Tontine en troc : Un bon investissement

Par Fatoumata M. SIDIBÉ Bamako, 09 sept (AMAP) Une nouvelle forme de tontine, organisée autour d’articles divers comme le savon, les pagnes et même l’or, fait fureur chez les femmes.  «À l’origine, la tontine est une manière pour les femmes de s’entraider ou de se rencontrer pour discuter de leurs problèmes, payer chacune une somme d’argent qu’elles octroient aux membres de l’association à tour de rôle », explique d’Awa Soumaoro, retraitée domiciliée à Sébénikoro, un quartier de Bamako, la capitale malienne. « Aujourd’hui, la tontine a beaucoup évolué et tend à devenir un vrai business entre des groupes de personnes», ajoute Awa Soumaoro Notre interlocutrice sait de quoi elle parle, elle qui a été, pendant de longues années, membre de ce qu’on appelle «Ton» en bambara. Fatoumata Diaby, dite Faty est «Ton Ba» (responsable de tontine). Elle et les autres adhérentes cotisent, depuis quatre ans, pour s’acheter de l’or. «Je fais la tontine de l’or parce que la demande est là. Cette tontine permet, par exemple d’avoir des bijoux en métal jaune qui coûtent très cher sur le marché», sourit la jeune fille qui gère un magasin de vente de bijoux en or, à Boulkassoumbougou, un quartier de Bamako. Cette femme d’affaire est membre ou responsable de plusieurs tontines. «Je fais également le business tontine qui consiste à récolter du matériel que les membres veulent vendre par exemple »,dit-elle. L’objectif est d’aider les adhérentes « à lancer leur commerce parce que ce n’est pas facile d’économiser soi-même de l’argent pour pouvoir acheter des produits ou articles nécessaires pour ce faire», explique Faty, qui précise que généralement, elle connait les membres. « Le réseau, s’empresse-t-elle d’ajouter, est ouvert à tout le monde ». «Aux personnes désireuses d’adhérer à l’association, j’exige une copie de la carte d’identité en cours de validité.  La personne paie aussi une caution égale à la contribution mensuelle et signe un engagement personnel devant l’officier de police ». « Ainsi, nous pouvons avoir l’autorisation de saisir les biens des mauvais payeurs pour éponger les impayés», ajoute Faty. Concernant la tontine pour l’or, chacun paye 100 000 Fcfa par mois pour avoir l’équivalent d’un million de Fcfa en métal jaune. Celles qui payent la moitié perçoivent l’or d’une valeur de 500 000 Fcfa. «Le cours de l’or varie. Le gramme vaut actuellement 38 000 Fcfa. Le poids pour chaque membre est fonction du prix de l’or sur le marché. L’or que je vends vient de Dubaï», nous explique Fatoumata Diaby. GRAMMES D’OR – Notre interlocutrice a créé un groupe WhatsApp qui lui permet d’envoyer la photo des bijoux à celles qui en font la commande. «On passe la commande et je conduis l’intéressé à la boutique à Boulkassoumbougou pour récupérer son bijou contre une facture d’achat», précise Faty. Elle ajoute que l’objectif visé est de permettre aux femmes d’avoir ce qu’elles veulent et leur permettre de faire des investissements. La commerçante assure ne recevoir aucune rémunération en échange. Les attentes des adhérentes sont-elles comblées ? À en croire Fanta Diallo, membre de la tontine de Faty, la réponse est oui. «La tontine m’a permis d’avoir 27 grammes d’or dont une chaine, des boucles d’oreille et une bague pour ma fille qui va bientôt se marier :, dit-elle. « Sans la tontine, je ne sais pas comment j’allais obtenir un tel trésor», témoigne Fanta, sourire aux lèvres. Comme Faty, plusieurs autres femmes initient des tontines. Détentrice d’une licence en agroéconomie de l’Institut polytechnique rural (IPR) de Katibougou, Aminata Soumano est entrepreneuse. Elle tient une boutique à Hamdallaye ACI, en Commune IV du District de Bamako. «Je fais des tontines de savons, wax, draps et de basin Getzner», dit la jeune dame de 30 ans dont les activités se passent de façon virtuelle. GROUPE WHATSAPP – La date de démarrage de la tontine est annoncée en ligne via les plateformes de réseaux sociaux. «Quand les membres atteignent le nombre souhaité, je crée un groupe WhatsApp pour les répertorier. Le canal de communication établi, les membres sont informés à chaque fois qu’une personne paye sa cotisation», confie l’agronome. Elle précise que la tontine dure environ un an. La cotisation de la tontine pour les pagnes wax qui compte dix membres, est de 8 000 Fcfa, soit un montant total de 80 000 Fcfa. «Je peux avoir les pagnes à 7 500 Fcfa avec les grossistes, soit une remise de 500 Fcfa par pièce :, explique noyre interlocuteur. Les photos des adhérents sont envoyées sur le groupe. Le choix des pagnes est fait en fonction de la marque. Il y a des pagnes qui viennent de la Chine, d’Inde et de la Turquie. À leur arrivée, les pagnes sont livrés par un coursier. Et, après réception du colis, la photo est partagée sur le groupe pour permettre à tout le monde de s’assurer de l’arrivée de la commande. Pour adhérer, «il faut juste être sérieux», souligne Aminata, en précisant que la photo de chaque membre est publiée sur le groupe. Membre de la tontine, Rabia Cissé, 22 ans, avoue qu’au début elle s’en méfiait parce qu’elle ne connaissait pas l’initiatrice. «Mais la tontine de wax dont je suis membre s’est bien déroulée», confirme-t-elle assurant avoir intégré le groupe pour aider sa mère à constituer son trousseau de mariage. Fatoumata Diané est initiatrice d’une tontine de chaussures, de hijabs, d’abaya (longue robe noire portée par les femmes musulmanes) et de foulards. Elle dit avoir choisi ces articles pour faciliter l’achat de ses marchandises et fidéliser la clientèle. «J’organise cette tontine entre les étudiants de mon université. Nous sommes dix personnes. Chaque membre paye 2 000 Fcfa par semaine pour un total de 20 000 Fcfa. Libre à eux de choisir ce qu’ils veulent : hijabs, foulards, chaussures ou abaya. Elle a créé un groupe WhatsApp à travers lequel elle envoie les photos de ses marchandises pour attirer davantage les membres de la tontine, mais aussi de nouveaux clients. Et d’assurer que pour le moment, elle ne se plaint pas. FMS/MD (AMAP)

Environnement au Mali : Urgence d’agir

Par Cheick Amadou DIA Bamako, 08 sept (AMAP) Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en collaboration avec le gouvernement malien et la société civile, dans un rapport d’évaluation de l’environnement intégrée du Mali, réalisée sur la période 2021-2022, dressent un bilan sombre de la situation de l’environnement au Mali. Vaste pays continental situé au milieu de la sous-région ouest-africaine, le Mali est un véritable miracle de la nature. Sa partie désertique qui s’étend du centre à l’extrême nord (2/3 du territoire national) et le sud qui concentre l’essentiel du couvert végétal, regorgent d’immenses ressources naturelles composées de flore, de faune et de cours d’eau, dont le plus important est le fleuve Niger. Son delta intérieur abrite une biodiversité extraordinaire. Ses terres très fertiles et inondables par endroits, se prêtent aux cultures de toutes sortes (céréales sèches, légumineuses, arbres fruitiers et fourrage). Le couvert végétal se caractérise par des forêts classées, dont la superficie totale dépasse les 1,3 million hectare, les aires protégées (boucle du Baoulé) à cheval sur le Cercle de Kolokani et la Région de Kita (Ouest), habitat de grands fauves d’Afrique, les chimpanzés et d’une grande variété de faune sauvage. Au nord-est, on y trouve des oasis paradisiaques et des espèces de faunes qui concourent à rendre la zone écologiquement magnifique. À la faveur des sécheresses récurrentes qu’a connues le pays depuis les années 1970-80, ces ressources ont subi de fortes pressions humaines. Mais, c’est au cours des dix dernières années qu’on a assisté à une dégradation sans précédent des terres, à cause de la destruction massive du couvert végétal, l’érosion des sols et les pratiques non durables, telles que mise en évidence par l’évaluation des organismes de l’Organisation des Nations unies (ONU. Ces facteurs émanent du changement climatique, de la démographie et des diverses conséquences de la mondialisation. Au niveau de écosystèmes naturels, l’état des ressources forestières est alarmant. En une décennie, le Mali a perdu 15% de son couvert végétal. Cela est dû à l’absence de surveillance et à l’accroissement des besoins des populations en crise, note la mission d’évaluation. La superficie des pâturages qui a connu une augmentation avec 35 millions d’hectares, a perdu 40% de sa surface à cause des incendies. Les sécheresses qui en découlent, ont mis à mal la sécurité alimentaire du pays. La pratique dominante de l’agriculture fluviale couplée aux conditions climatiques extrêmes, contribue à une baisse de rendement importante de plusieurs cultures (maïs, mil, sorgho). Ceci représente un risque considérable pour la sécurité alimentaire des populations, prévient le rapport. Autrefois légion, la plupart des grands mammifères ont disparu suite au braconnage, à la compétition avec l’élevage et à la conversion de leur habitat en hameaux de cultures ou de pêche, qui se transforment souvent en village. Dans le cadre de la préservation du patrimoine hydrique, le constat est amer. Les cours d’eau sont fortement pollués par les activités agricoles, industrielles et énergétiques. En particulier, le secteur de l’industrie utilise beaucoup d’eau et rejette dans la nature, des eaux usées (souvent chargés de déchets dangereux), généralement sans traitement. Les infrastructures d’assainissement sont insignifiantes dans un contexte d’urbanisation galopante et anarchique. L’extraction minière, qui est une activité économique dynamique dans le pays, cause des dégâts incommensurables à l’environnement, allant de la déforestation à la perte des terres cultivables, en passant par la pollution des cours d’eau et la modification de leur hydraulicité, selon l’enquête. L’utilisation massive de produits chimiques dangereux, comme le mercure et le cyanure dans l’exploitation minière artisanale, est une préoccupation particulière, tant pour la santé physique des communautés que pour les écosystèmes. En outre, la dégradation de la situation sécuritaire a négativement impacté l’environnement et la gestion des ressources naturelles. L’état de droit s’est affaibli, ainsi que l’application du cadre règlementaire de gestion des ressources naturelles. L’exploitation anarchique des ressources s’est accentuée. Les populations rurales n’ont pas accès aux terres agricoles et aux ressources dans les zones contrôlées par les groupes armées.  La chaîne de valeur des produits économiques est bloquée par l’usurpation des moyens de transport et le contrôle des axes routiers par les bandits armés.   RESSOURCES INSUFFISANTES – Malgré la richesse du cadre politique, administratif et institutionnel en place, l’Evaluation environnementale intégrée du Mali (EEI) relève que les ressources pour assurer la mise en œuvre des actions prioritaires en termes d’environnement, de changement climatique, de promotion de la diversité biologique et l’approfondissement des liens entre environnement, pauvreté et développement durable, restent insuffisantes. Elle a observé d’importantes lacunes dans l’accessibilité, la disponibilité, la couverture spatiale des données et l’échelle de collecte des données environnementales et climatiques au Mali. Selon l’EEI, l’insécurité dans le Centre et le Nord du Mali est l’une des raisons qui expliquent ces lacunes. Mais, les services responsables souffrent, également, du manque de ressources humaines et de moyens techniques, pour couvrir l’ensemble du territoire. «C’est pour toutes ces raisons que l’État du Mali doit agir au plus vite, avant qu’il ne soit trop tard», alerte Alain Noudehou, représentant-résident du Système des Nations-Unies au Mali et représentant spécial adjoint du Secrétaire général de l’ONU pour le Mali. En réagissant à ces préoccupations des enquêteurs de l’ONU, le ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, Modibo Koné dit : «Face à ces menaces multiples et diverses, nous sommes résolus à assumer nos responsabilités de manière déterminante». Il affirme que l’intégration de l’environnement dans la planification du développement est désormais un impératif national, pour la survie de nos écosystèmes. Le Mali a toujours montré son engagement dans la défense de l’environnement, depuis le sommet mondial de la terre en 1992 à Rio (Brésil), en ratifiant plusieurs accords internationaux sur l’environnement dont la Convention sur la diversité biologique, la Convention-cadre des Nations-Unies sur le changement climatique et la Convention des Nations-Unies sur la lutte contre la désertification. Pour renforcer cet engagement, le Mali a inscrit dans le préambule de sa Constitution du 25 février 1992 : «Le Peuple souverain du Mali s’engage à assurer

Perturbation des réseaux téléphoniques : La galère des usagers

Par Mohamed TOURÉ  Bamako, 07 sept (AMAP) Des appels téléphoniques interrompus en pleine conversation ou encore des signalisations d’indisponibilité. Telles sont, entre autres, les perturbations de réseaux téléphoniques signalées par les clients de différents opérateurs. Dr Adama Traoré, président Réseau malien des consommateurs de téléphonie mobile (REMACOTEM) s’indigne de la situation qu’il juge «dramatique» pour les consommateurs. «On n’arrive pas à joindre son correspondant parce que les réseaux sont dégradés», regrette le défenseur des droits des consommateurs. Le problème pénalise doublement les usagers qui sont obligés de payer pour le répondeur parce que le réseau du correspond n’est pas bon. Le responsable associatif pointe du doigt une insuffisance de la couverture du réseau. Ce qui provoque des perturbations à quelques 20 ou 30 kilomètres de Bamako. Il dénonce des manquements aux cahiers des charges de la part des opérateurs qui doivent assurer la couverture entière du territoire national. Du côté des opérateurs Orange-Mali et Moov Africa Malitel, on assure qu’il n’y a pas de problème de réseau. «À la date d’aujourd’hui, il n’y a pas de cas général de perturbation du réseau. Nous n’avons reçu aucune plainte à ce sujet», assure Amadou Niang, chef de service pilotage de l’optimisation à Orange-Mali, joint au téléphone. Le technicien souligne que son entreprise dispose de voies pour faire remonter les plaintes des clients. « Aucun problème de ce genre n’a été pas signalé », assure-t-il. Qu’est-ce qui peut donc expliquer des problèmes récurrents de réseaux ? A cette question, Amadou Niang dit qu’il y a plusieurs facteurs. Selon le technicien, la qualité du réseau, notamment en matière de connexion internet, peut dépendre de la performance de l’appareil de l’utilisateur. Son entreprise, Orange-Mali donne une performance haute gamme, à l’en croire. « Ceux qui n’ont pas des téléphones 4G 4è génération ou 3G, vont se limiter à une connexion 2G qui donne un débit limité par rapport à la 3G », explique-t-il. Les délestages de courant électrique sur le site d’une antenne d’un opérateur peuvent, également, occasionner des perturbations, s’il n’y a pas de groupe électrogène. Cela entraine la mise hors service de l’antenne et la perturbation du réseau dans sa zone de couverture. Pour palier ce genre d’aléas, Amadou Niang assure que son entreprise utilise des panneaux solaires dans les zones où il y a pénuries de carburant. «Même dans les zones d’insécurité dans le Centre et dans le Nord du pays, nous approvisionnons nos antennes en carburant», souligne le technicien qui évoque aussi des probables problèmes techniques liés aux appareils électroniques. MUTUALISER LES INSTALLATIONS – Il y a aussi le fait que les opérateurs organisent des maintenances pour faire l’entretien du matériel et remplacer les pièces défaillantes. Il relève également la possibilité d’avarie sur les fibres optiques lors de travaux routiers. «Cela peut impacter les clients le temps que la panne soit résolue», fait-il remarquer. Quant à l’extension du réseau, le technicien reconnait qu’il peut y avoir des problèmes de couverture. «Nous faisons des campagnes de mesures pour connaitre la couverture et les différents services de réseau. L’Autorité malienne de régulation des télécommunications, des tics et des postes (AMRTP) fait un audit au plan national», explique-t-il. Cependant, Amadou Niang assure qu’il n’y a pas de zone en périphérie de Bamako non couvert par le réseau. «Il peut y avoir des zones non couvertes à cause de l’éloignement. Mais, nous faisons aussi des réajustements de couverture pour les clients dans ces situations», indique-t-il. «La qualité du réseau est en train de baisser», alerte Dr Alioune Badara Traoré, ingénieur en télécommunication et ancien cadre de la Société des télécommunications du Mali (SOTELMA) et de l’AMRTP. Cet expert ne croit pas que des raisons techniques puissent expliquer la mauvaise qualité du réseau. Il pense même que « ce sont des défaillances qui peuvent être résolues ». L’ingénieur explique qu’il peut y avoir des problèmes liés à la rupture de l’alimentation électrique, des câbles coupés, aux installations. Des défaillances auxquelles, il pense que des solutions peuvent être trouvées. «Mais est-ce qu’on est prêts pour dépenser de l’argent afin de corriger ce problème», se demande-t-il. Il est plutôt convaincu d’un manque de suivi de la qualité du réseau. Dr Alioune Badara Traoré trouve que la couverture du réseau dynamique est difficile à évaluer en terme de qualité. Il attire l’attention sur la pertinence d’un plan d’installation globale du réseau sur l’ensemble du  pays. C’est-à-dire une mutualisation des tronçons d’installation des fibres optiques des différents opérateurs et de l’Agence de gestion du fonds d’accès universel (AGEFAU). Pour le spécialiste, un tel projet permettrait aux opérations d’évoluer, par exemple, en colocation des bornes. Ce qui, selon lui, diminuerait les coûts de communication pour le Malien lambda et permettra d’avoir une visibilité globale de la couverture du pays par le réseau. Il souligne que la couverture dans certaines zones où la démographie n’est pas importante est du ressort de l’AGEFAU,  car non rentable pour les opérateurs. LES BOOSTERS EN CAUSE ? – Certaines perturbations du réseau seraient dues à l’utilisation de types d’appareils particuliers censés améliorer les signaux. Les opérateurs et l’Autorité de régulation voient dans l’utilisation de ces appareils qui ont fleuri, notamment dans les marchés, des grands facteurs de dégradation du réseau. Cependant, l’hypothèse ne fait pas l’unanimité. «Le client prend le booster pourquoi ? Si l’installation dont vous disposez ne vous permet pas de bénéficier du service alors vous cherchez des moyens alternatifs. Le marché est le centre des affaires et est connecté au monde entier», estime Dr Adama Traoré. Pour le Dr Traoré, la part des boosters dans la mauvaise qualité du réseau n’est pas considérable. Au contraire, il note même qu’ils connaissent leur succès parce que la qualité du réseau est mauvaise. Pour sa part, le technicien d’Orange-Mali, assure que tant que les boosters resteront allumés, le problème ne sera pas résolu. Amadou Niang affirme que le problème des boosters est au niveau de l’autorité de régulation. «Nous avons déployé des nouveaux sites au marché. C’est au tour du régulateur de prendre des mesures de sensibilisation pour que les commerçants éteignent les boosters», préconise-t-il. Il n’est pas à exclure que

Les engrais en zones CMDT et OHVN conformes, selon l’Institut d’économie rurale (IER)   

Par Fadi CISSÉ Bamako, 06 sept (AMAP) Une analyse sur 151 échantillons d’engrais prélevés par la Direction nationale de l’agriculture (DNA), effectuée par le laboratoire de l’Institut d’économie rurale (IER) a conclu à un taux de conformité de 100% pour le complexe coton, 98,5% pour le complexe céréale, 87,5% pour l’urée. Les résultats d’analyse chimiques, réalisées à partir de ces échantillons d’engrais prélevés en zone Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) et Office de la haute vallée du Niger (OHVN), dont nous avons reçu une copie, révèlent qu’au titre de la Campagne agricole 2022, «les engrais complexe céréale et ceux du coton ne présentent pas de déficience ». Concernant le complexe coton, 100% des échantillons d’engrais analysés par le laboratoire de l’IER sont conformes aux normes en vigueur. Quant au complexe céréale, 98,5% des échantillons d’engrais analysés par le laboratoire de l’IER sont conformes aux normes en vigueur. En ce qui concerne l’urée, 87,5% des échantillons d’engrais analysés sont conformes aux normes exigées. À ce niveau, un léger déficit azoté a été, par exemple, constaté. « Cette déficience est essentiellement liée aux conditions de transport et de manutention», expliquent les analystes. «Les résultats sont satisfaisants en termes de teneur en éléments nutritifs et d’état physique qui ne compromettent pas l’atteinte des objectifs de production agricole de la campagne», conclut la DNA. Concernant les paramètres physiques, il ressort que les poids des sacs sont entièrement conformes à 50 kg à la norme requise (règlement C/Reg.13/12/12) selon laquelle le poids du sac ne doit pas être inférieur à 49,5 kg. L’équipe de contrôle « n’a pas constaté de prises en masse sur les trois types d’engrais contrôlés (complexe coton, complexe céréale et urée) ». La granulométrie (étude de la répartition des différents grains d’un échantillon de granulats) « est conforme aux normes en vigueur pour les trois types d’engrais contrôlés (complexe coton, complexe céréale et urée). » Les sacs sont étiquetés conformément à la norme requise (règlement C/Reg.13/12/12) selon laquelle les informations suivantes doivent être inscrites sur les sacs : nom du type d’engrais, formule chimique, poids du sac, nom du fabricant, nom du distributeur ou du revendeur, campagne agricole de production, présence de l’emballage double, etc.) Quant aux analyses chimiques, les paramètres contrôlés ont surtout porté sur les teneurs en éléments nutritifs (phosphore, azote, potassium, soufre, bore). Pour parvenir à ce résultat, la DNA a prélevé des échantillons d’engrais effectués par une de ses équipes. Avant de les faire analyser au laboratoire de l’IER. Ces prototypes ont concerné le complexe coton, céréale et l’urée. L’échantillonnage a concerné toutes les filiales cotonnières : Sud (Bougouni, Koumantou, Sikasso et Kadiolo), Nord-Est (Koutiala, Karangana et Kimparana), Centre (Fana, Dioila, Ouéléssébougou) et Ouest (Kita) ainsi que les magasins de l’OHVN à Bamako. Le nombre total d’échantillons d’engrais prélevés est de 59 pour le complexe coton, 62 pour le complexe céréale et 30 pour l’urée. Ce qui fait un total de 151 échantillons d’engrais prélevés. Le contrôle a priori de la qualité des engrais s’avère nécessaire et même vital pour le secteur. Cette tâche d’inspection et de contrôle est confiée à la DNA. C’est dans ce cadre qu’elle organise, chaque année, sous l’égide du département en charge de l’Agriculture, des missions de contrôle de qualité. Objectif : garantir la qualité des engrais et leur mise à la disposition des producteurs en zone CMDT/OHVN. Cela, en vérifiant la conformité des engrais aux normes en vigueur, en prélevant des échantillons d’engrais au niveau des magasins CMDT/OHVN pour les transmettre au laboratoire pour analyse. FC/MD (AMAP)    

Bamako : Vies de déplacés de la crise sécuritaire à Faladiè et Sogoniko 

Par Jessica Khadidia DEMBÉLÉ Bamako, 30 août (AMAP) Plus de 1 000 personnes déplacées vivent actuellement dans des conditions très précaires sur les sites de Faladiè et du Centre Mabilé de Sogoniko, à Bamako, la capitale malienne, Ces nombreuses victimes, contraintes de quitter leurs villages, suite aux attaques terroristes à répétition un peu partout au Mali, vivent dans des conditions très précaires, parfois dans des abris de fortune. Elles ne doivent leur survie qu’au soutien de l’État, des Organisations non gouvernementales et de bonnes volontés. Cependant, l’aide leur arrive, souvent, au compte-gouttes. La Journée internationale du souvenir, en hommage aux victimes du terrorisme a été célébrée le 21 août 2022. Le thème de cette année était «Mémoire». Il a été choisi, après consultation des victimes et des associations qui travaillent avec elles. Au Mali, ce thème sied avec la situation des milliers de déplacés et de réfugiés que connait le pays depuis une décennie. INSALUBRE ET BOUEUX – Sur les sites de Faladiè Garbal et du Centre Mabilé de Sogoniko, résident depuis quelques années, des centaines de déplacés internes. A Faladiè, premier constat : l’endroit est insalubre, boueux et nauséabond !!! Des abris en tôles, aux toits de paille maintenus par des bâches en plastique pour empêcher les eaux de pluie de s’infiltrer. A notre passage, deux enfants d’à peine 10 ans poussaient avec difficulté un charriot chargé de plusieurs bidons d’eau de 20 litres. Ils peinaient à faire avancer leur chargement dans la terre boueuse. Nous regardons le sol et nous nous demandons où poser nos pieds, tant la surface était recouverte de boue. Ici, les eaux usées verdâtres attirent mouches, moustiques et autres bestioles férus de saleté. Le site est ainsi infesté par ces nuisibles qui causent de nombreuses maladies dont le paludisme. Des conditions de vie qui dépassent l’entendement. Les enfants jouaient pendant que leurs mères faisaient la cuisine, comme si de rien n’était, au milieu de ces immondices. Nous demandons à voir le responsable du site. On nous guide tout droit vers Mariam Niagalé qui travaille à la Direction régionale du développement social. Avec son autorisation, nous avons pu échanger sur leurs conditions de vie avec certains déplacés dont Ama Diallo. Le vieil homme semble s’être habitué à ces conditions de vie au fil du temps. De lassitude ou de désespoir ? Sur une chaise, une houlette à la main, il nous explique qu’ « une personne qui trie les ordures pour les vendre afin de pouvoir se nourrir ne connait pas la saleté car c’est son quotidien ». Cependant, Amadou Djibo, un autre déplacé, qui est sur le site depuis trois ans, explique que la saleté dérange tout le monde. «C’est la saison des pluies qui aggrave cette situation », nous confie-t-il. À notre passage, une équipe de la Croix rouge malienne offrait des moustiquaires aux déplacés. Selon les membres de cette équipe, les dons qu’ils font aux déplacés dépendent des besoins du moment. Pendant la saison des pluies, les moustiques pullulent dans la zone. C’est pourquoi, la Croix rouge a choisi de fournir des moustiquaires aux déplacés pour les protéger contre le paludisme. «Ils ne nous aident pas chaque mois mais tout le temps»,  témoigne le vieux Ama Diallo. « En cas de maladies, dit-il, c’est la Croix rouge ou le Samu social qui nous prennent en charge et gratuitement ». Ama Diallo, qui en a gros sur le cœur, nous informe que les déplacés ont besoin de denrées alimentaires, d’eau, de médicaments, de sécurité et d’éducation pour leurs enfants. Il se souvient qu’un sac de 50 kg de riz a été offert à chaque famille pour une durée de quatre mois. Selon lui, cela n’est guère suffisant car certaines familles n’ont même pas fait un mois avec leur sac. Pour notre interlocuteur, c’est pendant la période de Ramadan qu’ils reçoivent le plus d’aide venant de généreux donateurs, comme quatre à cinq sacs de riz pour chaque famille durant ce laps de temps. Diallo, qui déplore leurs conditions de vie, signale qu’il n’y a pratiquement pas de donations de vivres sur les sites ces derniers temps. La responsable du site, Mariam Niagalé, confirme : cela fait deux voire trois mois que les déplacés de Faladiè n’ont rien reçu. Ils sont obligés de trier les ordures pour certains, de faire des petits boulots et mendier, pour d’autres, afin de survivre. Pour le vieux Ama Diallo, le manque de travail est, également, un gros problème pour les déplacés. D’après lui, leur recherche de nouveaux partenaires afin de donner un travail décent à certains déplacés n’a rien donné. Certains font des petits boulots pour pouvoir nourrir leur famille. «Certains hommes coupent de l’herbe qu’ils vendent, d’autres deviennent des mendiants et certaines femmes sillonnent les maisons pour faire la lessive ». D’autres recupèrent les objets en plastique dans les ordures qu’ils revendent pour pouvoir manger», nous relate Ama Diallo, qui demande aux autorités et aux bonnes volontés de leur permettre d’avoir des terres pour cultiver ou des animaux à élever pour pouvoir subvenir à leurs besoins. PAIX ENTRE COMMUNAUTÉS – Au total, 806 personnes déplacées sont sur le site de Faladiè, selon le dernier recensement. La première chose qui frappe à l’œil en ce lieu est l’harmonie entre les différentes communautés, en l’occurrence sonrhaïs, bozos, bambaras, tamasheks, dogons,peulhs. Les personnes interrogées ainsi que les responsables des sites s’accordent à dire que la paix règne entre les différentes communautés que la situation sécuritaire a réunies dans une communauté de destin. Au Centre Mabilé de Sogoniko, l’ambiance était toute autre à notre passage. Ici, 306 déplacés sont logés dont des dogons et des peulhs, selon le responsable, Madi Noumogo. Certains vivent dans un grand bâtiment délabré. D’autres sous  des tentes offertes par les Nations unies. Les déplacés de ce site que nous avons interrogés sur leurs conditions de vie, reconnaissent que le service du Développement social fait du bon travail. Abdoulaye Boly, un vieux peulh est là depuis quatre ans. Il explique être venu dans ce Centre avec d’autres déplacés,  car le site de Faladiè n’était plus

A Dio, près de Bamako, les fermes poussent comme des champignons 

Par Rokiétou MAÏGA Bamako, 27 août (AMAP) Située à Magnambougou, village de la Commune rurale de Dio-Gare, Cercle de Kati et Région de Koulikoro, la ferme de Ousmane Diakité offre depuis 13 ans une gamme variée de produits agricoles. Avec le phénomène de «fermage» qui se développe de plus en plus autour de la capitale malienne, notamment à Baguinéda et périphérie, la Commune rurale de Dio, à 40 kilomètres seulement de Bamako, accueille  un chapelet de fermes. Aménagée sur une superficie de 15 hectares, la ferme de Diakité est le résultat de son amour pour le travail de la terre. Fils d’agriculteur, sa passion pour l’agriculture n’a pas tardé à éclore. «Mes frères et moi travaillions au champ, et de fil en aiguille, j’ai pris du plaisir à gratter la terre», explique Ousmane. La ferme est composée en grande partie d’orangers de variétés différentes, d’un hectare de papayers et de melons encore à l’état brut. Les variétés d’orangers s’étalent tout le long de la ferme. Les 2 000 à 3 000 pieds d’agrumes constituent son patrimoine. Le sol gravillonnaire de la zone s’adapte à tout type de cultures. Dans la ferme et aux environs, il cultive de la vigne, le pommier, ce qui peut surprendre, ou encore l’avocatier. L’orange du Mali «lemourouba», «le tengelo », de son nom scientifique citrux-tengelo, ou encore «le niva» qui a sa pulpe rouge, sont autant de variétés qui sur l’exploitation. Le choix de cette production agricole s’explique par la rentabilité du produit qui, une fois planté, génère des bénéfices à long terme. «Après leur implantation, au bout de deux ans à deux ans et demi, ils commencent à donner les premiers fruits. Et cela est valable pour toutes les saisons», se réjouit Diakité. Avec un investissement personnel et des prêts auprès de deux banques de la place, l’exploitation agricole de Diakité a débuté en 2009. Pour les cinq ouvriers qui y travaillent et le gardien, le travail de la ferme n’est pas de tout repos. Arrosage et désherbage par-ci, cueillette des fruits par-là, l’effectif est insuffisant, mais cela se comprend aisément. L’arrivée de l’hivernage fait que beaucoup d’entre eux rentrent chez eux pour les travaux champêtres en famille. L’ensemble des produits de la ferme sont écoulés sur place. Un groupe de cinq hommes sont venus acheter chacun un kilo d’oranges à 350 Fcfa. Tous enseignants de la localité, ils préfèrent acheter directement à la ferme pour le prix car chez les revendeurs, il s’élève à 750 FCFA voire plus. Et en même temps, ils viennent profiter de l’air frais et pur que dégagent les plantes en harmonie avec la nature. «À la saison des fruits, c’est un véritable marché qui règne là», commente le gardien Kariba Diarra. Électromécanicien de formation, Ousmane Diakité fait remarquer qu’il fait face à beaucoup de difficultés : la commercialisation des produits sur le marché avec la redoutable concurrence des importations, le manque de main d’œuvre qualifiée et la non-maitrise de l’activité agricole. RM/MD (AMAP)

De Sikasso à Bamako, récit d’un périple de 6 heures en car

Par Aboubacar TRAORÉ Bamako, 25 août (AMAP) A 11heures, le soleil brille de tout son éclat. Le ciel semble gorgé de pluie en cette période d’hivernage, lorsque nous arrivions, ce dimanche de juillet 2022, dans la cour d’une compagnie de transport, l’une des nombreuses sociétés de transport voyageur à la gare routière de Sikasso. La veille, nous y avions réservé notre ticket à 7 000 Fcfa pour le trajet Sikasso-Bamako. C’était 5 000 Fcfa avant la crise qui a fait grimper le prix des hydrocarbures sur le marché mondial. Malgré l’assouplissement des mesures de prévention contre la Covid-19 par les autorités maliennes, quelques rares passagers portent toujours des masques. Une attitude qui rappelle les pires moments de la pandémie ayant secoué la planète  entière en 2020 et 2021. Le départ du bus est annoncé pour midi. Le moteur de l’engin crache le feu depuis notre arrivée et la climatisation à l’intérieur est au point. Mais avant l’embarquement des passagers, on procède à l’enregistrement des bagages. Pour gagner du temps, l’équipe de la billetterie procède à un contrôle  vérification physique à travers un appel. Le principe est simple : chaque passager donne le numéro de son billet au bagagiste qui le marque sur les bagages. Seul argument valable pour récupérer ses effets à l’arrivée. Comme tout le monde, nous nous plions à l’exercice, de bonne grâce. On y aperçoit des sacs de pommes de terre, patates, igname, banane plantain (Aloco), du souchet, d’agrumes d’avocats, ananas, bananes, oranges, mangues, du gingembre, bref un peu de tout ce que la cité verte du Kénédougou peut offrir aux visiteurs en cette période de l’année. À 12h 05mn, le car quitte la gare en direction du centre-ville que nous traverserons avec beaucoup de difficultés. La ville est en plein chantier. Un échangeur et ses voies d’accès, plus un viaduc sont en construction, nécessitant des déviations avec énormément de poussière à avaler pour les riverains. Néanmoins, une vingtaine de minutes suffiront à notre chauffeur pour traverser la ville par la Route nationale (RN-7) qui mène à la ville des «trois caïmans», Bamako, la capitale du Mali. CHANSONS DU TERROIR –  Ha ! Qu’il est agréable de voyager sur ce trajet de 375 km en période d’hivernage : on contemple une végétation verte et luxuriante et autres merveilles de la nature.  Après le poste de sortie de Sikasso, le spectacle commence avant de traverser les villages de Banankoroni, Kampiasso, Mpébougou, Farakala, Fantérila, Nkourala où les constructions en dur sont de plus en plus nombreuses. Même constat à Niéna, le village natal de Malamine Koné, promoteur de la marque Airness. Niéna est aussi connu pour être la capitale du cyclisme au Mali. Le chauffeur est obligé de ralentir pour ne pas écraser un âne en errance. Nous continuons notre chemin pour arriver à Koumantou, reconnaissable par les usines de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT). Après Koumantou et Koualé, nous atteignons Zantièbougou où une plaque annonce à gauche, la ville de Kolondièba, une sortie vers la Côte d’Ivoire sur une voie bitumée. Une demi-heure de route après, voilà le poste de péage de Bougouni. Le conducteur ralentit pour permettre à son apprenti d’aller payer le péage. Nous enjambons ensuite le fleuve Baoulé par son pont d’une centaine de mètres. À l’intérieur du bus, les passagers sont bercés par la musique du terroir avec en vedette, celles de la diva du Wassoulou , Oumou Sangaré et de la reine du Didadi, Nahawa Doumbia. Difficile d’adopter une autre démarche si l’on sait que près de 90% des passagers sont des fils de la contrée. Soudain, une voix attire l’attention de tous, annonçant l’escale de la capitale du Banimonotié, Bougouni. «Nous arrivons à Bougouni. Vous avez droit à une pause de 5 minutes pour vous soulager et prier pour ceux qui le souhaitent. Mais, que tous ceux qui portent des effets personnels dans le car prennent le soin de descendre avec», explique Ayouba Traoré, le convoyeur du bus. Sans doute, une manière pour la Compagnie de décliner toute responsabilité en cas de perte. Le jeune convoyeur demande par la même occasion aux clients de sortir leurs pièces d’identité pour faciliter le contrôle au poste installé à l’entrée de Bougouni. Un poste réputé le plus difficile à franchir si l’on n’est pas en règle. Après l’escale de Bougouni, nous reprenons la route. Le car se transforme en un restaurant ambulant où les odeurs de nourriture agressent les narines. Qu’à cela ne tienne. Pour 6 heures de route, il faut bien s’alimenter. MANA ET L’ÉGLISE DU PASTEUR MICHEL SAMAKE – Nous apercevons ensuite Ouéléssébougou vers 16h 20mn après avoir dépassé Sido, Soulouba et Kéléya.  Et cinq minutes plus tard, nous sommes à Mana, village où le pasteur Michel Samaké a transféré son église, il y a plus de deux ans. Auparavant située au village de Tenkelé à une dizaine de kilomètres de Ouéléssébougou sur la route de Sélingué, le pasteur Samaké y a transféré son lieu de culte après des histoires avec la Mairie de la commune rurale qui a morcelé une partie du site abritant l’édifice religieux, nous a raconté un de ses fidèles. Au bord de la route, une grande plaque indique l’église qui se trouve à droite à une centaine de mètres. « Depuis son implantation à Mana, le visage du village a carrément changé avec de nombreuses constructions en dur », dit notre interlocuteur. À 17 heures, nous arrivons à Dialakoroba, l’une des plus grandes bourgades sur la RN-7.  Au bout de 15 minutes, nous sommes au poste de péage et de pesage de Sanankoroba où il y a une longue file de voitures comme pour nous annoncer le début des embouteillages monstrueux de la capitale. « De nombreux véhicules dans cette file indienne reviennent de l’église du pasteur Michel Samaké », fait savoir un habitué de la localité. On y aperçoit des voitures de particuliers, des minibus de transport den commun « Sotrama », des taxis, des bus et même des gros camions. Entre Sanankoroba et Senou, la lumière du soleil filtre par les

Campagne agricole : La promesse de pluies régulières 

Par Anne-Marie KEITA Bamako, 25 août (AMAP) L’hivernage atteint sa vitesse de croisière. Caractérisée par de longues périodes sèches au début, la pluie est de plus en plus régulière et abondante. À vue d’œil, les parcelles sont bien entretenues. À l’Office du périmètre irrigué de Baguinéda (OPIB),pres de Bamako, la capitale malienne,  les cultures ont amorcé leur phase de maturité. L’aspect végétal des champs de riz, de maïs et de sorgho est prometteur. À condition que «les paysans maintiennent la cadence quant à l’entretien des champs et les traitements phytosanitaires, indispensables au bon développement des plantes». Baguinéda est une ville et une commune, dans la sous-préfecture du Cercle de Kati, dans la Région de Koulikoro. Située à 30 km de Bamako sur le fleuve Niger, cette commune rurale qui regroupe 32 villages, abrite plus de 3.000 hectares aménagés en maîtrise totale d’eau par l’OPIB. Créée en janvier 1998, cette structure est la plus grande zone de production agricole de notre pays, après l’Office du Niger (ON). Elle est chargée du développement intégré, de promouvoir le développement des principales cultures vivrières de base et maraichères. En plus des activités agricoles possibles en saison des pluies, les paysans de Baguinéda pratiquent aussi la culture de contre-saison. Celle-ci est une activité agricole consistant à faire le maraîchage et des cultures céréalières pendant la saison sèche. Elles s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre de la Politique nationale de développement de l’État. Le but étant de mettre un accent particulier sur les aménagements de terres agricoles au profit des producteurs et de combler le déficit céréalier du Mali. Paysan à l’OPIB depuis plus de 15 ans, Mahamadou Diarra, œuvre pour l’atteinte de ces objectifs. Il trouve que la campagne évolue bien. Arguant qu’il pleut en abondance, le cultivateur prédit : «Cette année, la campagne sera meilleure que l’année dernière car les paysans ont commencé à semer à l’OPIB depuis le mois de juin. Alors que l’année dernière, les semis ont débuté en juillet». « Cela à condition qu’il n’y ait pas une fin précoce de la pluie comme cela a été le cas l’année dernière », ajoute M. Diarra qui exploite un hectare de riz, deux hectares de maïs et un demi-hectare de gombo. Son collègue Bakary Doumbia est producteur à Kognimba, dans la Commune de Baguinéda. Il détient à l’OPIB un champ de riz et de maïs d’une superficie d’un hectare chacun. De l’avis de celui qui accumule 22 ans d’expérience dans l’agriculture, le niveau satisfaisant des pluies présage d’un bon rendement et d’une bonne campagne. Le directeur général de l’OPIB, Mamadou Togola, partage les constats de des producteurs. M. Togola estime que l’allure que présentent les champs permet d’espérer que les objectifs de production pour cette année pourraient être atteints. Ils sont, a-t-il dit, estimés à 24.419 tonnes pour les céréales, dont 17.722 pour le riz, 6.300 pour le maïs et 299 tonnes pour le mil et le sorgho. Concernant les cultures maraîchères, les objectifs sont évalués à 27.995 tonnes, toutes spéculations confondues. En la matière, le niveau de réalisation est de 104% pour le mil, 86% pour le sorgho, 82% pour le maïs. Pour le riz cultivé en maîtrise totale d’eau (riz repiqué dans le périmètre), la réalisation est de 70% pour une superficie de 1.935 hectares. « Les emblavures se poursuivent en ce qui concernent le riz et sont à un niveau satisfaisant », assure le premier responsable de l’OPIB. Il faut ajouter qu’à l’OPIB, l’Adny 11 est la variété de riz la plus cultivée. Son cycle est de 120 jours. En matière de cultures sèches, c’est le Sotubaka, une variété de maïs dont le cycle est de 90 jours. Elle arrive à boucler son cycle pendant la période d’hivernage sans un grand souci de sècheresse. À propos des équipements agricoles, Mamadou Togola a dit que le taux d’exploitation est également acceptable. « La situation phytosanitaire, elle, est jugée calme. Les produits phytosanitaires sont disponibles », assure-t-il. « Néanmoins, des problèmes existent », nuance le patron de l’OPIB. Selon lui, la difficulté principale concerne l’acquisition des engrais minéraux, une situation générale liée au conflit en Ukraine. Autres difficultés, selon lui, l’insécurité dans la zone OPIB, l’insuffisance des ressources financières, les besoins en matériels agricoles pour les producteurs, le manque de main-d’œuvre. Sur les difficultés d’acquisition des engrais minéraux, il estime que les sols sont si pauvres qu’il faut des appoints. Le paysan Mahamadou Diarra, natif de Kobalacoro, Commune de Baguinéda, déplore également le problème d’accès aux intrants surtout les engrais minéraux. «En attendant la mise à disposition de la subvention de l’État, nous achetons le sac d’engrais entre 35.000 et 40.000 Fcfa», explique-t-il. «Nous sommes toujours en attente de l’engrais minéral. À part ce problème qui nous inquiète un peu, la campagne agricole est rassurante cette année car il pleut suffisamment», confirme Rokia Samaké, exploitante d’un demi-hectare de riz à l’OPIB. « L’État a déjà fait des acquisitions avec certains fournisseurs qui ont été déjà mises à la disposition de certaines structures agricoles’, annonce le directeur général de l’OPIB qui assure que les objectifs seront atteints si la pluie maintenait la même cadence. AMK/MD (AMAP)

Sécurité à Bamako : La garde plus que jamais haute

Reportage de Mohamed TOURE Bamako, 25 août (AMAP) Une attaque au poste de contrôle de Zantiguila, le 16 juillet 2022, puis une tentative d’incursion au camp militaire de Kati, le 22 juillet 2022. La menace terroriste s’était dangereusement rapprochée de la capitale du Mali et de certaines agglomérations. Depuis ces récentes attaques terroristes qui ont visé la garnison de Kati et certaines localités proches de Bamako, la capitale  malienne, les autorités ont pris des mesures fortes pour renforcer la sécurité. L’état-major général des Armées estimait, en juin dernier, que les groupes radicaux « essoufflés, sont soumis, depuis plusieurs mois, à une forte pression des Forces armées maliennes (FAMa) jusque dans leurs zones sanctuaires où ils disposaient d’un certain confort et d’une grande influence par le passé», Selon l’Armée malienne, les Groupes armées terroristes (GAT) ont «adapté leur mode d’actions et orienté désormais leur attaques lâches contre des cibles molles et des civils désarmés». Un changement de stratégie que confirme également le chercheur Ibrahim Maïga, conseiller spécial pour le Sahel à l’International Crisis Group (ONG spécialisée dans la prévention et l’aide à la résolution des conflits meurtriers). Cet expert souligne que les groupes terroristes ont adopté la stratégie de «ne plus affronter l’adversaire de façon frontale et de ne plus faire de l’occupation territoriale un objectif en soi». Et de rappeler que les GAT tentent, depuis quelques années, de tisser leur toile à travers le pays. Désormais, l’option privilégiée par les terroristes serait de «mener des attaques sporadiques, parfois ponctuelles sur des positions de l’armée, des camps ou des convois», estime-t-il. Les dernières incursions près de Bamako et à Kati seraient dans cette logique. « Des coups d’éclat voire médiatiques plus que de réelles actions militaires », ajoute le chercheur. DES TERRORISTES NEUTRALISÉS – Quand l’ennemi change de stratégie, il faut en faire de même. Les services maliens de sécurité ont adopté cette nouvelle posture. En riposte aux tentatives d’incursion et aux attentats kamikazes, les responsables sécuritaires ont instauré un dispositif considérable sur l’ensemble du territoire. Des mesures incluant des contrôles accrus sur les principaux axes, aux abords des bâtiments et lieux stratégiques sont perceptibles. Dans la capitale, des véhicules de police ont notamment renforcé les dispositifs existants au niveau de plusieurs édifices. Les forces de l’ordre mènent également des patrouilles, tout en faisant des descentes en certains endroits ciblés. « Des opérations spéciales qui ont permis l’interpellation de plusieurs suspects », selon des sources sécuritaires. Sur le front militaire, plus d’une centaine de terroristes ont été «neutralisés» entre le 19 juillet et 20 août dernier, selon l’état-major général des armées. «Ces derniers mois, l’Armée a mené un certain nombre d’offensives dont certaines ont abouti à la neutralisation de nombre de combattants des groupes terroristes, à la découverte de caches d’armes, de minutions et de provisions alimentaires. C’est aussi en représailles à la multiplication des attaques de l’Armée que ces groupes ont décidé de mener ses incursions», analyse Ibrahim Maïga. Selon lui, les groupes essayeraient aussi de «desserrer l’étau qui semble se resserrer sur eux dans une partie du territoire, en particulier dans le centre». Dans cette forme de lutte que les groupes terroristes ont adoptée, il arrive qu’ils emploient des techniques effroyables comme celles des cadavres piégés, récemment apparues au Mali. À ce sujet, Ibrahim Maïga déplore l’arrivée de ce mode opératoire au Sahel. «Au Sahel, on a un rapport particulier aux morts. Les proches ont besoin d’enterrer leurs morts. Le fait qu’un cadavre puisse servir de chair à canon ou de bombe est très inquiétant», relève-t-il. LOURD TRIBUT – Cependant, le chercheur estime que la réponse à la crise multidimensionnelle que traverse le Mali et d’autres pays du Sahel devra tenir compte de toutes les dimensions, en plus de la réponse militaire.  «On voit une montée en compétence de l’armée avec un renforcement en termes d’équipements militaires, un engagement beaucoup plus fort d’aller à l’offensive, de sortir de la position statique. Mais il est tout aussi important de s’intéresser aux autres dimensions», propose-t-il. Parmi ces réponses, la priorité, de son point de vue, serait d’améliorer la gouvernance dans les localités les plus touchées. «Il est important de rétablir la confiance entre les gouvernants et les citoyens. Une dimension qui a été négligée est la prévention. Les États ne doivent pas s’enfermer dans une seule dimension notamment celle militaire», suggère-t-il. L’expert rappelle que ce sont les civils qui payent le plus lourd tribut aux attaques et violences des groupes armés terroristes. «Ce qu’on peut craindre, les autorités en sont conscientes, ce sont des attaques plus ciblées notamment à Bamako qui auraient des résonnances médiatiques et politiques beaucoup grandes que dans l’arrière-pays», explique-t-il. Ainsi, Ibrahim Maïga juge que les populations ne doivent pas oublier le contexte et adopter des mesures de vigilance indispensables. Pour lui, cela passe par la sensibilisation et des mesures visibles. «Les populations doivent obéir aux consignes de sécurité, accepter de se faire checker (fouiller) à l’entrée d’un stade ou d’une salle de spectacle», conclut-il. La plupart des Bamakois que nous avons interrogés se disent rassurés par le renforcement du dispositif sécuritaire en certains lieux et services publics. «C’est bien de renforcer les contrôles devant le palais présidentiel, la Cité administrative et d’autres services publics, il faut, aussi, penser à faire de même au niveau des marchés, des écoles, des stades qui sont censés accueillir des milliers de personnes», préconise Moussa Dembélé, chauffeur de taxi. MT/MD (AMAP)

Appartements meublés : Le loisir côtoie des pratiques peu recommandables

Fadi CISSÉ Bamako, 23 aout (AMAP) Il est 16 heures, un vendredi. La semaine de travail s’achève. Adama Traoré alias Noss est tout joyeux et excité de passer le week-end en galante compagnie dans un appartement meublé, à Faladiè (Commune VI de Bamako). Il compte bien prendre du bon temps, après une semaine de labeur. À l’en croire, les appartements sont des endroits appropriés pour se relaxer en toute discrétion, accompagné ou pas, car l’intimité est aussi garantie. Et les frais de location ne coûtent pas une fortune. Avec 20.000 Fcfa, un tarif que notre interlocuteur estime abordable, on peut séjourner dans un cadre et calme. Depuis quelques années, beaucoup de citadins font comme Adama et louent des appartements destinés à l’origine à servir d’alternative à l’hôtel, pour les touristes et autres vacanciers. Un samedi matin du mois de juillet, aux environs de 9 heures, sous un ciel qui tarde à se débarrasser de ses nuages, la circulation est intense devant un immeuble imposant, situé à Hamdallaye ACI 2000 en Commune IV. Le ballet des voitures est très évocateur quant à la fréquentation des lieux. Généralement, ceux qui se donnent rendez-vous ici n’arrivent pas ensemble. Manifestement, il y a une volonté de passer incognito. Et d’éviter d’afficher des relations pas très catholiques. Il vaut mieux éviter des regards indiscrets lorsque l’on est homme ou femme marié et que l’on entretient une relation extra-conjugale. Bien souvent, les réservations sont faites à l’avance. Et certains débarquent avec des ustensiles de cuisine pour préparer à manger. Une manière de vivre tranquillement en couple, le temps d’un week-end. Comme les lieux sont bien fréquentés, les vendeurs à la sauvette ne se font pas prier pour venir proposer des objets. C’est ainsi que la clientèle des appartements attirent près de l’immeuble divers commerces comme de petits restaurants, des vendeurs de crédits  téléphoniques, d’objets de décoration de chambre et, hivernage oblige, de parapluies et imperméables. VIOL COLLECTIF – L’éventail de la clientèle des appartements est très large. Il y a aussi des jeunes filles et garçons qui les louent pour des fêtes d’anniversaire ou pour célébrer la fin de la vie de célibataire. Alima Tounkara aime y fêter ses anniversaires. Pour la circonstance, cette benjamine de famille aisée dit louer l’appartement à 50.000 Fcfa pour une journée. «On peut faire plus de choses entre filles qu’en présence de la famille. En plus, un appartement quand c’est très joli et bien décoré, on y fait de belles photos. Et c’est pratique, toutes les provisions sont sur place. On n’est pas obligé d’aller ailleurs», précise la jeune fille d’une vingtaine d’années. À l’occasion de l’enterrement de sa vie de jeune fille, Aminata Touré a loué un appartement pour une journée à 35.000 Fcfa. « L’idée, dit-elle, était juste de trouver un endroit chic pour fêter avec ses amies avant la célébration de son mariage ». Les réseaux sociaux fourmillent d’offres de location d’appartements. Localisation, tarifs et autres services disponibles sont présentés aux clients potentiels. Le phénomène compte donc beaucoup de partisans mais, aussi, des adversaires comme Saliou Kalapo. Ce chef de famille fait partie des parents qui dénoncent la location des appartements par les jeunes pour des pratiques mondaines. D’abord pour des raisons de sécurité car un participant peut avoir de mauvaises intentions à l’égard d’un des membres du groupe. Le sexagénaire propose donc de réglementer la location de ces appartements de loisirs en réservant leur accès aux adultes. Les craintes de Saliou Kalapo ne sont pas sans fondement car ces festivités en cercle privé peuvent déraper. Une jeune fille a été violée, le 12 juillet dernier, lors de la célébration d’un anniversaire, dans un appartement. Il s’agissait de l’anniversaire du copain de la victime. Celle-ci avait été invitée par son petit ami à prendre part à cette fête nocturne dans un appartement loué à Baco-Djicoroni Golf, en Commune V de Bamako. Durant la soirée, la jeune fêtarde a été victime d’un viol collectif, abusée jusqu’au petit matin. Ce drame souligne la nécessité d’encadrer et de sécuriser une pratique locative qui gagne en ampleur. Le phénomène, aujourd’hui bon enfant, pourrait finir par échapper à tout contrôle et fournir une couverture à des activités prédatrices et criminelles. FC/MD (AMAP)