Mariage à Bamako : La fièvre des uniformes
Par Maimouna SOW Bamako, 04 juin (AMAP) Un dimanche de mariage dans une famille à Bamako, on peut facilement ne pas reconnaître sa femme, sa fille ou sa sœur quand elles auront fini de mettre leurs habits de fête. Elles sont toutes belles, élégantes et fascinantes. Elles sont habillées de leurs plus belles tenues. Elles portent des uniformes, des bijoux, un sac à main neuf, des chaussures de luxe. Les visages ont reçu des touches de maquillage qui rendent éblouissantes. Quand un mariage est annoncé, ou qu’une grossesse est proche du terme, le seul souci de la majorité des femmes,est de préparer les festivités de la future cérémonie. La priorité va au choix des uniformes, plusieurs mois à l’avance. La tendance actuelle est de prévoir deux, trois, quatre, voire plus, pour une seule cérémonie. Pour magnifier ce jour, dans le meilleur des cas, les économies de plusieurs mois sont données aux vendeurs d’habits, aux couturiers. Les rendez-vous sont pris dans les salons de coiffure. Les meilleurs ensembles de griottes et de harangueurs sont invités. Le mois de juillet prochain, Tata a un mariage. Elle a déjà informé ses amies de tontine. Aussitôt, l’uniforme est choisie : c’est le basin riche. Il doit être porté dans l’après-midi, quand on va chanter les louanges de Tata, la marraine de la cérémonie. Le matin, les membres de la tontine seront tenues de se mettre sur leur 31. Elles porteront une autre tenue brillante. Les copines de Tata forment une association. Ce qui rend l’organisation plus harmonieuse. Mme Kamissoko Mah Camara, est la cheffe. Elle tient à ce que tout le monde s’habille pour faire honneur à un de leurs membres. L’uniforme est choisie deux mois à l’avance. Pour magnifier la cérémonie, il faut s’acquitter de la contribution du « kukoni » à hauteur de 50.000 Fcfa. Ce n’est pas tout ! Il faut aussi donner de l’argent à la marraine, quand la griotte chantera ses louanges. AVANTAGE – Les participantes versent une somme d’argent à la hauteur de la bonne relation qu’elles entretiennent avec la marraine. Toutes ces bonnes actions prouvent aux autres invités que l’on est « des grandes dames ! De gros bonnets.» Etre gros bonnet, au top de sa beauté ou au devant de la scène, a un prix. Les engagements sont strictement respectés au selon un Code d’honneur. Ce lien est appelé ‘Fadeya’. Depuis cinq ans, la tontine de Tata existe. Les membres font l’impossible pour être à la hauteur. Ces groupements sont un avantage. A tour de rôle, chacune bénéficiera de la même somme et des honneurs au bon moment. C’est aussi une façon de tisser de belles amitiés et de faire des économies. Mais pour y arriver, il faut être brave, combattante, très intelligente. « Les tontines rendent braves, elles permettent de réaliser pas mal de projets. Quand je me suis mariée, mon trousseau de mariage avait une valeur de près de trois millions de Fcfa. Les femmes sont venues de partout pour m’honorer le jour du mariage. Sans les tontines, cela ne serait pas possible. Ce que tu fais pour les autres, elles le feront pour toi », dit Mme Diakité Aïchata Sidibé, L’avis de B.T, infirmière dans une clinique de la place, est différent. Lors du mariage de sa nièce, en décembre dernier, cette marraine a choisi quatre uniformes trois mois à l’avance. B.T a épuisé ses économies pour les préparatifs. Mais cela n’a pas suffi pour faire face aux dépenses. Il fallait trouver de l’argent ailleurs. Comment faire ? Elle a dû toucher à l’argent que son patron lui confie, chaque mois, pour le partenaire de la clinique. Le jour du mariage, elle a été sublime. Elle a porté chacune des uniformes, payé les cotisations, pris place au milieu de la scène pour être chantée par la griotte, en tant que marraine. B.T a distribué des billets de banque aux différents groupes de griots. Une semaine après la célébration, le jour où la mariée devait rejoindre définitivement son mari, que l’on appelle ‘’minassiri’’, l’infirmière a donné une somme d’argent à la mariée, pour qu’elle s’achète un présent comme veut la tradition. Des jours, après les festivités, notre interlocutrice est revenue sur terre. Il a fallu réparer les dégâts avant que le chef ne se rende compte qu’elle a détourné l’argent de l’entreprise. Trouver l’argent pour combler le trou. Mais où ? Et comment faire ? A l’heure actuelle, elle se couche la nuit, sans trouver le sommeil. Pourtant, B.T est une jeune femme intègre. Depuis plus de 4 ans elle travaille dans la même structure, dignement. Elle bénéficie de la confiance de tous. Une réputation qu’elle risque de perdre. Elle est issue d’une grande famille où la concurrence, le ‘’fadeya’’ est rude. Chacune doit être à la hauteur de l’événement social sont elle est la marraine. Après le mariage ou le baptême, beaucoup ont avoué être allées à contre-courant de leur principe. Certaines ont ouvertement regretté. L’après-mariage a été dur, tout le monde vit la galère. Il faut reconnaître, aussi, qu’on est tombé dans l’excès. L’excès, c’est le mot que la plus âgée de la famille veut bannir de leur vocabulaire. Elle a prévenu que plus jamais, aucun mariage ne sera célébré de cette façon. Dorénavant, il faut se contenter d’un seul uniforme, et se passer de jouer aux stars. Sans doute, les uniformes rendent la cérémonie très agréable. Elles honorent la mariée, surtout s’il s’agit de basin «Geztner», ou de tissu brodé. Malheureusement, cette affaire d’uniforme, de tontine, de contribution et de cotisation ‘’kunkoni’’ est devenue un problème, une épine dans le pied des femmes. Le paradoxe est que les femmes ne cherchent pas à savoir comment s’en sortir. Au contraire, elles entretiennent cette habitude qui, au lieu de resserrer les liens entre les familles, contribue plutôt à les dégrader. Quand les histoires d’uniforme commencent au sein même des familles, les plus pauvres se restreignent mais ne se résignent pas. Ces femmes font l’impossible pour ne pas être indexées, comme les dernières
Une pluviométrie abondante au Mali pour l’hivernage 2021, selon les spécialistes de la météo
Par Makan SISSOKO Bamako, 03 juin (AMAP) Les spécialistes de la météo annoncent une pluviométrie abondante au Mali pour le prochain hivernage et indiquent qu’à cet effet, le choix des semences et l’utilisation d’autres techniques agricoles seront déterminants pour faire une bonne récolte. L’Agence nationale de la météorologie prédit, pour la campagne agricole 2021, une pluviométrie abondante marquée par des périodes sèches. Les prévisions saisonnières des caractéristiques agro-hydro-climatiques de Mali-Météo, base scientifique de ces analyses, laissent paraître « un hivernage humide avec un démarrage précoce à normal, une fin tardive, des séquences sèches plus longues en début et courtes en fin de saison ». Il est également attendu des écoulements globalement supérieurs aux moyennes de la période 1981-2010 dans les bassins du Niger et du Sénégal. Face à ces prévisions météorologiques, nous avons rencontré des spécialistes en agronomie qui prodiguent des conseils pratiques aux agriculteurs pour les aider à atteindre les résultats escomptés au titre de la campagne qui va bientôt démarrer. Les techniciens conseillent, aussi, les comportements à adopter par les producteurs afin de booster la production agricole de cette saison agricole 2021 Le chef du Laboratoire d’analyse de qualité des semences du Mali (Labosem). basé à Sotuba, Dr Dionkounda Camara, se réjouit de « ces bonnes perspectives pour la campagne agricole en termes de pluviométrie ». Pour booster les rendements, le spécialiste invite les cultivateurs à suivre le calendrier agricole, en écoutant les agents techniques d’agriculture en poste dans leurs zones respectives et, surtout, de suivre les conseils que les techniciens donneront en fonction de l’évolution de la pluviométrie. VARIÉTÉS DE SEMENCES – Parlant des caractéristiques annoncées, Dr Camara explique que la grande pluviométrie prévue suppose que le cycle de la saison sera bouclé sur toute la ligne. À ce titre, l’expert demande aux producteurs de tenir compte de certains aspects techniques au point de vue cultural. En saison de grandes pluies, par exemple, il est recommandé aux producteurs de semer les variétés de semences hybrides qui sont beaucoup plus profitables en termes de rendement et de résistance par rapport aux variétés à pollinisation libre (OPV, sigle anglais). Celles-ci résistent difficilement à la grande pluviométrie, argumente-t-il. Toutefois, insiste Dr Dionkounda Camara, le choix des variétés de semences doit différer en fonction des différentes zones de culture. « Car, ajoute le chef de Labosem, chaque variété est adaptée à une zone agro-climatique bien déterminée en saison de grande pluviométrie ». Prenant l’exemple sur la zone de Sikasso, Dr Camara explique que l’hivernage y commence au mois de mai. S’il devrait beaucoup pleuvoir dans ces zones, les producteurs ne devraient pas semer en fin mai, selon lui. Ils doivent retarder les semis vers la deuxième décade du mois de juin. « En ce moment, ajoute-t-il, les plants vont boucler leur cycle suivant l’intensité de la pluviométrie ». « Par contre, s’ils cultivent au mois de mai, les plants vont grandir. Leur maturité physiologique coïncidera avec la grande pluviométrie qui va sans doute impacter la production », assure le spécialiste. Ainsi, aux paysans opérant dans des zones de grande pluviométrie, comme la Région de Sikasso, Dr Dionkounda Camara demande de s’intéresser aux nouvelles variétés de semences hybrides de maïs, mil, sorgho, niébé, etc. développées par les chercheurs de l’Institut d’économie rurale (IER). Il suggère, aussi, de prendre des informations auprès des agents d’encadrement des différentes zones de production sur les choix des variétés, les techniques culturales et concernant les bons comportements qu’il faut adopter, compte tenu de l’évolution des techniques culturales afin d’obtenir les résultats escomptés. EMBLAVER LES PARCELLES – De son côté, le spécialiste en agro-climatologie et chercheur à l’IER, Dr Salifou Sissoko, invite, sur la base des prévisions annoncées par Mali-Météo, les producteurs à commencer tôt à emblaver les parcelles. Afin d’éviter de prendre du retard par rapport « aux semis qui constituent, selon lui, l’acte principal du paysan ». Le spécialiste conseille aux paysans de semer les variétés de semences adaptées à leur environnement, issues de la recherche ou non, des variétés tardives ou intermédiaires. «Le paysan a un savoir millénaire. Il connaît son environnement mieux que n’importe quel chercheur, de façon globale. Nous, on se permet de leur donner des conseils par rapport aux variétés que nous avons créées et des innovations que nous avons apportées et qui vont dans le sens des savoirs paysans. Que la saison soit précoce ou tardive, le meilleur conseil qu’il faut donner aux paysans est de se lever tôt», insiste le spécialiste. Par rapport aux techniques culturales, le chercheur, qui a foi aux savoirs locaux paysans, exhorte les cultivateurs à aller vers des pratiques agro-écologiques, en utilisant moins d’engrais chimiques. Pour lui, utiliser en abondance les fumures organiques a pour avantage de diminuer les coûts de production et permet de produire des variétés agro-écologiques qui n’ont pas de conséquences sur la santé des producteurs et des consommateurs. Dr Sissoko demande, également, d’éviter surtout de cultiver dans les bas-fonds. En cultivant dans ces zones à forte humidité, l’eau risque de détruire les cultures à cause de l’inondation. Aux producteurs obligés de cultiver dans les bas-fonds, le spécialiste suggère de privilégier des cultures pouvant supporter l’eau notamment, le riz. Pour le Dr Sissoko, la météo donne des prévisions générales qui doivent être complétées par les prévisions quotidiennes tout au long de l’hivernage. À cet effet, le spécialiste encourage les paysans à écouter quotidiennement ces prévisions à travers la radio et la télévision. «On est également en train d’essayer de former les paysans dans l’utilisation du téléphone portable pour avoir accès aux données quotidiennes, c’est aussi une manière qui leur permettra de prendre des précautions nécessaires», explique-t-il. MS (AMAP)
Ciment et fer à béton: les prix montent en flèche
Par Aminata Dindi SISSOKO Bamako, 02 juin (AMAP) Le Mali est en chantier. Des maisons d’un autre standing y poussent, un peu partout. Des travaux d’infrastructures de développement sont en cours. Le Grand marché de Bamako, également en chantier, continue sa mue. Ce, malgré les multiples crises quel le pays traverse. Le fer et le ciment sont des éléments indispensables à la réalisation de ces ouvrages qui symbolisent le dynamisme de notre économie. Mais, depuis un certain temps, les prix de ces deux matériaux connaissent une hausse sur le marché. La situation s’expliquerait, en grande partie, par la règle de la demande qui est plus forte que l’offre. Le prix de la tonne du ciment, importé ou local, tournait autour de 90.000 Fcfa dans notre pays. Il a franchi la barre des 100.000 Fcfa pour s’établir à 115.000 Fcfa depuis quelques mois. Il peine à descendre au dessous de 110.000 Fcfa, prix actuel de la tonne du produit dans les différentes quincailleries de Bamako, où le sac (50 kg) est cédé à 5.500 Fcfa. Un risque de l’augmentation du prix du ciment est envisageable dans les jours à venir, spécule Balla, propriétaire de quincaillerie à Kalaban, sans pouvoir dire les raisons. Rencontré à son magasin à Para Djicoroni, un autre revendeur de ciment, Ousmane Tangara, nuance : «Le prix du ciment avait commencé à baisser. C’est la semaine dernière que nous avons remarqué cette hausse auprès des fournisseurs qui l’ont imputé à la grève de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM). Cette cessation du travail a provoqué une rupture. Cette pénurie a fait grimper le prix». Le commerçant dit s’attendre à un fléchissement vers le bas dans les jours à venir. DEUX TYPES DE FER – Tout comme le ciment, le prix de la barre du fer à béton a aussi grimpé. Sur le marché local, on retrouve deux types de fer : importé communément appelé fer blanc et le fer made in Mali avec des calibrages variables. Actuellement, le prix du fer 12 plein qui était vendu à 5.000 Fcfa, varie entre 5.750 et 5.800 Fcfa, selon les quincailleries. La barre du fer 12 simple, utilisé couramment dans la construction des maisons à usage d’habitation, est cédée entre 3.250 à 3.300 Fcfa. La barre de fer 10, elle, est vendue entre 2.250 à 2.300 Fcfa. Le fer 8 se vend entre 1.250 à 1.300 Fcfa, contre 750 à 850 Fcfa pour le fer 6. Cette fluctuation constatée sur le prix du fer remonte à quatre mois, selon Mohamed Koné, gérant d’une quincaillerie. «Je travaille dans le domaine depuis dix ans. C’est la première fois que je vois le prix de la barre du fer à béton atteindre ce niveau », reconnaît-il. Pour lui, cette hausse est due à la pandémie de Covid-19. Car, argumente-t-il, les importations sont limitées. Le stock national est insuffisant par rapport à la demande. « Chaque fois que les clients se bousculent pour avoir un produit, le prix augmente », explique le commerçant. Mais « les gens pensent que c’est le Mali seul qui est confronté à cette situation. Le problème est général», informe Modibo Diakité, revendeur de ciment et de fer à Ouolofobougou. Donc, conformément à la loi du marché, les prix augmentent quand la demande est plus forte que l’offre de produit, ajoute-t-il. Contacté à ce sujet, un responsable d’une industrie locale de fabrique de fer explique cette hausse par deux facteurs : la hausse du cours mondial du fer et l’exportation de la ferraille. « Nous faisons face à cette situation depuis le mois de févier. En tant que producteur, nous ne sommes pas du tout content de cette situation. Nous sommes obligés de suivre le cours mondial », murmure-t-il. Selon lui, la ferraille fait partie de la matière première. Son prix a grimpé à cause de sa rareté sur le marché. Car, à le croire, malgré deux arrêtés interministériels (2018 et 2019) du ministère du Commerce suspendant toute exportation de la ferraille et des sous-produits ferreux au Mali, le produit est toujours exporté. « Du coup, on le retrouve cher. C’est normal : quand nos matières premières sont chères on augmente le prix du produit fini. L’Etat doit s’investir pour mettre un frein à l’exportation de la ferraille pour le bien de tous. A terme, si on n’a pas de matières premières, l’usine risque de tourner au ralenti avec comme conséquence possible le licenciement des travailleurs», prévient le responsable. Comme eux, les propriétaires de chantiers sont inquiets. Certains ont déjà arrêté leurs travaux en attendant la réduction du coût des deux produits. C’est le cas d’une enseignante rencontrée dans une boutique à Kalaban Coura ACI. « Je comptais reprendre les travaux sur mon chantier ce mois-ci. C’est avec une grande surprise que j’ai constaté la hausse du prix de la barre du fer à béton de 300 Fcfa pour certaines et 400 Fcfa pour d’autres. Vu que mes moyens sont limités, j’ai décidé de surseoir à l’achat du produit en attendant la chute du prix. Je viens de faire un dépôt de 500.000 Fcfa auprès du boutiquier. Lorsque les prix commencent à baisser, il me tiendra informer », explique Aïssata Compaoré. Contrairement à cette institutrice, Bouba Maïga pense qu’il n’a pas le choix. « On économise de l’argent pour un but précis. Si le prix augmente, on n’a pas d’autres possibilités que d’acheter pour éviter de dilapider nos économies », soutient-il. L’air frustré, il venait d’acheter cinq tonnes de ciment et plusieurs barres de fer. Le niveau des ventes de certains propriétaires de quincaillerie est également impacté par la hausse du prix de ces deux matériaux. « Les clients achètent, mais l’affluence est faible en ce moment. Certains viennent demander le prix. Réalisant qu’il a grimpé, ils rebroussent chemin », déplore le commerçant Seydou Sinayoko. ADS (AMAP)
Vaccination contre la Covid-19 : La population adhère petit à petit
Par Fatoumata NAPHO Bamako, 1er juin (AMAP) Les équipes de vaccination reçoivent par jour entre 90 à 150 personnes prêtes à se faire administrer des doses de l’antigène contre le coronavirus. La tendance est à l’augmentation du nombre des volontaires. Dans une chronique intitulée : «Si l’Afrique refusait le vaccin», Jules Domche, directeur de Vox Africa (une chaîne de télévision) rappelait la nécessité pour les Africains d’intégrer dans la réflexion le fait que depuis plus de 40 ans, le monde est confronté à la pandémie du Sida et qui continue de faire des ravages, on n’a pas pu encore trouver de vaccin contre ce fléau. Qu’il a fallu aussi attendre 16 ans pour trouver «un mauvais vaccin» contre la grippe et que tous les grands ensembles ou les grands pays disposent de leurs vaccins contre le coronavirus. Les états-Unis ont le leur tout comme la Russie, la Chine, l’Inde et l’Europe. Ainsi, le chroniqueur demandait aux Africains d’aller sur la pointe des pieds dans la vaccination avec AsrtraZeneca. Au-delà de son analyse, on est tenté d’émettre des réserves sur ce vaccin au regard du tollé suscité à l’échelle planétaire par cet antigène et du contraste dans notre continent. Au moment où certains pays africains réclament des doses supplémentaires, d’autres en restituent. La République démocratique du Congo (RD Congo) en est l’illustration parfaite. Ce pays d’Afrique centrale aurait restitué plus de 1,3 million de doses de ce vaccin à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces situations suscitent des interrogations légitimes chez nos compatriotes qui veulent s’entourer de toutes les garanties avant de recevoir le vaccin. Malheureusement, le ministère de la Santé et du Développement social aussi a été incapable de faire une bonne communication autour de la campagne. Ce qui n’était pas fait pour rassurer davantage nos compatriotes. Ce qui justifie qu’au début, nos compatriotes ne se bousculaient pas aux portillons des centres de vaccination pour se faire administrer des doses d’AstraZeneca. En termes clairs, ils avaient des appréhensions diffuses sur cet antigène. Même si on n’est plus au point mort dans notre pays puisqu’on a engagé les deux premières vitesses avec la réception à l’Aéroport international Président Modibo Keïta par le président de la Transition d’alors, Bah N’Daw, près de 40.000 doses de vaccin, le 5 mars dernier, et le démarrage de la campagne de vaccination contre la Covid-19, le 31 mars dernier, au Centre hospitalo-universitaire (CHU) du Point G. Les jours qui ont suivi le lancement de la campagne de vaccination n’avaient pas apporté des certitudes sur l’adhésion réelle des populations à la vaccination. Bien au contraire, on avait même l’impression de décélérer. Heureusement que ces derniers temps, la tendance est en train d’être inversée. Même si ce n’est pas la grande affluence souhaitée, les Maliens se décident de plus en plus à se faire vacciner contre la Covid-19. Les autorités ont fait des efforts pour acquérir le vaccin et les premières doses ont été inoculées au personnel socio-sanitaire qui se trouve en première ligne dans la croisade contre la Covid-19. Ensuite, d’autres cibles notamment les personnes âgées de 60 ans et plus et celles atteintes des comorbidités (diabète, hypertension et autres). Pour atteindre les cibles, trois stratégies classiques sont mises en œuvre. Il s’agit de la stratégie fixe dans les centres de santé communautaire (Cscom) ou de référence (Csref), celle avancée utilisée pour les hôpitaux et autres structures de santé et enfin la stratégie mobile. Pour cette phase, 344 vaccinateurs et 516 volontaires seront mobilisés. Le scepticisme est en train de laisser place à la confiance petit à petit. Ainsi, après une certaine hésitation, nos compatriotes commencent à percevoir la nécessité de se faire immuniser contre le coronavirus qui a même ébranlé les plus grandes économies mondiales. Notre équipe de reportage a fait le tour de quelques points de vaccination. Au niveau du Csref de la Commune V, ce n’était pas la grande affluence. Mais le petit nombre de personnes qui entendait se faire vacciner était enthousiaste à l’idée de recevoir un antigène contre le coronavirus. Aux environs de 10 heures, ce matin de mai, l’équipe du Dr Coulibaly Fatoumata Dicko avait déjà enregistré 45 personnes pour la première dose et 68 personnes pour le rappel, c’est-à-dire la deuxième dose. Selon la responsable de l’unité du Programme élargi de vaccination (PEV), son établissement de soins a enregistré depuis le début de la campagne un cumul de 6.086 vaccinés, soit 5.653 hommes et 433 femmes. Elle a expliqué que les équipes de vaccination recevaient en moyenne 40 personnes par jour au début. Mais depuis que la population a commencé à y adhérer véritablement, les vaccinateurs accueillent environ 150 personnes par jour. Selon elle, les équipes de vaccination au niveau de notre centre (une équipe fixe et d’autres mobiles qui sillonnent les services, les gares routières et autres) officient tous les jours de la semaine et commencent à partir de 7h30 pour finir la journée vers 14h30. Dr Coulibaly Fatoumata Dicko explique aussi que les vaccinateurs demandent préalablement les motivations de la personne qui désire se faire vacciner, avant d’accomplir les formalités où une pièce d’identité est requise pour éviter toute erreur dans le nom sur la carte de vaccination qui lui sera livrée. On interroge la personne pour savoir si elle a des antécédents de pathologies chroniques. Après la vaccination, il est conseillé à la personne de garder une posture assise au moins 3 à 5 mn pour éviter des malaises. Elle bénéficie aussi des conseils sur d’éventuels effets secondaires (puisque le risque zéro n’existe pas), notamment les céphalées, la fièvre, etc. Après cela, le rendez-vous est donné pour un mois après en vue de recevoir la deuxième dose. Sur la carte, on mentionne le nom de la personne, son âge, sa profession, le sexe, l’adresse, le numéro du vaccin et sa date de péremption, le centre et la date du rappel. On y écrit aussi le nom du vaccinateur, le cachet et la signature de la responsable. La responsable de l’unité PEV explique aussi joindre au
Jean-Louis Sagot Duvauroux : « Au nom de la conversation des cultures »
Entretien réalisé par Ibrahim MAIGA Bamako, 28 mai (AMAP) Enseignant à Bamako entre 1972 et 1974, Jean-Louis Sagot est devenu un dramaturge pointu dans l’affirmation de l’humain contre les dérapages et les absurdités des hommes. Il connait le Mali ; pas seulement celui des villes, mais aussi celui des villages et des hameaux. Cette immersion a éveillé en lui le goût de la découverte de l’autre, le besoin de comprendre et de raconter les fils qui tissent l’histoire du Mali. Une partie de son engagement et de son implication dans la vie et la création artistique vient de là. Il a eu le temps de se conforter et de conforter sa vision, en devenant très jeune, le rédacteur en chef du mensuel « Droit et Liberté » du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, le MRAP, un mouvement né dans la résistance contre l’occupation nazie. L’Essor : Vous êtes venu à Bamako en 1972. Et depuis, vous êtes un Malien de cœur. Qu’est-ce qui vous a capté ? J-L.S.D : J’ai atterri pour la première fois à Bamako en 1972 à l’aéroport de Hamdallaye où se trouve aujourd’hui l’ACI 2000. J’avais 21 ans. Je venais prendre mes fonctions de professeur de français au Lycée Prosper Kamara. Je devais initialement être engagé dans le cadre de mon service militaire, mais après un accident, j’avais été réformé. J’avais néanmoins envie de faire une rupture avec la vie française, de voir autre chose. Je me suis fait embaucher sur place, avec un salaire d’enseignant malien. Une vraie bifurcation, car ça ne me permettait pas de vivre dans les conditions des autres français expatriés. J’ai trouvé deux pièces à louer dans une cour de Hamdallaye où vivaient plusieurs autres familles. Je m’y suis installé, bientôt rejoint par deux amis. Et il s’est alors passé ce que vivent des milliers de gens qui s’enracinent dans un pays d’accueil : des souvenirs, des projets, des amitiés, des aventures humaines et professionnelles, un mariage… Comme les bamananw le disent, j’avais quitté chez moi, j’étais arrivé chez moi. La jatigiya malienne a certainement participé à cette « captation ». Mais il n’y a là ni mystère, ni miracle. Je me suis retrouvé, sans d’ailleurs l’avoir planifié, dans la situation de centaines de milliers de personnes qui se sentent chez elles et en France, et au Mali. La naissance de mon fils a fait entrer le nom Sagot-Duvauroux dans l’état-civil malien sans le faire sortir de l’état-civil français, comme c’est le cas pour tant de Tounkara, de Doukouré, de Traoré, de Kanté ou de Diarra dont la vie a fini par offrir à la France leurs riches patronymes sans les enlever au Mali. XXIe siècle ! L’Essor : De Bamako à Ansongo ; de Bamako à Kayes, vous avez fait du pays. Vous n’avez pas fait que du tourisme. J-L.S.D : Quand j’ai mis les pieds au Mali, j’avais 21 ans et une motocyclette « Caméco » que j’avais pu acquérir grâce à un prêt du lycée. Un ami français, qui m’avait précédé à Bamako me donne alors un conseil : si tu veux connaitre le pays, prend n’importe quelle route qui se présente devant toi, avance jusqu’au soir ; quand vient le soir, arrête-toi au premier village, demande l’hospitalité ; on t’amènera chez le dugutigi et tu y trouveras le gîte et le couvert. Première destination : le Bèlèdougou, d’accès facile depuis Bamako. Un pneu crève à l’approche du village de Tènèzana, un peu avant Nossombougou. Trois jeunes m’aident à réparer, puis m’emmènent chez un homme qui a fait l’armée française, Ngolo Diarra, paysan, donso, passionné de littérature… Nous sommes restés liés jusqu’à son décès. J’ai beaucoup appris de sa riche conversation, quand il rentrait du champ la daba sur l’épaule, et avant qu’il ouvre un roman d’Alexandre Dumas lu à la lumière de sa lampe. Ensuite, j’ai pris goût à ces escapades et mon univers social s’élargissant, j’ai rapidement eu le choix des destinations : quitter chez soi, arriver chez soi ! Voyage à Kayes, à « caméco » et alors sans le confort du goudron, Kayes où je croise une très vieille dame qui me parle avec gravité : elle a quitté, enfant, la ville de Ségou attaquée par les Français et s’est réfugiée avec un petit groupe de Toucouleurs dans le quartier Légal Ségou – quartier Ségou. Elle est la grand-mère de ma voisine de Hamdallaye dont je partage le « bassi » quotidien ; elle n’imaginait pas recevoir un jour un petit-fils de la couleur et de la nationalité de ses agresseurs… Temps nouveaux ! Je lie une amitié qui dure toujours avec un élève venu d’Ansongo, aujourd’hui enseignant dans une université américaine. Je prends l’habitude d’aller passer mes vacances dans sa famille. J’y amène même une sœur et un frère depuis la France. Une des suites devenue publique des liens tissés alors, ce sont les cases en nattes qui abritent la famille de Jacob, dans le film La Genèse (Cheick Oumar Sissoko, sélection officielle Cannes 1999 « Un certain regard »). J’avais alors emmené l’équipe de production chez une tante, à Bazi Haoussa et, avec les femmes de ce quartier historique d’Ansongo, elle avait conduit la confection très réussie de ces confortables habitations de nattes tissées. En effet, ces voyages et bien d’autres, même s’ils m’ont fait découvrir les paysages physiques et humains du grand Mali, n’avaient pas grand-chose à voir avec le tourisme. L’Essor : Vous avez écrit le scénario de « La Genèse », porté à l’écran par Cheick Oumar Sissoko, sans doute un grand moment cinématographique. Si c’était à refaire ? J-L.S.D : Dans les années qui précédèrent ma venue au Mali, j’avais fait des études de théologie. L’univers biblique m’était familier. En vivant au Mali, cet univers s’anima, pris les couleurs de la vie. La Genèse, premier livre de la collection biblique, fait du meurtre de l’éleveur Abel par son frère le cultivateur Caïn, la mère de tous les conflits. Dans le récit biblique, Abel et Caïn sont les deux fils d’Adam et Ève, un concentré de l’humanité. En découvrant les problèmes concrets vécus au Mali du fait de la cohabitation entre éleveurs
Amidou Danioko : Maître bijoutier
Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 28 mai (AMAP) « Je fais des pièces uniques qui sont vendues à travers le monde entier. » Amidou Danioko, maître bijoutier à la Maison des artisans de Bamako, n’est pas peu fier de son travail. Reconnu pour l’originalité et la richesse de ses œuvres, il fait, sans doute, partie des créateurs maliens qui ont révolutionné leur domaine ces cinquante dernières années. Rien d’étonnant donc qu’il ait remporté le prix Label d’excellence de l’UNESCO en 2007. Il nous reçoit dans son box d’à peine trois mètres carré qui est composé d’une forge et d’un présentoir dont la charpente est faite en aluminium et le corps en verre. Un long miroir de plus d’un mètre est fixé sur un autre pan de mur permet au client d’apprécier les bijoux à essayer. Ici tout est estampillé « Taasiri » ou attaché le feu. Car Amidou se donne régulièrement des défis à relever, « celui qui s’est donné comme mission d’attacher le feu ne peut se reposer », dit-il. Il fait, sans doute, partie des créateurs maliens qui ont révolutionné leur domaine ces cinquante dernières années. À son actif, plus 300 modèles (bagues, bracelets, boucles d’oreille, tours de cou, chaînes et pendentifs), aussi bien en or, argent, en bronze et autres métaux précieux qu’avec du bois d’ébène ou des cuirs, qui sont repris par d’autres bijoutiers dans la ville de Bamako et, souvent, au-delà même des frontières du Mali. Amidou explique qu’il a du mal à reproduire ou à tenter d’imiter un objet. « J’ai toujours envie de faire du nouveau, pas de revenir sur ce que j’ai déjà confectionné. » En réalité, notre maître artisan est à la fois concepteur ou designer de pièces. Ailleurs, il se serait contenté de produire des formes et de les mettre à la disposition des exécutants pour la réalisation de l’œuvre qu’il aura conçue. C’est ainsi que, de 1996 à nos jours, il se rappelle avoir produit plus de 100 modèles de bracelets qui sont aujourd’hui vendus à Bamako et ailleurs. « Si je ne m’abuse, tous les modèles de bracelet qui sont portés de nos jours à Bamako ont été conçus par moi-même. » Mais, comme tout bon artiste, Amidou ne peut pas expliquer l’envie qui lui vient fréquemment de produire de nouvelles formes. Ce qui explique en réalité sa « propension à ne produire que des pièces uniques ». « Chaque fois qu’un client m’emmène un modèle à reproduire, je le donne volontiers à un autre artisan, car je ne peux pas faire ça », confie-t-il. Beaucoup de clients lui apportent des modèles industriels faits dans d’autres pays. OPPORTUNITÉ – Amidou a plus d’un tour dans son sac « de créations et d’innovations », il a aussi mis au point une formule qui permet de trouver la bonne mesure d’un bijou à partir de la mesure du tour de bras, du doigt ou du cou du client. Il affirme vouloir déposer bientôt cette formule au Centre malien de promotion de la propriété industrielle (CEMAPI) afin de la protéger. Après avoir parcouru le monde entier pour vendre ses créations, Amidou travaille depuis 2011 avec de grandes marques internationales Hermès (France) ou Soon (Luxembourg). Dans un passé récent, le ministère de l’Artisanat et du Tourisme a offert aux artisans maliens l’opportunité de parcourir presque toutes les places fortes du monde qui donnent de la valeur à l’artisanat. « Par exemple, les Expositions-Ventes à la Bourse du commerce dans le 1er Arrondissement de Paris (France) ont été des moments très importants pour l’artisanat de notre pays », se souvient Amidou Danioko. « C’est à travers ces expositions que de nombreux galeristes, salons, marques et autres magasins de vente ont pris contact avec nous, artisans du Mali. Nous y avons ainsi noué des contacts avec des Chinois, des Japonais et des Américains, des Brésiliens et des Australiens. Ces relations se poursuivent de nos jours », explique Danioko. Milan Polomack est une artiste designer de la Martinique. Elle expose régulièrement dans les grandes villes comme Paris, Londres, New York, Berlin ou Bruxelles. Elle travaille avec Amidou Danioko depuis 2010. Actuellement, en séjour à Bamako, nous l’avons rencontrée au siège de « Taasiri » à la Maison des artisans. Elle explique qu’elle apporte surtout des dessins qu’elle a du mal à réaliser. Elle fait également des commandes que Amidou exécute en pièce unique. Si elle apprécie naturellement le travail de Amidou, elle estime que son client doit chercher à documenter davantage ses productions. La quarantaine, Amidou Danioko est vite reconnaissable par son crâne à moitié lisse du fait de la calvitie. La barbichette prolonge son menton. Ce bijoutier est reconnu pour l’originalité et la richesse de ses œuvres. Cela lui a permis de remporter des prix et des récompenses aussi bien au Mali, en Europe et en Amérique. En novembre, son œuvre intitulée « N’dola » a obtenu le prix Label d’excellence de l’UNESCO. C’est un ensemble de pendentif, de boucle d’oreille et de bracelet. Chacun de ces éléments est un assemblage du bois d’ébène et de l’argent. Le Label d’excellence de l’UNESCO sert de mécanisme de contrôle de qualité, et constitue un instrument pour la commercialisation des produits. Il garantit la qualité irréprochable des produits traditionnels faits main. Ce label est délivré à des produits innovateurs de la région Afrique au Sud du Sahara. Il est organisé, pour la première fois, dans cette partie de l’Afrique. Le Label d’excellence n’est donc pas attribué «aux meilleurs» produits comme le serait un prix à la suite d’un concours. C’est une marque d’approbation qui garantit que le produit artisanal ou la ligne de produits fabriqués respecte les critères de qualité définis et qui ont été élaborés conformément aux exigences de l’authenticité culturelle et de la protection de l’environnement. PROTECTION– Le « N’dola » de Amidou Danioko a été sélectionné en même temps que quatre œuvres dont une de Ag Ali, un autre d’un artisan malien. La foire de Paris, un des plus hauts lieux de la vente des objets d’artisanat, recevra désormais les œuvres de ces deux créateurs. Les lauréats rentreront, également, dans le Musée de l’UNESCO à Paris. En fin 2006, le bureau
Situation politique au Mali : Entre pressions et appels à l’inclusivité
Par Issa DEMBELE Bamako, 28 mai (AMAP) Le président de la Transition, Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane sont libres depuis mercredi soir, après avoir passé trois jours aux mains des militaires à Kati. Leur libération immédiate et inconditionnelle était réclamée aussi bien par la communauté internationale que par des acteurs nationaux à travers différents communiqués qui, du reste, apprécient diversement ce coup porté au processus de transition. Alors que certains partis politiques se réservent encore leurs jugements, d’autres ont clairement pris position. La condamnation internationale, elle, reste forte et jusqu’ici unanime. Des sanctions ciblées sont brandies pour dissuader les militaires à ne pas confisquer le pouvoir qui devrait rester aux mains des civils. À cet égard, la Communauté économique de Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine (UA) et le Conseil de sécurité des Nations unies sont formels : les éléments des forces de défense et de sécurité doivent regagner leurs casernes sans délai. Pour l’ONU, imposer un changement de direction par la force, y compris par des démissions forcées, est inacceptable. Elle a appelé à la reprise immédiate de la transition civile et rappelé que le retour à l’ordre constitutionnel doit se faire dans le délai de 18 mois établi, conformément à la charte de Transition. La communauté internationale, massivement mobilisée au chevet de notre pays depuis des années, craint l’impact négatif des évènements survenus sur les efforts de lutte contre le terrorisme et la mise en œuvre l’Accord pour la paix et la réconciliation. Une inquiétude d’autant plus fondée que les États-Unis ont annoncé la suspension de leur assistance au profit des forces de défense et de sécurité, après l’arrestation et la démission du président et du Premier ministre de la Transition. Washington envisage également des mesures ciblées contre les dirigeants politiques et militaires qui «entravent la transition malienne». Pour ce pays partenaire, un «gouvernement dirigé par des civils présente la meilleure opportunité de parvenir à la sécurité et à la prospérité au Mali et dans l’ensemble de la région du Sahel ». À cette pression internationale, s’est associé un mouvement intérieur de refus du coup de force. Le Parti pour le renaissance africaine (PARENA) invite la «junte militaire à se ressaisir», estimant que ces soubresauts sont de nature à retarder l’atteinte des objectifs initialement assignés à la Transition qui, poussive à ses débuts, était entrée dans une phase plus inclusive. D’autres avaient adopté la même posture. Cependant, il convient de préciser que les militaires n’ont pas que des détracteurs sur la scène politique. Cependant, toutes les forces politiques partagent l’idée d’une Transition inclusive. Pour y arriver, le Parena appelle les forces démocratiques du Mali à se retrouver pour forger un consensus national sur les prochaines étapes de la Transition. La direction de l’Alliance pour la solidarité au Mali-Convergence des forces patriotiques (ASMA-CFP) prône également la poursuite de la Transition sur des bases plus inclusives et plus consensuelles. Même discours du côté du Rassemblement pour le Mali (RPM) qui exhorte à des concertations larges et inclusives pour assurer la poursuite normale de la Transition. S’il n’est pas contre le dialogue inclusif, le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) estime que cela devrait se faire sur la base des 17 mesures contenues dans son mémorandum soumis à l’ancien président de la Transition. Dans son communiqué, le mouvement prévient qu’il reste vigilant face à l’évolution de la situation et soutient la dynamique de « rectification en cours, pour jeter les bases de la Refondation du Mali ». ID/MD (AMAP)
Situation politique au Mali : Inquiétudes et condamnations
Par Issa DEMBELE Bamako, 26 mai (AMAP) Retour à la case départ ! De fait, le colonel Assimi Goïta, vice-président de la Transition et ex chef du Conseil national pour le salut du peuple (CNSP), a repris, ce matin, les commandes de l’appareil d’Etat après avoir mis le »président de la Transition et le Premier ministre hors de leurs prérogatives ». Il leur reproche d’avoir concocté la liste des membres du nouveau gouvernement, sans tenir compte des prérogatives du vice-président. Au-delà, les arguments du colonel Assimi Goïta ont révélé une tension latente au sommet de l’Etat. La publication de la liste du gouvernement a donné lieu à des remous à Kati. Très vite, les rumeurs faisant état de bruits de bottes entre cette ville garnison et la capitale se sont avérées. Le président de la Transition et le Premier ministre ont été conduits au camp Soundjata Keïta, où l’ancien président Ibrahim Boubacar Kéita avait rendu sa démission, en août 2020. Le climat qui prévalait alors s’empara de nouveau de tout le pays. Les médias en ligne se sont emballés, reprenant en boucle les brides d’informations qui s’échappaient du camp Soundjata. Sur les réseaux sociaux, chacun y allait de ses commentaires. Avec à la clé des fake news délibérément distillés pour soutenir ou accabler les militaires. Les Maliens passeront ainsi un après-midi tout aussi long que celui du mardi 18 août, les regards figés sur les petits écrans de leurs smartphones et postes téléviseurs. Au même moment, la communauté internationale s’est mise en branle, appelant à la libération immédiate des autorités arrêtées. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine (UA), l’Organisation des Nations unies à travers la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Union européenne (UE)… Tous dénoncent une » tentative de coup de force ». Dans la foulée, la CEDEAO annonce qu’elle dépêchera une mission de médiation au Mali. L’UE, pour sa part, a dit envisager des mesures ciblées contre les dirigeants politiques et militaires qui font obstacle à la transition. Comme pour montrer sa fermeté, le comité local de suivi de la transition, aussi, composé de tous les représentants de la communauté internationale menace: ‘’Les auteurs de l’arrestation du Premier ministre et du président de la Transition seront personnellement rendu responsables de leur sécurité ». Dans le sillage de la Communauté internationale, des personnalités politiques et organisations nationales ont donné de la voix. L’ancien Premier ministre Moussa Mara ou encore l’ancien ministre Housseini Amion Guindo ont, sur les réseaux sociaux, pris position pour le président Bah N’Daw. Les organisations de défense des droits de l’homme, dont la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), ont dénoncé le caractère « illégal et arbitraire » des arrestations opérées. Tard dans la soirée, une délégation du Mouvement du juin 5-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) a été conviée au Prytanée militaire de Kati par les militaires pour échanger. Peu d’informations ont filtré de la rencontre. Mais elle a, semble-t-il, scellé une sorte de retrouvailles entre les alliés d’hier, après avoir été distanciés par les évènements. Alors que certains responsables de ce mouvement continuent de jubiler, Mme Sy Kadiatou Sow, une figure de proue, s’est démarquée en condamnant le « coup de force » des militaires. TENSION – C’est ce matin que le vice-président a rompu le silence, à travers un communiqué dont la teneur a été livrée sur la chaîne nationale par un de ses proches collaborateurs. Un communiqué qui révèle une tension latente au sommet de l’Etat. En effet, le Colonel Assimi Goïta a expliqué que Premier ministre Moctar Ouane s’est montré » incapable de constituer un interlocuteur fiable, susceptible de mobiliser la confiance des partenaires sociaux » face à la crise caractérisée notamment par des grèves. Ce qui n’aurait pas empêché le président de la Transition de lui renouveler sa confiance pour former un nouveau gouvernement. Pis, Bah N’Daw et Moctar Ouane sont accuses d’avoir établi la liste du gouvernement ‘’sans concertation avec le vice-président en charge des prérogatives à lui conférées par la Charte à savoir, la Défense et la Sécurité’’. Toute chose qui, selon Assimi Goïta, ‘’témoigne d’une volonté manifeste du président de la transition et du Premier ministre d’aller vers une violation de la charte de transition’’. Ainsi, a-t-il jugé utile d’agir pour préserver la charte. Il a assuré que la transition poursuivra son cours normal et que les élections se tiendront courant 2022. L’émissaire de la CEDEAO réussira-t-il à décanter la situation ? Il avait fallu moult tractations pour que les militaires acceptent de libérer l’ancien chef de l’Etat Ibrahim Boubacar Keïta et, sous la pression de la CEDEAO, confier la direction de la Transition à Bah N’Daw qui a désigné Moctar Ouane comme Premier ministre. ID (AMAP)
Grève de l’UNTM : Désastre pour l’informel !
Par Oumar DIAKITE Bamako, 26 mai (AMAP) Des petits cireurs aux blanchisseurs dans les quartiers, en passant par les boutiquiers, tout comme les vulcanisateurs aux abords des voies publiques…ceux qui exercent ces petits métiers ont vécu un véritable calvaire durant la grève de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), du 17 au 21 mai dernier. « Je n’ai pas envie d’en parler…Depuis le déclenchement de leur affaire-là (Ndlr, la grève), je n’ai jamais gagné 500 Fcfa par jour alors que je gagnais, quotidiennement, près de 5.000 Fcfa », se plaint Issa Touré, cireur de son état, très triste, derrière ses outils sur un comptoir. Il tient son affaire non loin d’une direction administrative dont les travailleurs sont affiliés à la centrale syndicale de l’UNTM, à Hamdallaye ACI 2000. Le pauvre ! La gorge nouée, il a de la peine à nous parler. « J’utilise mes petites économies depuis trois jours pour apporter la ration alimentaire journalière à ma famille », confie-t-il. La détresse d’Issa Touré est égale au désarroi d’un nombre important de travailleurs exerçant de petits métiers. Ils affirment, tous, du moins ceux que nous avons approchés, avoir souffert le martyre du fait de la grève de l’UNTM. Chez les blanchisseurs, on déplore avoir reçu moins d’habits à repasser. « En temps normal, je me lève à 05h du matin pour me coucher au-delà de 23 heures, passant tout ce temps à repasser les habits. Malgré cet effort, certains clients étaient contraints d’attendre un jour de plus sur le rendez-vous fixé », souligne Abba Cissé, au quartier ACI Bocoum, ex Lazaret. Pendant la semaine de grève et, contrairement aux jours fastes, M. Cissé a noté beaucoup moins que la ruée habituelle. « Honnêtement, cette grève fait peur. J’exerce cette profession depuis plusieurs années mais je n’ai jamais enregistré autant moins d’habits à blanchir que cette semaine », témoigne Abba. Faut-il encore dire que cette rareté d’activité chez lui est due à l’arrêt de travail des fonctionnaires qui sont sa clientèle fidèle ? Chez des boutiquiers des quartiers, la recette journalière est en baisse. Beaucoup de clients ne paient pas comptant. Même si la plupart des acheteurs ne sont pas des fonctionnaires de l’Etat, nombreux sont ceux qui cherchent leur quotidien grâce a l’activité dans les services de l’administration. « N’est-ce pas que vous n’êtes pas impactés par cette grève de l’UNTM ? Vous enregistrez moins de perte ? » Nous nous adressons à un boutiquier à Bolibana, sur le ton de la taquinerie. « Et Comment ? Nous sommes très touchés comme n’importe qui. Suite à la grève, tout le monde vient prendre les produits à crédit. A ce rythme, comment allons-nous nous réapprovisionner pour continuer notre activité», rétorque notre interlocuteur très inquiet. De son côté, Ousmane Traoré, gérant d’un service de vulcanisation, affirme très peu ressentir la grève. Toutefois, il signale que le ralentissement dans la circulation routière bamakoise peut réduire les cas de crevaisons. Toute chose qui provoque moins d’entrée d’argent dans sa caisse. Même certains commerçants au grand marché se plaignent. Aboubacar Waigalo, sans donner plus de détail sur ses gains durant la période de la grève, souhaite une entente entre le gouvernement et l’UNTM. « Il faut que cette grève prenne fin… Beaucoup de secteurs sentent la morosité », souligne-t-il. L’application du mot d’ordre de grève de cinq jours, la semaine dernière, a ralenti les activités dans la ville de Bamako. Il y a jusqu’aux jumeaux et autres mendiants aux abords des boulevards et feux tricolores de la capitale qui ont reçu moins de jetons dans leur sébile. OD/MD (AMAP)
Poterie : Une affaire de femmes, à Touna, dans le Centre du Mali
Par Moussa OUERE Bla, 24 mai (AMAP) Touna, une localité, située à 21 km du chef-lieu du Cercle de Bla (Centre), sur la Route nationale (RN6) sur l’axe Bla-Ségou, au Mali. Dans le quartier périphérique des forgerons, à Noumouna, les habitants pratiquent le métier de forgeron. Mais l’activité principale des femmes des forgerons est la poterie. Elles la pratiquent pour subvenir à leurs besoins. Au Mali, particulièrement à Bla, la poterie est exercée par une seule couche sociale : les femmes de forgeron. Le canari est un ustensile très utilisé à beaucoup de fins au Mali. Il est, parmi tant d’autres, fabriqué en terre cuite et est de diverses formes, couleurs. Le canari, en général, est divers et varié selon sa provenance. A Touna (une des dix-sept communes de Bla), nous nous sommes rendu chez la vieille Ballo Mariam Fané, une battante, très engagée pour la cause des potières. Agée de soixante-quinze ans, mariée et mère de sept enfants, elle nous apprend l’histoire de son métier de potière. « C’est après mon mariage que j’ai appris cette activité auprès de ma belle-mère. Je la suivais dans tous ses mouvements. Un jour, elle m’a demandé si je voulais apprendre la poterie. Très contente, je lui ai rapidement répondu oui », se souvient Mariam Fané. Selon elle, comme les femmes de forgerons ne peuvent pas travailler le fer, certaines d’entres elles s’occupent avec la poterie et d’autres petites activités. « C’est en 1980 que j’ai fabriqué mon tout premier canari avec de jolis motifs », ajoute notre interlocutrice. « Ma belle-mère fabriquait déjà beaucoup de sorte de canaris (abreuvoirs de volaille, jarres). Après quelques expériences, j’ai essayé d’ajouter d’autres comme le couscoussier et l’encensoir car je les avais déjà vus au marché de Ségou lors d’une visite là bas », poursuit Mariam Fané. C’est à Niando, un village à 2 km de Touna, sur une élévation, que les potières extraient l’argile, la matière première de la poterie. Un travail si difficile que « nos propres filles n’aiment pas le pratiquer ». Selon Mme Ballo Mariam Fané, une paresseuse ne peut pas faire la poterie car c’est un travail très difficile et ça demande l’effort de tout le corps surtout lors du malaxage. « La fabrication d’une pièce de poterie commence par le mélange des terres (argile, marne, silice) mais, chez nous, à Touna, on ne trouve que de l’argile noire. L’argile est malaxée avec la poudre d’un vieux canari concassé et on le fait manuellement. La pâte obtenue est conservée au repos dans un grand récipient pendant cinq à sept jours, Pour que le mélange pourrisse », explique Mariam Fané. Après, c’est le modelage qui consiste en la mise en forme à partir d’une boule de terre par la pression des doigts jusqu’à l’obtention de l’objet désiré. « Nous vendons les produits chez nous, mais certaines commerçantes aussi viennent acheter avec nous pour revendre à Ségou, à Bla et même dans d’autres Régions du Mali ». Le gain ? Il sert à assurer les charges de la famille. « Souvent à l’achat du trousseau de mariage de nos filles. En période de soudure également, on vient en aide à nos maris », dit-elle. Le canari est utilisé par beaucoup de personnes, certains l’achètent pour la préparation des médicaments traditionnels, d’autres pour utiliser comme jarre, certains pour préparer du repas, etc. Alima Ballo est âgée de 60 ans, Elle a appris la poterie auprès de sa mère, depuis l’âge de 9 ans. « Mon mari ne s’est pas opposé à mon activité », dit celle qui exerce ce métier depuis trente ans. « Beaucoup de gens passent leurs commandes de fourneaux, jouets d’enfants, jarres, etc. Le prix du canari varie selon la forme, la qualité et la période », explique-t-elle. « Maintenant que je n’ai plus assez de force pour pleinement faire le travail, j’emplois des femmes pour m’aider contre rémunération. Par jour, je peux fabriquer dix jarres. Si elles sont de petite taille, je peux en faire vingt », nous dit notre interlocutrice. Alors que la jarre est vendue souvent à 1.500 Fcfa, les petits canaris sont écoulés à 250F, les fourneaux à 1.250F. « Souvent, je gagne mais des fois, je perds. Je peux fabriquer quinze jarres et, au moment de la cuisson ou même après cette étape, tout se brise. Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas », dit philosophiquement Alima Ballo. Chaque grande famille de forgerons a son site de cuisson et les fours à bois sont derrière la ville car la chaleur qu’ils dégagent est très forte. « Tous les revenus de ce métier sont utilisés dans nos foyers, notamment pour l’éducation des enfants (coopérative, achat de fournitures scolaires), l’habillement et, même souvent, on aide nos maris avec de l’argent en espèce.» Les ustensiles en terre cuite ont d’autres utilités comme nous dit Salika Traoré, 75 ans, « Nous les utilisons pour conserver les repas, les semences et même pour filtrer l’eau. Il y a certaines utilités qu’on ne doit pas vous dire. Nos vieilles personnes nous disaient que le repas qui est préparé dans un canari a plus de force que celui préparé dans une marmite.», nous révèle Salika La poterie fait partie de ces activités culturelles en voie de disparition dans beaucoup de localités maliennes. Parce que les filles d’aujourd’hui ne s’intéressent pas à cette activité et l’accès à l’argile n’est pas facile. La matière première devient très rare. MO/MD (AMAP)

