Région de Ségou : L’accalmie s’installe peu à peu
Reportage : Envoyé spécial Cheick Amadou DIA Ségou, 23 fév (AMAP) Cultures brûlées, matériels agricoles détruits, bétails emportés : Ces actes de banditisme rythmaient le quotidien des habitants de dizaines de villages, dans le Cercle de Niono (Centre), en zone Office du Niger. En seulement deux mois d’opération des Forces armées et de sécurité, plus de 60% de la zone ont été récupérés par nos soldats. Les femmes sont, de plus en plus, visibles dans les champs et sur les espaces maraîchers. Le commandement compte en finir définitivement avec l’ennemi en débandade, dans les jours à venir Située à environ 70 kilomètres de la capitale régionale, la circonscription administrative de Niono abrite la majeure partie des surfaces rizicoles du Mali. Au-delà des cultures céréalières, on y produit des légumes comme la pomme de terre et l’oignon. En 2021, la campagne agricole a été affectée par l’arrivée des terroristes qui s’en prenaient aux habitants de dizaines de villages et leurs champs. De Farabougou à Songo, en passant par Dogofri, Fabacoro et Diabaly, ces villages étaient devenus les symboles de l’occupation et de la présence des terroristes. Des villages entiers ont été vidés de leurs populations. Ceux qui ont accepté de se rallier à leur cause ont été épargnés des affres de l’obscurantisme. Le témoignage de Bourama Coulibaly, chef du village de Songo, dans la Commune rurale de Mariko, fait froid dans le dos. Chassés par les assaillants depuis plus de quatre mois, les habitants ont trouvé refuge dans le village de Kimbiri-wèrè, dans la même commune. Leurs champs qui demeurent leur seule source de revenus et de subsistance, ont été confisqués et le bétail emporté. À en croire le chef coutumier, ses congénères vivent dans le dénuement total, en proie à la famine. Idem pour les habitants du tristement célèbre village de Farabougou. Si l’armée y est présente depuis quelques mois, « les habitants restent confinés sur place. Les activités économiques sont toujours à l’arrêt », confie Abdoul Karim Coulibaly, conseiller du chef de village. Ne pouvant pas se rendre à la foire de Dogofri, village voisin à quelques encablures, les plus de 3.000 âmes vivent grâce à l’assistance. Il y a quelques jours, les Forcesramees maliennes (FAMa) y ont convoyé 65 tonnes de vivres. Ce qui a permis de soulager une population durement affectée par la faim et la peur. « Plus de 5.000 hectares de culture ont été détruits par les agresseurs », signale le conseiller coutumier. L’accès au village est toujours difficile à cause des pistes minées. Cinq ponts ont été dynamités. « Des travaux sont en cours pour le déminage des voies d’accès et la réparation des infrastructures par l’Armée malienne et ses partenaires », a dit le commandant de la 2è Région militaire, le colonel Didier Dembélé. Le déclenchement de l’opération Mali-Ko, arrivé en janvier dernier dans ces localités, « a permis aujourd’hui d’installer de façon progressive, une accalmie », confirme le maire de la Commune urbaine de Niono, Abdrahmane Touré. Son collègue de la Commune rurale de Mariko juge que cette accalmie est quelque peu relative. Dans sa circonscription, qui compte 25 villages et une trentaine de hameaux, « deux villages sont toujours assiégés. 15 autres sont entre les mains des ‘’gens de la brousse’’ » (désignant les terroristes) », indique Brahima Diaby. RETOUR À LA STABILITÉ – « Cette situation est exacerbée par les agissements peu orthodoxes des groupes d’autodéfense constitués de chasseurs «donzos» », s’indigne le responsable communal. Ces individus qui sont censés protéger leurs villages contre les agresseurs, sont en effet devenus eux-mêmes leurs bourreaux. Armes en main, ils harcèlent des habitants déjà dépourvus de tout, en les obligeant à leur verser des sommes d’argent contre la garantie de leur sécurité. Ils enlèvent leurs animaux pour les vendre sur le marché local et s’accaparent de leurs biens. Tientienbougou, un village de la commune, est pris en otage par les « donzos » depuis plusieurs mois. Ses habitants sont soumis à toutes sortes de violences. Ils ne peuvent ni se rendre dans leurs champs, ni participer aux foires pour subvenir à leurs besoins. Ce qui complique davantage la situation sécuritaire dans la zone. Ce banditisme d’un genre nouveau est devenu récurrent dans la zone. D’où l’inquiétude des autorités communales qui demandent leur désarmement et leur démobilisation par les FAMa. « Ce travail sera fait », assurent les responsables militaires sur place. « Il faut juste en finir avec la première menace qui est celle des terroristes », affirment-ils. Rappelons que la crise sécuritaire dans la région a sérieusement affecté la campagne agricole 2021-2022 dans la zone de l’Office du Niger. « Sur les 120.000 hectares à mettre en valeur, près de 12.000 hectares, soit 10% de la superficie cultivable n’ont pu être exploitées à cause de l’insécurité », indique Salif Ouédraogo, directeur de zone à l’Office du Niger. C’est pourquoi, pour soulager la souffrance des populations déjà affectées, « la direction générale de l’Office du Niger a renoncé à la redevance eau, taxe destinée à l’entretien des canaux, pour un montant de 780 millions de Fcfa, au titre de la campagne 2021-2022 », rappelle le directeur de l’appui au monde rural à l’ON, Bamoye Keïta. « D’autres mesures d’accompagnement des sinistrés seront proposées aux autorités, promet M. Keïta. Pour combler ce déficit, la structure mise sur la culture de contre-saison qui bat son plein sur les parcelles dédiées à cet effet. En bras de chemise, pantalon retroussé jusqu’au genou, debout au milieu de son champ de riz, Bassaro Traoré nous reçoit. Cet habitant de la ville de Niono n’avait pas pu travailler en début de campagne à cause de l’insécurité. Avec l’arrivée des FAMa, il est aujourd’hui rassuré et peut s’occuper de son champ en toute sécurité. À l’image de ce paysan, ils sont plusieurs à pratiquer la culture de contre-saison. Les femmes sont de plus en plus visibles dans les champs et sur les périmètres maraîchers. Ce qui est un signe annonciateur du retour à la stabilité et à la reprise des activités économiques dans le cercle, espère l’élu communal de Niono. En seulement deux mois d’opération, plus de 60% de la zone ont été
Situation alimentaire et nutritionnelle au Mali : 1,8 million de personnes ont besoin d’assistance
Par Anne-Marie KEITA Bamako, 22 fév (AMAP) Quelque 1,8 million de personnes ont besoin d’assistance alimentaire au Mali, selon l’évaluation provisoire du Système d’alerte précoce (SAP), a-t-on appris. lundi, lors des travaux du 18è Conseil national de sécurité alimentaire (CNSA). Cette situation est consécutive au fait que la campagne agricole 2021-2022 a été jugée de moyenne à très médiocre pour l’ensemble des cultures. «Le tableau peu reluisant de notre campagne 2022 laisse paraître d’énormes besoins à mobiliser», a déclaré le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga qui a présidé la session. Selon l’évaluation provisoire du SAP, à travers le Cadre harmonisé, 1,8 million de personnes ont besoin d’être assistées sur le plan alimentaire et nutritionnel dans notre pays. À ce chiffre, s’ajoutent 4,4 millions d’autres personnes qui sont dans l’insécurité alimentaire modérée et ont besoin d’être soutenues par la restauration de leur capital productif, à travers des activités génératrices de revenus. Les participants, venus de Bamako et de l’intérieur du pays, ont passé en revue l’état de mise en œuvre des recommandations formulées lors de la session précédente, avant de faire le bilan du Plan national de réponses de 2021. Tout en examinant le projet de Plan national de réponses 2022 en vue de son adoption, ils ont examiné la situation alimentaire et nutritionnelle élaborée par le SAP et ses partenaires à travers le Cadre harmonisé. Dr Choguel Kokalla Maïga a souligné que ce CNSA 2022 « se tient dans un contexte alimentaire et nutritionnel très particulier avec la superposition de plusieurs facteurs contributifs à l’insécurité alimentaire pour bon nombre de nos concitoyens se trouvant dans des zones de précarité ». « Aussi, a ajouté le chef du gouvernement, les marchés internationaux subissent de plein fouet une inflation dans la durée avec une répercussion ascendante sur les prix des denrées de grande consommation ». Selon lui, tout ceci est amplifié par le mauvais climat engendré par la pandémie de Covid-19. 33.000 TONNES DISTRIBUÉES – Le chef du gouvernement a indiqué que la campagne agricole 2021-2022 a été jugée de moyenne à très médiocre pour l’ensemble des cultures. «Du côté de l’élevage, les pâturages et les conditions d’abreuvement du bétail sont annoncés également difficiles avec une soudure pastorale déjà installée sur l’ensemble des zones d’élevage du pays», a-t-il fait noter, ajoutant que l’insécurité dans les zones de conflit a perturbé les mouvements des troupeaux et limité leur accès à certains parcours. Face à cette situation préoccupante, Dr Choguel Kokalla Maïga a annoncé que le Plan national de réponses 2022 tentera d’apporter des solutions d’atténuation pour près de 6 millions de personnes, tout en mettant en cohérence les actions conjointes de l’État et de ses partenaires d’appui. « D’ailleurs, a-t-il ajouté, l’un des mandats du CNSA est d’apporter le planning de réponses au titre de 2022 portant sur l’assistance alimentaire, le cash transfert, l’appui au bétail, la lutte contre la malnutrition sous toutes ses formes et la reconstitution des stocks de sécurité ». Le Premier ministre a remercié et félicité le Commissariat à la sécurité alimentaire (CSA) pour tous les efforts consentis dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. En effet, le CSA n’a pas ménagé ses efforts pour apporter une assistance alimentaire à plus d’un million de personnes au profit desquelles 33.000 tonnes de céréales ont été distribuées. 7.600 tonnes d’alimentation ont bénéficié aux urgences non planifiées, notamment aux personnes déplacées internes. Un milliard de Fcfa a été mobilisé au bénéfice des pasteurs et agro-pasteurs. Plus de 8 milliards de Fcfa ont été investis par le dispositif pour répondre à la crise. Représentant les partenaires techniques et financiers, l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) au Mali, Bart Ouvry, a rappelé que le taux national de malnutrition aiguë globale est au seuil d’alerte de 10% de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les Cercles de Koro (Centre), Diéma et Nioro (Ouest) sont en deçà du seuil d’urgence de 15% qui est de 18 % à Ménaka (Nord). Le taux de malnutrition chronique national, estimé à 22%, atteint 25 et 29 % à Sikasso (Sud), Mopti (Centre), Gao (Nord). Il atteint la situation d’urgence à Ménaka en s’établissant à 34%. Le représentant des PTF a estimé que les défis du moment sont encore plus élevés que ceux de l’an passé. Et Bart Ouvry de citer « la nécessité de renforcer la coordination entre les différents acteurs pour une couverture géographique continue et justement repartie ; de progresser dans la mise en œuvre du nexus pour pallier les faiblesses actuelles dans le temps et dans l’espace ; de plaider pour que les différents acteurs nationaux et internationaux financent des réponses structurantes pour renforcer la résilience et le relèvement précoce… » AMK (AMAP)
Lutte contre le terrorisme : les Forces paramilitaires mobilisées
Envoyés spéciaux M.K. O.D Mopti, 22 fév (AMAP) Dans les Régions de Mopti, Bandiagara et Douentza, la vie reprend petit à petit son cours normal grâce à la montée en puissance des Forces de défense et de sécurité. La libération des villes comme Bandiagara, à la suite de combats ou de frappes aériennes a permis le redéploiement des forces paramilitaires, notamment la police, le service de la protection civile ou le service des eaux et forêts. Tous viennent en appui aux Forces armées maliennes (FAMa) dans leur croisade contre les groupes terroristes dans le secteur 4 de l’opération Maliko couvrant les Régions de Mopti, Bandiagara et Douentza (Centre). Le commandant Ousmane Samassékou est le directeur régional des eaux et forêts de Mopti. Il rappelle que la direction nationale des eaux et forêts a signé en 2004 une convention avec l’état-major général des armées pour la protection des éléphants dans le Gourma. Ce travail était rendu difficile à cause de la présence massive des groupes terroristes dans le secteur, notamment la Katiba du Gourma. «Avec la montée en puissance de l’armée, nous allons reprendre les patrouilles dans le Gourma pour protéger les éléphants et les ressources végétales», annonce le directeur régional des eaux et forêts, signalant que certains de ses agents ont déjà regagné leurs postes. «Avant, nous ne pouvions pas travailler dans nos zones d’intervention, car nous étions aussi une cible pour les djihadistes. Mais avec la montée en puissance de l’armée, les gens ont commencé à regagner leurs postes. Cela est nécessaire pour permettre l’octroi de permis aux populations afin qu’elles aient accès aux ressources naturelles. Les actions en cours par l’armée rassurent tout le monde», se réjouit le commandant Samasékou. Les agissements des terroristes ont aussi considérablement joué sur les rendements de la direction régionale des douanes de Mopti. Le trafic sur la Route nationale (RN15) appelée route du Poisson qui relie Mopti à Ouagadougou (capitale du Burkina Faso) en passant par Bandiagara, Bankass et Koro avait été fortement perturbé à cause de multiples attaques terroristes. Toute chose qui a aussi affecté les recettes de la douane sur ce corridor international. Grâce aux différentes patrouilles des Forces armées et de sécurité, notamment les unités spéciales de la gendarmerie, le trafic est devenu presque normal sur la RN15 pour le grand bonheur aussi bien des populations que de l’administration douanière de Mopti. «Aujourd’hui, la situation est meilleure sur la RN15 par rapport à un passé récent. Le bureau d’entrée de la région, c’est le bureau de Koro qui n’arrivait pas à fonctionner de façon normale, à cause de l’insécurité. Mais aujourd’hui, il y a des entrées et sorties des camions sur cet axe, ça veut dire que la circulation est redevenue fluide sur cette route», fait savoir le directeur adjoint de la douane de Mopti. L’inspecteur Cheick Oumar Tangara rappelle qu’en tant que force paramilitaire, la douane vient en appui aux Forces de défense et de sécurité. « C’est une mission traditionnelle de l’administration des douanes, en plus de ses missions fiscales. Dans la Région de Mopti, nous constations que la situation s’améliore grâce aux actions des Forces de défense et de sécurité», explique-t-il. Le responsable douanier fait remarquer qu’avant, la situation était extrêmement difficile pour son service. «Avant, il y avait des postes qu’on ne pouvait pas tenir. Aujourd’hui, avec l’amélioration de la situation sécuritaire dans la région, les agglomérations (Bankass, Douentza et Youwarou) sont occupées de nouveau par nos éléments», dit-il. Le directeur adjoint de la direction régionale de la douane de Mopti espère qu’avec l’évolution de l’opération Maliko, des postes avancés de la douane, notamment celui de Hombori où des agents douaniers ont été tués lors d’une attaque terroriste, seront occupés, de nouveau, par les brigades mobiles d’intervention. Avec la montée en puissance des FAMa, la douane de Mopti a l’espoir d’atteindre les objectifs qui lui sont assignés. Déjà le mois dernier, elle a réalisé plus de 70% de ses objectifs. Une prouesse qui pourrait être rééditée, voire dépassée à la fin de ce mois. En ce qui concerne le service de la protection civile de Mopti, elle appuie aussi les FAMa dans leurs opérations sur les théâtres d’opération. Lors des attaques terroristes, elle se déploie sur le terrain pour transporter les blessés vers les centres hospitaliers. Comme en témoigne le directeur régional de la protection civile de Mopti, le lieutenant-colonel sapeur pompier, Namaké Dembélé. «Nous participons pleinement à l’opération Maliko dans le cadre des missions qui sont confiées à la protection civile, notamment la lutte contre les incendies, les cas d’attaques terroristes, l’évacuation des blessés de guerre’, dit-il. « Si les villages sont attaqués par les terroristes, on évacue les blessés ou quand les assaillants brûlent les maisons, éteint les feux. Je vous cite le cas de Songho où l’attaque terroriste a fait une trentaine de morts et 18 blessés. Nous intervenons également sur le fleuve dans le cadre des patrouilles nautiques avec les Forces de défense et de sécurité», explique le directeur régional de la protection civile de Mopti. Le lieutenant-colonel Dembélé salue les autorités pour avoir mis à la disposition de son service de nouveaux équipements lui permettant d’accomplir pleinement ses missions sur le théâtre d’opérations. A l’image des autres forces paramilitaires, la police est aussi très engagée dans la lutte contre le terrorisme. Elle mène des patrouilles régulièrement dans les villes où est elle est présente. C’est le cas notamment à Mopti et Bandiagara où notre équipe s’est rendue. MK/OD (AMAP)
De présumés terroristes aux mains de la Prévoté
Envoyés spéciaux Madiba KEÏTA Oumar DIOP Mopti, 22 fév (AMAP) De présumés terroristes appréhendés lors des opérations militaires sont mis à la disposition de l’unité prévôtale de la gendarmerie qui mène des investigations pour décider de leur sort. Actuellement, plusieurs d’entre eux sont en garde à vue à Mopti dans le cadre des enquêtes préliminaires. Selon un officier de la gendarmerie, la plupart de ces présumés terroristes ont été capturés sur le front ou sur renseignement. Parmi lesquels, il y a des adultes mais aussi de très jeunes. «Ils sont ici dans de bonnes conditions. Ils bénéficient de tous les droits d’un prisonnier. On leur donne à manger régulièrement et on soigne aussi ceux qui sont malades», assure notre interlocuteur. Après la phase d’enquêtes préliminaires, les présumés djihadistes sont remis à la justice, en attendant leur procès. Il arrive que certains d’entre eux soient relaxés après les enquêtes de la gendarmerie. MK/OD (AMAP)
Lutte contre le terrorisme à Mopti (Centre) : Les gendarmes en première ligne
Envoyés spéciaux Madiba KEÏTA Oumar DIOP Mopti, 22 fév (AMAP) La Route nationale (RN 15), appelée route du Poisson, a beaucoup fait parler d’elle ces dernières années à cause des attaques répétées de groupes armés terroristes. Les habitants des villages riverains ne dormaient que d’un œil, car à tout moment, les terroristes pouvaient faire irruption dans leurs localités pour tuer des innocents, brûler des maisons ou encore emporter le bétail. Ces hommes sans foi, ni loi tendaient aussi des embuscades aux forains et aux Forces de défense et de sécurité en utilisant les Engins explosifs improvisés (EEI). Dans leur dessein de faire mal aux populations, les groupes terroristes ont saboté la plupart des ouvrages se trouvant sur le tronçon Sévaré-Bandiagara sur la RN 15. Aujourd’hui, le trafic a repris normalement sur ce corridor qui relie le Mali et le Burkina Faso, grâce aux patrouilles des unités de la 6è Région de la gendarmerie nationale. Le colonel Mahamadou Siné Doucouré et ses hommes ont la lourde tâche de sécuriser la circulation des personnes et des biens sur la RN 15. Ce mercredi 16 février 2022, nous les avons suivis durant une bonne partie de la journée. Plusieurs véhicules Pick-up remplis de gendarmes armés jusqu’aux dents se mettent en branle vers midi en direction du village de Ficko, sur la RN 15 où les mouvements de Groupes armés terroristes (GAT) avaient été signalés par les villageois. Le chef de village, Bréhima Traoré, et ses conseillers ont fait part de leurs inquiétudes aux patrouilleurs par rapport à cette situation. «Avec les différentes opérations de l’armée, les terroristes se sont regroupés à 3 km de notre village. Pour le moment, ils ne sont pas venus nous attaquer comme ils le faisaient avant, mais nous avons peur», s’inquiète Sékou Traoré, un des conseillers du chef de village. Il a ainsi demandé à l’armée de bombarder la position des terroristes pour les éloigner loin de son village. «Nos femmes et nos enfants ont peur d’aller en brousse pour ramasser le bois ou faire d’autres activités. C’est vrai que les hommes n’ont pas encore commencé les travaux champêtres, mais nous ne voulons pas avoir affaire à ces gens qui n’hésitent pas à tuer nos enfants ou à violer nos femmes», dit le vieux Traoré, tout en reconnaissant que la présence des gendarmes rassure les populations locales. Le colonel Mahamadou Siné Doucouré explique aux villageois que l’armée est désormais dans une posture offensive, dans le but de sécuriser les personnes et les biens. Il promet que les patrouilles seront menées de jour comme de nuit afin de débusquer les terroristes dans leur dernier retranchement. Les gendarmes ont continué la patrouille en remontant vers Yawakanda où un pont a été détruit par les terroristes. Les travaux de rénovation sont sécurisés par les hommes du peloton de surveillance de la 6è Région de la gendarmerie nationale, le lieutenant Harouna Dembélé. «Cette patrouille s’inscrit dans le cadre de la sécurisation du trafic sur la RN15. C’est pour permettre aux populations de circuler en toute quiétude sur cet axe routier que nous menons intensivement des patrouilles», explique l’officier de gendarmerie. Les patrouilles permanentes que mènent le colonel Mahamadou Doucouré et ses hommes sur la RN15 font que les populations riveraines ont repris leurs activités commerciales. «En menant ce genre de patrouilles, nous faisons ce que nous appelons la police de proximité. On s’arrête dans les villages pour parler avec les populations, pour savoir ce qui se passe chez elles, pour connaître leurs problèmes et leur faire comprendre notre mission. La population de Ficko était contente de nous recevoir, tout cela contribue à la montée en puissance des FAMa», indique-t-il. «La gendarmerie est partie intégrante des Forces armées maliennes (FAMa). Dans le cadre de nos missions régaliennes, nous travaillons dans le secteur 4 de l’opération Maliko. à travers notre présence dans certaines emprises, nous travaillons, souvent, en solo ou avec d’autres forces sous le commandement du commandant du secteur 4 de l’opération Maliko », explique le colonel Doucouré. « Ces derniers temps, nous sommes plus offensifs. Les opérations que nous menons sur le terrain sont concluantes», explique l’officier supérieur, tout en se réjouissant des moyens mis à la disposition de la 6è Région de la gendarmerie nationale par les autorités de la Transition. «Nous avons, pratiquement, les mêmes armements que l’Armée de terre. Nous avons aussi des capacités de déminage. Nous sommes, aujourd’hui, à un certain niveau par rapport à la montée en puissance des FAMa», dit le colonel Doucouré. De Yawakanda, la patrouille de la gendarmerie a regagné la base à Sévaré vers le petit soir. L’unité nautique a pris la relève par une patrouille sur le fleuve Niger, à Mopti. Nous avons embarqué à bord des bateaux dont certains sont équipés de mitrailleuses. En effet, les patrouilles sur les eaux dans la Venise malienne ont permis, dans un passé récent, d’intercepter du carburants et des vivres destinés aux GAT. Au cours de notre incursion, la patrouille est tombée sur une grosse pinasse en provenance de Diré. Les gendarmes ont procédé au contrôle qui a duré une demi-heure. Selon le colonel Doucouré, Mopti étant entourée par les eaux, la surveillance du fleuve est très importante pour, non seulement, lutter contre le trafic illégal mais, aussi, pour faire en sorte que les groupes terroristes et leurs complices ne viennent se ravitailler à Mopti par pirogues. La 6è Région de la gendarmerie nationale est aussi dotée de motos pour mener des patrouilles nocturnes dans la ville de Mopti. Il est 21 heures, une vingtaine de motos conduites par des agents armés se mettent en branle dans Sépare avec pour mission de sécuriser les personnes et les biens. Ayant reçu l’information de l’infiltration d’une trentaine de présumés terroristes à Sévaré, les gendarmes avaient pour mission de s’informer auprès des habitants de la présence de ces individus suspects dans leurs alentours. Interrogé, le colonel Doucouré a tenu à préciser qu’avec ces patrouilles nocturnes qui sont menées régulièrement à Mopti et Sévaré, il ne s’agit pas de contrôler
Faits d’armes
Envoyés spéciaux MT & HK Koutiala, 21 fév (AMAP) L’opération d’envergure «Kélétigui» a été lancée en décembre 2021 pour traquer les groupes terroristes jusque dans leurs sanctuaires les plus reculés. Cette mission à laquelle participe le Groupement tactique inter-armé (GTIA 2) basé à Karangana, localité située à 70 km de Koutiala, a réalisé plusieurs succès probants sur le terrain. Les terroristes qui écumaient certaines localités des Régions de Sikasso et Koutiala (Sud) ont pris la fuite face à la puissance de feu des Forces armées maliennes. «Le GTIA est une composante inter-armé. Nous avons des blindés, l’artillerie, la prévôté et d’autres entités comme les renseignements qui participent aux opérations», explique le capitaine Amadou Diallo, commandant sous GTIA 1 de l’opération Kélétigui. Cette coordination dans la mise en actions des opérations se révèle décisive dans les victoires militaires sur le terrain. Les différentes entités de l’opération Kélétigui ont à leur actif des faits d’armes remarquables comme la neutralisation de groupes terroristes dans les collines de Tièrè, le 14 janvier dernier, la récupération de véhicules, d’engins à deux roues et de matériels militaires. Entre le 17 et le 22 janvier 2022, les reconnaissances offensives dans les secteurs de Tièrè, Tanguela, Danderesso, Mizansso, Kougniou et Kabalé ont été menées avec des fouilles de la forêt de Tandio et la destruction à l’artillerie d’une base terroriste dans les collines de Tièrè. Ces opérations ont conduit à la récupération d’un véhicule, d’un camion-citerne de 10 tonnes transportant du carburant, un camion de contrebande, la saisie de sept motos, l’interpellation de 22 suspects terroristes. Sur les collines de Tandio, les opérations avec l’appui de l’artillerie ont permis la destruction de base terroriste et la récupération de deux véhicules et l’interpellation de suspects. La montée en puissance des Forces maliennes dans les localités de Koutiala et Sikasso rassure les populations. Celles-ci reprennent leurs activités économiques longtemps perturbées par la présence des groupes terroristes. MT/HK (AMAP)
Opération Kélétigui : Le film de l’assaut contre une base terroriste
Envoyés spéciaux Mohamed TOURE Habib KOUYATE Koutiala, 21 fév (AMAP) La veille d’un assaut important sur les positions terroristes signalées par les renseignements, le staff de commandement du GTIA 2 trace le plan ce 12 février 2022. Autour d’une table métallique, les responsables militaires donnent les consignes aux chefs d’équipes. Sur des cartes, les coordonnées et les positions ennemies sont déterminées et l’opération peaufinée. Les bases terroristes sont localisées dans les collines et les zones boisées du triangle Karangana, Tandio et Ourikila, dans le Cercle de Yorosso, à plus de 70 km de Koutiala. Les militaires espèrent mettre le grappin sur les groupes terroristes qui, désormais en difficulté, n’affrontent plus directement l’armée mais jouent à l’évitement. JOUR J. – Les étoiles scintillent encore dans le ciel quand les hommes se mettent en ordre. Dans la fraîcheur des alentours buissonneux, les moteurs des engins, blindés Puma, BRDM 21 et BTR tournent. Le convoi s’ébranle et traverse le village de Karangana pendant que les habitants dorment encore. Les ruelles sont vides et silencieuses. «Pour ce type d’opération, il est important de sortir avant le lever du jour pour la discrétion. C’est important aussi pour éviter les indicateurs qui informent les terroristes des mouvements de nos troupes mais surtout pour surprendre l’ennemi», souffle un militaire. Les pick-up et les blindés poursuivent leur chemin et glissent lentement entre les pistes poussiéreuses et caillouteuses. Pas grand-chose n’est visible aux alentours. Sauf les grands baobabs. Le périmètre est touffu. D’où l’importance des engins blindés dans ce type de convoi. Les herbes peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur. Les véhicules touchent aux branchages. Ces forêts sont infestées de terroristes souvent prêts à jaillir et à attaquer par surprise. Mais également minées d’Engins explosifs improvisés (EEI) très meurtriers. Quelques minutes après, nous arrivons à destination. L’équipe d’artillerie est rapidement déployée. Le terrain est dégagé à coup de machette. Un long tuyau muni d’un trépied est installé. «C’est le Grade 2 M, une nouvelle arme à destruction massive de l’artillerie sol-sol. Elle tire des roquettes à 20 km de distance pour abattre les ennemis dans leur zone de concentration et détruit ses moyens de feu», explique l’adjudant-chef Drissa Koné, chef de section artillerie du GTIA 2 de Kélétigui. Les herbes alentours sont défrichées parce que après un tir du Grade 2 M, les flammes sont projetées au-delà de trois à quatre mètres au moment des départs des obus. NOUVELLES ARMES – «Cette manœuvre est une occupation de la position de tirs et la mise en batterie des pièces d’artillerie. Nous allons tirer à 13 km sur les collines situées dans le triangle Karangana, Tandio et Ourikila où la présence de groupe terroristes est signalée ainsi que leurs sanctuaires», explique le commandant Kokè Diarra, officier chargé de la conduite des opérations. Les têtes d’obus, portées par trois hommes, sont montées prêtes à être tirées. Les coordonnées sont calculées et marquées dans le dispositif. Le feu vert est donné par l’adjudant-chef Drissa Koné. Une salve d’obus est lancée sur les positions des terroristes. Les détonations assourdissantes des tirs sont suivies par le bruit des impacts à quelques minutes d’intervalle. Les artilleurs se félicitent et se congratulent. «Les tirs ont touché les cibles», assurent-ils. La première partie de la mission est donc accomplie. «Il faut des opérations du genre pour désorganiser le système de défense ennemi et le prendre à revers. L’ennemi sera pris dans l’étau et n’aura pas d’échappatoire», poursuit le commandant Kokè Diarra. Le matériel est rapidement plié car les opérations doivent durer toute la journée. Sur le chemin du retour, l’un des blindés de reconnaissance a une crevaison. Une souche d’arbre a perforé l’énorme pneu de l’engin . Plusieurs hommes entament rapidement les manœuvres pour changer la roue du mastodonte d’au moins 12 tonnes. Bloquant le passage, les militaires décident de se frayer un nouveau chemin. Armés de haches et de coupe-coupe, ils commencent à couper les arbustes pour créer une piste. Une partie de l’équipe va rentrer à la base pendant que d’autres resteront pour sécuriser le véhicule avant le dépannage. Aussitôt revenues au quartier général, d’autres troupes du GTIA 2 sont positionnées pour l’assaut sur les hauteurs de la colline de Tandio. Prêts à dénicher les terroristes désormais désarçonnés par les bombardements dans les collines. Nous embarquons dans un des blindés qui participent à cette opération. Dans les pick-up, des militaires sont assis, armes au poing et casques vissés sur la tête. Un silence de cathédrale règne dans cette cabine où les secousses sont interminables. Le chef d’unité dans une autre voiture donne, à travers la radio, des consignes à ses hommes. Il les appelle à la vigilance et à appliquer le plan. Sur les hauteurs de la colline de Tandio, les engins sont positionnés stratégiquement. Le dispositif est impressionnant car la grosse artillerie est sortie. Les soldats quadrillent le terrain et effectuent des fouilles dans les buissons. L’avancée des troupes se fait avec une extrême prudence. La colline de Tandio est connue pour être infestée de terroristes que les militaires de Kélétigui ont déjà affrontés. TIREURS EMBUSQUÉS – Leur stratégie, c’est de se terrer sur les hauteurs et tirer au loin sur les militaires en approche. La fouille du périmètre sera menée en étroite coordination entre les sous unités GTIA, positionnées. Les dernières consignes sont données par le capitaine Amadou Diallo, commandant du sous GTIA 1 à ses hommes. Ce chef de compagnie est une véritable force de la nature. Le colosse à la taille de gladiateur porte un pistolet fixé à la taille, en plus de son fusil d’assaut. Il est basé avec ses hommes à Tandio, en contrôle de zone et effectue des missions offensives journalières contre les positions des terroristes. Sur un schéma sommairement tracé à même le sol, il rappelle les grandes lignes du plan. Les armes et équipements sont encore vérifiés. L’offensive est ordonnée. Les militaires avancent sur le terrain méticuleusement. Sur ce terrain rocheux et escarpé nous continuons le ratissage au côté de l’unité du lieutenant Moulaye, commandant du sous GTIA 2, venu par un autre chemin avec ses hommes. Nous avançons doucement
Retrait de Barkhane et Takuba : Pas de temps à perdre !
Par Issa DEMBELE Bamako, 21 fév (AMAP) Pour le gouvernement, puisque le partenaire français n’a de cesse de violer le cadre juridique régissant notre coopération militaire, il n’y a pas de raison qu’il reste encore longtemps sur notre sol Après la suspension en juin 2021 des opérations conjointes FAMa-Barkhane, faite sans que les autorités maliennes ne soient consultées, suivie des décisions unilatérales de retirer Barkhane et Takuba, Bamako s’est vu dans l’obligation de dénoncer les “violations flagrantes du cadre juridique liant la France et le Mali”. Des «manquements répétés (aux) accords de défense» qui ont amené le gouvernement de Transition à adopter un ton de fermeté. Son dernier communiqué invite les «autorités françaises à retirer, sans délai, les forces Barkhane et Takuba du territoire national, sous la supervision des autorités maliennes». En fin de compte, le président Emmanuel Macron aura réussi à dilapider le prestige de «Serval», opération qui a suscité un élan de sympathie des Maliens à l’égard de la France. Il aura terni également l’aura de leader européen en matière de sécurité au Sahel, que le cas malien aurait pu conférer à son pays. On n’en serait pas là si Paris n’avait pas multiplié les fautes politiques. Ceux qui ont pris le pouvoir au Mali ont été assimilés à des personnages qui représenteraient un danger pour la démocratie. Au même moment, d’autres « putschistes » sont conviés à Paris. Ces dirigeants invités à l’Élysée pour décider de l’avenir de la force Barkhane ne se distinguent pas tous par leur qualité de démocrate. Loin s’en faut. Cette politique de deux poids deux mesures ne pouvait que davantage écorner l’image de la France au Sahel et plus particulièrement au Mali, où les motivations de son engagement militaire sont controversées. Nombreux sont ceux qui n’ont jamais cru que la France soit réellement incapable de réduire le pouvoir de nuisance des groupes terroristes. Et ce n’est pas qu’au Mali qu’on se pose des questions : «Je m’étonne que les Français n’aient pas été capables d’éradiquer ces bandes terroristes. Le veulent-ils vraiment, ou ont-ils un autre agenda ?», s’interrogeait le ministre de la Défense burkinabé Chérif Sy dans un entretien à l’hebdomadaire sud-africain Mail & Guardian, en juin 2019. Les critiques se sont exacerbées au fur et à mesure que des groupes terroristes – que l’on croyait anéantis – se reconstituaient et menaient des actions d’envergure sur le terrain. Il est clair pour chacun que le Septentrion malien n’est aujourd’hui ni plus sécurisé, ni plus stable qu’au moment du déploiement de Barkhane. La dégradation de la situation est réelle dans d’autres régions, avec les répercussions que l’on sait sur les populations civiles. En somme, comme l’a rappelé le gouvernement dans son communiqué, les résultats attendus « n’ont pas été satisfaisants », ni en 2013 avec l’opération Serval ni en 2016 avec l’opération Barkhane. Cette réalité a sapé la prétention de Paris à asséner des leçons de démocratie à des autorités soucieuses des préoccupations de leurs concitoyens qui aspirent avant tout à la sécurité. D’où les manifestations de soutien à la Transition dont les actions sont aussi interprétées comme un refus du néocolonialisme. «À bas la France !», «France, dégage !» entend-on fréquemment, depuis août 2020, dans les rues de Bamako. Pas plus tard que samedi, le mouvement Yèrèwolo – “Débout sur les remparts” a réussi une nouvelle mobilisation pour célébrer le retrait de Barkhane et de Takuba. Les réseaux sociaux amplifient cette contestation – elle ne date pas d’hier -, les articles de presse s’en font l’écho. Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron, Cheick Oumar Sissoko, ex-ministre de la Culture, a dénoncé l’«habitus colonial», cette «disposition d’esprit faite de complexe de supériorité et de mépris souverain à l’égard de peuples dominés, exploités par le colonialisme français, qui est ancrée, cultivée et entretenue au sein de la classe dirigeante française». Le chanteur malien Salif Keita avait affirmé qu’il n’y avait «pas de terroristes en Afrique, mais des mercenaires payés par la France». À son retour à Bamako, il a reçu un accueil triomphal. En se redéployant hors du Mali, sans la certitude d’y pouvoir vraiment améliorer la situation sécuritaire, Paris ouvre un boulevard aux puissances qui lorgnent le Sahel. Les Russes, que les Maliens n’ont de cesse de réclamer l’arrivée, n’y verront qu’une opportunité de grignoter dans ce qui était jusqu’ici considéré comme le pré carré de la France. ID (AMAP)
Barkhane au Mali : Une fin bien triste
Par Issa DEMBELE Bamako, 18 fer (AMAP) Près d’une décennie d’engagement massif (5.100 soldats), des milliards d’euros engloutis, des dizaines de victimes…et, au bout, une fin dans un contexte de tension diplomatique entre la France et le Mali. Barkhane, la plus longue opération militaire extérieure française depuis 1962, se termine sur une mauvaise note qu’aucun des deux pays n’aurait souhaité Le président français, Emmanuel Macron, a annoncé hier solennellement la fin de l’opération Barkhane au Mali. Les soldats français vont donc devoir quitter notre sol, sans avoir réussi à enrayer la menace terroriste ni empêcher son extension aux pays voisins. Ils vont s’en aller presque sous les quolibets des Maliens, exaspérés par l’accumulation de drames, malgré la présence massive des forces étrangères chez nous. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a de l’électricité dans l’air en ce qui concerne les relations entre Bamako et Paris. Rien ne va plus entre les officiels français et maliens. Le ton paternaliste des premiers est jugé inacceptable par les seconds. Les liens se sont dégradés à tel point que l’on s’attendait à ces annonces faites mercredi à l’issue du mini-sommet qui a réuni à l’Élysée, le président français et certains dirigeants ouest-africains. Désormais, il n’est plus question d’une simple ré-articulation du dispositif à l’effet d’associer d’autres pays européens, mais plutôt d’un désengagement total. La Task force Takuba, à peine opérationnelle, entamera aussi un «retrait coordonné». Le Canada et les États européens opérant au sein de cette force ayant estimé que «les conditions politiques, opérationnelles et juridiques ne sont plus réunies pour poursuivre efficacement leur engagement militaire». Mais, ils resteront dans la région, notamment au Niger et dans le Golfe de Guinée, pour poursuivre leur action contre le terrorisme. Les paramètres de cette action commune seront connus d’ici juin 2022. Pour les Maliens, la fin de ces opérations signifie le début de quelque chose de nouveau, une prise en main de notre destin sur le plan sécuritaire. Un sentiment largement partagé et qui est à l’opposé de l’euphorie dans laquelle Serval avait été accueillie en 2013. Le temps des victoires a été court. «La guerre de libération du Mali est finie. Elle a été gagnée», affirmait Jean-Yves Le Drian le 20 mars 2014. Il avait ajouté que l’action des forces françaises avait permis au Mali de retrouver sa «souveraineté, que des élections aient lieu et qu’il y ait une fierté d’appartenance malienne qui se retrouve». Neuf ans plus tard, les groupes terroristes ont étendu leur emprise. L’insécurité, d’abord concentrée au nord, a glissé vers le centre et s’est étendue vers les Régions de Koutiala et de Sikasso. Des localités des Régions de Mopti et de Ségou, sont soumises à des blocus. L’autorité de l’État ne s’est pas toujours rétablie à Kidal. En l’état, peut-on le dire, un désengagement fait figure d’échec patent. Réadaptation- Le cadre et les objectifs de l’intervention française ont évolué au fil des années. À Pau, en janvier 2020, la France et les cinq pays du G5 Sahel redéfinissaient les contours de leur partenariat. La «Coalition pour le Sahel» lancée à l’occasion, visait à faciliter les interactions entre les différents volets de l’action internationale venant en appui des pays du G5. Les objectifs militaires fixés à Pau ont eu le mérite d’avoir donné du punch à la lutte commune contre l’ennemi. Et les résultats opérationnels ont été au rendez-vous avec des coups sévères portés à l’EIGS et à la coalition formant le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Ainsi, des grands noms du terrorisme ont été éliminés, comme l’Algérien Abdelmalek Droukdal, chef des opérations d’Aqmi, Bah ag Moussa, un haut responsable du GSIM et l’émir de l’EIGS Al Saharaoui. Sans compter les centaines de combattants neutralisés. Une année après, l’heure était à l’évaluation du dispositif. Cet exercice, qui a réuni le 15 février 2021 les chefs d’État dans la capitale tchadienne, a abouti à des conclusions fortes. Mais toujours est-il que les progrès n’ont pu combler les attentes. Ainsi, le ressentiment anti-français a persisté. Ce même ressentiment que le sommet de la «clarification» de Pau était censé dissiper. Cette situation qui agaçait déjà Paris s’était invitée dans les débats à N’Djamena, où les chefs d’État ont dû encore réaffirmer leur volonté de poursuivre le partenariat. Côté malien, les autorités ont toujours reconnu l’intérêt du soutien de la France. Le ministre de la Défense et des Anciens combattants, le colonel Sadio Camara, a affirmé dans une interview accordée à L’Essor qu’il n’y a «aucun doute possible, ces forces étrangères sont des alliés importants… Nous devrions nous convaincre que nous ne gagnerons pas cette guerre en nous trompant d’ennemi et en faisant le jeu des hordes terroristes». Sauf que les autorités maliennes n’ont guère apprécié de ne pas avoir été associées à la prise des décisions concernant le réaménagement de l’opération Barkhane. En juin 2021, Emmanuel Macron a pris l’initiative unilatérale d’interrompre les opérations militaires communes (Barkhane-FAMa) qui n’ont repris qu’en juillet. Ensuite, il a annoncé la fin de l’opération Barkhane, avant d’expliciter son propos lors du sommet virtuel du G5 Sahel, le 9 juillet 2021. Étaient alors annoncées la réduction progressive des effectifs de Barkhane ainsi que la fermeture des bases de Kidal, Tessalit et Tombouctou d’ici à 2022. Pendant ce temps, la France devait travailler à européaniser la lutte au Sahel pour ne plus endosser seule les efforts multiples. Les autorités de la Transition ont vu dans ces décisions unilatérales un «abandon en plein vol» et ont, par conséquent, décidé d’explorer d’autres horizons pour trouver des partenaires pouvant aider à la sécurisation des populations et leurs biens. Concomitamment, d’importants efforts financiers sont consentis pour équiper les FAMa qui, indéniablement, montent en gamme. Pour certains analystes, les récents agissements des terroristes contre les populations sont l’expression d’une profonde lassitude, voire d’un découragement qui serait enfin le début de leur déclin que les FAMa recherchent à coups de traques et de frappes. Le départ de la force Barkhane ne manque pas de susciter des interrogations quant à
Situation sécuritaire a Bandiagara : Satisfaction des populations
Envoyés spéciaux Madiba KEÏTA Oumar DIOP Mopti, 18 fer (AMAP) Dans la cité de Nangabanou Timbely, tout le monde est unanime à dire que la situation sécuritaire a beaucoup évolué depuis que les Forces armées maliennes (FAMa) ont commencé leurs opérations offensives en décembre dernier. En ce mardi après-midi, la place du marché était bondée de monde. Daouda Kassogué fait partie des commerçants qui étaient constamment rackettés par les terroristes. «En un moment donné, les groupes terroristes se promenaient tranquillement à Bandiagara. Ils venaient prendre dans nos boutiques tout ce qu’ils voulaient sans rien payer. Nous ne pouvions rien faire», a expliqué le commerçant. Pour Daouda Kassogué, depuis que la sécurité a été renforcée, les attaques ont nettement baissé dans la région. «Avant, les attaques se faisaient quotidiennement. Les terroristes attaquaient les boutiques et tuaient des commerçants. Ils tuaient aussi les gens sur la route du Poisson pour prendre leurs biens. Mais aujourd’hui, on entend rarement parler des attaques. Cela est dû à une présence massive des militaires», a indiqué le commerçant. Le président du Conseil de cercle de Bandiagara, N’Dindé Ongoïga, a, lui aussi, témoigné que les opérations d’envergure lancées par les FAMa ont permis de libérer sa localité. «Avant, on ne pouvait même pas se promener dans certaines parties de Bandiagara. Les gens étaient emprisonnés chez eux. C’était dur à supporter. Ceux qui tentaient de défier les terroristes étaient tout simplement éliminés. Nous vivions vraiment dans la peur avant le déploiement massif des FAMa», a-t-il dit. Même son de cloche du côté du coordinateur des chefs de quartier de Bandiagara. Ousmane Ganamé pense que les FAMa doivent continuer leurs opérations offensives en vue de rassurer davantage les populations. D’après lui, les terroristes ne sont pas allés loin et ils peuvent revenir à tout moment s’ils savent que les patrouilles militaires ont cessé. Le commandant de la 6è Région militaire a rassuré les populations de Bandiagara que l’opération Maliko va continuer jusqu’à ce que le pays soit stabilisé. «Nous avons la responsabilité d’assurer la sécurité des personnes et leurs biens, de défendre l’intégrité du territoire, de renforcer l’autorité de l’état sur l’ensemble du territoire national et de participer au développement économique et social dans nos villes et campagnes», a-t-il fait savoir. Pour le colonel Karim Traoré, les patrouilles vont continuer de jour comme de nuit pour permettre la libre circulation des personnes et des biens, pour que les foires puissent se tenir normalement dans les villages et pour permettre le retour des services sociaux de base dans la région. MK/OD (AMAP)

