Poisson de mer : Les prix prennent l’ascenseur
Par Maimouna SOW Bamako, 2 Oct (AMAP) Si l’hivernage nous livre les aliments frais de la nature, il nous prive de certains condiments essentiels pour une sauce délicieuse. Qui peut préparer sans viande, ni poisson, encore moins l’oignon et l’ail ? Les prix de ces produits, indispensables au panier de la ménagère, ont pris l’ascenseur. Les vendeuses prétextent la crise politique et l’hivernage pour justifier l’augmentation, les ménagères dénoncent la hausse des prix et l’amour du gain ainsi qu’une pratique qui tue le marché. Le poisson de mer voit son prix grimper en flèche, depuis le début de la saison pluvieuse. Importé de plusieurs pays voisins, il permet aux familles, plus ou moins aisées, de profiter, elles aussi, des bienfaits du vertébré aquatique (riche en protéine). Le poisson de mer a comblé le fossé entre les couches de la société. Autrement dit, les riches ne sont pas les seuls à l’avoir dans l’assiette. Les moins nantis, eux aussi, grâce au prix abordable, peuvent se le procurer. Du moins. C’est ce qu’a cru Mme Sylla, jusqu’à ce que la réalité la rattrape, ce matin du 15 septembre. Avec peu d’argent, elle repartait, habituellement, avec assez de poissons. Mais cette année, les prix sont vertigineux et l’étonnement est à son comble chez la ménagère. Le mets du jour de la dame risque de décevoir plus d’un. Au marché « Soukouni-Coura » qu’elle connait sur le bout des doigts, quel ne fut son étonnement ! La vendeuse de poissons lui annonce les nouveaux prix. Elle reste interloquée ! Momentanément incapable de placer un mot. Sa surprise était palpable. Finalement, Mme Sylla marmonne, inconsciemment, les prix « 700, 750 Fcfa pour les petits poissons, 900 et 1.250 Fcfa pour les grands ». Ayant, pour ainsi dire, retrouvé la lucidité, elle rétorque, non sans énervement, à la vendeuse. « Mais c’est trop cher ! C’est loin du prix habituel, pourquoi cette augmentation ?», interroge-t-elle. La réponse de la mareyeuse ne se fait pas attendre. «Je ne suis qu’une revendeuse, vous savez, tous, ce qui se passe dans ce pays». La discussion prend des allures de polémique. «C’est pas une raison ! Vous n’êtes que des sangsues (Ndlr, un ver à anneaux aquatique qui se nourrit de sang), vous sucez notre sang ! » réagit violemment la ménagère. Elle a saisi l’opportunité de déverser sa bile à propos de l’augmentation du prix du poisson. « C’est vrai que nos frontières sont fermées, mais les denrées de première nécessité sont exemptes des sanctions de la CEDEAO (Ndlr, Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Il ne doit donc pas y avoir une telle différence», ajoute-elle. La différence constatée sur le kg du poisson varie entre 200 à 250 Fcfa. L’écart est assez grand, en tout cas suffisant pour mettre en colère les ménagères qui n’apprécient guère la situation. Prise de court par la réaction de la clientèle, la mareyeuse reste sans réaction, jusqu’à ce que sa voisine, une autre commerçante, vole à son secours. « Vous savez Mesdames, en cette période d’hivernage tout devient cher, la mer prend du volume et les poissons sont difficiles à pêcher. Idem pour les poissons d’eau douce, plus le fleuve est rempli, plus les poissons vont au fond de l’eau et nos pêcheurs ne trouvent que des petites espèces », plaide-t-elle. « En outre, dans peu de temps, ces petits poissons vont inonder le marché. Mais une chose est sûre, le prix du poisson a toujours été instable », soutient la dame, avant de préciser que le prix peut varier, au moins, deux fois dans la journée. Pour elle, certains cartons de 20 kg ont augmenté jusqu’à 5.000 Fcfa, ce qui influe forcément sur la vente. Au marché « Soukouni Coura », appelé aussi marché du poisson, la machine commerciale est grippée en ce moment et le prix y est pour quelque chose. Selon les avis de diverses vendeuses, elles ne cherchent que 50 Fcfa de bénéfice sur le kg. Qui croire, entre vendeuses et clientes ? Pour tirer son épingle du jeu, Mlle Haidara a fait le choix d’un marketing agressif pour écouler beaucoup de marchandises. Grâce à son sourire et sa bonne humeur, difficile pour la clientèle de s’échapper de ses griffes. « Venez voir, je vous offre le meilleur prix de la place. Je ne cherche pas à faire du surprofit. Tout le monde gagne avec. C’est du poisson sain». Sans doute, accueillant toujours les clientes avec bonhomie, elle semble s’en sortir mieux que les autres. Dans ce marché idéal pour faire la provision du mois, on trouve à moindre coût, presque tous les aliments, surtout ceux qui sont importés. Poisson, « attiéké », « aloco (banane plantain », pomme de terre, avocat, oignon, ail etc. Mme Sylla fait ses achats mensuels. C’est avantageux de procéder ainsi, car il y a toujours une différence entre le prix d’ici et ceux des autres marchés. « Le poisson que j’achète ici à 700 Fcfa le kg est cédé, dans mon quartier, à 1000 Fcfa et ceux d’eau douce que l’on a ici à 1.250 le kg sont vendus, chez nous, à 2000 Fcfa». Selon cette femme au foyer, il faut juste admettre que les gens n’ont pas d’argent. Elle qui fait sa provision mensuelle, habituellement, se contente, cette fois-ci, d’achats pour une semaine. Pour Mme Diallo Balki Traoré, le prix de certains produits grimpe en flèche. L’ail, le persil, l’oignon, tout est hors de portée. En « plus du poisson, je viens d’acheter un kg d’oignon à 500 Fcfa, c’est trop cher pour le citoyen lambda. Pire, ça peut culminer jusqu’à 750 Fcfa», s’indigne-t-elle. A l’en croire, l’idée de faire le marché, en ce moment, effraie plus d’une ménagère, car on peut dépenser tout l’argent de la popote pour peu d’aliments. Pendant la grande chaleur, le poisson importé est abondant et le prix est bas. Maqueron shasha, tilapia, milieu, tiopa zébré sont, entre autres, variétés qui inondent nos marchés. « Elles sont importées du Sénégal, du Maroc, de la Mauritanie, de la Chine, de la Côte d’Ivoire », nous confie Koura Traore, âgée d’une trentaine d’années. Cet après midi, sous un temps orageux, Coura, couchée sur un
Pratiques coloniales: L’or de la Banque de France à Kayes, au Mali
Par Dr Ibrahima MAIGA Bamako, 2 Oct (AMAP) Episode insolite que cette féerique quantité d’or, propriété de l’auguste Banque de France, cachée et sécurisée à Kayes, au Soudan Français, deux semaines seulement avant la déroute de l’Armée française, pendant la Deuxième guerre mondiale ! Le fait est connu. Il a été conséquemment documenté par quelques historiens et spécialistes de cette époque-là, dont des chercheurs maliens. Il faut, cependant, aller plus loin dans l’effort de reconnaissance et même de compensation en ces temps où des théoriciens d’un nouveau genre professent que l’histoire et la mémoire doivent être dissociés ! En 1996, l’économiste malien, Dr Guimbala Diakité a, le premier, évoqué « l’histoire de cet or de la Banque de France », dans les colonnes de l’hebdomadaire malien « Le Républicain ». Au-delà de l’information factuelle, Guimballa a avancé l’idée d’une indemnisation, au regard des risques qui ont pesé sur les populations locales. En 2019, l’économiste et essayiste malien, Cheikna Bounajiim Cissé, s’est intéressé au sujet. Il a publié aux éditions Bo D « FCFA : Face Cachée de la Finance Africaine ». Après une description de l’itinéraire du précieux métal, Cissé a insisté sur le travail des porteurs africains qui ignoraient tout de l’objet de leur réquisition, des porteurs qui sont passés inaperçus dans les versions rapportées par les Français. Mais, « Combien de Français savent que la moitié de l’or de leur pays (1 100 tonnes), convoité et activement recherché par l’Allemagne hitlérienne, a été caché après moult péripéties dans une petite bourgade africaine, à l’Ouest du Mali », s’est interrogé l’auteur ? Dix ans auparavant, en 2001, l’historien Bakary Kamian a documenté la présence et l’entreposage de l’or français à Kayes. Dans son ouvrage « Des tranchées de Verdun à l’église Saint Bernard.. », il nous donne des indications de taille sur les lieux, les bâtiments qui ont abrité le métal jaune. Le bâtiment qui portait le numéro 5 était une propriété de la régie des chemins de fer, « le Dakar-Niger ». Il est aujourd’hui un édifice quelconque. « Aucun écrit, aucune enseigne, aucun monument, aucune mention dans un livre d’histoire ou dans un manuel scolaire, n’évoquent ce devoir de mémoire, n’indique que Kayes, première capitale du Soudan français, a polarisé le regard et l’espérance de tous ceux qui, en France, sous l’occupation et hors de la France, avaient la responsabilité de protéger cette partie essentielle de la richesse nationale ayant échappé à l’ennemi, le trésor de la Banque de France. Les sans-papiers des foyers d’émigrés maliens, en majorité de Kayes et de sa Région, ignorent totalement cette aventure du trésor français sur les rives du Sénégal, dans la capitale du Khasso, aux heures sombres de l’histoire de la France et les services rendus à l’ancienne métropole », s’est-il indigné. (P. 327) Comme pour répondre aux préoccupations soulevées par Cissé, il y a une documentation consistante sur le sujet en France. La Banque de France, elle-même dispose d’archives structurées sur ce magot qui a échoué à Kayes et tant d’autres destinations. Didier Bruneel, conseiller auprès du gouverneur de la Banque de France pour les questions historiques et directeur général honoraire de la même institution, a donné un récit fin et fouillé de l’odyssée du trésor français. Dans « L’incroyable sauvetage des 736 tonnes d’or de la Banque de France ! » (« Cahiers Anecdotiques de la Banque de France », N° 26, 2007), il retrace quasiment les minutes d’une opération hautement stratégique et dangereuse. Son récit est d’autant plus pénétrant que l’opération s’est déroulée quasiment sous la menace des armées allemandes. Le 17 mars 2013 et le 2 février 2014, « France 5 » a télédiffusé « L’or de la France a disparu », un film documentaire réalisé par Alain-Gilles Minella et Jean-Philippe Immarigeon. Les auteurs ont pu reconstituer les étapes. Ils ont également recueilli plusieurs témoignages qui valorisent essentiellement le travail abattu par les agents de la Banque de France qui ont réussi l’exploit du sauvetage. Cette investigation fait l’impasse sur le travail de bouviers de tous les ouvriers et soldats, qu’ils soient français ou africains. L’accent a été mis sur l’organisation intellectuelle qui a pu concevoir et exécuter le transport et la sécurisation de la marchandise. De ce point de vue, la question précédemment posée par Cissé garde toute ta pertinence. LES FAITS ET LES EVENEMENTS – En 1940, après seulement six mois de combats, après le déclenchement de la Deuxième guerre mondiale, la France a capitulé. Le 15 juin, l’Armée allemande a pris la ville de Paris. Le 23 juin 1940, Hitler y débarque en conquérant. Il s’arrête à l’Opéra qu’il apprécie en connaisseur, « Le plus beau théâtre du monde » (Le Parisien), surfe sur les grandes places de la ville, s’arrête aux Invalides, …… Il se fait photographier devant la tour Eiffel. C’est l’absolue humiliation, une fois de plus, dans la tumultueuse histoire entre la France et l’Allemagne, depuis 1870. Les officiers allemands qui ont « pris » la ville ont reçu une mission prioritaire : se rendre au siège de la Banque de France et mettre la main sur tout l’or en réserve dans les coffre-fort. La Banque de France est une vieille institution dont la création remonte au 18 janvier 1800, sous Napoléon 1er, en tant que structure privée. Elle sera nationalisée par De Gaule le 1er janvier 1946. L’adresse de la Banque de France est connue. Elle est à la rue de la Vrillière, dans le premier Arrondissement de la capitale française. L’immense édifice sorti de terre entre 1924 et 1927, a un sous-sol d’une trentaine de mètres. On l’appelle la « souterraine », une gigantesque salle de 11.000 mètres carrés. Là, se trouve une importante quantité de métal jaune, propriété de la France, de la Belgique et de la Pologne. Un véritable trésor qui pèse 2.500 tonnes. Le deuxième stock mondial après celui des Etats-Unis. Les officiers allemands, qui devaient mettre la main sur ce trésor, vont avoir une grande déconvenue. Ils descendent directement dans le puits N° 11, supposé être la cave dorée. Mais, point d’or. Pas de trace. Les coffres sont tous vides. Comment l’or a-t-il disparu ? En réalité, une stratégie d’une grande minutie avait été mise
Diéma (Ouest du Mali) : Vous avez dit Genre ?
Par Ouka BAH Diéma, 1er Oct (AMAP) La notion du Genre semble être mal comprise dans le Cercle de Diéma, dans la Région de Kayes, (Ouest du Mali). Seuls quelques lettres savent de quoi il s’agit. Mamadou Diakité, gestionnaire d’une Mutuelle de santé dans la localité, lui, a sa vision de la chose. Il explique que le genre n’est pas fait pour défendre uniquement les femmes. Il prend, aussi, en compte les personnes handicapées, les enfants, les mendiants, les orphelins, les personnes âgées, bref, toutes les couches vulnérables de la société sont concernées. Dans cette contrée, c’est ancré dans les têtes que la femme n’est jamais l’égale de l’homme. C’est l’homme qui a le pouvoir, prend des décisions, donne des ordres, sanctionne en cas de fautes. C’est le maitre de la maison. C’est à lui que revient le dernier mot. Personne ne peut enfreindre les lois qu’il impose dans sa maison. Pour reprendre les mots de Monzon, réparateur de tamis, « incontestablement, il a droit de vie et de mort sur les membres de sa famille ». De l’avis de plusieurs interlocuteurs, interrogés en marge d’un atelier de formation axé sur le Genre, initié par l’Union régionale des mutuelles de santé de Kayes, en partenariat avec l’Agence espagnole pour la coopération internationale et le développement (AECID), et qui pensent comme Monzon, le genre est « une notion fabriquée de toutes pièces par les Occidentaux, dans le but de donner aux femmes, plus de pouvoir et de les conduire sur le chemin du libertinage ». «C’est pour arracher nos femmes de notre pouvoir. Eux, (Ndlr, les Occidentaux), ils sont dominés par les leurs», lance un homme, la cinquantaine révolue. Malgré les multiples sensibilisations entreprises par l’Etat et ses partenaires, aujourd’hui, à Diéma, si vous interrogez des gens, peu sont susceptibles de vous dire le sens réel du Genre. Ousmane, s’emporte ! « C’est pour que nos propres femmes c… sur notre tête », peste-t-il. Interrogé sur le sujet, Madiassa demeure ferme sur sa position d’intransigeance. Ce sexagénaire soutient que la femme ne peut être l’égale de l’homme. « Elle doit, à son mari, respect et obéissance. Des exégètes du Coran laissent entendre que, même pour entrer au paradis, la femme doit faire preuve de soumission à son époux », dit l’homme. Intéressé par le débat, un passant, dira que la femme n’est rien qu’une infime partie des côtes de l’homme. Selon ce prêcheur, égrenant son chapelet, tout le monde est unanime que l’Islam a donné à la femme plus de place, plus valeur dans la société. « Elle ne doit souffrir ni de violence, ni de tortures, Dieu réprimande tout acte visant à rabaisser, à dénigrer la femme musulmane ». Dans cette localité, la contraception est, aussi, un sujet difficile. Ici, ou l’émigration est une donne culturelle encore vivace, des hommes restent à l’étranger, cinq à dix ans, voire plus. « Il n’y a pas de raison pour que nos brus fassent le planning familial », soutiennent certaines belles-mères. Dans ces conditions, certaines, les plus téméraires, se cachent pour pratiquer le planning familial (PF). Même pour celles dont les maris sont restés sur place, il est difficile d’adopter des méthodes contraceptives, sans autorisation. Le PF est perçu comme un signe de débauche, outre qu’il empêche d’avoir beaucoup d’enfants. D’où la réticence de nombreux hommes. Le président du Réseau des communicateurs traditionnels pour le développement (RECOTRADE), Alpha Diombana, flûtiste dans sa vie d’artiste, explique, sans ambages, que dans plusieurs villages, les charges de la maison reposent, principalement, sur les femmes qui ont, souvent, de la peine à joindre les deux bouts. « Le rôle du chef de famille consiste à sortir, chaque matin, du grenier, pour la femme chargée de faire la cuisine, la quantité de céréales destinée au repas, dont les ingrédients de la sauce sont, essentiellement, de la poudre de feuilles de baobab et du sel, auxquels les plus généreux ajoutent quelques cubes de bouillons », dit-il. « C’est à la femme de se débrouiller pour trouver d’autres ingrédients nécessaires pour relever le goût de son plat », ajoute notre interlocuteur. Dans une maison, quand les mets d’une femme sont appréciés, elle gagne en popularité. Chaque fois que c’est son tour de cuisine, les enfants s’en lèchent les doigts. « Mais aujourd’hui, le système commence à changer », signale Diombana. Des ressortissants de la localité, en divers endroits du monde, notamment de la France, envoient de l’argent à leurs parents pour acheter des vivres et des condiments qu’ils stockent pour la consommation de leur famille. La présidente de l’Association Demba Gnouma (Bonne mère) de Gomitradougou, Assa Konaré, n’en dit pas moins. Elle évoque la gymnastique à laquelle les femmes de sa localité sont quotidiennement confrontées. « La majeure partie des dépenses familiales reposent sur les femmes. Elles fournissent, quotidiennement, des condiments à travers leurs petites activités de maraîchage, partent chercher en brousse du bois de cuisine, assurent l’approvisionnement en eau. Pendant l’hivernage, elles vont, sur sollicitation, cultiver dans les champs ou participer aux récoltes. Elles produisent et commercialisent du tabac pour alimenter leurs caisses associatives », énumèrent notre interlocutrice. « Que dire de ces femmes fonctionnaires qui laissent tous les travaux domestiques aux mains de leurs servantes. Même pour arranger le lit du mari ou déposer de l’eau dans la douche, elles ne se décarcassent pas’, fait remarquer, déclare Haoussa, le boucher, sur le ton de la repartie INITIATIVES – La présidente de la Coordination des associations et organisations féminines (CAFO) de Béma, Assa Traoré, du haut de ses soixante-dix ans, milite pour le maintien des filles à l’école dans sa localité. Une façon, pour elle, de contribuer à la promotion du Genre. Dès qu’elle apprend que des démarches du mariage d’une fille mineure sont entamées, elle prend son bâton de pèlerin, pour aller sensibiliser les parents de la victime afin qu’ils renoncent à leur projet, afin de permettre à la petite de poursuivre ses études. Grâce aux efforts de l’Association Benkady (L’Union est belle) dirigée par Hatouma Wagué, aujourd’hui à Béma, beaucoup de parents ont renoncé à enlever leur fille de l’école pour la donner en mariage. La présidente Hatouma entend créer des Activités génératrices de revenus (AGR) pour de nombreuses femmes de Béma qui
Bamako : La seconde vie des sachets plastiques
Par Fadi CISSE Bamako, 1er oct (AMAP) Des usines transforment les sachets usagés pour fabriquer des baignoires, des seaux, des cuvettes, des brosses. Tout un business s’est organisé autour de cette activité et sur les dépôts d’ordures (souvent sauvages) qui existent dans plusieurs quartiers de Bamako, rendant la vie difficile pour les riverains. En certains endroits, ces déchets domestiques débordent sur les routes, bloquent la circulation. Dans ces tas d’immondices, une grande partie constitue les sachets plastiques, non biodégradables et nuisibles à l’environnement. Mais ils ont une utilité après avoir servi, la plupart du temps, de récipients pour transporter des aliments ou des condiments. Les sachets plastiques sont très recherchés par les femmes et hommes qui fouillent les ordures à la recherche d’objets à revendre. Ces « chercheurs » passent des journées entières sur les montagnes d’ordures. Elles amassent les sachets plastiques et les revendent à des fabriques qui font du recyclage pour insuffler une seconde vie à ces déchets. En la matière, la concurrence est, souvent, rude entre ces braves dames qui sont loin d’être tirées à quatre épingles. Elles semblent, au contraire, fières de mettre en relief leur apparence «débraillée». Les plus téméraires et les plus assidues d’entre elles semblent tirer leur épingle du jeu. Il suffit, pour s’en convaincre, de parcourir les dépôts de transit d’ordures et autres dépotoirs de Bamako et sa périphérie. Lundi 7 septembre 2020. Le ciel est nuageux, le temps menace. L’horloge affiche 10h 25 mn. Le dépotoir de déchets, qui a poussé entre les collines de Badalabougou, au beau milieu de l’espace universitaire, dégage son odeur fétide, au fur et à mesure que l’on s’approche de l’Université internationale d’excellence (UIE). Aucun moyen de protection ne semble suffire la parade conte l’odeur pestilentielle qui se dégage. Pas même un masque. Visiblement heureuse dans cet univers, des femmes consacrent une bonne partie de leur journée à ramasser les déchets, sans se plaindre des odeurs ambiantes. Fatoumata Doumbia est l’une de ces ramasseuses de déchets plastiques. Cette quinquagénaire, qui dit avoir perdu tous ses enfants, découvre ce travail grâce une amie. «Avant, je vendais des galettes qui s’achetaient à peine. Chaque jour, je quitte Daoudabougou (quartier de la Commune V, de Bamako, la capitale malienne) à pied, à 8 heures du matin, pour arriver ici et je retourne en famille vers 18 heures », confie la dame. A côté d’elle, sont déposés, à même le sol, deux gros sacs remplis «de plastiques ramassés durant une semaine de collecte». Où transportez-vous ces déchets plastiques ? «On ne fait que parler dans le vide, car on ne voit aucun résultat après nos entretiens avec la presse. Je refuse de dire un mot», s’emporte une dame, avant de lancer une poignée de déchets, en guise de plaisanterie, comme pour nous dissuader de l’approcher. LE KG 100 FCFA – Sa camarade, Djénèba Coulibaly, mère de cinq enfants, répond sans hésiter. Ces déchets plastiques sont gardés pour un homme qui passe au dépotoir, tous les samedis, pour les acheter. « Cet acheteur, précise Djénéba, arrive à bord d’un minibus «Sotrama». Il récupère tous les déchets plastiques que nous avons pu collecter. Il paye le kg 100 Fcfa ». Djénéba Coulibaly peut vendre, souvent, entre 10 à 20 kg de déchets plastiques. Grâce à cette somme, elle nourrit ses cinq orphelins et arrive à couvrir d’autres besoins personnels. Mais ce n’est pas sans difficulté. «En cette période d’hivernage, les sachets plastiques sont presque introuvables. Ils sont emportés par les eaux de pluie ou ensevelis dans la boue. Si ilssont trempés, les clients refusent de les acheter. C’est la période des vaches maigres pour nous», se plaint-elle. « Le risque de contracter des maladies, comme les maux de dos, toux, sans oublier les courbatures, est, aussi, très élevé », ajoute-t-elle. « Mais, on n’a rien sans peine », paraphrase Djénéba, philosophe, comme pour se consoler. Molobali Doumbia se présente comme la présidente de toutes les ramasseuses opérant sur les dépôts et décharges de Bamako. Elle opère depuis plus de dix ans au niveau du dépotoir de Badalabougou. Cette femme d’un âge avancé, mère de cinq enfants dont un garçon, aide son mari, en exerçant cet emploi et en contribuant aux petites dépenses familiales. «Depuis 4 heures du matin, je sors de chez moi à Sabalibougou pour rentrer au-delà de 16 heures, sauf si la pluie m’en empêche. Exceptés les vendredis, je viens tous les jours assembler les déchets plastiques et les bidons d’eau vides», explique-t-elle. « Le commerce des bidons est moins rentable, depuis l’avènement de la Covid-19. Les gens ont peur de venir s’en procurer », déplore la ramasseuse. Concernant les déchets plastiques, des clients (une femme et deux hommes) viennent les acheter à raison de 100 Fcfa le kg. Molobali révèle vendre entre 20 et 25 kg par semaine en cette période d’hivernage. En saison sèche, elle peut vendre plus de 40 kg par semaine. « Face à la conjecture actuelle, certaines d’entre nous se reconvertissent en ramasseuse de restes de nourritures. Elles les sèchent avant de les vendre aux marchands d’aliments bétail et aux pêcheurs. Ceux-ci les utilisent comme appâts pour ferrer les poissons. Le soleil se fait rare. Il est difficile de faire sécher les provisions», murmure-t-elle. Chaussée d’une paire de bottes arrivant au niveau des genoux, elle patine au milieu des mouches qui bourdonnent. Comme elle, leurs clients profitent de cette activité. Sofiana est l’un des acheteurs chez Molobali Doumbia. Ce trentenaire confirme qu’il achète les déchets plastiques auprès de ces femmes pour les revendre aux Chinois disposant d’une usine de recyclage à Sotuba, en Commune II du District de Bamako. «Je loue deux Sotrama (minibus), chaque semaine, pour le transport des déchets plastiques. Je les revend à partir de 125 Fcfa voire 300 Fcfa le kg», indique-t-il. Et de préciser que le prix du kg dépend de la qualité de la marchandise. Sofiana monnaye, par semaine, trente à quarante sacs de 100 kg remplis de déchets plastiques achetés auprès de ses clientes des dépotoirs de Badalabougou et de Lafiabougou. «Auparavant, j’avais des soucis même pour payer le
Transport routier : La sécurité des passagers ne préoccupe pas certaines compagnies
Par Mohamed D. DIAWARA Bamako, 30 sept (AMAP) Jeudi dernier, aux environs de midi sur la Route nationale (RN8), les passagers attendent un car à Madina Kouroulamini, un village, à une vingtaine de kilomètres de Bougouni (Sud), pour rejoindre Bamako. «Pon, ponnn !», klaxonnait bruyamment un car avant de se garer au bord de la route. Aussitôt garé, les clients se sont rués vers les deux portières du véhicule. L’apprenti, vêtu d’un blouson noir ne cessait de héler les clients arrêtés au bord de la route. «Allez-vous à Bamako ?», s’égosillait-il. Les passagers ont embarqué. Mais à l’intérieur du véhicule, point d’espace pour se frayer un chemin encore moins de siège vacant à occuper. Il faut rester debout en attendant de trouver une place. Soudain, une personne en charge de la collecte des frais de transport tend au passager, nouvellement embarqué. un tabouret en plastique bleu. «Il y a des passagers qui descendent à Bougouni. Vous pourrez occuper un siège dès qu’ils descendront», s’empresse-t-il de dire, pour rassurer les clients qui s’inquiètent de leur inconfort. A l’arrivée du véhicule, á Bougouni, la Cité du Banimonotié, les choses se sont passées comme prévues. Les passagers assis dans l’allée centrale se sont précipités pour occuper les sièges laissés vacants par ceux qui sont descendus. Quelques minutes plus tard, le car est encore plein comme un œuf et l’allée centrale prise d’assaut. A l’entrée de Ouéléssébougou où le car s’est arrêté à un poste de contrôle, les vendeuses de nourriture, la plupart des jeunes filles, se bousculaient pour atteindre les passagers dans le véhicule. Qui pour proposer des œufs, qui du maïs grillé ou encore de l’eau. Dans ce tintamarre de souk, la chaleur devient étouffante. Des passagers laissent éclater leur mécontentement. «Sortez s’il vous plaît», ordonne un passager aux vendeuses. Certaines très entêtées ont quand même pu écouler quelques marchandises avant qu’un responsable du véhicule, tenant une courroie de moto en main, enjambe les passagers de l’allée centrale pour les chasser comme des bêtes nuisibles. Tout au long de la route, le véhicule embarque les passagers pour occuper les espaces restées libres dans l’allée centrale. Dans cette situation d’inconfort, se voir offrir un tabouret devient un luxe. Puisque sans ce siège, le client doit rester debout, en attendant de trouver une place libérée. Les bisbilles autour de cet objet entre les passagers ne manquent pas. Un homme, turban autour du cou, explose. « Vraiment, il est très pénible d’emprunter ces cars », dit-il avant de se saisir d’un tabouret pour s’asseoir. Une dame portant un masque, dans un accent ivoirien, furieuse, s’indigne « les propriétaires des cars prennent le tarif normal à ceux qui sont sur les tabourets ». Un petit sac posé sur les cuisses, Moussa Ouattara, un agent minier, a embarqué depuis Yanfolila, vers 10 heures. «Il est 15 heures et on n’est pas encore arrivé à Bamako», reproche-t-il. Selon lui, une telle lenteur est regrettable. Tous les compartiments du car sont surchargés. De l’intérieur de la cabine à l’allée centrale occupée par les passagers et leurs bagages à main. Les soutes à bagages sont pleines à craquer et le toit du véhicule est, aussi, surchargé. Le véhicule, dont la carrosserie ridée et les suspensions en souffrance, ploie littéralement sous le poids de la surcharge. En plus du mauvais état des véhicules, les surcharges rendent ce voyage très pénible et périlleux. Moussa Ouattara estime que le mauvais état de la voiture ne devrait pas encourager une telle pratique. « Là où le bât blesse, s’indigne notre minier, c’est le silence des agents de contrôle » qui, selon lui, « se préoccupent peu de la sécurité des passagers ». Ouattara dit emprunter ces cars parce qu’il n’a pas d’autres choix. Selon lui, la plupart des cars de l’axe Bamako-Yanfolila n’obéissent pas aux règles de sécurité. Les responsables des compagnies de transport doivent veiller à l’observation stricte des règles de sécurité pour les passagers. A notre arrivée à Bamako, le chauffeur gare son véhicule à côté d’un autre sur un site qui n’a rien d’une place d’une compagnie de transport. Ici, aucune présence de guichets, ni local pour accueillir les clients. Quelques minutes après le déchargement, le chauffeur et un autre homme échangeaient sur les recettes engrangées sur les passagers qui occupaient l’allée centrale du car. Pourquoi vous autorisez que les passagers occupent l’allée centrale ? « C’est la seule manière, justifie-t-il, pour avoir des bénéfices ». Selon lui, les recettes tirées de la vente des seuls tickets de voyage ne suffisent pas à combler les frais liés au transport. A l’en croire, le trajet Bamako-Yanfolila devrait coûter 4500 Fcfa, au lieu de 3000 Fcfa. L’occupation de l’allée centrale participe, de ce fait, à combler tant soit peu le déficit. C’est pourquoi, il est devenu courant de voir, sur nos routes, des véhicules surchargés au mépris des règles élémentaires de sécurité et au grand dam des passagers qui empruntent ces engins vétustes. Entre la hantise et la nécessité de se rendre à sa destination, la question demeure : cela vaut-il le coup de vendre son âme à ces marchands de la mort, au mépris des règles élémentaires de sécurité ? MDD/MD (AMAP)
Cours mondiaux de l’or : Les profits pour l’Economie malienne
Par Cheick Moctar TRAORE Bamako, 30 sept (AMAP) Le prix de l’or poursuit sa courbe ascendante, malgré de légères fluctuations. De 1.624,45 dollars l’once, en avril 2020, le cours a atteint une hausse historique, le 27 juillet, avec 1.944,71 dollars l’once. Soit plus de 67.000 euros le kilo. Il a continué sa progression pour atteindre 2030,30 dollars en août. Le lundi 28 septembre, la bourse a ouvert à 1850,950 dollars. La veille, elle avait clôturé à 1870,050 dollars. Troisième producteur d’or en Afrique, le Mali devrait profiter de cette hausse historique du prix du métal jaune. La hausse du prix de l’or sur le marché international entraîne une augmentation des redevances payées à l’Etat. Il permet aussi d’améliorer les performances en termes d’exportation et de renforcer les comptes extérieurs. «Lorsque le prix de l’or augmente, nous payons plus de redevance à l’Etat et faisons plus de bénéfices», confirment plusieurs responsables de sociétés minières, contactés à cet effet. Interrogés, des experts du bureau de la Banque mondiale au Mali abondent dans le même sens. Selon eux, la hausse du prix de l’or profite à l’économie malienne à travers plusieurs canaux de transmission. « En 2018, le produit représentait 75% des exportations du pays, contribuant à hauteur de plus de 25% aux ressources budgétaires de l’État », illustrent-ils. « L’appréciation des cours internationaux de l’or permet, ainsi, au Mali d’améliorer ses performances en termes d’exportation, de renforcer les comptes extérieurs et la situation budgétaire », expliquent des économistes de la Banque mondiale. Selon eux, l’impact se fera sentir, aussi, sur la vie des 11.000 salariés formels travaillant dans le secteur et les millions de personnes qu’il fait vivre, y compris environ 500.000 orpailleurs (données de la Chambre des mines du Mali). L’IMPACT DU FCFA – Toutefois, à en croire certains, une bonne partie de ce que le Mali devrait gagner est diluée par la «mauvaise» appréciation du Franc CFA par rapport au dollar, du fait de son arrimage à une monnaie forte (l’Euro). «Les exportations d’or non monétaire se sont accrues de 212,639 milliards de Fcfa (ou 18,1%), en 2018, en atteignant 1.388,358 milliards de Fcfa, en raison de la forte hausse du volume exporté, atténuée par le léger repli du cours sur le marché international (en Fcfa). En effet, l’appréciation du Fcfa par rapport au dollar a conduit à une baisse du prix moyen de vente obtenu par le secteur, qui est ressorti à 21.037,8 Fcfa/g, en 2018, après 21.485,5 Fcfa/g pour les sociétés industrielles, soit 2,1% de diminution par rapport à 2017», constatent les «Comptes publics» publiés sur le site de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Contacté, l’économiste Cheickna Bounadjim Cissé explique : «1 $ = 600 Fcfa à la date N ; 1 $ = 550 Fcfa à la date N+1. Entre ces dates, le franc CFA s’est apprécié. Ainsi, à chaque fois que le Mali vend à l’étranger pour 1 dollar, il perd l’équivalent de 50 Fcfa de valeur de produit». « C’est pour cette raison que le régime de change fixe (la situation actuelle) pénalise nos exportations et favorise nos importations. En effet, la moto Djakarta qui coûte 1.000 $ à l’achat avait une contrevaleur (c/v) de 600.000 Fcfa à la date N, contre 550.000 Fcfa à N+1 », explique l’économiste. Oumar Bouaré est un ancien fonctionnaire international à la retraite. «Tu prends ton or et le donne à quelqu’un qui fait du business avec. Tu ne peux pas en profiter», schématise le directeur générale du Centre de recherche en sciences économiques et sociales. « A cause des accords monétaires avec la France, nos réserves d’or et de devises sont déposées au Trésor français, depuis les années 1945 », rappelle M. Bouaré. Il ajoute que la France profite de ces ressources, en les injectant sur le marché financier international. « Opération grâce à laquelle, l’Hexagone perçoit des intérêts. Ces intérêts que perçoit le gouvernement français pourraient aider au développement de notre pays », estime l’économiste. Un autre obstacle a trait au mécanisme de vente de l’or malien. Selon les techniciens de la Banque mondiale, le Mali est tributaire de la fluctuation du prix de l’or sur les marchés internationaux et est, ainsi, à la merci d’une éventuelle chute des prix. D’où l’avantage, selon eux, des contrats de vente à terme (vendre à l’avance à un prix fixe) dont l’objectif est de se protéger des fluctuations des prix. «Elle permet, ainsi, de s’assurer contre des mouvements de prix défavorables», expliquent-ils. Le problème avec la vente à terme est qu’on ne gagne pas à tous les coups. «Aujourd’hui, tous ceux ce qui ont vendu à termes perdent les bénéfices du prix actuel », notent des responsables de sociétés minières. Par exemple, quelqu’un qui vend à terme sa production de 2020 à 1.500 dollars, alors que le prix réel du marché est de 1.900 dollars aujourd’hui. Il aura un manque à gagner de prêt de 400 dollars. L’effet contraire pourrait également se produire», illustrent-ils, précisant que la vente à terme n’est plus courante au Mali. Selon eux, les mines vendent au taux du jour de l’expédition sur la bourse financière. Néanmoins, des réformes sont nécessaires pour améliorer l’impact de la production de l’or sur l’Economie du Mali. Tel est l’objectif du Projet de gouvernance du secteur minier, un financement de la Banque mondiale. Il est axé entre autres, sur la création d’un environnement (juridique, fiscal, financier et technique) propice à l’investissement en vue de l’expansion des opérations actuelles, en attirant de nouveaux Investissements directs étrangers (IDE) dans l’exploration et l‘exploitation. Ce projet vise, aussi, la mise en place d’un incubateur pour accroitre la part des PME/PMI locales dans le tissu minier malien. Il prévoit, également, l’accroissement de la transparence globale dans la gestion du secteur minier au Mali, à travers la mise en place d’un mécanisme de contrôle citoyen au niveau national et local. CMT/MD (AMAP)
Gouvernement : Missions, attributions et organisation
Par Massa SIDIBE Bamako, 29 sept (AMAP) Classé au rang de deuxième institution de la République, dans la Constitution du 25 février 1992, le gouvernement est dirigé par un Premier ministre soutenu par un cabinet. La nomination dimanche de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Moctar Ouane, comme Premier ministre de la Transition vient donner un visage complet à l’exécutif devant conduire les destinées du Mali, pendant les 18 prochains mois. Aussi, la Charte de la transition énonce-t-elle que le gouvernement que dirigera ce diplomate chevronné sera constitué de 25 membres au plus. Les membres de ce gouvernement ne sont pas éligibles aux élections présidentielle et législatives qui seront organisées à la fin de la Transition. Les six axes retenus dans la feuille de route de la transition à l’issue des travaux de la concertation nationale de septembre donnent une idée claire de ce qui est attendu de l’équipe gouvernementale qui s’installe. De fait, l’essentiel des attentes des Maliens se résume au rétablissement et au renforcement de la défense et de la sécurité sur l’ensemble du territoire national, à la promotion de la bonne gouvernance, à la refondation du système éducatif. Sans oublier les réformes politiques et institutionnelles, l’adoption d’un pacte de stabilité sociale et l’organisation des élections générales. Avant que ne soit dévoilée la liste du nouvel attelage, les lignes ci-dessous détaillent les attributions du gouvernement, telles que prévues par la Constitution du 25 février 1992. Selon cette Constitution, le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation et dispose de l’administration et de la Force armée. L’article 54 de la Constitution énonce que le gouvernement est responsable devant l’Assemblée nationale dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 78 et 79. LE PREMIER MINISTRE Le Premier ministre est le chef du gouvernement, à ce titre, il dirige et coordonne l’action gouvernementale. Il assure l’exécution des lois. Sous réserve des dispositions de l’article 46, il exerce le pouvoir réglementaire. Il est responsable de l’exécution de la politique de défense nationale. Il peut déléguer certains de ses pouvoirs aux ministres. Le Premier ministre supplée, le cas échéant, le président de la République à la présidence du Conseil et du Comité prévu à l’article 44 de la Constitution. Aussi, il le supplée pour la présidence du Conseil des ministres, en vertu d’une délégation expresse et pour un ordre du jour déterminé. Les actes du Premier ministre sont contresignés, le cas échéant, par les ministres chargés de leur exécution. Avant d’entrer en fonction, le Premier ministre et les ministres doivent remettre au président de la Cour suprême la déclaration écrite de leurs biens. Cette déclaration fait l’objet d’une mise à jour annuelle. Précision de taille : l’article 58 de la Constitution dispose que les fonctions de membres du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire, de toute fonction de représentation professionnelle à l’échelle nationale ou locale, de tout emploi public ou de toute activité professionnelle et lucrative. Une loi organique fixe les conditions dans lesquelles il est pourvu au remplacement des titulaires de tel mandat, fonctions ou emplois. Le remplacement des membres du Parlement appelés au gouvernement a lieu conformément aux dispositions de l’article 63. LE CABINET DU PREMIER MINISTRE Le décret n° 2020-0102/PM-RM du 20 février 2020 fixant l’organisation du cabinet du Premier ministre apporte davantage de précisions. Selon ce texte, le cabinet du Premier ministre comprend le directeur de cabinet, le directeur de cabinet adjoint, le chef de cabinet, le chef de cabinet adjoint, des conseillers techniques, des chargés de mission, des chargés du protocole. Il y a aussi l’aide de camp du Premier ministre, le secrétaire particulier du Premier ministre, le chargé du parc automobile, le médecin personnel du Premier ministre, des attachés de cabinet, l’intendant. En outre, le cabinet comprend le bureau opérationnel de suivi ainsi que le service du courrier et de la documentation. Le cabinet est chargé d’assister le Premier ministre dans l’exercice de ses fonctions de direction et de coordination de l’action gouvernementale, d’exécution des lois et d’exécution de la politique de défense nationale. à ce titre, il est chargé de suivre les relations du Premier ministre avec les institutions de la République et les autorités indépendantes ; de suivre l’exécution des instructions du président de la République et du Premier ministre par les membres du gouvernement ; de suivre la mise en œuvre de la Déclaration de politique générale du Premier ministre par les membres du gouvernement. Le cabinet doit aussi préparer les arbitrages et décisions du Premier ministre et suivre les relations du Premier ministre avec la classe politique, la société civile, les confessions religieuses et les partenaires… Il est mis à la disposition du Premier ministre tous autres services nécessaires à l’exercice de ses fonctions. Il peut également, en cas de besoin, créer par décret des services propres. LE DIRECTEUR DE CABINET La coordination, le contrôle et le suivi des activités du cabinet et des services du Premier ministre sont assurés par le directeur de cabinet, sauf disposition légale contraire. Les membres du cabinet sont nommés par décret du Premier ministre. Ce n’est pas tout : le décret sus mentionné précise que sous l’autorité du Premier ministre, le directeur de cabinet est notamment chargé d’assurer le suivi de la gestion administrative et financière des services du Premier ministre ; d’assurer le suivi des activités des services du Premier ministre ; d’élaborer le programme et le rapport annuel d’activités du cabinet. Le directeur de cabinet a rang, prérogatives et avantages de ministre. Il est choisi parmi les fonctionnaires civils de la catégorie A, les magistrats et les officiers généraux des Forces armées et de sécurité dans les grades les plus élevés ou ayant au moins dix années de service dans leurs corps respectifs. Le directeur de cabinet adjoint assiste le directeur de cabinet dans l’exercice de ses attributions et le remplace en cas d’absence ou d’empêchement. Il est choisi parmi les fonctionnaires de la catégorie A, les magistrats et les officiers supérieurs des Forces armées et de sécurité dans les
Mali: Le Bureau du vérificateur général découvre près de 900 millions de FCFA d’irrégularités financières à l’Ageroute
Par Cheick Moctar TRAORE Bamako, 28 Sept (AMAP) Le Bureau du vérificateur général (BVG) a décelé des irrégularités financières d’un montant total de 895.512.029 Fcfa dans l’exécution des Fonds d’entretien routier par l’Agence d’exécution des travaux d’entretien routier (Ageroute). L’audit mené, à cet effet, a concerné les dépenses de fonctionnement et d’entretien routier financé sur budget national au titre des exercices 2016, 2017, 2018 et 2019 (1er octobre). En effet, l’Ageroute a, durant cette période, signé avec la direction nationale des routes, sur le Fonds d’entretien routier, 16 conventions de maîtrise d’ouvrage déléguée et trois avenants pour un montant total de 93.451.594.614 Fcfa. Les ressources destinées à l’entretien routier sont mises à sa disposition par l’Autorité routière. Les travaux d’entretien routier exécutés par délégation de maîtrise d’ouvrage à l’Ageroute ne sont possibles qu’à travers des conventions signées avec le maître d’ouvrage, le ministre chargé des routes. Au regard de l’importance des sommes mises à disposition, le BVG a, conformément à sa mission, initié une mission pour s’assurer de la bonne utilisation des dépenses exécutées sur le Fonds d’entretien routier par l’Ageroute. Au terme de ces travaux d’audit, les vérificateurs ont décelé des irrégularités financières s’élevant à 895.512.029 Fcfa. Les faits détaillés ont été dénoncés et transmis par le Vérificateur général au président de la section des comptes de la Cour suprême et au procureur de la République près le tribunal de grande instance de la Commune III chargé du pôle économique et financier. Ils se rapportent à la passation irrégulière de marchés pour un montant de 868.108.970 Fcfa et au paiement d’avantages indus au délégué du contrôle financier pour une somme de 16.300.000 Fcfa. Les anomalies financières constatées ont, également, trait à un contrat de marché irrégulièrement enregistré de 1.948.750 Fcfa et au non reversement au profit de l’Autorité de régulation des marchés publics et des délégations de service public (ARMDS) de la redevance de régulation pour un montant de 325.000 Fcfa. Il a, aussi, été constaté la non retenue de l’impôt sur le revenu foncier, de la taxe foncière et de l’impôt sur les bénéfices. Les vérifications ont été menées, conformément au guide d’audit du secteur public approuvé par l’arrêté n°10-1251/MEF-SG du 11 mai 2010 du ministre chargé des Finances et au manuel de vérification financière du BVG, tous deux inspirés des normes Isa (normes internationales d’audit). Pour y arriver, les vérificateurs ont, comme approche méthodologique, privilégié l’analyse des textes législatifs et réglementaires sur la création et les modalités d’organisation et de fonctionnement de l’Ageroute et des entrevues avec des membres du personnel de la structure. Ils ont, aussi, recoupé des informations et examiné des pièces justificatives des dépenses. « Le principe du contradictoire a été observé », assure le BVG. En la matière, les résultats préliminaires des travaux ont été discutés avec les principaux responsables concernés. La séance de restitution a eu lieu le 1er avril 2020 dans les locaux de l’Ageroute. Le BVG dit avoir transmis le rapport provisoire à l’Ageroute par lettre n°Conf 0220/2020/BVG du 28 mai 2020 pour recueillir ses observations. « Les réponses écrites de l’Ageroute sont parvenues le 09 juillet 2020 par lettre n°1039/MIE/Ageroute », ajoute le BVG. La faiblesse des ressources et l’inadaptation des procédures de mise en place des moyens ont été diagnostiquées comme l’un des handicaps majeurs à l’entretien régulier de nos routes. La création de l’Agence d’exécution des travaux d’entretien routier répond à ce besoin. Plus de quinze ans après sa création et malgré des ressources, de plus en plus importantes, investies dans l’entretien routier, l’Ageroute peine à satisfaire les usagers de la route. CMT/MD (AMAP)
Région de Gao : Ruée vers l’or à In-Tillit, la nouvelle «ville bleue»
Envoyé spécial Mohamed TOURE Gao, 24 sept (AMAP) Certains lui ont déjà trouvé le surnom de « Ville bleue » à cause des nombreuses tentes en bâches de couleur ciel qui la rendent visible de loin. En plein désert, la Commune rurale d’In-Tillit est nichée au milieu de nulle part. La localité, située à 90 km de la ville Gao, dans le Nord du Mali, était presque dans l’anonymat total, il y a moins d’un an. Mais, avec la récente découverte de son potentiel aurifère, elle attise la convoitise de milliers de candidats à l’orpaillage qui y ont créé leur nouvelle ville. Chaque jour, d’interminables convois de jeunes quittent la ville de Gao pour le site d’orpaillage d’In-Tillit. Les véhicules les plus adaptés pour ce trajet sont les pick-up, à cause de l’état de la route et des capacités en passagers de ces voitures. Elles débordent de voyageurs dont les plus courageux n’hésitent pas à s’installer sur le toit du véhicule. Au risque d’être éjecté, en cours de route, à la suite d’une brusque accélération dont sont coutumiers les conducteurs. Sur les pistes buissonneuses et semi-désertiques, il n’y a pas de panneaux de signalisation. «Chaque pick-up peut prendre au moins une vingtaine de personnes en plus de leurs bagages. Le coût du transport est de 5.000 Fcfa par personne. Donc, nous pouvons gagner entre 90.000 et 100.000 Fcfa par voyage», confie Ag Mossa, un conducteur de pick-up, la moitié du visage caché derrière un turban. Ils sont nombreux, les transporteurs, comme lui, à tirer leur épingle du jeu, à travers cette nouvelle activité. Une véritable économie s’est créée autour du business de l’orpaillage. Le métal précieux brille pour beaucoup de personnes dans la chaîne de cette économie. Pour comprendre quelques paramètres du système, nous empruntons le chemin du site. Les groupes armés font partie des principaux acteurs de cette mini-industrie. Sur la route, entre Gao et In-Tillit, les check points anarchiques de ces derniers sont légion. Il n’est pas rare de voir des groupes d’hommes, qui, souvent, ne sont même pas armés, demander aux conducteurs de véhicules de payer entre 2.000 et 2.500 Fcfa. A la sortie de Gao, nous dépassons un groupe de jeunes nigériens en partance pour In-Tillit. Une dizaine, baluchons sur la tête, ils sont décidés à faire le trajet de 90 km séparant Gao du site d’orpaillage à pieds. « Faute de pouvoir payer le transport », se justifient-ils. MAITRES DES LIEUX – L’entrée du site est sécurisée par un groupe de jeunes, armes aux poings. Presque camouflés, ils sont installés sous un arbre. Après le contrôle des pièces d’identité, la règle est simple : payer 2.000 Fcfa, pour les Maliens et 5.000 Fcfa pour les étrangers. C’est le prix du ticket d’entrée et de séjour délivré par une commission mixte, formée par des éléments de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), ex-rébellion touarèque et de la Plateforme. La même opération est de rigueur pour sortir du site. Une fois dépassé ce comité d’accueil, on aperçoit enfin le site. A première vue, elle donne l’impression d’une nouvelle ville bâtie autour de l’exploitation de l’or. Le nombre de personnes sur le lieu saute directement à l’œil. «Impossible de déterminer le nombre d’ouvriers sur le site. Mais, je pense qu’il y a plusieurs milliers de personnes qui travaillent ici, dont la grande majorité ne sont pas des Maliens», explique Ibrahim, un orpailleur malien rencontré sur le site. La quarantaine révolue, cet ancien expatrié en Europe, dit faire partir des tous premiers à avoir débarqué à In-Tillit, aux premiers mois de la ruée vers l’or sur le site. Dans la multitude de nationalités présentes sur le site, les plus nombreux sont les Nigériens, les Burkinabè, les Tchadiens et les Soudanais. Plusieurs activités animent l’économie de cette petite bourgade. Si les étrangers sont plus nombreux dans l’exploitation des mines, beaucoup de jeunes viennent de Gao pour faire du commerce. «La ville bleue» dispose même d’un quartier des affaires, dénommé «Sardjila», où se mène le business. «Tout s’achète ici, à condition d’y mettre le prix», lâche un boucher, installé dans ce quartier et occupé à charcuter un gigot. Les commerces sont multiples au «Sardjila», de la restauration à la vente de médicaments. Un peu plus loin après la boucherie, on peut apercevoir un salon de coiffure à côté d’un cabinet de guérisseur traditionnel. «Bienvenue chez nous. Vous connaissez la particularité de cette ville? Ici quand on n’a pas d’argent, on ne mange pas !», prévient notre ami boucher, avec un trait d’humour. De derrière sa table, il s’empresse d’argumenter, en expliquant que les prix normaux des produits sont systématiquement doublés sur le site. «Le sac de charbon coûte 10.000 Fcfa, la plaquette de paracétamol 300F cfa, le kilo de viande 5.000 Fcfa…», énumère-t-il. La spéculation n’épargne même pas l’eau, dont le bidon de 25 litres se négocie entre 750 Fcfa et 1.000 Fcfa. Le liquide précieux est transporté par citernes, depuis Gao. L’autre singularité de ce site d’orpaillage est, certainement, qu’il n’y aucun visage de femmes perceptibles à la ronde. A la question : où sont les femmes ? « Elles ne se sont pas tolérées par les groupes armés », répond-t-on. A la grande détresse de certains jeunes orpailleurs qui ne seraient pas contre un peu de compagnie féminine. «Il n’y a pas de femmes ici. Au début certaines ont essayé de venir, mais les groupes armés les ont sommées de partir et de ne plus revenir», relate un jeune vendeur de boissons. Le respect de la discipline est strict. «Ici, même la vente d’alcool est strictement prohibée. Celui qui se ferait prendre à mener cette activité aurait de sérieux soucis», poursuit le même vendeur. DE L’OR A TOUT PRIX – L’activité principale sur le site demeure bien l’orpaillage. Et le travail n’est pas de tout repos. Les conditions de vie des orpailleurs sont dignes de vrais survivants du Far West. La plupart s’abritent sous des tentes de fortune en bâches qui sont attachées à des piquets. C’est le décor presque partout. A défaut de tente, un abri de survie sous un arbre fait l’affaire de certains. «Le travail est dur ici. Nous montons dans les mines à 7 heures et nous revenons en
Crise du coton : L’inquiétude monte à Koutiala (Sud)
Enquête de Aminata Dindi SISSOKO Bamako, 24 sept (AMAP) Dans la capitale de l’or blanc, Koutiala, dans le Sud du Mali, où les populations vivent essentiellement d’agriculture, producteurs et industriels craignent une crise économique, sociale et alimentaire à cause du refus des paysans de cultiver le coton. Le coton constitue est l’un des leviers de l’Economie du Mali. Il est la deuxième source de nos recettes d’exportation après l’or. A ce titre, la contribution du secteur coton au Produit intérieur brut (PIB) est estimée à 15% au Mali. Il y est cultivé, surtout, dans la partie sud du pays (Sikasso, Bougouni, Koutiala, Yorosso), dans le Centre (Ségou et San) dans l’Ouest (Kayes), dans les Régions de Koulikoro, Dioïla, près de Bamako. Et occupe plus de 200.000 exploitations agricoles familiales. En la matière, Koutiala, troisième ville la plus peuplée du Mali, après Bamako et Sikasso, est considérée comme une zone de culture du coton par excellence. D’où l’appellation de «Capitale de l’or blanc». Si la production de coton est grippée dans cette partie de notre pays, l’Economie nationale éternue. Scénario catastrophe auquel il faudrait malheureusement s’attendre cette année. En effet, comme dans plusieurs zones au Mali, les producteurs à Koutiala ont boudé la culture du coton. La baisse initialement annoncée du prix du coton et la hausse de celui de l’engrais, ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, suscitant ainsi la colère et l’inquiétude chez les paysans. La grande majorité des paysans ont alors décidé de surseoir à sa culture, au cours cette campagne, jugeant excessif le coût du coton et de l’engrais. La décision de rétablissement de la subvention et de revalorisation du prix du kg de coton a été prise tardivement, selon plusieurs paysans que nous avons pu rencontrer. «Dans les champs réservés au coton, des agriculteurs ont semé l’arachide et le sésame en lieu et place du coton», répond Seydou Coulibaly, le président du mouvement «Uyeco» (Donnons-nous la main en langue locale «Minianka»). Ce regroupement de producteurs de coton des Cercles de Yorosso et de Koutiala (Sud) avait, rappelons-le, décidé de boycotter la campagne 2020-2021. « Sur 100 coopératives, 95 sont membres de «Uyeco», précise Seydou Coulibaly qui estime à seulement 3% les adhérents de son mouvement qui ont cultivé le coton, cette année. Une révélation qui recoupe les données du Pr Mamy Soumaré. Dans une contribution publiée dans « L’Essor », ce chercheur à l’Institut d’économie rurale (IER) souligne, qu’à la date du 20 juin 2020, seulement 26.000 hectares sont semés en coton sur une prévision de 810.000 hectares, soit un taux de réalisation de 3,2%. Il prédit que les surfaces cultivées en coton n’atteindront pas le tiers des objectifs attendus au sortir de la campagne 2020-2021. Parmi les rares personnes à cultiver le coton à Koutiala, figure El hadj Mohamed Daouda Diarra dit Dioro Madou. Selon des témoins, il avait invité beaucoup de gens à cultiver alors que les discussions étaient en cours sur le prix du coton. «Certains ont entendu mon conseil, mais beaucoup ne m’ont pas écouté. Au moment où ils se sont rétractés, il était déjà trop tard. Car, il y a une période pour la culture, la pluie n’attend personne. C’est à nous de nous préparer pour l’attendre», confirme le producteur qui nous a fait visiter son champ de coton situé à 12 km de la ville. Les cotonniers s’étendent sur les sept hectares. Pour lui, la culture du coton est vitale. «Je suis né et j’ai grandi dans le coton. J’ai eu tout ce que je possède aujourd’hui grâce à ce produit. Je connais les avantages liés à sa culture. Donc, je ne pouvais pas ne pas le cultiver», insiste celui qui est propriétaire de deux unités de production de tourteaux et d’huile. CULTURES VIVRIÈRES AFFECTÉES– Le refus de la majorité des paysans de cultiver le coton aura un impact sur tout le Mali, notamment les propriétaires d’unités de fabrique de tourteaux et d’huile. «Toutes ces industries ont pour matière première les graines de coton. Il faudra alors aller les chercher au Togo, en Côte d’Ivoire, au Bénin ou en Guinée. La production ne dépassera pas 40% cette année», s’inquiète l’industriel, avant d’inviter les politiques à laisser l’agriculture en dehors de leurs querelles. Comme Dioro Madou, plusieurs Koutialais s’accordent à dire que cette situation affectera l’économie de leur localité. En témoigne le cri du cœur du maire de la Commune urbaine de Koutiala, Oumar Dembélé. «Quand tu dis Koutiala, il faut dire Capitale de l’or blanc. Le coton occupe toutes les places : sociale, économique et culturelle. Le fait que le coton n’ait pas été cultivé à hauteur de souhaits cette année, ce n’est pas seulement Koutiala, mais le Mali qui ressentira l’effet de cette crise de coton», estime M. Dembélé. Selon lui, beaucoup de paysans ont semé d’autres céréales à la place du coton. Concernant particulièrement Koutiala, son développement économique repose sur le coton, insiste l’édile de la ville. Donc, tous les secteurs de l’économie locale seront touchés l’année prochaine : l’élevage, le commerce, le transport, l’emploi, etc. «L’ensemble de la population ressentira l’impact. Toutes les usines ne vont pas pouvoir tourner. Les petites unités, n’en parlons pas. Elles utilisent également les graines de coton. Beaucoup vont fermer leurs portes. Et énormément de personnes iront en chômage», prédit le producteur. Pour sa part, le président de la Fédération des huileries du Mali, Fanta Mady Keïta, ne mâche pas ses mots. Pour lui, les conséquences de la baisse de la production cotonnière seront catastrophiques pour tout le Mali. «La culture du coton est un système qui profite à nombre de Maliens de façon directe ou indirecte. Il existe 96 huileries au Mali, dont 32 sont basées à Koutiala. Ces huileries ont créé plus de 100.000 emplois directs, indirects et saisonniers. Quand le coton éternue, ces industries tremblent. Car, elles ont pour matière première le coton», argumente le manufacturier. Le propriétaire de cette unité industrielle, qui dit employer 154 personnes, tire la sonnette d’alarme. «Nous les industriels, nous sommes vraiment inquiets. Nous, industriels, population, Compagnie

