Mine d’or de Morila : Perspective de relance de la production

  Bamako, 03 Fév (AMAP) « Nous sommes en passe de sauver plus de 500 emplois directs et près de 2.000 emplois indirects. Donc, dans ce cadre-là, il était important pour nous de venir voir comment tout cet arsenal se met en place au profit des populations riveraines et, d’une manière générale, au profit de la population malienne », a déclaré le ministre des Mines, de l’énergie et de l’Eau, Lamine Seydou Traoré, lundi dernier, en marge des travaux de la 2ème session du Conseil d’administration de la mine d’or de Morila sous l’exploitation de Firefinch. Il était accompagné d’une forte délégation comprenant notamment le directeur national de la géologie et des mines, Cheick G. Keita. Depuis son entrée en exploitation en 2000, le site de Morila, situé à quelque 280 km au sud-est de Bamako, a produit plus de 7,4 millions d’onces d’or, à partir de l’extraction à ciel ouvert et du traitement des stocks et des résidus sur 20 ans de propriété de Barrick/AngloGold. Firefinch, anciennement appelé Mali Lithium, est depuis 2011 un explorateur aurifère actif au Mali. Troisième producteur d’or en Afrique, en novembre 2020, la société a acquis une participation de 80% dans la mine d’or de Morila, dans laquelle l’Etat du Mali détient 20%. Morila est une mine d’or en exploitation et dispose d’une usine de traitement de 4,5 millions de tonnes par an et de toutes les infrastructures requises pour un site minier autonome. À leur arrivée, le ministre et sa délégation ont été accueillis dans la salle de conférence de la mine d’or de Morila par son directeur général, Drissa Arama. Lamine Seydou Traoré a, aussitôt, participé à la 2ème session du Conseil d’administration de la mine. A la fin de la rencontre, le ministre a, successivement, visité la carrière d’exploitation de la mine, l’usine de production d’or et le Centre agrobusiness de Morila. Ce centre est composé de trois volets : l’aviculture, la pisciculture et un jardin maraîcher d’environ un demi-hectare. « Aujourd’hui, l’avenir de Morila est sur une bonne tendance. Nous espérons qu’avec les investissements que nous devons avoir, très bientôt, on pourra commencer l’exploitation minière. Aujourd’hui, on peut dire que les choses vont comme nous les avons planifiées », a expliqué le directeur général de la mine d’or de Morila, tout en précisant que la production d’or du site est d’environ 120 kilos par mois. « Nous devons aller vers les 200, 300 jusqu’à une tonne d’or par mois. C’est ce que nous envisageons de faire. Nous pensons que dans le futur, on pourra augmenter la production avec beaucoup plus de ressources », a-t-il dit. Drissa Arama a rassuré le ministre que la société veut travailler dans la transparence. Au terme des différentes visites, le ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau a déclaré qu’il était important pour lui de venir voir ce qui se passe, afin de prodiguer des conseils et faire aussi des mises en garde. « Une mise en garde pour respecter les clauses du contrat, pour inviter la société à davantage de coopération avec les opérateurs économiques maliens. Et on a été agréablement surpris de constater que c’est le leitmotiv du groupe Firefinch qui nous a démontré clairement que sur 500 employés, il y a à peine 4 expatriés. Ce sont des choses qui doivent être encouragées », a soutenu Lamine Seydou Traoré. Parlant de la 2ème session du Conseil d’administration de la mine d’or de Morila sous Firefinch, le ministre a dit que les signaux sont bons. « C’est vrai qu’avec les projections qui ont été faites par rapport à la fermeture de la mine à l’horizon de juin 2021, elles étaient de nature à déséquilibrer un peu les comptes financiers. Mais des investisseurs sont résolument engagés à faire en sorte que les emplois puissent être gardés et que la mine puisse continuer à être exploitée », a-t-il indiqué. « Les éléments qu’on nous a présentés montrent bien qu’avec l’accompagnement du gouvernement et de la population ainsi que l’engagement des investisseurs, nous arriverons à faire briller encore l’or de Morila pour le bonheur des Maliens », a affirmé le ministre. Auparavant, la délégation ministérielle avait rendu une visite de courtoisie au chef de village de Sanso. AG/MD (AMAP)  

Mali : Le Conseil national de transition adopte un accord de financement en faveur de l’Energie

Bamako, 31 Janv (AMAP) Le Conseil national de transition (CNT) a adopté, samedi, le projet de loi autorisant la ratification de l’accord de financement entre le gouvernement et l’Association internationale de développement (IDA) relatif au programme de financement de la politique de développement du commerce régional de l’énergie en Afrique de l’Ouest-Mali. Par cet accord, l’IDA accorde au gouvernement malien un financement d’un montant de dix-huit milliards cent quatre millions quatre cent treize mille deux cent (18.104.413 200) Fcfa. Le financement est assorti d’un don de 16,5 milliards de Fcfa. Les membres du Conseil national de transition présents et par procurations, en séance plénière, dans la salle Djéli Baba Sissoko, au Centre international de conférences de Bamako (CICB), ont accordé, à 101 voix pour, zéro contre et zéro abstention, leur quitus au gouvernement en faveur de ce financement destiné à assurer aux populations la fourniture de l’énergie. L’adoption de cet accord est intervenue après la demande de la Commission du développement rural, de l’environnement, de l’assainissement, de l’eau et de l’énergie et des explications détaillées fournies par le ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau, Lamine Seydou Traoré. Aux termes de leurs discussions, les membres du CNT ont, ainsi, adopté le projet de loi ratifiant l’accord de financement entre le gouvernement malien et l’IDA, le guichet du Groupe de la Banque mondiale pour les pays à faible revenu. Ce projet de loi, initié par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a été adopté par le Conseil des ministres le 21 janvier dernier. Le projet vise le remboursement du marché régional de l’électricité au niveau de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). En effet, dans le cadre de la recherche de solutions aux problèmes de paiement de factures d’électricité, en tant qu’importateur, ou de non fourniture de la puissance électrique, une directive de la CEDEAO a été créée et est relative à la sécurisation des échanges transfrontaliers d’électricité. Pour la mise en œuvre de cette directive, la Banque mondiale a proposé deux instruments : la mise en place d’un programme d’aide budgétaire régional d’un montant de 300 millions de dollars et la création d’un Fonds renouvelable de soutien aux liquidités (FRSL) axé sur le commerce de l’électricité dans la région, afin de renforcer la liquidité des acteurs. Le remboursement de ce prêt va s’étaler sur une période de trente-deux ans, après un délai de grâce de six ans. OD/MD (AMAP)

Evaluation environnementale et sociale stratégique du secteur des mines : Les travaux ont démarré

Bamako, 27 Janv (AMAP) Le Projet de gouvernance du secteur des mines (PGSM) a initié, mercredi, un atelier de démarrage des travaux de l’évaluation environnementale et sociale stratégique (EESS) du secteur des mines au Mali. Intervenant lors de cet atelier présidé par le conseiller technique, chargé des mines au niveau du département, Lassana Guindo, le spécialiste en sauvegarde environnementale et sociale du PGSM, Dr Baba Faradji N’Diaye, a expliqué que le PGSM est un projet dédié à la promotion de l’activité minière au Mali. La nature du projet exige la réalisation d’une évaluation environnementale et sociale stratégique pour tout le secteur minier malien. Afin d’évaluer les impacts et les risques environnementaux et sociaux de l’activité minière et proposer des solutions pour sa pérennisation. « Le bureau d’étude français Sofreco a été recruté pour ce faire », a rappelé l’expert. « La prise en charge de la question environnementale dans l’activité minière est d’une extrême importance », a soutenu, pour sa part, le conseiller technique, Lassana Guindo. Il a remercié la Banque mondiale pour son soutien constant dans les efforts de développement économique et social du Mali, en général et dans le secteur minier, en particulier. « L’objectif du gouvernement, en la matière, est de rendre possible l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030 », a expliqué M. Guindo. Cela en se fondant, selon lui, sur les potentialités et les capacités de résilience pour la promotion d’un développement inclusif en faveur de la réduction de la pauvreté et des inégalités dans un Mali apaisé et uni. « Dans cette dynamique, le secteur minier est considéré comme un gros contributeur. Nous devons donc travailler de façon ardue à son développement avec la mise en valeur de notre riche sous-sol », a-t-il dit. Selon lui, tous les spécialistes s’accordent à dire que le potentiel minier malien est immense. Des gisements importants d’or ont été découverts à travers le pays. « La recherche d’autres substances minérales se poursuit. Pour traduire ce capital minier en développement durable, le Mali devra faire face à de grands défis qui englobent les enjeux environnementaux et sociaux, tout en reconnaissant que les projets miniers sont caractérisés par leur impact environnemental et social », a-t-il affirmé. Par ailleurs, Lassana Guindo a souligné qu’il devient impérieux, au début de chaque projet minier et même pendant son déroulement, d’évaluer ses risques et impacts. Le but est, selon lui, d’optimiser les avantages environnementaux et sociaux pouvant découler de la mise en œuvre des investissements miniers, notamment la protection de l’environnement actuel et futur et les effets durables du développement de l’exploitation des ressources naturelles à l’équilibre des écosystèmes. L’EESS, qui sera réalisée par le Bureau d’études Sofreco, permettra d’analyser, de façon systématique, les risques environnementaux et sociaux associés à n’importe quel type de projet minier : recherche ou exploitation. Toutefois, l’étude se penchera sur les aspects exploration, exploitation, organisation sectorielle, investissement, aménagement, technique, économique, gestion des revenus. « Elle fera des propositions sur les dispositions globales à prendre pour garantir la durabilité du secteur », a assuré Lassana Guindo. L’évènement a eu lieu en présence du coordinateur du PGSM, Hamara Touré, du représentant de la Société française de formation et conseil (SOFRECO) Pierre Martz et de nombreux représentants des sociétés minières. MS/MD (AMAP)

Société des mines d’or de Syama : Grève de 5 jours des travailleurs

Bamako, 10 Déc (AMAP) Le comité syndical de la Société des mines d’or de Syama (SOMISY), dans la Région de Sikasso (Sud), a exprimé, mercredi, son inquiétude face à la décision de la direction générale de l’entreprise de licencier 90 travailleurs maliens, à partir du 14 décembre prochain, en raison de difficultés économiques liées à la Covid-19. Le comité syndical observe une grève de 5 jours, depuis le 7 décembre dernier pour dénoncer ce que le secrétaire général du comité syndical de la SOMISY, N’Fa Doumbia, a qualifié de « méchanceté » de l’administration de l’entreprise. Dans sa déclaration préliminaire, lors d’une conférence de presse à la Bourse du travail, le secrétaire général du comité syndical de la SOMISY, N’Fa Doumbia juge d’« abusive » cette décision. Les travailleurs exigent le retour effectif et progressif des employés nationaux sur le site, le respect de la liberté syndicale, le droit de grève, l’implication, la prise en compte de l’avis du syndicat dans toutes les décisions concernant les travailleurs. Faisant la genèse de la situation et M. Doumbia a relaté les péripéties des négociations avec l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) sur la question. Et de rappeler que les années 2015 à 2017 ont été très agitées avec des débrayages de travailleurs pour réclamer de meilleures conditions de vie. Ils revendiquaient le rétablissement de l’Assurance maladie de 80 à 100%, l’instauration de la prime de rendement, la formation professionnelle, la mise en place d’un plan social pour les travailleurs licenciés pour des motifs économiques au niveau du bureau de Bamako. Une entente était intervenue entre la direction et les travailleurs sur l’arrêt de la vente parallèle des avaries par la direction, l’augmentation des salaires, de certaines primes de risque et de logement et l’octroi des fûts de 1.000 et de 200 litres aux travailleurs. Nonobstant ces accords de principe, l’administration de la SOMISY a maintenu son plan de licenciement. C’est ainsi que le comité syndical a déposé un préavis de grève de 5 jours, le 18 novembre 2020, demandant l’annulation de la décision de licenciement. En dépit de la menace de débrayage, la direction générale de la SOMISY n’a pas bougé d’un iota dans sa décision de réduire le personnel. « Des notifications de licenciement ont été transmises, parfois, dans des conditions pathétiques comme le cas de Mamadou Sanogo, un agent malade qui a reçu sa notification de licenciement sur son lit d’hôpital, avant de décéder quelques jours après », a déploré N’Fa Doumbia. « Les employés sont décidés à poursuivre leur action par des méthodes et procédures légales. Toute résistance ou opposition à cette action ne fera que renforcer notre détermination », a-t-il prévenu. Après avoir souligné que les travailleurs sont ouverts au dialogue social pour la satisfaction de leurs revendications, le secrétaire général du comité syndical de la SOMISY, a aussi appelé les autorités de la Transition, notamment le président Bah N’Daw, afin qu’elles s’impliquent auprès de l’entreprise afin qu’elle renonce à sa décision de licenciement. La SOMISY, qui existe depuis 1990, emploie près de 2.000 travailleurs, dont près de 650 Maliens. Selon N’Fa Doumbia, au cours du premier semestre de l’année, l’entreprise a généré 36 millions de dollars, soit environ 18 milliards de Fcfa de bénéfices. Et le syndicat de la SOMISY, « dans sa lutte pour de meilleures conditions de vie des travailleurs », a obtenu une augmentation entre 200 à 400.000 Fcfa sur les salaires du personnel SYW/MD (AMAP)  

Lignes à haute tension :  La mort au-dessus des têtes

Par Oumar SANKARE Bamako, 03 Déc (AMAP) Sur son lit d’hôpital, à Gabriel Touré, l’adolescente Fatoumata Témé avale difficilement une gorgée de bouillie que lui donne sa petite cousine âgée de 5 ans. Pendant ce temps, sa mère était aux toilettes. Sa fillette peine à trouver l’équilibre nécessaire pour boire. Âgée de 13 ans, elle se retrouve, aujourd’hui, avec les quatre membres amputés à la suite d’un accident qui aurait pu lui coûter la vie. On s’en souvient. Le 17 juillet dernier, Fatoumata Témé a reçu une décharge électrique foudroyante, provoquée par une ligne à haute tension suspendue non loin du toit d’une maison où elle travaillait comme domestique. « Avec une barre de fer, j’ai voulu décrocher un habit de la ligne haute tension. Puis, plus rien. Je me suis réveillée à la maison », marmonne la domestique. « Quand Fatoumata est arrivée ici, ses membres étaient déjà raides, Elle avait déjà passé quelques jours à la maison avant de venir à l’hôpital. Faute de soins appropriés à domicile, ses membres étaient déjà infectés. Après consultation de spécialistes, ici, au Mali, en France et aux Etats-Unis, la seule alternative pour sauver sa vie, c’était l’amputation des quatre membres », confesse Adam Telly, responsable du service social du CHU Gabriel Touré. Après son hospitalisation, elle aura toujours besoin d’un accompagnement approprié, surtout moral, pour réapprendre à vivre, selon son infirmière Anne Yéyé. Qui ajoute que le seul rêve de la fillette est de pouvoir retourner à l’école. La mésaventure de Fatoumata n’est malheureusement pas un cas isolé. D’autres accidents similaires ont été enregistrés à Bamako auparavant. Et la cause serait une urbanisation galopante, anarchique et incontrôlée. « Le taux d’urbanisation annuel du Mali, qui est de 4,9% par an, dépasse de loin le taux de croissance démographique global qui s’établit à 2,9% par an. Actuellement urbanisé à 41%, le pays devrait franchir la barre de 48% d’ici 2030 », analyse un rapport de la Banque mondiale intitulé : « Bamako : Un moteur de croissance et de prestation de services. Analyse du secteur urbain ». LE PIRE – À Tiébani, un quartier périphérique de la capitale, les chantiers poussent comme des champignons. Des lignes à haute tension sur plusieurs kilomètres, surplombent certaines maisons déjà habitées ou en cours de construction. Mohamed Barry dit avoir déménagé dans le quartier, il y a quatre mois. « Je suis surpris de voir des familles entières résider si près des lignes haute tension. Quand je fais la marche, le petit soir, et que je vois des enfants et des groupes de jeunes sous les lignes, je ne peux m’empêcher d’imaginer le pire», s’inquiète-t-il. Il y a moins d’un mois, un poteau électrique a provoqué un incendie vite maîtrisé. Seule désagrément :  une dizaine de maisons sont restées dans le noir. « Je n’ose pas imaginer les dégâts que pourraient provoquer les lignes à haute tension », renchérit Mohamed Barry. A quelques encablures de là, se trouve un garage de mécanique automobile, en dessous de la ligne haute tension. Siriki Diarra, un apprenti mécanicien, affirme être conscient du danger. Mais n’ayant pas d’autres choix, il est obligé de’ travailler là, faute de trouver un emploi ailleurs. Une opinion partagée par ses collègues. Au moins, cinq garages automobiles sont alignés. Plus loin, un petit jardin maraîcher appartenant à Assa Doumbia. La quinquagénaire, aussi, se dit consciente du danger mais n’a pas d’autre alternative pour survivre. « A deux reprises, j’ai dû abandonner mes cultures. Les propriétaires ont repris leur terrain. Ici, au moins le terrain n’appartient à personne. J’espère qu’on ne viendra pas me faire déguerpir un jour », dit-elle. Non loin de là, la ligne à haute tension passe au-dessus d’une maison. Un groupe de jeunes discute à côté. « Nous connaissons les risques encourus. Il nous arrive d’en parler avec le chef de famille, un pharmacien. Il dit disposer d’une autorisation de construire », répond le groupe. RÈGLEMENTATION – Le directeur national de l’urbanisme et de l’habitat, Almaimoune Ag Almoustaphe, est formel : « La marge latérale à observer le long des lignes à haute tension est de 25 à 50 mètres suivant l’intensité, conformément au décret n° 113 du 09 mars 2005 fixant les règles spécifiques applicables en matière d’urbanisme », précise Almaimoune Ag Almoustaphe. Selon lui, outre les risques de graves dangers d’électrocution et d’incendie auxquels s’exposent ceux qui vivent près des lignes à haute tension, « il est démontré qu’une longue exposition aux ondes électromagnétiques est cancérigène ». Autre lieu, autre scène. Nous sommes à Sirakoro, dans la Commune rurale de Kalaban-coro. Une station-service est construite sous une ligne à haute tension. Interpellés, des pompistes, plus occupés à servir leurs clients qu’à se soucier d’électrocution, soutiennent qu’ils ne font que leur boulot. « C’est ça ou le chômage », acquiescent d’un signe de tête, d’autres. Il est 16 h. Un groupe de jeunes s’affairent sur un terrain vague. Ils se préparent à jouer un match de football sous la ligne à haute tension. Leila Camara, une étudiante en colère peste contre les imprudents : « Cela m’énerve tellement de les voir jouer ici, sans se préoccuper des risques encourus ». Tout au long de la route, sur plusieurs kilomètres, lavages auto-motos, kiosques, boutiques, fleuristes, restauratrices et autres abris sont installés sous les lignes à haute tension. Quitteront-ils les lieux pour leur propre vie ? Ils soutiennent qu’à moins d’être expulsés, ils sont à demeure. Ils disent ne pas se plaindre et les activités marchent. En outre, Boubacar Coulibaly, gérant d’un lavage-auto, affirme avoir une autorisation de s’installer et s’acquitte régulièrement de ses taxes. Pour Ahmed Kanté, enseignant à la retraite, tout ceci est de la faute des autorités. « Tout le monde voit ce qui se passe ici à Sirakoro. De hauts responsables nationaux vivent ici : gouverneurs, ministres, directeurs de grandes institutions, chacun passe son chemin. Certains riverains ont interpellé la mairie. En vain », se plaint le retraité. Les conséquences sont pourtant réelles et connues de tout le monde. En la

Mine souterraine de Gara : Voyage dans l’autre monde des miniers

Par Fadi CISSE Bamako, 12 Nov (AMAP) Il est presque 11 heures, ce lundi matin, à Loulo, Région de Kayes, Cercle de Kéniéba, dans l’Ouest du Mali. Une équipe de journalistes participe au traditionnel média briefing qu’organise la compagnie Barrick Gold Corporation. Visiblement enthousiastes, les hommes de médias franchissent le seuil de la mine d’or de Gara. Tout sourire, le chargé de sécurité, de taille moyenne, est à l’accueil. Abdoul Aziz Ouattara, c’est son nom, nous conduit dans une chambre isolée où seront données les orientations sur les modalités de la visite de cette mine souterraine. Les consignes strictes et explications fournies à cet effet révèlent l’intérêt et l’importance que la compagnie minière accorde au respect des mesures de sécurité. En la matière, cette zone, qui regorge d’un trésor immense, est placée sous haute surveillance 24h/24h. Pour y accéder, travailleurs et visiteurs se soumettent à un protocole de sécurité. Il faut, par exemple, passer par le poste de contrôle tenu par des agents de sociétés de gardiennage. Le port de la ceinture de sécurité, du casque équipé d’une torche pour faciliter la communication à l’intérieur, des bottes pour se protéger contre les inondations en certains endroits, est obligatoire. Employés comme visiteurs doivent porter des lunettes pour se protéger de la poussière et être munis d’une bouteille de gaz à oxygène pour faciliter la respiration. Ceux qui supportent mal le bruit se protègent le tympan à l’aide de bouchons. Il est interdit de fumer dans le secteur. Et au fur et à mesure que l’on s’approche de la mine, la peur semble gagner les rangs. L’angoisse cédera, peu à peu le pas, à la curiosité. Notre guide fait tout pour nous rassurer. Il explique que la compagnie a mis en place de nombreux systèmes de contrôle afin de réduire tout danger. «Certains de ces risques sont liés aux mouvements des engins lourds, aux éboulements, aux incidents, aux explosions, à la forte sonorisation, aux inondations, sans oublier le gaz qui se dégage en certains endroits», énumère le chargé de sécurité de la zone. Qui ajoute qu’un test de dépistage d’alcool et de drogue est en place pour tous les employés, les entrepreneurs et les visiteurs de la Société des mines d’or de Loulo (SOMILO).  ROTATION- Après ce bref éclairage, intervient le moment décisif : descendre dans la mine souterraine. Avant cette étape, les visiteurs enfilent des combinaisons (pantalon de couleur bleue et chemise rouge). Après cette formalité, nous nous dirigeons vers des voitures 4X4, garées non loin de l’entrée de la mine. Où des bouts de caoutchouc numérotés sont déposés dans un coffre. Ceux-ci permettront, à la sortie, au chargé de sécurité de savoir que tout le monde est présent. Car, «chacun remettra sa clé à la sortie». A 13 heures, nous sommes dans la mine souterraine de Gara. Des jeux de lumière scintillent un peu partout. Les routes qui vont dans tous les sens, sont empruntées par des camions, des engins lourds et des petites voitures. Le respect strict du code de la route est de rigueur, notamment au niveau des virages. La circulation y est rythmée à coups de klaxon. Dans ce sous-sol de Gara, Barrick dispose d’équipements à la pointe de la technologie. La compagnie utilise des méthodes modernes d’exploitation minière : forage de développement avec jumbo, forage, dynamitage de production, chargement et camionnage, forage d’échantillonnage, système de gestion d’eau et de ventilation, etc. Des bureaux y sont aménagés avec toutes les commodités nécessaires (frigo bien garni, salle de repos, dispensaires etc. «Rien ne nous manque ici. Nous travaillons 12h/12h selon un système de rotation. Chaque équipe travaille durant quatre jours et observe quatre jours de repos. Le travail dans la mine souterraine demande beaucoup d’efforts», explique Abdoul Aziz Ouattara. A l’intérieur de la mine, impossible de recevoir des appels téléphoniques. Comment les agents qui y travaillent parviennent-ils à communiquer entre eux et avec l’extérieur, interrogent les journalistes. «Nous disposons de radios dans chaque véhicule. Tous les travailleurs en possèdent. Souvent quand la radio fonctionne mal, la torche sert de moyen de communication. Le bruit tout comme la lumière, révèlent une présence humaine», répond le guide.   400 M DE PROFONDEUR– Pendant ce temps, des camions transportent le minerai vers un concasseur mesurant environ 50 cm et qui alimente le tapis. A côté, se trouve une radio permettant aux miniers de saisir le fonctionnement du broyeur afin de parer à toute interruption de travail. De l’autre côté, est installé le cracheur. Les camions pouvant transporter entre 16 à 45 tonnes de minerai descendent à 400 m de profondeur pour transporter le gisement à la surface de la terre. Sur des roches issues des ruines d’explosions, brillent des pépites d’or. «Pouvons-nous partir avec un petit morceau», demande un confrère. «Non, c’est interdit même aux travailleurs de la mine», r4pond un guide, en souriant. Il explique que c’est au terme de tout ce processus que les minerais sont amenés à l’usine pour traitement, afin d’en extraire l’or brut qui sera vendu sur le marché. De retour à la surface, nous sommes éblouis par les rayons solaires. Une envie soudaine de retourner sous le sol remonte en nous. Chacun se frotte les yeux pour pouvoir mieux voir. Les brouillards ainsi dégagés, nous mettons le cap sur le champ solaire de Gounkoto. Il est presque 14 h. L’ingénieur–électricien, Mamadou Guissé, et son équipe composée d’hommes et de femmes, sont à l’accueil. Installé sur une superficie de 56 ha avec une puissance de 20 MW, ce champ solaire réduit considérablement la part du fuel dans la production d’électricité. «Le champ solaire de Loulo compte environ 53.360 panneaux solaires d’une durée de vie de 25 ans et qui se déplacent en fonction du soleil», explique-t-il. Il emploie 30 personnes et est connu comme étant les 3è et 4è sites dans toute l’Afrique, avec une économie de 10 millions de litres de gasoil par an dont 40 tonnes de COD. Diminuant ainsi considérablement les coûts d’exploitation et de production. Qu’est-ce qui explique l’absence du personnel féminin dans la mine

Kadiolo : Affrontements sanglants à Bananso pour un site d’orpaillage (Sources locales)

Kadiolo, 2 Oct (AMAP) Des affrontements entre populations, samedi dernier, ont fait quatre blessés dont deux cas graves et des dégâts matériels, dans le village de Bananso, à 67 km de Kadiolo, précisément dans la Commune de Fourou, dans le Sud du Mali, a appris l’AMAP. Pour la propriété d’un site d’orpaillage, les jeunes du même village se sont affrontés, à coups de machettes, de fusils, de bâtons et autres objets tranchants. Il n’y a pas eu de perte en vies humaines, selon le bilan fourni par des sources sur place. Les blessés ont été évacués au centre de santé de Kadiolo et à l’hôpital de Sikasso. Chacune des parties réclame la paternité de ce site d’orpaillage que la communauté villageoise exploitait, illégalement. Aujourd’hui, un quartier exige le droit exclusif de propriété du site. En réalité, la zone litigieuse est une propriété de la Société des mines d’or de Syama (SOMISSY SA). Donc son exploitation par quiconque est illégale. Les services de sécurité de Kadiolo se contentent de rappeler que l’exploitation du site contesté a été suspendue par les pouvoirs publics. Avec l’arrivée de l’hivernage, le préfet a pris une décision pour la fermeture de tous les sites d’orpaillage du Cercle de Kadiolo. Mais, les orpailleurs du village ont ignoré cette interdiction pour prendre le contrôle de la gestion du placer. Les jeunes des quartiers de Watola et de Karamogola seraient à l’origine des tragiques événements du samedi dernier, Le groupe de jeunes Watola se serait rendu sur la partie du site qu’exploitent des jeunes de Karamogola, dans le but de les empêcher d’extraire le métal jaune. Ils auraient éteint, d’abord, la motopompe. Ce geste aurait donné le départ des accrochages entre les deux camps. Aux dernières nouvelles, le calme est revenu sur le site. Et la gendarmerie de Kadiolo dépêchée sur les lieux est en train d’enquêter pour élucider la situation. Le village de Banansso est considéré, aujourd’hui, comme un eldorado. De très nombreux habitants ont bâti fortune grâce au métal jaune. Les maisons en banco ont cédé la place à de luxueuses villas et des maisons à étages. De grosses motos et des voitures y circulent partout. Toute cette richesse provient du sous sol du village gorgé d’or. Depuis, une farouche rivalité s’est installée entre les villageois et les quartiers, chacun réclamant le droit de propriété sur le site orifère. Dans un premier temps, l’exploitation se faisait par rotation des quartiers et les familles se partageaient les recettes. NIO/MD (AMAP)

Cours mondiaux de l’or : Les profits pour l’Economie malienne

Par Cheick Moctar TRAORE Bamako, 30 sept (AMAP) Le prix de l’or poursuit sa courbe ascendante, malgré de légères fluctuations. De 1.624,45 dollars l’once, en avril 2020, le cours a atteint une hausse historique, le 27 juillet, avec 1.944,71 dollars l’once. Soit plus de 67.000 euros le kilo. Il a continué sa progression pour atteindre 2030,30 dollars en août. Le lundi 28 septembre, la bourse a ouvert à 1850,950 dollars. La veille, elle avait clôturé à 1870,050 dollars. Troisième producteur d’or en Afrique, le Mali devrait profiter de cette hausse historique du prix du métal jaune. La hausse du prix de l’or sur le marché international entraîne une augmentation des redevances payées à l’Etat. Il permet aussi d’améliorer les performances en termes d’exportation et de renforcer les comptes extérieurs. «Lorsque le prix de l’or augmente, nous payons plus de redevance à l’Etat et faisons plus de bénéfices», confirment plusieurs responsables de sociétés minières, contactés à cet effet. Interrogés, des experts du bureau de la Banque mondiale au Mali abondent dans le même sens. Selon eux, la hausse du prix de l’or profite à l’économie malienne à travers plusieurs canaux de transmission. « En 2018, le produit représentait 75% des exportations du pays, contribuant à hauteur de plus de 25% aux ressources budgétaires de l’État », illustrent-ils. « L’appréciation des cours internationaux de l’or permet, ainsi, au Mali d’améliorer ses performances en termes d’exportation, de renforcer les comptes extérieurs et la situation budgétaire », expliquent des économistes de la Banque mondiale. Selon eux, l’impact se fera sentir, aussi, sur la vie des 11.000 salariés formels travaillant dans le secteur et les millions de personnes qu’il fait vivre, y compris environ 500.000 orpailleurs (données de la Chambre des mines du Mali). L’IMPACT DU FCFA – Toutefois, à en croire certains, une bonne partie de ce que le Mali devrait gagner est diluée par la «mauvaise» appréciation du Franc CFA par rapport au dollar, du fait de son arrimage à une monnaie forte (l’Euro). «Les exportations d’or non monétaire se sont accrues de 212,639 milliards de Fcfa (ou 18,1%), en 2018, en atteignant 1.388,358 milliards de Fcfa, en raison de la forte hausse du volume exporté, atténuée par le léger repli du cours sur le marché international (en Fcfa). En effet, l’appréciation du Fcfa par rapport au dollar a conduit à une baisse du prix moyen de vente obtenu par le secteur, qui est ressorti à 21.037,8 Fcfa/g, en 2018, après 21.485,5 Fcfa/g pour les sociétés industrielles, soit 2,1% de diminution par rapport à 2017», constatent les «Comptes publics» publiés sur le site de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Contacté, l’économiste Cheickna Bounadjim Cissé explique : «1 $ = 600 Fcfa à la date N ; 1 $ = 550 Fcfa à la date N+1. Entre ces dates, le franc CFA s’est apprécié. Ainsi, à chaque fois que le Mali vend à l’étranger pour 1 dollar, il perd l’équivalent de 50 Fcfa de valeur de produit». « C’est pour cette raison que le régime de change fixe (la situation actuelle) pénalise nos exportations et favorise nos importations. En effet, la moto Djakarta qui coûte 1.000 $ à l’achat avait une contrevaleur (c/v) de 600.000 Fcfa à la date N, contre 550.000 Fcfa à N+1 », explique l’économiste. Oumar Bouaré est un ancien fonctionnaire international à la retraite. «Tu prends ton or et le donne à quelqu’un qui fait du business avec. Tu ne peux pas en profiter», schématise le directeur générale du Centre de recherche en sciences économiques et sociales. « A cause des accords monétaires avec la France, nos réserves d’or et de devises sont déposées au Trésor français, depuis les années 1945 », rappelle M. Bouaré. Il ajoute que la France profite de ces ressources, en les injectant sur le marché financier international. « Opération grâce à laquelle, l’Hexagone perçoit des intérêts. Ces intérêts que perçoit le gouvernement français pourraient aider au développement de notre pays », estime l’économiste. Un autre obstacle a trait au mécanisme de vente de l’or malien. Selon les techniciens de la Banque mondiale, le Mali est tributaire de la fluctuation du prix de l’or sur les marchés internationaux et est, ainsi, à la merci d’une éventuelle chute des prix. D’où l’avantage, selon eux, des contrats de vente à terme (vendre à l’avance à un prix fixe) dont l’objectif est de se protéger des fluctuations des prix. «Elle permet, ainsi, de s’assurer contre des mouvements de prix défavorables», expliquent-ils. Le problème avec la vente à terme est qu’on ne gagne pas à tous les coups. «Aujourd’hui, tous ceux ce qui ont vendu à termes perdent les bénéfices du prix actuel », notent des responsables de sociétés minières. Par exemple, quelqu’un qui vend à terme sa production de 2020 à 1.500 dollars, alors que le prix réel du marché est de 1.900 dollars aujourd’hui. Il aura un manque à gagner de prêt de 400 dollars. L’effet contraire pourrait également se produire», illustrent-ils, précisant que la vente à terme n’est plus courante au Mali. Selon eux, les mines vendent au taux du jour de l’expédition sur la bourse financière. Néanmoins, des réformes sont nécessaires pour améliorer l’impact de la production de l’or sur l’Economie du Mali. Tel est l’objectif du Projet de gouvernance du secteur minier, un financement de la Banque mondiale. Il est axé entre autres, sur la création d’un environnement (juridique, fiscal, financier et technique) propice à l’investissement en vue de l’expansion des opérations actuelles, en attirant de nouveaux Investissements directs étrangers (IDE) dans l’exploration et l‘exploitation. Ce projet vise, aussi, la mise en place d’un incubateur pour accroitre la part des PME/PMI locales dans le tissu minier malien. Il prévoit, également, l’accroissement de la transparence globale dans la gestion du secteur minier au Mali, à travers la mise en place d’un mécanisme de contrôle citoyen au niveau national et local. CMT/MD (AMAP)

Gao : Nouveau site d’orpaillage à Téméra, dans le Nord du Mali

Gao, 24 sept (AMAP) Un nouveau site d’orpaillage a été découvert, dimanche, à deux km du village de Téméra Haoussa, du côté nord, dans la Commune rurale de Téméra, situé à 175 km de Gao, dans le Nord du Mali, selon une source officielle. Le secrétaire général de la mairie de Téméra, Amadou Mariko, qui a annoncé la découverte, a indiqué que deux jeunes gens ont extrait 15 à 22 grammes d’or, en une journée, sur un site déjà connu. «Actuellement, notre village est envahi par une nuée d’orpailleurs que des véhicules pick-up viennent déverser ici, presque, chaque jour. Pour des raisons sécuritaires et sanitaires, nous avons informé la sous-préfecture de Bamba et la préfecture de Bourem afin que ces dernières prennent des mesures pour sécuriser le site», a souligné M. Mariko. D’ores et déjà, la nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre dans toute la ville de Gao et les orpailleurs ont les yeux rivés vers ce tout nouveau site. AT/MD (AMAP)

Région de Gao : Ruée vers l’or à In-Tillit, la nouvelle «ville bleue»

Envoyé spécial Mohamed TOURE   Gao, 24 sept (AMAP) Certains lui ont déjà trouvé le surnom de « Ville bleue » à cause des nombreuses tentes en bâches de couleur ciel qui la rendent visible de loin. En plein désert, la Commune rurale d’In-Tillit est nichée au milieu de nulle part. La localité, située à 90 km de la ville Gao, dans le Nord du Mali, était presque dans l’anonymat total, il y a moins d’un an. Mais, avec la récente découverte de son potentiel aurifère, elle attise la convoitise de milliers de candidats à l’orpaillage qui y ont créé leur nouvelle ville. Chaque jour, d’interminables convois de jeunes quittent la ville de Gao pour le site d’orpaillage d’In-Tillit. Les véhicules les plus adaptés pour ce trajet sont les pick-up, à cause de l’état de la route et des capacités en passagers de ces voitures. Elles débordent de voyageurs dont les plus courageux n’hésitent pas à s’installer sur le toit du véhicule. Au risque d’être éjecté, en cours de route, à la suite d’une brusque accélération dont sont coutumiers les conducteurs. Sur les pistes buissonneuses et semi-désertiques, il n’y a pas de panneaux de signalisation. «Chaque pick-up peut prendre au moins une vingtaine de personnes en plus de leurs bagages. Le coût du transport est de 5.000 Fcfa par personne. Donc, nous pouvons gagner entre 90.000 et 100.000 Fcfa par voyage», confie Ag Mossa, un conducteur de pick-up, la moitié du visage caché derrière un turban. Ils sont nombreux, les transporteurs, comme lui, à tirer leur épingle du jeu, à travers cette nouvelle activité. Une véritable économie s’est créée autour du business de l’orpaillage. Le métal précieux brille pour beaucoup de personnes dans la chaîne de cette économie. Pour comprendre quelques paramètres du système, nous empruntons le chemin du site. Les groupes armés font partie des principaux acteurs de cette mini-industrie. Sur la route, entre Gao et In-Tillit, les check points anarchiques de ces derniers sont légion. Il n’est pas rare de voir des groupes d’hommes, qui, souvent, ne sont même pas armés, demander aux conducteurs de véhicules de payer entre 2.000 et 2.500 Fcfa. A la sortie de Gao, nous dépassons un groupe de jeunes nigériens en partance pour In-Tillit. Une dizaine, baluchons sur la tête, ils sont décidés à faire le trajet de 90 km séparant Gao du site d’orpaillage à pieds. « Faute de pouvoir payer le transport », se justifient-ils. MAITRES DES LIEUX – L’entrée du site est sécurisée par un groupe de jeunes, armes aux poings. Presque camouflés, ils sont installés sous un arbre.  Après le contrôle des pièces d’identité, la règle est simple : payer 2.000 Fcfa, pour les Maliens et 5.000 Fcfa pour les étrangers. C’est le prix du ticket d’entrée et de séjour délivré par une commission mixte, formée par des éléments de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), ex-rébellion touarèque et de la Plateforme. La même opération est de rigueur pour sortir du site. Une fois dépassé ce comité d’accueil, on aperçoit enfin le site. A première vue, elle donne l’impression d’une nouvelle ville bâtie autour de l’exploitation de l’or. Le nombre de personnes sur le lieu saute directement à l’œil. «Impossible de déterminer le nombre d’ouvriers sur le site. Mais, je pense qu’il y a plusieurs milliers de personnes qui travaillent ici, dont la grande majorité ne sont pas des Maliens», explique Ibrahim, un orpailleur malien rencontré sur le site. La quarantaine révolue, cet ancien expatrié en Europe, dit faire partir des tous premiers à avoir débarqué à In-Tillit, aux premiers mois de la ruée vers l’or sur le site. Dans la multitude de nationalités présentes sur le site, les plus nombreux sont les Nigériens, les Burkinabè, les Tchadiens et les Soudanais. Plusieurs activités animent l’économie de cette petite bourgade. Si les étrangers sont plus nombreux dans l’exploitation des mines, beaucoup de jeunes viennent de Gao pour faire du commerce. «La ville bleue» dispose même d’un quartier des affaires, dénommé «Sardjila», où se mène le business.  «Tout s’achète ici, à condition d’y mettre le prix», lâche un boucher, installé dans ce quartier et occupé à charcuter un gigot. Les commerces sont multiples au «Sardjila», de la restauration à la vente de médicaments. Un peu plus loin après la boucherie, on peut apercevoir un salon de coiffure à côté d’un cabinet de guérisseur traditionnel. «Bienvenue chez nous. Vous connaissez la particularité de cette ville? Ici quand on n’a pas d’argent, on ne mange pas !», prévient notre ami boucher, avec un trait d’humour. De derrière sa table, il s’empresse d’argumenter, en expliquant que les prix normaux des produits sont systématiquement doublés sur le site. «Le sac de charbon coûte 10.000 Fcfa, la plaquette de paracétamol 300F cfa, le kilo de viande 5.000 Fcfa…», énumère-t-il. La spéculation n’épargne même pas l’eau, dont le bidon de 25 litres se négocie entre 750 Fcfa et 1.000 Fcfa. Le liquide précieux est transporté par citernes, depuis Gao. L’autre singularité de ce site d’orpaillage est, certainement, qu’il n’y aucun visage de femmes perceptibles à la ronde. A la question : où sont les femmes ? « Elles ne se sont pas tolérées par les groupes armés », répond-t-on. A la grande détresse de certains jeunes orpailleurs qui ne seraient pas contre un peu de compagnie féminine. «Il n’y a pas de femmes ici. Au début certaines ont essayé de venir, mais les groupes armés les ont sommées de partir et de ne plus revenir», relate un jeune vendeur de boissons. Le respect de la discipline est strict. «Ici, même la vente d’alcool est strictement prohibée. Celui qui se ferait prendre à mener cette activité aurait de sérieux soucis», poursuit le même vendeur. DE L’OR A TOUT PRIX – L’activité principale sur le site demeure bien l’orpaillage. Et le travail n’est pas de tout repos. Les conditions de vie des orpailleurs sont dignes de vrais survivants du Far West. La plupart s’abritent sous des tentes de fortune en bâches qui sont attachées à des piquets. C’est le décor presque partout. A défaut de tente, un abri de survie sous un arbre fait l’affaire de certains. «Le travail est dur ici. Nous montons dans les mines à 7 heures et nous revenons en