Orpaillage traditionnel : Péril sur l’environnement
Reportage : Ahmadou CISSE Kéniéba, 19 février (AMAP) A un jet de pierre de la piste d’atterrissage précaire des avions miniers qui font la navette, deux fois, toutes les semaines, il y a un gros site d’orpaillage. Ici, jeunes femmes et hommes travaillent côte à côte. Les uns concassent la pierre, les autres vendent des aliments ou tamisent la terre brute. Une centaine de puits sont alignés sur un filon découvert depuis peu. La grosse bourgade de Kéniéba est à moins d’un kilomètre, à vol d’oiseau. Les questions environnementales liées à l’exploitation de l’or ne préoccupent guère les orpailleurs. De l’or, de l’or et de l’or ! De gros tas de troncs d’arbres sont stockés çà et là. Les arbres sont coupés jusqu’à la racine pour sécuriser les parois de ces puits profonds de plus de 100 mètres pour certains. Les produits chimiques utilisés par les orpailleurs restent dans les eaux boueuses formant un marécage. «Nous payons de l’argent au service des eaux et forêts pour utiliser les troncs d’arbre et pour creuser nos puits», affirme un jeune orpailleur, se présentant comme le chef d’une équipe qui dispose d’une machine à broyer et quelques outils entretenus par un forgeron délocalisé sur le site. «Il fait de bonnes affaires ici. Les pelles, pioches et marteaux sont réparés chez lui», confie Seydou, un ressortissant guinéen. Les critiques les moins acerbes avancent que la rivière Falémé montre des signes de toxicité alarmants. C’est peu dire pour qui a déjà visité certaines zones aurifères dans notre pays. Les sites se sont multipliés à la faveur d’un laxisme dans le contrôle et la gestion des nuisances. Au fond, tous les orpailleurs le diront : les fonctionnaires de l’Etat en charge de l’application de la réglementation entretiennent un échange de bons procédés avec les chercheurs d’or, majoritairement, de pays voisins. «Quand la gendarmerie nous interpelle, nous payons et nous recommençons», chuchote un orpailleur. A la préfecture, on évoque le manque d’effectif et de moyens pour permettre aux forces de l’ordre d’arrêter les dérives aux orpailleurs. Sur le plan de la gestion de l’environnement, le préfet Idrissa Kané ne cache pas son inquiétude. Il sait que les arbres sont illégalement coupés. Il sait, aussi, que les terres sont polluées par les mines. Le chef de l’exécutif local dénonce, à demi mot, la complicité de certaines notabilités qui encouragent la coupe du bois et l’utilisation des produits dangereux pour la santé humaine. Pour l’administrateur, il est impératif que les populations comprennent que l’avenir de tous dépend de notre comportement d’aujourd’hui. Qu’elles sachent que « le fait de couvrir les activités illégales peut rendre riche mais grève l’avenir des jeunes générations ». Le préfet prend l’exemple des opérations ponctuelles de lutte contre le dragage sur les cours d’eau. «Il se trouve que les leaders communautaires, eux-mêmes, avertissent les contrevenants des missions», regrette-t-il. MANQUE DE MOYENS – Pour le capitaine Modibo Sountoura, chef de cantonnement des Eaux et Forêts, il n’y a pas de soucis majeurs. Les premiers ennemis de la forêt, de son point de vue, sont la coupe du bois, l’exploitation du charbon de chauffe et l’incendie. La chasse n’est pas très développée. « Or, poursuit-il, la coupe du bois et la vente de charbon n’intéressent personne dans cette zone où l’on roule sur l’or ». Cette structure de répression est, paradoxalement, dépourvue de moyens. Pas un seul véhicule de patrouille. Une épave de 4×4 est sur cale depuis belle lurette, après de très longues années de bons et loyaux services. Depuis, rien. Les agents des eaux et forêts ne s’alarment pas sur l’état de la faune et de la flore. « Dans la brousse, note le capitaine, on trouve encore beaucoup de singes dont une partie a été délocalisée par les mines, tout comme les phacochères, les antilopes et les hippopotames ». Dans la famille des reptiles, il cite les boas, les varans, les caïmans. Côté oiseaux, il note la présence de pintades sauvages, de perdrix, des outardes et des calaos. La plupart de ces animaux migrent entre le Mali et les pays voisins, comme le Sénégal et la Guinée. Contrairement au gardien de la forêt, le 3è adjoint au maire de la Commune de Kéniéba, Idrissa Bah, tire la sonnette d’alarme. Il explique qu’une bonne partie de la forêt est occupée par des sites d’orpaillage et qu’aucune mesure de préservation de l’environnement n’est respectée. Les arbres sont, quotidiennement, abattus pour la cuisine ou encore pour les besoins de fixation des parois des mines artisanales. «Les produits utilisés sont interdits mais les services de répression n’ont pas les moyens humains nécessaires pour faire appliquer la loi», regrette l’élu local. Du côté des mines régulières, on assure que la situation est sous contrôle. Elles ont des montagnes de déchets, stockées à ciel ouvert. Les mares artificielles d’eaux contaminées sont protégées par des barbelés. Les populations craignent que la nappe souterraine ne soit déjà contaminée. Mais à ce jour, aucune étude scientifique n’a prouvé le niveau de pollution des eaux. Les mines, qui font le défrichement, payent des taxes et compensent les dégâts en reboisant. Donc, rien de vraiment alarmant à ce niveau, selon le chef local des eaux et forêts. AC/MD (AMAP)
Développement en zone aurifère : L’or ne brille pas pour tous
Reportage : Ahmadou CISSE Bamako, 20 février (AMAP) « Tout ce qui brille n’est pas de l’or ». Cette expression, bien que galvaudée, de nos jours sied au Tambaoura, zone géographique riche en or où convergent des milliers de jeunes en quête de fortune. L’Eldorado tant miroité se trouve être, bien des fois, une aventure ambiguë. Le contraste est saisissant. Tous les villages sont quasiment assis sur le métal jaune. Les compagnies multinationales se bousculent à leurs portes, attirées comme des mouches sur le miel, par un sous-sol riche. Pas moins de cinq grandes mines opèrent dans cette partie du Mali. Autour de Kéniéba, mère Nature saigne de toute part. La terre prend l’apparence d’un corps humain criblé de balles. Avec des plaies béantes. Les grosses machines creusent frénétiquement à la recherche de filons. Des mastodontes dégagent, au même moment, des montagnes de remblais pour alimenter de gourmandes machines de traitement d pour en sortir le métal jaune tant convoité. Dans chaque mine, les compartiments sont distincts. La zone d’extraction est séparée de l’usine. La base vie est légèrement écartée de ces deux blocs. Ici, toutes les commodités sont réunies : électricité, supermarchés, stades de football et autres terrains de sport, réfectoire, centre de soins … et mêmes des établissements de loisir pour les miniers. Les aliments et les produits de consommation sont livrés par des avions qui font la navette. Certains produits sont commandés de l’extérieur du pays pour garantir une qualité de service sans reproche et un niveau de vie au standard européen. Le confort est presqu’insolent. Tels des oasis, au milieu du désert, ces bases vies regardent les villages environnants qui manquent de tout. Ou presque. Les plus aisés utilisent des panneaux solaires expédiés de Chine alimentant des ampoules qui éclairent à peine leur environnement immédiat. Les hangars se succèdent, quelques fois entrecoupés de quelques concessions en banco. Rien de vraiment glorieux. L’or ne brille pas pour tous dans cette contrée où la poussière impose son diktat. Pourtant, les dirigeants des différentes sociétés minières jurent, la main sur le cœur, que leurs entreprises sont citoyennes et profondément attachées au développement local. Des centaines de millions de nos francs seraient versés aux populations autochtones pour l’amélioration de leur cadre de vie. Cette manne financière serait confiée aux municipalités, sous la bonne garde des maires. Fort de ce renseignement, quoi de mieux que de toquer la porte de M. le maire ? Une porte en bois s’ouvre sur l’élu local. Idrissa Bah, 3emaire est confortablement installé derrière un bureau sur lequel sont posés un ordinateur portable, un calendrier et une pile de cachets. Le drapeau national flotte sur son bureau de travail, surplombé de la photo officielle du président de la République. Entre deux signatures de copies d’extrait d’acte de naissance, il précise que sa commune abrite trois mines d’or à savoir Endeavour, Goungoto et B2 Gold. « Nous avons deux types de relation avec ces mines : la patente rétrocédée aux collectivités par l’Etat et le développement communautaire directement piloté par le sous préfet. Le plan de développement est géré en bonne intelligence avec les villages. Nous sollicitons les sociétés minières sur des urgences de la localité. Nous avons initié les cartes d’orpaillage pour pouvoir les identifier. A ce jour, la mairie ne tire aucun bénéfice de l’orpaillage » défend l’élu. En 2019, la Commune a bénéficié d’une enveloppe d’un milliard 300 millions, au titre de la patente de deux mines industrielles. « Comme toutes les autres communes, nous intégrons ce fonds dans le budget de la commune. Budget constitué de deux éléments : fonctionnement et investissement. Nous construisons des salles de classe et les équipons, des Centres de santé communautaire (et évacuations de malades), des forages, aménageons des pistes et des périmètres maraîchers … », précise le maire. Il tient à ajouter que sa commune apporte un appui à tous les services de l’Etat. « Quand la tâche est immense, les citoyens pensent qu’on ne fait rien. L’an passé, nous avons réalisé 38 forages dans les 28 villages de la communes», insiste Idrissa Bah qui se dresse contre l’orpaillage. « J’ai peur pour l’avenir des miens. Les forêts sont détruites à la faveur de l’orpaillage traditionnel. Quand les mines fermeront, il faut que les procédures soient respectées », s’inquiète l’élu. Il se rappelle avoir participé à une formation au cours de laquelle il a été clairement indiqué que les mines doivent créer un compte approvisionné, chaque année, pour préparer la fermeture du site. « Hélas ! Cette disposition n’est pas observée », dit-il. Selon le maire, pas grand-chose n’est fait pour l’après mines. « Cela me désole beaucoup » ajoute-t-il. Il poursuit : « Kéniéba est envahi. Nous avons plus de 40 nationalités ici. Ceux qui gagnent réellement de l’argent, parce qu’ils maîtrisent mieux les techniques, sont les étrangers. Les autochtones sont en train de se retirer de l’or au profit de l’agriculture et le commerce ». Pour le moment, seuls quelques chanceux tirent leur épingle du jeu. « Globalement, nous sentons un ralentissement des activités dû en partie à la pression démographique », analyse le maire qui prédit une année difficile pour sa localité. Le préfet du cercle, Idrissa Kané, lui, est plus optimiste. Il donne quelques exemples en commençant par cherté de la vie. Malgré cela, les populations arrivent à acheter les produits sur le marché. De son point de vue, cela est un indicateur important. Il ajoute que chaque famille dispose d’au moins 4 motos. Un jeune travaillant dans les mines est payé à plus d’un demi million. D’autres dépassent le seuil du million, au grand bénéfice de leur famille. « Donc, l’or profite bel et bien aux populations locales d’ici qui ont un niveau de vie plus élevé que les autres localités de notre pays », conclue le préfet qui admet que le niveau de vie souhaité n’est pas atteint. Les mines, selon lui, contribuent au développement local en finançant des activités génératrices de revenus, des centres de santé, des écoles et mêmes des pistes rurales. M. Kané rappelle que certaines activités ne sont pas inscrites dans les conventions minières. C’est justement pourquoi, les
Produits périmés : Bon prix, mais dangereux pour la santé
Reportage d’Anne Marie KEITA Bamako, 20 février (AMAP) Vendre un produit dont la date limite de consommation a expiré est interdit et réprimé par la loi malienne. Pourtant, nos marchés sont inondés de produits alimentaires impropres à la consommation. Ces produits sont vendus à vil prix par certains commerçants peu soucieux du danger qu’ils font courir aux consommateurs. La santé du consommateur malien est, donc, constamment menacée, surtout quand on sait que les commerçants ont les moyens de modifier la date de péremption des produits et souvent même, les emballages. Il suffit de faire un tour au grand marché de Bamako pour se convaincre que les produits périmés sont vendus partout et même prisés par les consommateurs. C’est làque la plupart des commerçants s’approvisionnent en produits périmés. Certains clients aussi. Des magasins existent, également, dans d’autres marchés et dans certains quartiers. La prolifération de ces magasins inquiète Ibrahima Diallo, gérant d’une boutique d’alimentation au marché «Dabanani». Pour lui, certains commerçants disposent aujourd’hui de machines leur permettant de falsifier les dates sur les emballages des produits périmés. « Le prix de ces produits défie toute concurrence, ce qui attire forcément la clientèle », souligne notre interlocuteur. Aminata Coulibaly est vendeuse de petit pois en conserve et pattes alimentaires et bien d’autres produits de consommation. Ici, la boîte de petit pois est cédée à 300 Fcfa, alors que le prix normal est de 500 Fcfa. L’explication est simple : parce que le produit est périmé. Si certains clients savent que ce sont des produits périmés et les achètent à leur risque et péril, d’autres non. C’est le cas de Rokia Diarra que nous avons rencontrée dans un marché et qui nous a confié : «J’ai acheté les boîtes de petits pois parce que c’était bon prix, mais je ne savais pas que le produit était périmé». « Lorsque j’ai ouvert la première boite, la dégradation du produit crevait les yeux, c’est à ce moment que j’ai vérifié la date de péremption et c’était écrit à consommer avant le 20/11/2019», a témoigné Rokia Diarra. Dans le même marché, nous avons suivi un livreur de marchandises. Son pousse-pousse rempli de cannettes de boissons et d’autres produits attirait les regards. Abordé, le jeune livreur se montre peu bavard. «Ces produits ne m’appartiennent pas, je me contente de les livrer», lâche-t-il. Le propriétaire, Baba Sylla que nous rencontrerons, plus tard, a expliqué que certains de ses produits alimentaires sont périmés mais que cela ne veut pas dire qu’ils sont impropres à la consommation. Le commerçant a ajouté qu’il n’a jamais enregistré de plaintes de ses clients. «Nous les vendons à bon prix pour ne pas perdre nos bénéfices», a expliqué Baba Sylla. Les services de la Direction générale du Commerce, de la Consommation et de la Concurrence (DGCC), n’ont pas souhaité parler, mais on peut s’autoriser à dire qu’il ne se passe pas un seul mois sans qu’ils ne saisissent des produits impropres à la consommation, à Bamako comme à l’intérieur. Parmi les produits périmés qui inondent les marchés, on peut citer lesboissons,l’huile et les pâtes alimentaires, le lait, les boîtes de sardine et de petit-pois, les pâtes dentifrices. QUE DIT LA LOI ? Il existe une loi interdisant la vente des produits périmés sur le territoire malien. Il s’agit de la loi n° 2015-036 du 16 juillet 2015 portant protection du consommateur, qui, dans son article 48, stipule qu’il est interdit d’exposer, de détenir en vue de la vente, de mettre en vente, de vendre ou d’utiliser comme matière première tout bien avarié périmé, falsifié ou contaminé. L’article 49 stipule que la détention en vue de la vente, la vente ou l’utilisation de biens toxiques nocifs ou dangereux pour la santé du consommateur, en dehors des dispositions règlementaires, sont interdites. Malheureusement, on constate que, dans la plupart des cas, les agents des services chargés du contrôle se contentent simplement de retirer ces produits dangereux et de les brûler. L’Association des consommateurs du Mali (ASCOMA) met surtout l’accent sur la sensibilisation de la population sur les conséquences de la vente et de la consommation des produits périmés et impropres. Pour sa présidente, Mme Coulibaly Salimata Diarra, le consommateur doit être protégé contre ces produits et l’ASCOMA a déjà entrepris plusieurs actions dans ce sens. Des investigations approfondies sur l’utilisation du bromate de potassium et la collecte d’éléments irréfutables sur sa dangerosité, des enquêtes sur le terrain et des analyses de laboratoire des aliments de rue pour évaluer leurs qualités et les règles et normes d’hygiène appliquées, sont quelques actions qui ont été menées, ces dernières années, par l’ASCOMA. AMK/MD (AMAP)
Gaz butane subventionné: Le prix a-t-il baissé chez les revendeurs ?
Reportage d’Amadou B. MAÏGA Bamako, 20 février (AMAP) La Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC) a, récemment, annoncé que les prix indicatifs plafonds du gaz butane subventionné sont fixés à 2.910 Fcfa pour la bonbonne de 6 Kg et à 1.335 Fcfa pour celle de 2,75 Kg. Ce qui correspond, respectivement, précise un communiqué de la Commission de suivi du mécanisme de taxation des produits pétroliers, à une baisse de 590 Fcfa et de 270 Fcfa. Rappelons que la bouteille de 6 kg était vendue à 3.500 Fcfa, contre 1.605 Fcfa pour la bouteille de 2,75 Kg. Cette réduction du prix du combustible domestique survient après une crise entre opérateurs gaziers et le gouvernement. Les importateurs de gaz, qui réclamaient des impayés, avaient décidé de rompre toute collaboration avec l’Etat. Conséquence : les prix avaient flambé, au grand dam des consommateurs. C’est pourquoi la DGCC a, dès l’entrée en vigueur de cette décision, invité les consommateurs à signaler auprès de ses structures déconcentrées, les cas de non-respect des prix plafonds indiqués. «Les manquements seront sanctionnés conformément à la règlementation en vigueur», a indiqué le communiqué dont nous avons reçu copie. Qu’en est-il véritablement sur le terrain ? Dimanche 16 février, l’horloge affiche 10 heures. L’air frais matinal dégagé par le fleuve Djoliba souffle sur Badalabougou, un quartier de la Commune V du district de Bamako. Une ballade au marché nous conduit chez Moussa Dicko, revendeur de gaz butane et de divers produits. Assis devant sa boutique, son fils Mohamed s’occupe des clients. Interrogé, notre interlocuteur affirme sans transiger que le prix indicatif plafond fixé par le gouvernement ne marchera pas. D’après lui, ces tarifs sont mal pensés. Il dit payer à 3.000 Fcfa la bouteille de 6 Kg. «Quelqu’un qui achète une marchandise à 3.000 Fcfa, est-ce qu’il peut la revendre à 2.910 Fcfa ? Ce n’est pas possible», dit le commerçant. Après un long moment de discussion, une dame vient payer une bouteille de 6 Kg, sans poser de problème. Elle semble plutôt heureuse d’avoir le gaz. «Il y a quelques semaines, j’achetais la bombonne de 6 Kg à 5.000 Fcfa voire plus souvent. A un moment donné, je ne parvenais plus à en trouver sur le marché», confie-t-elle. Lundi 17 février. En cet après-midi, le marché Dibida grouille de monde. Boutiquiers, vendeurs ambulants et autres usagers se démènent pour se frayer un chemin. La chaleur est suffocante. Là, la quasi-totalité des revendeurs interrogés affirment céder la bouteille de 6 kg à 3.500 Fcfa au lieu de 2.910 Fcfa fixés comme prix indicatif plafond par la DGCC. Pour eux, le prix de 2.910 Fcfa est un faux prix, car il ne prend pas en compte les difficultés d’accès à ce produit. Amadou Kida, l’un d’eux, révèle avoir acheté la bombonne de 6 kg à 3.000 Fcfa chez Sodigaz. « Avant la fixation des prix indicatifs plafonnés », précise le négociant. Pour espérer m’en sortir « je suis obligé de revendre une bouteille à 3.500 Fcfa», avance-t-il. Au même marché de Dibida, le revendeur Birama Diarra est le seul qui cède la bouteille de 6 Kg à 3.000 Fcfa au lieu de 3.500 Fcfa. Arrondissant ainsi les 2.910 Fcfa à 3.000 Fcfa. Cela, précise celui dont la marchandise s’arrache, « dans le but d’éviter le souci de jeton qui risque de se poser avec les 2.910 Fcfa. En attendant l’arrivée de nouveaux stocks, il promet de maintenir ce prix jusqu’à nouvel ordre. Contacté à ce propos, le directeur général de Sodigaz, Oudiari Diawara, a expliqué, lundi, qu’au niveau de sa société, la bombonne de 6 Kg est vendue entre 2.450 Fcfa à 2.500 Fcfa aux distributeurs. Précisons que ce sont ces intermédiaires (les distributeurs) qui revendent le gaz aux revendeurs qui ont alors la charge de céder à 2.910 Fcfa la bouteille de 6 Kg et à 1.335 Fcfa celle de 2,75 Kg. Pour le patron de Sodigaz, la réduction des prix du gaz subventionné risque d’augmenter la subvention de l’Etat qui s’élève cette année à près 7 milliards de Fcfa. Alors qu’il n’a pas encore, à l’en croire, payé tous les arriérés de 2019. Pour s’assurer que les prix fixés sont respectés par les revendeurs, la direction régionale du Commerce, de la Consommation et de la Concurrence a mis à la disposition du public des numéros verts que les utilisateurs peuvent appeler pour signaler tout manquement à cette directive. Il s’agit pour la Commune I du numéro 66 81 04 59, Commune II, 16 49 22 91, Commune III, 76 13 50 47, Commune IV, 66 71 79 57, Commune V, 66 46 42 80 et Commune VI, 76 45 01 69. ABM/MD (AMAP)
Jardin de la Préhistoire : Voyage retour sur les premiers temps de l’Homme
Par Oumar DIAKITE Bamako, 10 février (AMAP) Quand le jardin de la préhistoire, érigé au pied de la colline du pouvoir (Koulouba), depuis 2002-2003, en face du Musée national du Mali, vous ouvre ses portes, vous faites une plongée dans l’Histoire de l’évolution de toute l’humanité, à travers la grotte de l’Evolution qui expose la technicité de l’homme, pendant cette période. Une atmosphère de musée à ciel ouvert pour un retour sur le parcours de l’Homme. On y trouve aussi une grotte de l’archéologie, la statue aux dimensions réelles d’un dinosaure et le panorama des premiers animaux, premiers amphibiens, premières plantes à fleurs, premiers mammifères, premiers oiseaux, premiers reptiles aquatiques, des premiers organismes pluricellulaires à corps mou, entre autres. Masqué par les arbres au flanc de la colline, le site est très calme, un mercredi du mois de janvier 2020. Peu connu du grand public ! Aucun visiteur, seulement le vigile et ses deux chiens. Ici, on se fait une idée de la vie des premiers hommes, l’évolution des premiers hommes en même temps que la technique de fouille archéologie. On se penche sur la vie lointaine de l’Homme, sur l’histoire de l’évolution de l’humanité. A l’entrée du site, le premier contact est la grotte de l’Archéologie. C’est une grotte semi naturelle aménagée pour vous faire toucher du doigt l’importance de l’archéologie et vous la faire vivre. Elle expose du matériel de fouilles archéologiques allié aux explications sir les méthodes de fouilles. Y sont aussi exposés quelques objets dont des crânes humains. Selon Séry Diarra, administrateur des arts et de la culture chargé des visites guidées au Musée national, cette grotte permet d’expliquer aux étudiants et aux autres visiteurs comment se mènent les recherches archéologiques. « Elle étale les procédures des archéologues sur les sites de fouilles…Les visiteurs ont la latitude d’imaginer la vie des premiers hommes à travers des objets qu’on trouve lors des fouilles…», signale notre guide. La grotte de l’Evolution est contiguë à celle de l’Archéologie. Là, on illustre de l’évolution de l’homme habile. On explique que grâce au feu, l’Homo erectus pouvait se chauffer et cuire la viande et les végétaux. Un groupe d’Homo habilis fabrique des outils. Il pouvait, aussi, utiliser le feu pour repousser ou chasser les animaux dangereux. Comme l’illustre la statue du chasseur, tenant un objet pointu dans une main et le feu dans l’autre, face à un lion. « En cette époque de l’évolution de l’homme, narre notre guide, cet Homo habilis se servait d’objets pour divers usages dont s’abriter. « Mais, ici, ce sont des objets pour chasser des animaux, sinon pour confectionner des meules, écraser les céréales, cuire. L’Homo habilis a tenté de construire des cabanes, des cavernes pour se protéger contre les menaces extérieures. C’est la technicité de l’homme, pendant cette période, qui est mise en relief », précise M. Diarra. La grotte de l’Evolution de l’humanité relate les différentes phases et étapes de l’homme dans ses tentatives de pouvoir satisfaire ses besoins. Sur une affiche au fond de la grotte, on peut lire : « Afrique, berceau de l’humanité. 66 millions d’années : les premiers primates ; 30 millions d’années : premiers singes ; 18 millions d’années proconsul africanus ; Homo habilis à partir de quelle époque les humains ont commencé à exprimer le besoin ». Un peu plus loin, sont répertoriées, sur une grande table en fer, les illustrations des premiers animaux, amphibiens, mammifères, oiseaux, reptiles aquatiques, organismes pluricellulaires à corps mou, premières plantes à fleurs, entre autres. Plus au fond, se dresse un dinosaure. Malgré les arbres qui cachent le site, des usagers de la route de Koulouba peuvent voir de loin ce géant. L’animal est considéré comme l’un des premiers mammifères sur terre qui n’ont pas pu s’adapter avec l’évolution du temps. Ils ont disparu, il y a plus de 200.000 millions d’années, selon les chercheurs. Aux dires de l’intérimaire du directeur du Musée national, Soumana Soni, la population locale vient très peu dans le jardin de la préhistoire. Ce sont des étrangers, les touristes qui étaient les plus nombreux visiteurs du site. Ces derniers se font rares, à cause de la crise sécuritaire. « N’eut été la crise sécuritaire, la période fraîche est celle des visites touristiques », dit-il. « Cependant, note M. Soni, les visites scolaires sont assez fréquentes. Des établissements scolaires font visiter les lieux à leurs élèves. Certains particuliers, aussi, y viennent lors de fêtes. Pour pousser à la hausse le chiffre des visites, la direction du Musée national prévoit de créer un site internet, de mettre l’établissement sur les réseaux sociaux, de faire des expositions participatives pour une communication plus large. OD/MD (AMAP)
Sous les mains des artistes du tatouage au henné
Par Fadi CISSE Bamako, 7 février (AMAP) Ce jeudi matin, une foule de jeunes filles crée une atmosphère de fête autour de la tatoueuse au henné, Fatim Sidibé. Ces jeunes célibataires et futures mariées font la queue pour se faire tatouer les mains et les pieds. Nous sommes arrivés vers 10h30mn, au quartier de Djicoroni-Para chez l’artiste. Elle est installée sous un hangar dont l’intérieur est éclairé par des rayons de soleil qui transpercent le toit. Il y fait chaud et le thermomètre marque 30 degrés. Les clientes sont impatientes d’être prises en main par l’artiste. Elles seront belles demain lors du mariage ou le baptême. Le tatouage moderne au henné indien exige de la praticienne beaucoup de dextérité, contrairement au produit traditionnel. La jeune cliente, d’une vingtaine d’années, à la taille fine, Aminata Kebé, prépare le baptême de l’enfant d’une amie. La fête aura lieu ce dimanche. Elle veut en mettre plein la vue aux autres filles invitées. Tout le monde doit sentir, à travers son tatouage cher, qu’elleest proche des parents du nouveau-né. Elle attire les regards des autres femmes, lors des cérémonies de mariage ou de baptême de tous ses proches, de mariage ou de baptême, en apparaissant dans des parures dont la qualité est rehaussée par l’éclat des tatouages au henné malien. Comme elle, les femmes mariées et les filles célibataires ornent leurs pieds et leurs mains en utilisant la poudre magique. Certaines personnes utilisent d’autres produits qui s’apparentent au henné naturel local. Il est vraiment difficile, pour une profane, de faire la différence entre le vrai et le faux henné. Selon la tatoueuse Fatim, autrefois, seules les nouvelles mariées et les femmes adultes se tatouaient avec le henné. Autrefois, les valeurs culturelles étaient respectées dans tous les terroirs. L’enfant qui n’avait pas l’âge de faire le tatouage, n’osait pas en parler à ses parents. « De nos jours, déplore Fatim, les mamans encouragent les petites, en leur achetant la poudre de henné ». « Mais, nous avons l’impression de vivre dans un monde à l’envers, avec une nouvelle génération qui fait fi de nos traditions », déplore la dame. A une certaine époque, aujourd’hui révolue, selon nos coutumes africaines, seules les femmes mariées, et les jeunes filles fiancées, prêtes à convoler en noces étaient autorisées à utiliser la pâte de henné. Elles l’étalaient, de façon artistique, sur les pieds et les mains pour les tatouer. Cette tradition est encore observée lors des grands événements : mariages, baptêmes, fêtes religieuses et voyages. Mais, de nos jours, le caractère sacré, qui justifiait l’interdit aux pucelles, aux adolescentes, aux femmes célibataires endurcies, a disparu. Les femmes de tout âge utilisent aujourd’hui le henné pour le simple plaisir de se faire belle. Rien de surprenant ou d’étonnant, « car même les mères ne se souviennent plus de nos anciennes coutumes, encore moins de les transmettre à l’enfant », se désole la vieille Aminata Oueleguem, marraine d’une future mariée. « Il est du devoir des parents d’expliquer nos us et coutumes à l’enfant, afin de lui donner des bonnes normes et valeurs sociétales », ajoute-elle. Chez Fatim, les prix des modèles varient entre 1.500 et 15 000 Fcfa. « Ce métier est difficile, depuis mes débuts, à plus forte raison maintenant. Je suis courbée, toute la journée, pour dessiner sur des dizaines de pieds et de mains. C’est un travail éreintant », avoue-t-elle. Fatim tatoue une dizaine de clientspar jour, sauf le dimanche. A la fin de la journée, elle rentre tard à la maison, souffrant de courbatures et d’autres douleurs sur tout son corps. La flore du Mali renferme des arbustes aux multiples vertus esthétiques. C’est le cas du henné ou « lawsonia inermis ». Le dictionnaire français le décrit comme un arbuste de la famille des lythracées. De par la disposition de ses feuilles, le henné ressemble à un buisson. Les petites feuilles vertes de cet arbuste sont très riches en molécules actives. Ces feuilles cueillies, elles seront séchées au soleil avant d’être pilées. La poudre recueillie est mélangée à une certaine quantité d’eau dans une calebasse ou tout autre récipient pour obtenir une pâte colorante. L’ocre du départ se transforme en une sorte de noir brillant agréable au regard. Les élégantes femmes s’en servent pour colorer leurs pieds et leurs mains. Certaines dessinent des figures artistiques sur ces parties de leur corps. D’après certains récits très anciens, les femmes égyptiennes, les premières, ont intégré l’usage du henné dans leurs rituels de beauté. A présent, il existe plusieurs variétés de poudre sous cette appellation. En Bambara, la poudre de henné est connue sous des appellations populaires. Les vendeuses proposent le « indou diabi » importé et/ou la variété locale, le « farafin diabi ». La palette de choix va du henné indien au henné traditionnel de chez nous. FC/MD (AMAP)
Les bonnes affaires des vendeuses de henné
Par Aminata Anawodi Barry Bamako, 7 février (AMAP) Il est 9 heures et demi à la Maison des artisans, à la limite du Grand marché de Bamako. Le sol d’une grande partie de la cour est couvert de poudre de henné. Déjà, de nombreux récipients remplis du produit fétiche sont prêts pour être acheminés sur les aires de vente dans les quartiers. Plusieurs vendeuses couvertes de poudre de henné appellent les clients. Elles sont convaincantes dans leur méthode d’approche pour ferrer le client. « Vous voulez du henné ? » ; « Ma chérie, viens acheter du henné. Je te ferai des remises ». « Ne me dépassez pas ! », nous lance la vendeuse Aye Sow, sans chercher à connaitre le but de notre présence sur les lieux. Cette dame, au teint clair, la quarantaine dynamique, vend le henné depuis plus de trois ans. Les habits totalement couverts du produit, elle affirme acheter le sac de 50 kilos à 31.500 Fcfa. Elle cède le kilo à 900 Fcfa. Elle vend de petits paquets au détail à 100 Fcfa. Elle trouve le marché assez florissant car elle peut gagner 6.000 Fcfa par jour. Les Ivoiriens, les Burkinabè et les Nigériens constituent ses clients grossistes. « Les Maliens se contentent d’acheter au détail », précise-t-elle, sereine. Une cliente, Djènèba Sangaré, exprime son attachement au henné. « J’utilise le henné uniquement lors des fêtesou quand mon mari rentre de l’étranger», affirme-t-elle, en souriant. Elle s’approvisionne toujours chez Aye Sowa dont le henné est dit de très bonne qualité. La vendeuse Aissata Mariko a abandonné l’école pour se consacrer au commerce de henné. Ses fournisseurs arrivent du village de Sirakola. Elle gagne entre 3,000 et 3500 Fcfa, par jour, dans le commerce de détail et de gros ». Selon Aïssata, le marché est rentable, pendant toute l’année, particulièrement pendant les saisons des vagues de mariages. Sa voisine, Mariam Traoré, est également commerçante de henné. Elle exerce le métier depuis huit ans, en face de l’Institut national des Arts (INA). « Nous nous approvisionnons à Banamba. Un sac de 50 kg de henné coûte 32.500 Fcfa, la boite est à 1.000 Fcfa. Je détaille à 100 Fcfa », explique-t-elle. Ses bénéfices atteignent environ 5000 Fcfa par jour. Le henné est cultivé dans les localités de Banamba, Boro et Sirakola, dans la région de Ségou. « Je suis vendeuse de henné depuis une quinzaine d’années. Il ya de l’affluence sur le marché, surtout à l’approche des mariages », explique Badjèneba Dembélé. Elle cède le kilo à 900 Fcfa et le vend au détail à partir de 100f. Awa Tounkara, elle, exerce depuis une dizaine d’années au Marché rose de Bamako. « Je peux avoir une trentaine de clientes ou plus par semaine. Je vends au détail le sachet à 100 Fcfa et la boîte à 1.000 Fcfa», précise-t-elle. Une explication religieuse à l’utilisation du henné révèle le pouvoir magique de la poudre de henné. La religieuse Kadiatou Siby (Malimatou) affirme qu’ « une jeune mariée doit toujours avoir du henné sur ses mains et ses pieds. Cela renforce son charisme et diminue les petites querelles ». Ainsi, le henné favoriserait-il la bonne entente entre époux et la paix dans l’entourage. Kadiatou Siby soutient que les vœux d’une femme qui applique, fréquemment, le henné seront rapidement exaucés. Dans les familles musulmanes, le henné est appliqué sur les mains et les pieds des défuntes avant de les porter en terre. Pour les musulmans, le henné est une plante du paradis. Originaire du sud de l’Iran et de la Mésopotamie, le henné est un arbuste épineux.Il est, certainement, la plus emblématique des plantes tinctoriales, la plus connue. Il est utilisé depuis près de 5.000 ans. Il rentre dans la composition de presque toutes les colorations végétales et constitue un signe de bénédictions. Il symbolise la fécondité pour les mariés. Il constitue une sorte de rite de passage entre le statut de célibataire à celui de l’épouse. C’est un rituel pour la mariée. Le henné est très important dans notre tradition ou dans la religion musulmane. Il représente la fête, le bonheur et la joie. Il fait partie de l’arsenal d’élégance des femmes maliennes, lors des cérémonies sociales. Pour leur bonheur. Il renferme d’autres vertus pour le corps et les cheveux. Les feuilles de cet arbuste, réduites en poudre, contiennent une molécule particulière.Elles produisent desteintes rouges, jaunes, orangées rose. Son application est symbole de bonheur et de joie. Au Mali, les femmes l’utilisent pour embellir leurs pieds et mains lors des cérémonies de mariage et baptêmes. C’est pourquoi, de nos jours, de nombreuses commerçantes de henné se frottent pas mal les mains. AAB/MD (AMAP)
Amateurs de « Soumbala » : Exigez l’épice à base de graines de néré
Par Fatoumata TRAORE Bamako, 5 février (AMAP) Le « soumbala » (pâte de néré) est un condiment très sollicité dans la cuisine africaine, plus précisément au Mali, grâce à sa saveur et ses bienfaits pour la santé. Le Parkia Bligobosa (néré) est une espèce d’arbre de la famille des Mimosaceae, originaire des zones sahéliennes et soudaniennes. Les connaisseurs assurent que le produit fabriqué à partir du néré est de meilleure qualité. L’épice à base de graines de soja est très présente aussi sur les étals et bon marché. Ses graines servent à la fabrication de l’épice, à la fois nutritive et médicale, appelée « soumbala ». Fabriquée à la main, cette épice est connue pour son odeur forte et est présentée sous différentes formes (boule, barre, poudre). Au Mali, le « soumbala » est produit, la plupart du temps, par des femmes rurales, de Ouélessébougou, Koutiala, Dio, entre autres. Celles-ci approvisionnent les grossistes des marchés de la capitale. Il est 9 heures lorsque notre équipe de reportage arrive à « Nionoplaci », au point de vente de la fameuse pâte appartenant à une entreprise. Ici, le « soumbala » se trouve au cœur des activités d’une myriade de grossistes d’épices. Assis devant sa boutique, coiffé d’un bonnet rouge et vêtu d’un uniforme vert et jaune, Aboubacar Touré trône au milieu de sacs et de cartons d’épices. « Les bienfaits du « soumbala » sont énormes, car il vient du néré qui est efficace contre les maladies du ventre et du corps et il est bon pour régulariser la tension artérielle. C’est pourquoi, les personnes âgées l’aiment beaucoup. Ce condiment protège contre certaines maladies néfastes comme le diabète, les douleurs gastriques et les infections », croit-il savoir. Notre interlocuteur est le gérant de cette entreprise qui vend depuis, plus de 30 ans, le « soumbala » du Mali et de la Guinée. Pour ce spécialiste, il y a deux qualités : « le ‘soumbala’ à base de graines de néré et celui à base de graines de soja appelé « soumbalachôw ». « La différence, ajoute-t-il, se situe au niveau de l’odeur et du goût ». Aboubacar Touré a précisé que le « soumbala » à base de graines de néré est plus doux que celui provenant du soja. Si tous les deux types ont leur importance, notre interlocuteur regrette tout de même la mise à l’écart du « soumbala » à base de néré. Dans sa boutique, deux jeunes employés conditionnent la marchandise pour des clients. Pour M. Touré, les fournisseurs de Dio et de Koutiala produisent beaucoup plus que ceux de Ouélessébougou. Le vendeur explique que le prix en gros dépend de la qualité. Ainsi, le « soumbala » de Ouélessébougou est, généralement, présenté sous forme de bâtonnets et de petites boules. Il coûte 600 Fcfa le kg pour quelqu’un qui achète de 3 à 19 kg, et 550 Fcfa à partir de 20 kg et plus. Le « soumbala » de Koutiala et de Dio coûtent 500 Fcfa le kg. D’après le gérant, le « soumbala » de la Guinée est le plus cher car il est fait à base de graines de néré. « Les fournisseurs de la Guinée, nous cèdent le kilo à 1250 Fcfa le kg. A notre tour, nous revendons en gros à 1400 Fcfa le kg. Au détail, nous vendons le kg à 1500 Fcfa », nous confie-t-il. Aboubacar ne cache pas qu’il gagne bien sa vie dans le commerce du « soumbala ». Mais il déplore le peu d’intérêt des Maliens pour les produits locaux. Il évoque aussi le problème de conservation. « Si le « soumbala » est bien fabriqué, il peut faire 6 à 7 mois sans se détériorer », confie-t-il en bon connaisseur. Un peu plus loin de la boutique de Touré, Mamou Coulibaly propose divers condiments. « Je vends le « soumbala » du Mali uniquement, plus précisément celui de Dio qui a un très bon goût. Beaucoup de mes clients l’achètent mais ne se rendent pas compte que ça vient de Dio. Le « soumbala » de Dio est très riche en graines de néré », soutient-elle. Elle achète le kg à 1500 Fcfa et confectionne des boulettes qu’elle vend à 50 Fcfa l’unité. Grande amatrice du « soumbala », Kadidiatou Diakité ne tarit pas d’éloges au sujet de cette épice. « Le « soumbala est très bon pour la santé et relève le goût de certains de nos mets comme le «soumbalalafiri », la sauce gombo, la sauce d’arachide, la sauce de feuilles de patates « sakasaka », etc. « D’ailleurs, ajoute-t-elle, c’est ce que je m’en vais préparer aujourd’hui, c’est très bon », soutient-elle. Productrice de « soumbala », Awa Diarra habite à Ouélessébougou. Elle explique le procédé de fabrication. « On lave les graines et on les met dans la marmite pour les faire bouillir. Après, on les étale sur des sacs vides avant de les couvrir durant deux jours », explique-t-elle. Après cette étape, les graines sont pilées pour les transformer en pâte qui est conditionnée ensuite. L’épice est ensuite stockée dans des cartons pour être transportée vers les points de vente. La quinquagénaire ajoute que les revenus tirés de cette activité couvrent les dépenses de sa famille. Elle a acquis aujourd’hui son autonomie financière. Non loin de la « gare de la Guinée » à Djicoroni para, il y a des magasins de stockage de « soumbala » en provenance de la Guinée. Les revendeurs y vont en nombre parce que le « soumbala » de la Guinée est de très bonne qualité. Kôh Camara confirme. L’homme possède un grand magasin de « soumbala ». Selon lui, le « soumbala » de la Guinée est de bonne qualité parce qu’il contient uniquement des graines de néré. Et de préciser que c’est ce qui est vendu dans son magasin. Le produit venant de Guinée est mieux présenté et bien emballé dans des cartons. Ce qui le protège contre les impuretés. Voilà pourquoi notre vendeur assure qu’il n’a jamais eu maille à partir avec les agents de la sécurité sanitaire des aliments. FT/MD (AMAP)
Vente de têtes et de pieds de ruminants : Peu attrayant mais lucratif
Par Aminata Dindi SISSOKO Bamako, 5 février (AMAP) A Bamako, des hommes et des femmes de tous âges exercent le commerce de têtes et pieds de ruminants. Ces marchands sont présents, un peu partout, dans des marchés. Ce n’est pas le genre d’activité qui attire du monde. Mais les rares personnes, que les odeurs et la fumée ne rebutent pas, en tirent des gains substantiels. Pour ces personnes, il n’y a pas de sot métier. Il s’agit, pour elles, de gagner leur subsistance, à la sueur du front. Et, ils semblent très loin de l’oisiveté. Nous sommes vendredi, au quartier « Sans-fil », en Commune II de Bamako. A proximité de l’abattoir, des hommes, environ une quinzaine, sont à la tâche. Certains brûlent des têtes et pieds de montons et de chèvres. D’autres ont pour tâche exclusive d’épiler les pieds. A côté d’eux sont étalés à même le sol des tas de têtes et de pieds de moutons et de chèvre. De gros fagots brûlent et dégagent de la fumée âcre. Mamadou Coulibaly fait partie du groupe. Il transpire et de grosses goutes de sueur perlent sur son front. Le trentenaire gratte, à l’aide d’un outil tranchant, une tête de mouton. L’homme la remet aussitôt au feu. Un garçon l’assiste dans cette tâche ardue. Ce dernier s’occupe des pieds. Coulibaly exerce ce métier depuis 2000. « Nous achetons les têtes et les pieds de petits ruminants à l’abattoir avec les bouchers, Nous les revendons avec une marge de bénéfice. Pour ce faire, nous les préparons en les brûlant et en enlevant les poils, avant de les vendre sur place ou sur les différents marchés », explique-t-il. Mamadou achète la marchandise en gros. Selon lui, les prix varient. « Avant, c’était moins cher à l’abattoir. Actuellement, c’est cher parce que le nombre de demandeurs et de revendeurs augmente. On achète une tête entre 1.500, 1.750 et 2.000 Fcfa pour la revendre à entre 2.500 à 3.000 Fcfa, selon la masse. Il n’y a pas assez de bénéfice, mais c’est mieux que de voler », dit-il avec philosophie. Juste à côté de Mamadou, trois hommes sont en grande discussion au sujet des têtes et des pieds. Mohamed Sidibé est l’un des protagonistes. Le jeune homme accepte de raconter son histoire dans ce travail qui semble nourrir son homme. « Je tiens cette activité de mes parents. J’ai commencé à l’exercer, il y a environ quatre ans. Depuis que nous avons commencé, nous nous débrouillons assez bien. C’est mieux que de quémander ou de vagabonder. C’est mon gagne-pain. J’emploie des jeunes que je paie à la fin de la journée. Une seule personne ne peut pas faire tout ce travail », explique le jeune originaire du cercle de Nara, dans la Région de Koulikoro. L’homme précise qu’il fait plus de ventes les week-ends. Les femmes viennent s’approvisionner chez lui. Il livre la marchandise à des clients opérant dans différents marchés. Ce qui ne semble pas suffire, souvent, pour écouler tout son stock. Pour y arriver, M. Sidibé est obligé de se promener de marché en marché. « Si on ne le fait pas, ça peut pourrir. Nous avons l’habitude de les confier à des propriétaires de frigos pour les garder au frais, en raison de 50 Fcfa par tête. Mais en cas de coupure d’électricité, nous enregistrons des pertes. Heureusement, on est en période de fraicheur », explique-t-il, soulignant que l’affluence est timide ces derniers temps. « Tu vois, toutes ces têtes sont là depuis hier. Sur 20 têtes achetées, j’ai pu vendre seulement sept et je vais garder les 13 restant dans le frigo. S’il y a le marché, je peux vendre 40 têtes par jour », ajoute-t-il. PROBLÈME DE CONSERVATION – Tout comme lui, Cheikna Sanogo évolue dans la vente de têtes et pieds de ruminants. « Je le fais depuis 3 ans. Je suis avec quatre autres personnes. Nous travaillons du lundi au vendredi », révèle-t-il, ajoutant que ça ne se passe pas sans difficultés. Comme difficultés récurrentes, tous ces intervenants soulignent le problème de conservation surtout en période de chaleur, la cherté du charbon de bois, les effets néfastes du feu. Malgré cela, ils ne baissent pas les bras. Chaque jour, ils sont à la tâche pour servir les clients. Siriba Diané est un client. Il vient d’acheter deux têtes de mouton. « J’achètes régulièrement ces têtes de mouton pour pouvoir bien manger avec ma famille. C’est du produit frais. J’achète et Mme fait de la bonne sauce que nous savourons pendant deux jours », confie cet enseignant. Cet abonné, qui fréquente les lieux depuis sept ans, encourage les jeunes qui exercent cette activité. « Ceux qui en vivent doivent être fiers. Ces petits métiers créent de l’emploi. Vu le contexte actuel du pays, les jeunes sont livrés à eux-mêmes», di-il. Cet endroit n’est pas le seul à Bamako reconnu pour la vente de têtes de ruminants. Devant la paierie générale du Trésor, des vendeurs de têtes sont installés. Dès qu’un passant s’intéresse à eux, chacun essaie de l’attirer vers son produit. Moussa gare sa voiture. Un homme et une femme courent à sa rencontre. « Qu’est-ce que vous désirez. Tête de bœuf, pieds ? J’en ai tout frais », propose la dame, tenant deux têtes de moutons dans les mains. « C’est généralement les vendredis soirs que j’achète ces têtes et pattes pour le petit déjeuner du samedi. J’adore beaucoup la sauce de tête », dit le client, tout en souriant. Ici, la particularité est qu’ils vendent aussi des têtes et pieds de bœufs. « Nous avons des clients qui nous livrent les produits déjà prêts. Mais nous les lavons proprement pour les rendre plus attrayants », explique Tiémoko. Selon lui, le marché est intéressant surtout les vendredi et samedi. « Nous vendons les grosses têtes à 2.250 Fcfa, et entre 2.500 et 3.000 Fcfa les samedi et vendredi. Un pied de bœuf est cédé à 1.500 voire 1.750 Fcfa. Les petites pieds sont vendus à 1.250 Fcfa l’unité », informe Tiémoko. Il tient cette activité de sa maman qui, à cause du poids de l’âge,
Réseaux sociaux et adolescents : Attention ! Danger
Par Mariam A. TRAORE Ségou, 03 février (AMAP) Il est 18 heures, nous sommes à « Médine » à Ségou. Moussa et ses amis se réunissent chaque jour. Ces jeunes et adolescents se retrouvent après l’école pour discuter et prendre du thé. Cependant, le spectacle que nous offre leur regroupement est saisissant. Chacun est assis, téléphone en main, occupé à discuter avec le « monde » sur la toile. Au lieu d’échanger sur des sujets de société ou des préoccupations des uns et des autres, tout leur débat se focalise sur l’actualité de « Facebook ». Et, souvent, que des futilités, rien de bien sérieux. Hélas ! Les jeunes et adolescents maliens sont « accros » aux réseaux sociaux. Le virus n’épargne même pas nos campagnes. L’utilisation de ces moyens de communication n’a pas que des avantages, malheureusement. Ces jeunes et adolescents le savent-ils ? « Nous ne faisons rien de bien grave. On se fait de nouveaux amis, un peu partout dans le monde. On fait des découvertes passionnantes. Bref, on s’amuse », explique Moussa, dans un éclat de rire. La discussion du jour, de ce « grin », portait sur les clashs entre les jeunes rappeurs maliens. Chacun supportait son artiste, rien d’éducatif, que des vulgarités. Soudain, arriva le tonton d’un des jeunes. Il s’est arrêté pour prendre du thé. Il a réussi à attirer l’attention des jeunes sur les dangers auxquels ils s’exposent sur les réseaux sociaux. « Ce que de nombreux jeunes et adolescents ne savent pas, c’est qu’ils sont exposés à toutes sortes de dérives sur les réseaux sociaux », a-t-il lancé avant de prendre congé du groupe. L’intervention du tonton a eu le don d’alerter les uns et les autres. Ainsi, commença un débat houleux et intéressant au cours duquel chacun a exposé un exemple d’utilisation dangereuse de ces outils qui font, désormais, partie de leur quotidien. Des outils qu’ils ne sont pas près d’abandonner. Le jeune Moussa, visiblement concerné par le sujet, explique la raison, jusque-là inavouée, qui l’a poussé à changer d’école. « Vous vous souvenez que j’ai passé une année sans aller à l’école et que j’ai dû changer d’école pour pouvoir poursuivre mes études ? Et bien ! La raison était toute simple : j’ai été piégé par un groupe d’amis qui m’ont dissuadé de m’adonner à des pratiques malsaines» raconte-t-il. Le groupe se proposait de se masturber les uns et les autres. Et la scène était filmée. « C’était une compétition. On voulait juste savoir qui était le meilleur d’entre nous. Sauf qu’un beau jour, un d’entre nous, pour une histoire de fille, a décidé de balancer nos vidéos sur un groupe Whatsapp de la classe. Le lendemain, j’étais la risée de toute l’école. Tout le monde se moquait de moi. Heureusement, la direction a vite réagi, en limitant les dégâts. Toutes les images ont été supprimées », dit-il. Son inquiétude était maintenant de savoir quelle conduite tenir si ces images venaient à refaire surface ? Malheureusement pour lui, il n’a plus de prise sur les développements possibles. Il ne lui reste plus qu’à prier pour que cela ne soit le cas. La déclaration de Moussa a provoqué un silence dans le groupe. Chacun venait de réaliser les risques encourus. Un autre jeune garçon a rompu le silence. Abdoul a indiqué qu’il échange avec un ami blanc depuis deux ans. Ce dernier lui a même promis de lui faire découvrir son pays. Le hic, c’est que son ami blanc l’a aussi mis en contact avec une fille qui veut des relations intimes avec lui. Notre jeune étudiant s’est attaché à cette fille et ils échangent des photos et vidéos osées. « Ce que je ne comprends pas, c’est le fait qu’elle m’envoie, souvent, des vidéos pornographiques gay. Maintenant que l’on parle des risques, je me demande si je parle avec un homme ou une femme », s’interroge-t-il, le regard inquiet. Il n’est pas exclu qu’Abdoul parle avec un homme. En effet, les réseaux sociaux sont infestés des pédophiles, de pervers, bref de prédateurs sexuels de tout acabit. Pour la plupart de ces individus, ces espaces sont des lieux de chasse pour attirer et piéger leurs cibles. Ils ont plusieurs stratégies et se donnent, généralement, les moyens pour atteindre leur objectif. Autre cas, autre histoire. Ce n’est plus un secret que la prostitution et l’exploitation sexuelle sur internet sont répandues. La stratégie des proxénètes est de cibler leurs proies, à travers les réseaux sociaux et, surtout, de les rendre dépendants soit de l’alcool ou de la drogue pour, ensuite leur faire faire ce qu’ils veulent. Idrissa a raconté le cas d’une cousine dont la vie a, malheureusement, basculé. Très brillante à l’école, mais issue d’une famille modeste, la jeune fille a fait la connaissance, sur internet, d’un homme aisé qui voulait la prendre comme épouse. « Elle a vite changer de look. Elle avait des habits et accessoires à la mode. Jusque-là, on ne soupçonnait rien, d’autant plus qu’elle a un prétendant qui peut lui offrir ce train de vie », dit notre interlocuteur. L’alerte a été donnée le jour où elle est rentrée complètement ivre à la maison. Alors, ses parents ont décidé de prendre leurs responsabilités. Le futur époux a été appelé à concrétiser ses intentions. Grande a été la surprise de la famille ! Le prétendu gendre a laissé entendre que leur fille ne leur a pas dit toute la vérité. Il a révélé que cette dernière travaille pour lui et leur a expliqué le genre de métier qu’elle exerçait. « Les parents ont essayé d’agir mais c’était trop tard, ma cousine avait pris goût à la vie mondaine et à l’alcool. Pour mieux s’adonner à sa pratique malsaine, elle a quitté le domicile parentale et a abandonné l’école », a expliqué Idrissa. Aujourd’hui, la jeune fille est complètement versée dans l’alcool et la prostitution. « Elle est méconnaissable et est toujours en mauvaise compagnie », a indiqué Idrissa. MAT/MD (AMAP)

