Coronavirus : Panne sèche pour des motos taxi !
Par Oumar DIAKITE Bamako, 22 avril (AMAP) Une centaine de motos taxi dans la cour de la direction générale de l’entreprise Teliman, à Sogoniko, sur la rive droite, dans la capitale malienne. Les engins sont immobilisés à cause de la maladie à coronavirus et des mesures pour y faire face. Le ministre des Transports a sorti une directive, le 27 mars dernier, face à la menace de la pandémie du coronavirus, pour interdire les transports en moto de plus d’une personne, afin de limiter la propagation du virus au Mali. Mercredi 15 avril 2020, à la direction de l’entreprise Teliman, spécialisée dans le transport des personnes en moto. Sous une fraîcheur à la faveur de la pluie qui s’est abattue sur la ville de Bamako, dans la nuit du mardi au mercredi. A l’entrée de la grande cour, nous nous prêtons au contrôle de sécurité de notre moyen de déplacement avant d’être soumis, nous-mêmes, au contrôle sanitaire qu’impose la maladie à coronavirus. Nous nous lavons les mains au savon, en utilisant le kit installé là. Dans la cour, un constat : une centaine de motos taxi. Les engins à deux roues sont alignés avec chacun deux casques dont un accroché au guidon et l’autre à l’arrière. Les quelques rares conducteurs qui traînent à l’entrée des bureaux de la direction inspirent l’empathie des personnes sensibles. Les mines froissées, d’autres se tiennent la tête entre les deux mains. Les regards inexpressifs. Ils ont, d’ailleurs, de la peine à répondre à un simple bonjour même répété plusieurs fois. Quand nous nous sommes adressé à ces hommes et femmes, aucun d’eux n’a daigné lever la tête. Un silence qui en dit long sur l’ambiance des lieux. Sans réponse de leur part, nous décidons, quand même, de nous introduire dans les bureaux. Dans la salle d’accueil, un jeune apparaît. Il se présente comme le responsable chargé de la mobilité. Ce jeune homme croyait à faire à un client venu pour demander une livraison. PERTE DE CHIFFRE D’AFFAIRES – Ce n’est pas la grande forme chez la directrice. Elle nous rejoint dans le salon d’accueil, très nonchalamment. Pour cause, ses activités sont au pas de caméléon, en cette période de propagation de la maladie à coronavirus dans notre pays. Après les salamalecs moins chaleureux, elle se prête à nos questions. A peine, peut-on entendre sa voix. A l’en croire, l’arrivée de la maladie à coronavirus dans notre pays a eu un impact dramatique sur ses activités. « Vous voyez dans la cour, il y a énormément de motos qui sont garées. D’habitude, toutes ces motos sont en ville pour transporter les gens ou faire des courses », indique-t-elle. Selon elle, la situation est très difficile à tenir. « On a perdu à peu près 95% de notre chiffre d’affaire parce que notre activité est, principalement, basée sur le transport des personnes. On faisait aussi des courses et de la livraison mais ce n’était pas beaucoup », révèle la co-promotrice de cette société évoluant dans le transport urbain par deux roues. « Nous avons voulu appliquer la directive ministérielle c’est pour cela que nos motos sont arrêtées ici. J’ai dit formellement à mes chauffeurs de ne plus transporter de passager», dit Hawa Traoré tout en déplorant ce qu’elle appelle « une injustice ». « On se sent vraiment lésé parce qu’on voit que les gens ne l’appliquent pas dans la ville, surtout nos concurrents qui sont dans l’informel. Et nos clients ne sont pas tout à fait d’accord avec ça. Ils sont en train d’aller dans l’informel pour être transporté parce qu’il est difficile de se déplacer au quotidien », dénonce-t-elle. « On a l’impression d’être le seul à appliquer la mesure et le seul impacté par cette mesure. On comprend la décision, mais elle inflige un impact énorme sur nos salariés et nos chauffeurs qui sont nos collaborateurs », dit-elle. Selon elle, il y a plus de 200 personnes dont des chefs de famille parmi ses employés et collaborateurs (chauffeurs). « Sans revenu, ils se demandent comment faire face aux charges de leurs familles, si l’Etat a pris cette mesure-là en contrepartie, a-t-il donné de l’argent pour les dépanner? », rapporte leur directrice qui ajoute que, pour l’instant, il n’y a pas eu d’aide de l’Etat. Pis, elle se dit être contrainte de prendre des mesures drastiques. « On va mettre tout le monde soit à mi-temps soit au chômage technique et, en contrepartie, on n’a pas a payer leur rémunération. C’est très, très difficile pour moi en ce moment », confie-t-elle, visiblement abattue par cette situation de quasi arrêt des activités de son entreprise. STRATEGIE DE SAUVETAGE – Cependant, notre interlocutrice envisage tout sauf s’asseoir et attendre la faillite ou cautionner le désastre. Elle a une autre stratégie pour ne pas tout perdre. Elle consiste à miser sur la livraison et les courses. Il s’agit, pour la patronne, de s’adapter à la réalité du terrain et de se lancer sur d’autres marchés. « On veut s’associer avec les commerçants, les restaurateurs de la capitale pour pouvoir livrer les gens qui restent chez eux, Ceux qui ne veulent pas se déplacer pour aller dans les marchés par exemple », explique-t-elle Elle indique avoir lancé « depuis deux semaines, une campagne de livraison à bas coût». « Nous travaillons avec des grossistes qui veulent bien vendre leurs produits à la population à des prix accessibles. Il y a des denrées alimentaires comme la tomate, l’oignon, le poulet, par exemple, mais il y a aussi le gel hydro-alcoolique, le masque, entre autres », détaille-t-elle. D’après elle, cette initiative décolle petit à petit. Toutefois, elle reconnait que ce n’est pas suffisant pour occuper tous ses chauffeurs. « Nous allons vers les restaurateurs, les commerçants qui veulent écouler leurs produits rapidement, dans ce contexte, et en sécurité. Même les services de l’Etat aussi, en cas de confinement, par exemple, ou de restriction plus difficile pour les familles, nous proposons notre collaboration », poursuit-elle. Cela pourrait prendre la forme du transport rapide du personnel soignant ou de la livraison à domicile ds denrées alimentaires de première nécessité. « C’est la solution qu’on est en
Coronavirus : Paiement électronique privilégié pour le crédit d’électricité et le règlement des factures
Par Oumar Diakité Bamako, 10 avril (AMAP) Coronavirus oblige, chacun doit adopter des comportements qui protègent et sauvent les autres. Ainsi se résument les mesures préventives décidées par les autorités du pays face à l’expansion de la pandémie. Chaque service d’Etat et/ou entreprise s’engage sur cette voie obligatoire, bénéfique pour la santé populaire, dans le cadre de la lutte contre la maladie à coronavirus. Des signes portent à croire que les Maliens sont en passe de se conformer aux dispositifs préventifs décrétés par le gouvernement contre la maladie à coronavirus. C’est le moins qu’on puisse dire suite à une sensible hausse des achats de crédits ISAGO et du paiement des factures d’électricité en ligne. A Energie du Mali (EDM), en application des mesures de prévention prises contre le coronavirus, la clientèle est invitée à privilégier les moyens de paiement électroniques (Orange Money, Mobicash et autres), pour le règlement des factures et l’achat. Il s’agit, aussi, par la même occasion, d’éviter les attroupements devant les guichets et respecter les consignes sanitaires et d’orientation à l’entrée de ses services. Cet appel semble ne pas être tombé dans les oreilles d’un sourd. Du moins, c’est ce qui ressort de notre enquête, mercredi 8 avril 2020, dans la matinée dans certaines agences de paiement en ligne des crédits et factures d’électricité. HAUSSE DES OPERATIONS EN LIGNE – A l’agence Sotelma-Malitel de Bamako-coura, les dispositions sanitaires exigent de tout usager de se plier au lavage des mains au savon pour accéder au service. Un vigile à l’entrée nous indexe le kit de lavage des mains. Ce n’est pas la grande foule dans le local, donnant l’impression d’un jour de travail plus qu’ordinaire. Les employés se protègent en portant gants et masque couvrant la bouche et le nez. A notre entrée dans son bureau, la cheffe d’agence, Mme Samoura Dioncounda Kéita, se précipite pour attraper son cache-nez avant de nous inviter à nous asseoir. Nous avons compris que la responsable de cette structure mesure la gravité de la menace de la maladie à coronavirus. Après les salutations d’usage, elle confirme l’affluence assez importante des clients MobiCash pour l’achat de crédit d’électricité ISAGO. Selon Mme Samoura Dioncounda Kéita, son agence n’a jamais enregistré autant de clients pour des opérations d’achat en ligne. Elle a même été débordée, à l’en croire. « Il y a eu une augmentation du taux de paiement de factures d’électricité et d’achat de crédits ISAGO », a-t-elle dit, en souriant. «Le jeudi 2 avril 2020, nous avons reçu dans notre agence une masse de clients qui ont rechargé leur compteur prépayé via MobiCash. Et c’était, surtout, des gens qui ont rencontré des problèmes en rechargeant leur compteur. J’ai été, moi-même, obligée d’aider l’agent chargé de cette tâche afin de satisfaire la clientèle. Je suis restée au bureau jusqu’à 18 heures après avoir appelé un à un chaque client au téléphone pour m’assurer qu’ils ont eu satisfaction », raconte la cheffe d’agence de Bamako-Coura. Selon elle, c’était la première fois que son agence recevait une si forte demande de rechargement ISAGO. Mme Soumaré Dioncounda Kéita pense que les gens sont en train de se rendre compte de la gravité de la maladie. « Sans pouvoir vous donner de taux réel des paiements, je peux vous dire qu’il est positif de noter la prudence de la population face au coronavirus. Tout le monde est conscient », estime-elle. « L’autre jour, un de mes parents vivant en Occident m’a appelée pour me dire qu’il faut deux mois à notre pays pour connaître réellement la gravité de coronavirus. Cela m’a davantage encouragée à ne pas négliger les mesures sanitaires préconisées», raconte Mme Soumaré. A l’agence Orange Mali, du rond-point Eléphant, on s’abstient de parler de l’augmentation des paiements de factures et des achats de crédits d’électricité ISAGO via Orange-Money après la décision de EDM. On nous redirige sur la direction générale où il y a une division statistique qui pourra mieux nous édifier. L’atmosphère est silencieuse à la direction générale de cette structure. Elle est presque vide, a-t-on le sentiment. On nous fait savoir, à l’accueil, que le personnel est réduit, suite à la menace du Covid-19 et qu’il n’y a pas d’interlocuteur à la division statistique. MESURES BARRIERES – Au guichet EDM de paiement de factures et d’achat de crédits ISAGO à N’Tomikorobougou, ce n’est pas une affluence des jours ordinaires. Des sièges disposés en respectant la distance réglementaire d’un mètre sont occupés par quelques clients qui attendent d’accéder à la salle de paiement. Personne n’entre sans laver les mains au savon installé, sous la surveillance d’un vigile. Aux dires de la guichetière, Mme Cissé Coulibaly, les abonnés viennent généralement effectuer leur achat du 1er au 5 de chaque mois. A l’agence EDM du Centre commercial, la cheffe Mme Sanogo Massaran dit faire de son mieux pour « faire respecter les consignes sanitaires même s’il y a des clients qui veulent passer outre ». Ici, pour éviter l’attroupement à l’intérieur de l’agence, les clients sont contraints d’attendre à l’entrée du service. C’était le même scénario à l’agence de Lafiabougou. La consigne est très claire : il faut empêcher l’accès d’un grand nombre de clients dans les locaux. OD/MD
Contamination au coronavirus : Le personnel soignant s’inquiète
Par Mohamed D. DIAWARA Bamako, 02 avril (AMAP) Le personnel soignant, en général, et les médecins, en particulier, sont à l’avant-garde de la lutte contre le coronavirus. Ils estiment être en danger dans la prise en charge des malades dans un contexte de pandémie du Covid-19 et réclament des moyens de protection individuels et collectifs. Parce qu’ils sont en contact direct avec les malades. Avec les 6,3 milliards de Fcfa annoncés par le président de la République pour lutter contre le coronavirus, pourquoi peine-t-on à mettre à la disposition des médecins l’arsenal de protection ? Pourtant, un plan de contingence a été élaboré pour anticiper sur les évènements. Ce document précise les moyens à dégager par rapport pour la riposte (réaction) face à la pandémie, notamment les équipements de protection des agents de santé, la formation du personnel, le renforcement des structures de santé et des sites de prise en charge qui pourraient être éventuellement créés, les médicaments à mettre à disposition, les laboratoires de diagnostic et le suivi à faire. Ce plan d’action est soumis à la fois au financement de l’Etat et des partenaires qui acceptent de mobiliser rapidement des ressources financières importantes dans un contexte de pandémie. Boubacar Sidiki Dramé, médecin biologiste et président de la commission de la cellule de lutte contre le coronavirus à l’Hôpital du Mali, explique que le personnel médical demeure un moyen précieux dans la lutte contre la pandémie. Il n’apprécie guère de voir ce moyen déstabilisé par la pandémie du fait d’une insuffisance d’équipements de protection. Le médecin biologiste explique que le virus du Covid-19 est un germe à contamination aérienne qui peut atteindre toute personne, se trouvant dans un environnement contaminé. Mais il déplore le fait que le plus souvent, le personnel médical aussi paie un lourd tribut dans la gestion d’une pandémie. Il est donc normal qu’il soit protégé à souhait. COMBATTRE LE MAL – Pour Boubacar Sidiki Dramé, il est vrai que le port des masques de protection, des gants voire des combinaisons et l’application du gel hydro alcoolique sur les mains peuvent préserver du coronavirus. Mais, ce n’est pas une garantie à 100%, si on ne respecte pas les mesures édictées pour les enlever. Le biologiste explique que dans ces conditions, le virus va continuer d’être disséminé un peu partout. Il conseille, donc, au personnel médical le lavage des mains au savon régulièrement pour éviter une éventuelle contamination. A en croire le médecin, quels que soient les équipements de protection individuelle, il faut les gérer avec rationalité pour se préserver de ruptures brutales. Il cite l’exemple de la France, la cinquième puissance économique, qui semble avoir de la peine à répondre aux sollicitations des médecins en termes de matériels de protection, notamment des gants et des masques. «A notre niveau, nous avons déjà utilisé les 30% des matériels mis à notre disposition par le ministère de la Santé et des Affaires sociales», révèle le président de la commission de la cellule de lutte contre le coronavirus au niveau du seul établissement hospitalier de la rive droite du district de Bamako. Il affirme aussi que la présence de la Mission médicale chinoise a été un petit avantage pour l’Hôpital du Mali. Ce qui a permis de se doter d’un plan de sécurisation du personnel dans la lutte contre le Covid-19. Ainsi, la collaboration avec les praticiens chinois a permis de mettre en place un système qui consiste à scinder le personnel médical en deux groupes. L’équipe qui s’occupe du coronavirus ne doit pas être en contact avec celle chargée d’administrer des soins aux autres patients et usagers de l’hôpital qui viennent pour des consultations externes ou pour des analyses biomédicales et autres. Dr Moussa Ouattara, spécialiste en chirurgie thoracique, officie lui aussi dans la même structure hospitalière. Ce chirurgien pointe du doigt les difficultés d’approvisionnement en gel hydro alcoolique, bavettes mais aussi en blouses à usage unique. Il déplore aussi l’insuffisance de ressources humaines. Or, pour lui, c’est la question fondamentale à mettre au cœur des soins de patients Covid-19 confirmés. «Nous ne pouvons pas faire de repli stratégique. Les autorités doivent faire en sortent qu’on continue à combattre le mal (le coronavirus)», souligne le praticien hospitalier. Il propose même d’aménager un site particulier, loin des établissements hospitaliers, pour accueillir les personnes infectées au Covid-19. Le directeur général de l’hôpital Gabriel Touré, Dr Abdoulaye Sanogo, ne s’attarde pas trop sur les insuffisances. Il rassure plutôt, en disant que sa structure possède un stock suffisant de bavettes et de gants. Il ne peut pas imaginer une rupture de gel hydro alcoolique puisqu’ils peuvent être fabriqués sur place par l’établissement. Il rappelle aussi qu’une importante quantité de blouses à usage unique a été mise à la disposition de son hôpital. Il précise que son personnel bénéficie, depuis quelques jours, de formations sur le coronavirus, notamment comment se comporter face à un cas (suspect ou confirmé). Dr Sanogo explique que les risques font partie du travail des médecins. « Nous avons opté pour sauver les autres en cas de danger donc nous devons répondre présents », dit-il à l’adresse de ses collègues, faisant allusion au serment d’Hippocrate que prête le médecin après sa soutenance de thèse. Le directeur général de Gabriel Touré rappelle, également, que le service public hospitalier doit continuer, « peu importe la situation ». Mais Dr Sanogo reste conscient de la nécessité de préserver le personnel hospitalier contre la pandémie du coronavirus. MDD/MD (AMAP)
Centre national d’odontostomatologie : L’arrêt des consultations externes fait grincer des dents
Par Mohamed D. DIAWARA Bamako, 02 avril (AMAP) Les malades qui souhaitent une consultation externe au Centre national d’odontostomatologie (CHU-CNOS) vont devoir prendre leur mal en patience parce que l’établissement de référence, en matière de soins dentaires, a arrêté les consultations externes. La situation fait grincer des dents. Mais la mesure vise à briser la chaîne de transmission à la fois chez les malades et le personnel médical de l’établissement. La particularité du Centre odontostomatologie est que les médecins dentistes officient avec des turbines dentaires connectées à des fauteuils. Non seulement, il est difficile pour le dentiste de respecter la distanciation avec son patient mais aussi les turbines projettent des particules, parfois jusqu’à deux mètres, ce qui peut contaminer la surface de travail. Et les spécialistes s’accordent à dire que le cabinet dentaire est le lieu où l’aérosol, selon l’expression consacrée, est plus élevé. Donc, cela expose plus. Les responsables du Centre national d’odontostomatologie justifient leur décision par la nécessité de protéger les malades d’abord et le personnel médical ensuite. Mais ils rappellent que les urgences sont prises en charge, notamment les cellulites qui représentent des urgences infectieuses et les traumatismes (les fractures) qui exigent des interventions chirurgicales. Notre équipe de reportage a pu constater des chirurgiens en train d’opérer. La veille deux patients de traumatismes graves auraient suivi des interventions. Une équipe médicale s’occupait des malades hospitalisés. Les malades qui arrivent pour une douleur sont aussi pris en charge et ressortent avec une prescription médicale. Seul le laboratoire de fabrique de prothèses ne fonctionnait pas. Et cela pour circonscrire les risques de propagation du Covid-19. Dr Ousseynou Diawara, chef du service de parodontologie et de l’odontologie conservatrice et secrétaire général du comité syndical de l’établissement, explique les types d’urgences. Il s’agit des traumatismes, des fractures dentaires, des abcès liés à une carie dentaire compliquée, des douleurs et des hémorragies. Il conseille aux malades et autres usagers des services buccaux dentaires de surseoir au traitement tant que ce n’est pas une urgence. Parce qu’il peut y avoir un risque de contamination. Dr Sow Kadidia Touré, présidente de la commission médicale de l’établissement de soins dentaires, invoque des raisons de sécurité des malades et du personnel soignant. Le flux des malades dans les salles d’attente et de consultation peut être un vecteur de dissémination du coronavirus. Cela peut mettre en péril de nombreuses personnes. Les praticiens du Centre ont même fait un exerce de simulation pour amener nos reporters à comprendre le gros risque encouru par les médecins dans les consultations externes. Parce que, dans un contexte de pandémie de Covid-19, ils sont contraints de mettre des surblouses à changer après chaque consultation et décontaminer la surface de travail pour se préserver et protéger aussi les malades. Les médecins dentistes doivent, également, porter des lunettes de protection des masques FFP2 et FFP3 qui sont les plus adaptés en matière de protection contre le coronavirus. Or ces équipements appropriés ne sont pas à leur disposition. Le directeur général du CHU-CNOS, Pr Hamady Traoré, explique que la tutelle fait de son mieux pour accompagner sa structure. Mais le contexte impose aussi des mesures liées à la responsabilité des praticiens eux-mêmes et de l’administration hospitalière. C’est à ce titre que l’établissement a élaboré un nouveau protocole par rapport aux modalités de prise en charge du coronavirus. Un calendrier a été établi pour les malades dont les pathologies ne représentent pas une urgence, un circuit a été déterminé pour les cas suspects, il y a eu la formation du personnel sur le port des équipements de protection individuels et la stérilisation de tous les services du centre et tous les jours, entre 14 h et 16 h. Le CHU-CNOS a, aussi installé à l’entrée le dispositif de lavage des mains au savon et de contrôle de température pour contraindre les malades et autres usagers à observer les mesures barrières. Enfin, il a recruté un relais communautaire pour sensibiliser les malades sur le coronavirus. MDD/MD (AMAP)
Anacarde : Une filière en friche
Par Makan SISSOKO Bamako, 02 avril (AMAP) L’histoire entre le Mali et l’anacardier a commencé dans les années 60. Epoque pendant laquelle cet arbre fruitier a été placé au cœur d’une campagne de reboisement. Si en ces temps-là on ne semblait s’intéresser qu’à son importance nutritionnelle et commerciale, de nos jours la filière occupe une place de choix dans la lutte contre la pauvreté. Espèce d’arbre de la famille de l’anacardiaceae, originaire d’Amérique du sud tropicale, l’anacardier n’a pas eu, au Mali, de problème particulier d’adaptation. Et pour cause, cet arbre aime bien le soleil et la chaleur de notre pays. Voilà pourquoi l’anacardier est devenu la deuxième culture de rente dans le Sud du Mali, où la chaîne de valeur de la noix de l’anacarde apporte, selon le projet d’appui à la filière, «une forte opportunité d’emplois pour les jeunes ruraux». La même source ajoute qu’en 2017, les revenus nets de la vente de la noix brute étaient estimés à 32,5 milliards de Fcfa, de quoi dessiller les yeux sur l’importance de cette filière. Mais, ses acteurs font face à un problème organisationnel, malgré la création, le 20 décembre 2016, de l’Interprofession de la filière anacarde au Mali (IPROFAM). L’IPROFAM regroupe tous les acteurs (producteurs, transformateurs, commerçants, artisans) de la filière anacarde au Mali. Selon son président, Dr Ibrahim Togola, la production de l’anacarde au Mali est estimée à 100.000 tonnes dans les Régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso et Ségou. Mais, précise-t-il, 99% de cette production est exportée par les intermédiaires des pays voisins et des pays comme l’Inde, la Chine, le Vietnam etc. Pour le Dr Togola, ces pays nous l’achètent entre 40 et 90 Fcfa le kilogramme. «Nos productions sont valorisées par les pays étrangers. Ainsi, les acteurs de la filière anacarde ne tirent pas assez de profit de cette richesse. Les commerçants maliens n’ont pas accès à des lignes de crédit pour acheter les productions. Les transformateurs maliens ne transforment même pas 1% de la production d’anacarde», regrette le président de l’IPROFAM, estimant que la production nationale d’anacarde peut créer 50.000 emplois. S’agissant de la transformation, le Dr Ibrahim Togola a précisé que les transformateurs n’ont pas les capacités de production à l’instar des unités de transformation. Selon lui, la filière anacarde est une richesse extrêmement importante pour le Mali grâce à un climat très favorable. «Nous sollicitons le gouvernement pour développer la transformation, afin de créer des valeurs ajoutées, pour que nous puissions transformer 50% de notre production au niveau national», a-t-il argumenté. DIFFICULTES DE TRANSFORMATION – Pour sa part, le directeur général de la Société de transformation et de commercialisation de produits agricoles (Nyela Nuts) et membre du Groupement des transformateurs d’anacarde du Mali (GTRAM), Hamaré Maïga, a indiqué que la qualité constitue un énorme problème pour les transformateurs. «Pour faire une bonne transformation, il faut d’abord des noix de qualité alors qu’au Mali, il n’est pas facile de les avoir», fait-t-il remarquer. Il conseille aux producteurs de ne pas récolter précocement le cajou. «Si les producteurs voient que la pomme est rouge, ils croient que la noix est arrivée à terme. Alors qu’elle peut devenir rouge sans que la noix ne soit à terme. Tant que la noix n’est pas à terme, ceci constitue un déficit pour les transformateurs». Hamaré Maïga déplore aussi le coût exorbitant des machines de transformation. «C’est la raison pour laquelle la plupart des transformations locales sont faites à la main, comme la pâte et le jus», explique notre interlocuteur. Au Mali, à part Nyela Nuts et Koumantou, il n’y a pas une vraie industrie de transformation. «Il existe quatre types de transformation à base d’anacarde. La transformation à partir de l’amande naturelle pour produire la pâte (cajou dèguè), les noix frites commercialisées dans les supers marchés et les produits de rajout pour l’exportation et enfin la transformation de la pomme pour extraire les jus», détaille-t-il. Pour Maïga, le gouvernement doit augmenter la taxe sur l’exportation de l’anacarde brute, afin d’empêcher les étrangers de s’approvisionner sans payer de taxe à l’Etat. Ces taxes, serviront à refinancer la filière à partir de la base. A raison de 30.000 Fcfa la tonne, la production (100.000 tonnes) peut générer une manne financière de 3 milliards de Fcfa par an, selon Hamaré Maïga. Pour Adama Diarra, président de l’Union des producteurs de l’anacarde de la Région de Sikasso, les locaux souffrent de l’exportation anarchique. «Le Mali est un producteur d’anacarde qui ne bénéficie absolument rien de cette énorme richesse. Et pire, notre pays n’est même pas reconnu sur le plan mondial comme producteur d’anacarde», se navre-t-il. A partir de la noix de cajou, on peut produire de l’huile, du savon, du jus qui sont des produits importants pour la santé humaine. Sans compter le lubrifiant hydraulique utilisé exclusivement pour le freinage des avions qui est également extrait de la noix de cajou. Un tel marché nous procurerait des devises conséquentes et pérennes et aura aussi l’avantage de développer et d’enrichir le tissu industriel du pays et offrirait des opportunités d’emplois à beaucoup de jeunes. MS/MD (AMAP)
Marchés à bétail : Le blues des commerçants
Par Oumar SANKARE Bamako, 1eravril (AMAP) A la vue de notre véhicule de reportage au marché à bétail de Lafiabougou Kôda, les commerçants accourent à notre rencontre. Nous sommes lundi 30 mars dernier. Depuis l’instauration du couvre-feu dans le but de lutter contre la pandémie, ces marchands de bétail ne voient plus beaucoup de clients. Nous sommes assaillis de questions. « Voulez-vous des moutons ? Nous avons les meilleurs ici. » La déception se lisait sur les visages lorsque nous leur avons appris que nous étions des journalistes. « Ça fait presque dix jours que tout est mort ici », soutient Abdoulaye Dramé, 27 ans. Il ajoute que les gens ne s’arrêtent même plus pour demander le prix des animaux. La morosité est telle que certains marchands ont du mal à trouver 500 Fcfa pour mettre le carburant dans leur moto. Le secteur est gravement atteint par la situation actuelle et les mesures prises par les autorités, ces derniers jours, aggravent la situation. Le chef du marché, Moussa Coulibaly, 70 ans, souligne la gravité de la situation. « Rien ne va actuellement dans le commerce du bétail. Nous sommes en train de perdre énormément et la saignée ne semble point s’arrêter », se plaint-il. Le coupable de cette situation est tout trouvé : la maladie du coronavirus. « A cause du couvre-feu, les bouchers ne disposent plus d’assez de temps pour des abattages en grand nombre, du coup ils nous achètent moins de têtes et les conséquences sont immédiates sur notre commerce », déplore le vieux Moussa Coulibaly qui, malgré la gravité de la crise sanitaire, ne croit pas en la nocivité de la maladie. Un de ces collègues, Karim, 70 ans environ, déplore lui le prix de l’aliment bétail qui a pris l’ascenseur. Il juge le couvre-feu utile sur un certain plan. « Nos enfants ne sortent plus la nuit, les bar-dancings sont fermés et il y a moins de vols et de banditisme », se réjouit-il. Mais sur le marché à bétail de Sabalibougou, on est beaucoup critique sur le couvre-feu. « Le couvre-feu actuel instauré par les autorités affecte toutes les couches socioprofessionnelles, les chauffeurs, les vendeurs de café et omelettes, les vendeuses de nourriture la nuit etc. », affirme Amadou Doumbia, commerçant de bétail et boucher. « La situation, explique-t-il, est critique. Je suis boucher, mon travail à l’abattoir commence de 1 heure à 5 heures du matin, période pendant laquelle je n’abats pas moins d’une vingtaine d’animaux ». Mais avec le couvre-feu, il ne commence à travailler qu’à partir de cinq heures, et n’abat que 5 têtes dans ce laps de temps pour finir à 8 heures. « Nous ne disposons plus de beaucoup de temps pour notre activité, cela affecte toute la chaîne, du commerce de bétail, à la viande », regrette-t-il. Contrairement au marché à bétail de Lafiabougou, à Sabalibougou, le coronavirus est pris très au sérieux. On aperçoit des kits de lavage de mains et des bouteilles de savon liquide. Les occupants du marché invitent les visiteurs à utiliser le gel hydro alcoolique. Ici, le constat est unanime : le business est à l’arrêt, les clients ne viennent plus, la psychose s’est installée. Mais, Amadou Keita un autre commerçant de bétail, la trentaine, souligne les défis du moment. « Se procurer aujourd’hui des animaux est devenu une tâche herculéenne », dit-il. « L’insécurité, les braquages, les pannes à répétition dues à l’état déplorable des routes ont, souvent, coûté la vie à certains de nos collègues. Nous vivons un cauchemar et espérons voir le bout du tunnel », développe-t-il. A quelques mètres de nous, un jeune homme est occupé à préparer des têtes et des pieds de mouton et de bœuf. Il s’appelle Karim. Une dizaine de jeunes font le même travail que lui. « D’ordinaire, nous pouvons préparer au moins 80 têtes par jour. Aujourd’hui, il n’y a pas grand-chose», regrette-t-il. Les bouchers ont souvent maille à partir avec la police. C’est le cas de Ba Issa. Les yeux rouges de colère, il nous raconte son infortune : « je devais aller très tôt à l’abattoir quand j’ai croisé les policiers. Après une course-poursuite, j’ai réussi à les semer », raconte-t-il. Pour lui, les bouchers doivent disposer de laissez-passer puisqu’ils font travail d’utilité publique. OS/MD (AMAP)
Ouverture de la campagne de vérification des instruments de mesure
Par Babba B. Coulibaly Bamako, 1eravril (AMAP) L’Agence malienne de métrologie (AMAM) entend, à compter de ce mercredi 1eravril, procéder à la vérification de tous les instruments de mesure sur toute l’étendue du territoire. «A partir du 1eravril (aujourd’hui, Ndlr), le système de vérification systématique sera déclenché. Nous appliquerons les textes à la lettre. Tous les détenteurs, qui n’auront pas soumis leurs instruments de mesure, se verront sanctionnés. Et cela dans tous les domaines, notamment la transaction commerciale, le transport, la santé publique, l’environnement, etc. », avertit le directeur général de l’Agence, Lancina Togola. Chaque année, la campagne de vérification s’étend du 2 janvier au 31 décembre. Période durant laquelle « tout détenteur d’instruments de mesure utilisés dans les transactions commerciales doit se soumettre aux contrôles de l’AMAM », explique le directeur général. Pour ce faire, la campagne fait le tour de toutes les zones d’activités pour s’assurer que les instruments de mesure ont été soumis à vérification. Si ce n’est pas fait, l’Agence malienne de métrologie examine l’instrument, applique la loi et sanctionne, détaille son patron. En la matière, lorsque l’instrument est non conforme aux normes, il est marqué au rouge jusqu’à satisfaction. « Si, malgré le marquage au rouge, les détenteurs continuent d’utiliser les mêmes instruments de mesure qui doivent être sortis de l’utilisation, les consommateurs ou associations de consommateurs peuvent décider de faire valoir leur droit devant les juridictions compétentes. C’est leur droit, mais l’Agence n’intervient pas », précise M. Togola. Ces campagnes semblent susciter un début de prise de conscience chez les consommateurs. A titre d’illustration, l’Association libre des consommateurs maliens (ALCOM), constatant des supposées défectuosités, avait déposé une plainte au tribunal de la Commune III contre Vivo énergie qui sert au Mali sous les couleurs de Shell. Selon son président, Abdoulaye Ballo, cette histoire de fraude commerciale ne concerne pas seulement la société Vivo énergie, mais plusieurs stations de services. « Nous allons déposer d’autres plaintes, car beaucoup de sociétés d’hydrocarbures sont épinglées et nous avons les dossiers », menace-t-il. Interrogé à ce sujet, le directeur général de l’AMAM reconnaît qu’il arrive que des distributeurs dissimilent la marque rouge, en la faisant disparaître sur les pistolets. Comme solution pour mettre fin à cette pratique, un « CD » va être appliqué sur les instruments déclarés non conforme. Le but visé étant d’empêcher l’utilisation de l’instrument rejeté. « Toutes les grandes sociétés de distribution d’hydrocarbures et autres détenteurs d’instruments de mesure, ont été informées, sensibilisées, de 2018 à 2019», assure Lancina Togola. CAMPAGNE DE VERIFICATION – En 2018, sa première année d’exercice, l’AMAM a contrôlé 548 stations services, points de distributions à travers le pays. Dans ces stations services et points de distributions, 2.273 pistolets (distributeurs) étaient conformes sur un total de 2.705, soit 84,5%. Quelque 432 pistolets ne répondaient pas aux normes, soit 15, 4%. La campagne 2019, elle, a concerné les six Communes de Bamako, les axes menant à Kayes, Ségou, Sikasso et San. L’AMAM a, à l’occasion, contrôlé 798 stations combinant 4.348 pistolets. Sur lesquels 3.831 distributeurs ont été jugés conformes, soit 88,11% et 517 non conformes, soit 11,89%. Après la période de vérification en 2019, l’AMAM a posé en des endroits la marque de vérification rouge pour rejeter des instruments dans certaines sociétés de distribution. Certains d’entre eux continuent d’utiliser ces instruments jugés frauduleux, déplore le directeur général de l’Agence. « Au regard de ce constat, en 2020, nous appliquerons les textes dans leur rigueur en rapport avec la Direction générale du commerce et de la concurrence (DGCC) », indique-t-il. Pour ce faire, les agents descendront avec les étalons de vérification de l’AMAM qui vont être comparés aux instruments en service. Après ces passages, comment les consommateurs font-ils pour savoir qu’un instrument est conforme ou pas ? En la matière, le Mali dispose de trois types de marque de vérification qui sont des vignettes grise, verte, rouge, selon le directeur général. « Dans les stations-services par exemple, nos agents apposent sur les distributeurs (pistolets) la marque de vérification verte si l’instrument est conforme, la marque rouge pour interdire son utilisation et la marque grise pour montrer que l’instrument est tout neuf et non encore mis en service. Cela, conformément aux textes nationaux, sous régionaux et internationaux régissant la métrologie », explique Lancina Togola. «Les distributeurs doivent protéger ces marques de vérification apposées. Nous l’avons dit à tous les détenteurs d’instruments de mesure, notamment dans le domaine spécifique des hydrocarbures, que les faire disparaître est une infraction qui est sanctionnée », prévient le directeur général de l’AMAM. Pour lui, le respect du marquage atteste de la fiabilité des instruments utilisés et instaure un climat de confiance entre vendeurs et clients. « Car, il permet de savoir qu’un instrument est conforme ou non aux normes en vigueur », argumente Lancina Togola. Dans une contribution envoyée à ‘L’Essor’, l’économiste, Dr Lamine Keïta, estime que le Coran est «la source de la science». Selon lui, les écritures saintes comme les sciences économiques ont demandé à ce que les gens donnent toujours le poids exact et de ne pas fausser la pesée. Dans la sourate 55, versets 2-9, il est précisé que : « Dieu a établi la balance, afin que nous (les Djins et les hommes) ne transgressions dans la pesée. Puis, Il a ordonné de donner toujours le poids exact et de ne pas fausser la pesée ». Ainsi, cette balance qui permet d’établir la justice entre les hommes, doit être utilisée avec justice et équité en donnant le poids exact lors des pesées, confirmant clairement que la monnaie, cette balance, est un instrument de mesure, rappelle l’expert des questions monétaires. Au Mali, les activités métrologiques ont commencé juste après l’indépendance. Menées par la Direction nationale des affaires économiques de 1989 à 2010, la Direction nationale du commerce et de la concurrence a pris le relai de 2011 à 2017. Avant cette date, la loi 2016-001 du 04 février 2016 instituait le Système national de la métrologie. Cela, suite à l’adoption du règlement n°8 qui fondera le Système harmonisé de métrologie dans notre espace communautaire (UEMOA). L’AMAM, alors créée par l’ordonnance 2017-014 du 06 mars
Dans le secteur des transports, les mesures anti-covid-19 n’ont pas la cote
Par Babba B. COULIBALY & Cheick M. TRAORE Bamako, 31 mars (AMAP) En cet après-midi de dimanche, jour de mariage à Bamako, les rues étaient bien désertes.Comme sur les grandes artères de la capitale malienne, l’affluence habituelle des voyageurs n’était pas au rendez-vous dans les gares routières de Sogoniko. Au niveau de ce quartier général des compagnies de voyages terrestres, ils sont très peu nombreux, les transporteurs qui ont commencé à appliquer les mesures décrétées par le département des Transports et de la Mobilité urbaine. « Nous n’avons commencé à appliquer ni les mesures de distances d’au moins un mètre entre les passagers, ni la limitation à la moitié du nombre de place prévus sur la carte grise du véhicule », avoue Mamadou Sow, agent de la compagnie « Bani Transport». Le vendeur de billet, assis derrière le guichet, attire l’attention sur deux facteurs dont il faut nécessairement tenir compte. Il s’agit, selon lui, de l’augmentation des frais de transport et de la réduction du prix du litre du carburant. Face à la pandémie de la maladie à Coronavirus qui se propage à grande vitesse, le ministre des Transports et de la Mobilité urbaine a pris des mesures relatives au nombre de personnes dans les transports en commun et aux motocyclistes. Ces mesures applicables sur toute l’étendue du territoire national, à compter du 27 mars 2020, ont été prises compte tenu de l’évolution de la pandémie au Mali. En gros, elles demandent l’embarquement des passagers dans les bus, minibus (Sotrama notamment) et autocars, en tenant compte de la distance d’au moins un mètre entre les passagers, et la limitation à la moitié du nombre de places prévues sur la carte grise du véhicule. Ainsi, les taxis et les véhicules particuliers doivent transporter, désormais, trois passagers au lieu de cinq, y compris le conducteur. Le nombre est limité à un pour les engins à deux roues. Sur le terrain, l’application de ces mesures semble peu préoccuper transporteurs et usagers. Dans la circulation, le constat est alarmant. Rares sont les conducteurs de véhicules particuliers, de taxis, de Sotrama ou d’engins à deux roues qui souscrivent aux consignes données par le département en charge des Transports. Par contre, dans les gares routières, le lavage des mains au savon à l’entrée et la sensibilisation des passagers dans les cars sont en vigueur. « Les voyageurs se désinfectent les mains avec du gel hydro alcoolique, en montant dans le car et, avant le démarrage, nous les sensibilisons. Nous avons aussi adressé des correspondances à toutes nos escales pour l’adoption des gestes sanitaires et la sensibilisation par rapport au respect de ces mesures d’hygiènes », a-t-il assuré. A quelques marches de Bani Transport, siège la compagnie Diarra Transport. Là, les différentes mesures de protection contre le Covid-19 sont appliquées à la lettre. Contrairement aux autres jours de la semaine où cette compagnie draine du monde, sa gare était, cet après-midi, dépeuplée. Devant chaque guichet, des rectangles étaient tracés au sol et à l’intérieur desquels les passagers s’arrêtaient pour faire respecter la distance d’un mètre au moins entre eux. A l’intérieur des cars, ces mêmes mesures sont imposées. « Nous sommes en train d’appliquer les mesures comme il se doit. Nous exigeons des passagers de respecter, aussi, les consignes données », explique Mamadou Tembely, chef de gare Diarra Transport à Bamako. « Cette menace qui plane sur l’humanité est à prendre au sérieux. Nous mettons le minimum de passagers dans le car. Ce n’est pas du tout facile. Mais, nous essayons juste d’assurer le minimum de service. Ces mesures n’arrangent pas les transporteurs », confirme le responsable. Il demande aux autorités de venir en aide aux transporteurs. « Si l’Etat pouvait subventionner au moins la moitié du carburant, cela nous ferait plaisir. Nous ne pouvons pas augmenter le tarif, nous sommes obligés de nous en tenir aux anciens prix », s’alarme le chef de gare. Par contre, les conducteurs de taxis trouvent qu’ils ne sont encore prêts pour l’application de ces mesures. Pour cause, le risque de réduction drastique des recettes est trop grand. Avec ses collègues chauffeurs autour du thé, à la gare de Sogoniko, la journée ne semblait pas prometteuse pour Saliya Koné. « Nous appliquerons les mesures lorsque les propriétaires de véhicules accepterons de réduire leurs recettes et quand les vignettes seront annulées, sinon pas question », martèle le conducteur qui estime passer une journée noire. Même constat dimanche à l’autre côté du fleuve, au niveau de la rive gauche. Au niveau du boulevard du peuple (entre place Koro et l’Amap), principal centre d’attraction des minibus, une Sotrama en destination de Niamana Attbougou vient de se garer. Le véhicule est presque rempli de passagers. Certains se protègent la bouche et le nez à l’aide de masques ou du bout de leur fouloir. D’autres semblent ignorer l’existence et la force de contagion du Covid 19. L’apprenti fait monter à bord trois autres passagers, certainement pour compléter le nombre. Interrogé, le chauffeur du véhicule est catégorie : « Il faudrait plutôt sensibiliser les propriétaires de véhicules. Les recettes journalières n’ont pas changé, elles demeurent à 15.000Fcfa. Comment réduire le nombre de places dans ce cas ? Le mieux serait de dire aux propriétaires de véhicules de diviser par deux la recette. Ainsi, nous pourrons nous exécuter sans problème ». Au niveau de ‘Voxoda’, passent Sotrama et Dourounis qui rallient généralement les communes III, VI et celle du Mandé. Là, comme au niveau du rondpoint situé entre la Chambre de commerce, la mairie du district et le ministère de l’Education, c’est l’indifférence totale. Là, les Sotrama qui desservent les communes III et IV faisaient le plein, sous le regard indifférent des forces de l’ordre. BBC/CMT/MD (AMAP)
Lutte contre le Covid-19 : Les préceptes de l’islam contre les épidémies
Par Issa DEMBELE Bamako, 30 mars (AMAP) Après la prière collective du vendredi dernier, la mosquée de Torokorobougou a fermé ses portes « pour, a expliqué l’imam Mohamed Moussa Diallo, préserver la santé des fidèles ». Cet exemple est un signal fort de prise de conscience de nos religieux au moment où le nombre de personnes atteintes du Covid-19 augmente, régulièrement, au Mali. Il est, en effet, connu de tous que la mosquée, lieu de grande promiscuité, représente bien un terreau favorable à la propagation de ce virus mortel. La fermeture de ces lieux de culte ne fait pas encore l’unanimité, mais les leaders religieux s’accordent sur un point : les enseignements de l’islam conseillent aux fidèles de s’éloigner du danger en cas de risque sanitaire avéré. En la matière, Chérif Ousmane Madani Haïdara, président du Haut conseil islamique du Mali (HCI) et l’imam Mahmoud Dicko, ancien président du HCI, ont, tous les deux, rappeléles prescriptions du prophète Muhammad (PSL). Un musulman ne doit pas quitter une localité touchée par une épidémie. De même, il ne doit pas se rendre dans une localité où sévit une maladie contagieuse. Les propos du Messager d’Allah sont plus explicites : « Lorsque vous entendez qu’une épidémie sévit dans une terre, n’y entrez pas ; et lorsqu’elle sévit dans une terre où vous vous trouvez, n’en sortez pas ! » L’objectif est clair : se protéger contre la pathologie infectieuse et éviter d’être un vecteur de sa propagation. C’est en invoquant ces prescriptions que Chérif Ousmane Madani Haïdara, ayant vite cerné l’ampleur de la menace, a appelé au respect des consignes de prévention édictées par les autorités. Il a mis en avant, dans une vidéo publiée le 25 mars dernier, l’exemple de sa mosquée à Banconi, où les gestes-barrières sont strictement observés. Le célèbre prêcheur a invité les fidèles à combattre le virus, conformément aux prescriptions du prophète de l’islam. Il a insisté sur le fait que le prophète Muhammad (PSL) a toujours invité les fidèles à la préservation de la santé. L’imam Mahmoud Dicko a abondé dans le même sens dans une récente déclaration publique, avec cette précision de taille : un musulman ne doit pas se laisser mourir de faim, alors qu’il a accès à une nourriture interdite (haram). Le précepte en dit long sur les souplesses accordées par la religion musulmane, qui permet même à un « voyageur de réduire le nombre de rakats ou de regrouper deux prières », a précisé le leader religieux. Pour toutes ces raisons, l’imam Dicko a estimé que les musulmans doivent observer les mesures de prévention. «Si les regroupements peuvent entrainer des problèmes, alors nous devons nous plier aux mesures. « Et, a-t-il poursuivi, s’il y a des raisons valables pour fermer les mosquées, on doit les fermer ». L’imam a ajouté que la décision de fermer les lieux de culte incombe aux autorités si celles-ci estiment que le risque sanitaire l’exige. L’imam de la mosquée de Torokorobougou, Mohamed Moussa Diallo, n’a pas attendu la décision des autorités. Il a, de son propre chef, pris la décision de suspendre les prières collectives dans sa mosquée. Une décision prise de commun accord avec les fidèles, selon le religieux qui rappelle dans une vidéo que « se protéger est l’une des bases de l’islam ». A l’évidence, ces leaders religieux souscrivent pleinement à la lutte contre la pandémie du Covid-19. Ils ne font que respecter les préceptes de la religion musulmane. La vie humaine est sacrée. Il faut la préserver. C’est sans doute cet esprit qui a guidé les responsables religieux et politiques en Arabie Saoudite et dans d’autres pays arabes dans leur décision de fermer, momentanément, les lieux de culte. Qui n’a pas été ému par les images inédites de l’esplanade de la Kaaba vide ? Ces vidéos ont fait le tour du monde et donné le signal que le saint des saints peut être fermé pour cause de risque sanitaire élevé. En Iran, autre place forte de l’islam, des dizaines de milliers de mosquées sont restées fermées vendredi dernier. Et aux Émirats, le conseil de la fatwa – instance officielle -, a émis un avis : il est « haram » (prohibé) d’aller à la mosquée si l’on est malade. Le jeune leader religieux, Chouala Bayaya Haïdara, dans son style caractéristique, a approuvé ces mesures et lancé ce commentaire : « nous ne sommes pas plus musulmans que les populations de ces pays ». Sauf que de nombreux responsables religieux de notre pays ne perçoivent toujours pas la situation sous cet angle. Dans certaines mosquées, les imams continuent d’inviter les fidèles à « se serrer les uns aux autres ». Le spectacle était encore plus effrayant le vendredi dernier où des centaines de fidèles avaient convergé vers les lieux de culte. «Nous sommes entre les mains de Dieu», nous a lancé un fidèle, lors de la prière collective à la Grande mosquée de Bamako. ID/MD (AMAP)
Couvre-feu : La patrouille est dissuasive
Par Mohamed TRAORE Bamako, 29 mars (AMAP) Le pays vit sous couvre feu depuis la semaine dernière. Pandémie du coronavirus oblige. Les policiers mènent des patrouilles de nuit pour faire respecter la décision destinée a freiner la propagation du Covid-19 d au sein de la population. C’est à partir de 21 heures que le couvre-feu entre en vigueur sur toute l’étendue du territoire. Un millier d’agents des forces de défense et de sécurité sont été mobilisés pour la circonstance. Ils sont policiers du Groupement mobile de sécurité, de la Brigade spéciale d’intervention, de la Brigade anti-criminalité auxquels s’ajoutent des gardes. Ces agents des forces de défense et de sécurité étaient massivement déployés, dans la nuit du vendredi au samedi, pour la deuxième fois consécutive, à travers le District de Bamako. Mission : faire respecter la décision des autorités. Peu avant de prendre la route pour sillonner les quartiers de Bamako, la Cité des trois Caïmans, les patrouilleurs ont été rejoints par le directeur régional de la police nationale du District de Bamako, le contrôleur général de police Siaka Bouran Sidibé. C’est sous le monument de la paix, à quelques encablures de la Cité administrative que le départ de cette deuxième nuit de patrouille a été donné. L’officier supérieur de police avait à ses côtés outre le directeur régional de la protection civile, le lieutenant-colonel Adama Diatigui Diarra, les commissaires de tous les arrondissements de la capitale ou leurs représentants. Siaka B. Sidibé était non seulement venu constater l’effectivité de la présence de ses hommes mais surtout leur rappeler les consignes à respecter et la conduite à tenir durant la patrouille dont la durée s’étend de 21 heures à 5 heures du matin. L’officier de police a tenu à attirer l’attention de ses éléments sur la difficulté de cette mission nocturne et aussi son utilité pour tous les citoyens, y compris les policiers eux-mêmes. « Les consignes sont claires. A partir de 21 heures, plus personne ne doit être aperçue dans la rue. C’est un couvre-feu, pas de complaisance. Mais pas de brutalité non plus. Vous êtes en mission de l’Etat certes mais aussi au service du citoyen », a rappelé le contrôleur général de police Siaka B. Sidibé devant plusieurs dizaines de policiers visiblement pressés d’en découdre avec les récalcitrants qu’ils rencontreront dans la rue sans motif valable. « Nous comptons sur vous et nous n’allons pas dormir jusqu’à 6 heures du matin. Nous vous demandons de faire preuve de beaucoup de professionnalisme », a-t-il lancé à ses hommes qui répondirent, en chœur : « Attaquez et bougez… Au boulot ». A 21 heures précises, les barrières sont posées de part et d’autre du pont Fahd Ibn Abdoul Aziz. Des dizaines de pick-up remplis d’hommes en uniforme ont démarré en trombe pour essaimer sur les deux rives du fleuve. Le chef des policiers, Talkie-Walkie en main, communique et coordonne tout sur place. De temps à autre, son convoi s’ébranle pour faire le tour de certaines zones susceptibles d’abriter des récalcitrants. Parlant de la première nuit de patrouille, le directeur régional de la police a souligné quelques écueils qui ont été vite surmontés. Selon ses estimations, la mesure a été respectée à 70%. Les patrouilleurs ont procédé à l’interpellation de plus de 300 personnes et saisi environ 200 engins. Pour cette deuxième nuit, les choses semblaient évoluer positivement. Déjà à 21 heures 30, les rues de la capitale étaient totalement désertes. Les consignes étaient respectées par les populations. C’est pourquoi, le directeur régional de la police nationale du District de Bamako a fait part de sa satisfaction quant à la nécessité et toute l’utilité d’une telle mesure, vu la montée fulgurante de la pandémie du Covid-19 dans notre pays. Il a invité nos compatriotes à la compréhension, pour l’intérêt de tous, les policiers y compris. MT/MD (AMAP)

