Coronavirus : La pandémie pousse à faire des provisions
Par Fatoumata Napho Bamako, 29 mars (AMAP) Les Maliens se sont bousculés aux portes des grands magasins de denrées alimentaires et des marchés de vente de condiments pour se constituer un stock dans la hantise d’un éventuel confinement.L’opinion publique malienne voir, à travers les médias, le confinement de millions de gens dans les pays durement affectés par le coronavirus, notamment l’Italie, la Chine, l’Espagne et la France. Même dans ces pays, où les gens ont le sens de l’organisation et de la planification, la difficulté à s’approvisionner en denrées alimentaires de première nécessité dans un contexte de coronavirus est une triste et navrante réalité. Quid du Mali qui a révélé ses premiers cas de Covid-19, la semaine dernière ? Le peuple malien ne boxe pas dans la même catégorie que les Européens et les Asiatiques, en termes d’organisation et de gestion des ressources financières. Le citoyen lambda ne nourrit plus l’illusion de voir les pays contenir la pandémie du coronavirus dans un proche avenir. A cet effet, il entend prendre les dispositions utiles pour se mettre à l’abri du besoin en cas de confinement de la population. Certains se préparent au pire. Ainsi, la semaine dernière, les consommateurs se bousculaient aux portillons des grands magasins de produits alimentaires et dans les marchés de vente de condiments. Après la confirmation des cas de coronavirus sur les antennes de nos confrères de l’ORTM 1, mercredi matin, les choses se sont accélérées dans l’après-midi. Les alimentations et autres supermarchés grouillaient de monde. Chacun voulait s’approvisionner avec l’idée de se mettre à l’abri, en cas de confinement ou d’une éventuelle flambée des prix de denrées alimentaires (parce que nos compatriotes sont coutumiers du fait, à la moindre crise, les prix prennent l’ascenseur par la faute des spéculateurs). Dans les magasins visités par notre équipe de reportage, les clients qui ne portaient pas de cache-nez pouvaient être comptés du bout des doigts. Ces moyens de protection individuels étaient divers et variés. D’autres clients portaient, en plus, des gants. Piétons, motocyclistes conducteurs de voitures s’étaient tous mis en mode prévention et lutte contre la pandémie du coronavirus. A «Niono placi» (place de Niono), il y avait une large gamme de produits alimentaires avec des céréales, poissons fumés, oignons, épices et pommes de terre. Ce marché pourvoit aussi en ustensiles de cuisine. Il était pris d’assaut par la clientèle qui voulait se constituer un stock pour d’éventuels jours difficiles. Des bagagistes fonctionnaient à plein régime. Ils chargeaient et déchargeaient les marchandises des clients. Mme Keita Aminata et son amie étaient venues prospecter le marché et s’approvisionner. Les deux femmes portaient, chacune de bavettes par peur du coronavirus. L’une d’entre elles expliquera être déjà venue dans le même marché, la semaine dernière. Elle est revenue pour renforcer son stock de condiments. Devant l’étal d’une vendeuse, elle acheta un sac d’oignons de 25 kg, un autre de pommes de terre, un sachet de l’ail et du tamarin. Son amie qui n’avait pas suffisamment d’argent, acheta un sac d’oignons, en indiquant qu’elle de revenir, dès le lendemain. Au marché «wonida», la foule était compacte. Même les piétons avaient de la peine à se frayer un chemin. Les véhicules et autres motocyclistes étaient pris dans un embouteillage monstre. Ce qui compliquait d’avantage l’accès à ce marché bien apprécié des ménagères du fait du prix des condiments. Les marchandes avaient occupé toutes les artères. «L’heure est grave, il faut tout prévoir parce qu’on ne sait jamais», confie Mme Maïga Coumba qui venait se garer. La bonne dame explique aussi avoir acheté un sac de pommes de terre et d’oignons mais aussi 5kg de viande dans un autre marché. Elle redoute une décision de confinement général et une flambée des prix. «Je suis venue m’approvisionner, parce que toutes les hypothèses sont désormais possibles», nous confie-t-elle. Au niveau du «rail-da», un homme avait sa moto chargée de deux gros sacs d’oignons. Un peu plus loin avant d’arriver au marché de Médine, une boutique d’articles divers était remplie de monde. Un jeune homme du nom de Cheick était occupé à lire un bout de papier qu’il tenait à la main. Sur cette liste de denrées à chercher on pouvait lire : huile, pommes de terre, oignons, poisson, viande, poulet, riz, sucre, lait, tomate céleri et persil. Il nous explique que ceux-ci sont des prévisions en cas de confinement. Dao est un client qui semble avoir les grands moyens. Il est habitué à faire des provisions au premier trimestre de l’année. «J’ai acheté du riz, du sucre et du lait. Et je donne annuellement l’argent de la popote à mon épouse», dira-t-il. Quant à Thierno Coulibaly, un autre client, il était venu chercher des céréales, notamment le riz. Il indiquera que son épouse s’est occupée des autres condiments. Benoit Diarra lui, prévoyait cette situation depuis longtemps. C’est pour cette raison qu’il avait fait ses provisions ainsi que celles de sa maman. Il a expliqué avoir pris le devant parce qu’il est convaincu que tôt ou tard, il y aura un confinement général de la population. Notre interlocuteur a assuré disposé déjà d’un stock pour au moins 45 jours de confinement. Le propriétaire d’une alimentation à Djélibougou se frotte les mains. Le commerçant détaillant reçoit un grand nombre de clients. Malgré la circulation alternée, les usagers avaient du mal à trouver un passage dans les environs de ce magasin bien connu des populations de la Commune I. FN/MD (AMAP)
Point de courses en direct : Des parieurs scotchés malgré la suspension des courses hippiques françaises
Par Oumar DIAKITE Bamako, 27 mars (AMAP) Le Pari mutuel urbain (PMU-Mali) a basculé des courses françaises aux sud-africaines et anglaises. En raison de la pandémie du Covid-19 ou coronavirus, les courses de chevaux sont suspendues en France, depuis le mardi 17 mars jusqu’au 15 avril 2020. Certes, l’affluence des turfistes s’est réduite dans les Points de courses en direct (PCD), mais des indécrottables sont-là. La Direction générale du (PMU-Mali) a, à cet effet, fait de telle sorte que les joueurs puissent continuer à prendre leurs paris, tous les jours, dans les PCD sur les courses sud-africaines et anglaises. Alors que les courses françaises attiraient davantage les parieurs dans les points de courses en direct à Bamako, les premières courses, après ce transfert, ont eu lieu, jeudi 19 mars 2020, dans les PCD du Mali. Ce jour, vers 9 heures 50mn, notre équipe de reportage est arrivée au PCD, au Dibidani. La grande salle des jeux est presque vide. Les cinq personnes, quatre hommes et une dame, tiennent chacun un programme des courses de la journée. « Il n’y a pas de courses aujourd’hui ? », nous nous adressons à eux. « Evidemment ! Les courses se disputent. Le départ de la première course est prévu à 10heures 25mn », réplique la bonne dame, sans lever la tête, très concentrée sur son programme de courses et en pleines discussions avec un homme assis à côté d’elle. Tout à coup, un monsieur faisant des va-et-vient nous indique les programmes. « Voilà les programmes déposés sur la table, vous pouvez vous servir », dit-il, en désignant du doigt les piles de documents. Au mur, sont fixés deux écrans de télévision, sur lesquels passe la retransmission de la préparation des chevaux de course. Après des indications, nous nous dirigeons vers le bureau du chef de l’agence du point de courses en direct. Nous toquons à la porte. Sans réponse. La porte d’un autre bureau. C’est celle de la salle VIP, climatisée et réservée aux parieurs de première classe. Trois personnes s’y trouvent. La dame qui gère les ventes de tickets et le paiement des gains, un homme et une autre dame. Nous avons décliné notre identité à la guichetière assise dans un coin aménagé. Elle nous fait savoir que le chef d’agence viendra un peu tard. De leurs côtés, les deux autres turfistes se montrent discrets. « Nous ne nous exprimons pas sur les courses. On a rien à vous dire sur la suspension des courses françaises », nous lancent-ils sur un ton de dédain. Pour sa part, la guichetière choisit, aussi, le silence radio, notamment sur l’absence d’affluence dans la salle de courses en direct. Quelques turfistes font leur arrivée à notre sortie de cette agence. Nous coïncidons avec la première course de la journée, au PCD du siège du Pari mutuel urbain du Mali. Il y a de l’ambiance ici. Du brouhaha. Plus d’une cinquantaine de mordus de courses en direct sont dans la salle. Vieux, hommes et femmes tentent leur chance. Si certains parieurs se tiennent debout, d’autres ont pris place sur les bancs et quelques-uns se faufilent entre les allées. Au même moment, il y a des joueurs devant les guichets. Sur cinq tableaux, les écrans plats fixés au mur pour la projection des courses en direct, deux sont fonctionnels. Un bandeau, en rouge, affiche le message de la Direction générale du PMU-Mali : « Nous sommes désolés de vous informer que, suite à l’épidémie de Coronavirus, les courses françaises ont été suspendues jusqu’à ce que la situation s’améliore. Nous espérons vous retrouver très vite ! ». Des groupes, suivant leurs affinités, animent la salle en se taquinant. « On vous a dit que les courses en direct sont fermées non ? », s’adresse un jeune, dans la trentaine, à homme, en tendant de lui arracher le programme. La réplique de l’autre ne se fait attendre : « Comment peut-on fermer les points de courses en direct alors que notre survie en dépend ? ». Un peu plus loin, deux vieillards aux cheveux blancs, plaisantent. « Hé dogo ! », dit le premier au second, avec l’intention de tirer son boubou. Et au dernier de s’exclamer : « Qui est ton dogo ! Tu as une fuite de mémoire, je pense». ABSENCE D’INFORMATIONS –Soudain, c’est le grand silence. Tous les regards se dirigent sur les deux écrans émetteurs de la course en direct. C’est le démarrage de la course. Suspense, qui traduit, probablement, la nouveauté avec les courses sud-africaines et anglaises. Les numéros gagnants de cette première course de la journée à Turffontein, Afrique du Sud, sont en ordre d’arrivée : 10-7-8. Ce qui fait gagner 363 000 Fcfa. Visiblement, il n’y a pas beaucoup de gagnants dans la salle. Ça bourdonne par-ci, par-là. « J’ai gagné au placé numéro 10, je n’ai eu que 1000 Fcfa alors que j’ai misé 1200 Fcfa », confie un parieur, à la mine moins serrée que d’autres dans la salle. Il ajoute qu’il a eu peur de jouer sinon qu’il allait gagner plus d’argent. Un autre joueur se lamente au fond de la salle. « Le problème est qu’on ne maîtrise pas les courses sud-africaines. C’est ma première fois de jouer à ces courses. Je suis contraint de tenter ma chance », argue-t-il. Malgré le reproche de la non maitrise des méthodes de calcul des courses non françaises qui est évoqué par tous, rien ne prouvait que ces parieurs videraient la salle. Mieux, elle se remplissait au fur et à mesure. « Les commentaires dans le programme des courses en Afrique du Sud ne contiennent pas d’informations auxquelles on peut se fier pour faire les calculs. Très généralement, aussi, ce sont de jeunes chevaux qui courent dans ce pays, contrairement en France. Moi je ne joue pas jusqu’à la reprise des courses françaises », dit un parieur. La Direction générale du PMU-Mali estime que c’est trop tôt pour s’exprimer sur la rentabilité des courses hippiques sud-africaines et anglaises. « C’est aujourd’hui (Ndlr, jeudi) que se tiennent les premières courses hippiques dans les PCD, après la suspension de celles de France. C’est peut être après un temps qu’on pourra être édifié », dit la responsable médias à la Direction générale du
Produits de première nécessité : Le niveau des stocks rassure
Par Aminata Dindi SISSOKO & Lassana NASSOKO Bamako, 24 mars (AMAP) Le coronavirus a ébranlé les habitudes sociales, culturelles, cultuelles, économiques, etc. Cela, à cause des mesures prises par les Etats pour faire face à ce «mal». Afin de limiter la propagation du virus, certains pays ont suspendu les vols internationaux. D’autres, comme la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, deux pays limitrophes du Mali, ont annoncé la fermeture des frontières terrestre, maritime et fluviale. Ces décisions pourraient avoir des effets négatifs sur la chaine d’approvisionnement de notre pays en produits manufacturés. Surtout que l’essentiel des produits que consomment les Maliens sont importés et passent par les corridors ivoirien et sénégalais. Des pays déjà infectés par le Covid-19. Le marché bamakois est-il suffisamment ravitaillé en denrées de première nécessité pour faire face aux mesures de restrictions consécutives au coronavirus ? Comment faire pour assurer l’approvisionnement régulier du pays en produits de première nécessité ? Sont, entre autres, questions qui taraudent l’esprit de nos concitoyens. Pour rassurer les uns et les autres, le ministre de l’Industrie et du Commerce, a rendu public un communiqué, le 19 mars dernier, qui indique : «A la date d’aujourd’hui, les stocks des denrées de consommation courante disponibles sur le marché sont supérieurs aux seuils d’alerte et les prix à la consommation n’ont pas été touchés par les effets de la crise sanitaire». Le communiqué ajoute que des mesures sont en cours pour garantir un approvisionnement régulier du pays en produits de première nécessité, notamment en prélude au mois de ramadan et de la période de soudure. Pour le directeur général adjoint du commerce, de la consommation et de la concurrence, Monzon Koné, il n’y a pas à s’inquiéter. «Les stocks de denrées de consommation courante disponibles sur le marché sont supérieurs aux seuils d’alerte», réaffirme M. Koné, tout en précisant que le stock disponible est reparti comme suit : 43.874 tonnes de riz pour un mois, 100.000 tonnes de sucre pour environ quatre mois, 4.000 tonnes de lait pour environ deux mois, 11.402 tonnes de farine pour trois mois, 6.679 tonnes d’huile alimentaire pour un mois. «Ce sont là des stocks disponibles chez les grossistes, les industriels et sous douane. Il y a aussi des stocks d’intervention de l’Etat, de sécurité et ceux de la CEDEAO», ajoute Monzon Koné. ACCOMPAGNEMENT DU GOUVERNEMENT – Interrogé, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, Youssouf Bathily, confirme que les commerçants n’ont pas encore commencé à réellement sentir les effets de cette crise sanitaire. Car, il a été demandé aux importateurs d’éviter les pays touchés par le virus et de choisir d’autres destinations. Cependant, Youssouf Bathily reconnaît que la fermeture des ports de Dakar, Abidjan, Guinée, Ghana, Cotonou, Lomé et Nouakchott pourrait poser des problèmes aux commerçants maliens. C’est pourquoi il sollicite l’accompagnement du gouvernement en cette période difficile. Au niveau des marchés, l’on se veut également rassurant. Un tour au marché Dabanani, l’un des points d’approvisionnement des commerçants et des ménages, suffit pour s’en convaincre. En plein cœur de ce haut lieu des échanges situé au quartier Bozola, en Commune II, une camionnette remplie de sacs de sucre est garée devant une boutique. Des jeunes sont en train de la décharger. Mamadou Diarra, commerçant, supervise les travaux. «Avancez tout droit. Ne vous précipitez pas. Suivez-moi », crie-t-il, guidant les porte-faix vers un couloir qui donne sur un magasin. Pensez-vous que le marché soit suffisamment approvisionné pour couvrir les besoins dans ce contexte de coronavirus et durant le ramadan ? Mamadou dit ne pas être en mesure de donner une réponse claire à cette question. Il est, par contre, sûr d’une chose. «Pour le moment, il n’ya aucune pénurie. Les prix des marchandises demeurent inchangés auprès des fournisseurs malgré le contexte», rassure le négociant. « On ne nous a pas dit si dans les jours ou mois à venir, ce ne sera plus le cas. Espérons que ça reste comme tel», ajoute-t-il. A quelques encablures de là se trouve une boutique de lait et de sucre. Karim Tangara en est le gérant. Il faisait ses ablutions au moment de notre arrivée. Chapelet au cou, Karim se prête à nos questions après avoir fini ses ablutions. Son visage souriant se mue en un regard inquiet lorsqu’il entend le mot coronavirus. Il répond : «aucun manque n’est à déplorer ici. Même hier, on a déchargé ici quatre tonnes de sucre. Jusqu’au mois de ramadan, je ne manquerai de rien». Par ailleurs, le jeune homme dit avoir constaté que les prix ont commencé à grimper. Il en veut pour preuve, le prix du sac de lait qui a augmenté d’au moins 2.500 Fcfa, il y a environ deux semaines de cela. « Peut-être que c’est une simple coïncidence et que cela n’a rien à voir avec le coronavirus », nuance Karim Tangara. Qui se dit tout de même inquiet, «même si les autorités assurent qu’aucun danger ne se profile à l’horizon et que le marché a de quoi satisfaire les demandes de la population». SOLIDARITE – Plus loin, trois hommes sont en grande discussion sur un banc. A côté, une théière posée sur un fourneau rempli de braises répand une odeur agréable. Madou Coulibaly est l’un d’eux. D’un ton railleur, il n’hésite pas à dénoncer ce qu’il appelle la course à l’accumulation des stocks à laquelle s’adonnent certains commerçants du marché Dabanani. « Ils (les spéculateurs) pensent que bientôt il y aura un manque des produits. Ils achètent tout : sucre, lait, farine. En grande quantité», confie-t-il. A l’en croire, cette stratégie commerciale est utilisée, en prévision d’une situation de pénurie en denrées de première nécessité. Madou Coulibaly redoute une telle éventualité. Pour lui, les commerçants n’hésiteront pas à augmenter les prix des marchandises qu’ils ont obtenues auparavant à des prix bas. « Nous n’allons pas nous livrer à ce jeu. Entre Maliens, on doit être solidaires. Surtout dans les moments difficiles», conseille Madou. Contacté, l’ancien directeur général du commerce à la retraite, Modibo Keïta, affirme que ces mesures prises vont perturber la chaîne d’approvisionnement. Il faudra,
Covid-19 : Difficile respect des mesures de prévention
Par Bembablin DOUMBIA Bamako, 24 mars (AMAP) Dans les transports en commun, dans les marchés, lieux de mariages, baptêmes et funérailles, nos concitoyens ignorent superbement les gestes barrières et autres mesures de prévention prises par les autorités. «Le Coronavirus ? C’est un projet des blancs», réplique un apprenti à un syndicaliste qui lui disait de ne pas le toucher. Comme cet apprenti, ici au «Rail-da», en plein centre-ville du district de Bamako, ils sont nombreux dans le monde des transports en commun à ne pas encore prendre la mesure du danger que représente le Covid-19. Tous, ou presque, font fi des mesures préventives prises par les autorités. Notre équipe de reportage embarque dans un minibus de transport en commun, Sotrama, à l’arrêt dit «Place kôrô» pour le «Rail-Da». En cet après-midi de vendredi, difficile pour un automobiliste de se frayer un chemin. Entre ces deux arrêts, nous avons banalement fait vingt minutes. Une vingtaine de minutes de calvaire pour les passagers entassés les uns sur les autres dans le véhicule. Certains transpirent à grosses gouttes. L’apprenti, qui se préoccupe visiblement peu des consignes édictées par les autorités, continue d’appeler d’autres clients. «Mais le Sotrama est plein non ? », demande-t-on. «Oui, mais certains vont tout de suite descendre», répond le jeune garçon. Tout au long du trajet, les passagers ont débattu de toutes sortes de sujets sauf du coronavirus. Chose curieuse ! Arrivée à destination, c’est la bousculade. Tout le monde est pressé de descendre. Les uns se frottent aux autres, tout en ignorant superbement les mesures barrières. Il faut reconnaitre qu’aucune mesure n’a été prise par les acteurs des transports en commun pour éviter la propagation du coronavirus s’il venait à entrer dans notre pays. Mamadou Koné, chauffeur d’un Sotrama le confirme. «Je n’ai rien pris comme mesures pour éviter la contagion des passagers», dit-il. PAIN QUOTIDIEN – Mamoutou Bagayoko, un autre chauffeur de Sotrama, attend son tour pour embarquer des passagers, à l’arrêt dit «Centre Dioliba», non loin de «Mali-Mag», au centre commercial. Le jeune conducteur se soucie plus de son pain quotidien que du coronavirus. «Ce virus a apporté d’autres difficultés», lâche-t-il, une cigarette en main. «Nous, les chauffeurs, vivons au jour le jour. Et dans ces conditions, c’est difficile pour nous de respecter des mesures des autorités contre le coronavirus», argumente notre interlocuteur tout en secouant la tête, avant d’enchaîner sa deuxième mèche de cigarette. Le chauffeur de Sotrama reconnait tout de même que les décisions des autorités sont utiles pour préserver la santé de la population. Seydou Keïta, membre du syndicat de transport urbain de la rive gauche, indique que son organisation n’a pas encore évoqué le sujet. En effet, ils attendent que les autorités leur donnent par exemple des masques, savons liquides et gel hydro alcoolique pour qu’ils puissent les mettre à la disposition des chauffeurs, apprentis et clients passagers. Tel n’est pas le cas encore. Autre secteur, autre réalité. Au grand marché de Bamako, certains commerçants ont pris des précautions, minimes soient-elles. Il s’agit de l’installation de kits de lavage de mains au savon et du gel hydro alcoolique. « Rien ne vaut la santé», nous dit Badian Sidibé, un vendeur de prêt-à-porter pour enfants. Ce boutiquier qui utilise, permanemment, ce produit hygiénique, pense que cette situation va beaucoup jouer sur leurs activités «déjà au ralenti». Badian Sidibé envisage quand même de prendre des mesures pour éviter que les clients s’entassent dans son magasin. PATROUILLE – A quelques pas de là, se trouve la boutique de Ladji Sacko. Il est vendeur des bicyclettes. Dans son magasin, il y a le gel hydro alcoolique que tout visiteur peut utiliser. A notre passage, Ladji discutait avec l’un de ses collaborateurs pour avoir le cache-nez de bonne qualité. Notre interlocuteur apprécie la suspension des vols commerciaux pour éviter que le coronavirus entre dans notre pays. Mieux, il invite les décideurs à prendre aussi des mesures pour prémunir le grand marché où circule un flot de personnes de diverses nationalités. Si l’interdiction du regroupement de plus de 50 personnes est difficile à faire respecter dans nos marchés, il en est de même pour les gestes barrières lors des cérémonies de mariage, baptême et funérailles. Le dimanche dernier, les mariages ont été fêtés à Bamako, en toute méconnaissance des mesures de prévention contre le Codiv-19. Certains bars et boites de nuit continuent aussi d’accueillir les clients, malgré l’interdiction. Face à l’incivisme, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile a fait un communiqué dans lequel il dit avoir constaté avec regret le non-respect des mesures de prévention issues du Conseil supérieur de la défense nationale dans le cadre de la lutte contre le Coronavirus, une pandémie mondiale. «Malgré les mises en garde des autorités, au travers de multiples communications, certains citoyens persistent à organiser des rassemblements à l’occasion de mariages, de baptêmes et autres cérémonies fastueuses. Face à ces comportements que rien justifie, le Ministre informe l’opinion que des mesures drastiques sont d’ores et déjà prises pour contraindre les contrevenants à se conformer aux prescriptions en vigueur», précise le communiqué, ajoutant que toute personne prise en violation flagrante des mesures imposées, répondra de ses actes devant la justice. Le directeur régional de la Police nationale à Bamako a constitué deux équipes de patrouille pour appliquer les mesures prises par le gouvernement concernant la fermeture des boîtes de nuit, des bars, des dancings et tous autres lieux de rassemblement de plus de 50 personnes. Ces deux équipes, composées de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale, sillonnent, depuis dimanche soir, Bamako et environs. Conformément aux instructions du ministre en charge de la Sécurité, elles doivent mettre en avant la sensibilisation avant de passer à la sanction. BD/MD (AMAP)
Mesures contre le coronavirus : C’est la déprime chez les acteurs culturels
Par Amadou SOW Bamako, 19 mars (AMAP) Dans le milieu des acteurs culturels maliens, l’heure est à la déprime après les mesures prises par le gouvernement contre la pandémie du Covid-19. Parmi ces mesures, qui contrarient les artistes et autres opérateurs culturels, figurent l’interdiction des événements culturels et toute activité populaire à caractère festif comme les concerts, les festivals, les émissions grand public pour les chaines de télévision. Les acteurs culturels réclament au gouvernement des mesures d’accompagnement pour leur permettre d’éviter la faillite. La question était au centre d’une rencontre organisée, lundi dernier, par la Fédération nationale des artistes du Mali (FEDAMA). Les artistes se plaignent du fait que plus d’une trentaine d’événements étaient programmés comme le Festival international «Les Nuits du Wassulu», mais qui ont été annulés à cause de cette situation. Abdoul Berthé, le promoteur du festival international «Les Nuits du Wassulu» a du mal à encaisser le coup. «Nous avons été obligés de reverser l’argent que nous avions reçu des partenaires car notre festival est tout simplement annulé. Après cette période, c’est la campagne pré hivernage qui se prépare, ce qui nous oblige à annuler l’activité car elle est organisée dans une zone agricole», explique-t-il, ajoutant que sa structure a mis environ 16 millions de Fcfa dans la campagne de communication et autres activités préparatoires. Le directeur du Festival de Sélingué (un des plus grands festivals au Mali), se trouve dans la même situation. Salif Telly estime que les pertes sont énormes pour sa boîte. «Nous avons travaillé pendant toute une année pour mettre en place notre activité. C’est un coup dur aussi bien pour les organisateurs que pour les artistes. C’est difficile, pour le moment, d’évaluer les pertes car plusieurs millions sont déjà investis pour l’organisation», dit-il. Après l’annulation de l’activité, la direction du Festival de Sélingué doit faire face maintenant au problème de gestion des contrats avec les prestataires. Parmi les événements culturels frappés par les mesures gouvernementales, on peut citer aussi le Festival « Holà Bamako », le Festival « Ecrans d’Afrique », le concert géant de Salif Keita, le Festival « Vivre ensemble à Tombouctou », le Festival « Hippo ». Sans compter les programmations nationales et internationales de Blonba. Pour Aly Castro, organisateur du Festival « Holà Bamako », plus de 4 millions de Fcfa ont été déjà dépensés dans les affiches et les préparatifs. L’Institut français du Mali a également annulé plusieurs activités programmées. On retrouve l’information sur le site officiel et la page Facebook de l’Institut. Parmi ces activités, on peut retenir le Festival international de Slam et humour, le Festival FISH, le concert de Amadou Bagayoko et Mariam Doumbia. L’Institut français du Mali envisage de rembourser ceux qui avaient déjà payé leur réservation. Le président de la FEDAMA, Alioune Ifra N’Diaye, pense qu’il faut créer un fonds d’urgence pour venir en aide aux acteurs culturels pris au piège du coronavirus. Selon lui, les artistes et les opérateurs culturels ont connu le même sort en 2013 avec l’état d’urgence. «Ils ont perdu énormément d’argent et des contrats qui ont été résiliés avec les partenaires potentiels », rappelle-t-il, ajoutant qu’après la diffusion de la lettre circulaire du ministère de la Culture par rapport au report et à la suspension des activités culturelles et artistiques, la FEDAMA a saisi les artistes pour évaluer les pertes et proposer au gouvernement un plan de remboursement pour permettre au monde de la culture de survivre à la pandémie du coronavirus. Dès la semaine prochaine, la FEDAMA compte adresser une correspondance au gouvernement pour demander de mettre en place un fonds d’urgence pour le remboursement des activités, dont le montant est estimé à environ 1,230 milliard de Fcfa. «Cette somme va permettre à la FEDAMA de rembourser les artistes et les organisateurs des événements culturels», annonce Alioune Ifra N’Diaye. Lundi dernier, aux environs de 20 heures, notre équipe de reportage a fait le tour de certaines structures qui accueillent les événements culturels. Au palais de la Culture Amadou Hampâté Ba, c’était le calme plat. Le directeur Abdoulaye Diombana estime que le gouvernement a bien fait de prendre des mesures préventives contre le coronavirus. «Depuis l’annonce de la décision, nous avons annulé ou suspendu plusieurs de nos activités, notamment les prestations de l’Ensemble instrumental national qui avait trois programmations pendant ce mois de mars. C’est une perte énorme en termes de budget, mais une avancée importante dans la prévention contre le Covid-19», soutient-il. Mme Coulibaly Fadima, directrice de la Pyramide du souvenir, confirme que toutes les activités programmées au niveau de sa structure ont également été annulées suite à la lettre circulaire du ministère de la Culture. Cependant, malgré l’interdiction, certains opérateurs ont maintenu leurs activités. C’est le cas du Festival international Didadi de Bougouni. Pour les organisateurs, il était trop tard pour faire machine arrière. Ils disent avoir, tout de même, respecté les consignes données par les services sanitaires. AS/MD (AMAP)
Covid19 : Les grands hôpitaux en alerte
Bamako, 19 mars (AMAP) Depuis l’annonce des premiers cas de coronavirus en Chine, en décembre dernier, le Mali a mis en branle le dispositif de prévention et de lutte contre cette pandémie. Des centres de confinement et de prise en charge ont été installés dans les grands hôpitaux de Bamako (Point G, Gabriel Touré et Hôpital du Mali) pour, éventuellement, faire face à la situation. Notre équipe de reportage a fait le tour de ces établissements hospitaliers pour apprécier. Il était environ 11 heures lorsque nos reporters ont franchi l’entrée de l’hôpital du Point G. Au niveau de cet établissement, situé sur les hauteurs de Bamako, une équipe en faction procède au contrôle. Deux dames munies de thermomètre prennent la température de tous les usagers et appliquent sur leurs mains une solution hydro alcoolisée (gel) pour minimiser les risques de contamination. Le même dispositif est mis en place au niveau du bureau des entrées de l’établissement par où accèdent les visiteurs. Au niveau de chaque département, une personne est postée pour faire le même travail. Les personnes, qui affichent une température supérieure à la norme, c’est-à-dire 38 degrés voire plus, feront l’objet d’une investigation plus poussée. Pr Sounkalo Dao, coordinateur du centre de prise en charge des maladies à potentiel épidémique, explique que son établissement dispose d’une unité de tri, héritée de la gestion d’Ebola, un autre virus mortel auquel le Mali a eu à faire, il y a quelques années. Dans l’enceinte de l’hôpital, on trouve le centre de prise en charge des maladies à potentiel épidémique qui a été créé, urgemment, pour assurer la prise en charge d’éventuels cas de Coronavirus. Il a une capacité d’accueil de 7 lits, y compris un lit pour les cas graves. Une salle de réanimation aussi a été prévue. Le coordinateur explique que ces mesures représentent le plan A. Un plan B a été aussi élaboré et sera mis en œuvre en cas d’un éventuel débordement de la capacité d’accueil. Il conseille à tous, dès l’apparition des symptômes de toux sèche, céphalées, maux de tête, éternuement, avec ou sans difficulté respiratoire, de rester sur place et porter un masque. Le médecin recommande surtout d’appeler le numéro vert 36 0 61 pour recevoir des instructions des spécialistes. «Ne vous levez pas pour prendre un transport en commun ou pour vous rendre dans une officine pharmaceutique. Mais restez sur place pour suivre les instructions édictées par le médecin. Parce que tout déplacement expose toute la population avec laquelle vous entrez en contact», conseille-t-il. A l’hôpital Gabriel Touré, les mêmes mesures de prévention sont observées. Des agents de santé en blouse, bonnet vissé sur la tête et bavette au nez, veillent au grain. Ils soumettent tous les usagers à une surveillance de la fièvre. Le Pr Timbo Samba Karim, point focal de la lutte le coronavirus, rappelle que la pandémie nous a pratiquement encerclés de part sa propagation fulgurante. Il a fait savoir qu’on a l’expérience de la lutte contre Ebola au Mali qu’il faut capitaliser. Il évoque aussi des mesures prises par l’établissement, en termes de formation du personnel, de sensibilisation des malades et autres usagers pour éviter de transporter des germes et d’installation des kits de lavage des mains avec du savon ou de distributeurs de solutions hydro-alcooliques. Par ailleurs, Pr Timbo Samba Karim a dit que l’hôpital dispose d’une salle d’isolement où on procédera aux prélèvements de cas suspects. Ces prélèvements seront acheminés dans les laboratoires de diagnostic. Mais en attendant, le cas suspect bénéficiera de la continuité des soins. Si le résultat est négatif, il quitte la zone d’isolement pour l’unité de soins qui doit l’accueillir. Mais s’il est positif, il sera pris en charge par le centre de soins du Coronavirus. A l’hôpital du Mali, le même dispositif de prévention fonctionne. Dr Garan Dabo, infectiologue, explique l’utilité du dispositif. Dans l’enceinte de l‘établissement se trouvent deux grandes tentes pour recevoir les cas suspects et les confiner en attendant de poser le diagnostic. Le cas suspect est admis dans l’unité de tri où un médecin derrière une cabine vitrée procède à son interrogatoire. Si la personne répond à la définition des cas suspects, elle passera donc dans la deuxième tente de 4 lits avec une distance règlementaire de 4 m où elle sera prélevée. Le prélèvement est envoyé au laboratoire et la durée du rendu des résultats est de 6 heures. En plus, l’hôpital dispose d’un centre de prise en charge d’une capacité d’accueil de 10 lits, y compris 4 pour les cas sévères et 2 salles pour la réanimation. Le chef du service social de l’Hôpital du Mali, Seydou Moussa Traoré, se présente devant les visiteurs pour les sensibiliser. Il plaide pour le respect strict des consignes données à la porte et à l’intérieur de l’établissement. FN/MD (AMAP)
Pandémie de coronavirus : L’inquiétude monte chez les commerçants maliens
Reportage de Lassana NASSOKO Bamako, 18 mars (AMAP) Jusque-là, le Mali n’a enregistré aucun cas de coronavirus, mais plus les jours passent, plus l’inquiétude monte chez les commerçants. Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour au marché Dabanani où, nombre de vendeurs craignent l’épuisement de leurs stocks, alors qu’ils ne peuvent pas se rendre en Chine, en ce moment, à cause du Covid-19. Ici, les négociants que notre équipe de reportage a rencontrés, lundi, sont unanimes : la pandémie du coronavirus commence à se faire sentir dans le monde des affaires. Aujourd’hui, une question est sur toutes les lèvres au marché Dabanani : que se passera-t-il, dans deux ou trois mois, si cette maladie pandémique n’est pas maîtrisée ? Pour l’heure, comme d’habitude, au centre commercial de Bamako, on constate l’affluence. Des clients massés devant des articles dans des charrettes ou devant des magasins. Partout, les mouvements incessants des commerçants ambulants qui vantent la qualité de leurs marchandises. Devant une boutique de téléphones, des jeunes discutent. Boubacar dit ‘Chinois’ est l’un d’eux. Ce jeune homme, la trentaine révolue, a fait plusieurs fois le voyage en Chine, bien avant l’apparition et la propagation fulgurante du coronavirus. Lui et trois camarades ne cachent pas leur inquiétude. Depuis janvier, ils sont sans nouvelle de la cargaison de batteries qu’ils ont commandée. La raison ? La pandémie du Covid-19 a paralysé le fonctionnement des usines de fabrication. Les mesures de confinement des populations, prises par les autorités chinoises, ont plombé la production industrielle. «Nous savons que les activités ont maintenant repris timidement en Chine, mais la demande dépasse largement l’offre», explique ‘Chinois’. PRIERES – Assis sur une chaise haute, Diagouraga, vêtu d’une chemise wax, vend des panneaux solaires et des ventilateurs. Que pense-t-il du Covid-19 ? Le quadragénaire commence d’abord par des prières. «Quelle maladie destructrice qu’est le coronavirus !», s’exclame-t-il, la mine et la voix exprimant son inquiétude. Son souci est qu’il ne parvient plus à se procurer des ventilateurs de type TMC qu’il importait de Chine et d’autres pays asiatiques. «Regardez dans ma boutique, il n’y a plus cette marque depuis un mois. Et c’est introuvable sur le marché. Pour la majorité des clients, c’est la meilleure qualité en période de chaleur», se lamente le commerçant. A quelques mètres de là, une autre boutique. Là, on ne vend que des motos Djakarta. Des caisses contenant des motos en pièces détachées sont superposées les unes sur les autres dans le magasin. Derrière un comptoir, un homme au regard vif. Sous couvert de l’anonymat, il se dit être tout simplement anxieux. « Comment ne pas l’être si vous peinez à faire des commandes ? », s’interroge-t-il. A côté de lui, un autre commerçant ne semble pas s’intéresser à la conversation, absorbé par ses comptes. L’homme plonge le nez dans un registre qu’il n’arrête pas de feuilleter. Plus loin, deux jeunes proposent des marchandises exposées sur des charrettes. Ce sont des vendeurs de chaussures. Ils redoutent aussi la diminution des stocks. A les entendre, ils n’ont plus de nouveautés à offrir ou à montrer aux clients. Ils ont remarqué que depuis plus d’un mois, leurs fournisseurs chinois ne viennent plus au marché. Du coup, ils assistent, impuissants, à l’épuisement progressif de leurs stocks. Là où le bât blesse, c’est que les deux vendeurs constatent que les prix de certaines chaussures augmentent, légèrement, auprès de certains fournisseurs locaux qui ont en leur possession une grande quantité mais préfèrent tirer profit de la situation de pénurie qui se dessine, actuellement, sur le marché. LN/MD (AMAP)
Diéma : On joue au football dans la poussière
Par Ouka Ba Diéma, 12 mars (AMAP) Le cas n’est pas propre à Diéma seulement, partout les terrains de football sont envahis par la poussière lors des matchs, des entraînements, des séances de gymnastique et autres activités sportives. La poussière soulevée par les joueurs flotte dans l’air, réduisant souvent la visibilité. Une bonne partie de cette poussière est aspirée par les joueurs et même les spectateurs. Dans le cercle de Diéma, il existe, partout, des terrains de football aux dimensions variées. A part, le stade de la ville de Diéma où la terre est plate, damée, tout le reste des terrains de football dégagent de la poussière, à telle enseigne qu’il est, parfois, difficile de suivre correctement les joueurs. Même les élèves qui y font souvent des séances de gymnastique, trouvent leur compte en poussière. Seydina explique que celui qui court derrière le ballon, ne sent pas la poussière. C’est la personne qui est à l’extérieur du terrain qui peut voir les nuages de poussière et se couvrir le nez avec un mouchoir. Selon ce père de famille, au lieu de se maintenir en bonne santé, les enfants courent le risque d’attraper des maladies respiratoires, en s’exposant quotidiennement aux couches de poussière. Sébé, du haut de ces quarante ans, pense qu’il faut sensibiliser les enfants pour l’abandon de cette pratique qu’il qualifie de non hygiénique, pour ne pas accabler leurs parents avec des ordonnances. Ousmane pose un seul préalable. « Avant de commencer à jouer ou à s’entraîner, dit-il, il faut arroser le terrain avec de l’eau ». Harouna, lui, s’oppose à cette idée qu’il trouve extravagante. Il soutient qu’il est difficile d’avoir la quantité d’eau nécessaire pour arroser un terrain de football, surtout avec la rareté du précieux liquide, en cette période de canicule. Un passager bloqué à cause de la panne du bus qu’il avait emprunté, ajoute son grain de sel. L’homme raconte que le phénomène existe même dans les grandes villes. « A Kayes, poursuit-il, je quittais mon logement à Légal Ségou pour me rendre au marché de légumes. Sur mon chemin, deux équipes étaient en compétition. On distinguait à peine les joueurs, tant ils étaient enveloppés par la poussière ». Saïbou, pense différemment. D’après lui, il suffit de boire régulièrement du lait frais pour enlever tous les résidus de poussière qui s’accumulent dans les poumons. En la matière, Issiaka l’infirmier, affirme qu’à défaut d’arroser le terrain avec de l’eau, il faut mettre de l’huile goménolée dans les narines pour empêcher les microbes de s’infiltrer et attraper des maladies respiratoires et autres pathologies. OB/MD (AMAP)
Poisson fumé ou séché : La sécurité sanitaire sujette à caution
Par Anne-Marie KEITA Bamako, 12 mars (AMAP) Les conditions de transformation et de conservation du poisson fumé ou séché laissent à désirer. L’hygiène est le cadet des soucis de nombre des acteurs de la filière. Pour ne rien arranger, il y a aussi l’utilisation de produits chimiques non homologués.Un tour sur les différents marchés de Bamako a permis de constater les conditions de vente de ce produit alimentaire tant sollicité par nos ménagères. Au Grand marché de condiments de Bamako, le poisson fumé et séché est exposé dans les cartons et à même le sol pour attirer la clientèle. Un peu partout, dans ce marché, les vendeurs installés en rangs dispersés vous propose un produit dont eux-mêmes ne maîtrisent pas la qualité. On note, rapidement, les mauvaises conditions de conservation et de vente du produit. Interrogé sur la conservation, Adama Diallo explique que sa marchandise provient de Mopti, mais, ignore pratiquement les conditions de transport. A ses dires, le poisson fumé arrive déjà infesté d’insectes et dans un état perceptible de dégradation. « Pour ne pas perdre notre bénéfice, nous le vendons tel quel », affirme-t-il. Non loin de ce vendeur, se trouve installé une dame. Elle s’appelle Alima Koné, également vendeuse de poisson fumé. On remarque, à vue d’œil, l’état poussiéreux de son produit avec les larves d’insectes. Fataliste, elle affirme ne rien maîtriser de la transformation et de la conservation du poison fumé et estime que la poussière et les infestations n’ont pas d’effets sur la santé puisque le poisson est d’abord cuit avant sa consommation. Spécialiste du fumage, Ramatou Bagayoko exerce ce métier depuis plus d’une dizaine d’années. Cette dame explique que le fumage et le séchage du poisson passent par plusieurs processus. Selon elle, pour avoir un bon poisson fumé et séché, il faut d’abord disposer de moyens adéquats de transformation tels que des fours, des séchoirs et accessoires. Aussi, il faut que le poisson à fumer soit de bonne qualité et non pas à l’état de putréfaction. Notre interlocutrice regrette que, très généralement, certains pêcheurs ou personnes chargées du fumage choisissent les poissons en état de putréfaction. Et certains utilisent des produits non conformes à la règlementation au plan national. Le poisson de mauvaise qualité, même bien fumé et séché, n’aura pas un goût agréable, ni de valeur nutritive et ne peut pas être conservé plus longtemps. Notre spécialiste affirme avoir reçu une formation dans le domaine. Elle explique que le séchage est une technique qui vise l’élimination de l’eau du poisson par évaporation en vue de réduire le taux d’humidité et baisser les chances de survie des bactéries. Quant au fumage, il consiste à réduire l’humidité du poisson par un feu et l’entretenir dans la fumée pour être séché. Ramatou Bagayoko explique qu’au cours de la transformation et de la conservation ou la mise sur le marché, le poisson peut subir les détériorations majeures de sa qualité nutritive et commerciale. Des infestations par les larves d’insectes, dont les mouches et les coléoptères, peuvent causer des pertes colossales sur la valeur marchande du poisson fumé et séché. Cette thèse est soutenue par notre premier interlocuteur Adama Diallo. La plupart des transformatrices et vendeurs interrogés sur la transformation et la conservation du poisson, ignorent que des produits comme des pesticides sont utilisés sur le poisson fumé et séché. Mais tous ont conscience qu’un pesticide peut avoir des effets préjudiciables sur la santé humaine. Selon une enquête réalisée par l’Association des consommateurs du Mali (ASCOMA), en 2015, sur la conservation du poisson fumé et séché, et dont nous nous sommes procurés une copie, le marché du District est approvisionné à partir des marchés d’autres régions particulièrement celle de Mopti, mais, aussi à partir des marchés de Dakar et de la Mauritanie en ce qui concerne le poisson de mer. Selon le même rapport, pour 20% des enquêtées, la méthode la plus courante de préservation du produit passe par un traitement du stock. 69% pensent que le poisson fumé est la catégorie la plus attaquée par les parasites. 76% des réponses fournies mettent en évidence la méconnaissance des produits chimiques utilisés dans la conservation du poison transformé. Cette méconnaissance des effets nocifs de l’utilisation des pesticides dans cette filière est source de danger pour le consommateur. La pratique des techniques traditionnelles de transformation du poisson frais en poisson fumé et séché s’explique, selon le directeur national adjoint de la pêche, Alhousséyni Sarro, par la nature périssable du produit, l’absence d’une chaîne de froid (glace, chambre froide), la lenteur des moyens de déplacement, l’enclavement des zones de production et le manque de moyens de conservation. « Ce sont là, autant de facteurs qui obligent le pêcheur à recourir à la transformation par le séchage et le fumage », a-t-il ajouté. La transformation est une alternative de premier choix pour remédier au problème de conservation du poisson frais. « Le poisson qu’on arrive pas à vendre frais, on le transforme rapidement en poisson fumé et séché pour pouvoir le vendre », a expliqué M. Sarro. Pour lui, la problématique du poisson transformé vient du fait que les producteurs ne respectent pas certaines normes d’hygiène. C’est à cause de cela que les avaries sont plus fréquentes. A ces difficultés, s’ajoutent le manque de formation des acteurs à mieux transformer et le manque d’équipements. Le directeur national adjoint de la pêche, pense que pour avoir une bonne qualité de poisson fumé et séché conservable, il faut d’abord former les acteurs de la chaîne de transformation, fournir des moyens adéquats de transformation et de conservation (fours et séchoirs adaptés). Pour la conservation de longue durée, Alhousséyni Sarro, ingénieur vétérinaire d’élevage, a souligné qu’il existe des produits homologués, par le ministère de la Santé et celui de l’Elevage et de la Pêche, pour que le poisson ne soit pas infesté par les insectes. La structure d’encadrement appelée « Opération pêche » s’occupait de ce processus. Ces produits pour le traitement du poisson fumé et séché autorisés par l’arrêté interministériel n°89-2459/MEE/MSPAS sont le K-Othrine 25 mg, et l’Actellic 50 mg. M. Sarro indique
Encombrement du marché rail-da : Le chaos fait de la résistance
Reportage de Lassana NASSOKO Bamako, 11 mars (AMAP) Il est environ 11 heures. Un soleil sans chaleur jette ses rayons blafards sur le marché rail-da. Les panneaux de signalisation viennent de se mettre au vert. Difficile de circuler pour toutes ces voitures et motos. Le centre commercial de Bamako est devenu un véritable capharnaüm. Manque d’espaces. Affluence monstre et permanente. Comme illustration de ce chaos, le marché rail-da affiche son désordre, sa saleté et sa promiscuité jusque sous les murs du bâtiment … de l’Assemblée nationale ! Les passages sont obstrués par un entassement de marchandises, de personnes et d’engins. Des klaxons stridents mixés à des décibels de voix, nombreuses et furieuses, se font aussitôt entendre. Dans les rangs, grande impatience. On exige la fin immédiate de scène qui tire en longueur. Un policier élancé, le front en sueur, tente de débloquer la situation, sifflet à la bouche. Il multiplie, avec automatisme, gestes et menaces verbales afin de restaurer l’ordre. Mais en vain. « Allons-nous enfin bouger ! Pourquoi cet embouteillage forcé ? », crie un homme trapu, à califourchon sur sa moto. Entre la maison des artisans de Bamako (communément appelé artisanat), l’Institut national des arts (INA), et l’Assemblée nationale, la grande mosquée, des vendeurs de toutes sortes ont élu pis racine sur la route. Se frayer un chemin relève de l’impossible. « On a mal compris la notion de chose publique dans ce pays. On se permet de faire n’importe quoi. On a tout sacrifié au profit de l’argent. Si je ne me trompe, les textes interdisent que des gens envahissent ainsi l’espace public. J’aimerais bien comprendre l’inertie des autorités face à cette pagaille qui va crescendo », s’insurge un vieil homme, irrité par ce vacarme et cette anarchie. Selon lui, il n’y a pas d’atermoiements : il faut vite prendre des mesures draconiennes pour faire du marché rail-da un espace attrayant. Au même moment, un portefaix habillé en maillot de football, s’indigne à son tour. « C’est quoi ça ? Ne peut-on pas me laisser passer ouais ! », hurle-t-il devant un groupe de vendeurs de chaussures et de vêtements. Mais, ces derniers demeurent sourds au ronronnement des moteurs dégageant une fumée suffocante et au cri de l’homme. « Aye n’a awoloma ! kèmè kèmè (venez choisir par là. Tout est à 500 Fcfa !), chantent en chœur des vendeurs pour attirer la clientèle. On se croirait à un carnaval. Certains d’entre eux battent les mains, pendant que d’autres font pleuvoir des coups frénétiques sur des tam-tams. Non loin d’eux, d’autres vendeuses occupent la voie. Chez elles, point de hurlements ou de clameurs. Des haut-parleurs, placés à même le sol à côté d’elles, leur prêtent main forte dans leur travail. « Promotion de boucles ! Seulement à 100 Fcfa », tonnent inlassablement les micros. Saran Koné est l’une d’elles. Native de San, elle vit à Bamako depuis 2016. Elle fait du nomadisme au rail-da au gré du chassé-croisé avec les policiers chargés de les faire deguérprir. « Tantôt, je m’installe près de l’INA. Tantôt, c’est derrière la grande mosquée. Car, personne n’a une place fixe ici. Il faut être matinal pour trouver où exposer ses marchandises. Si les agents de la mairie débarquent, c’est la débandade », explique-t-elle. Est-il normal de s’installer n’importe où au marché ? A cette question, notre interlocutrice répond avec un ton catégorique. « Pourquoi nous chasser ? On n’a pas où aller. Nous ne volons pas. Nous ne commettons aucun crime. Ce marché appartient à tous. Nous ne bougerons pas », fulmine Saran Koné. Prenez garde à vous ! Car, on conte mille et une histoires sur le marché rail-da, en pareilles circonstances. L’encombrement fait l’affaire des spécialistes du « deux doigts ». Pickpockets astucieux qui, à en croire certains, se faufilent dans la cohue grouillante, avant d’introduire leurs doigts dans les poches pour accomplir des larcins. Ou pire. « Quelque conducteur fou, cherchant à prendre possession du moindre espace libre pour s’extirper du lot des « bloqués », peut foncer sur la foule », explique un passant qui dit avoir été témoin d’une scène similaire. Du côté de la mairie du district de Bamako, on perçoit une rhétorique guerrière contre l’occupation illicite de grandes artères. Le directeur urbain du bon ordre et de l’environnement du district de Bamako ne transige pas. « L’arrêté 14 du mois d’août 2001 est très clair sur ce sujet. Toute installation anarchique peut entrainer des sanctions. Nous organisons, quotidiennement, des rafles sur toutes les voies afin de saisir les marchandises de ceux qui envahissent le domaine public. Pour la restitution de leurs biens saisis, les contrevenants doivent payer des amendes. Ça, c’est si la personne n’est pas récidiviste. Si c’est le contraire, nous faisons une saisie définitive de ses marchandises », renseigne-t-il. Il sait de quoi il parle : depuis l’indépendance, le tronçon du Boulevard du peuple a toujours été engorgé par des commerçants détaillants. A ses yeux, cela est dû au fait que Bamako manque d’espace. A cela s’ajoute la ruée des ruraux vers la capitale. Ces derniers, après avoir gagné quelques sous, se reconvertissent en commerçant ambulant. Réajustant par moments ses lunettes, l’agent municipal, visage ferme, reconnait que le mal a des racines bien profondes et que, jusque-là, le traitement proposé est inefficace. « Comment faire face à tel fléau avec seulement une centaine d’éléments et un seul véhicule pour tout Bamako ? », s’interroge-t-il, la voix grave. La réponse serait sans doute une solution concertée, acceptée et acceptable par tous. Nous sortons de l’opération de déguerpissement et de libération des artères principales de Bamako. Initiée en 2016 par la « gouverneur courage » Mme Aminata Kane, en collaboration avec la Mairie du district, cette opération visait : « à donner à Bamako une imagine digne de sa renommée d’antan de ville coquette et, cela, pour toujours ». A cette occasion, les forces de l’ordre et de sécurité, les services de la mairie et des engins lourds avaient été mobilisés. Mais, le chaos persiste toujours. Bamako semble, donc, loin de renouer avec la propreté promise par les autorités locales. LN/MD (AMAP)

