Journée de la Radio et de la télévision en faveur des enfants : Sous le mode quasi-silencieux

Par Oumar DIAKITE Bamako, 09 mars (AMAP) «Ah bon ! C’est ma première fois d’entendre que le 06 mars est la Journée internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants », s’exclame, étonné, le président du Parlement des Enfants du Mali, Nouhoum Chérif Haidara. «Je suis vraiment content qu’il y ait une journée spécialement dédiée aux enfants par la presse. Je ne peux que m’en féliciter », ajoute-t-il. Le 06 mars, Journée internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants est méconnue au Mali et, naturellement, moins célébrée par les acteurs. Nonobstant, les médias privés comme publics diffusent des émissions pour jeunes et/ou enfants dans leurs programmes télé et radio. Cette Journéeinternationaledelaradioetdelatélévisionenfaveurdesenfantsa été lancée par l’UNICEF en1991, afin d’encourager les médias audiovisuels du monde entier à sensibiliser sur les questions qui intéressent les enfants. La Journée est une initiative conjointe de l’UNICEF et de l’Académie internationale des arts et sciences de la télévision. Chaque année, des milliers de personnalités de radio et de télévision, dans plus de cent pays, prennent part à cette Journée, la fêtant sous des formes aussi exceptionnelles et particulières que les enfants eux-mêmes. C’est une journée ou les professionnels des médias du monde entier se mettent sur la même longueur d’onde que les enfants. Ils diffusent des émissions de qualité destinées et consacrées aux enfants. Mais, surtout, ils donnent l’occasion aux enfants de participer à la production des émissions, de parler de leurs espoirs et de leurs ambitions et d’échanger des informations entre eux. QUASI ANONYMAT – Paradoxalement, le 06 mars, demeure  moins célébrée dans notre pays. Les acteurs n’en font pas une promotion a la hauteur de l’évènement. En dehors du Parlement des Enfants et du Bureau de l’UNICEF-Mali, beaucoup de confrères, de responsables de radios et télévisions privées, avouent ignorer la célébration du 06 mars, Journée internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants. Cependant, certains médias (privés et publics) de la place accordent de l’importance aux enfants dans leurs programmes. « A la M7 TV, nous avons des émissions spécifiques à l’intention des enfants », a dit Abdoulaye Faman Coulibaly, Rédacteur en chef. « L’émission se nomme ‘’Nous, les Enfants’’ », poursuit-il en précisant : « Ce 06 mars 2020, nous allons organiser un plateau avec les enfants comme invités. On va leur poser des questions, leur demander de faire des récitations, de chanter. Des prix sont réservés aux meilleurs enfants. Nous votons un budget spécialement à l’intention des enfants ». « Ce n’est pas que le 06 mars, c’est aussi le 1er janvier. On en organise, chaque réveillon, à l’intention des enfants, tout comme lors des fêtes de Ramadan, de Tabaski et le Noël ». A l’Office de radiodiffusion et de télévision du Mali (ORTM), on se met au rythme de l’actualité. L’ORTM participe, avec d’autres médias, à la célébration du 06 mars. Selon le directeur de la télévision nationale à l’ORTM, Sidiki Dembélé, un dossier est consacré à la thématique de la journée dans le Journal télévisé (JT), à la veille de la célébration de l’évènement. « Le jour J, on couvre toutes les activités un peu liées à la célébration de l’évènement, comme dans certaines de nos émissions. Par exemple, ‘Grin de midi ‘ va recevoir un invité, ce jour-là, pour parler de la thématique, la problématique. En plus, à la radio, il y aura des émissions sur la célébration de la journée », énumère le directeur de la télévision nationale. PROGRAMMES POUR JEUNES – Sur des chaînes privées aussi bien que du service public, des radios, tout comme des télévisions, beaucoup d’émissions sont produites en faveur de la jeunesse au Mali. Ce, durant l’année. Certaines chaînes émettent exclusivement pour la promotion des jeunes et des enfants. La radio Chaîne II de l’ORTM (publique), la radio Voix des jeunes (privée), entre autres. Aux dires de Amadou Kodjo, Chef de division de la Chaîne II de l’ORTM, dans les programmes, les émissions sont, majoritairement, dédiées à la jeunesse. « Une autre émission est spécifiquement réservée aux enfants. C’est ‘An Demissenw’ qui dure deux heures de temps, chaque jeudi, à partir de 16 heures », précise Amadou Kodjo. Pour Kassim Traoré, Rédacteur en chef adjoint de la radio Kledu, la jeunesse malienne est bien servie par les médias audiovisuels. Il cite, sur la radio Kledu, une émission quotidienne (du lundi au vendredi), dans la matinée. « Dénommée ‘Panier de la ménagère’, dit-il, cette émission parle, non seulement des activités de la ménagère mais, aussi, de l’éducation des enfants, des projets des jeunes, de la santé des enfants ». « Nous avons ‘Le jeudi des enfants’ qui est diffusé chaque semaine, durant trois heures dont une heure pour les enfants de l’éducation préscolaire, une heure pour les écoliers du premier cycle et l’autre heure pour ceux du secondaire», note Kassim Traoré, en signalant qu’il y a la ‘Chronique santé de l’enfant’, hebdomadaire, sur la radio Voix de l’Amérique (VOA). Ces émissions consacrées à la promotion des jeunes et/ou des enfants sont nombreuses, aussi, sur les télévisions privées et publiques au Mali. A Africable télévision, nous avons par exemple : Maxi Vacances animé par Balodi, l’émission Agora, entre autres. De plus en plus, des télés de proximité s’adressent à la jeunesse, à l’enfance. C’est ainsi qu’il y a l’émission ‘’Bonjour le Mali’’ à M7 TV qui reçoit toute catégorie d’âges mais, spécifiquement, les jeunes, surtout ceux talentueux. « Ceux qui sont des talents en herbe, qu’ils soient artistes ou élèves. Pour la petite histoire, j’ai reçu, l’année dernière, le premier national au baccalauréat. On a aussi un autre plateau qui s’appelle ‘Coup franc’ où les jeunes (filles/garçons) interviennent régulièrement », indique Abdoulaye Faman Coulibaly. « A la télévision nationale, précise Sidiki Dembélé, nous avons dans nos programmes des émissions consacrées aux enfants et aux jeunes. Entre autres : ‘Nous les enfants’ avec pour cibles les enfants, ‘Maxi Jeunes’ qui met en compétition des jeunes des établissements secondaires, surtout les lycées avec beaucoup de rubriques dont la culture générale, les compétitions de danse et de chorégraphie, des jeux éducatifs ». « L’émission appelée ‘Grin de midi’, souligne-t-il, concerne, quelque

Causeries au ‘grin’ :Un nouveau prêcheur pour la prison centrale

Par Ahmadou CISSE Bamako, 06 mars (AMAP) L’harmattan a fini par mettre de l’eau dans son vin. Ce vent chaud et sec, qui souffle de l’est et du nord-est sur le Sahara et l’Afrique occidentale, très chaud le jour, plus froid la nuit, très sec et, le plus souvent, chargé de poussière. D’habitude, cet alizé continental souffle depuis janvier. Le changement climatique est passé par là. En ce début de soirée, la poussière reste encore suspendue au-dessus des têtes. Bientôt, les moustiques passeront à l’offensive. Têtus comme des mules, ils sont insensibles aux produits anti-moustiques que les membres du ‘grin’ ont l’habitude de se procurer auprès du boutiquier d’à côté. C’est dans cette atmosphère de promiscuité avec les culicidés que le ‘grin s’est, de nouveau, installé au bout de la rue, dans le quartier bouillant de Magnambougou. Les nerfs sont à vif, en cette fin de journée. Il n’y a pas plus de cinq membres de ce groupe, tant connu des passants de cette petite voie, récemment aménagée par la municipalité, reliant le marché de ce quartier populaire à l’Avenue de l’OUA. Le fourneau rempli de braises incandescentes au bon milieu du ‘grin’. Un parfum léger de thé en ébullition s’échappe de la théière par le couvercle et le bec. L’arrestation du désormais tristement célèbre prêcheur enflamme le débat. L’information de son transfert vers la Maison d’arrêt vient de tomber. Le tout Bamako en parle : Bandiougou Doumbia est arrêté pour avoir fait allégeance aux chefs terroristes. Le ‘grin’, en ébullition, en fait ses choux gras. Les réseaux sociaux s’enflamment. Les internautes n’ont de débit que pour ce sujet. De quoi s’agit-il au juste ? Pour faire court, un marabout à la réputation sulfureuse se donne la mission de venir au secours de familles menacées de déguerpissement. Un projet de construction de logements sociaux est prévu sur le site. Les habitants de cette portion de terre étaient à mille lieux de croire que ce prêcheur allait commettre l’irréparable. Devant le micro de quelques hommes de médias, le religieux, tout à l’ivresse de la parole, s’en est donné à cœur joie. « Au commencement était le verbe », disent les Ecritures saintes. Dans notre culture, les sages enseignent qu’il faut remuer sept fois la langue dans la bouche avant de parler. « La parole est plus dangereuse que l’épée », disent d’autres. Les sages bouddhistes préconisent carrément le silence. MANU MILITARI. Visiblement débordé par son énergie, le prêcheur a déserté la mosquée pour se découvrir un talent de justicier. Une concurrence déloyale à l’opposition politique. Haranguant sa foule, il déclara être d’avis avec les terroristes qui tuent, de sang froid, nos braves soldats. Il ne se contenta pas d’insulter le président de la République et sa famille mais alla jusqu’à inciter à la violence contre les institutions. Les âmes sensibles ne peuvent écouter la déclaration incendiaire, d’une rare violence verbale et d’une telle intensité, dont il s’est rendu coupable.. « Il est déjà transféré à la prison centrale », lance Madou qui fait le thé. De son domicile, Il y aurait été conduit manu militari. Les talibés qui s’y sont opposés sont également embarqués par la Brigade d’investigation judiciaire. « Mêmes les poules n’ont pas été épargnées », exagère le jeune homme qui commença à servir l’infusion. Il a mis du cœur dans sa préparation. La mousse déborde du verre. Avec le thé vert chinois, il a atteint le sommet de son art. Madou, pourtant critique virulent du régime d’IBK, admet que le prêcheur a « dépassé les limites ».  Le doyen du ‘grin’ lui arrache la parole d’autorité pour dire combien sa déception fut grande lorsque, sur son smartphone, il visionna la vidéo du prêcheur. « Il est connu pour être un gueulard mais de là à soutenir un criminel, un djihadiste, un terroriste… C’est vraiment abuser », renchérit le doyen enfoncé dans sa chaise. Il bondit de son siège et lança que le fils de son meilleur ami est tombé dans une récente attaque de terroristes dans le Centre du Mali. « Regardez-moi ça ! », vociféra-t-il, tout en allumant une mèche de cigarette qu’il coinça entre ses lèvres, d’un geste éclair. Un autre fit remarquer que les membres de la famille voisine à celle de ses beaux-parents sont encore inconsolables après l’attaque de Boulkeissi qui fut fatale à leur benjamin. « Quel est le Malien qui n’a pas perdu un frère, un cousin, un ami ou une simple connaissance dans une attaque terroriste ? », s’emporte le jeune Madou. Ablo n’a dit mot depuis le début de la soirée. Il navigue sur la toile. Facebook lui prend le plus clair de son temps. Il glisse, sans arrêt, ses deux pouces sur l’écran tactile de son smartphone bon marché. Il partagea avec les autres les dernières nouvelles de la communauté virtuelle. Il donna lecture d’un post sarcastique : « un nouvel imam est désigné pour la prison centrale de Bamako ». Un bloggeur bien connu recommande que le prévenu soit traité sur un pied d’égalité que les autres. « Dura lex Sed lex (la loi est dure mais c’est la loi) ». L’auteur fait référence à la recentre rencontre du Haut conseil islamique qui s’est réuni autour du sujet. Cette association de leaders musulmans reconnait que le prêcheur a commis une faute lourde. Toutefois, elle sollicite la clémence de la justice. Pour le tenant du poste de thé, cette énième interférence de ce regroupement religieux dans les dossiers pendants devant la justice n’est plus acceptable. « Il doit rester en prison », tranche son voisin de chaise. Celui-ci argumente sa position :  » Ce pseudo marabout n’est pas à son coup d’essai. Sous ATT, il s’est fait une réputation en insultant père et mère le président de la République. Le régime de l’époque ne lui a rien fait. Après, il s’en est pris à Ras Bath. Aujourd’hui, il se permet de faire allégeance publiquement à un chef terroriste. Trop c’est trop ! ». MASSACRES – Madou ne décolère pas contre le prêcheur. Il jura qu’il lui administrerait une gifle qu’il n’oubliera pas, si de tels propos avaient été tenus en sa présence. Mais hélas ! « Tous les

Journée internationale des femmes : Les jeunes filles aide-ménagères s’organisent

Par Oumar Diakité Bamako, 06 mars (AMAP)Des jeunes filles et femmes, en majorité mineures et non alphabétisées, quittent les zones rurales. Cet exode rural est lié à diverses raisons : la mauvaise gestion et l’accaparement des ressources naturelles, les guerres, les conflits, le manque ou l’insuffisance d’infrastructures scolaires dans le milieu rural, les mariages forcés et précoces, la quête du trousseau de mariage ou une simple envie d’aller voir ailleurs etc. Elles migrent dans les villes du Mali comme d’autres agglomérations de l’Afrique de l’Ouest pour trouver les moyens de satisfaire leurs besoins. Elles travaillent dans les ménages où elles assurent les travaux domestiques. Leur traitement laisse à désirer. Elles sont les premières personnes à se lever et les dernières à se coucher. Pis, on leur colle des noms : « bonnes, boniches ou encore 52 », malgré leur valeur et leur rôle incontournable dans les familles. La revalorisation des conditions de vie et de travail de ces jeunes filles ne figure pas dans le cahier des doléances des organisations féminines pour la défense des droits des femmes. Ayant douté de la volonté des défenseurs des droits des femmes, les jeunes filles, elles-mêmes, ont mis sur orbite un outil de lutte pour la valorisation du métier d’« aide-ménagères ». Afin de promouvoir et protéger les droits des domestiques et, surtout, pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Ainsi est nél’Association de défense des droits des aide-ménagères et domestiques au Mali (ADDAD-Mali). Cette organisation,enregistrée le 01 février 2013, existe depuis 2009. L’idée de sa création est venue de Mme Diallo Sitan Fofana, une ex aide-ménagère qui a vécu le calvaire du métier de domestique. Ce regroupement, aux dires de sa présidente Mme Diallo, compte au moins 900 membres reparties entres les quartiers des Communes du District de Bamako, de Koulikoro et de Ségou. « ADDAD-Mali a pour but la promotion, la protection et la défense de nos droits en tant qu’enfant, femme et travailleuses. Par exemple : les jeunes filles aide-ménagères ont droit à une rémunération à la hauteur du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) au Mali et un jour de repos par mois », dit la présidente de l’Association des aide-ménagères. L’organisation travaille à édifier les filles aide-ménagères sur leurs droits élémentaires. « Nous avons formé plus de 200 jeunes filles aide-ménagères sur leurs droits…Nous avons pu obtenir la réglementation du travail des aide-ménagères dans certaines familles d’emploi», se félicite la présidente de l’ADDAD. LOBBYING – Cette organisation noue des alliances avec d’autre structures de pression et/ou internationales. Selon sa présidente, les aide-ménagères sont soutenues, aujourd’hui, par des syndicats, des ONG et par d’autres associations. Parallèlement aux appuis d’organisations de la société civile, les aide-ménagères bénéficient du partenariat des structures étatiques. « Ces collaborations permettent à l’ADDAD-Mali de participer à des rencontres de prise de décisions politiques concernant les jeunes filles aide-ménagères », révèle Mme Diallo Sitan Fofana. Selon elle, la collaboration avec le Bureau régional de l’Organisation internationale du Travail (OIT) a renforcé la capacité de l’ADDAD-Mali « à interpeller les politiques sur la situation des aide-ménagères et permettre, ainsi, aux parlementaires de s’imprégner de la problématique à travers un document de plaidoyer ». C’est ainsi que la convention adoptée par l’OIT, le 16 juin 2011, sur la décence du travail domestique, « est sur la table des parlementaires du Mali », indique la présidente de l’Association. L’Association est devenue sous régionale avec sa création dans six  autres pays de la sous-région en plus du Mali. « Nous avons pu étendre l’Associationau Bénin, au Burkina Faso en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Sénégal et au Togo ». Mme Diallo Sitan Fofanadirige cette instance sous régionale de défense des droits des jeunes filles aide-ménagères avec la volonté de faire des aide-ménagères « une force dans les pays ouest africains ». En dépit du manque de volonté des décideurs sur la question des aide-ménagères, la réticence de l’opinion publique « plus particulièrement des employeurs » aux respects des droits des aide-ménagères, la mauvaise perception des aide-ménagères par la communauté, l’insuffisance de moyens par rapport aux besoins, l’empêchement des aide-ménagères à jouir de leurs droits à la vie associative, le poids du système patriarcal. OD/MD (AMAP)

Transport : Les souvenirs de Bocar, chauffeur de taxi depuis les années 80

Par Ahmadou Cissé Bamako, 05 mars (AMAP) La Mercedes 190 s’immobilise, essoufflée par un (trop) long parcours. L’âge, même chez les moteurs, ne pardonne pas ! Sa première mise en circulation date de 1990. Donc 30 ans ! Une respectable dame. Elle est cabossée de toute part. Les séquelles de plusieurs accidents ont fini de la dénaturer. La couleur jaune tend vers le nacré. Un coup de chiffon lui ferait certainement le plus grand bien. Le chauffeur en sort, l’air pressé mais visiblement fatigué. Il a dû se réveiller depuis le premier chant du coq pour ne pas rater les premiers clients lève-tôt. A 64 ans, Bocar garde encore le sourire. Fataliste de l’extrême, sa vie est gouvernée par le destin. Derrière le volant de son taxi, il parcourt jour et nuit artères, rues et ruelles de la capitale. Ce jour-là, après avoir conduit une cliente jusqu’à Kati voisine, il fait un arrêt obligatoire chez le garagiste. Le plissement de son nez de fouine ajoute, d’un coup, douze rides à son front déjà bien pourvu. Il fit inspecter son taxi par le toubib des tacots. Celui-ci diagnostique une anomalie dans l’alimentation du moteur en carburant et préconise d’autres entretiens d’urgence. Sans quoi, le véhicule risque de rendre, définitivement, l’âme dans les jours qui suivent. Bocar n’a guère le choix que d’interroger son porte-monnaie et dépenser ses maigres recettes de la veille pour mettre son taxi en état de (re) marcher. Le mécanicien se mit au travail… Pendant ce temps, le vieux taximan plonge dans ses souvenirs. D’un commerce facile, il fit remarquer à un jeune apprenti du mécanicien qu’il est plus âgé que son père. Peut-être même le grand père du garçon. Natif de Bénougou, dans le Cercle de Kati, il est chauffeur de taxi depuis 1982 à Bamako. Ville qu’il n’a jamais quittée depuis les années 70 quand sévissait la famine dans le Sahel. Les cheveux blancs, dos légèrement courbé sous le poids de son travail de chauffeur de taxi, il n’a connu que ce métier qu’il adore par-dessus le marché. « Adorer, c’est trop dire », corrige le vieux taximan qui précise qu’il n’a pas « trouvé mieux pour entretenir sa famille déjà nombreuse. « C’est le fait de Dieu », se console-t-il, toujours fataliste. LES FRANÇAISES –« Dans les années 80, nous n’étions pas nombreux à pratiquer ce métier. De toutes les façons, il n’y avait pas assez de véhicules à Bamako », se remémore Bocar. Lui-même n’a été chauffeur de taxi attitré qu’en 1982. En cette belle époque, les taxis sont centralisés à la Place du Souvenir, communément appelée par les Bamakois « Location place ». Les Mercedes 190 et 200 qui font l’essentiel des « jaunes » aujourd’hui n’étaient pas encore fabriquées. C’étaient les Renault : R9, R12, R4… Que des françaises !« Nous étions payés en francs maliens. Deux ans plus tard, le Mali bascule dans le CFA » dit-il, nostalgique. Le taxi est entre les mains du mécanicien. Celui-ci est entouré de ses apprentis. Les cliquetis du moteur ne rassurent pas Bocar. Pour lui, cette résonnance du moteur montre que les parois de la chambre de combustion où logent les pistons sont dans un sale état. Le mécanicien, lui, reste imperturbable et continue tranquillement à désosser le tacot de notre vieux taximan auquel il faut, pourtant, donner une nouvelle jeunesse. Bocar enseigne que le métier de « taximan » était noble. Le taxi nourrissait son homme. Les chauffeurs étaient sérieux et bien organisés. Entre les lignes, il fallait lire que ceux d’aujourd’hui ne répondent plus aux critères d’antan. Très indisciplinés dans la circulation routière, ils sont à l’origine de plusieurs accidents, entrainant mort d’homme. La nuit, ils ont la sale réputation de se faire complices ou auteurs de vol et de braquages. Les chauffeurs de taxi cèdent leurs engins aux plus jeunes qui roulent jusqu’à l’aube. Chacun y trouve son compte. Bocar est contre cette tricherie. « Ce n’est pas normal », dit-il. Le véhicule, selon lui, doit avoir un temps de repos. La cité était bien organisée en 1982. Bamako était repartie en zones pour les taxis. Les tarifs sont connus de tous. Pour aller dans la zone 1, il faut débourser 700 Fcfa. Cette zone renferme le centre-ville (Bagadadji, Bamako Coura, Dravela, Tominkorobougou, Hamdallaye).Quand on veut joindre la zone 2, il faut débourser 1400 Fcfa. Il s’agit des anciens quartiers de Lafiabougou, Quartier Mali, Bankoni, Korofina, Bakarybougou, Sans fil et Zone industrielle. La zone 3, à 2100 Fcfa, couvre Faladje, Niamakoro, Djelibougou et Boulkassoumbougou.Pour aller à Kati où à l’aéroport, le client saigne de 3500 Fcfa. »A cette époque, nous versons une moyenne de 5000 au propriétaire du taxi contre 10000 Fcfa aujourd’hui « . Né d’un père cultivateur et d’une mère ménagère, Bocar Koné promet de finir ses jours dans ce métier dont est fier. Après les réparations, le mécanicien rallume le taxi, après plusieurs tentatives infructueuses. Le moteur est agonisant. La carrosserie ne paye pas de mine. Mais Bocar ne peut se donner le luxe de changer le moteur de son taxi. Il lui faut près du demi-million. Les 15.000 Fcfa de frais de réparation lui donnent  déjà  du fil à retordre. Alors, un nouveau moteur ? Trois grosses gouttes de sueur coulent sur son front. En fouillant dans ses poches, il rassemble en menues monnaies le montant. Soulagé, il embarque, avant de se fondre dans le magma de voitures qui étouffe la capitale. AC/MD (AMAP)

Sous-produits d’abattage : Un business rentable

Reportage : Marian F. DIABATE Bamako, 05 mars (AMAP) Sur un grand espace longeant la Route nationale  (RN7), à quelques kilomètres du grand virage de Sirakoro Méguetana, Moussa Sow, 35 ans, semble s’accommoder parfaitement de l’odeur infecte des restes d’abattage et des essaims de mouches qui pullulent. Après tout, c’est son lieu de travail. Ici, des queues de vaches suspendues à des structures en bois surplombent des monticules de cornes qui jonchent le sol. Sa journée de travail commence par un geste simple : dévoiler les «collines de cornes» recouvertes de bâches. Si le décor est fait d’une hygiène répugnante, à cause de l’odeur nauséabonde et les nuées de mouches, l’activité, elle, d’un point de vue «économique» est assez rentable. Ce n’est certainement pas Sow qui soutiendra le contraire. Depuis deux décennies, il exploite les cornes, poils de queues, mâchoires… Un business qui lui permet de relever le défi du chômage. « C’est dans le commerce de cornes que je suis connu. Il n’y a pas de sot métier», affirme-t-il, occupé à vérifier l’état d’un amas de cornes se distinguant des autres par sa couleur blanche. Le commerce de sous-produits d’abattage pour ce trentenaire est une activité à laquelle il était prédestiné, lui qui est fils de boucher. «Un beau jour, nous raconte-t-il, sur son lieu de travail, un ami qui m’a emmené des étrangers qui avaient besoin de cornes en quantité ». « Je suis fils de boucher, c’est la seule raison pour laquelle, on m’avait présenté ces Blancs», ironise-t-il. Mais à l’époque, notre interlocuteur n’avait aucune idée de ce qu’on pouvait gagner dans le commerce de cornes. C’était il y a 20 ans. «Je suis allé à l’abattoir de Sabalibougou-Courani. A l’époque, les cornes ne se vendaient pas, mais, dès que j’ai parlé de mon projet, ils m’ont vendu un tas à 50.000 Fcfa. Sa revente m’a rapporté un gros bénéfice. C’est après cela que, j’ai pris goût à l’activité», nous explique-t-il. Depuis ce jour, Moussa, natif de Mopti s’approvisionne en cornes à l’abattoir de Sabalibougou où il achète les deux types de cornes : les fraîches qui datent de peu de temps et les pourries. «On me cède la paire de cornes fraîches à 175 Fcfa», confie-t-il, ajoutant qu’il revend la même paire à 400 Fcfa, alors que celle en décomposition est cédée entre 200 et 250 Fcfa. Aux grossistes, il écoule le chargement de moto tricycle à 20.000 Fcfa, alors qu’un chargement de minibus-sotrama coûte 75.000 Fcfa. Si Sow est un fin connaisseur des cornes fraîches, il n’en sait pas autant sur les «décomposées» auxquelles il s’est intéressé, il y a seulement trois ans. Il affirme être un peu novice en ce qui concerne les «décomposées». «Je ne les achète pas au même prix que les cornes fraîches. Je préfère, d’ailleurs, les acheter à l’état frais. J’assure la décomposition, en les arrosant, matin et soir, pendant 15 jours durant la saison sèche, mais, pendant l’hivernage, deux pluies suffisent pour les décomposer», explique-t-il Qui sont les clients et à quoi servent ces produits, dont peu de personnes connaissent l’importance ? Pour Moussa, ce sont des Maliens. «Ils s’en servent comme engrais dans les champs et les vergers. Mes clients soutiennent que les cornes procurent un goût spécial aux fruits. En marge du commerce des cornes, notre trentenaire s’intéresse également au business des testicules de bœufs qu’il appelle «kôti-kôti» (animelles ou rognon blanc), aux queues de bœufs et d’autres abats, qu’il achète à l’abattoir de Sabalibougou-Courani. Pour le «kôti-kôti», l’unité coûte 150 Fcfa. Cet abat est prisé, selon lui, par les restaurants togolais, béninois, nigérians, camerounais et même maliens. Sow leur cède l’unité entre 200 et 350 Fcfa. «J’achète, également, la queue de bœuf à 600 Fcfa. J’enlève la viande et fais sécher les poils que je revendrai entre 125 et 200 Fcfa le kilo», nous explique-t-il. Ajoutant que la queue est utilisée comme un instrument traditionnel de nettoyage dans les boutiques. Quant aux autres os comme les mâchoires, le contenu des cornes et bien d’autres, le commerçant de sous-produits d’abattage affirme qu’il les brûle avant de les vendre. «Réduits en poudre, ils servent d’ingrédients pour la fabrication d’aliment bétail et de craie», indique-t-il. Il vend le sac de 100 kg à 1000 Fcfa. Pour Moussa Sow, l’un des défis de ce métier est le manque de fonds surtout au démarrage de l’activité. «J’ai souffert le martyr à cause des difficultés liées au processus de décomposition des cornes. Cela nécessite qu’on achète des équipements, des produits qui sont chers. Il vaut mieux y être préparé avant de se lancer», conseille-t-il. Moussa Sow nous confie qu’il vit de ce métier. «C’est grâce à cela que je me suis marié, que je nourris ma famille. Et j’ai pu acheter une terrain et construire ma propre maison», témoigne-t-il, en rendant gloire à Dieu. Dans l’avenir, notre interlocuteur ambitionne de créer son entreprise. Il souhaite embaucher les jeunes sans emploi, afin de relever le défi du chômage au Mali. Pour Moussa Fané, un de ses employés, ce métier est sa seule passion. Il est infatigable. C’est la motivation de son patron qui l’a incité à faire ce travail. MFD/MD (AMAP)

Digitalisation des opérations bancaires : L’équation de la sécurité

Par Aminata Dindi Sissoko Bamako, 04 mars (AMAP) La troisième révolution industrielle continue de chambouler nos habitudes, en rendant possible ce que l’on croyait jusque-là irréalisable. La révolution numérique, après avoir supprimé les distances, promet de briser les liens physiques, qui existent encore, entre administrateurs et usagers, en dématérialisant tous les services de base. A partir de son Smartphone, nous pouvons accéder aux services de base nécessaires, depuis son bureau ou son domicile. Par ailleurs, tel un poison et son antidote, des cybercriminels développent des savoir-faire similaires visant à faire sauter les garde-fou et autres mesures de sécurisation pensées et mises en place par les établissements financiers. En effet, le digital banking, fruit de la révolution numérique, qui participe davantage à l’atteinte de l’inclusion financière, en permettant à chaque citoyen, là où il se trouve, d’avoir accès aux services financiers, se réinvente en permanence. Afin de sécuriser les opérations, s’adapter aux besoins nouveaux de la clientèle et la rassurer, par la même occasion, sur la fiabilité des services. Pour satisfaire ces exigences, de nombreuses structures bancaires implantées au Mali migrent vers le numérique. Résultats : UBA mobile banking App, Bim express, Internet banking, E-Banking, Cauris web sont entre autres services digitaux bancaires que proposent certaines structures bancaires maliennes. Les banques maliennes ont, ainsi, embarqué dans le train de la révolution numérique en développant de nombreuses possibilités de transactions en ligne. Grâce à ces produits, il est possible, aujourd’hui, de faire des transactions financières. Cela, grâce à un partenariat entre des institutions bancaires et des services de transfert d’argent, comme Orange Money. Coopération qui permet au client d’interconnecter ses comptes bancaires et Orange Money pour ainsi faire des transactions, régler ses factures d’électricité et d’eau, et même renouveler ses abonnements télé. TRANSFERT – La Banque de développement du Mali (BDM) est à la pointe de cette mutation technologique, selon sa directrice chargée du marketing et du digital. «Il s’agit, pour le client, d’être domicilié à la BDM mais aussi d’avoir un compte Orange Money. Une fois que vous souscrivez, vous pouvez à travers les menus Orange Money avoir votre solde bancaire, le mini révélé. Vous pouvez, également, transférer de l’argent de votre compte bancaire vers votre compte Orange Money et vice versa. Cette solution permet d’avoir accès à votre argent depuis votre quartier. Etant donné qu’il n’y a pas d’agences bancaires dans tous les coins de rue, mais il y a des kiosques Orange Money », explique Mme Doucouré Assan N’Diaye. Elle souligne que la BDM travaille sur ce chantier depuis plus de cinq ans et que ces projets ont connu un essor à partir de 2017. « En plus des transactions via le mobile, la banque met à la disposition de ses clients d’autres offres. Certaines sont conçues pour toute la clientèle, d’autres pour une clientèle ciblée comme les grandes entreprises ou des particuliers », spécifie-t-elle. Conçu pour les grandes entreprises, le « E-Banking » est, par exemple, dédié exclusivement à la consultation et à l’édition de coordonnées de compte. Le e-payement, lui, permet à une entreprise d’ordonner un virement à partir de son bureau. « Il n’y a plus de papiers qui circulent, plus de longue file d’attente pour pouvoir déposer des ordres de virement et attendre qu’ils soient exécutés. Depuis leur bureau, les clients peuvent télécharger les états de virement et, automatiquement, c’est intégré au niveau de la BDM », commente Mme Doucouré Assan N’Diaye. Les particuliers ne sont pas oubliés. « Une fois que vous avez des cartes bancaires, vous êtes automatiquement enrôlés sur Cauris web qui est comme un guichet automatique ambulant dans votre poche, à travers votre téléphone. Grâce à Cauris web, vous pouvez avoir accès à plusieurs transactions. Comme consulter vos soldes et avoir des mini-relevés, ou activer et désactiver votre compte», explique Mme Doucouré. Notre interlocutrice précise que sa structure considère cette année comme celle de la digitalisation. De ce fait, d’autres produits innovants seront lancés. Ils permettront à ceux qui n’ont pas de compte à la BDM d’avoir accès à certains services bancaires, à travers un portemonnaie électronique. A la question de savoir si ces offres ont un coût, elle répond : « Toute offre a des coûts qu’on le dise ou pas. Mais, ces coûts sont bien étudiés pour permettre au maximum de clients de les supporter ». CULTURE DU CASH – Toutefois, le défi est la familiarisation des clients avec ces offres. « Nous sommes dans une culture du cash, du contact physique. C’est toute une sensibilisation qui sera faite pour que le client comprenne l’importance de la digitalisation qui est un processus auquel on ne peut pas échapper. Ou vous êtes dans le train ou vous restez derrière les autres », soutient-elle. La Banque internationale pour le Mali(BIM) est, elle aussi, entrée de plain-pied dans la numérisation. « Depuis quelques temps, nous avons le SMS banking qui permet de consulter son compte via le mobile et permet de consulter le solde du compte en temps réel. A chaque fois qu’il y a une opération de débit ou de crédit, le client reçoit instantanément une alerte lui spécifiant qu’une opération est en cours sur son compte », dit le directeur adjoint des marchés des particuliers et des productions libérales à la BIM et chargé du volet formation E-banking et SMS banking, Daouda Sissoko. Et d’ajouter : « Nous avons, également, Adria ou BIM net qui permet de consulter son compte via internet. Cette offre est mieux adaptée aux entreprises. Ces deux offres permettent, également, de télécharger l’extrait de compte en formant PDF par mois pendant douze mois. Ils fonctionnent 24 heures sur 24 tant que le réseau fonctionne normalement ». Ces innovations, somme toute nécesssaires, ne ne serviraient à rien si les banques ne disposaient pas de mesures de sécurité visant à protéger les clients et les opérations.La digitalisation a comme corollaire la multiplication des attaques informatiques contre les banques, le développement de la cybercriminalité. Attaques malveillantes contre lesquelles les banques ont l’obligation de trouver des parades. A ce propos, Mme Doucouré assure que les solutions numériques de la BDM sont protégées par plusieurs niveaux de validation. « Les

Lutte contre le terrorisme : En patrouille avec Barkhane dans le Liptako

Reportage d’Issa DEMBELE Bamako, 03 mars (AMAP)  «Ce n’est pas trop tôt !», réagit tout de go un soldat au grésillement de la radio du blindé n°34, annonçant un «personnel armé d’un AK47, en visuel ». A l’arrière du véhicule, ses frères d’armes n’en sont pas moins stimulés. Les regards se figent et les oreilles se tendent pour capter les détails sur cet ennemi circulant à « moto et habillé d’un tee-shirt bleu ». Il est 11 h 25, ce 17 février 2020. Le ratissage de la forêt d’Awagate, à environ 200 km, à l’est de Gao, dans le Liptako, vient juste de commencer. A l’invitation de la force Barkhane, qui maintient la pression sur les Groupes armés terroristes (GAT) dans le Liptako, afin de les priver de leurs moyens de combat et de l’espace pour s’organiser, nous avons embarqué aux côtés des soldats pour être au plus près des actions. Cette opération, d’une dizaine de jours, mobilise environ 150 hommes de la Légion étrangère française, deux militaires maliens qui jouent le rôle de pisteur, 41 véhicules, deux chiens et un drone. De quoi troubler le calme de cette forêt, devenue un repaire pour des katiba affiliées à l’Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS)et au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Elles y cachent des quantités importantes d’armements, de munitions, d’explosifs et de moyens de communication. Durant cette mission, le capitaine Frédéric et ses hommes tenteront de dénicher les caches des terroristes. «Il ne s’agira pas de grands face-à-face», avait prédit, la veille, l’officier. Les terroristes préfèrent, en effet, la pose d’explosifs aux affrontements directs avec la force française. Et, lorsque certains d’entre eux sont repérés, ils abandonnent leurs armes et se font passer pour de simples bergers. Une fourberie que notre « homme armé » maîtrise à la perfection. Il lui aura fallu moins de dix minutes pour se débarrasser de son AK47 et disparaître des radars. «C’est un Usain Bolt ou quoi ?», ironise le sergent Karim. Son arme et son blouson, qui contenait un téléphone avec carte SIM, sont récupérés dans les sous-bois par les éléments du génie. Ils sont d’abord accrochés à des fils et tractés à distance pour « s’assurer qu’ils ne sont pas piégés », explique le lieutenant Mathieu, le chef de section du génie. Son équipe, munie de détecteurs de métaux et appuyée par deux chiens, se met aussitôt à fouiller les lieux pour trouver d’autres armes. Rapidement, le détecteur d’un soldat s’affole, mais c’est juste un morceau de fer. Et au bout de plusieurs minutes de recherche, aucune cache dénichée. Pas de trace non plus de notre présumé terroriste. Les soldats découvrent une moto, qui ne présente cependant aucun signe suspect. «On sait reconnaitre les engins des GAT», explique, plus tard, le colonel Nicolas, commandant du Groupement tactique désert n°2 (GTD-2). INVISIBLE – Sur plusieurs kilomètres, les soldats arpenteront, à pied, un terrain sablonneux clairsemé de quelques épineux. Des troupeaux de bœufs et quelques ânes tentent d’y trouver à paître. Pour le commun des mortels, la zone doit peu de choses à un enfer : le mercure monte jusqu’à 40 °C à l’ombre. La « marche » est encadrée par des véhicules blindés à la silhouette menaçante et surmontés de tourelles qui virevoltent parfois. Mais ici, comme dans tout le Liptako, l’ennemi est quasiment invisible. Et pourtant, les renseignements font état de la présence d’au moins trois motos équipées de 12.7 et d’une trentaine de terroristes dans ce secteur. Pour cette première journée, la troupe doit se contenter d’une seule arme, d’un téléphone avec sa carte et quelques munitions. Un butin bien maigre, mais encourageant puisque « certains font des semaines, sans rien trouver », se console l’officier Etienne. «Aujourd’hui, la moisson sera abondante», espère un sous-officier, avant d’embarquer dans son blindé, au deuxième jour de l’opération. Quelques heures plus tard, les contrôles de motos s’enchaînent. Dans ce contexte de guérilla, la vigilance doit rester de mise. Difficile, en effet, de distinguer le suspect du simple passant ou le simple citoyen du poseur d’Engins explosifs improvisés (IED). Pire, ici, les Français ne sont pas les bienvenus. Et celui qui ose se rapprocher d’eux, devient systématiquement une cible pour les GAT qui ont une emprise réelle sur la zone. La troupe s’en est rendue compte, dès le premier jour de l’opération, dans un hameauoù les habitants s’étaient montrés moins accueillants. « Ça ne veut pas forcément dire qu’ils sont tous des terroristes, mais ça prouve que la zone est sous emprise terroriste », confirme le colonel Nicolas. Aussi, l’argent des trafics, notamment de stupéfiants, permet aux GAT de s’attirer les faveurs des populations. La pose d’un IED peut rapporter, selon une source anonyme, plus de 250.000 Fcfa. Une petite fortune dans une zone où la misère se lit sur les visages. Ces explosifs, essentiellement fabriqués à partir de ressources locales disponibles, sont la principale menace pour Barkhane. Ils ont couté la vie à plus d’une dizaine de soldats, depuis 2013. Les populations locales ne sont pas épargnées. En 2019, 48% des victimes d’IED étaient des civils, contre 39% en 2018, selon les Nations unies. Pour briser l’emprise terroriste et rassurer les populations, Barkhane mise sur les actions civilo-militaires. A Gao, le capitaine Christine, la responsable de ce volet, est persuadée que c’est l’absence de projets qui grossit les rangs des terroristes. Ainsi, lors des opérations, en particulier avec les Forces armées maliennes (FAMa), des aides médicales gratuites sont proposées à la population. Barkhane agit, également, en conduisant ou en soutenant des projets qui apportent une aide directe aux populations : accès à l’eau, à l’énergie, à la santé ou à l’éducation. En 2019, plus de 75 projets civilo-militaires ont été menés, dont 35 dans la zone du Liptako-Gourma. Actuellement, l’essentiel des efforts de Barkhane est concentré sur cette région, depuis le Sommet de Pau. Alors que le capitaine Fréderic fouillait la forêt d’Awagate, de fond en comble, deux autres sous groupements de Barkhane opéraient avec trois sections des FAMa dans le Liptako. Utilisant des modes d’actions variés pour surprendre l’ennemi, ils ont mis, du 12 au

Points de course en direct : folle ambiance au royaume des parieurs !

Reportage : Oumar DIAKITE Bamako, 02 mars (AMAP) Au Point de courses en direct (PCD) de Djikoroni Para, on trouve des personnes de toutes les couches sociales de la population malienne. Les cris des turfistes, leurs commentaires sur les différents chevaux susceptibles d’être parmi les numéros gagnants, animent les PCD. Si certains parieurs ont tiré profit des courses en direct, en faisant des réalisations notoires, d’autres turfistes acharnés courent toujours derrière la chance. Ce mercredi, du début de mois de février 2020, est un jour de course pour le quinté+ dans les PCD du Pari mutuel urbain qui enregistrent une affluence inhabituelle. Déjà, à 12 heures 30 mn, le parking motos, à l’entrée des lieux déborde d’engin. Ceux qui arrivent à la dernière minute prennent le soin de garer leurs motos de l’autre voie de la route, côté fleuve. Une vendeuse de brochettes, tout près de l’entrée de la cours, mène son business. A première vue, la cour du PCD en dit long sur l’atmosphère de la salle. Des groupuscules se sont formés, ici et là, selon les affinités. Ils ne parlent que de numéros. On rencontre toutes les catégories socioprofessionnelles de la population malienne. Des militaires en tenue correcte, des mécaniciens habillés aux habits tachés d’huile noire, d’autres personnes en costume se faufilent par-ci, par-là. Tout porte à croire que certains ont déserté leur bureau pour venir tenter leur chance. Il n’y a pas que des désœuvrés qui fréquentent le site. Dans la cour jonchée de mégots de cigarette, les fumeurs dévissent, chacun parle de sa base, de ses chevaux favoris. A 12 heures 55 mn, tout le monde afflue vers la salle de course. C’est une salle remplie comme un œuf. On y trouve des hommes (jeunes et vieux) et quelques femmes. Ici, c’est à la limite du confort. Certains jeunes ne se gênent pas pour fumer. Les regards tendus sur les écrans plats fixés au mur, sur fond de bourdonnements. « Le 11 va lâcher !   Vas-y, le cheval numéro 2 ! Eeeh, le 3 recule ! » les parieurs supportent de la voix leur combinaison. Ils se sont tous levés des quatre bancs métalliques fixés au sol dans la salle. Ils se tiennent débout. Un vieux au fond de la salle, la soixantaine révolue, ne tient plus sur place. On dirait un jockey, ses gestes et mouvements sont accompagnés de cris d’encouragement. Tout d’un coup : « Ho, ça nous a massacré… ! » lâche-t-il, désappointé. C’est la fin de la course du quinté+. Parallèlement, des turfistes, de hauts cadres, suivaient la course dans une salle VIP, différente de celle réservée au grand public. L’atmosphère y est plus feutrée. Les numéros gagnants s’affichent sur les écrans : 11-2-4-13-12. Tout d’un coup, la salle se vide des parieurs. Sur les visages, on lit qu’il y a eu moins de gagnants. Des figures froissées, des yeux rouges, les perdants ne manquent pas de mots pour justifier leur manque de pot du jour. « C’est toi qui m’a conseillé le cheval numéro 8 au détriment de mon numéro 2 », un homme d’une trentaine d’années accuse son compagnon. A peine quelques minutes, plus tard, les rapports de la course du quinté+ s’affichent sur les écrans et sont disponibles chez les guichetiers. le gagnant dans l’ordre, touche gros : 18.370.400 Fcfa contre 79.500 Fcfa pour les gagnants dans le désordre. Le bonus a fait gagner 5.300 Fcfa. Ainsi de suite…. ATTRAYANTE CAGNOTTE – Selon la cheffe d’agence de Djikoroni Para, Nana Touré, l’affluence de la course du mercredi 5 février 2020 est due à la mise en jeu d’une cagnotte. « La cagnotte dépend de la course précédente. S’il n’y a pas eu de gagnant dans l’ordre, le gain sera remis pour la prochaine course. Il n’y a eu aucun gagnant dans l’ordre au quinté + du  lundi dernier, c’est pourquoi on avait une cagnotte aujourd’hui. Ce sont des cas imprévisibles», nous explique-t-elle après la course. Les courses en direct commencent à 8 heures du matin jusqu’à 18 heures du soir, sur différents Hippodromes. Selon les précisions de la première responsable de l’agence de Djikoroni Para, elles sont intercalées de 30 minutes, des fois de 15 minutes. Les courses en direct rapportent de l’argent rapide. « Et les mises vont de 500 Fcfa à des millions », révèle Mme Touré. La paie se fait sur place, en moins d’une heure. Ce paiement spontané attire les turfistes qui sont présents à tout moment et, ce, tous les jours. « On effectue les paiements, quelques minutes après les rapports finaux de chaque course, du matin au soir. Nos clients sont des personnes des deux sexes (des majeures) et de différentes catégories des couches sociales. Certains parieurs passent toute la journée ici. Ils jouent jusqu’au soir…Nous, on aime ça », dit Mme Touré. Elle ajoute que seuls les guichetiers ont leur jour de repos. Les difficultés ont trait aux agissements de certains parieurs. « Des fois, certains joueurs attendent la dernière minute. Si le guichetier ou la guichetière fait un erreur, bonjour les grossièretés, les injures…sans même chercher à comprendre nos agents », se plaint la chef d’agence. DES FORTUNES DIVERSES – Les turfistes en parlent. C’est les deux extrémités. Depuis leur introduction par le PMU, il y a plus de dix ans, les courses en direct au Mali ont fait des heureux parmi certains acharnés des salles de jeux. D’autres, au contraire, ont été ruinés. Aujourd’hui, on compte plus d’une vingtaine de PCD beaucoup de quartiers de la capitale, Bamako. Les parieurs, notamment les malheureux en jeu, parlent mais dans l’anonymat. « J’ai commencé à jouer dans les points de courses en direct, il y a à peine 5 ans. Je suis de ceux dont la vue a été changée  par les PCD. Grâce aux courses en direct, j’ai eu un chez-moi. Je me suis procuré un lot d’habitation avant de le construire en étages », dit Abdoulaye Coulibaly, policier de son état. Il affirme avoir remporté des millions de francs CFA à deux reprises. « J’ai gagné 18 millions dans un premier, avant de ramasser 5 millions de francs CFA. Personne ne peut me déconseiller de miser

Femme et orpaillage à Kéniéba : Portaits croisés de deux amazones

Reportage d’Ahmadou CISSE   Kéniéba, 21 février (AMAP) L’une est restauratrice, mariée et mère de deux enfants; l’autre orpailleur, veuve qui vit avec ses six enfants. Leur point commun : une détermination à toute épreuve dans un monde de mâles, une volonté de réussir. Deux femmes battantes que tout oppose ! Ou presque. Aoua Sy et Saiba Sissoko sont des amazones aux origine et parcours différents. Nos deux amazones contemporaines ne sont pas des filles d’Ares, fils de Zeus et de Era. Elles n’en sont moins des battantes, d’un courage olympien, refusant de porter la robe de la fatalité de femme au foyer. La première est issue d’une famille aisée, bien connue dans le Tambaoura. Aoua Sy est d’une famille aisée. A Kéniéba, les Sy ont réussi en affaires. Ils sont dans l’hôtellerie, la restauration, le commerce, l’immobilier pour ne citer que ces quelques activités. Saiba Sissoko est née griotte. Sa mère n’a vécu que de cette tradition qui consiste à assister les nobles et à faire leurs louanges, lors des cérémonies et vivre des récompenses et dons. Loin d’être oisive, elle a perpétué la tradition telle qu’elle lui a été apprise par ses parents. A priori, tout oppose Aoua Sy et Saiba Sissoko. Pour être plus fin, l’une a une peau claire et est ronde, l’autre noire et mince. La première est en couple, l’autre veuve. L’orpaillage traditionnel est, pour le commun des mortels, une activité exclusivement d’hommes. Pour se convaincre du contraire, il suffit de faire un tour dans la Région de Kayes. Chétive, cheveux courts exposés aux quatre vents, Saiba Sissoko est une femme qui ose. Le confort de la profession du statut de griotte, volant d’un mariage à un autre comme un papillon dans la prairie, ou attendant le prix de condiments d’un mari avare… Ce mode vie n’est pas le sien. Depuis sa tendre jeunesse, elle a décidé de descendre dans l’arène pour tirer son épingle du jeu. Aujourd’hui, du haut de ses 46 ans, cette dame s’impose dans le paysage aurifère de sa contrée. « Au temps du général Moussa Traoré, nous alternons les activités d’orpaillage avec les travaux champêtres. De nos jours, les champs sont désertés », raconte Saiba devant son immeuble. LE FLAIR DES AFFAIRES – Awa Sy, le cordon bleu de Kéniéba, a le flair des affaires. Dans sa famille, le business vient avant tout. Même l’école. Déjà en 5ème année fondamentale, la jeune fille déserta les cours primaires. Pour elle, c’est une perte de temps. Dehors, l’argent l’appelle. La tentation est si forte qu’elle n’eut pas la patience de décrocher le Certificat d’études primaires (CEP). L’avenir lui donnera t-elle raison ? Cela se saura. Dans la foulée, ses parents la donnent en mariage à un jeune prétendant. Elle avait à peine 15 ans. Son mari ne vit pas d’un bon œil les nombreux voyages de sa femme dans les pays limitrophes pour son commerce. Plutôt chanceuse. Si la restauratrice a bénéficié d’un désintéressé mais généreux coup de piston de la famille Sy, la griotte, elle, a dû avaler des couleuvres. Très pauvre, elle a perdu, très tôt, son père. Elle a vécu une enfance difficile dans une maison où elle a fini par être chassée comme un mal propre. Adulte, elle n’a pas mille solutions. Il faut se battre. D’accord pour le principe, mais avec quels moyens ? L’enfance perturbée devient la source d’énergie de la griotte qui prend la décision de chercher de l’aide. Il y a une dizaine d’années, une association a fait confiance à Saibo Sissoko en lui accordant un prêt remboursable de 10 millions. Elle a décidé de partir au Sénégal, à Karakina, pour développer ses activités d’orpaillage. Manque de chance, les Sénégalais les ont chassés sans ménagement du site. « A mon retour, j’ai décidé de voler de mes propres ailes chez moi. Je suis griotte mais je refuse de vivre au crochet des nobles. Je me suis donc engagée dans l’aventure de l’or en achetant une parcelle de 5 ha à Dabia », raconte-t-elle. Et toute sa vie changea. Sa parcelle est un don du ciel, un filon. La ruée des chercheurs d’or fera sa fortune. GORGÉE D’OR – En creusant un puits dans ma parcelle, je me suis rendu compte que la terre est gorgée d’or ». Après un long procès, la battante a consolidé sa propriété avec un titre foncier aux frais de 35 millions de Fcfa. « Je paye toutes les taxes en qualité d’exploitante minière. Elle a cherché des partenaires financiers (marchands d’or) et ensemble, nous avons pu encaisser des bénéfices. Mes chiffres d’affaires font plusieurs dizaines millions de Fcfa», explique-t-elle. Sur sa parcelle de 5 ha, la désormais patronne d’un site d’orpaillage dispose de pas moins de 13 équipes de 6 personnes. « Je suis femme. Donc, je ne peux pas résider sur place avec les orpailleurs. Avec les équipes, on a trouvé un consensus. Chaque mois, chaque équipe me verse 10 grammes d’or. Je ne cherche pas à savoir ce qu’elle gagne. Le plus important est de faire en sorte que tous les travailleurs trouvent leur compte ». « En 2016, une de mes équipes m’a fait une découverte de 7 kilogrammes d’or. Le gramme coûtait 10.000 Fcfa », raconte avec fierté l’exploitante qui précise qu’elle n’a reçu que 30 grammes sur les 7 kg d’or. La petite fortune de Saiba est profitable aux autres. Elle dit avoir réalisée trois forages au bénéfice des villages environnants. Elle a placé une partie de ses revenus dans l’immobilier. Aoua Sy, la patronne du restaurant qui fait dos à l’hôtel Falémé a pris le temps d’installer son empire, multiplie les activités. En plus du commerce, elle annexe le restaurant de l’hôtel de son grand frère. Aoua y injecta du capital et donne au restaurant « Falémé » ses lettres de noblesse. Depuis 2006, elle s’est installée en ce lieu stratégique pour vendre de la nourriture à une clientèle diverse: voyageurs affairistes, miniers, orpailleurs … « Je suis native de cette ville. J’ai abandonné l’école lorsque je passais ma 5 ème année à l’école fondamentale. Ma famille fait

Vie en zone aurifère : L’envers du décor 

Reportage : Ahmadou CISSE Bamako, 20 février (AMAP) Le soleil se lève sur la grosse bourgade de Kéniéba. Le vent frais du petit matin apporte les premières vagues de poussière de la journée. Les mines ne sont pas loin et la longue journée de travail commence bientôt. Ceux qui y sont employés savent que le retard n’est pas toléré. Comme à l’école des temps anciens, les chefs d’équipe font l’appel, avant de rappeler les objectifs de la journée. Avant le regroupement des miniers, les habitants du quartier de Lafiabougou et ceux du quartier I s’activent, après une courte nuit dans les mains de Morphée. Ils sortent un à un de leurs logements. On dirait que chaque habitant possède une moto. Les habits sont déjà couverts de poussière. Le travail est rude dans les mines. Si le salaire est attractif, il faut bien le mériter. Le temps passe vite. Il faut se hâter à avaler le petit déjeuner. Abdoul Aziz, moniteur d’engins lourds vient d’opter pour le pain à la mayonnaise, avec du café au lait. Dans le quartier, les uns cherchent de quoi réveiller l’estomac, les autres courent rejoindre leur poste de travail. Les bus et mini bus passent et repassent. Des hommes en tenue de chantier grimpent à chaque arrêt. « Mon car est arrivé, je dois y aller. Au revoir monsieur le journaliste » lâche Abdoul qui ferme derrière lui la porte coulissante du bus surmonté d’un gyrophare. Un morceau de tissus jaune flotte au bout d’une tige fixée sur le pare-choc avant du véhicule. Ce jeudi matin de janvier, il fait légèrement frais. Un vent de poussière continue à lessiver les visages. D’autres 4×4 activent les gyrophares. Avant 6 heures du matin, tous doivent être au poste. L’or n’attend pas. Les enjeux sont gros. Les sociétés minières mettent le paquet pour gagner le maximum. C’est la règle du jeu. Karamoko, lui, s’est dirigé tout droit chez un autre vendeur de café au lait. Comme tous les matins, il est au rendez-vous. Même heure, même menu. C’est son rituel. « On a pas le choix » lance le maintenancier avant de s’adresser au tenancier de la cafétéria du bord de la route. En peu de mots, il lance sa commande. Il honore quelques minutes, plus tard, sans ménagement, la miche de pain à la mayonnaise, avant de l’arroser d’un verre de café au lait bien chaud. La journée peut démarrer en toute sérénité avec un ventre en béton. Comme tous les camarades de sa génération, il possède une grosse moto de marque asiatique qu’il a achetée, quelques mois plutôt. Plus qu’un moyen de déplacement, la moto est un signe de réussite sociale et individuelle. Généralement, avec le revenu des premiers grammes d’or écoulés sur le marché noir, c’est la moto et le téléphone portable tactile qu’il faut acheter. Le reste peut bien attendre. Ceux à qui l’or a davantage souri vont jusqu’à l’Apache, une moto de tendance réputée robuste et « bling bling ». Son coût frôle le million. Le jeune homme enfourche sa bécane. Il grimpe l’engin d’un trait. Direction : la broussaille. Nous l’y avons accompagné pour comprendre les techniques d’exploitation des sites d’orpaillage traditionnel. Deux systèmes existent dans notre pays: le dragage fluvial et les puits. Le premier se pratique sur les cours d’eau et le second sur la terre ferme Karamoko est une célébrité locale étonnante. A chaque virage, son nom sonne dans la bouche d’un passant. Kara est en effet d’un commerce agréable. Philosophe, il aime répéter que la vie n’est rien. « An be gnogon bolo », cette phrase usée à l’ivresse dans le milieu juvénile est devenu son leitmotiv. La moto chinoise crache du feu. Kara la poussa à la lisière de ses capacités motrices. Derrières des buissons, se cache l’industrie locale d’extraction d’or. Les moyens sont rudimentaires certes mais leur efficacité ne souffre d’aucun doute. Rudimentaires ? C’est peut-être trop dire. En vérité, les sites orpaillage rivalisent d’ingéniosité pour aller plus vite et plus loin. Tout est pratiquement mécanisé. Ils utilisent des moteurs de type Mercedes pour remonter la boue qui sera traitée par une autre machine pour en extraire le métal jaune. COMME A LA LOTERIE – Karamoko est à la tête d’une petite équipe de jeunes prêts à tout donner pour extraire l’or des entrailles de la terre. Volontiers, il explique comment c’est fait. « Nous sommes très nombreux ici à venir d’ailleurs. Beaucoup d’entre nous sont venus depuis plus d’un mois. Il faut avoir deux éléments essentiels pour travailler: la machine de concassage et les produits chimiques. Certains possèdent des puits. Eux, ce sont les patrons. Ils font travailler des gens et ils sont payés au prorata des gains ». Interrogé sur ses gains, Kara se montre volontairement évasif. « Vous savez, dit-il, c’est Dieu qui donne. On peut gagner des centaines de grammes ou ne rien gagner du tout. C’est une question de chance ». En vérité, notre jeune orpailleur n’est pas à son coup d’essai. Depuis quelques années, il sillonne les sites sans jamais tomber sur un filon. Comme à la loterie, il creuse sans jamais pouvoir améliorer les conditions de vie de sa famille. Sa fiancée l’attend toujours dans son village. Les cérémonies du mariage n’attendent que l’or qu’il n’a pas encore trouvé. « Je continue à tout donner. C’est Dieu qui sait », confie Kara, fataliste. Sur l’utilisation des produits frappés de prohibition partielle (cyanure) ou cannabis (totale), il est également peu bavard. Pourtant, il est quasiment impossible de tirer profit de cette activité sans utiliser le cyanure pour extraire l’or de la boue et le cannabis pour motiver les jeunes à se surpasser. Le service des douanes installé sur la route, à Kita, s’est fait un nom dans la saisie de ces produits interdits. Le cannabis se transporte par paquets de 2 kg chacun. Sur le terrain, le paquet est décomposé en doses vendables à ces nouveaux accros. Quant au cyanure, les convoyeurs le met dans des sacs et bien cachés dans les soutes des bus. Selon un chimiste d’une mine croisé dans le célèbre restaurant d’un des deux hôtels