Polygamie: Les femmes de plus en plus réfractaires
Par Maïmouna SOW Bamako, 03 février (AMAP) Le Mali est un pays laïc, fortement dominé par la foi musulmane. L’Islam autorise les hommes à épouser plusieurs femmes. Le temps est loin où les hommes se mariaient à plusieurs femmes, pour constituer de grandes familles où il faisait bon vivre, dans l’entente. Ce climat familial serein traverse des moments difficiles et les femmes ont une peur bleue de la polygamie. Le débat sur le choix du régime matrimonial ressurgit, toutes les années depuis une décennie, à la veille du mois de Ramadan, à l’approche de la fête de Tabaski. La monogamie a-t-elle pris le dessus dans le cœur des générations de jeunes maliennes en âge de se marier ? « La polygamie c’est l’enfer ! Personne ne doit accepter de partager son homme », soutient Aminata, lors d’une discussion avec son amie Kadiatou sur la question. Cette autre épouse, qui l’écoute, écarquille les yeux. Il y a de quoi. En effet, Aminata qui pourfend la polygamie est mariée sous le régime de la polygamie. Elle attend même l’arrivée prochaine dans son foyer du premier bébé. Dans le Mali actuel, le régime de la polygamie est inacceptable pour de nombreuses jeunes filles en âge de se marier. Des citadines et des femmes rurales, dans toutes les communautés, estiment que vivre dans un foyer polygame « est une pilule amère, difficile à faire passer. » Mais. paradoxalement, elles sont nombreuses à le signer. Comme le montrent ces chiffres de la mairie de la Commune IV du District de Bamako. Ici, durant les trois dernières années, 90% des unions ont été faites sous le régime de « la discorde ». « En 2019, il y a eu 302 mariés polygames, 32 monogames ; en 2018, 363 polygames contre 33 monogames; en 2017, 349 polygames, 44 monogames », indique le chef du centre de la mairie de la commune IV du District de Bamako, Diakité Rokia Bagayoko. Devant l’officier d’état-civil, plus de la majorité des nouvelles mariées optent pour la polygamie. Malgré les statistiques qui prouvent la prééminence de la polygamie dans les familles, les épouses ont la phobie de la polygamie. Pour quelles raisons ? UN CALVAIRE – Aujourd’hui, la 2è épouse Diawara Assétou Koné est braquée contre la polygamie. Elle soutient qu’elle vit le calvaire, parce qu’elle partage son mari avec une co-épouse dans la concession familiale. Elle a perdu toutes ses illusions sur le bonheur chez son mari polygame. Et elle ne mâche pas ses mots : « Je ne le souhaiterai pas à une ennemie de vivre dans une famille polygame! Etre mariée sous ce régime est une chose, mais vivre sous le même toit avec sa co-épouse est horrible », déclare-t-elle. L’aversion de cette épouse pour la polygamie découle du fait que sa co-épouse est la cousine de son mari, qui serait la favorite. Mme Diawara Assétou Koné déplore cette mise à l’écart. Elle vide son amertume en ces termes : « Je suis traitée dans ma maison comme une réfugiée. J’ai tort d’avance en cas de conflit avec ma coépouse, Je suis exclue de toutes les consultations sur les affaires de ma belle famille ». L’hostilité à l’égard de la polygamie est largement partagée dans le rang des femmes. Mais quelques unes se résignent, arguant l’aspect social et religieux. Mme Coulibaly Fatoumata Diarra est mariée depuis 19 ans. Elle se souvient des fastes du jour de son union. Au moment de la signature du régime de polygamie, elle a fondu en larmes en la présence de six autres couples qui attendaient pour se dire « oui ». Elle a fait l’objet d’un persiflage et ses proches craignaient un renoncement de sa part. Au bout de quelque temps, ils ont réussi à la convaincre d’opter pour la polygamie. Mais au fil des années, les conditions de vie se sont améliorées dans son foyer. Mais cette aisance matérielle inquiétait fortement Mme Coulibaly Fatoumata Diarra. Au Mali, la bonne situation financière pousse beaucoup d’époux polygames à prendre une nouvelle femme. « Plus mon mari gagnait sa vie, plus je m’inquiétais. Les filles d’aujourd’hui ne laissent pas les piétons tranquilles, à plus forte raison un homme riche qui roule en 4 X 4 ». Mme Coulibaly ne sera pas épargnée. Elle sera atterrée d’apprendre, deux ans après son mariage, la nouvelle du 2e mariage de son mari. Exaspérée, elle a cherché en vain à échapper à la polygamie. « En ce temps, c’était dur pour moi d’affronter les regards des autres. J’allais partager mon homme et, peut être, que je serai délaissée au profit d’elle », a confessé Mme Coulibaly. Prise de panique, elle a vendu ses bijoux. Elle s’est endettée pour pouvoir aller en France, laissant ses 6 garçons dernière elle. Malheureusement, l’intermédiaire, qui était chargé de lui trouver un visa n’a pas pu honorer l’engagement à temps. Et il avait empoché plus de 2.700.000f Cfa. Mme Coulibaly Fatoumata Diarra était désemparée. Elle ne savait plus que faire. Elle était acculée par la meute des créanciers, et contrainte d’affronter la dure réalité du foyer polygamique. « J’ai failli faire la prison, n’eût été l’aide de ma famille paternelle qui a remboursé mes crédits. Ma grande sœur qui vit en France m’a offert une boutique de produits de beauté. Je devais rester près de mes enfants. Ce fut le pire moment de ma vie. Dieu merci. Maintenant, j’ai retrouvé la paix. La peur bleue de la polygamie qui m’habitait n’avait pas sa raison d’être. Mon époux n’a jamais cessé de me prouver son amour, en chef de famille responsable. Pour cela, je lui témoigne ma loyauté», a-t-elle souligné, le regard heureux, un grand sourire aux lèvres. « La polygamie a été inspirée par le tout puissant pour équilibrer la vie sur terre. Dans le monde les femmes sont plus nombreuses que les hommes. Le bon mari et un bon père », estime Fatima. Elle a conseillé à sa nouvelle co-épouse d’être respectueuse, de comprendre qu’elle n’est pas venue pour remplacer une épouse mais agrandir la famille. Ces deux co-épouses ne vivent pas dans le même quartier. Le fonctionnaire Moustapha Coulibaly fait montre d’une forte conviction religieuse. Il faut, selon lui, prendre plusieurs femmes
FEBAK 2020 : Le coton en vedette mais noyé par les produits courants
Par Mariam F. DIABATE Bamako, 3 février (AMAP) Il est 11 heures au Parc des expositions de Bamako, où se tient la 13ème édition de la Foire d’exposition de Bamako (FEBAK) qui a ouvert ses portes le 16 janvier et a pris fin dimanche 02 février 2020. Ici, il y a de l’ambiance ! A l’entrée déjà, de la musique et une foule nombreuse. Une longue file de visiteurs attend d’être fouillée par les vigiles avant d’entrer. A l’intérieur, de nombreux stands dont celui de Colette Traoré qui expose du bogolan. Elle participe, depuis 10 ans, à cette exposition commerciale dont le thème, cette année, est « la valorisation et la transformation coton», l’or blanc. Assise sur un fauteuil recouvert de tissu bogolan, trois tissus bogolan sur ses genoux, la transformatrice de coton affirme qu’elle fait de la coupe et couture avec les tissus bogolan. « Je file le coton. Je le tisse et je le transforme en bogolan. Je fais également de l’indigo chimique afin de changer la couleur de mes tissus blancs avant de les coudre », ajoute-t-elle, précisant qu’elle vend des chemises, des grands boubous, des écharpes, des robes, des oreillers, des chemises de tables…tous faits à base de tissu bogolan. S’exprimant sur le choix du thème, la quinquagénaire estime que cela est une très bonne initiative qui « permettra de pousser les gens à aimer les habits faits en coton. Par ailleurs, Colette Traoré invite le gouvernement à participer à la promotion de nos tissus traditionnels partout, comme c’est le cas au Burkina Faso. A cet effet, elle souligne que ces tissus doivent être utilisés pour embellir les salles d’attentes et de conférence des administrations. Egalement dans la coupe et couture, Alinos Yaméogo, du Burkina Faso, expose son savoir-faire. Dans son stand rempli de tenues pour dames, hommes et enfants, toutes faites, à base de coton, M. Yaméogo participe au FEBAK depuis très longtemps. Il soutient que le thème de la foire est la bienvenue pour les pays de la sous-région comme le Togo, la Côte d’ivoire, le Ghana mais, surtout, le Mali et le Burkina Faso. Par ailleurs, le Burkinabé regrette le non-respect du thème par les organisateurs. Vue la présence d’exposants d’ustensiles de cuisine, de chaussures et autres. Pour M. Yaméogo le thème ne trouve pas tout son sens. Il estime que ce sont le textile coton qui doit être privilégié dans l’exposition. « Compte tenu du thème, c’est une usine de transformation du coton au Mali qui devait sponsoriser cet événement », indique-t-il. Les deux exposantes Ghanéennes, Millicent Biney et Sharon se sont installées côte à côte. Elles exposent chacune, des tissus wax fait à base de coton (tenues hommes et femmes). Elles saluent le choix du thème qui les concerne toutes. Par ailleurs, Sharon se plaint de la place de son stand. « Etant donné que le thème nous concerne, nous devrions avoir les stands de devant. Personnellement, je suis trop en arrière, ce qui joue sur ma clientèle », se plaint-elle. MFD/MD (AMAP)
Stationnement anarchique à Bamako : Au détriment de la fluidité de la circulation routière
Par Oumar DIAKITE Bamako, 27 janvier (AMAP) S’il y a un phénomène qui est bien partagé au centre-ville de Bamako, c’est bien celui du stationnement et de l’occupation anarchiques de la voie publique qui prend de l’ampleur dans la capitale malienne. Rétrécissement des voies et, par conséquent, ralentissement de la circulation routière, accidents souvent graves, la pratique s’est généralisée, ces dernières années, surtout dans les quartiers où se concentrent des administrations publiques et des activités commerciales. Au centre commercial, un quartier abritant beaucoup de services, des particuliers garent leurs véhicules en des endroits sans panneaux de stationnement réservé ou qui ne sont pas des parkings, entrent dans leur bureau, pour y passer toute la journée. « On n’a pas d’autre solution. Nous sommes contraints de garer nos véhicules, ici, aux alentours de notre lieu de travail. Que voulez-vous qu’on fasse ? », éructe Monsieur X, qui ne veut pas décliner son identité et qui a stationné sa voiture, pratiquement sur la chaussée. Nous sommes devant un service, dans le quartier du Centre commercial Et son véhicule doit rester en occupation anarchique, de la voie publique, durant toute la journée. Entre temps, les usagers devront « se débrouiller », comme ils peuvent, pour se frayer un passage. Parfois, des véhicules de transports publics, surtout les gros porteurs ou des véhicules de livraison, stationnent en dehors de leurs heures de circulation et des aires qui ne leurs sont pas réservées. Ou très souvent, certains véhicules de transport public, sans autorisation, occupent des portions de voie, le temps plus ou moins long, de chercher et trouver des clients et d’embarquer, hors d’une auto-gare ou un site réservé à cet effet. La scène se passe à longueur de journée dans la ville de Bamako. Au Badialan III, en Commune III du District de Bamako, des autogares, aux bords de la voie bitumée reliant la ville de Kati, incitent à des stationnements illégaux de taxis qui attendent des clients parmi les passagers des cars. Vers les petits soirs, aux heures d’arrivée des cars de l’intérieur du pays, ces chauffeurs de taxi se garent devant ces gares routières, au mépris de toute règle, provoquant des embouteillages. Des désagréments qu’ils causent aux autres, ils n’en ont cure. Les reproches et récriminations de ceux-ci les laissent de marbre. « C’est agaçant, l’incivisme est à la base de tout dans ce pays. Les gens ont la critique facile contre les gouvernants, ils se permettent de mettre en cause l’autorité alors que les populations elles-mêmes ne sont pas sans reproches. C’est le laisser-aller…», éructe un usager qui en veut aux transporteurs au Badialan contre qui il exprime son dégoût. Un autre visagede l’occupation anarchique de la voie publique et de ses désagréments dans la circulation routière : des épaves garés devant des maisons, durant des années. Une scène qui n’est pas rare dans certains quartiers. ASSAINISSEMENT – A la mairie du District de Bamako, on considère que le phénomène est illégal. « Un stationnement anarchique, comme son nom l’indique, est une occupation illégale d’une partie de la voie publique sans autorisation », définit Amadou Coulibaly, agent à la mairie principale de la capitale. « Pour pouvoir occuper une portion de la voie publique, il faut en milieu urbain, une autorisation du maire. Sans laquelle l’occupation ou le stationnement devient anarchique », soutient-il. L’agent municipal reconnait que des particuliers ainsi que des transporteurs en commun envahissent, de plus en plus, les voies publiques de la ville. « Or, prévient-il, il y a un arrêté municipal du maire du District par rapport à l’occupation anarchique du domaine public ». Selon le commandant major Adama Coulibaly, chef des voies publiques de la Compagnie de la circulation routière (CCR) du GMS (Groupement mobile de sécurité), l’occupation anarchique concerne toutes les parties de la voie publique réservées à la circulation des usagers de la route. « Normalement, les stationnements doivent se faire dans les parkings pour ceux qui travaillent sur les grandes artères. A chaque fois que le stationnement se fait dans la durée, dans un lieu autre qu’un parking, il devient anarchique », explique le chef de la voie publique au GMS, soulignant l’illégalité du comportement. En la matière, rappelle-t-il, le maire du District a pris l’arrêté 014-DB pour gérer les cas d’occupation anarchique à dans le District. «La contravention va jusqu’à 18.000 Fcfa », précise le commandant-major Adama Coulibaly. D’autre part, l’officier de police de la circulation routière relève d’autres cas d’occupation anarchique de la circulation routière. « En plus des cas des travailleurs qui garent devant les bureaux, il y a, souvent, les abords des garages de mécaniciens qui empiètent sur la voie publique. Ces garagistes occupent la voie publique avec des véhicules en panne pour une durée indéterminée. C’est une situation qui peut, à la longue, être source d’accidents », dénonce-t-il. Pourtant, à en croire notre interlocuteur, la police a toujours sévi contre ces comportements, chaque fois que l’occupation devient très gênante pour les usagers. «Normalement, on doit être appuyé par l’Agence nationale pour la sécurité routière (ANASER) et la mairie’, indique-t-il. Sur ce point, il dit que l’ANASER avait même envisagé des opérations de dégagement de la voie publique. Et d’ajouter : « A travers cet arrêté 014-DB, en collaboration avec la mairie, on doit procéder à des opérations coup de poing pour dégager la voie publique ». « On dit qu’il n’y a pas de voie à Bamako mais, a y voir de près, en luttant contre les occupations anarchiques de certaines voies, on peut bien obtenir une fluidité sur ces tronçons », analyse le chef de la voie publique au GMS. Pour ce faire, il plaide pour un appui de la mairie et de l’ANASER « parce, souvent, ces opérations demandent des moyens mécaniques pour pouvoir dégager les engins encombrants ». OD/MD (AMAP)
Bamako voilée de poussière : Monsieur Météo explique
Par Rachel Dan GOÏTA Bamako, 29 janvier (AMAP)De la poussière en suspension qui enveloppe la ville, tous les matins. C’est le quotidien des habitants de la capitale malienne, Bamako, depuis quelques semaines. Beaucoup de Bamakois sont loin d’en soupçonner les multiples causes. Cette brume de poussière est due à des phénomènes qui se passent à des milliers de kilomètres de la capitale. Selon Mali-météo, elle est liée «au renforcement de vent au niveau du sol dans des foyers de poussière qui sont localisés, principalement, au Nord du Mali, dans certaines parties du Tchad, du Niger et du Burkina Faso ». Cette semaine, aussi, précisément, mercredi, les Bamakois ont pu observer le phénomène, une bonne partie de la matinée. Selon les prévisions, la brume pourrait persister encore quelques jours. « Nous pensons que ça va aller jusqu’aux 27, 28 janvier ou au-delà. A partir de là, ça va commencer à diminuer d’intensité », confie le directeur du réseau d’observation de la prévision météorologique de Mali-météo, Moussa Touré. Pour le spécialiste, c’est la moitié Est du Mali et Bamako qui sont concernées par cette suspension de poussière « à laquelle s’associe une inversion de température qui contribue à bloquer les poussières en surface ». « Normalement, plus on va en altitude, plus la température diminue. Mais, on constate l’inverse ces derniers jours. Plus on monte en altitude, surtout les matinées, plus la température augmente ». C’est ce qui fait que globalement les poussières et tout ce qu’il y a comme fumée sont bloquées en surface », explique le spécialiste. Il incrimine, aussi, les fumées de pot d’échappement des voiture et celles provenant d’activités industrielles qui, à cause de l’inversion de température, restent « bloquées en surface ». Si les Bamakois constatent une atténuation du phénomène vers le milieu de la journée, avec l’augmentation de l’ensoleillement, nombreux sont ceux qui prennent tout de même des précautions. Comme Oumar Abdoulhamidou Dicko, enseignant. Cache-nez, paire de gants et pull-over sont ses moyens de protection. Lui, pense que ce phénomène est lié au réchauffement climatique. Notre interlocuteur estime que la situation nécessite pour les usagers de la route une certaine concentration. « Parfois on a du mal à distinguer les gens à une certaine distance. Cela peut provoquer des accidents », se plaint-il. L’amélioration à laquelle on devrait assister cette semaine pourrait être compromise, selon M. Touré, par l’insistance de l’inversion de température matinale qui va provoquer certainement une réduction de la visibilité dans la matinée. Ainsi, il recommande de prendre quelques précautions. « Il y a deux aspects (la fumée et la poussière) qui, mises ensemble, peuvent jouer sur le système respiratoire. Ce que nous demandons à la population, c’est vraiment de se protéger avec des cache-nez et d’éviter de rester longtemps dehors », conseille Moussa Touré. Pour lui, les enfants de moins de 5 ans et les personnes âgées sont les plus vulnérables. Selon le spécialiste de Mali-météo, l’année 2019 a été l’une des plus chaudes sur le plan mondial. En ce qui concerne la température pour le mois de février, il ajoute que conformément aux prévisions météorologiques, elle ne sera pas très en baisse, « même si, parfois, on peut avoir des chutes du niveau du mercure (température en chute libre) ». De plus, concernant la saison chaude à laquelle les Maliens se préparent pour mars, le spécialiste confirme qu’elle « sera un peu chaude ». Bien que le phénomène de la brume de poussière s’explique scientifiquement, certains, par superstition, y voient un mauvais présage. « La suspension de poussière n’augure jamais rien de bon. J’en ai fait le constat. A chaque fois, elle est suivie d’une grande affliction », croit savoir Moussa Kanté (ce n’est pas son vrai nom). « Je vais aux obsèques d’un membre de la famille. En plus, c’est tout le Mali qui est en deuil, suite à l’attaque de Sokolo, puis rappelez-vous bien, à chaque fois qu’il est sur le point d’arriver un grand malheur, comme les évènements de 2012, on constate des phénomènes similaires », argumente notre interlocuteur. Si on l’écoutait, il y aurait de quoi s’inquiéter donc. RDG/MD (AMAP)
Lutte contre l’insalubrité : Le salut par la taxe de voirie
Par Amadou GUÉGUÉRÉ Bamako, 29 janvier (AMAP) Aujourd’hui, Bamako est envahie d’ordures et de plastiques. Des endroits stratégiques comme des marchés, des hôpitaux, des abattoirs, des artères principales sont insalubres et presque inondés de débris. Marchands, soignants, patients, accompagnants, usagers et déchets cohabitent sans gêne. Dans les rues de la plupart de nos quartiers, coulent des eaux usées et de ruissellement, des déchets solides sont entassés, formant souvent des montages et dégageant une odeur nauséabonde. Pour y faire face, les ménages sont tenus de débourser 2.000 à 2.500 Fcfa/mois aux Groupements d’intérêt économique (GIE) de ramassage des ordures. Mais cela ne semble pas suffire. Conséquence : des maladies parasitaires comme le paludisme, la diarrhée mettent à rudes épreuves les maigres ressources des citoyens. Les Bamakois rechignent à s’acquitter du devoir de payer des taxes. Pourtant, son paiement est incontournable si l’on veut vivre dans un environnement assaini. Que fait ou peut faire l’Etat pour assainir le cadre de vie des populations ? Quid des collectivités à qui ces compétences ont été transférées ? Les citoyens s’acquittent-ils de leur devoir en la matière ? Depuis quelques années l’Etat a, en ce qui le concerne, employé Ozone Mali pour nettoyer les grandes artères et des endroits stratégiques. En dépit de ses moyens matériels, humains et les efforts énormes qu’elle déploie, l’entreprise marocaine, payée à coût de milliards de Fcfa, semble débordée par la taille de la mission qui lui est confiée. La taxe de voirie, qui vise à contribuer à l’assainissement de nos villes, pourrait être une alternative pour débarrasser Bamako des déchets ménagers. Cet impôt apparait comme l’un des prélèvements fiscaux qui enregistre un taux d’acquittement très faible dans notre pays. Selon le Code général des impôts, cette taxe est due par les personnes physiques ou morales assujetties à la patente et les familles vivant à l’intérieur d’une concession (ménages). Dans le district de Bamako, elle coute 3.000 Fcfa par an et par famille vivant à l’intérieur d’une concession alors que, dans les autres localités du pays, ce montant s’élève à 2.000 Fcfa par an et par famille vivant à l’intérieur d’une concession. Interrogée à ce propos, la directrice des finances et du matériel de la mairie du district de Bamako confirme que la taxe de voirie est utilisée pour appuyer la mairie du district dans l’assainissement de la ville de Bamako. « Les recettes de cette taxe, explique Mme Diawara Jeannette Ba, reviennent à 100% à la mairie du district ». Mais, regrette-t-elle, aujourd’hui, la mairie peine à recouvrer la taxe de voirie. « On a beaucoup de difficultés. Tout le monde aime vivre à Bamako, mais les gens ne font rien pour embellir et rendre la ville propre », déplore-t-elle, ajoutant que les populations qui vivent dans la capitale malienne et environnant viennent y exercer leurs activités. « Toute chose qui augmente l’insalubrité », ajoute-t-elle. Pour elle, le payement correct de la taxe de voirie sera déterminant dans la lutte contre l’insalubrité, source des maladies et de la dégradation des routes. « Il faut que nous nous mettions tous ensemble pour trouver les moyens de relever ce défi là pour rendre Bamako plus propre. La population aime réclamer ses droits mais l’incivisme est grandissant au Mali. Si tu réclames tes droits, tu te dis que tu as aussi des devoirs vis-à-vis de ton Etat, vis-à-vis de ta collectivité, personne ne viendra faire ce travail à notre place. Le développement, c’est nous et ça commence par nous d’abord », interpelle la directrice des finances et du matériel de la mairie du district de Bamako. Selon elle, la ville de Bamako comprend une population estimée à près de quatre millions d’habitants. Si un million d’entre eux payent leurs taxes, poursuit notre interlocutrice, cela fait 3 milliards de Fcfa. « Si nous regardons nos recouvrements par rapport à 2018, on n’a pas dépassé les 200 millions de Fcfa, pratiquement insignifiantes comme si ça n’existe même pas», précise-t-elle. Avant d’annoncer que la mairie du district de Bamako est en train de voir avec les prestataires, les services des impôts et du trésor dans quelle mesure elle peut faire le recensement pour que chacun s’implique dans le recouvrement de la taxe de voirie. Par ailleurs, Mme Diawara Jeannette Ba invite tous les contribuables à payer leurs taxes et à être disponibles quand les agents de collecte passeront dans leurs familles pour les recensements. Elle les prie à se prêter à ce jeu en évitant toute discordance. Pour sa part, le directeur des services urbains de voirie et d’assainissement de la mairie du district de Bamako (DSUVA) a, pour sa part, souligné l’importance de cette contribution pour sa structure. « Cette taxe est très importante pour nous, si on arrive à la recouvrer, ça va augmenter la capacité financière de la mairie du district et surtout celle de la DSUVA qui a la charge de l’assainissement de la ville de Bamako à travers le renforcement des capacités des ressources humaines et celui des capacités matérielles », souligne Modibo Zerbo. Selon lui, un autre avantage du bon recouvrement de la taxe de voirie pour la mairie du district de Bamako est la réduction des inondations. « Les immondices peuvent être entrainées par les eaux diluviennes dans les caniveaux qui sont à leur tour bouchés. Quand l’eau n’arrive pas à trouver une issue, cela peut provoquer une inondation », explique M. Zerbo, exhortant les ménages à aider la mairie du district à rendre notre capitale plus coquette qu’auparavant. Drissa Diawara, citoyen à Torokorobougou (commune V), travaille pour une assurance. Comme lui beaucoup d’autres chefs de ménages rencontrés disent ignorer l’existence de la taxe de voirie. Ils sont nombreux à penser que la somme forfaitaire qu’ils payent aux éboueurs est la taxe de voirie. « Je n’ai pas connaissance de l’avoir une fois payé, mais chaque mois je paye une somme forfaitaire aux éboueurs », révèle-t-il, ajoutant qu’il est prêt à s’acquitter de cette taxe à condition que la mairie installe une bonne voirie dans nos quartiers. Notre homme soutient que si les autorités municipales font montre d’initiatives et
Ségou : Alimata Coulibaly, une ébéniste dans un univers d’hommes
Par Abdoulaye TALL Ségou, 24 janvier (AMAP) Le métier d’ébéniste est dominé, encore, dans notre pays, par les hommes. Cependant, depuis peu, des pionnières font leur entrée dans les ateliers. Mme Alimata Coulibaly est, aujourd’hui, menuisière à Ségou, au Centre du Mali. Déscolarisée, elle a choisi le métier du bois. Elle a réussi à faire son trou dans la confection des meubles. L’atelier de l’ébéniste Mme Alimata Coulibaly est situé sur l’avenue conduisant au gouvernorat de Ségou. Les passants des deux sexes qui découvrent, pour la première fois, les installations de la femme ébéniste, marquent le pas. Leur étonnement n’est pas feint. Les gens prennent le temps de fixer dans leur mémoire les traits de l’artisane. Moulée dans un pantalon jean et un tee-shirt, un chapeau sur la tête, elle exerce son métier sans complexe. Les regards des curieux ne la distraient nullement. Nous sommes en pleine révolution dans l’environnement familial et le monde des métiers. Cela est, de plus en plus, patente dans tous les domaines d’activités au Mali. A ce progrès social, des femmes volontaires contribuent, véritablement, profitant des avancées de l’émancipation féminine. Aujourd’hui, de nombreuses femmes évoluent dans des domaines restés longtemps réservés aux hommes. Elles sont menuisières, conductrices de train, chauffeurs de taxi. Bref, plus aucun secteur n’échappe aux braves dames. Ces épouses et leurs filles, qui refusent de rester confinées dans la cuisine, forcent l’admiration et l’étonnement, notamment dans le domaine du transport et de la menuiserie. DONNER VIE AU BOIS – Le métier d’ébéniste n’a plus de secret pour Mme Coulibaly qui passe ses journées à scier, couper, raboter et donner vie au bois. Rien ne prédestinait, cependant, Alimata à ce métier, dans un milieu conservateur. Native de Ségou, elle a effectué ses études fondamentales à Niono. Le Diplôme d’études fondamentales (DEF) en poche, elle est revenue à Ségou où elle a été orientée au lycée Cabral. Après son échec au baccalauréat en 2011, elle a décidé d’abandonner le lycée pour un centre de formation professionnelle. Elle a choisi la menuiserie dont le cycle dure trois ans. Toujours dans sa quête de se frayer un chemin dans ce métier, Alimata a suivi une autre formation supérieure de dix mois. « Je viens d’une famille moins aisée. Je suis mère de deux adorables filles. Je ne pouvais pas me permettre de perdre mon temps au lycée. L’ébénisterie était ma passion depuis toute petite. J’ai eu l’opportunité, je l’ai saisie », confie-t-elle. Son choix a-t-il été approuvé par sa famille, son entourage ? Elle répondra sans hésiter que si elle devait avoir, au préalable, l’approbation des uns et des autres, elle n’aurait pas pu réaliser son rêve. Et le menton volontaire elle fait ce commentaire : « Vous savez déjà ce qu’on pense des femmes travailleuses. Alors, imaginez ce qu’on peut penser des femmes, comme moi, qui ont choisi des métiers longtemps réservés aux hommes ». DÉTERMINATION – Après une brève pause, Alimata ajoute qu’au fil des ans, tous ceux, qui étaient réticents face à son choix, voire sceptiques sur ses chances de réussite, ont fini par se résigner. Se résigner ? « Non. Je dirais plutôt qu’ils ont été séduits par ma détermination, mon courage. Je savais qu’il fallait les convaincre, les séduire à travers mon sérieux et l’amour du travail bien fait », relève l’artisane Alimata qui est du genre à ne pas abandonner face aux difficultés. « Mon secret, c’est mon acharnement à devenir une ébéniste quoiqu’il advienne. J’ai ignoré les moqueries et les mauvaises langues qui me prêtaient d’autre but que la recherche du bien-être », affirme-t-elle. Debout près d’une grande table, une scie à la main, la professionnelle s’attèle à son travail quotidien. Elle propose à la clientèle des tabourets, des tables, des armoires, des lits et des meubles de salon. Aujourd’hui, la qualité du travail de l’artisane est reconnue dans la ville de Ségou. Elle est, de plus en plus, sollicitée par les clients pour le montage des bureaux. Grace à cette activité, Alimata est une femme épanouie. Elle parvient à prendre en charge ses deux enfants et contribue aux dépenses de sa maison. Les débuts et son parcours ont été difficiles. « Quand je proposais mes services, on ne me prenait pas au sérieux. On ne croyait pas à ma capacité à faire un travail de qualité. Dieu merci, j’ai dépassé ce stade. Aujourd’hui, je suis, de plus en plus, sollicitée. Les meubles que je propose à la vente sont vite enlevés. Les bénéfices générés me permettent de faire face à mes dépenses. » Mme Coulibaly aurait pu tirer davantage profit de son métier si elle n’était pas confrontée au manque d’équipements. Et, surtout, elle ne dispose pas encore d’un bon atelier. Ambitieuse, Alimata demande de l’aide pour promouvoir son activité et soutenir son autonomisation. Est-elle en contact avec des associations ou groupements de femmes entrepreneures ? A-t-elle sollicité l’appui des services de microfinance ou des banques pour développer son entreprise ? Elle répond par la négative. Pourtant, l’Etat et ses partenaires ont mis en place plusieurs mécanismes afin d’aider les femmes et les jeunes filles entrepreneures. Alimata exhorte ses sœurs qui n’ont pas encore trouvé leur voie, à se battre. Elles doivent faire siennes ce vieil adage : « Il n’y a pas de sot métier, il n’ y a que de sottes gens ». Dans une société comme la nôtre, la femme doit faire face aux préjugés sociaux. Elle doit s’armer de patience, de courage, de détermination. « Nous devons prouver à travers ce que l’on fait qu’il n’y a pas un métier spécifique pour l’homme ou pour la femme », soutient-elle. « En la matière, explique-t-elle, les femmes ne doivent s’attendre à aucun traitement de faveur ». « Nous devons nous battre pour faire notre chemin lentement mais sûrement. A cœur vaillant rien d’impossible », conseille l’ébéniste dont l’exemple a déjà séduit la jeune Fanta, âgée de 14 ans, qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école. Elle est devenue l’apprentie de Mme Coulibaly. Le rêve de Alimata est d’ouvrir un centre d’apprentissage pour les jeunes filles et les femmes qui désirent faire carrière dans l’ébénisterie. Pour réaliser
Diéma : Une croyance populaire veut qu’on ne lave pas le visage de l’enfant, sinon…
Par Ouka Ba Diéma, 23 janvier (AMAP) Dans le Cercle de Diéma, rares sont les mamans qui lavent le visage de leurs enfants, à leur réveil le matin. L’eau ne touche le visage de l’enfant qu’au moment où on procède à son bain ou s’il a mal aux yeux. Un comportement non hygiénique qui, selon les spécialistes, est nuisible à la santé visuelle de l’enfant mais qui perdure toujours. Les moments de bain de l’enfant dépendent, souvent, de la disponibilité de la mère ou, même, de ses humeurs. En période de fraicheur, certaines femmes évitent de plonger, quotidiennement, dans l’eau leur progéniture pour ne pas l’exposer à des maladies respiratoires dont le traitement coûte, parfois, très cher. Elles se contentent de nettoyer le corps de l’enfant avec une éponge mouillée. Selon une croyance populaire, quand on lave toujours le visage de l’enfant, à son réveil, le matin, il deviendra un escroc, il racontera tout ce qu’il verra ou entendra, il sera, d’après Seydou, « comme une vieille cloche qu’on n’a pas besoin de sonner pour cliqueter. Le vœu de chaque femme, n’est-t-elle pas d’avoir des enfants bien éduqués, avec de bons comportements ? Il est, aussi, vrai que tout bon parent a le devoir d’inculquer à ses enfants des qualités et des valeurs communément admises dans la société. C’est pourquoi, au moment de son initiation, l’enfant apprend surtout à garder le secret. « Un enfant doit être maître de sa bouche », déclare, en substance, une femme qui n’a jamais voulu laver le visage de ses enfants, malgré l’insistance de son époux. Dans le campement où habite Binta, une transhumante peulh, on cherche d’abord à boire et à faire abreuver les animaux, avant de songer à se verser de l’eau sur le corps. A propos, la dame n’y voit aucun inconvénient. « Au moment venu, l’enfant se débrouillera, tout seul, pour se laver le visage », renchérit-elle. Une croyance populaire ancrée dans les habitudes des femmes. La règle consiste à laisser l’enfant jusqu’à ce qu’il soit capable de faire, tout seul, son hygiène corporelle. Il pourrait, ainsi, se laver le visage. Peu importe le temps que cela prendra. TENACE SUPERSTITION – Le phénomène est général, y compris chez les femmes censées être des intellectuelles. Soumba fustige cette situation irrationnelle. Elle pense que c’est par paresse que beaucoup de femmes ne font pas, quotidiennement, la toilette de leurs enfants. Superstitieuses ou non, les femmes refusent, du moins, elles se méfient d’aller à contre courant de la croyance populaire si intériorisée et si tenace. Le prêcheur Drissa, répond que « beaucoup de personnes sont hors du chemin de Dieu ». « Laver le visage de l’enfant, à son réveil le matin, ne peut aucunement le transformer en rien. « C’est une idée à bannir. L’Islam conseille la propreté », poursuit le religieux, qui prenait goulûment son petit déjeuner, avant d’embarquer dans un bus. Aliou, rencontré en ville, soutient que scientifiquement, cette allégation ne tient pas debout. « En aucune manière, le simple fait de laver le visage d’un enfant, ne peut influer négativement sur son comportement. Au contraire, cela contribue à son bien-être », dit-il, en grinçant des dents. Méconnaissant, jusque-là, les raisons de cette pratique qu’elle qualifie de sale, la présidente de la Coordination des associations et organisations féminines (CAFO), Mariam Soucko, compte désormais insérer dans son programme, avec l’aide de certains partenaires, des activités de sensibilisation sur le lavage du visage des enfants, compte tenu des nombreuses maladies oculaires auxquelles ceux-ci s’exposent. Interrogé sur le sujet, l’assistant médical en ophtalmologie, Salif Sidibé, a signalé que ne pas laver le visage de l’enfant, à son réveil, « pourrait entraîner chez lui des maladies oculaires dangereuses, notamment le trachome ». L’ophtalmologiste explique qu’au cours de ses tournées périodiques de dépistage et de chirurgie de la cataracte, dans les aires de santé, il essaie de convaincre les parents de prendre des mesures pour une meilleure prévention de la conjonctivite chez leurs enfants. Cette croyance n’est pas totalement effacée de l’esprit des populations, Loin s’en faut. Les enfants du Cercle de Diéma continuent d’en souffrir. OB/MD (AMAP)
FEBAK 2020 : Clients et exposants apprécient diversement
Par Aminata Dindi SISSOKO Bamako, 22 janvier (AMAP) La 13è édition de la Foire exposition internationale de Bamako (FEBAK 2020) a débuté jeudi dernier. Ce grand rendez-vous de la capitale, qui s’achève le 2 février, sauf prorogation, s’est imposé comme un véritable espace de promotion économique, commerciale et du savoir-faire malien. Talents et pratiques innovants séduisent chaque année, visiteurs maliens et étrangers. Dès l’ouverture, le Parc d’exposition a commencé à enregistrer des visiteurs qui sont nombreux, surtout, la nuit. En témoigne l’affluence de ce samedi. Il est 21h30 mn, l’engouement est perceptible à quelques mètres de l’édifice situé sur la route de l’aéroport. Cette voie, généralement fluide la nuit, est prise d’assaut par des automobilistes qui stationnent le long du bitume. D’autres se garent sur les trottoirs ou dans les rues adjacentes. Ils sont, à cet effet, guidés par de jeunes garçons devenus des agents de surveillance des véhicules pour la circonstance. Devant l’entrée du Parc, grouille du monde. Il y a des gens de tous âges. Des vendeurs de jeux pour enfant exposent leurs marchandises à même le sol. Dans la foule, de jeunes garçons et filles, qui n’ont pas les moyens, sollicitent inlassablement une aide financière des visiteurs pour accéder à l’enceinte. Devant les guichets, on observe une longue file. Cette année, environ 300.000 visiteurs sont attendus à ce rendez-vous considéré comme la plus importante des manifestations commerciales du Mali. L’accès aux lieux est conditionné à la présentation d’un ticket vendu à 500 Fcfa. Le visiteur doit, également, se prêter à une fouille minutieuse par des agents de sécurité. Une fois à l’intérieur, deux options s’offrent à lui : il peut se diriger vers les chapiteaux installés à gauche ou prendre la droite pour accéder aux hangars. Des deux côtés, des animations à l’allure de publicité invitent les clients. GAMME DE PRODUITS – Un millier d’exposants, composés de commerçants, d’industriels et prestataires de services, participent à la foire. Ils viennent de Bamako et des différentes régions du pays. Il y a, aussi, des étrangers venus du Burkina Faso, du Sénégal, de l’Iran, de l’Inde, du Niger. Nos compatriotes exposent une gamme de produits notamment agricoles et miniers.Chacun s’emploie à attirer la clientèle vers ses produits : équipements bureautiques, articles électro ménagers, habits, chaussures, produits agroalimentaires, livres, matériels agricoles, sanitaire et volaille. Si certains s’attendent à faire de bonnes affaires, d’autres, par contre, cherchent à remplir leurs carnets d’adresse en nouant des partenariats. Si l’exposition est une opportunité à ne pas rater pour les clients. Pour les exposants, l’étroitesse des stands ou leurs prix pénalisent les ventes. Kadidiatou Talla est venue du Sénégal. Debout au milieu de quatre gros sacs remplis d’articles, elle s’apprête à les déballer. «Avec mes deux sœurs, nous sommes venues avec de jolis habits, des robes, poupées, encens et foulards. Nous sommes en train de nous installer et espérons vendre le maximum», confie celle qui est à sa première participation à la FEBAK. Non loin des sœurs sénégalaises, se trouve le stand de Adama Traoré, un vendeur d’habits féminins. Ce jeune malien se plaint de l’étroitesse des stands par rapport à la foire précédente. «Nous ne pouvons pas exposer tout ce que nous avons apporté. Nous n’avons pas de lieu d’essayage pour nos clients», enchaîne un de ses collègues qui invite les organisateurs à tenir compte de ces détails, lors de la prochaine édition. Adama espère nouer surtout des partenariats: «Nous ne sommes pas là seulement pour vendre mais, également, pour tisser des relations. La FEBAK regroupe des personnes de différentes nationalités et c’est l’occasion d’élargir nos carnets d’adresse. Toute chose qui pourra être utile pour notre commerce». Pour le moment, le commerçant se réjouit du rythme de ses ventes. DE BONNES AFFAIRES – Contrairement à lui, d’autres exposants doivent attendre encore pour espérer tirer leur épingle du jeu. Assise sur une chaise, Mme Diarra Fatoumata Zerbo, venue du Burkina Faso, semble un peu découragée. Vendeuse de beurre de karité, de bonbons fabriqués à base de pain de singe et d’habits, cette habituée de la FEBAK trouve excessif le prix des chapiteaux qu’elle n’a pas pu se procurer cette année. «C’est trop, 450.000 Fcfa pour deux ou trois semaines. Je participe à plusieurs expositions à travers le monde. Les Maliens exagèrent en ce qui concerne les prix. Je suis sûre que certains exposants ne reviendront plus», dit-elle. Pourtant, d’autres trouvent abordable le prix des places sous les chapiteaux. Ainsi, Bamba Sow, un exposant sénégalais, pense que tout dépend du produit à vendre. «D’autres peuvent dire que ce n’est pas raisonnable, car avec leurs marchandises, ils ne peuvent pas s’en sortir», affirme-t-il, comme pour dire que les stands sont faits en fonction des moyens financiers des exposants. Ce que semble confirmer une exposante béninoise, Jeanne, intéressée par les chapiteaux, dont elle comprend mal l’indisponibilité. Debout dans son stand, elle lance, la mine peu réjouie: «Je n’arrive pas à exposer, car l’endroit tel qu’il a été construit ne m’arrange pas pour exposer les produits. Les clients ne viennent pas de notre côté. La voiture garée là, nous masque. Tous les clients qui viennent, se dirigent vers les chapiteaux. Nous avons fait quatre jours de route dans l’espoir de vider notre stock», confie-t-elle. La Béninoise se dit étonnée d’apprendre qu’il n’y a pas de chapiteaux disponibles pendant que certains continuent à en avoir. Elle invite donc les organisateurs à revoir leur façon de travailler afin de mettre tout le monde à l’aise. Comme l’a dit Jeanne, à l’intérieur des chapiteaux, il y a du monde. Venus en famille, en couple ou seuls, des clients défilent entre les stands. Si les uns achètent, les autres se plaisent juste à faire du lèche-vitrine. Djénéba Fomba et son ami, arrivés depuis plusieurs minutes, se promènent d’un stand à un autre. «Nous avons pu acheter des biscuits et quelques jouets pour les enfants. Nous avons, également, repéré des articles et comptons revenir les acheter une fois les salaires tombés», nous dit cette fonctionnaire qui trouve les prix abordables. Abondant dans le même sens, Mme Touré
Diéma : Heureuse initiative communautaire des jeunes de Fangouné Bambara
Par Ouka BA Diéma, 17 janvier (AMAP) Chaque année, après les récoltes, pour ne pas rester oisifs, des jeunes de Fangouné-Bambara, à 5 km, au nord-ouest de la ville de Diéma (Ouest), confectionnent des briques en banco, aidés par les filles qui transportent l’eau. Quant la mare, qui sert de source d’approvisionnement, tarit, ces braves filles vont sur de longues distances, puiser l’eau dans les puits. Du lever au coucher du soleil, les jeunes du village, regroupés en association, réalisent des centaines de briques en banco qu’ils vendent à dix francs cfa l’unité. Les recettes annuelles de la vente des briques, avoisinant cinq cents mille francs cfa, permettent de renflouer leur caisse associative. Avec ces fonds, l’association accorde, à ses adhérents, des prêts, pour plusieurs motifs, notamment, mariage, baptême, initiation et autres évènements de la vie sociale. Les emprunts sont sans intérêts. Si quelqu’un refuse de s’acquitter de sa dette, aux dires du président de l’Association des jeunes, Mama Traoré, les différends se règlent toujours à l’amiable. M. Traoré assure de sa disponibilité, lui et ses compagnons, « à œuvrer pour le bien être de tous ». Il salue l’engagement des filles du village « toujours prêtes à apporter leurs soutiens ». Le quatrième conseiller du chef de village de Fangouné-Bambara, Dakolo Coulibaly, apprécie les rôles des jeunes qui, selon le leader traditionnel, rendent d’énormes services aux populations. « Ils ont contribué, en apports physiques, poursuit-il, à la construction de la medersa du village financée par les ressortissants. Si les salaires des maîtres viennent à manquer, avant que les ressortissants n’envoient de l’argent, les jeunes puisent dans leur caisse. Par classes d’âge, les jeunes surveillent, le village, pendant la nuit, pour renforcer la sécurité », explique le chef de village. Si la patrouille de jeunes rencontre une personne suspecte, elle informe le chef de village qui, à son tour, saisit les autorités. Les jeunes participent aux travaux collectifs de diverses natures. Pendant l’hivernage, ils vont travailler dans les champs, moyennant de petites motivations. De l’avis de Boubou, membre de cette association, « si la jeunesse est instrumentalisée par des politiciens, comme c’est le cas souvent, elle devient irresponsable et fainéante par-dessus le marché. Elle ne vise que ses intérêts personnels ». Cet habitant avoue que le prêt qu’il a contracté auprès de la caisse associative des jeunes, lui a permis de chercher une femme pour son fils rentré de l’exode, « une mesure dissuasive » qui, selon le septuagénaire, pourrait empêcher son garçon de répartir sur les chemins incertains de la migration. Grâce à l’appui de la caisse associative des jeunes, cet homme s’est procuré une certaine quantité d’essence pour sillonner les routes, sur sa moto, à la recherche de son troupeau de moutons égarés et de régler les frais de diffusion du communiqué de la disparition de ses animaux. L’Association des jeunes de Fangouné-Bambara est confrontée à une insuffisance de matériels. Elle ne dispose que d’une seule brouette pour transporter du banco pétri. C’est pourquoi, un don symbolique du Comité local de la Croix Rouge de Diéma, constitué d’une brouette, d’une pelle et d’un râteau, a été bien accueilli. Le président de l’association, Mama Traoré, a invité d’autres personnes de bonne volonté à emboîter le pas pour permettre à la jeunesse de Fangouné-Bambara et à la localité d’aller de l’avant e progresser. La population de la contrée est composée, majoritairement de Bambara. A leurs côtés, vivent des Peuls et des Maures sédentaires. La paix et l’entente règnent entre les différentes ethnies. L’économie du village repose, principalement, sur l’agriculture et l’élevage. Le maraîchage pratiqué, surtout par les femmes, contribue à alléger les charges familiales. Les ressortissants de Fangouné-Bambara à l’étranger jouent un rôle moteur dans le développement du village. OB/MD (AMAP)
Grand froid et vent glacial à Niafunké, dans le Nord du Mali
Par Fadi CISSE Niafunké, 16 janvier (AMAP) A Niafunké, localité située dans la Région de Tombouctou, le froid bat son plein actuellement, comme un partout au Mali. Ce vendredi matin, il est 8 heures à Djoulabougou, un des quartiers les plus peuplés de la ville. Les rues et ruelles sont vides. Or, en période de chaleur, elles sont grouillantes de monde dès 6 heures du matin. Un grand froid accompagné de vent glacial et poussiéreux balaie la ville, depuis quelques jours. Obligeant ainsi les familles à trouver des astuces pour s’en prévenir. Dans la famille Maiga, le petit garçon Abdoulaye Maiga vient de se réveiller. Il a à ses côtés unebouilloirecontenant de l’eau pour se laver le visage. Mais, par ces temps (frais) qui courent, il semble manquer de courage pour faire le geste. « J’ai peur de la fraîcheur de l’eau. Si je pouvais, je ne me laverais pas le visage jusqu’à la fin du froid. Ainsi, je n’aurai plus à avoir peur du froid et de l’eau fraîche et ma maman ne me gronderait plus pour que je me lave le visage tous les jours », pleurniche le petit garçon. Non loin de chez les Maïga, dans la famille Dicko, la doyenne Ténin est accroupie dans la cuisine près d’un foyer amélioré. La veille femme de près 90 ans donne l’impression de surveiller une grosse marmite remplie d’eau posée sur le feu. « Comme je n’ai rien à faire, j’aide mes belles-filles à chauffer de l’eau dont se serviront mes enfants et petits enfants pour faire leur bain matinal, en cette période de grand froid », explique la nonagénaire. Selon elle, il est des jours où la marmite reste poser sur le feu jusqu’au petit soir. L’eau chaude est utilisée, non seulement, par les membres de la famille Maïga mais, aussi, par des voisins qui ont la paresse de chauffer de l’eau. A peine la conversation terminée, son fils ainé, tenant une bouilloire et une brosse à dents, se dirige vers la cuisine. Visiblement assailli par le froid, il remplit son récipient d’eau chaude pour faire son entretien du matin. Pendant ce temps, les élèves, portant des tenues lourdes et bien chaudes contre le froid, prennent le chemin de l’école. En route, filles et garçons grelottent de froid, malgré leurs habits chauds et lourds. Certains portent même des chapeaux ou des écharpes pour se protéger la tête et le cou. D’autres, par contre, préfèrent sécher les cours, en restant à la maison. La petite Aïssata est l’une d’elles. Un fouet à la main, sa mère la menace au motif qu’elle refuse de sortir du lit, le matin, pour se rendre à l’école. La nuit, la température baisse encore plus. Au niveau du quartier Haousankorè, il est 20 heures. Les rues sont désertes. Quelques rares boutiquiers ont ouvert leurs portes. Les jeunes, eux, préfèrent former maintenant les « grins » dans un coin de leur chambre, autour du feu et du thé. « Mes amis et moi, nous remplissons chaque soir un petit foyer de feu pour nous chauffer et lutter contre ce froid perçant», explique Garba Touré. « Une autre astuce, ajoute-t-il, est de se remplir le ventre de nourritures consistantes et chaudes, avant s’enturbanner le visage pour le protéger du vent ». En la matière, le Dr Daouda Touma Koné, directeur technique du Centre de santé communautaire (CSCOM) central de Niafunké, explique qu’on a froid lorsque la température ambiante est plus basse que la température corporelle qui est estimée entre 36/1 et 37/5. Pour le médecin généraliste, le froid peut engendrer des maladies telles que le rhume, le desséchement de la peau, des problèmes oculaires dus à la poussière provoquées par le vent sec, l’épitaxie (le saignement du nez), les angines de gorge… Pour éviter ces problèmes de santé, conseille-t-il, il faut se protéger en portant des habits épais. Dr Koné suggère aussi de boire constamment d’eau même quand on n’a pas soif, de se laver régulièrement avec de l’eau tiède et non fraiche, de réduire l’exposition à la poussière, de se couvrir le nez ainsi que les yeux et la bouche. « Il faut s’appliquer les émollientstel que le beurre de karité, boire des boissons chaudes comme le thé, le lait et faire des activités physiques légères et régulières », préconise la praticien qui invite les parents à prendre suffisamment soin des enfants, en leur faisant porter des habits chauds et en mettant du beurre de karité dans leur nez. FC/MD (AMAP)

