Presse en ligne au Mali: Un fourre-tout assis sur un vide juridique
Par Oumar DIAKITE Bamako, 30 avr (AMAP) Au grand dam des vrais professionnels et au mépris de toutes règles, certains jeunes maliens, qui croit avoir le verbe facile, sans aucune formation journalistique ni base professionnelle, muni d’un Smartphone et d’un trépied, animent la presse en ligne. Facile ! D’autant plus qu’il n’existe pas de loi qui réglemente le secteur. « Ce qui m’énerve, c’est le ballet des supports des vidéo-mans. J’ai de la peine à installer ma caméra…Certains d’entre eux font tous pour que leur micro, avec effigie, apparait sur l’ORTM (Ndlr, l’Office de radiodiffusion télévision du Mali, service public) …il faut trouver une solution à cet envahissement », explose un caméraman de l’ORTM. Notre confrère nous fait part de sa répugnance de ces nouveaux « journalistes » lors d’une rencontre à la Primature. C’est une triste réalité. Nous le remarquons à chaque point de presse organisé à la Primature sur une décision importante de la vie de la nation. Les trépieds de la presse en ligne prennent la place de ceux des télévisions de notre pays. Comme ce fut le cas lors de l’avant dernier point de presse animé à la Primature sur la propagation de la Covid-19. Ces WebTV, tout comme les web radios, inondent l’espace de la presse en ligne au Mali. Chacun détient sa propre télé ou radio sur le net. Pourtant, à l’Association des professionnels de la presse en ligne au Mali (APPEL-Mali), on ne compte que 39 sites professionnels d’information de la presse écrite en ligne. APPEL-Mali regroupe trois médias en ligne, appelés encore éditeurs de médias. Ces nouveaux canaux de communication sont la presse écrite en ligne sur des sites d’information, les WebTV qui sont, également, des télévisons mais diffusées via Internet. Il y a, aussi, les web radios qui commencent à prendre de l’ampleur dans le paysage médiatique du Mali. Sous un soleil de plomb d’avril, avec un vent chaud et sec, le président d’APPEL-Mali, Modibo Fofana, dans son bureau à l’immeuble de l’Union des journalistes ouest-africains (UJAO) à l’ACI 2000, se montre peu satisfait du fonctionnement de la presse en ligne au Mali. A l’image de l’ Union des radios et télévisions du Mali (URTEL) et de l’Association des éditeurs de la presse écrite (ASSEP), l’association qu’il dirige, créée en 2015 mais opérationnelle en 2016, assure le rayonnement des médias en ligne au Mali. DU TOUT-VENANT – Le président de l’Association des professionnels de la presse en ligne au Mali, Modibo Fofana, ne cache pas sa déception devant l’évolution en cours du secteur. Mais, il reste optimiste avec les objectifs que s’est fixés APPEL-Mali. Internet dans notre pays devient un fourre-tout avec les réseaux sociaux sur lesquels n’importe publie, « pour la simple raison que l’internet est ouvert à tout le monde », alerte-t-il. M. Fofana rappelle que l’un de leurs combats est de structurer le secteur de la presse en ligne pour une meilleure organisation. « L’information est réservée exclusivement aux seuls professionnels qui ont soit fait l’école de journalisme ou appris les sciences de l’information, soit le journalisme sur le tas mais avec un diplôme supérieur et, surtout, un niveau acceptable », prêche-t-il. Il préconise une union sacrée des vrais professionnels du secteur pour très bien organiser le secteur dans sa progression. Selon M. Fofana, APPEL-Mali compte aujourd’hui 39 sites d’information écrite dont une quinzaine très actifs qui ont de bonnes et grandes audiences. Ce sont seulement ces sites d’informations qui sont acceptés par APPEL-Mali en tant qu’entreprises de presse en ligne ayant une base qu légale. Ils travaillent dans la légalité car ces sites d’information détiennent un Numéro d’identification fiscale (NIF) et payent régulièrement les taxes mensuelles aux impôts. « C’est pourquoi, nous les considérons comme des sites sérieux œuvrant dans la légalité », justifie Modibo Fofana, ajoutant que tous les sites acceptés par APPEL-Mali travaillent dans ce sens. L’APPEL-Mali a sur sa table quatre demandes d’adhésion à l’étude au niveau de sa Commission de validation, indique M. Fofana. En réalité, créer un site sur le net ne demande pas un effort. C’est pourquoi, il existe plus de cent sites sur le net. Mais pour plus de sérénité et de professionnalisme, APPEL-Mali a fixé des conditions d’adhésion. « Sur le net, on peut créer un site gratuitement, mais pour les sites professionnels il faut avoir 1.000 ou 2.000 euros », révèle-t-il. Assétou Fofana, une activiste sur le net, ne va pas dans la même direction que l’Association des professionnels de la presse en ligne au Mali. Notre interlocutrice a sa propre manière de faire du journalisme. Elle s’estime plus libre dans ses productions qui lui rapportent beaucoup. « Souvent, mon compte YouTube peut me rapporter près d’un million de francs CFA. Ce sont le buzz qui m’intéresse », se réjouie-t-elle. Pourtant, le journaliste est celui qui sait faire le tri entre un article publiable ou non, estime Modibo Fofana se faisant le chantre du professionnalisme du secteur. « Au moins que les intervenants sur le net maitrisent le traitement de l’information, tout en respectant l’éthique et la déontologie du journalisme. Mais malheureusement, dans notre pays, tout le monde se dit journaliste. C’est pourquoi, on a souvent des dérapages déontologiques dans la presse en ligne au Mali », se désole Modibo Fofana. HEBERGEMENT – Pour créer un site d’information, la première des choses serait d’acheter un nom de domaine. Le domaine est équivalent au titre d’un journal papier. Et ce domaine doit être hébergé sur un serveur. « C’est-à-dire que tu crées un site mais le nom de domaine ne t’appartient pas. L’hébergement ne t’appartient. C’est la même chose comme le compteur d’Energie du Mali (EDM). On prend le compteur en son nom mais il appartiendra toujours l’EDM, le président de l’APPEL-Mali. « Chaque mois ou chaque année, poursuit Modibo Fofana, on paie les frais de location de ces noms de domaine ». Au Mali, l’hébergement des sites professionnels coûte entre 80.000 à 1.000.000 de Fcfa par an. Les sites d’information doivent aussi payer des frais pour rester plus visibles sur les réseaux sociaux. Pour le directeur de publication du site Afrikinfos-Mali, Ousmane Ballo, l’hébergement est
Tirages : Les journaux, mauvais marché pour imprimeurs
Par Oumar DIAKITE Bamako, 30 avr (AMAP) La presque double centaines de journaux de la presse écrite au Mali sont fabriqués par seulement quatre imprimeries de la place. Le paiement du service de l’impression est tributaire de l’aide publique à la presse ou du revenu que les journaux tirent de contrats de prestations. Seule une dizaine d’organes détient sa propre imprimerie. « La précarité de la presse écrite malienne se fait surtout très sentir au niveau du tirage. Nous arrivons, difficilement, à joindre les deux bouts grâce à l’indulgence de certains imprimeurs qui nous tirent à crédit, en espérant se faire payer sur l’aide publique à la presse et les rares contrats de prestations », avoue le directeur de publication du journal ‘L’Investigateur’, Daouda T Konaté. Babouya Touré dont le kiosque est à Darsalam, à Bamako, est le principal revendeur-distributeur des journaux au Mali. Depuis 1989, il évolue dans ce domaine. M. Touré distribue, pratiquement, 60% des journaux. Devenu très professionnel dans le milieu, Babouya Touré a investi dans une imprimerie. Aujourd’hui, il tire beaucoup de journaux, mais à quel prix ? « Depuis près sept ans, j’ai installé mon propre imprimerie. Donc, je suis à mon début. J’imprime plusieurs journaux de la place », révèle-t-il. Selon lui, le tirage des journaux se passe dans un partenariat avec les promoteurs des organes. « Je fais les impressions à crédit. Si l’aide publique à la presse tombe ou si les contrats de prestations ou d’abonnement des journaux tombent, ils viennent s’acquitter de leur paiement pour le service. Certains font une déduction », explique Babouya Touré, ajoutant que le partenariat se passe sur la base de la confiance mutuelle. Cependant, d’autres promoteurs abusent de la situation. Car, selon lui, certains disparaissent pendant de longtemps avant de payer les frais d’impression. Notre interlocuteur souligne qu’il fait tout, à la limite, pour ne pas tomber en faillite, pour aider les journalistes à produire leur publication. « Parce que, justifie-t-il, c’est grâce aux journalistes que son entreprise fonctionne ». Par ailleurs, Babouya affirme qu’il y a peu d’imprimeries qui tirent la presse écrite dans la capitale malienne. Parce que, tout simplement, les imprimeurs trouvent que ça ne rapporte pas. Ainsi, présentement il n’y a que quatre imprimeries qui font le tirage de la presse. Ce sont : les imprimeries Babouya Touré, Renouveau, Soro-Print chez Makoro et enfin chez Diallo à Kalaban Coura. En plus de ces imprimeries, signale Babouya Touré, certains organes possèdent leur propre imprimerie. Entre autres : le quotidien s=du service public ‘L’Essor’, ‘L’Indépendant’, ‘Le Combat’, ‘Indicateur du Renouveau’, le groupe Nouvel Horizon et Soir de Bamako, ‘Tjikan’, Babouya Touré explique que le prix par tirage dépend du nombre de pages et surtout selon que la publication soit en couleur en noir blanc. « C’est un secret entre les journalistes et moi. Par exemple, si le journal fait huit pages, 500 exemplaires, la Une et la Dernière page en couleur, il est tiré à 70.000 Fcfa tout frais conclu », dit-il. Lui, l’imprimeur, il achète le papier d’impression chez un fournisseur de la place. « Le papier d’impression est cher. Auquel, il faut ajouter le coût de l’électricité et la rémunération des travailleurs, sans parler des frais d’entretien des machines et la location du local », énumère-t-il dans la rubrique des charges et dépenses. Tout comme Babouya Touré, l’imprimerie du groupe Renouveau affirme aussi soutenir les organes de la presse écrite pour leur parution. Le gérant, Mamadou Sogoba, indique qu’aujourd’hui, il est impossible de demander aux journaux privés maliens de tirer au comptant. « Il faut les aider pour qu’ils puissent faire des publications. Ainsi, quand ils parviendront à signer des contrats de partenariat avec des structures ou autres, ils viendront payer les impressions », confie M.Sogoba, en confirmant que cela se passe avec des risques. « Car, certains journalistes disparaissent sans payer notre argent. Parce qu’ils n’ont pas eu de rentrée d’argent ». « Ce n’est pas du tout facile. Mais on accepte. Nous sommes des partenaires », note-t-il. PRECARITE TOTALE ! En réalité, selon les professionnels du milieu, la presse malienne ne paie pas. Selon les deux imprimeurs, partenaires des organes de presse écrite, le problème est en quelque sorte lié aux patrons de presse. « Car, témoignent-ils, rares sont les responsables de journaux qui paie leurs journalistes pendant qu’eux-mêmes mènent un train de vie enviable. « Ce sont ces journalistes qui, se lancent, à leur tour, dans la création de leur propre organe ». « Nous, à notre niveau, on est obligé de leur donner un coup de main, en tirant leurs premiers numéros et en attendant qu’ils reçoivent l’aide publique à la presse ou l’argent de leurs contrats de prestation », disent-ils. « Toutefois, depuis deux ans, l’aide publique à la presse diminue considérablement. Et il y a aussi de moins en moins de contrats de prestation avec les départements ministériels et autres structures de l’administration malienne. Alors que les ressources des organes de presse proviennent de ces deux sources », révèlent nos interlocuteurs. Pour le secrétaire à l’information de l’Association des éditeurs de la presse écrite (ASSEP), Ousmane Dao, la vente est insignifiante dans les recettes des publications. « Beaucoup d’organes ne se rendent jamais chez le distributeur pour faire le décompte des ventes. Parce que nous savons tous que la vente ne rapporte rien », dit-il. Le secrétaire à l’information de l’ASSEP reconnait que la presse malienne, d’une manière générale, est en train de sombrer dans la précarité sur plusieurs points. « A l’occasion du 03 mai prochain, nous envisageons de mener des actions dans le cadre des initiatives de dimension sociale de notre corps de métier », annonce-t-il. Selon Ousmane Dao, cette presse est très faiblement couverte sur le plan social et sanitaire. « Il n’est pas rare de voir, par moment, des cris de cœur appelant au secours d’un confrère ou consœur qui a besoin d’être évacué à l’étranger pour des soins », déplore-t-il. Pour faire face à cette précarité, préconise le secrétaire à l’information de l’ASSEP, « il est indispensable, aujourd’hui, compte tenu du rôle déterminant que la presse joue, de lui apporter une aide publique conséquente. M. Dao penche pour l’indexation de l’aide publique à la presse
Lignes éditoriales dans la presse malienne : Le règne du parti-pris très intéressé
Par Oumar DIAKITE Bamako, 30 avr (AMAP) A part le quotidien du service public ‘L’Essor’, au Mali, la presque totalité des organes de presse écrite écrit en fonction des opportunités financières. Peu de rédactions agissent par conviction. Au Mali, on compte un seul organe étatique, le quotidien national ‘L’Essor’. En plus de l’information, cet organe œuvre beaucoup plus dans la communication institutionnelle. Tous les autres organes de la presse écrite demeurent dans le secteur privé. Les professionnels de la presse, eux-mêmes, l’admettent : ces journaux sont souvent partagés et ont choisi leur camp entre le pouvoir en place et l’opposition, Dans tous les cas, ils sont très généralement partisans. Difficilement, on parvient, aujourd’hui, à faire la part des choses des lignes éditoriales dans la presse écrite au Mali. Quelle que soit la nature de la publication, s’agissant de lignes éditoriales, selon l’ancien vice-président de la Maison de la presse, Alexis Kalambry, « beaucoup de journaux sont des officines d’agence de communication ». « C’est-à-dire qu’on ne sent pas une conviction rédactionnelle », insiste-t-il. Sans vouloir s’étendre sur le sujet, M. Kalambry ajoute qu’au Mali, on « écrit en fonction des opportunités financières ». « Il n’y a pas beaucoup de rédaction où on sent vraiment qu’il y a des convictions qui conduisent à cracher sur certains argents », argue-t-il. Cette situation s’illustre par la ruée vers les marchés de n’importe provenance. Les hommes politiques, les opérateurs économiques, les leaders religieux et même des officiers supérieurs des Forces armées maliennes arrivent à manipuler certains journaux au Mali. Ces organes affichent leur caractère commercial. Chacun y cherche « sa part sur le marché ». Les structures ayant compris le scenario élargissent leur contrat d’abonnement à tous les organes de la place. Même à ceux qui ne sortent que par moment. «Nous avons eu un contrat avec l’Institut national de prévoyance sociale (INPS), la Caisse malienne de sécurité sociale (CMSS), à la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). Il faut être compétent et savoir démarcher les partenaires ou tu fermes boutique…», se réjouit A. Touré, un jeune directeur de publication. Pour lui, ce n’est pas pour rien que presque tous les jeunes directeurs de publication circulent en véhicule. « Je n’ai pas de ligne éditoriale. Je peux dénoncer parfois au bénéfice de la population mais, très généralement, j’écris en faveur de mes avantages », reconnait-il sans tergiverser. Pour S. Doumbia, promoteur d’un journal hebdomadaire, chaque journaliste de la presse privée cherche à protéger ses relations (ses bailleurs), « c’est-à-dire la personne qui te soutient financièrement ». Logiquement, estime le secrétaire à l’information de l’Association des éditeurs de la presse écrite (ASSEP), Ousmane Dao, « les lignes éditoriales des journaux dépendent d’eux-mêmes ». « C’est vrai qu’à partir de certaines lignes, on a tendance à étiqueter certains journaux qui seraient favorables à l’opposition et d’autres à la majorité qui, aujourd’hui, n’existe pas avec la Transition en cours », estime M. Dao. Par contre, note-t-il, l y avait des lignes éditoriales fixes sous le régime d’Ibrahim Boubacar Kéita, ancien président. « Par exemple, sous l’ancien pouvoir, certains journaux étaient réguliers à dire tout ce qui n’allait pas. Rarement, on voyait dans ces journaux de bonnes choses du régime », dit Ousmane Dao. Avant d’admettre, cependant, que certaines publications ont varié dans leur ligne éditoriale, en fonction de ce qui se passe dans le pays. OD/MD (AMAP)
Dossier Presse écrite au Mali (1) : Plus de 250 titres à parution régulière et irrégulière
Par Oumar DIAKITE Bamako, 30 avr (AMAP) Depuis une dizaine d’années, les organes de presse écrite prolifèrent au Mali. En plus du quotidien du service public, ‘L’Essor’, le Mali compte neuf quotidiens, près de deux-cents hebdomadaires, une quinzaine de bi-hebdomadaires, un bimensuel, vingt-sept mensuels, un bimestriel. Officiellement, ce sont les titres enregistrés à l’Association des éditeurs de la presse écrite (ASSEP) ou au Groupement patronal de la presse écrite (GROUPE), deux grandes structures syndicales regroupant la presse écrite au Mali. Selon Modibo Diaby, secrétaire à l’information du GROUPE constitué de plus d’une quinzaine de journaux de la presse privée, parmi ces publications, il y a quatre quotidiens, deux bi-hebdomadaires et des hebdomadaires. « Les quotidiens, précise-t-il, sont ‘Les Echos’, ‘L’Indépendant’, ‘Info-Matin’, et ‘Le Républicain’. Alors que les bi-hebdomadaires sont ‘Le Challenger’ et ‘Le journal 22 Septembre’. Ces journaux arrivent à respecter la périodicité de leur parution, contrairement à d’autres membres du Groupement patronal, à l’image de Bamako-Hebdo. De son côté, l’ASSEP refuse des titres aujourd’hui. Selon son secrétaire à l’information, Ousmane Dao, plus d’une trentaine de journaux attendent que la Commission d’adhésion statue sur leur cas. « Nous avons plus d’une trentaine de demandes d’adhésion à l’étude au niveau de l’ASSEP », dit M. Dao. Selon lui, c’est le nombre élevé d’adhérents qui a certainement abouti a l’adoption de certains critères dont le respect condition l’adhésion à l’ASSEP. Car, aujourd’hui selon ses statistiques, l’Association faitière compte plus de deux-cents journaux membres dont cinq quotidiens, onze bi-hebdomadaires, plus de cent cinquante six hebdomadaires, un bimensuel, vingt-sept mensuels et un bimestriel. Selon son secrétaire à l’information, les journaux quotidiens affiliés à l’ASSEP sont, entre autres, ‘Le Pays’, ‘L’Indicateur du Renouveau’, ‘Le Combat’, ‘Nouvel Horizon’ et ‘Soir de Bamako’. ‘L’Investigateur’ est un bimensuel alors que le bimestriel est Protection sociale de l’Association des éditeurs de la presse écrite. La liste est loin d’être exhaustive. Il faut noter que parmi ces nombreux titres affiliés à l’ASSEP, seulement une quarantaine arrive à se maintenir et à paraître régulièrement. Les autres paraissent, au gré des évènements, de leurs possibilités financière et, surtout, lorsqu’ils ont, ce qu’on appelle ici, « un marché ». « Quoiqu’il en soit, ces journaux paraissent quelques fois dans l’année pour bénéficier du paiement de rares contrats d’assistance média ou d’abonnement qu’ils arrivent à négocier », indique notre interlocuteur. PROLIFERATION IMPOSEE ! « Cela a été comme une révolution. Et a commencé sous le régime de l’ancien président, Ibrahim Boubacar Kéita. C’est une véritable prise de conscience. Les jeunes journalistes ont réalisé qu’ils sont exploités par les différents patrons de presse. Il fallait se libérer de ce joug d’exploitation des aînés… », dit Daouda Konaté, directeur de publication d’un hebdomadaire de la place, pour tenter d’expliquer la prolifération des organes de presse écrite au Mali. Notre interlocuteur pointe du doigt les premiers directeurs de publication pour n’avoir pas correctement rémunéré leurs journalistes ou, du moins en leur imposant un traitement de misère. Chaque journaliste, sachant qu’il peut décrocher un contrat de partenariat de plus deux millions de Fcfa par an, a voulu voler de ses ailes, en lançant son propre titre. « Même des stagiaires créent leur journal. Je peux vous citer certains de ces directeurs de publications qui n’ont pas fait trois ans de pratique du métier de journalisme avant de lancer leur propre organe », peste Mme Coulibaly, promotrice d’un journal quotidien qui peine à respecter la périodicité de sa parution « par manque de personnel ». Ses journalistes l’ayant quitté pour être leur propre patron. En effet, pour créer son propre journal, il faut juste quelques pièces à fournir qui ne demandent pas trop de dépenses financières particulières. La loi demande un casier judiciaire, un diplôme d’étude supérieure, une attestation prouvant que le demandeur est journaliste, une demande de création de titre adressée au procureur du tribunal où le siège du journal sera installé, entre autres. L’ancien vice-président de la Maison de la presse du Mali et non moins directeur de publication du bi-hebdomadaire ‘Mali Tribune’, Alexis Kalambry, impute la prolifération des organes presse écrite aux hommes politiques. M. Kalambry estime, d’abord, que les politiques ont soutenu le boom des journaux, en n’oubliant pas de l’exploiter à leur profit afin de mieux défendre leurs intérêts et atteindre leurs objectifs. « Ce sont les hommes politiques qui, n’ayant pas réussi à instrumentaliser les premiers journaux, ont encouragé la création de titres », accuse-t-il. Ajoutant que « la 2ème raison est la facilité de la création d’un journal au Mali ». L’ancien vice-président de la Maison de la presse indique que la troisième raison du fléau est à rechercher dans notre histoire politique récente. « Puisque, justifie Alexis Kalambry, le quotidien national ‘L’Essor’ est resté longtemps le seul titre. « Avec l’ouverture démocratique, la création de titre est devenue un acte démocratique qu’il fallait faciliter le plus possible», analyse-t-il pour expliquer les raisons qui ont vraiment conduit les titres à proliférer. OD/MD (AMAP)
Commémoration du 26 mars Mali: L’AMAP pose «un regard sur le passé» en photos
Bamako, 26 mars (AMAP) L’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP), dans le cadre de la commémoration du 26 mars au Mali, propose une exposition de photographies sous le thème «Regards sur le passé», dont le vernissage a été lancé jeudi, au Musée national de Bamako, par le Premier ministre, Moctar Ouane. À ce vernissage, aux côtés du Premier ministre Ouane, étaient présents les ministres de la Communication et de l’Économie numérique, Dr Hamadoun Touré, et son collègue de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Kadiatou Konaré. Il y avait, également, des anciens ministres et directeurs généraux de l’AMAP. L’AMAP apporte, ainsi, une contribution de taille dans la construction d’une mémoire collective sur les douloureux événements du 26 mars 1991. Les photographies reconstituent le film du coup d’État qui a abouti au renversement de Moussa Traoré au pouvoir depuis 23 ans et la mise en place du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) dirigée par Amadou Toumani Touré. « Un regard sur le passé », serait ouvert au public, au Musée national, du 25 au 31 mars 2021 Après une semaine au Musée national, l’exposition entamera une phase itinérante qui la conduira dans les établissements scolaires et universitaires, afin de faire mieux connaître ce pan important de notre histoire aux élèves et étudiants. Pour le directeur général de l’AMAP, Bréhima Touré, l’exposition «Un regard sur le passé» est une véritable école qui permet aux jeunes de revisiter l’histoire démocratique du Mali. Elle offre, également, une opportunité aux acteurs du Mouvement démocratique et au grand public de revenir sur les grands événements de mars 1991. L’événement est initié dans le cadre de la célébration du 30è anniversaire des événements douloureux de mars 1991 ayant abouti à l’instauration de la démocratie et du multipartisme au Mali. Trente ans après le soulèvement populaire qui a mis fin au régime du général Moussa Traoré, l’AMAP entend faire revivre ces événements marquants à travers son fonds photographique. Ainsi, une soixantaine d’images seront exposées pour marquer les différentes étapes de la lutte pour la démocratie et la liberté au Mali. L’exposition consiste à raviver les émotions fortes que nos concitoyens ont ressenties pendant cette période spécifique de la vie de la nation. Les événements de mars 1991 ont marqué d’une pierre blanche l’Histoire du Mali. A ce titre, cette date demeure pour les Maliens un moment de recueillement mais aussi de dévouement pour la promotion de la démocratie et des droits de l’Homme. Elle mérite d’être célébrée afin que les futures générations sachent que la démocratie et certaines libertés ont été arrachées au prix du sang de beaucoup de nos compatriotes. Cette exposition de photographies, proposée par l’Amap, est un devoir de mémoire et une contribution à une prise de conscience de l’importance de cette étape dans l’Histoire de notre pays. Il s’agit pour cette exposition photographique, selon le directeur général de l’AMAP, de faire renaître l’esprit de mars 1991, de faire connaître les différentes étapes de la lutte pour la démocratie et les libertés, de sensibiliser la population au respect des monuments historiques et de cultiver un esprit de paix et de cohésion sociale. Cette exposition est entièrement réalisée avec le fonds photographique de l’AMAP, qui illustre les grands événements socio-politiques et culturels du Mali de l’indépendance à nos jours. AC/AS/MD (AMAP)
Exposition photos : l’AMAP invite à un regard sur le 26 mars 1991
Bamako, 24 mars (AMAP) L’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP) organise une exposition-photos sur le thème « Un regard sur le passé », au Musée national, du 25 au 31 mars 2021 dont le vernissage est prévu, jeudi, sous la présidence du Premier ministre Moctar Ouane. Pour le directeur général de l’AMAP, Bréhima Touré, l’exposition «Un regard sur le passé» est une véritable école qui permet aux jeunes de revisiter l’histoire démocratique du Mali. Elle offre, également, une opportunité aux acteurs du Mouvement démocratique et au grand public de revenir sur les grands événements de mars 9191. Après une semaine au Musée national, l’exposition entamera une phase itinérante qui la conduira dans les établissements scolaires et universitaires, afin de faire mieux connaître ce pan important de notre histoire aux élèves et étudiants. L’événement est initié dans le cadre de la célébration du 30è anniversaire des événements douloureux de mars 1991 ayant abouti à l’instauration de la démocratie et du multipartisme au Mali. Trente ans après le soulèvement populaire qui a mis fin au régime du général Moussa Traoré, l’Amap entend faire revivre ces événements marquants à travers son fonds photographique. Ainsi, une soixantaine d’images seront exposées pour marquer les différentes étapes de la lutte pour la démocratie et la liberté au Mali. L’exposition consiste à raviver les émotions fortes que nos concitoyens ont ressenties pendant cette période spécifique de la vie de la nation. Les événements de mars 1991 ont marqué d’une pierre blanche l’Histoire du Mali. A ce titre, cette date demeure pour les Maliens un moment de recueillement mais aussi de dévouement pour la promotion de la démocratie et des droits de l’Homme. Elle mérite d’être célébrée afin que les futures générations sachent que la démocratie et certaines libertés ont été arrachées au prix du sang de beaucoup de nos compatriotes. L’activité photographique proposée par l’Amap est un devoir de mémoire et une contribution à une prise de conscience de l’importance de cette étape dans l’Histoire de notre pays. Il s’agit pour cette exposition photographique, selon le directeur général de l’AMAP, de faire renaître l’esprit de mars 1991, de faire connaître les différentes étapes de la lutte pour la démocratie et les libertés, de sensibiliser la population au respect des monuments historiques et de cultiver un esprit de paix et de cohésion sociale. Cette exposition est entièrement réalisée avec le fonds photographique de l’AMAP, qui illustre les grands événements sociopolitiques et culturels du Malide l’indépendance à nos jours. AS/MD (AMAP)
Mali : Amadou Sanogo, l’artiste qui revivifie les traditions par la peinture
Par Moussa BOLLY Bamako, 18 mars (AMAP) Le public a découvert ou a redécouvert cet artiste-peintre atypique à l’occasion de «Ségou’Art 2021» (format créatif du Festival sur le Niger) que la Cité des Balanzans a abrité du 4 au 7 février 2021. A cette occasion, en partenariat avec BamakoArtGallery (BAG), le jeune talent était au cœur d’une exposition exceptionnelle avec l’illustre Cheick Diallo, le père du design malien. Les deux artistes ont travaillé de concert sur une même œuvre. Une première dans l’histoire de la BAG. Une collaboration qui a confirmé Amadou Sanogo comme « l’un des artistes peintres maliens les plus influents » dans le monde. Questionner la société, l’humanité ! C’est la philosophie qui se dégage des œuvres d’Amadou Sanogo. Des œuvres teintées de l’impact de la technique traditionnelle du bogolan qui influence sa démarche artistique. Diplômé des arts plastiques de l’Institut national des arts (INA) de Bamako en 2003, Amadou s’est fait une place au soleil à travers les ateliers de formation. Une expérience qui, reconnaît-il, lui a permis de « rencontrer le monde », chez-lui, avant de sortir pour aller vers le reste du monde. Comme artiste, son inspiration se nourrit beaucoup de son éducation communautaire. « Ma base de réflexion est surtout axée sur les questionnements sur l’homme au sein de la société et son devoir envers celle-ci », déclare-t-il dans un document de présentation réalisé par BamakoArtGallery (BAG) à l’occasion de «Ségou’Art 2021». Et de poursuivre, « le bogolan a eu un impact sur ma façon de travailler et surtout ma façon de voir les choses. C’est l’une de mes premières expériences artistiques. C’est un art que j’ai parfaitement maîtrisé un moment. Et comme c’était du bogolan traditionnel, on ne m’a pas appris à tricher avec les techniques et les matières ». Aujourd’hui, a déploré l’artiste, « il y a beaucoup de tricherie avec le bogolan, surtout que l’effort n’est pas récompensé. Naturellement, tout est traditionnel dans le bogolan. Traditionnellement, le blanc ne s’obtient pas par exemple avec l’eau de Javel comme on le voit aujourd’hui ». Toujours est-il que « les techniques du bogolan m’ont beaucoup facilité la peinture ». Cette expérience artistique lui a permis de maîtriser et de raffermir les techniques de la peinture et à imposer son style. AU PRIX DE L’OBSTINATION – Né à Ségou (Centre), le 1er juillet 1977, Amadou Sanogo a poussé l’obstination jusqu’à se forger un destin autre que celui tracé par ses parents. « Après le Certificat d’études primaires (CEP), ma famille a voulu que j’étudie la comptabilité, mais au bout de deux ans, j’ai choisi de passer le concours de l’Institut national des arts (INA). Cela a été mal perçu, car dans ma famille et, cela d’autant plus que pour mes parents, un noble comme moi n’avait pas le droit de pratiquer l’art destiné aux hommes de caste. Il n’y a que ma mère qui me soutenait, en m’envoyant en secret de la nourriture pendant mes études », a-t-il confié à la presse, lors d’un de ses nombreux entretiens avec la presse française. Très tôt fasciné par le dessin, Amadou Sanogo a été initié au bogolan (technique de teinture végétale et motifs d’argile sur coton) par son professeur à l’école fondamentale. Il a, par la suite, découvert la gouache, l’aquarelle, puis l’acrylique qu’il a choisi depuis 2005. Jusqu’en 2012, il a bénéficié du mécénat de Séiba Kéita, propriétaire d’un café fréquenté de la capitale. «Il me disait : je veux que tu peignes sans souci financier », se souvient l’artiste. En 2011, il est repéré par le célèbre galériste d’art contemporain africain, le Français André Magnin. « Il y a eu un énorme changement dans ma vie grâce à lui. Il veut garder tout ce que je produis pour les montrer dans les grandes rencontres… Désormais, je vis à 100 % de la peinture et je peux faire vivre ma famille », assure l’atypique peintre heureux de vivre de son talent. PROVERBES BAMBARA – « Humaniste et libre-penseur », comme l’écrit un critique à son propos, Amadou Sanogo se nourrit de la tradition qu’il utilise comme source de connaissances, de sagesse et d’inspiration. C’est ainsi qu’il a récemment fait une exposition (La Criée, Centre d’Art Contemporain à Rennes, France) avec des tableaux inspirés des proverbes bambara que l’artiste considère comme « essentiels à la compréhension de la culture malienne dans toute sa diversité ». Ses œuvres drainent du monde dans ses expos à l’Institut français du Mali (IFM-Bamako) à l’Alliance franco-malienne de Mopti, à Paris, Rennes, Bordeaux, Londres, Bruxelles, Marrakech, Ouagadougou avec des thèmes atypiques comme «De Paroles en paraboles, on se sert», «Les points de l’individu», «L’homme du présent», «Le Reflet», «Le trait»… L’an dernier (2020), ses toiles de grand format (une quinzaine) inspirées de proverbes du Mali avaient fait sensation en Europe, en France notamment, avec des animaux ou des silhouettes humaines qui se découpent sur des aplats de couleurs tendres ou vives, et racontent la politique, la vie en société, et la vie artistique. « Chacune de ses acryliques fait référence à un proverbe bambara… Le personnage, par sa posture, et certains détails comme les mains gantées, synonymes de violence, évoquent un adage : il est difficile de se battre contre soi-même ou la malédiction pousse la volaille à se transformer en vendeur de couteau », commente un critique d’art. « Je suis né à Ségou, la capitale du royaume bambara où les proverbes n’ont plus de secrets. On vit et on dort avec. Lorsque je suis arrivé à Bamako pour étudier à l’Institut national des arts (INA), j’ai mesuré l’ampleur de la richesse de ces proverbes et j’ai choisi de travailler sur ce thème. », dit Amadou. Cette quête d’originalité qu’il ne trouve plus de nos jours dans le bogolan, cette volonté de créer l’inséparable passerelle entre ses œuvres et les traditions de son terroir est au cœur de sa vision de l’art. «Je me pose beaucoup de questions sur les paroles bambara, le système de fermeture social malien et même international qui sont
Mariétou Mariette Dicko : Le combat pour les étoffes africaines
Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 18 mars (AMAP) Mariétou Mariette Dicko est une créatrice de mode malienne à succès. Sa réussite lui a valu d’être nommée ambassadrice des textiles et de la mode par le ministère en charge de l’Artisanat, depuis 2008. Mariétou Mariette Dicko est une artiste accomplie, maîtrisant tous les domaines de la création : depuis le filage du coton, savoir-faire transmis par sa grand-mère, jusqu’à la couture grâce à sa mère, en passant par la broderie et le tricotage, appris à l’école des bonnes sœurs où elle était scolarisée. La styliste au talent reconnu au-delà de nos frontières fait de la valorisation de nos tissus traditionnels son cheval de bataille. Fondatrice de la marque “Traditions Mode Africaine” depuis avril 2000 et du salon de coiffure et esthétique “Renée Coiffure” au Mali, Mariétou Mariette Dicko est, aussi, la présidente du projet culturel “MADI” (Mode arts développement international). Commerciale de formation, elle devrait faire carrière dans le milieu des assurances et de la gestion des supermarchés. Parfaite bilingue (Français et Anglais), Mariétou Mariete Dicko a été fonctionnaire des Nations unies, pendant 16 ans, au Mali puis en France. Elle est, depuis 2000, consultée par le ministère de la Culture et de l’Artisanat du Mali pour l’organisation des foires et salons à l’international. Et, justement, pour la réussite des événements, dans ce secteur, elle propose un style tradi-moderne en décoration pour les stands des salons, foires et autres expositions et bureaux. Elle a fait ses débuts dans la couture à l’âge de 17 ans, afin d’aider financièrement sa famille, tout en poursuivant ses études. Une fois diplômée, elle a travaillé dans les assurances, ainsi que pour une compagnie pétrolière. Sa carrière a également été marquée par 16 années passées aux Nations unies, dans les agences de l’Unesco et de l’Unicef. C’est en 2000 qu’elle a fait le choix de revenir à sa passion, la mode, en présentant son premier défilé de mode à Bamako. En créant ainsi sa griffe : Traditions Mode Africaine, elle a rendu hommage à sa grand-mère qui lui a donné la passion des étoffes maliennes. Parallèlement, désirant promouvoir la culture malienne à l’international, elle a monté le projet culturel MADI. Il y a des péripéties incroyables dans ce projet de galerie. En 2004, elle l’a proposé au ministre de l’Artisanat et du Tourisme, N’Diaye Bah, à l’époque. « Ce dernier a aussitôt compris son opportunité. Il m’a aidée à le réaliser, en collaboration avec la collectivité de Montreuil », dit Mariétou. « La réalisation de cette galerie a permis de balayer tous les a priori qu’on se faisait sur notre artisanat. Nos deux usines, Comatex et Batexi, ont montré, aussi, un intérêt pour le projet », souligne-t-elle. VISIBILITE – La galerie a été une aubaine, une opportunité pour de nombreux compatriotes qui ont pu y exposer. La galerie a permis également à la mode malienne d’être plus visible. « Il est temps que le Mali s’impose côté mode, sur le plan international, surtout à Paris et pourquoi pas à Milan (Italie), Londres (Grande-Bretagne) en Allemagne à Dusserldorf où ont lieu de grands défilés de mode. Notre pays aussi a pu fêter, en 2010, la fête de l’artisanat à Bonn », dit Mariéto. Rien d’étonnant alors qu’elle soit consacrée par le ministère en charge de l’Artisanat ambassadrice des textiles et de la mode. Ce nouveau statut lui a donné l’opportunité de voyager dans différents pays, pour représenter l’artisanat de son pays en participant à des salons internationaux. Dans ces lieux d’expression et d’échanges, elle a animé des conférences, notamment sur le thème des femmes chefs d’entreprise dans l’artisanat et dans l’agriculture, avec la culture du coton. Ces déplacements à l’étranger sont, aussi, l’occasion d’exporter l’artisanat malien, symbole de la culture du pays. Grâce aux ventes générées lors de ces événements, elle apporte son soutien à l’économie locale. En effet, selon elle, le Mali se développera par son textile. Poursuivant son objectif d’exporter en représentant au mieux la culture malienne, elle est, récemment, devenue l’ambassadrice du Mali à l’Organisation mondiale de la gastronomie. Depuis quelques années, elle a décidé de se battre pour « la promotion de l’étoffe africaine ». Car, pour elle, la sauvegarde des droits économiques et culturels passe par là. « Les étoffes africaines, diverses et riches, naturelles et artisanales, industrielles et chimiques, avec des motifs ancestraux ou créatifs doivent être et rester africaines », explique-t-elle. « Nos étoffes africaines doivent être fabriquées, portées, et utilisées, tout d’abord, par les Africaines en tous lieux, en toutes circonstances et au quotidien pour soutenir le développement économique effectif de nos pays africains et de notre continent », plaide Mariétou. Toutes ces étoffes africaines peuvent être utilisées comme vêtements. Selon notre interlocutrice, le rôle des métiers de la mode est de propulser, sur le plan économique, les étoffes en confectionnant dans différents styles modernes, tradi-modernes ou traditionnels. « Il est, donc, essentiel de suggérer des styles convenant aux autres cultures dans nos étoffes. Utiliser des mélanges d’étoffes traditionnelles africaines est importante pour prouver la réussite du brassage culturel. Maintenir l’authenticité des styles africains dans les créations protège notre identité culturelle », argumente la styliste. Toutes ces étoffes peuvent être utilisées dans la décoration : les tentures, la literie, l’art de table, les objets de décoration, au goût de tous de différentes cultures. Pour elle, il faut un véritable plan de développement des étoffes africaines avec des politiques de promotion. Toute chose qui permettra de donner une visibilité élargie et ainsi faire évoluer les mentalités. Elle propose « de porter régulièrement nos vêtements pendant toutes les rencontres africaines, de décorer nos salles de réunions avec nos étoffes, d’habiller nos hôtesses avec les étoffes ». Il faudrait, aussi, penser à l’instauration d’une exposition-vente des étoffes africaines pendant toutes les rencontres dans les pays africains et à l’extérieur du continent africain, de créer des espaces d’expressions des étoffes africaines, systématiquement, à travers les foires, salons et expositions. L’organisation de conférences-débats et de défilés de mode autour des étoffes africaines dans les grandes écoles et universités avec des élèves/étudiants est pédagogique et
Exposition Photos de l’AMAP à l’occasion du 30ème anniversaire du 26 mars 1991 sous le thème « Un regard sur le passé »
Pratiques coloniales: La déportation, l’internement et la mort de Aline Sitoé Diatta en 1944
Par Dr Ibrahim MAIGA Bamako, 16 mars (AMAP) A seulement 24 ans, le destin de Aline Sitoé Diatta s’est accompli à Tombouctou en 1944. Elle y avait été condamnée à purger une peine d’internement de dix ans. Elle n’a pas tenu un an, victime du scorbut. A Tombouctou, la mémoire locale n’a pas gardé d’elle beaucoup de souvenirs. Par contre, au Sénégal, le débat sur le rapatriement de ses restes est encore d’actualité dans un contexte où l’engagement mémoriel toise la lecture politique. Dans la mouvance du 8 Mars, nous vous proposons l’histoire de cette résistante à la domination coloniale. On en sait beaucoup sur Gbéhanzin, Samori, Chérif Hamahoullah, tous capturés et brandis comme des fauves de foire avant d’être déportés dans des territoires aux conditions climatiques rudes, en Martinique, en Guinée, en Côte d’Ivoire, en Mauritanie, au Gabon, à Madagascar, au Soudan français… S’y ajoute le flot d’assignation à l’intérieur de chacun des territoires colonisés par la France, la grande nation des droits de l’Homme. C’était l’époque des « camps d’internement », des « camps d’enfermement administratif » et même des « camps de concentration » sous les tropiques, dans l’ombre de la deuxième guerre mondiale ! Aline Sitoé Diatta, elle, a été « affectée » au Soudan français. D’armes, elle n’avait que son intelligence. De munitions, elle n’avait que son charisme, et son verbe ! Elle n’a pas été jugée par un tribunal, car l’administration n’a jamais pu réunir contre elle des preuves. Elle a, cependant, été condamnée à un « internement administratif à titre préventif » parce que son engagement en faveur de l’autonomie et de la renaissance de son peuple dérangeait. Mue par une force intérieure propre à l’univers animiste des Diolas de la Casamance, Aline était tout simplement un leader. Elle avait des pouvoirs mystiques. Le lieutenant-colonel Sajous, commandant du cercle de Ziguinchor, à l’époque des faits, donne un portrait de Aline en ces termes : « Servie par le prestige d’avoir procuré aux Diolas un hivernage très pluvieux, gage d’une excellente récolte de riz et succédant à une année 1941 sèche, elle prescrivait à son entourage de féticheurs de ne pas obéir aux Blancs, de leur refuser les hommes pour le service militaire, de ne pas accepter les achats obligatoires de paddy, de ne pas entretenir les routes » (Archives d’outre-mer d’Aix-en-Provence, 14 MI 1835 2G 42, Rapport politique du Sénégal). Ce court extrait résume la volonté du colonisateur d’en finir avec elle. Ces propos seront confortés par Christian Roche, le dernier proviseur français du lycée de Ziguinchor, dans un article intitulé : « Chronique casamançaise. Le cercle de Ziguinchor au Sénégal pendant la guerre de 1939-1945 » (Revue des Outremers, revue d’histoire, 1986). D’après Roche, parce que justement Aline avait une aura et un discours nationaliste, qui débouchait sur une sorte de subversion, le lieutenant-colonel Sajous a décidé de « de frapper les imaginations ». Pour le militaire français, Aline Sitoé pouvait être considérée comme « l’inspiratrice des troubles ». Cette déduction était suffisante pour justifier qu’il se rende en mission dans la zone d’évolution de Aline. Il est d’une grande barbarie. Il tue, frappe et menace de mettre le feu à tous les villages. Pour couper court à cette barbarie qui s’abattait sur des innocents, Aline préfère se rendre. Roche précise que cet évènement a lieu le 31 janvier vers midi. « … la jeune prophétesse, appuyée sur des cannes en raison d’une infirmité congénitale, vint se livrer aux Français afin d’éviter toute effusion de sang », rapporte l’historien. Mais Sajous n’est pas content. Il veut humilier la nationaliste et la gifle. Captive désormais, elle prend la direction de Ziguinchor en même temps que certains de ses proches, entre 20 et 23 personnes. Elle sera condamnée à la déportation. Dans un premier temps, elle est à Kayes. Elle finira à Tombouctou. Pour Roche, Aline a été condamnée parce qu’elle tenait un « message religieux qui préconisait un retour au riz rouge, au lieu du riz blanc recommandé par les Français, par sa prédiction que les Blancs partiraient un jour… ». L’historien sénégalais Papis Comakha Fall qui a travaillé sur les mêmes faits « Automne-hiver 2020 » (page 19, n° 9-10), insiste sur le caractère pacifique de la lutte engagée par Aline Sitoé Diatta. Malgré tout, l’armée française avait décidé de la réduire au silence avec la consigne suivante : « faire respecter les ordres, arrêter les rebelles et mettre fin par la force, à toute tentative de rébellion jusqu’à la soumission complète ». (Télégramme lettre n° 31 adressée au gouverneur général de l’AOF, Saint Louis, 22 janvier 1943). Dès lors, les mobiles ne devaient plus être compliqués. Ils seront condensés en trois points : « mensonges, escroquerie et rébellion », en vertu de l’application d’un décret colonial datant du 15 novembre 1924. La volonté qui sous-tendait l’invocation de ce texte de tous les abus était qu’ « il importe au plus haut point pour le retour de la tranquillité dans le pays que la visionnaire Aline Sitoe Diatta et ses adeptes soient écartés pour longtemps des lieux où ils ont exercé leur emprise ». (Rapport d’ensemble tendant à faire interner la dame de Kabrousse, Aline Sitoe Diatta et ses principaux adeptes, 1943). L’autorité coloniale parle de la « rébellion d’Effok et des villages environnants qui croient, à la lettre, aux promesses que (Aline) leur avaient faites » (Archives Nationales du Sénégal, Rapport d’interrogatoire du 15 mars 1943). Elle est coupable donc. Sur la condamnation même de Aline Sitoé, nous n’avons pas trouvé meilleure source que Papis Fall. Il écrit que Aline Sitoe a été condamnée le 15 juin 1943, par un Arrêté général du Gouverneur. Le prononcé de son jugement précise qu’il s’agit d’une peine de « dix ans de réclusion à passer dans le cercle de Kayes ». (Procès-verbal d’interrogatoire du 15 mars 1943). On retrouve donc la trace de Aline à Kayes, mais pour quelques temps seulement. L’administration a soudainement pris la décision de durcir les conditions de détention de la prisonnière, en l’envoyant à Tombouctou. Le 27 août 1943, est pris l’arrêté qui fixe désormais son lieu de détention à Tombouctou. (Histoire d’Aline Sitoe : mourir à Tombouctou, Soleil, mardi 11 octobre 1983, p.2). On sait maintenant que le

