Douanes : Saisie de basin caché parmi des effets personnels
Bamako, 17 mars (AMAP) Les douaniers de la Brigade mobile d’intervention (BMI) de Bamako ont saisi, dans la nuit du lundi au mardi dernier, 54 pièces de basin de qualité « Getzner » dans deux fûts en plastiques cachés parmi des effets personnels venus d’Europe. Sur le marché local, ces pièces que transportait un camion chargés d’objets divers, valent une vingtaine de millions de Francs Cfa. A la découverte de la marchandise importée en contrebande, le chef de la BMI, l’inspecteur des douanes Toumani Diallo, a instruit son équipe de conduire le camion au bureau, à Faladiè, pour une fouille approfondie. La fouille a permis de découvrir une importante quantité de produits pharmaceutiques dont plusieurs boites sont déjà ouvertes et d’autres colis contenant des bouteilles de liqueur. En dehors des basins, des médicaments et des bouteilles d’alcool, la cargaison contient, également, des produits alimentaires variés qui ne sont accompagnés d’aucun certificat dûment délivré par les services compétents « Nous sommes en présence d’un cas emblématique de fraude et commerce illicite de produits dangereux pour l’homme », a expliqué l’agent des douanes en charge du dossier. Généralement rassemblés dans une barrique plastique ou dans des cartons bien emballés, ces effets personnels sont censés être sans grande valeur marchande. A ce titre, les droits de douane sont calculés sur la base d’un forfait, et au gabarit du contenant. Les services de répression ont constaté que ce mode de transport d’effets personnels est utilisé par de contrebandiers professionnels qui transportent, ainsi, des marchandises à forte taxation douanière pour échapper à la réglementation douanière. Cette saisie de basin, intervient quelques mois après une autre saisie de basin d’une valeur de plus de 200 millions de Fcfa. AC/MD (AMAP)
Poisson fumé ou séché : La sécurité sanitaire sujette à caution
Par Anne-Marie KEITA Bamako, 12 mars (AMAP) Les conditions de transformation et de conservation du poisson fumé ou séché laissent à désirer. L’hygiène est le cadet des soucis de nombre des acteurs de la filière. Pour ne rien arranger, il y a aussi l’utilisation de produits chimiques non homologués.Un tour sur les différents marchés de Bamako a permis de constater les conditions de vente de ce produit alimentaire tant sollicité par nos ménagères. Au Grand marché de condiments de Bamako, le poisson fumé et séché est exposé dans les cartons et à même le sol pour attirer la clientèle. Un peu partout, dans ce marché, les vendeurs installés en rangs dispersés vous propose un produit dont eux-mêmes ne maîtrisent pas la qualité. On note, rapidement, les mauvaises conditions de conservation et de vente du produit. Interrogé sur la conservation, Adama Diallo explique que sa marchandise provient de Mopti, mais, ignore pratiquement les conditions de transport. A ses dires, le poisson fumé arrive déjà infesté d’insectes et dans un état perceptible de dégradation. « Pour ne pas perdre notre bénéfice, nous le vendons tel quel », affirme-t-il. Non loin de ce vendeur, se trouve installé une dame. Elle s’appelle Alima Koné, également vendeuse de poisson fumé. On remarque, à vue d’œil, l’état poussiéreux de son produit avec les larves d’insectes. Fataliste, elle affirme ne rien maîtriser de la transformation et de la conservation du poison fumé et estime que la poussière et les infestations n’ont pas d’effets sur la santé puisque le poisson est d’abord cuit avant sa consommation. Spécialiste du fumage, Ramatou Bagayoko exerce ce métier depuis plus d’une dizaine d’années. Cette dame explique que le fumage et le séchage du poisson passent par plusieurs processus. Selon elle, pour avoir un bon poisson fumé et séché, il faut d’abord disposer de moyens adéquats de transformation tels que des fours, des séchoirs et accessoires. Aussi, il faut que le poisson à fumer soit de bonne qualité et non pas à l’état de putréfaction. Notre interlocutrice regrette que, très généralement, certains pêcheurs ou personnes chargées du fumage choisissent les poissons en état de putréfaction. Et certains utilisent des produits non conformes à la règlementation au plan national. Le poisson de mauvaise qualité, même bien fumé et séché, n’aura pas un goût agréable, ni de valeur nutritive et ne peut pas être conservé plus longtemps. Notre spécialiste affirme avoir reçu une formation dans le domaine. Elle explique que le séchage est une technique qui vise l’élimination de l’eau du poisson par évaporation en vue de réduire le taux d’humidité et baisser les chances de survie des bactéries. Quant au fumage, il consiste à réduire l’humidité du poisson par un feu et l’entretenir dans la fumée pour être séché. Ramatou Bagayoko explique qu’au cours de la transformation et de la conservation ou la mise sur le marché, le poisson peut subir les détériorations majeures de sa qualité nutritive et commerciale. Des infestations par les larves d’insectes, dont les mouches et les coléoptères, peuvent causer des pertes colossales sur la valeur marchande du poisson fumé et séché. Cette thèse est soutenue par notre premier interlocuteur Adama Diallo. La plupart des transformatrices et vendeurs interrogés sur la transformation et la conservation du poisson, ignorent que des produits comme des pesticides sont utilisés sur le poisson fumé et séché. Mais tous ont conscience qu’un pesticide peut avoir des effets préjudiciables sur la santé humaine. Selon une enquête réalisée par l’Association des consommateurs du Mali (ASCOMA), en 2015, sur la conservation du poisson fumé et séché, et dont nous nous sommes procurés une copie, le marché du District est approvisionné à partir des marchés d’autres régions particulièrement celle de Mopti, mais, aussi à partir des marchés de Dakar et de la Mauritanie en ce qui concerne le poisson de mer. Selon le même rapport, pour 20% des enquêtées, la méthode la plus courante de préservation du produit passe par un traitement du stock. 69% pensent que le poisson fumé est la catégorie la plus attaquée par les parasites. 76% des réponses fournies mettent en évidence la méconnaissance des produits chimiques utilisés dans la conservation du poison transformé. Cette méconnaissance des effets nocifs de l’utilisation des pesticides dans cette filière est source de danger pour le consommateur. La pratique des techniques traditionnelles de transformation du poisson frais en poisson fumé et séché s’explique, selon le directeur national adjoint de la pêche, Alhousséyni Sarro, par la nature périssable du produit, l’absence d’une chaîne de froid (glace, chambre froide), la lenteur des moyens de déplacement, l’enclavement des zones de production et le manque de moyens de conservation. « Ce sont là, autant de facteurs qui obligent le pêcheur à recourir à la transformation par le séchage et le fumage », a-t-il ajouté. La transformation est une alternative de premier choix pour remédier au problème de conservation du poisson frais. « Le poisson qu’on arrive pas à vendre frais, on le transforme rapidement en poisson fumé et séché pour pouvoir le vendre », a expliqué M. Sarro. Pour lui, la problématique du poisson transformé vient du fait que les producteurs ne respectent pas certaines normes d’hygiène. C’est à cause de cela que les avaries sont plus fréquentes. A ces difficultés, s’ajoutent le manque de formation des acteurs à mieux transformer et le manque d’équipements. Le directeur national adjoint de la pêche, pense que pour avoir une bonne qualité de poisson fumé et séché conservable, il faut d’abord former les acteurs de la chaîne de transformation, fournir des moyens adéquats de transformation et de conservation (fours et séchoirs adaptés). Pour la conservation de longue durée, Alhousséyni Sarro, ingénieur vétérinaire d’élevage, a souligné qu’il existe des produits homologués, par le ministère de la Santé et celui de l’Elevage et de la Pêche, pour que le poisson ne soit pas infesté par les insectes. La structure d’encadrement appelée « Opération pêche » s’occupait de ce processus. Ces produits pour le traitement du poisson fumé et séché autorisés par l’arrêté interministériel n°89-2459/MEE/MSPAS sont le K-Othrine 25 mg, et l’Actellic 50 mg. M. Sarro indique
Sous-produits d’abattage : Un business rentable
Reportage : Marian F. DIABATE Bamako, 05 mars (AMAP) Sur un grand espace longeant la Route nationale (RN7), à quelques kilomètres du grand virage de Sirakoro Méguetana, Moussa Sow, 35 ans, semble s’accommoder parfaitement de l’odeur infecte des restes d’abattage et des essaims de mouches qui pullulent. Après tout, c’est son lieu de travail. Ici, des queues de vaches suspendues à des structures en bois surplombent des monticules de cornes qui jonchent le sol. Sa journée de travail commence par un geste simple : dévoiler les «collines de cornes» recouvertes de bâches. Si le décor est fait d’une hygiène répugnante, à cause de l’odeur nauséabonde et les nuées de mouches, l’activité, elle, d’un point de vue «économique» est assez rentable. Ce n’est certainement pas Sow qui soutiendra le contraire. Depuis deux décennies, il exploite les cornes, poils de queues, mâchoires… Un business qui lui permet de relever le défi du chômage. « C’est dans le commerce de cornes que je suis connu. Il n’y a pas de sot métier», affirme-t-il, occupé à vérifier l’état d’un amas de cornes se distinguant des autres par sa couleur blanche. Le commerce de sous-produits d’abattage pour ce trentenaire est une activité à laquelle il était prédestiné, lui qui est fils de boucher. «Un beau jour, nous raconte-t-il, sur son lieu de travail, un ami qui m’a emmené des étrangers qui avaient besoin de cornes en quantité ». « Je suis fils de boucher, c’est la seule raison pour laquelle, on m’avait présenté ces Blancs», ironise-t-il. Mais à l’époque, notre interlocuteur n’avait aucune idée de ce qu’on pouvait gagner dans le commerce de cornes. C’était il y a 20 ans. «Je suis allé à l’abattoir de Sabalibougou-Courani. A l’époque, les cornes ne se vendaient pas, mais, dès que j’ai parlé de mon projet, ils m’ont vendu un tas à 50.000 Fcfa. Sa revente m’a rapporté un gros bénéfice. C’est après cela que, j’ai pris goût à l’activité», nous explique-t-il. Depuis ce jour, Moussa, natif de Mopti s’approvisionne en cornes à l’abattoir de Sabalibougou où il achète les deux types de cornes : les fraîches qui datent de peu de temps et les pourries. «On me cède la paire de cornes fraîches à 175 Fcfa», confie-t-il, ajoutant qu’il revend la même paire à 400 Fcfa, alors que celle en décomposition est cédée entre 200 et 250 Fcfa. Aux grossistes, il écoule le chargement de moto tricycle à 20.000 Fcfa, alors qu’un chargement de minibus-sotrama coûte 75.000 Fcfa. Si Sow est un fin connaisseur des cornes fraîches, il n’en sait pas autant sur les «décomposées» auxquelles il s’est intéressé, il y a seulement trois ans. Il affirme être un peu novice en ce qui concerne les «décomposées». «Je ne les achète pas au même prix que les cornes fraîches. Je préfère, d’ailleurs, les acheter à l’état frais. J’assure la décomposition, en les arrosant, matin et soir, pendant 15 jours durant la saison sèche, mais, pendant l’hivernage, deux pluies suffisent pour les décomposer», explique-t-il Qui sont les clients et à quoi servent ces produits, dont peu de personnes connaissent l’importance ? Pour Moussa, ce sont des Maliens. «Ils s’en servent comme engrais dans les champs et les vergers. Mes clients soutiennent que les cornes procurent un goût spécial aux fruits. En marge du commerce des cornes, notre trentenaire s’intéresse également au business des testicules de bœufs qu’il appelle «kôti-kôti» (animelles ou rognon blanc), aux queues de bœufs et d’autres abats, qu’il achète à l’abattoir de Sabalibougou-Courani. Pour le «kôti-kôti», l’unité coûte 150 Fcfa. Cet abat est prisé, selon lui, par les restaurants togolais, béninois, nigérians, camerounais et même maliens. Sow leur cède l’unité entre 200 et 350 Fcfa. «J’achète, également, la queue de bœuf à 600 Fcfa. J’enlève la viande et fais sécher les poils que je revendrai entre 125 et 200 Fcfa le kilo», nous explique-t-il. Ajoutant que la queue est utilisée comme un instrument traditionnel de nettoyage dans les boutiques. Quant aux autres os comme les mâchoires, le contenu des cornes et bien d’autres, le commerçant de sous-produits d’abattage affirme qu’il les brûle avant de les vendre. «Réduits en poudre, ils servent d’ingrédients pour la fabrication d’aliment bétail et de craie», indique-t-il. Il vend le sac de 100 kg à 1000 Fcfa. Pour Moussa Sow, l’un des défis de ce métier est le manque de fonds surtout au démarrage de l’activité. «J’ai souffert le martyr à cause des difficultés liées au processus de décomposition des cornes. Cela nécessite qu’on achète des équipements, des produits qui sont chers. Il vaut mieux y être préparé avant de se lancer», conseille-t-il. Moussa Sow nous confie qu’il vit de ce métier. «C’est grâce à cela que je me suis marié, que je nourris ma famille. Et j’ai pu acheter une terrain et construire ma propre maison», témoigne-t-il, en rendant gloire à Dieu. Dans l’avenir, notre interlocuteur ambitionne de créer son entreprise. Il souhaite embaucher les jeunes sans emploi, afin de relever le défi du chômage au Mali. Pour Moussa Fané, un de ses employés, ce métier est sa seule passion. Il est infatigable. C’est la motivation de son patron qui l’a incité à faire ce travail. MFD/MD (AMAP)
La CEDEAO à la recherche d’une énergie durable et abordable pour la Région
Bamako 04 mars (AMAP) Les ministres en charge de l’Energie et des Finances de six Etats membres de la Communauté économique des Etat de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont tenu, mardi, à Bamako, une réunion sur la sécurisation des échanges transfrontaliers d’énergie électrique dans le cadre du marché régional de l’électricité avec pour l’objectif principal d’échanger sur les nouveaux outils proposés et adoptés par les ministres sectoriels. «Ces instruments visent à assurer la solvabilité financière des sociétés d’électricité importatrices et exportatrices et à améliorer les échanges transfrontaliers avec pour effet de réduire les prix des tarifs. Les ministres des Finances devront tout particulièrement nous apporter l’éclairage nécessaire pour l’opérationnalisation de ces instruments dans les meilleurs délais», a expliqué le commissaire chargé de l’Energie et des Mines de la CEDEAO, Sediko Douka. Il a ajouté que l’organisation régionaleattend beaucoup de ces assises afin de renforcer le marché régional de l’énergie en Afrique de l’Ouest et faciliter l’accès des populations à une énergie durable, disponible et bon prix. Le commissaire chargé de l’Energie et des Mines de laCEDEAOa, ensuite, rappelé que l’un des handicaps majeurs au développement socio-économique dans l’espace commun aux 15 Etats, demeure l’insuffisance de l’offre d’électricité et le faible accès à cette ressource vitale. Malgré l’énorme potentiel énergétique de la région, le taux régional d’accès à l’électricité est de seulement 45% et des tarifs élevés. PRIORITÉS DE LA RÉGION – Les échanges transfrontaliers d’énergie électrique ne représentent que 8%.« Or, a souligné M. Douka, aucun développement économique durable ne peut se faire sans une énergie abondante, disponible, durable et abordable ». La Commission de la CEDEAO, en vue d’apporter une réponse durable à ce défi, a très tôt placé l’accès à l’énergie et la réduction du prix du kwh au rang des priorités de la Région. Dans cette optique, l’organisation régionale a axé sa stratégie sur la création d’un marché de l’électricité ouvert et compétitif, le développement des interconnexions et des échanges d’énergie électrique entre les États membres, la valorisation du gaz naturel pour accroitre l’offre de production d’électricité et la promotion des énergies renouvelables. Concernant le commerce de l’énergie au sein de la Région, le commissaire Energie et Mines a indiqué quedes actions concrètes ont été entreprises. Au rang desquelles, le lancement, en juin 2018, du marché régional de l’électricité et l’adoption, la même année, des textes communautaires notamment la Directive sur la sécurisation des échanges transfrontaliers d’énergie électrique du marché régional de l’électricité. Il a, aussi, souligné que la mise en œuvre de cette Directive est plus que nécessaire dans cette phase ultime de préparation du marché régional de l’électricité. Il a espéré ensuite que l’utilisation de l’aide budgétaire dans les Etats membres consacrera une part substantielle au secteur de l’énergie. Ce qui est d’ailleurs une des recommandations et souhaits exprimés par les ministres de l’Energie lors de la rencontre d’Abidjan. De son côté, la directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Mali, Soukeyna Kane,s’est réjouie des améliorations notables accomplies en matière d’accès à l’énergie en Afrique de l’Ouest, avec environ 50% de la population qui a accès à l’électricité. « Cependant, a-t-elle déploré, les taux d’accès restent encore trop faibles, particulièrement, dans les pays du Sahel ». Pour Soukeyna Kane, les défis du secteur restent nombreux, avec notamment une demande en forte augmentation, de 8 à 10% annuelle, une dépendance encore forte aux combustibles fossiles, coûteux pour la production d’électricité et volatile. Elle a réitéré l’engagement de la Banque mondiale à accompagner les acteurs du secteur de l’énergie au Sahel et dans la sous-région, pour répondre aux défis du secteur et accompagner les réformes entreprises par les différents pays. APPUI BUDGÉTAIRE – Dans ce cadre, l’institution financière prévoit d’accorder un appui budgétaire régional pour six pays : le Mali, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, dans un échéancier assez court, pour supporter les reformes visant à sécuriser le commerce d’électricité inspirées de la Directive de la CEDEAO. Aussi, la Banque mondiale envisage la création d’un Fonds renouvelable de soutien aux liquidités (LERF), qui permettrait aux exportateurs d’électricité d’avoir accès à des liquidités en cas de non-respect des dispositions contractuelles des importateurs d’électricité et vice-versa. Pour sa part, le Premier ministre, Dr Boubou Cissé, qui a présidé la cérémonie d’ouverture, a indiqué que la tenue de cette réunion est un témoignage supplémentaire de l’engagement de la CEDEAO à apporter des réponses concrètes aux problèmes posés pour l’amélioration des conditions de vie de nos populations. Dr Boubou Cissé a, par ailleurs, souligné que la lutte contre la pauvreté, la quête du bien-être quotidien pour les populations et la prospérité économique des Etats ne pourraient aboutir sans que des jalons importants ne soient posés dans des secteurs cruciaux comme celui de l’énergie. Le chef du gouvernement s’est réjoui que la Cedeao ait porté le secteur de l’Energie au centre des priorités de la Communauté et compris la nécessité d’accroitre la coopération régionale dans ce secteur, à travers la mise en commun des ressources énergétiques et la commercialisation de l’électricité. Dr Boubou Cissé ajoutera qu’il compte sur l’extrême diligence des ministres pour éviter tout retard qui sera préjudiciable au processus en cours et qui pourrait mettre en péril l’accès à une électricité fiable et à moindre coût. ADS/MD (AMAP)
Digitalisation des opérations bancaires : L’équation de la sécurité
Par Aminata Dindi Sissoko Bamako, 04 mars (AMAP) La troisième révolution industrielle continue de chambouler nos habitudes, en rendant possible ce que l’on croyait jusque-là irréalisable. La révolution numérique, après avoir supprimé les distances, promet de briser les liens physiques, qui existent encore, entre administrateurs et usagers, en dématérialisant tous les services de base. A partir de son Smartphone, nous pouvons accéder aux services de base nécessaires, depuis son bureau ou son domicile. Par ailleurs, tel un poison et son antidote, des cybercriminels développent des savoir-faire similaires visant à faire sauter les garde-fou et autres mesures de sécurisation pensées et mises en place par les établissements financiers. En effet, le digital banking, fruit de la révolution numérique, qui participe davantage à l’atteinte de l’inclusion financière, en permettant à chaque citoyen, là où il se trouve, d’avoir accès aux services financiers, se réinvente en permanence. Afin de sécuriser les opérations, s’adapter aux besoins nouveaux de la clientèle et la rassurer, par la même occasion, sur la fiabilité des services. Pour satisfaire ces exigences, de nombreuses structures bancaires implantées au Mali migrent vers le numérique. Résultats : UBA mobile banking App, Bim express, Internet banking, E-Banking, Cauris web sont entre autres services digitaux bancaires que proposent certaines structures bancaires maliennes. Les banques maliennes ont, ainsi, embarqué dans le train de la révolution numérique en développant de nombreuses possibilités de transactions en ligne. Grâce à ces produits, il est possible, aujourd’hui, de faire des transactions financières. Cela, grâce à un partenariat entre des institutions bancaires et des services de transfert d’argent, comme Orange Money. Coopération qui permet au client d’interconnecter ses comptes bancaires et Orange Money pour ainsi faire des transactions, régler ses factures d’électricité et d’eau, et même renouveler ses abonnements télé. TRANSFERT – La Banque de développement du Mali (BDM) est à la pointe de cette mutation technologique, selon sa directrice chargée du marketing et du digital. «Il s’agit, pour le client, d’être domicilié à la BDM mais aussi d’avoir un compte Orange Money. Une fois que vous souscrivez, vous pouvez à travers les menus Orange Money avoir votre solde bancaire, le mini révélé. Vous pouvez, également, transférer de l’argent de votre compte bancaire vers votre compte Orange Money et vice versa. Cette solution permet d’avoir accès à votre argent depuis votre quartier. Etant donné qu’il n’y a pas d’agences bancaires dans tous les coins de rue, mais il y a des kiosques Orange Money », explique Mme Doucouré Assan N’Diaye. Elle souligne que la BDM travaille sur ce chantier depuis plus de cinq ans et que ces projets ont connu un essor à partir de 2017. « En plus des transactions via le mobile, la banque met à la disposition de ses clients d’autres offres. Certaines sont conçues pour toute la clientèle, d’autres pour une clientèle ciblée comme les grandes entreprises ou des particuliers », spécifie-t-elle. Conçu pour les grandes entreprises, le « E-Banking » est, par exemple, dédié exclusivement à la consultation et à l’édition de coordonnées de compte. Le e-payement, lui, permet à une entreprise d’ordonner un virement à partir de son bureau. « Il n’y a plus de papiers qui circulent, plus de longue file d’attente pour pouvoir déposer des ordres de virement et attendre qu’ils soient exécutés. Depuis leur bureau, les clients peuvent télécharger les états de virement et, automatiquement, c’est intégré au niveau de la BDM », commente Mme Doucouré Assan N’Diaye. Les particuliers ne sont pas oubliés. « Une fois que vous avez des cartes bancaires, vous êtes automatiquement enrôlés sur Cauris web qui est comme un guichet automatique ambulant dans votre poche, à travers votre téléphone. Grâce à Cauris web, vous pouvez avoir accès à plusieurs transactions. Comme consulter vos soldes et avoir des mini-relevés, ou activer et désactiver votre compte», explique Mme Doucouré. Notre interlocutrice précise que sa structure considère cette année comme celle de la digitalisation. De ce fait, d’autres produits innovants seront lancés. Ils permettront à ceux qui n’ont pas de compte à la BDM d’avoir accès à certains services bancaires, à travers un portemonnaie électronique. A la question de savoir si ces offres ont un coût, elle répond : « Toute offre a des coûts qu’on le dise ou pas. Mais, ces coûts sont bien étudiés pour permettre au maximum de clients de les supporter ». CULTURE DU CASH – Toutefois, le défi est la familiarisation des clients avec ces offres. « Nous sommes dans une culture du cash, du contact physique. C’est toute une sensibilisation qui sera faite pour que le client comprenne l’importance de la digitalisation qui est un processus auquel on ne peut pas échapper. Ou vous êtes dans le train ou vous restez derrière les autres », soutient-elle. La Banque internationale pour le Mali(BIM) est, elle aussi, entrée de plain-pied dans la numérisation. « Depuis quelques temps, nous avons le SMS banking qui permet de consulter son compte via le mobile et permet de consulter le solde du compte en temps réel. A chaque fois qu’il y a une opération de débit ou de crédit, le client reçoit instantanément une alerte lui spécifiant qu’une opération est en cours sur son compte », dit le directeur adjoint des marchés des particuliers et des productions libérales à la BIM et chargé du volet formation E-banking et SMS banking, Daouda Sissoko. Et d’ajouter : « Nous avons, également, Adria ou BIM net qui permet de consulter son compte via internet. Cette offre est mieux adaptée aux entreprises. Ces deux offres permettent, également, de télécharger l’extrait de compte en formant PDF par mois pendant douze mois. Ils fonctionnent 24 heures sur 24 tant que le réseau fonctionne normalement ». Ces innovations, somme toute nécesssaires, ne ne serviraient à rien si les banques ne disposaient pas de mesures de sécurité visant à protéger les clients et les opérations.La digitalisation a comme corollaire la multiplication des attaques informatiques contre les banques, le développement de la cybercriminalité. Attaques malveillantes contre lesquelles les banques ont l’obligation de trouver des parades. A ce propos, Mme Doucouré assure que les solutions numériques de la BDM sont protégées par plusieurs niveaux de validation. « Les
Points de course en direct : folle ambiance au royaume des parieurs !
Reportage : Oumar DIAKITE Bamako, 02 mars (AMAP) Au Point de courses en direct (PCD) de Djikoroni Para, on trouve des personnes de toutes les couches sociales de la population malienne. Les cris des turfistes, leurs commentaires sur les différents chevaux susceptibles d’être parmi les numéros gagnants, animent les PCD. Si certains parieurs ont tiré profit des courses en direct, en faisant des réalisations notoires, d’autres turfistes acharnés courent toujours derrière la chance. Ce mercredi, du début de mois de février 2020, est un jour de course pour le quinté+ dans les PCD du Pari mutuel urbain qui enregistrent une affluence inhabituelle. Déjà, à 12 heures 30 mn, le parking motos, à l’entrée des lieux déborde d’engin. Ceux qui arrivent à la dernière minute prennent le soin de garer leurs motos de l’autre voie de la route, côté fleuve. Une vendeuse de brochettes, tout près de l’entrée de la cours, mène son business. A première vue, la cour du PCD en dit long sur l’atmosphère de la salle. Des groupuscules se sont formés, ici et là, selon les affinités. Ils ne parlent que de numéros. On rencontre toutes les catégories socioprofessionnelles de la population malienne. Des militaires en tenue correcte, des mécaniciens habillés aux habits tachés d’huile noire, d’autres personnes en costume se faufilent par-ci, par-là. Tout porte à croire que certains ont déserté leur bureau pour venir tenter leur chance. Il n’y a pas que des désœuvrés qui fréquentent le site. Dans la cour jonchée de mégots de cigarette, les fumeurs dévissent, chacun parle de sa base, de ses chevaux favoris. A 12 heures 55 mn, tout le monde afflue vers la salle de course. C’est une salle remplie comme un œuf. On y trouve des hommes (jeunes et vieux) et quelques femmes. Ici, c’est à la limite du confort. Certains jeunes ne se gênent pas pour fumer. Les regards tendus sur les écrans plats fixés au mur, sur fond de bourdonnements. « Le 11 va lâcher ! Vas-y, le cheval numéro 2 ! Eeeh, le 3 recule ! » les parieurs supportent de la voix leur combinaison. Ils se sont tous levés des quatre bancs métalliques fixés au sol dans la salle. Ils se tiennent débout. Un vieux au fond de la salle, la soixantaine révolue, ne tient plus sur place. On dirait un jockey, ses gestes et mouvements sont accompagnés de cris d’encouragement. Tout d’un coup : « Ho, ça nous a massacré… ! » lâche-t-il, désappointé. C’est la fin de la course du quinté+. Parallèlement, des turfistes, de hauts cadres, suivaient la course dans une salle VIP, différente de celle réservée au grand public. L’atmosphère y est plus feutrée. Les numéros gagnants s’affichent sur les écrans : 11-2-4-13-12. Tout d’un coup, la salle se vide des parieurs. Sur les visages, on lit qu’il y a eu moins de gagnants. Des figures froissées, des yeux rouges, les perdants ne manquent pas de mots pour justifier leur manque de pot du jour. « C’est toi qui m’a conseillé le cheval numéro 8 au détriment de mon numéro 2 », un homme d’une trentaine d’années accuse son compagnon. A peine quelques minutes, plus tard, les rapports de la course du quinté+ s’affichent sur les écrans et sont disponibles chez les guichetiers. le gagnant dans l’ordre, touche gros : 18.370.400 Fcfa contre 79.500 Fcfa pour les gagnants dans le désordre. Le bonus a fait gagner 5.300 Fcfa. Ainsi de suite…. ATTRAYANTE CAGNOTTE – Selon la cheffe d’agence de Djikoroni Para, Nana Touré, l’affluence de la course du mercredi 5 février 2020 est due à la mise en jeu d’une cagnotte. « La cagnotte dépend de la course précédente. S’il n’y a pas eu de gagnant dans l’ordre, le gain sera remis pour la prochaine course. Il n’y a eu aucun gagnant dans l’ordre au quinté + du lundi dernier, c’est pourquoi on avait une cagnotte aujourd’hui. Ce sont des cas imprévisibles», nous explique-t-elle après la course. Les courses en direct commencent à 8 heures du matin jusqu’à 18 heures du soir, sur différents Hippodromes. Selon les précisions de la première responsable de l’agence de Djikoroni Para, elles sont intercalées de 30 minutes, des fois de 15 minutes. Les courses en direct rapportent de l’argent rapide. « Et les mises vont de 500 Fcfa à des millions », révèle Mme Touré. La paie se fait sur place, en moins d’une heure. Ce paiement spontané attire les turfistes qui sont présents à tout moment et, ce, tous les jours. « On effectue les paiements, quelques minutes après les rapports finaux de chaque course, du matin au soir. Nos clients sont des personnes des deux sexes (des majeures) et de différentes catégories des couches sociales. Certains parieurs passent toute la journée ici. Ils jouent jusqu’au soir…Nous, on aime ça », dit Mme Touré. Elle ajoute que seuls les guichetiers ont leur jour de repos. Les difficultés ont trait aux agissements de certains parieurs. « Des fois, certains joueurs attendent la dernière minute. Si le guichetier ou la guichetière fait un erreur, bonjour les grossièretés, les injures…sans même chercher à comprendre nos agents », se plaint la chef d’agence. DES FORTUNES DIVERSES – Les turfistes en parlent. C’est les deux extrémités. Depuis leur introduction par le PMU, il y a plus de dix ans, les courses en direct au Mali ont fait des heureux parmi certains acharnés des salles de jeux. D’autres, au contraire, ont été ruinés. Aujourd’hui, on compte plus d’une vingtaine de PCD beaucoup de quartiers de la capitale, Bamako. Les parieurs, notamment les malheureux en jeu, parlent mais dans l’anonymat. « J’ai commencé à jouer dans les points de courses en direct, il y a à peine 5 ans. Je suis de ceux dont la vue a été changée par les PCD. Grâce aux courses en direct, j’ai eu un chez-moi. Je me suis procuré un lot d’habitation avant de le construire en étages », dit Abdoulaye Coulibaly, policier de son état. Il affirme avoir remporté des millions de francs CFA à deux reprises. « J’ai gagné 18 millions dans un premier, avant de ramasser 5 millions de francs CFA. Personne ne peut me déconseiller de miser
Discours du Premier Ministre à la cérémonie de lancement du calendrier d’émission des titres publics de l’année 2020 (Bamako, le 27 février 2020)
Mesdames et Messieurs les Ministres ; Monsieur le Directeur National de la BCEAO pour le Mali ; Monsieur le Représentant résident du FMI ; Monsieur le Directeur de l’Agence UMOA-Titres ; Mesdames et Messieurs les Dirigeants des Etablissements de crédit et des Compagnies d’assurances ; Messieurs les Directeurs des Organismes de Sécurité Sociale ; Messieurs les Présidents des Chambres du Mali ; Mesdames et Messieurs ; Honorables invités. C’est un réel plaisir pour moi d’être parmi vous, aujourd’hui, pour présider le lancement du calendrier d’émission des titres publics du Mali pour l’année 2020. Votre présence de qualité à cette cérémonie illustre de manière éloquente l’importance que vous accordez au développement socio-économique du Mali notamment en termes d’accroissement et d’amélioration de l’offre de financement visant à soutenir les grands projets de développement économique du pays. Pour mémoire, le cadre stratégique pour la relance économique et le développement durable (CREDD 2019-2023) prévoit une croissance économique moyenne de 6,5% sur la période allant de 2019 à 2023. Dans ce cadre, je voudrais vous faire remarquer que l’objectif de croissance sera mené à bien par le développement de l’industrialisation afin de diversifier les leviers de croissance et de diminuer la dépendance de l’économie vis-à-vis du secteur primaire, vulnérable aux chocs externes. Cette croissance serait dominée principalement par les branches de l’industrie notamment l’électricité-eau, l’agro-alimentaire et les BTP. Ces performances seront liées à la mise en œuvre des réformes du secteur coton, aux investissements prévus aux niveaux des infrastructures (routes, ponts, constructions, aménagements hydroagricoles…), l’électrification, etc. Ainsi, le soutien à l’économie nationale passe indéniablement par la mobilisation de ressources intérieures, notamment fiscales, mais également par la mobilisation des fonds sur le marché financier régional. Mesdames et Messieurs ; Honorables invités. L’Etat du Mali, à travers la Direction Nationale du Trésor et de la Comptabilité Publique réalise des émissions de bons et obligations du Trésor sur le Marché Financier Régional, avec le concours de l’Agence UMOA-Titres et des Sociétés de Gestion et d’Intermédiation (SGI). Ainsi, pour l’année 2019, le Trésor public a poursuivi la mise en œuvre de son approche innovante consistant à intervenir sur le marché avec une fréquence régulière. Celle-ci a donné des résultats satisfaisants avec un montant mobilisé de 544 milliards de FCFA sur une prévision de 520 milliards de FCFA. Par ce résultat remarquable, je voudrais féliciter les investisseurs, ici présents, qui ont tenu leur promesse d’accompagner le Trésor public dans la mobilisation, sur le marché régional, des ressources nécessaires à la couverture du besoin de financement de l’Etat. Mesdames et Messieurs ; Honorables invités. La gestion efficiente des finances publiques a toujours été une préoccupation constante des autorités maliennes. Ainsi, pour renforcer la crédibilité de la politique budgétaire et la confiance des investisseurs à l’économie nationale, notre pays s’est fait noter à l’échelle régionale et internationale, respectivement par Bloomfield Investment et Moody’s Corporation. A l’issue des premières notations, publiées début 2019, le Mali a obtenu avec Bloomfield Investment la note BBB à long terme et A3 à court terme avec perspective stable. S’agissant de la notation avec Moody’s, celle-ci a affiché B3 en monnaie locale et en devises avec perspective stable. Les revues annuelles de ces notations viennent d’être bouclées. Au demeurant, il y a lieu de retenir qu’en dépit de la situation sécuritaire difficile de notre pays et ses impacts négatifs sur les finances publiques, la résilience de l’économie malienne et la solidité de nos finances publiques ont été toujours reconnues par nos partenaires. Mesdames et Messieurs ; Honorables invités. J’ose espérer, pour ce qui concerne le programme d’émissions des titres publics de 2020, que vous continuerez à nous appuyer dans nos efforts de développement économique et financier, en souscrivant significativement aux bons et obligations du Trésor public pour un montant global de 667 milliards de FCFA. Je demeure convaincu, en outre, que cette rencontre renforcera davantage la confiance entre les acteurs du marché, que vous êtes, et le Trésor public, afin de faire des émissions des titres publics du Mali pour l’année 2020, un véritable succès. Je voudrais saisir cette opportunité pour remercier le Directeur de l’Agence UMOA-Titres pour sa présence et son accompagnement. Mes remerciements vont également à l’endroit de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers, et à son Président, au Comité des compagnies d’assurances du Mali et à son président, ainsi qu’au Directeur général de la SGI-Mali, pour leur participation à nos émissions de titres publics. Enfin, je remercie l’ensemble des investisseurs institutionnels notamment l’INPS, la CANAM et les Compagnies d’assurance qui ont contribué à la réussite des opérations du Mali sur le marché financier régional. Je souhaite plein succès pour les émissions de titres publics de l’année 2020. Je vous remercie pour votre aimable attention. Le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Ministre de l’Economie et des Finances. Dr. Boubou CISSE Grand Officier de l’Ordre National
Vie en zone aurifère : L’envers du décor
Reportage : Ahmadou CISSE Bamako, 20 février (AMAP) Le soleil se lève sur la grosse bourgade de Kéniéba. Le vent frais du petit matin apporte les premières vagues de poussière de la journée. Les mines ne sont pas loin et la longue journée de travail commence bientôt. Ceux qui y sont employés savent que le retard n’est pas toléré. Comme à l’école des temps anciens, les chefs d’équipe font l’appel, avant de rappeler les objectifs de la journée. Avant le regroupement des miniers, les habitants du quartier de Lafiabougou et ceux du quartier I s’activent, après une courte nuit dans les mains de Morphée. Ils sortent un à un de leurs logements. On dirait que chaque habitant possède une moto. Les habits sont déjà couverts de poussière. Le travail est rude dans les mines. Si le salaire est attractif, il faut bien le mériter. Le temps passe vite. Il faut se hâter à avaler le petit déjeuner. Abdoul Aziz, moniteur d’engins lourds vient d’opter pour le pain à la mayonnaise, avec du café au lait. Dans le quartier, les uns cherchent de quoi réveiller l’estomac, les autres courent rejoindre leur poste de travail. Les bus et mini bus passent et repassent. Des hommes en tenue de chantier grimpent à chaque arrêt. « Mon car est arrivé, je dois y aller. Au revoir monsieur le journaliste » lâche Abdoul qui ferme derrière lui la porte coulissante du bus surmonté d’un gyrophare. Un morceau de tissus jaune flotte au bout d’une tige fixée sur le pare-choc avant du véhicule. Ce jeudi matin de janvier, il fait légèrement frais. Un vent de poussière continue à lessiver les visages. D’autres 4×4 activent les gyrophares. Avant 6 heures du matin, tous doivent être au poste. L’or n’attend pas. Les enjeux sont gros. Les sociétés minières mettent le paquet pour gagner le maximum. C’est la règle du jeu. Karamoko, lui, s’est dirigé tout droit chez un autre vendeur de café au lait. Comme tous les matins, il est au rendez-vous. Même heure, même menu. C’est son rituel. « On a pas le choix » lance le maintenancier avant de s’adresser au tenancier de la cafétéria du bord de la route. En peu de mots, il lance sa commande. Il honore quelques minutes, plus tard, sans ménagement, la miche de pain à la mayonnaise, avant de l’arroser d’un verre de café au lait bien chaud. La journée peut démarrer en toute sérénité avec un ventre en béton. Comme tous les camarades de sa génération, il possède une grosse moto de marque asiatique qu’il a achetée, quelques mois plutôt. Plus qu’un moyen de déplacement, la moto est un signe de réussite sociale et individuelle. Généralement, avec le revenu des premiers grammes d’or écoulés sur le marché noir, c’est la moto et le téléphone portable tactile qu’il faut acheter. Le reste peut bien attendre. Ceux à qui l’or a davantage souri vont jusqu’à l’Apache, une moto de tendance réputée robuste et « bling bling ». Son coût frôle le million. Le jeune homme enfourche sa bécane. Il grimpe l’engin d’un trait. Direction : la broussaille. Nous l’y avons accompagné pour comprendre les techniques d’exploitation des sites d’orpaillage traditionnel. Deux systèmes existent dans notre pays: le dragage fluvial et les puits. Le premier se pratique sur les cours d’eau et le second sur la terre ferme Karamoko est une célébrité locale étonnante. A chaque virage, son nom sonne dans la bouche d’un passant. Kara est en effet d’un commerce agréable. Philosophe, il aime répéter que la vie n’est rien. « An be gnogon bolo », cette phrase usée à l’ivresse dans le milieu juvénile est devenu son leitmotiv. La moto chinoise crache du feu. Kara la poussa à la lisière de ses capacités motrices. Derrières des buissons, se cache l’industrie locale d’extraction d’or. Les moyens sont rudimentaires certes mais leur efficacité ne souffre d’aucun doute. Rudimentaires ? C’est peut-être trop dire. En vérité, les sites orpaillage rivalisent d’ingéniosité pour aller plus vite et plus loin. Tout est pratiquement mécanisé. Ils utilisent des moteurs de type Mercedes pour remonter la boue qui sera traitée par une autre machine pour en extraire le métal jaune. COMME A LA LOTERIE – Karamoko est à la tête d’une petite équipe de jeunes prêts à tout donner pour extraire l’or des entrailles de la terre. Volontiers, il explique comment c’est fait. « Nous sommes très nombreux ici à venir d’ailleurs. Beaucoup d’entre nous sont venus depuis plus d’un mois. Il faut avoir deux éléments essentiels pour travailler: la machine de concassage et les produits chimiques. Certains possèdent des puits. Eux, ce sont les patrons. Ils font travailler des gens et ils sont payés au prorata des gains ». Interrogé sur ses gains, Kara se montre volontairement évasif. « Vous savez, dit-il, c’est Dieu qui donne. On peut gagner des centaines de grammes ou ne rien gagner du tout. C’est une question de chance ». En vérité, notre jeune orpailleur n’est pas à son coup d’essai. Depuis quelques années, il sillonne les sites sans jamais tomber sur un filon. Comme à la loterie, il creuse sans jamais pouvoir améliorer les conditions de vie de sa famille. Sa fiancée l’attend toujours dans son village. Les cérémonies du mariage n’attendent que l’or qu’il n’a pas encore trouvé. « Je continue à tout donner. C’est Dieu qui sait », confie Kara, fataliste. Sur l’utilisation des produits frappés de prohibition partielle (cyanure) ou cannabis (totale), il est également peu bavard. Pourtant, il est quasiment impossible de tirer profit de cette activité sans utiliser le cyanure pour extraire l’or de la boue et le cannabis pour motiver les jeunes à se surpasser. Le service des douanes installé sur la route, à Kita, s’est fait un nom dans la saisie de ces produits interdits. Le cannabis se transporte par paquets de 2 kg chacun. Sur le terrain, le paquet est décomposé en doses vendables à ces nouveaux accros. Quant au cyanure, les convoyeurs le met dans des sacs et bien cachés dans les soutes des bus. Selon un chimiste d’une mine croisé dans le célèbre restaurant d’un des deux hôtels
Orpaillage traditionnel : Péril sur l’environnement
Reportage : Ahmadou CISSE Kéniéba, 19 février (AMAP) A un jet de pierre de la piste d’atterrissage précaire des avions miniers qui font la navette, deux fois, toutes les semaines, il y a un gros site d’orpaillage. Ici, jeunes femmes et hommes travaillent côte à côte. Les uns concassent la pierre, les autres vendent des aliments ou tamisent la terre brute. Une centaine de puits sont alignés sur un filon découvert depuis peu. La grosse bourgade de Kéniéba est à moins d’un kilomètre, à vol d’oiseau. Les questions environnementales liées à l’exploitation de l’or ne préoccupent guère les orpailleurs. De l’or, de l’or et de l’or ! De gros tas de troncs d’arbres sont stockés çà et là. Les arbres sont coupés jusqu’à la racine pour sécuriser les parois de ces puits profonds de plus de 100 mètres pour certains. Les produits chimiques utilisés par les orpailleurs restent dans les eaux boueuses formant un marécage. «Nous payons de l’argent au service des eaux et forêts pour utiliser les troncs d’arbre et pour creuser nos puits», affirme un jeune orpailleur, se présentant comme le chef d’une équipe qui dispose d’une machine à broyer et quelques outils entretenus par un forgeron délocalisé sur le site. «Il fait de bonnes affaires ici. Les pelles, pioches et marteaux sont réparés chez lui», confie Seydou, un ressortissant guinéen. Les critiques les moins acerbes avancent que la rivière Falémé montre des signes de toxicité alarmants. C’est peu dire pour qui a déjà visité certaines zones aurifères dans notre pays. Les sites se sont multipliés à la faveur d’un laxisme dans le contrôle et la gestion des nuisances. Au fond, tous les orpailleurs le diront : les fonctionnaires de l’Etat en charge de l’application de la réglementation entretiennent un échange de bons procédés avec les chercheurs d’or, majoritairement, de pays voisins. «Quand la gendarmerie nous interpelle, nous payons et nous recommençons», chuchote un orpailleur. A la préfecture, on évoque le manque d’effectif et de moyens pour permettre aux forces de l’ordre d’arrêter les dérives aux orpailleurs. Sur le plan de la gestion de l’environnement, le préfet Idrissa Kané ne cache pas son inquiétude. Il sait que les arbres sont illégalement coupés. Il sait, aussi, que les terres sont polluées par les mines. Le chef de l’exécutif local dénonce, à demi mot, la complicité de certaines notabilités qui encouragent la coupe du bois et l’utilisation des produits dangereux pour la santé humaine. Pour l’administrateur, il est impératif que les populations comprennent que l’avenir de tous dépend de notre comportement d’aujourd’hui. Qu’elles sachent que « le fait de couvrir les activités illégales peut rendre riche mais grève l’avenir des jeunes générations ». Le préfet prend l’exemple des opérations ponctuelles de lutte contre le dragage sur les cours d’eau. «Il se trouve que les leaders communautaires, eux-mêmes, avertissent les contrevenants des missions», regrette-t-il. MANQUE DE MOYENS – Pour le capitaine Modibo Sountoura, chef de cantonnement des Eaux et Forêts, il n’y a pas de soucis majeurs. Les premiers ennemis de la forêt, de son point de vue, sont la coupe du bois, l’exploitation du charbon de chauffe et l’incendie. La chasse n’est pas très développée. « Or, poursuit-il, la coupe du bois et la vente de charbon n’intéressent personne dans cette zone où l’on roule sur l’or ». Cette structure de répression est, paradoxalement, dépourvue de moyens. Pas un seul véhicule de patrouille. Une épave de 4×4 est sur cale depuis belle lurette, après de très longues années de bons et loyaux services. Depuis, rien. Les agents des eaux et forêts ne s’alarment pas sur l’état de la faune et de la flore. « Dans la brousse, note le capitaine, on trouve encore beaucoup de singes dont une partie a été délocalisée par les mines, tout comme les phacochères, les antilopes et les hippopotames ». Dans la famille des reptiles, il cite les boas, les varans, les caïmans. Côté oiseaux, il note la présence de pintades sauvages, de perdrix, des outardes et des calaos. La plupart de ces animaux migrent entre le Mali et les pays voisins, comme le Sénégal et la Guinée. Contrairement au gardien de la forêt, le 3è adjoint au maire de la Commune de Kéniéba, Idrissa Bah, tire la sonnette d’alarme. Il explique qu’une bonne partie de la forêt est occupée par des sites d’orpaillage et qu’aucune mesure de préservation de l’environnement n’est respectée. Les arbres sont, quotidiennement, abattus pour la cuisine ou encore pour les besoins de fixation des parois des mines artisanales. «Les produits utilisés sont interdits mais les services de répression n’ont pas les moyens humains nécessaires pour faire appliquer la loi», regrette l’élu local. Du côté des mines régulières, on assure que la situation est sous contrôle. Elles ont des montagnes de déchets, stockées à ciel ouvert. Les mares artificielles d’eaux contaminées sont protégées par des barbelés. Les populations craignent que la nappe souterraine ne soit déjà contaminée. Mais à ce jour, aucune étude scientifique n’a prouvé le niveau de pollution des eaux. Les mines, qui font le défrichement, payent des taxes et compensent les dégâts en reboisant. Donc, rien de vraiment alarmant à ce niveau, selon le chef local des eaux et forêts. AC/MD (AMAP)
Développement en zone aurifère : L’or ne brille pas pour tous
Reportage : Ahmadou CISSE Bamako, 20 février (AMAP) « Tout ce qui brille n’est pas de l’or ». Cette expression, bien que galvaudée, de nos jours sied au Tambaoura, zone géographique riche en or où convergent des milliers de jeunes en quête de fortune. L’Eldorado tant miroité se trouve être, bien des fois, une aventure ambiguë. Le contraste est saisissant. Tous les villages sont quasiment assis sur le métal jaune. Les compagnies multinationales se bousculent à leurs portes, attirées comme des mouches sur le miel, par un sous-sol riche. Pas moins de cinq grandes mines opèrent dans cette partie du Mali. Autour de Kéniéba, mère Nature saigne de toute part. La terre prend l’apparence d’un corps humain criblé de balles. Avec des plaies béantes. Les grosses machines creusent frénétiquement à la recherche de filons. Des mastodontes dégagent, au même moment, des montagnes de remblais pour alimenter de gourmandes machines de traitement d pour en sortir le métal jaune tant convoité. Dans chaque mine, les compartiments sont distincts. La zone d’extraction est séparée de l’usine. La base vie est légèrement écartée de ces deux blocs. Ici, toutes les commodités sont réunies : électricité, supermarchés, stades de football et autres terrains de sport, réfectoire, centre de soins … et mêmes des établissements de loisir pour les miniers. Les aliments et les produits de consommation sont livrés par des avions qui font la navette. Certains produits sont commandés de l’extérieur du pays pour garantir une qualité de service sans reproche et un niveau de vie au standard européen. Le confort est presqu’insolent. Tels des oasis, au milieu du désert, ces bases vies regardent les villages environnants qui manquent de tout. Ou presque. Les plus aisés utilisent des panneaux solaires expédiés de Chine alimentant des ampoules qui éclairent à peine leur environnement immédiat. Les hangars se succèdent, quelques fois entrecoupés de quelques concessions en banco. Rien de vraiment glorieux. L’or ne brille pas pour tous dans cette contrée où la poussière impose son diktat. Pourtant, les dirigeants des différentes sociétés minières jurent, la main sur le cœur, que leurs entreprises sont citoyennes et profondément attachées au développement local. Des centaines de millions de nos francs seraient versés aux populations autochtones pour l’amélioration de leur cadre de vie. Cette manne financière serait confiée aux municipalités, sous la bonne garde des maires. Fort de ce renseignement, quoi de mieux que de toquer la porte de M. le maire ? Une porte en bois s’ouvre sur l’élu local. Idrissa Bah, 3emaire est confortablement installé derrière un bureau sur lequel sont posés un ordinateur portable, un calendrier et une pile de cachets. Le drapeau national flotte sur son bureau de travail, surplombé de la photo officielle du président de la République. Entre deux signatures de copies d’extrait d’acte de naissance, il précise que sa commune abrite trois mines d’or à savoir Endeavour, Goungoto et B2 Gold. « Nous avons deux types de relation avec ces mines : la patente rétrocédée aux collectivités par l’Etat et le développement communautaire directement piloté par le sous préfet. Le plan de développement est géré en bonne intelligence avec les villages. Nous sollicitons les sociétés minières sur des urgences de la localité. Nous avons initié les cartes d’orpaillage pour pouvoir les identifier. A ce jour, la mairie ne tire aucun bénéfice de l’orpaillage » défend l’élu. En 2019, la Commune a bénéficié d’une enveloppe d’un milliard 300 millions, au titre de la patente de deux mines industrielles. « Comme toutes les autres communes, nous intégrons ce fonds dans le budget de la commune. Budget constitué de deux éléments : fonctionnement et investissement. Nous construisons des salles de classe et les équipons, des Centres de santé communautaire (et évacuations de malades), des forages, aménageons des pistes et des périmètres maraîchers … », précise le maire. Il tient à ajouter que sa commune apporte un appui à tous les services de l’Etat. « Quand la tâche est immense, les citoyens pensent qu’on ne fait rien. L’an passé, nous avons réalisé 38 forages dans les 28 villages de la communes», insiste Idrissa Bah qui se dresse contre l’orpaillage. « J’ai peur pour l’avenir des miens. Les forêts sont détruites à la faveur de l’orpaillage traditionnel. Quand les mines fermeront, il faut que les procédures soient respectées », s’inquiète l’élu. Il se rappelle avoir participé à une formation au cours de laquelle il a été clairement indiqué que les mines doivent créer un compte approvisionné, chaque année, pour préparer la fermeture du site. « Hélas ! Cette disposition n’est pas observée », dit-il. Selon le maire, pas grand-chose n’est fait pour l’après mines. « Cela me désole beaucoup » ajoute-t-il. Il poursuit : « Kéniéba est envahi. Nous avons plus de 40 nationalités ici. Ceux qui gagnent réellement de l’argent, parce qu’ils maîtrisent mieux les techniques, sont les étrangers. Les autochtones sont en train de se retirer de l’or au profit de l’agriculture et le commerce ». Pour le moment, seuls quelques chanceux tirent leur épingle du jeu. « Globalement, nous sentons un ralentissement des activités dû en partie à la pression démographique », analyse le maire qui prédit une année difficile pour sa localité. Le préfet du cercle, Idrissa Kané, lui, est plus optimiste. Il donne quelques exemples en commençant par cherté de la vie. Malgré cela, les populations arrivent à acheter les produits sur le marché. De son point de vue, cela est un indicateur important. Il ajoute que chaque famille dispose d’au moins 4 motos. Un jeune travaillant dans les mines est payé à plus d’un demi million. D’autres dépassent le seuil du million, au grand bénéfice de leur famille. « Donc, l’or profite bel et bien aux populations locales d’ici qui ont un niveau de vie plus élevé que les autres localités de notre pays », conclue le préfet qui admet que le niveau de vie souhaité n’est pas atteint. Les mines, selon lui, contribuent au développement local en finançant des activités génératrices de revenus, des centres de santé, des écoles et mêmes des pistes rurales. M. Kané rappelle que certaines activités ne sont pas inscrites dans les conventions minières. C’est justement pourquoi, les

