Mali: Sur les notes du balafon minianka à Bla (Centre)
Par Moussa OUERE Bla, 15 mars (AMAP) Le balafon des communautés Minianka (Minianka bala) a son icône dans la Commune de Somasso, à 25 km de Bla, dans le Centre du Mali. Il s’agit de Zagan Dao dit Zampèrè, grand balafoniste traditionnel de la Région de Ségou, après feu Dougakoro Diarra de Sinèni. Natif de Somasso, Zampèrè, un quinquagénaire marié à deux femmes et père de neuf enfants, a hérité le balafon de son défunt père. « J’ai appris le balafon avec mon père, aujourd’hui décédé. Je suis devenu le roi du balafon traditionnel dans la Région de Ségou, après le décès de mon grand frère. J’ai plus de trente ans de carrière comme balafoniste », dit fièrement Zampèrè, Zagan Dao nous révèle que son surnom ‘Zampèrè’ que lui a été donné sa grand-mère a supplanté son vrai nom de Seydou après qu’il a été converti à l’islam. « J’étais très petit et très mince, c’est pour cela que ma grand-mère m’appelait Zampèrè, en Minianka. Certains m’appellent Zampèrè, d’autres Seydou », dit-il. « Depuis mes dix ans, j’imitais mes parents à jouer le balafon. Quand les autres travaillaient sur le balafon, moi, j’utilisais de vieilles jantes de vélos que j’alignais sur mes pieds pour reproduire des rythmes du balafon », se souvient Zampèrè. Le balafon, également appelé bala ou balani est un instrument de percussion idiophone mélodique que l’on retrouve dans plusieurs régions de l’Afrique. L’instrument produit seize à vingt-sept notes à travers des lames de bois que l’on percute avec des baguettes et dont le son est amplifié par des calebasses disposées en dessous. C’est une sorte de xylophone, pentatonique ou heptatonique. On retrouve le balafon dans beaucoup de pays d’Afrique tels que le Mali, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et la Guinée. Au Mali, il y a différents sortes de balafon : le balafon des communautés Miniankas, Sénoufos, Bobos et Malinkés. En milieu Minianka, le balafon est présenté comme l’instrument de musique le plus « diabolique ». N’importe qui ne peut devenir un grand et populaire balafoniste, sans avoir certains pouvoirs occultes. Le balafon contribue beaucoup à la consolidation de la cohésion sociale et à l’intégration des communautés dans les Régions de Ségou, San (Centre) et Sikasso (Sud). C’est un instrument qui rassemble du monde dans toutes ces régions. « Je suis cultivateur, mais tous mes revenus et biens, aujourd’hui, proviennent du balafon », dit-il avant d’ajouter qu’au village, on ne peut s’adonner uniquement à un seul métier ou travail. « On est obligé de suivre les ancêtres dans la culture de la terre, sinon le balafon est mon activité principale », poursuit le musicien qui estime que cet instrument de musique peut nourrir son homme. « Mais, prévenir vaut mieux que guérir », conseille-t-il. « Je joue avec un balafon de dix-neuf lames de bois percutées avec des baguettes qui produit plus de vingt-sept notes. Ce balafon des communautés Minianka est notre histoire, notre identité culturelle c’est pour cela que je tiens à garder toujours la même gamme traditionnelle Minianka. » « J’achetais le balafon avec les fabricants, comme mes prédécesseurs l’ont fait (mes grand-père, père et grand frère). Mais, après avoir accumulé une bonne expérience dans le domaine et mes recherches très approfondies, à travers le monde et auprès de personnes plus âgées, moi-même je fabrique le balafon, aujourd’hui », dit Zampèrè. En fait, il n’est pas donné à n’importe qui de fabriquer un balafon qui donne un bon son. « Il y a beaucoup de choses sécrètes pour y parvenir », dit l’artiste, plus énigmatique que jamais. Et d’ajouter : « Etre le roi du balafon, aussi, dans une localité n’est pas fortuit. Cependant, je suis toujours un apprenant, car on ne finit pas d’apprendre ». Zampèrè dirige une équipe de dix personnes composée de danseurs, chanteurs et balafonistes. « Auparavant, on se déplaçait sur des motos. Aujourd’hui, j’ai eu un véhicule 4×4, don d’une personne de bonne volonté. Mon fils ainé me suit, pas à pas, pour me dépasser, un jour…’, dit encore notre interlocuteur. Du début de sa carrière à nos jours, il a sillonné toutes les dix-sept communes du Cercle de Bla à maintes reprises. « Nous avons été appelés à jouer en dehors du Mali, en Côte d’Ivoire et dans beaucoup de localités au Mali, comme Bamako, Sikasso, Ségou, lors des fêtes nationales du 22 septembre à Bla,. « Nous nous produisons lors de cérémonies traditionnelles et aussi culturelles à l’image du Nampou de Diaramana, Bèlèni de Somasso, de festivals comme le Festrako de Korodougou Nampasso, lors de cérémonies de mariage, baptême, etc.) ou encore des inaugurations, etc. MO/MD (AMAP)
Musée de Sikasso : L’antre de la culture senoufo
Mariam F. DIABATÉ Sikasso, 9 mars (AMAP) Aider à la sauvegarde et à la promotion de la culture sénoufo, aider le monde sénoufo à s’ouvrir à d’autres perspectives socioculturelles susceptibles de contribuer à son rayonnement, œuvrer à la rencontre et au dialogue avec les différentes expressions confessionnelles et culturelles tels sont, entre autres, les objectifs primordiaux du Centre culturel sénoufo de Sikasso. Le Centre dispose de près de 1.200 objets répartis entre ses deux salles d’exposition et ses deux salles de stockage. Parmi les collections du Centre, on peut noter des statues et statuettes en bois, bronze et en terre cuite qui sont parfois sacrées et dont l’usage est réservé aux initiés, les masques de culte et de réjouissances, les instruments de musique, les mobiliers notamment les chaises, tabourets, lits traditionnels, lits mortuaires et les sculptures. L’importance de ces objets culturels a amené les autorités à accompagner ce haut lieu de la culture senoufo. Dans le cadre de la mise en œuvre de son projet de développement, une mission d’experts en muséologie conduite par le directeur national du patrimoine culturel Modibo Bagayogo a été reçue au centre culturel. La mission comprenait, entre autres, l’ancien directeur adjoint du Musée national, Salia Mallé et l’ancien directeur de l’école du patrimoine culturel africain (EPA), dont le siège est au Bénin, Fallo Babba Keita. Cette mission visait à renforcer les capacités du personnel en techniques de conservation, de sécurisation, de classification, de nettoyage et de sauvegarde des objets du musée. Ces activités qui ont regroupé outre le personnel du Centre sénoufo, les représentants du musée régional, de la direction régionale de la culture et de la mission culturelle, prendront fin au mois de mai. Dans la cour du musée, une vingtaine d’étagères en cimaise et une dizaine de supports de vitrine sont déposés un peu partout. De nombreuses statues et autres objets y sont également étalés. Les agents du Musée, habillés de la tenue de leur structure, font des va-et-vient pour évacuer les objets d’une salle à une autre. Certains techniciens travaillent sur les cimaises et d’autres sur les supports de vitrine. Depuis l’entrée, on constate des maçons qui s’affairent à la construction de la salle d’accueil. Le responsable du Centre, le père Bruno Ssennyondo indique que la Mission est soutenue par l’ambassade de la République fédérale d’Allemagne. Il salue l’initiative qui est venue à point nommé car les objets du Centre, au fil du temps, allaient se détériorer sans aucun accompagnement. Selon l’ancien directeur adjoint du Musée national, Salia Mallé, la Mission a priorisé trois principaux objectifs. Primo, l’amélioration du cadre de vie des objets. Ce qui consiste à faire un diagnostic du bâtiment où sont stockés les objets pour savoir s’il n’y a pas d’infiltration d’eau, des problèmes de sécurité et la confection des structures. Secundo, révèle-t-il, la mission reprendra les anciennes expositions qui étaient en place. «Nous allons faire en sorte que les objets soient la vitrine du musée», précise-t-il ajoutant qu’ils vont mettre en place deux salles d’exposition. La première sera réservée aux activités économiques notamment les objets destinés à la chasse, la cueillette, l’agriculture et l’artisanat. La deuxième salle sera basée sur la vie religieuse notamment l’initiation, la musique, la danse, la gestion de la terre et les funérailles. Tertio, le renforcement des capacités de tout le personnel du Musée sur les techniques de gestion et de documentation des objets. Une exposition est prévue en fin mai. Par ailleurs, Mallé révèle qu’à présent ils ont trois proposions de titre pour l’exposition des objets du Centre qui aura lieu à la fin de leurs activités. Il s’agit, entre autres, de «Sénoufo : de terre et d’esprit», «Sénoufo : par la terre et par l’esprit» et enfin «Sénoufo : Dieu, la terre et les esprits». Pour l’ancien directeur de l’école du patrimoine culturel africain (EPA) au Bénin, Fallo Babba Keita, la mission consiste à réhabiliter les collections du Centre tout en conservant ses objets. Pour ce faire, poursuit-il, on doit organiser l’ensemble des locaux pour qu’ils correspondent à l’éthique du musée et qu’ils soient un espace fonctionnel. «Nous tiendrons également compte de la sécurité des collections, des prévisions contre les catastrophes naturelles, les incendies et les malveillances», souligne-t-il. Il ajoute aussi qu’ils chercheront des solutions aux problèmes d’éclairage et de surveillance de la structure. «L’aboutissement, c’est pour la mise en valeur des collections pour qu’elles puissent participer à l’éducation des enfants», précise-t-il. Keita affirme qu’ils ambitionnent de monter une exposition qui parlera non seulement de la culture sénoufo mais qui illustrera aussi beaucoup de textes, d’audiovisuels et d’animations basés sur la culture senoufo. Arouna Sanogo est stagiaire au Musée régional de Sikasso. Il a suivi la formation théorique de la mission des experts en muséologie. Il a souligné que la formation la édifié sur les techniques de conservation et de gestion des objets. «Les objets doivent être conservés et entretenus dans un endroit bien approprié tel que les vitrines», dit-il. Il appelle les jeunes à promouvoir et valoriser leur culture car, c’est cela qui permet de se connaitre soi-même. MFD (AMAP)
Mali: Une semaine pour célébrer la mémoire du grand artiste Balla Moussa Keita
Bamako, 4 mars (AMAP) Le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme organise une semaine culturelle de commémoration de la disparition de Balla Moussa Keita, décédé le 6 avril 2001, a annoncé, mercredi, le secrétaire général du département, Aman Demba Cissé, président de la commission d’organisation. Pendant cette semaine dont l’ouverture officielle est prévue pour le vendredi prochain, dans la salle qui porte le nom de Balla Moussa Keita au Centre international de conférences de Bamako (CICB), « nous allons parler de l’homme, en passant partout où il a laissé ses empreintes, à travers son talent d’homme de radio, de cinéma et de culture », a dit M. Cissé, lors d’une conférence de presse. Expliquant les raisons de la commémoration, il a indiqué que cette semaine culturelle a pour objectif de rappeler aux bons souvenirs des Maliens les œuvres et le talent du grand artiste, Balla Moussa Keita, qui est « un modèle et une référence dans le monde de la culture malienne ». Ce sera l’occasion d’une découverte pour la jeune génération « car Balla Moussa mérite d’être connu et sa vie enseignée dans les écoles », a ajouté. En plus de la célébration de cette année, le département en charge de la culture entend retenir le 6 mars, chaque année, comme date de la commémoration de la disparition de Balla Moussa Keita. « L’événement est organisé par le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme à travers le Centre national de la cinématographie du Mali (CNCM). Il sera co-présidé par la ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme Mme Kadiatou Konaré et son collègue de la Communication et de l’Economie numérique Dr Hamadoun Touré », a expliqué Aman Demba Cissé. Selon les conférenciers, l’organisation de cette semaine se justifie par la grandeur de l’homme, son humilité et son savoir-faire. « Désormais une Rue portera le nom de Balla Moussa Keita pour immortaliser l’homme », a annoncé le président de la commission d’organisation. Durant la semaine, plusieurs activités sont au programme, a dévoilé le directeur général du CNCM et point focal de l’événement, Modibo Souaré. Il est prévu des projections de films dans les quartiers de Lafiabougou et Bagadadji. Des débats seront organisés, aussi, à la télévision nationale pour parler de l’homme ainsi que de son parcours dans le cinéma, le théâtre et à la radio. Le programme prévoit, également, deux masters classes à l’Institut national des arts de Bamako (INA) et au Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasséké Kouyaté. Ces cours seront animés par d’imminents cinéastes maliens, notamment, Souleymane Cissé et Cheick Oumar Sissoko qui ont beaucoup travaillé avec Balla Moussa. Le fils de l’illustre disparu, Bouba Keita, a salué l’initiative du gouvernement de célébrer la mémoire de son père. Il a dit que la relève sera assurée. Pour le cinéaste Salif Traoré, Balla Moussa Keita est une référence et cette semaine d’hommage, a-t-il ajouté, « permettra aux jeunes de découvrir l’homme de radio inimitable, le comédien hors pair ». AS/MD (AMAP)
Danse de masque: Faraba conserve jalousement « Le Chinto »
Par Mohamed D. DIAWARA Bamako, 27 fév (AMAP) Sous le rythme du tam-tam, des créatures masquées se trémoussent tenant dans les deux mains des fines branches d’arbre. Ils font des petits sauts vifs et secouent les tiges. A Faraba, l’un des 25 villages de la Commune rurale du Mandé, toutes les pratiques ancestrales n’ont pas disparu. Les jeunes perpétuent la tradition du « Chinto » qui, selon les croyances locales, protège contre les sorciers et les esprits maléfiques. Les habitants de cette bourgade, les jeunes, gardent jalousement cette danse de masque. Les danseurs coiffés de masques en bois sont habillés d’une combinaison de tissu traditionnel aux couleurs ocres. Chacun tient deux longues et fines branches d’arbre débarrassées de leurs feuilles. Selon les initiés au Chinto, ces fines branches ne doivent pas toucher les gens. «Si ça te touche tu dois donner une chèvre ou un bœuf. C’est une tradition de nos ancêtres et nous continuons à la respecter», estime Modibo Diakité âgé de 35 ans accompagnant les danseurs masqués. Il nous livre quelques informations, mais ne rentre jamais en profondeur car il est interdit de parler aux personnes non initiées lorsqu’il porte le masque et la tenue du Chinto. Pour ce qui est des vêtements, il indique : «Le tissu traditionnel est régulièrement teinté dans une substance liquide à base d’écorces pour le colorer», puis il ajoute que le masque que portent les danseurs est appelé «Chinto guéré». Ces masques ont la forme de têtes d’animaux sauvages, notamment le buffle. Modibo Diakité révèle, aussi, que les danseurs portent sous leur combinaison des gris-gris de protection. Le Chinto est une danse très effrayante. À l’en croire, la sortie du Chinto protège le village contre les sorciers et les esprits maléfiques. Modibo Diakité indique, par ailleurs, que cette sortie se fait lors d’événements festifs comme les fêtes de Tabaski, de Ramadan et autres grandes cérémonies. Et de poursuivre que la jeunesse est en charge de l’organisation du Chinto. Quand il y a un événement, 4 à 5 personnes déléguées par la jeunesse se rendent dans la forêt pour commencer la partie mystique de la préparation. Modibo Diakité précise que ces initiés sont les gardiens des masques, des combinaisons et autres parures. Mais il n’en dira pas plus sur leur sanctuaire. Après leur prestation, les hommes ayant pris la forme de ces créatures rejoignent la brousse pour se débarrasser de leur accoutrement et ne retournent au village que la nuit. N’Goye Mamou Diakité, un quadragénaire, se souvient. «J’ai joué avec ce masque sur plusieurs scènes notamment au Palais de la culture Amadou Hampâte Ba de Bamako et à Yorobougoula, dans le Cercle de Yanfolila», s’enorgueillit-il. « Le Chinto nous a été légué par nos aînés et nos pères’, ajout-t-il. « À un certain âge, il faut céder la place à la jeune génération», explique-t-il. D’après lui, c’est une fierté de savoir que leur descendance conserve cette pratique de la danse du Chinto. Il ajoute que si un spectateur voit son camarade d’âge en train de suivre les danseurs du Chinto, il est obligatoire pour le spectateur d’applaudir la créature, faute de quoi son camarade d’âge le fouette rigoureusement. «Ni la victime ni ses parents n’ont le droit de s’opposer à la sanction. Si c’est le cas, ils payeront une amende», poursuit N’Goye Mamou Diakité avant de dire qu’une personne initiée au Chinto ne doit rien révéler des mystères de cette danse ni à sa femme, ni à son camarade d’âge, qui n’a pas été initié, encore moins à ses enfants. « Le manquement à ce devoir, avertit notre homme, peut lui valoir le payement d’une chèvre, une poule et des colas ». « Cependant, cette pratique traditionnelle n’est pas du goût de tous les jeunes hommes. C’est pourquoi, certaines personnes refusent de la faire », regrette le quadragénaire. « Pour le moment, se réjouit-il, il y a des jeunes qui s’intéressent à la pratique et avec eux, on fait beaucoup de prestations notamment à Bamako». Et d’ajouter que les ressortissants de leur village les invitent, souvent, dans la capitale pour célébrer les mariages. Le chef du village de Faraba, N’Goye Diakité, explique que le Chinto est également appelé «Toumbo ». Cette tradition, selon le quinquagénaire, est un divertissement phare du village. « Il est impensable d’organiser un événement festif chez nous sans cette danse. Moi-même, je l’ai pratiquée quand j’étais jeune. Je ne pense pas que ça disparaîtra un jour», affirme le chef coutumier. La plupart de nos villages ne gardent que les souvenirs de certaines de leurs traditions. Ces pratiques ancestrales se sont volatilisées, souvent, sans laisser de trace. Il est important de préserver, de protéger et de valoriser ce patrimoine qui est une partie de nos connaissances. MDD (AMAP)
SOS pour le Tata de Sikasso
Par Fousseyni DIABATE Sikasso, 26 fév (AMAP) Le Tata de Sikasso (Sud), une fortification d’antan destinée à protéger la ville contre les envahisseurs, est aujourd’hui en ruines. Plus grave, le site est sérieusement menacé par l’occupation anarchique. Champs de culture, kiosques des petits commerçants, marchés à bétail, panneaux publicitaires, dépôts d’ordures, ateliers de menuiserie… rien n’est épargné au célèbre mur d’enceinte. Pourtant, il s’agit d’une représentation matérielle de l’organisation militaire et du savoir-faire du royaume du Kénédougou. Le Tata renvoie au souvenir du temps de Tièba et de Babemba Traoré. Ces indomptables rois qui ont vécu à Sikasso entre 1877 et 1898. Le Tata ou encore « tarakoko » pour la population locale constitue un mur qui servait à protéger la ville contre les envahisseurs. La fortification, faite en banco, pierres et en gravions, était parsemée de petits trous par lesquels les sofas surveillaient ou tiraient sur l’ennemi. Juste après les tirs, les guerriers s’accroupissaient derrière le tata pour se protéger contre les tirs adverses. Certains historiens soulignent que le Tata comptait trois enceintes concentriques : l’enceinte intérieure qui entourait le « dionfoutou » ou encore la famille royale, le Tata intermédiaire qui était destiné à isoler les marchands, les soldats et les nobles et le Tata extérieur qui entourait toute la ville. De manière générale, l’ouvrage est reconnu comme une des plus célèbres fortifications militaires du Mali. En plus de son aspect défensif, la fortification était un moyen de contrôler les routes commerciales de la ville. Elle tire sa renommée du siège sans succès de Samory Touré, quinze mois durant, de mars 1887 à juin 1888, les guerriers de Samory Touré étaient bloqués sur les hauteurs du Nankafali « kuru » et du Samory « kuru », deux collines encore observables dans le paysage urbain de Sikasso. La forteresse est aujourd’hui matérialisée par des vestiges importants situés dans les quartiers de Mancourani, Médine, Wayerma, Bougoula ville et Foulasso. À ceux-ci, s’ajoutent les sept portes construites en matériaux modernes sur l’emplacement des passages d’antan par l’État à partir de 1995. De nos jours, ce patrimoine culturel est en train de fondre au fil du temps et se trouve gravement agresser par la population. Il suffit d’y faire un tour pour se rendre compte de la réalité. L’occupation anarchique, notamment les champs de culture, les passages forcés, les kiosques des petits commerçants, les toilettes et les marchés à bétail sont installés sur le Tata. Les plaques d’indication ou publicitaires, les ateliers de menuiserie, les vendeurs de bois de chauffe, les dépôts d’ordures s’y trouvent également. Zoumana Bamba est le chef de la mission culturelle de Sikasso qui assure la mise en œuvre de la politique nationale en matière de préservation du patrimoine culturel de la région. Il soutient que sur un total de neufs kilomètres de longueur que mesurait la forteresse, de nos jours, il en reste moins de quatre kilomètres. À l’en croire, la dégradation du patrimoine remonte à l’époque coloniale suivie par la construction des édifices publics, les particuliers et la pression urbaine. Se prononçant sur les valeurs de la fortification, Bamba dira qu’elle constitue un témoin matériel de l’organisation militaire et d’un savoir-faire séculaire du royaume du Kénédougou. En plus d’être porteur de nombreuses valeurs, ce mur constitue un véritable pan de l’histoire de notre pays. Il est aussi un symbole de grandeur et de courage des vaillants guerriers de l’époque. Évoquant les réalisations effectuées en matière de sauvegarde du Tata, le responsable de la mission culturelle affirme qu’en 2019, un financement de l’État a permis d’entamer les travaux de restauration et d’aménager l’espace tampon (les garde-fous métalliques, les parterres, les fleurs, les lampadaires solaires, les paillottes, le jet d’eau et les dalles en béton. En outre, Zoumana Bamba souhaite déguerpir les occupants illicites de la forteresse. Ce, avec la collaboration de la mairie afin de faire du patrimoine, un titre foncier. Il entend également procéder à la délimitation, au bornage et à l’immatriculation dudit mur. Il souhaite aussi élaborer un plan de conservation et de gestion du patrimoine. Ces actions sont d’autant plus nécessaires que les ruines du Tata sont inscrites à l’inventaire dans le cadre national et il figure aussi sur la liste indicative de l’UNESCO. De son côté, le directeur régional de la culture, Adama Niang réaffirme que c’est la population qui est à la base de la destruction de ce mur emblématique. « Elle s’approvisionnait en banco à partir de l’ouvrage pour construire leurs maisons », révèle-t-il, ajoutant que la population ne semble saisir à sa juste valeur l’importance à cette merveille culturelle façonnée par ses ancêtres. FD (AMAP)
Musique traditionnelle : Comme si l’histoire du ‘Gnioko’ ou ‘Gnogo’ nous était contée
Par Moussa OUERE Bla, 22 fév (AMAP) Au Mali, le ‘Gnioko’ ou ‘Gnogo’ pour d’autres, est un ensemble de trois instruments de musique traditionnelle et culturelle en milieu Minianka. Cependant, pour plus d’harmonie musicale, on peut y associer d’autres instruments, lors des cérémonies, pour un peu moderniser. Présent dans le Cercle de Bla (Centre), depuis plus de 70 ans, l’ensemble instrumental est basé à Diaramana, situé à 45 km du chef-lieu de cercle, d’où son nom de ‘Diaramana Gnioko’. Il y a beaucoup d’instruments de musique traditionnelle dans le Cercle de Bla, mais le plus sollicité est le ‘Gnioko’. Cet orchestre musical de Diaramana a parcouru le Mali pour se produire lors des fêtes nationales, traditionnelles et culturelles. Gworo Sogoba, connu sous le nom de « Golo Face », cultivateur domicilié à Diaramana, est âgé de quarante-quatre ans, marié à deux épouses et père de neuf enfants. Il est, aujourd’hui, le chef de cet orchestre traditionnel. « Bien avant le ‘Gnioko’, dans le cercle de Bla, précisément à Diaramana, c’était le ‘Gwouaga’ et d’autres instruments de musique, en milieu Minianka, comme le ‘bolon’, ‘kounguéré’ et le ‘baradeni’. Ces instruments étaient utilisés pour accompagner l’effort des cultivateurs au champ », nous explique Gworo Sogoba. « On dit, ici chez nous, que le ‘Gwouaga’ est le père du ‘Gnioko’. En ces moments, des ‘Tons’ de cultivateurs (groupements d’hommes ou de femmes) s’organisaient, pendant l’hivernage, pour cultiver, à tour de rôle, soit leur propre champ soit des parcelles d’autrui, pour avoir de l’argent, afin de subvenir à leurs besoins personnels ou financer les activités du Ton », poursuit notre interlocuteur. Après les récoltes, la fête traditionnelle de ‘Gwouaga’ était organisée à Diaramana, chaque année. A l’arrivée du ‘Gnioko’, les gens ont plus apprécié celui-ci que le ‘Gwouaga’. « Quand nos vieilles personnes faisaient leur tournée, de village en village, lors des fêtes traditionnelles, c’est dans le village de Woula, Cercle de Koutiala (Sud) qu’ils ont vu le ‘Gnioko’. A leur retour à Diaramana, ils ont tenu une réunion afin de créer cet ensemble d’instruments de musique chez nous aussi », raconte Sogoba. Ainsi, le forgeron Batra de Diaramana a été envoyé à Woula pour voir le modèle de ‘Gnioko’ afin de reproduire ce qu’il aurait vu. Il est allé chercher l’arbre qui correspond à la moule du ‘Gnioko’. « Une fois monté, le ‘Gnioko’ animait quelques fêtes traditionnelles locales comme le ‘Nougoli’, le ‘Diassadjeni’ et le ‘Nampou’. En dehors de Diaramana, les gens nous invitent dans toutes les localités du Cercle de Bla et, maintenant, hors du cercle et même hors de la Région de Ségou (Centre) », dit Golo Face. Et, à travers le pays, l’ensemble joue dans beaucoup de bourgades lors des fêtes nationales, traditionnelles et culturelles ainsi que des festivals. « Nous sommes sollicités pour des cérémonies sociales telles que mariages, baptêmes ou inaugurations », nous dit Gworo Sogoba. Quand un batteur de ‘Gnioko’ est atteint par l’âge ou après son décès, il est remplacé par un initié auprès des anciens qui exprime la volonté d’intégrer le groupe musical. « Quand Bla a été érigé en Cercle, accompagné d’une autre personne, nous avons représenté le cercle à la Biennale en 1984. C’est en cette occasion que j’ai reçu, des mains du Président, feu Moussa Traoré, pour la première fois, une attestation. Lors des cérémonies du Cinquantenaire de l’indépendance du Mali, à Sikasso, j’ai eu ma première Médaille qui m’a été remise par feu Amadou Toumani Touré, chef de l’Etat. », se souvient avec fierté l’artiste. Pour faire monter l’ambiance lors de grandes cérémonies, dans le Cercle de Bla, on fait appel à l’ensemble instrumental ‘Gnioko’ de Diaramana. Comme le dit le chef d’orchestre, le chanteur de ‘Gnioko’ ne fait d’éloges des gens, Il chante des compositions traditionnelles locales et nationales. Des chansons qui encouragent, poussent au labeur, appellent à la paix, soulagent et conseillent les gens. Gworo Sogoba est connu à travers la Région de Ségou et même à Bamako, la capitale, pour son talent de comédien dans des pièces de théâtre et de danseur. Il a joué dans plusieurs pièces lors des Biennales, des Semaines culturelles locales et régionales de Ségou. En milieu Minianka, beaucoup de cultures et de traditions sont toujours respectées et gardées. Il en est ainsi du ‘Gnioko’, le plus emblématique de la société Minianka et le plus sollicité lors des cérémonies culturelles et traditionnelles, contrairement au balafon qui est un peu plus partagé par d’autres cultures. Dans le temps, les générations de Minianka se formaient, dès le bas âge (après la circoncision) auprès des sages pour ne pas oublier ou perdre les valeurs de sa société (la culture, les traditions et coutumes, les totems et interdits etc.) Mais avec l’arrivée de nouvelles religions (musulmane et chrétienne) cette à tendance à disparaître MO/MD (AMAP)
Culture : La 2ème édition du Festival Ag’na aura lieu du 25 au 28 février 2021 à Koulikoro
Bamako, 16 février (AMAP) La 2ème édition du Festival Ag’na (signifiant Culture en Touareg), fusion du festival Ados ciné et le festival au désert, aura lieu du 25 au 28 février prochain à Koulikoro, a appris l’AMAP de source proche de ses organisateurs. L’annonce a été faite samedi dernier au siège du groupe Walaha à Magambougou par les organisateurs au cours d’une conférence de presse animée par Fousseyni Diakité du groupe Walaha et Manny Ansar, directeur du Festival au Désert. L’évènement qui se déroulera dans une crise sanitaire de la Covid-19, sera marqué par des remises des prix du concours de cinéma, des projections, des caravanes pour la paix, des concerts géants avec des artistes de talents dont Abdoulaye Diabaté et Kader Tarhanine, des conférences vidéoconférence, des rencontres professionnelles. Les organisateurs qui ont insisté sur le respect des gestes barrières contre la Covid-19. Ils ont tenu à remercier les partenariats pour leur accompagnement. AS/KM (AMAP)
Journée internationale de la radio : Au service du développement économique local de Diéma (Ouest)
Par Ouka BA Diéma, 13 fév (AMAP) De nos jours, la radio, dont c’est la Journée internationale aujourd’hui, constitue l’un des canaux de communication le plus fiable, le plus sollicité, surtout en milieu rural, dans une zone comme Diéma, dans l’Oest du Mali. Ici, on entend souvent : « C’est la radio qui a dit…».Tout ce qui est diffusé par la radio devient crédible. Si certains apprécient ce médium, d’autres, par contre, n’y sont pas favorables. Pour eux, « parole de radio n’est pas argent comptant » (Radio la kouma don… ) Informer et inviter vos parents, vos proches, vos amis, à un évènement social, par la radio, certains conservateurs y verront un manque de respect à leur égard. Ceux-ci exigent de vous, de vous déplacer, pour transmettre l’information. Quoi qu’on en dise, la radio contribue au développement économique local, à travers des messages d’information, de sensibilisation, d’éducation et par la promotion des loisirs. Si bien qu’aujourd’hui, on a tendance à délaisser les crieurs publics, dont la portée des informations, semble-t-il, n’atteint pas une plus large cible. En toutes circonstances, on fait recours à la radio : cérémonies de baptême, de mariage, de décès ou autres évènements sociaux. Les radios sont à l’œuvre, lors des journées nationales de vaccination. Elles diffusent constamment des spots, organisent des tables-rondes. Il en est de même dans le cadre de la prévention et la lutte contre le Coronavirus ou toute autre calamité affectant les communautés. Pour certaines rencontres officielles, on passe souvent par les radios pour informer les acteurs. Il en va ainsi des avis de perte, des cas de vol de bétails qui sont relayés par les antennes. Aux dires de plusieurs personnes, les radios participent véritablement au changement de comportements. Dans le Cercle de Diéma, on dénombre près d’une dizaine de radios dont Jamana implantée depuis 1999, émettant sur un rayon de 100 km, première radio du cercle, la radio Lalama de Farambouné, la radio Kingui de Béma, les radios Kaarta FM et rurale de Lambidou, la radio Benkande Diangounté Camara, la radio de Dioumara, Raboua FM de Diéma qui diffuse, principalement, des émissions religieuses, la radio Sangha de Lakamané. Ces différentes radios, disposent de programmes constitués, principalement, de messages d’information et de sensibilisation. Les radios du Cercle de Diéma volent de leurs propres ailes. Elles ne reçoivent de la part de l’Etat, ni de partenaires, aucun fonds pour fonctionner correctement. La plupart d’entre elles, ont des difficultés pour assurer le paiement correct des salaires de leurs agents. Le directeur de la Radio Jamana de Diéma, Souleymane Diarra, également représentant de l’Union des radios et télévisions libres (URTEL), évoque quelques difficultés majeures des radios, notamment l’arrêt de la formation du personnel et l’insuffisance d’équipements pour produire les missions. Sa radio entretient depuis des années un partenariat avec les ONG de la place. Le Conseil de Cercle et plusieurs services techniques la sollicitent. Joint par téléphone, le maire de la Commune rurale de Lambidou, Mamadou Coulibaly, apprécie le concours de radios. « Dès qu’une station donne l’information sur un vol d’animaux, tout le monde se mobilise », se réjouit le maire qui se dit prêt à accompagner les sataions pour un meilleur développement de sa commune. Dianguina Diawara, notable à Kassé-kara signale que la radio Jamana de Diéma et la radio Kingui de Béma, sont beaucoup écoutées par les populations de la localité. Par contre, il signale les auditeurs reçoivent « faiblement la radio de Troungoumbé, dans le Cercle de Nioro du Sahel, à cause de la distance ». Souleymane Konaté est 1er adjoint au maire de la Commune urbaine de Fatao. L’élu a laissé entendre que la mairie compte, avec le soutien de l’Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales (ANICT), créer une radio à Fatao. La radio Lalama de Farambouné est dirigée par Abdoul Salam Boune, qui explique que les maigres recettes générées par la diffusion des avis et communiqués permettent à sa statio de ne pas sombrer. « Notre radio vit, au jour le jour. Nous ne disposons pas d’assez de moyens », dit-il, un peu déçu. Diédi Macoulmack, vendeur de foin, explique qu’un jour, lorsque le seul âne qui transportait sa marchandise s’est s’échappé, c’est grâce à la radio, qu’il a pu retrouver sa bête. « Sinon, affirme-t-il, mon commerce allait s’effriter ». « Notre père n’aime pas regarder la télé. Il a toujours son petit transistor collé à l’oreille. Il dort souvent laissant l’appareil ronronner. Il connaît, sur le bout des doigts, les émissions qui passent à la radio Jamana », déclare Bourama Konaté, le bourrelier. Diatourou Kébé, domicilié à Madiga Sacko. « On capte la radio Jamana de Diéma pour nos besoins d’information et de communication, pour le moment », dit-il. L’homme regrette l’absence de réseaux de teléphonie mobile dans la Commune de Madiga Sacko. Et Kébé de poursuivre : « Actuellement, les travaux d’implantation du réseau d’un opérateur sont en cours. Une fois installé, tous les villages de notre commune seront connectés ». Il explique que l’an passé, lorsque ses bœufs de labour ont disparu, il a envoyé immédiatement le communiqué à la radio. « Dieu faisant bien les choses, le même jour, ils ont été retrouvés et ramenés sains et saufs », a dit Kébé. Modibo Sissoko, 1er adjoint au maire de Gomitra, affirme que sa commune reçoit à peine des informations de la radio de Dioumara dont la portée est faible. « La mairie de Gomitra, déclare-t-il, est à la recherche de financement pour l’implantation d’une radio dans la commune ». Selon lui, l’absence de radios dans certaines localités a contribué à aggraver, ces derniers temps, l’insécurité dans le Cercle de Diéma. L’année dernière, plusieurs bœufs de Samba Diagouraga, fils du chef de village de Souranguédou Santié, se sont égarés en brousse. Aussitôt après la diffusion de l’avis de perte à la radio Jamana, il a reçu les nouvelles de ses animaux. Selon Mamadou Mah Sissoko, chef sous-secteur Agriculture de Dioumara, en matière d’information, aucun réseau ne peut remplacer la radio. La radio profite plus aux producteurs agricoles qu’à n’importe qui. « C’est, poursuit le technicien, à travers la radio que les paysans s’informent sur le
Nahawa Doumbia : L’indétrônable reine du Didadi
Par Moussa BOLLY Bamako, 12 fév (AMAP) Le nouvel album « Kanawa » (Ne partez pas !) de Nahawa Doumbia est un cri de cœur à l’adresse de la jeunesse malienne. Ce 14è album de sa brillante carrière est sorti, officiellement, au Mali, le 13 décembre 2020. Un somptueux opus de 8 titres qui aborde divers thèmes (immigration, cohésion sociale, pitié, tolérance, indulgence, mariage et un hommage aux défunts artistes maliens) véhiculés par des rythmes très entraînants. La reine du « Didadi » signe donc un retour remarquable dans les bacs avec sa singulière voix à la beauté inoxydable. Si la silhouette commence à être marquée par le poids de l’âge (n’empêche qu’elle est toujours une bête de scène), sa voix reste inoxydable. Cette voix d’une beauté exceptionnelle fait encore merveille sur «Kanawa» (Ne partez pas), le nouvel album de Nahawa Doumbia. Un véritable chef d’œuvre de huit titres (Yirini, Ntamayon, Ndiagneko, Djougoh, Hinè, Kanawa, Adjorobena et Foliwilen) dont un (Adjorobena ; autrement ça nous inquiète) interprété en duo avec son héritière, Doussou Bagayoko. Des titres superbement arrangés par l’inépuisable Ngou Bagayoko. Dans cette œuvre, la fille des regrettés Moussa Doumbia et Térénan Coulibaly parle de l’immigration, de la cohésion sociale, de la tolérance, de l’indulgence, du mariage… Elle n’oublie pas non plus ceux et celles qui ont quitté la scène pour l’autre monde ces dernières années. « Kanawa » (Ne partez pas), le titre générique de l’album, est une sensibilisation contre la migration irrégulière aux drames multiples. « Beaucoup de nos enfants meurent dans l’océan et certains d’entre eux pendant la traversée du Sahara. Certains grimpent sur les barbelés qui traversent les frontières et ils se font tirer dessus. Je demande donc à nos enfants de ne plus partir et de rester à la maison», explique le prodige de Mafélé. «Au lieu d’aller mourir dans le Sahara ou dans la Méditerranée pour fuir les difficultés ici, nos jeunes doivent se battre dans leur pays pour changer les choses et réaliser leurs rêves», confie-t-elle à propos de ce titre. Mais, ajoute-t-elle, «il est aussi crucial que le gouvernement et ses partenaires prennent réellement à bras le corps le problème du chômage des jeunes. Cela peut prévenir les drames humains auxquels nous assistons depuis des décennies». « Que les jeunes diplômés comprennent aussi qu’ils ne peuvent pas tous travailler dans un bureau. Nous devons tous œuvrer à aider notre jeunesse, à lui faire comprendre que l’avenir c’est ici en Afrique, notamment au Mali », conseille l’indétrônable Reine du didadi. Le souhait de Nahawa est que la jeunesse malienne, voire africaine renonce à ses « rêves macabres » et se battre pour contraindre les décideurs à créer les conditions de leur épanouissement dans le pays. «Nahawa veut que la jeunesse malienne prenne en main le destin de son pays avant qu’il ne finisse à jamais entre des mains armées. Sous un ton un peu dur, son discours est un message d’espoir et d’amour unificateur », commente un critique. Pour cet autre critique, «Kanawa est un album qui capture de manière concise les réalités maliennes du moment». La star exhorte aussi les décideurs à s’inspirer des initiatives comme celles de Mme Aminata Dramane Traoré qui s’est investie non seulement dans la sensibilisation des jeunes contre les risques de la migration clandestine, mais aussi dans l’accueil et la réinsertion des rapatriés de gré ou de force. Evocateurs, si les thèmes exhortent à la réflexion, les rythmes sont souvent une véritable invitation à la danse. Difficile par exemple de se retenir de bouger en écoutant « Foliwilen », une très mélodieuse «Doson fôly» dédiée aux forces armées et de sécurité ainsi qu’à des personnalités qui se sont illustrées par leur courage, leur bravoure, leur générosité et leur sens de la fraternité. Difficile aussi de ne pas frissonner en écoutant la très acoustique « Yirini » qui permet à Nahawa de bercer les mélomanes avec sa superbe voix mélodieuse qui continue à défier le temps par sa beauté. Une voix magique et inimitable On sent l’expérience et le talent de Ngou Bagayoko dans cet arrangement magnifique. Une savante symbiose entre le ngoni et le kamalen ngoni, une variété de percussions, de programmation de batterie, de karignan (grattoir métallique) et de guitares acoustiques et électriques. Née à Mafélé avec une enfance passée à Manankoro dans la famille maternelle, Nahawa est cette révélation des Semaines et des Biennales artistiques et culturelles qui continue d’imposer son univers authentique entre tradition et modernité, en gardant toujours l’essence du rythme didadi. Et cela lui réussit merveilleusement bien. Ainsi, « Kanawa » sort après des rééditions de ses premiers albums et une longue tournée européenne. Elle reconnaît d’ailleurs qu’elle a fait 1.700 concerts avec « Kabako », le précédent opus sorti le 24 mai 2011 chez « Camara Production ». La soixantaine assumée avec charme et prestance, la Première lauréate du Prix découverte RFI en 1981 prouve non seulement qu’elle reste l’incomparable « Reine du didadi », mais aussi qu’elle reste l’un des plus grands artistes du Mali, une véritable ambassadrice de la culture malienne très sollicitée dans le monde. MB (AMAP)
Bamako : Exposition d’art plastique sur la beauté noire
Bamako, 3 Fév (AMAP) L’exposition, « The Crow », (la couronne en anglais), des œuvres d’Eolia, artiste à la double nationalité nigérienne et béninoise, se tient, depuis la semaine dernière, à la Galerie Médina, à Bamako, la capitale malienne. Une dizaine de tableaux, conçus dans un style original et dans des formats divers, restituent à travers une série de visages et de portraits géants, la coiffure afro des années 60. Les tableaux d’Eolia, une riposte à la ségrégation raciale, sont vendus entre 500.000 et 2 millions de Fcfa. Ainsi, à travers le mode de coiffure ou l’expression des visages, elle fait ressortir l’engagement et la résistance des hommes et femmes contre l’injustice et le racisme. Elle tire ses inspirations de la lutte pour la sauvegarde de l’identité africaine, de la lutte contre le racisme. Elle prend, aussi, en compte les lois contre les actes de violence et l’injustice à l’égard de la race noire. Le vernissage de l’exposition s’est déroulé, jeudi dernier, en présence du chef de cabinet du ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Yamoussa Fané, du directeur de la Galerie Médina, Igo Diarra, de l’artiste elle-même et du consul du Bénin au Mali. Selon l’artiste « c’est une responsabilité mais aussi un devoir de travailler sur la beauté noire ». « C’est dans l’authenticité que je travaille pour faire sortir les caractéristiques de la femme noire et le combat contre la race noire. L’exposition est une célébration de la beauté noire », a-t-elle dit. A travers ses tableaux, l’artiste Eolia célèbre le choix d’être nous-mêmes sans concession. Pour elle, l’histoire des cheveux noirs est importante. Longtemps rejeté par les normes de beauté euro centriques, le cheveu afro a été souvent considéré comme un symbole de défi politique. Son exposition fait suite à plusieurs actions contre la discrimination des cheveux naturels le 3 juillet 2019, en Californie (Etats-Unis), l’interdiction faites aux employeurs et aux écoles de discriminer les coiffures telles que les afros, les tresses, les twists et les dreadlocks. Yamoussa Fané a exprimé l’engagement du département en charge de laCulure à soutenir la démarche de l’artiste. « Après la reprise des activités culturelles, nous sommes très ravis de magnifier les œuvres d’une jeune artiste très engagée », a déclaré le chef de cabinet. Il a aussi salué la Galerie Médina pour ses actions en faveur des artistes. Lassana Igo Diarra a exprimé sa « réelle satisfaction » d’accueillir cette belle exposition. « C’est un privilège de recevoir ces belles factures de la création artistique », a-t-il commenté. Pour sa part, le collectionneur Mamadou Kanda Keïta a estimé que c’est un travail bien fourni avec une technique ancienne. « L’artiste utilise le charbon et le bois pour faire sortir la beauté de la femme africaine dans la lutte contre l’apartheid et l’identité culturelle. C’est un travail de qualité, car il y’a une harmonie entre la technique, les matériaux et la thématique », a ajouté M. Keita. L’artiste Eolia a un parcours atypique dans le domaine de la création artistique. Elle est diplômée en marketing et a décidé, après sa formation, de faire carrière dans la création contemporaine. Son exposition reste accrochée jusqu’au 15 février prochain, avant de s’envoler pour Los Angeles (États-Unis). AS (AMAP)

