatsApp, à des amis. Tandis que d’autres, les têtes baissées, pianotent sur les claviers de leur Smartphone pour écrire et envoyer des messages. Le même scénario se répète de l’autre côté, en dépit des odeurs nauséabondes que dégagent les caniveaux, rendant ainsi difficile la respiration. Ahmed Mangara, propriétaire du Wifi, affirme qu’il change de code, régulièrement, mais les jeunes resquilleurs arrivent toujours à pirater son réseau. Pour lui, les jeunes manipulent la technologie avec dextérité. « Ils découvrent, chaque jour, de nouvelles choses sur les sciences que nous, les vieux, nous ne savons pas. Je change de code, presque chaque jour, mais ils arrivent à me contourner en trouvant un moyen de le détecter. Je ne sais plus que faire », déplore-t-il, l’air déçu. Pour Ibrahim Cissé, ingénieur réseau responsable informatique, pour trouver les mots de passe Wifi, les jeunes utilisent de nos jours plusieurs méthodes, à savoir le recours à des applications comme Wifi password, Wifi hacker… Ceux-ci peuvent facilement découvrir certains mots de passe Wifi. « Il y a certains, notamment, les plus malins qui vont essayer d’avoir un des équipements connectés à votre Wifi, par exemple un ordinateur qui est déjà connecté ou votre propre téléphone », révèle-t-il. Par ailleurs, il existe des artifices pour sécuriser son code Wifi. A ce propos, l’ingénieur Cissé conseille de solidifier les mots de passe, en utilisant des caractères spéciaux comme : ? / @ – + etc. qui sont plus difficiles à déchiffrer par les applications mobiles. FC/MD (AMAP)
Zirakoro Dounfing : Difficile cohabitation entre humains et animaux sauvages
Par Amadou Cissé Bamako, 25 novembre (AMAP) Quartier de la commune III, à la lisière de la capitale malienne, Bamako, et a la limite de la frontière avec le Cercle de Kati, Zirakoro Dounfing est réputé être une zone de prédilection pour les sciences occultes. Tout au long du marigot, qui laisse passer les eaux diluviennes emprisonnées par le chapelet de collines situées derrière les petits villages de Kati, d’étranges activités nocturnes attisent la curiosité des passants. Des esprits semblent habiter ces arbres touffus que le passant admire, à gauche, en partant à Kati. C’est l’un des rares poumons de la capitale. Selon les habitants du coin, deux grandes familles de « Djinns » se seraient partagées le territoire. La première est commandée par une vieille dame. L’autre, cousin de la vieille dame, est installée, plus loin, avec sa famille. Ce déplacement serait motivé par l’empiètement des hommes sur leur territoire. Selon la légende, les pieds humains marchent, à longueur de journées, sur leurs ustensiles de cuisine. Certains humains poussent la provocation jusqu’à construire des bâtiments sur l’espace de la communauté des « Djinns », qui a, dès lors, pris la décision d’éviter l’affrontement avec les humain. Les « Djinns » ne sont pas les seuls à se plaindre de l’agression de l’homme. Les serpents sont, quotidiennement, perturbés dans leur quiétude par les bruits et les odeurs humains. A défaut de les interroger directement, allons au contact de ceux qui en auraient le secret. En partant à Kati, après le vieux quartier de Samé, à gauche, dans le ravin, on arrive à Zirakoro avant Kati. Sur la route en latérite, parallèle à la principale, des hangars sont implantés entre les manguiers. Des poulets de toutes les couleurs y sont égorgés, puis sacrifiés et leur sang rependu sur le sol ou versé dans l’eau. Des esprits sont ainsi nourris pour répondre favorablement aux sollicitations des hommes désespérés. Les poulets ne sont pas les seules victimes de cette croyance populaire des temps révolus mais toujours tenace. Les cabris noirs et, quelques rares fois, des béliers blancs y sont immolés par des individus aux allures effrayantes. ESPRITS – Habillés en haillons, ces personnages ne quittent pas ces endroits particuliers. Ils attendent des clients. Une bonne quantité d’alcool pour arroser les esprits, quelques paquets de cigarettes et un peu de nourritures, c’est suffisant pour vivre. La nuit tombée, au lieu d’aller au lit, beaucoup de gens prennent la direction de Zirakoro. Là, ils ont rendez-vous avec ceux qui seraient les intermédiaires des diables et de leurs cousins « Djinns ». Originaires de la zone, ils ont démontré, à qui veut le croire, qu’ils ont la faculté de se connecter avec les esprits invisibles, au commun des mortels, pour donner une réponse positive aux diverses sollicitations des autres humains. Tout au long des rails qui s’enfoncent dans cette mangueraie, des véhicules de nantis sont garés dans la pénombre. Les occupants sont dans la petite forêt de manguiers où se trouve une petite marre aux eaux colorées, à force de recevoir du sang et des animaux morts. « Ici, il y a une grande famille de « Djinns ». Mais très gentille. Elle accepte les offrandes et en échange, fait ce qu’on lui demande », confie discrètement un jeune qui prétend être juste un ami du charlatan. Que demandent-ils aux esprits du marigot sacré ? Difficile d’y répondre. En revanche, il est connu que ces esprits ne sont pas les seuls occupants des lieux. S’ils existent, ils cohabitent avec des boas. Ces gros serpents ont colonisé ces lieux humides et touffus, depuis la nuit des temps. Les anciens le savent bien. De génération en génération, on enseigne aux jeunes de ne jamais tuer un boa. La raison : ils sont le totem qui protège la localité. « C’est le ciment de notre village devenu aujourd’hui un quartier de Bamako à cause de sa proximité », disent les habitants. Un problème se pose. Les mairies se sont adonnées à une vente effrénée de terrain et d’espaces de toute nature et de toute destination. Des maisonnettes, qui semblent suspendues dans le vide, pendent aux flancs des collines. Les cuvettes et des ravins sont vendus et des demeures y sont construites, sans peur ! Les marigots où se reproduisent les animaux sauvages sont investis par l’homme. Alors, les gros reptiles, devenus nombreux, sont pris en sandwich par les maisons. « Nous avons l’habitude de trouver des boas dans les chambres à Zirakoro. Mais, à chaque fois Boua (père) nous interdit de les toucher, encore moins de les tuer. Il semble qu’ils protègent le quartier, depuis plusieurs générations », raconte Adama, un jeune du quartier qui croit, dur comme fer, à cette réalité. Ces gros reptiles, selon le savoir endogène, ne sortent qu’une fois l’an, à la recherche de nourriture. Dans leur communauté, ils ont un chef. C’est le plus gros et le plus long. Le voir relève d’un miracle. Mais le voir est un porte-bonheur, selon un ancien. « Ils sont très nombreux ici mais ne font de mal à personne. Quand ils ont faim, ils se promènent la nuit pour chercher une chèvre, un coq ou se contenter de menus plus modestes comme les margouillats et les grenouilles qui croassent, en chœur, tous les soirs. L’orchestre des batraciens les attire vers les parties humides de la mangueraie. ETREINTE MORTELLE. Fins stratèges, ils se mettent souvent sur les arbres, en embuscade, pour surprendre les petits animaux imprudents. C’est ce qui est arrivé au chien d’un jardinier du coin. Le maitre du chien a été alerté par les aboiements de désespoir de l’animal de compagnie. Aussitôt, il abandonna ses planches de haricots et se dirigea vers l’animal en détresse. Ce dernier était en mauvaise posture. Le gros reptile l’avait pris en tenaille. Sa tête et sa poitrine sont enveloppées par la bête qui glisse son corps tout autour du chien. Le canidé remue, désespérément, sa queue. Le boa, partisan du moindre effort quand il s’agit de tuer sa proie, déploie, doucement et surement, sa force contre sa victime agonisante. Il est capable de détecter ses battements de cœur de sa

