A Diéma (Ouest), le baobab est un patrimoine familial
Par Ouka BA Diéma août (AMAP) Le baobab, cet arbre aux multiples vertus est, surtout, entretenu à cause de ses feuilles, que les femmes réduisent en poudre pour la préparation de la sauce du tô, ou pour rendre malléable le couscous. Dans le Cercle de Diéma, dans l’Ouest du Mali, particulièrement dans les localités à dominance soninké, le baobab est considéré comme un patrimoine familial, exploité généralement par les femmes. Chaque matin, quand le chef de famille sort du grenier la quantité de mil pour le plat du jour, en plus de la mesure de sel, il puise dans la réserve de poudre de feuilles de baobab, appelé « namougou fing ». Une fois que le maître de la maison réunit ces conditions, il est exempté de prix de condiments. C’est à la femme de se « débrouiller » seule pour trouver le reste des ingrédients et préparer à manger pour les membres de la famille. Parfois, si le plat n’est pas du goût d’une belle-sœur ou d’un beau-frère, celle-ci ou celui-ci ne se prive de le faire savoir à la cuisinière du jour, à travers sarcasmes et propos blessants pour la pauvre ménagère, du genre : « Même un âne ne peut digérer un tel met ! » Ici, comme un peu partout dans la zone, les feuilles du baobab sont beaucoup consommées. C’est pourquoi, à cause de l’importance de cet arbre, le propriétaire d’une parcelle de terrain, avec même un seul pied de baobab, n’accepterait jamais de la vendre, que ce soit une transaction en droit coutumier ou non. L’essence restera au compte de sa famille qui l’exploitera à sa guise. « Le jour où le propriétaire d’un terrain où se trouvent des baobabs décide de le vendre, forcément, les arbres feront partie de la transaction », estime, pour sa part Fousseiny Sissoko, un conseiller au chef de village, qui trouve absurde le contraire. Mahéta Sacko est imam à Diéma. Il soutient que tout est une question d’accord et de consensus. « Si celui qui vend sa parcelle de terrain, avec un ou plusieurs pieds de baobab, accepte de céder à l’acheteur ses arbres, il n’y aucun inconvénient. Il faut faire en sorte qu’aucune des deux parties ne soit lésée lors de la transaction :, explique-t-il. « L’Islam est bâti sur la paix et la cohésion sociale », commente le religieux. Selon Aïssata Konté, domiciliée à Diéma, « le baobab appartient surtout aux femmes. On en trouve généralement dans chaque maison. Les feuilles du baobab jouent un rôle important dans l’économie familiale car elles permettent de réduire parfois les dépenses des hommes. » « Pendant l’hivernage, on prépare souvent pour les cultivateurs de la boisson à base de poudre de pain de singe associée à la pâte d’arachide avec un peu de sucre. Une fois qu’ils consomment ce mélange, ils retrouvent la force et le courage et travaillent à cœur joie. C’est une boisson qui permet d’atténuer les effets des rayons solaires, si bien qu’à la fin de la journée, les travailleurs sentent moins de fatigue », révèle Aïssata. La présidente de l’Association de santé communautaire (ASACO) de Fassoudébé, Coumba Dia, affirme que dans leur village, les femmes plantent leurs propres pieds de baobabs dans leurs périmètres maraichers et les entretiennent comme les autres arbres fruitiers. Elles utilisent uniquement les feuilles de baobab et s’intéressent moins aux fruits. La dame poursuit : « Ce sont nos voisins maures qui en tirent le plus de profit. Ils font la cueillette du pain de singe et confectionnent des cordes avec les écorces qu’ils commercialisent. » Seibane Dicko, un maure habitant à Dabaye-Laklal, entretient quotidiennement le jeune pied de baobab qui se trouve devant sa case. Il empêche les animaux de l’effeuiller, lorsqu’ils se rendent aux pâturages ou en reviennent. Oumar Cissé est bourrelier. Superstitieux, il déclare que le baobab est un arbre qui porte-malheur. « La présence de cet arbre, dans une maison, dit-il, attire la détresse sur ses occupants ». Un homme aurait été obligé d’abandonner la maison qu’il louait, à cause d’un incendie survenu à plusieurs reprises. L’infortuné a vite fait de lier les sinistres à répétition à la présence dans la maison d’un grand baobab, vieux de près d’un siècle. Cet engouement des femmes pour le baobab contribuera à mieux sauvegarder cette espèce en voie de disparition. Une disposition sur laquelle l’Etat et ses partenaires peuvent miser pour soutenir davantage de projets de reboisement dans cette partie de la bande sahélienne, en proie à la désertification et l’avancée du désert. OB/MD (AMAP)
Le boom de la livraison de colis à Bamako
Par Kadiatou OUATTARA Bamako, 17 aout (AMAP La livraison connait un boom grâce au développement des ventes et des commandes en ligne. Jeunes hommes et femmes livrent nourritures, habits, chaussures, accessoires… Sogona Nanakassé est de ceux-ci. Âgée de 38 ans, elle est divorcée et mère d’un enfant. Dotée d’un physique imposant, débordante d’énergie, elle a opté pour ce métier. Officiellement conductrice de taxi-moto «Telimani», elle est également dans la livraison de colis depuis novembre 2020. Résidente de Moribabougou, Sogona Nanakassé fait la navette entre différents quartiers de Bamako, la capitale du Mali. Elle s’est achetée une moto de seconde main pour mener à bien son activité. La brave dame livre très souvent les colis des vendeuses «d’Abaya» et les commandes de «Mali Buru», de la pâtisserie «Artisan boulanger». « Les débuts n’étaient pas faciles, car j’ai commencé avec une moto de plus petite cylindrée pas très adaptée à ces activités », confie-t-elle en souriant. Son statut de femme posait aussi problème à certains tandis que d’autres en ont font une grande source de crédibilité. « C’est un travail qui ne me permet pas de subvenir à tous mes besoins, mais ça me permet de me nourrir, de payer la scolarité et les cours privées de mon enfant », se réjouit notre interlocutrice. Atteinte de sinusite, ce qui l’empêche, souvent, de travailler et de faire certains activités, Nanakassé s’accroche malgré sa santé fragile. Si Nanakassé évolue en solo, il existe aujourd’hui des sociétés spécialisées dans la livraison de colis. Kadialy Deka Diabaté est l’un des promoteurs de «I ka Tchiden, ton coursier». Créée en octobre 2020, cette société basée à Hamdallaye ACI 2000, emploie une dizaine de personnes, toutes des salariées. «On fait plusieurs types de livraisons», explique Diabaté. Il s’agit de livraisons de colis, de dépôts de courriers pour les structures, etc. « Nous faisons également les courses domestiques et les paiements de factures pour les clients », indique-t-il. À ces prestations, s’ajoutent les services de recouvrement et la livraison de colis pour les sites de vente en ligne. Le service « I ka Tchiden» est accessible grâce à des numéros de téléphone. « La coordination avec le livreur est faite à la demande du client. Les tarifs varient entre 1 000 et 3 000 Fcfa, selon la distance à parcourir », explique le patron. Cependant, ce métier n’est pas sans difficultés. La hausse du prix du carburant due au contexte économique international difficile impacte énormément les affaires des entreprises de livraison. Une autre difficulté est liée à la nature des produits livrés. « Des cas d’interpellations sont souvent enregistrés à cause du fait de la simple livraison de certains colis », confie un livreur qui souhaite garder l’anonymat. Il raconte avoir passé une nuit dans une cellule de prison à Kati. «Souvent, on nous fait livrer des colis sans qu’on sache ce qu’il contient», explique ce dernier. CONNEXION IMMÉDIATE – Pour s’en rendre compte, nous avons accompagné un livreur durant une journée, au cours de laquelle il a effectué une série de livraisons. Cheickna Samaké, c’est son nom. Diplômé en électricité, niveau Certificat d’aptitude professionnel (CAP), il est livreur pour la société « I ka Tchiden », depuis à sa création. Il se dit passionné par ce métier. Nous sommes vendredi. Il est 13 heures. Par un temps nuageux suivi d’une forte pluie, j’enfourche la moto de livraison du jeune homme, pour une immersion d’une journée. Il roule à grande vitesse pour arriver vite à destination. Du Quartier du fleuve à Djélibougou, en passant par Bozola, Niarela, Hippodrome, Korofina, il se faufile entre les véhicules pour éviter les bouchons. Une quinzaine de minutes plus tard, nous voici devant «La Croix Rouge malienne» à Djelibougou. Cheickna appelle le client au téléphone et lui livre son colis : un appareil «power bank» pour recharger les téléphones qui avait été commandé dans une boutique de vente en ligne. Après vérification, le client paye la commission du livreur. Direction Moribabougou, pour la seconde livraison. Arrivé à Titibougou, surgit une grosse tempête. On s’accroche à la moto. À présent à Moribabougou Tiônonkono, il pleut abondamment. On se met à l’abri dans une station service d’essence bondée de monde. Tous attendent la fin de la forte pluie pour vaquer à leurs occupations. Salimata Samaké, vendeuse de produits de beauté et d’accessoires, explique que ce métier de livreur lui est d’une grande utilité. Selon elle, les livreurs assurent la connexion immédiate entre le vendeur et son client. Surtout que le livreur peut retourner avec le colis pour l’échanger si le client n’est pas satisfait. Salimata soutient vivement ce métier car, c’est un pourvoyeur d’emplois pour les jeunes. Elle déplore les fluctuations quant aux prix de la livraison de la part de certains livreurs. « La mauvaise humeur de certains d’entre eux fait souvent fuir la clientèle », dénonce-telle. Dans tous les cas, ce métier est une alternative crédible au chômage massif des jeunes. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes (généralement diplômés) qui passaient la journée, assis au «Grin» à se tourner les pouces, sont en contact avec des sites de vente en ligne et autres prestataires de services. À l’aide de leur moto, ils livrent des colis à la demande des clients. Ils peuvent revenir s’installer au «Grin» en attendant, les yeux rivés sur le téléphone portable, le prochain appel pour une nouvelle livraison. KO/MD (AMAP)
Justice expéditive : Quand la clameur publique sévit
Par Bembablin DOUMBIA Bamako, 16 août (AMAP) Bamako, au mois d’avril. Le Ramadan tire vers sa fin. Un lundi, il est environ 4 heures du matin, à Faladjè en Commune VI de la capitale malienne. Au moment où certains se préparent à prendre leur «shour» (le repas de l’aube pour les jeûneurs), deux présumés voleurs de basin sont poursuivis par des jeunes du quartier. «Aw yé sòn minè !», arrêtez les voleurs !», crient-ils à l’antienne. Presque tout le secteur s’est réveillé en sursaut par cette clameur publique. Le doux et agréable sommeil des paisibles habitants s’est arrêté brusquement pour vite laisser place au bruit et à la clameur. Quelques curieux ouvrent leurs portes pour être parmi les témoins oculaires. Quelques instants plus tard, les jeunes arrivent à mettre la main sur l’un des deux «malfrats», qui se fait rouer de coups jusqu’au sang. Son «complice», armé de pistolet, parvient à s’échapper, en menaçant la foule avec son arme. Aux environs de 5 heures 30 minutes, pendant que des musulmans accomplissaient la prière de l’aube, dans une mosquée du quartier, des agents du commissariat de police du 10è arrondissement et de la protection civile interviennent pour extirper le voleur lynché de la fureur de la foule. «Laissez-le pour qu’on l’achève», fulminent encore certains badauds, visiblement écœurés de constater que le délinquant est toujours en vie. Cette scène est fréquente à Bamako. Les populations sont enclines à se rendre justice, chaque fois qu’un voleur ou présumé tel se fait alpaguer. Signe patent du déficit de confiance en notre système judiciaire. Nombre de citoyens pensent qu’en remettant les délinquants aux forces de l’ordre, ceux-ci seront libérés sans connaitre la rigueur de la loi. Celui que nous désignons sous les initiales de O.K fait partie de ces partisans de la justice privée. Il explique crûment, à qui veut l’entendre, être un adepte de la mise à mort systématique des voleurs. Pour ce trentenaire, la plupart des malfrats sont des «criminels» qui utilisent les armes à feu et n’hésitent pas à s’en servir contre leurs victimes. Notre interlocuteur estime que si on conduit ces individus à la police, ils seront relâchés. D’après lui, ces délinquants « économisent de l’argent pour qu’en cas d’arrestation par les forces de l’ordre, ils puissent sortir. O.K fait remarquer que certains malfrats demandent, parfois, de les remettre à la police. Il raconte une anecdote selon laquelle un présumé voleur a été un peu aspergé d’essence par des lyncheurs. Tout effrayé, le délinquant a prié le ciel de le livrer à la police. Peine perdue ! «Il a finalement été tué par ses bourreaux», rapporte O.K. Une autre interlocutrice, qui éprouve un sentiment mitigé face à la pratique, raconte ce qui s’est passé dans leur quartier, une nuit, quand un présumé voleur a été arrêté par les voisins qui voulaient mettre fin à sa vie. «Quand nous avons entendu les bruits dans la rue, nous nous sommes réveillés. Ainsi, deux porteurs d’uniforme de notre maison sont sortis pour sauver le délinquant et le remettre à la police», raconte la dame. Signalant qu’à cause de cette situation, leur famille a été «traitée de tous les noms d’oiseaux» par la foule en furie. Ironie du sort : quelques jours après notre entretien, la moto de notre interlocutrice a été volée. Des situations ont failli tourner au drame, à cause de cet acte extrajudiciaire. B.C. habite dans un quartier de la rive droite du fleuve Djoliba, dans la capitale malienne. Le jeune homme, âgé d’une vingtaine d’années, explique avoir failli perdre un frère. Le «pauvre» est sourd-muet. Ce jour-là, il est sorti vers 5 heures du matin pour récupérer des oiseaux avec une connaissance. «Au retour, mon frère est tombé sur notre mère dans la cour. Par peur, il s’est glissé sous le véhicule. Du coup, notre maman a crié au voleur. C’est ainsi que pour le faire sortir de sa cachette, nous avons commencé à lui jeter des cailloux. C’est après qu’il a crié de toutes ses forces que nous l’avons reconnu», raconte B.C, en hochant la tête. Il avait été blessé et transporté à l’hôpital où il lui a été diagnostiqué une thrombose (caillot de sang) dans la poitrine. B. C explique que son frère s’est aujourd’hui bien rétabli. Heureusement ! HISTORIQUE – Sur la question, l’enseignant-chercheur Dr Seydou Loua rappelle que cette pratique du lynchage a commencé dans les années 90-91, avec les mouvements de contestation qui ont fait partir l’ancien président, le général Moussa Traoré. « A l’époque, rappelle-t-il, on l’appelait «L’article 320 (qui correspondait à 300 Fcfa de litre d’essence et 20 Fcfa pour la boite d’allumettes». Ainsi, les gens ont commencé à se rendre justice. Cela a continué aujourd’hui jusqu’à aujourd’hui, pratiquement, un peu partout au Mali. D’après l’universitaire, ce phénomène est dû à certaine frustration de la population quelle explique par le fait que lorsque les présumés voleurs arrivent à la police ou à la justice, souvent par manque de preuves, ils sont relâchés. Et, une fois libérés, ces derniers «reprennent du service». «Donc, la population, à un moment donné en a eu assez et a décidé de se rendre justice elle-même», soutient Dr Seydou Loua. « Il y a aussi le fait que certains présumés voleurs tuent des gens lors de leurs actes », ajoute notre interlocuteur. Cependant, selon l’universitaire, il existe souvent des cas d’erreur. «Il y a des gens qui ont été lynchés à mort et après on s’est rendu compte qu’ils étaient des innocents», déplore l’enseignant-chercheur. Parfois, les gens sont lynchés pour un rien. M. Loua raconte que dans son quartier, un jeune a été brûlé pour avoir volé un sac de charbon. Pour juguler ce phénomène, l’universitaire pense qu’il faut rendre, réellement, la justice lorsqu’un délinquant se fait attraper. «Parce que les populations ne vont pas arrêter le lynchage tant que les présumés voleurs se feront libérer deux ou trois jours après leur arrestation pour récidiver», déclare Dr Seydou Loua. Selon lui, la police doit, aussi, faire son travail de prévention, en intensifiant les patrouilles et les enquêtes afin de diminuer considérablement
Les douanes maliennes s’installent à Conakry, en Guinée
Par Ahmadou CISSÉ Bamako, 16 août (AMAP) L’ouverture d’une représentation des Douanes maliennes à Conakry, s’inscrit dans la perspective de l’accroissement du trafic commercial entre le Mali et la Guinée. Douaniers maliens et guinéens sont satisfaits de la coopération et entendent travailler conformément aux instructions des autorités politiques de faire de Conakry, port naturel, et le plus proche du Mali. Ce rapprochement permet à l’Administration douanière malienne de sécuriser les recettes et de faciliter la chaine logistique. Le directeur général des Douanes, l’inspecteur général Amadou Konaté, qui a séjourné à Conakry, en Guinée, a procédé à l’ouverture officielle de la représentation des Douanes maliennes au Port autonome de Conakry, vendredi dernier. Lors de cette à cérémonie organisée devant les locaux réhabilités dans l’enceinte du Port autonome de Conakry, l’inspecteur général Amadou Konaté, qui était accompagné à Conakry de quelques proches collaborateurs, a également installé dans ses fonctions le nouveau représentant qu’il a nommé à ce poste depuis peu. Dans la capitale guinéenne, dans l’enceinte des Entrepôts maliens en Guinée (EMAGUI), Maliens et Guinéens ont ainsi célébré une nouvelle dimension dans la coopération douanière. Le patron des Douanes maliennes, qui n’a pas caché sa fierté de voir concrétiser une instruction forte des autorités des deux pays, a été reçu par le Premier ministre guinéen par intérim qui a magnifié la grande qualité des rapports fraternels qui lient les deux parties. «A titre de rappel, l’implantation d’une représentation des Douanes maliennes en Guinée est une des recommandations fortes de la Grande commission mixte de coopération entre le Mali et la Guinée, tenue à Bamako les 27 et 28 avril 2017 derniers. Cette préoccupation, nous l’avons réitérée lors de nos travaux des 2è et 3è rencontres bilatérales qui ont lieu, respectivement, à Kourémalé-Guinée et à Bamako, les 11 et 12 août 2016 et les 8 et 9 février 2022», a rappelé le directeur général des Douanes maliennes, dans son intervention. » «Nos deux administrations douanières, conformément à la volonté affichée de nos plus hautes autorités, ont été instruites de travailler ensemble pour faire de Conakry, port naturel du Mali, le corridor le plus rentable. Nous disposons, si heureusement, de tous les instruments de coopération pour traduire dans les faits cette volonté clairement affichée de nos autorités pour le bonheur de nos populations. L’ouverture de la représentation des Douanes du Mali à Conakry en est une illustration», a-t-il dit. L’inspecteur général Amadou Konaté a insisté sur la nécessité de créer, de part et d’autre, les conditions nécessaires au basculement du trafic au profit des ports de Guinée. Son homologue des Douanes de la Guinée a annoncé que les recommandations des rencontres bilatérales connaissent un niveau de mise en œuvre satisfaisant avec plus de 10 points satisfaits sur les 21. « C’est le lieu de réitérer notre ferme volonté à poursuivre les efforts conformément aux instructions des plus hautes autorités guinéennes », a-t-il dit. En marge de cette inauguration du bâtiment logé dans l’enceinte des EMAGUI, la délégation malienne a visité les installations portuaires, notamment les portiques, les scanners, le parc automobile et les centres d’interprétation des images de scan. Du grand navire où les conteneurs et les engins sont en cours de déchargement, aux scanners, entrepôts et aires de stationnement, en passant par les salles d’imagerie, le responsable des Douanes maliennes a tout visité. A tous les niveaux, les opératifs du port ont rassuré sur la fiabilité des mesures de sécurité prises pour rendre compétitif le port de Conakry qui est en cours d’extension à 100% de sa capacité actuelle. AC/MD (AMAP)
Marché Woonida à Bamako : La bonne affaire des écoliers petits porteurs d’occasion
Par Nahawa SANGARÉ Bamako, 10 aout (AMAP) Au marché «Woonida», vous ne pouvez pas les manquer !!! Les porteurs de bagages de circonstance. De jeunes écoliers qui portent les bagages ou des paniers de condiments des clientes et clients vers leur véhicule contre une petite rétribution. Ils s’imposent parfois par leur «agressivité». Le marché «Woonida» est devenu la zone de prédilection de ces jeunes écoliers porteurs en période de vacances. Ils se promènent dans le marché et proposent leurs services aux clients du marché. Pendant les vacances scolaires, le phénomène prend une autre dimension parce que ces jeunes écoliers s’essaient à cette activité, en vue de préparer la prochaine rentrée pour certains ou de subvenir à leurs petits besoins pour d’autres. En tout cas, ils sont nombreux à porter les bagages dans ce marché réputé pour ces condiments accessibles à toutes les bourses et où bien de personnes s’approvisionnent. Comme en ce premier jour du mois d’août. Il est environ 10h, sous un ciel un peu nuageux et dans un brouhaha ambiant, Moussa Diallo se faufile entre les clients et propose ses services à qui veut bien y recourir. Il répète à l’envi en bambara : «doni be taa», (Avez-vous quelque chose à faire porter). Il s’époumone parfois avant de reprendre son souffle et de poursuivre une cliente. La vieille dame, qui venait d’arriver accepte de se faire accompagner par le jeune porteur de bagages. A la fin des courses, celui-ci achemine le panier de condiments dans la voiture de la cliente qui lui tend, généreusement, un billet de 500 Fcfa. Le garçon de 14 ans nous a confié qu’il est élève en 8è année dans un établissement scolaire à Sébénicoro, en Commune V du District de Bamako. Il exerce cette activité pendant les vacances. «Je suis au marché à partir de 8h pour retourner à la maison aux environs de 18h. J’essaie de servir au mieux la clientèle afin d’avoir un peu d’argent pour aider ma famille à faire face à certaines petites dépenses mais, aussi, à assurer mes petits besoins», déclare le jeune écolier. Il dit laisser les clients lui payer ses services à leur convenance. Certains lui donnent des pièces (200, 300 voire 400 Fcfa), d’autres des billets de 500 ou 1 000 Fcfa. Il ne parle pas de sa recette journalière mais, tout porte à croire qu’il arrive à tirer son épingle du jeu. C’est aussi le cas de Nouhoum Traoré, un autre jeune élève qui habite au quartier Banconi. Il aussi porte le panier de condiments, les bagages des clients. Il pense pouvoir, avec le peu d’argent qu’il gagne au quotidien, soutenir sa mère et s’acheter des fournitures scolaires pour la prochaine rentrée des classes. «L’année dernière, j’ai payé moi-même mes fournitures grâce à ce travail de bagagiste», souligne-t-il. Contrairement aux deux premiers interlocuteurs, Samba Guindo a abandonné les bancs. Il pratique cette activité depuis deux ans maintenant. «Ce travail me permet de gagner dignement ma vie depuis que j’ai quitté l’école. Je ne sais rien faire d’autre que ça. Et ça me nourrit, même si certains ne perçoivent pas notre importance et nous agressent verbalement en nous traitant de voyous», relève le jeune homme de 19 ans. Il s’empresse, aussi, de préciser que tous ne sont pas pareils. « Certains clients sont très généreux avec nous », ajouteNS-t-il. Oumou Saye est une cliente. Elle se dit satisfaite des services des jeunes porteurs de bagages. « J’y ai recours chaque fois que j’arrive au marché. C’est une façon d’encourager la socialisation des enfants et de les préserver de la déviance », explique succinctement la dame. A la différence d’autres, une autre cliente déplore le phénomène et pense plutôt que ça devrait même préoccuper la société et interroger sur l’avenir de ces enfants. Elle invite « la communauté à veiller à l’éducation de nos enfants afin de leur garantir un avenir plus radieux ». Pour elle, « il est grand temps de sortir du schéma de la débrouillardise et de penser au bonheur des enfants ». NS/MD (AMAP)
Ségou : L’histoire de Biton attire des touristes maliens
Par Aminata Dindi SISSOKO Ségou, 05 aout (AMAP) Situé à une dizaine de kilomètres de Ségou (Centre), sur la route de Bamako, Sékoro est aujourd’hui un bourg cosmopolite habité par les Bambara, les Bozos et les Somono, les Peulhs, les Maures, les Dogons et les Sonrhaï. Le village dont l’appellation fait l’objet de plusieurs interprétations, entre Sékôrô, l’ancien pouvoir et Cheick kôrôbakadugu, village du vieux Cheick (marabout qui s’installa sur les lieux en construisant une mosquée), fut la première capitale du royaume bamanan de Ségou fondé par Biton Mamari Coulibaly, entre 1712 et 1755. Jadis appelé «Yirikourounjiè», il serait fondé par Cheick kôrôbaka qui serait venu avec ses talibés, se serait installé au bord du fleuve et fit construire la première mosquée qui prit son nom. De nos jours Sékoro recèle encore un patrimoine culturel important au nombre desquels l’on peut citer la tombe de Biton Mamary Coulibaly, premier roi Bamanan de Ségou, les sept vestibules (Biton Blon) reconstruits à côté de la sépulture de l’illustre homme, la mosquée de Ba Sounou Sacko ou la mosquée de la mère de Biton et la première mosquée construite par Cheick Marouf (Syrien) le fondateur du village. La tombe de Biton Mamary Coulibaly jouxte le «Biton blon». Cet impressionnant bâtiment de style soudano-sahélien servait à accueillir les conseils du trône pour la prise des grandes décisions et les hôtes de marque. Pour accéder au site, le visiteur doit passer par le chef de village qui le fait accompagner d’un guide. Il n’y a pas de prix fixe pour la visite. Selon une source, elle se fait à la tête du client entre 2000 Fcfa, 5000 Fcfa et 10.000 Fcfa. Selon le guide Amadou Traoré, à l’instar des autres sites du village, les visiteurs viennent également visiter la tombe de Biton Coulibaly. «Il y en a qui viennent dans l’intention de visiter les sept vestibules. On les fait visiter également la tombe. Il y en a qui viennent uniquement pour la tombe mais doivent forcément traverser les vestibules avant d’accéder à la tombe» relève-t-il. Comme pour dire que la tombe et le «Biton blon» sont indissociables. PÔLE TOURISTIQUE– D’après lui, des gens viennent sur la tombe pour exprimer leurs vœux. Car, selon les croyances, les vœux sont généralement exaucés. «Ceux qui ont des difficultés à se marier, à avoir du boulot, les couples qui n’arrivent pas à enfanter, ou ceux qui ont d’autres soucis viennent à la tombe exprimer leurs vœux. En retour, si leurs vœux sont exaucés, ils viennent avec des présents qu’ils déposent soit sur la tombe soit ils les donnent au chef du village», explique-t-il. Les visiteurs maliens sont de plus en plus nombreux à se rendre à Sékoro, pres de Ségou (Centre) pour visiter la tombe et les 7 vestibules de l’illustre fondateur du royaume bambara. Mais les nationaux n’arrivent pas à combler entièrement le vide laissé par les visiteurs étrangers qui se font rares actuellement, à cause de la situation sécuritaire Amadou rappelle que la tombe aussi bien que les autres sites de Sékoro étaient une destination pour de nombreux touristes étrangers et nationaux. Mais avec la situation sécuritaire actuelle, le nombre des visiteurs étrangers a drastiquement baissé. «On était débordé par les visites et on gagnait beaucoup d’argent. Mais cela n’est plus le cas aujourd’hui», confie-t-il. Et de souligner que les nationaux constituent actuellement le gros des visiteurs. «Nous recevons des étudiants, des écoliers. Les missionnaires en transit profitent pour visiter. Certains nationaux quittent expressément Bamako pour visiter les lieux. D’autres profitant de leur séjour à Ségou pour un mariage ou un baptême viennent également visiter nos sites. Des fois, on peut atteindre une soixantaine de personnes par jour. Parfois, on ne dépasse pas 10. Souvent, on n’atteint même pas ce nombre», dit-il, soulignant que quelques rares étrangers viennent de temps à autre. Le directeur régional du tourisme et de l’hôtellerie, Gaoussou Fofana nous confie que la tombe de Biton tout comme les autres sites de Sékoro constitue un pôle touristique. «Sékoro est un site qui contribue à la promotion du patrimoine culturel. Il regorge beaucoup de potentialités en matière de tourisme mais malheureusement on n’arrive pas à les valoriser à hauteur de souhait faute de ressources financières», déplore-t-il. S’exprimant au sujet de la tombe de Biton, il explique que la sépulture fait partie des produits touristiques de Sékoro. Elle immortalise l’illustre roi qui est le fondateur du célèbre royaume bambara. «Des visiteurs viennent pour vénérer la tombe. Certains viennent pour prendre des photos», confie Gaoussou Fofana qui confirme que la crise a fait chuter le nombre des visiteurs étrangers. Cependant, se réjouit-il, elle a permis de changer de fusil d’épaule en matière de politique. «On avait une politique orientée vers les étrangers. La crise nous a permis de changer la politique en nous tournant vers les Maliens. De plus en plus de Maliens s’intéressent à nos produits», se réjouit le professionnel du tourisme. L’année dernière on a reçu des colonies de vacances venant de Sikasso, de Djenné. » Même s’il n’existe pas de statistiques sur le nombre de visites, on peut constater, pour le moment, que les nationaux visitant les sites sont loin d’atteindre le nombre des étrangers que la capitale des Balanzans accueillait. Du coup, des difficultés de mobilisation des ressources financières se font jour et rendent plus difficiles les travaux d’entretien. ADS (AMAP)
Festival africapitales, Bamako à Paris : La capitale malienne sous les feux e l’actualité culturelle et artistique
Par Moussa BOLLY Bamako, 05 aout (AMAP) Durant tout le mois de mars 2022, le festival «Africapitales, Bamako à Paris» a donné la parole aux acteurs culturels pour faire découvrir la culture malienne sous toutes ses formes et dans son immense diversité. A partir de la Goutte-d’Or, le Mali artistique et culturel s’est ainsi déployé sur six lieux partenaires du 18è Arrondissement de Paris, en France, entre le 1er et le 31 mars 2022. Organisé par Zakariae Heddouchi (auteur, interprète chanteur et musicien multi-instrumentiste…), ce festival fut pour les passionnés d’art et de culture une belle occasion de découvrir ou de redécouvrir la création malienne contemporaine considérée à juste titre comme l’une des plus riches d’Afrique voire du monde. Permettre aux publics de différents horizons (artistes, chercheurs, acteurs privés, promoteurs de spectacles et autres entrepreneurs culturels…) de découvrir une culture à travers différents «cocktails d’évènements» ! Tel est l’objectif principal du festival «Africapitales». Une initiative originale visant à mettre une capitale africaine sous les projecteurs de l’actualité culturelle et artistique. Et c’est Bamako qui, du 1er au 31 mars 2022, a inauguré ce nouveau cycle de programmation du «Lavoir Moderne Parisien» (LMP) sous le nom de : «Africapitales, Bamako à Paris». Un événement qui s’est déployé sur tout un mois pour célébrer la créativité d’artistes et d’acteurs culturels maliens reconnus ou méconnus, créant du coup un pont entre le Djoliba et la Seine. Des expositions, des concerts, des projections de films, du théâtre, des expositions, des conférences, des ateliers, des défilés, des boutiques éphémères… des «Hyper-Rencontres» qui ont fait du «Lavoir Moderne Parisien» (35 rue Léon) une éblouissante vitrine de la fascinante créativité culturelle et artistique malienne. L’organisateur principal, Zakariae Heddouchi, a conçu l’événement comme «une vitrine de la scène artistique et culturelle malienne» afin de susciter «un éveil citoyen grâce aux industries créatives». Ce festival est le fruit de plus de six mois de réflexion grâce à la ténacité d’un comité d’experts parmi lesquels le comédien dramaturge Adama Traoré de «Acte Sept». DIALOGUE ENTRE LES ESPACES – «La Banque mondiale met en place des programmes pour des villes africaines données, en délimitant des espaces, en créant des zones résidentielles pour l’économie, mais en oubliant parfois la place des écoles, des théâtres, etc. Il y a une réflexion à mener sur l’occupation de l’espace. Nous sommes partis de ce manque», a confié ce dernier à nos confrères de «Jeune Afrique» en amont du festival. «Il faut en finir avec la notion de Françafrique parce que la France n’est pas un continent et l’Afrique n’est pas un pays. Nous avons travaillé pendant six mois pour repenser le dialogue entre les espaces, en mettant volontairement des villes en avant…», a précisé dans le même entretien le Marocain Khalid Tamer, président de la compagnie «Graines de soleil» et membre du Comité d’experts. Ce festival va au-delà d’une simple promotion culturelle en faisant de la place au débat sur la crise politique et sécuritaire du Mali qui impacte négativement tous les secteurs de la vie du pays. C’est ainsi que le 12 mars dernier, l’Union des ambassadeurs franco-maliens était à l’honneur pour échanger, apporter des outils et des pistes de réflexion sur la question de la coopération. «Le débat ne doit pas se faire qu’avec les politiques. Il y a toute une frange de la population malienne, en interne ou issue de la diaspora, qui aimerait se faire entendre. Il faut donner la possibilité à la jeunesse de s’exprimer dans ces espaces de rencontres pour qu’elle puisse défendre sa culture et se réaliser», a justifié Adama Traoré. «Aujourd’hui, la guerre et le terrorisme ont envahi le débat public. On ne parle plus de cette richesse culturelle qui pourrait redonner une vision au Mali… On espère interpeller la diaspora pour qu’elle participe à la construction de la démocratie avec les Maliens», a ajouté Khalid Tamer. «La culture, les arts, le sport ou les débats d’idées constituent une stratégie de soft power qui attire les talents et organise leur influence, c’est-à-dire l’addition des liens noués ici et là pour co-construire un avenir avec la jeunesse. S’inscrivant dans cette logique, l’Association internationales des maires francophones (AIMF) ne pouvait qu’apporter son soutien concret à cette initiative (Paris-Bamako), en ces moments cruciaux de la relation entre le Mali et la France», a également souligné M. Pierre Baillet, Secrétaire permanent l’AIMF. «Africapitales, Bamako à Paris» est un voyage en aller/retour. C’est ainsi que le festival va se déplacer à Bamako courant octobre/novembre 2022 avec des artistes, des intellectuels et de nouveaux spectacles. La diaspora du quartier de la Goutte d’Or sera aussi de la fête. «Petit à petit, nous parviendrons à créer une Afrique-monde», espère le comité d’experts. «C’est entre les éditions que la réflexion se poursuivra. Nous continuerons ce travail de structuration. Africapitales peut servir d’exemple pour lancer de bonnes pratiques avant la deuxième édition qui se concentrera sur une autre ville africaine», conclut Adama Traoré. MB/MD (AMAP)
Curage des caniveaux à Bamako : Le casse-tête de l’évacuation des déchets
Par Souleymane SIDIBE Bamako, 04 août (AMAP) Depuis quelques temps, le curage des caniveaux, considéré comme le meilleur moyen d’empêcher la stagnation des eaux de pluie pendant l’hivernage, est en cours dans les communes et quartiers du District de Bamako, la capitale malienne. Mais le problème est qu’après le nettoyage, les détritus trainent longtemps aux abords des caniveaux avant d’être évacués. A Hamdallaye ACI 2000, Mohamed Dicko gère une boutique d’articles divers. Devant son commerce, des déchets, mottes de boue, bouteilles, sachets et autres détritus agressent le regard. «Cela fait cinq jours que le curage des caniveaux est en cours. Après avoir curé, ils ont laissé derrière eux un tas d’ordures devant ma boutique. Cela joue beaucoup sur ma clientèle. Tant que ces déchets sont là, certains clients ne pourront jamais accéder à mon magasin», se plaint le commerçant. «Ces détritus posent des problèmes comme les moustiques, les mouches et peuvent aussi provoquer d’autres maladies, sans oublier les odeurs nauséabondes qu’ils dégagent», ajoute M. Dicko. Le commerçant d’origine mauritanienne n’est pas le seul à se plaindre de la situation. Presque tous ses voisins sont touchés par le problème. «Quand ils ont enlevé les dalles pour nettoyer les caniveaux, la plupart des déchets y sont retournés, faute d’avoir été évacués», ont affirmé plusieurs habitants du quartier. Le curage des caniveaux se fait aussi par les volontaires. Le week-end dernier à Lafiabougou en Commune IV, des jeunes se sont mobilisés pour assainir leur quartier. «C’est une action que nous menons chaque année pour la santé de tout le monde. Nous voulons que les autres prennent l’exemple sur nous», a dit le coordinateur du groupe de jeunes que nous avons rencontré au niveau du «frou-frou carré». Le geste est noble sauf qu’après, le curage des caniveaux, les déchets ne sont pas enlevés et on se retrouve avec des tas d’ordures le long des voies. Les riverains sont ainsi envahis par les odeurs et l’état de certaines rues laisse à désirer. La gestion des ordures a toujours été au centre des débats, surtout pendant l’hivernage. Et l’un des reproches faits par les populations est le retard dans le ramassage des ordures après le curage des caniveaux. Après Hamdalaye ACI, notre équipe de reportage a mis le cap sur Kalabancoura ACI où se déroulait une opération de curage des caniveaux. Ici, ce n’était pas un groupe, mais deux personnes qui travaillaient dans une grande rue. L’un creusait à l’aide d’une pioche alors que l’autre, muni de pelle, ramassait les ordures. Les deux hommes étaient chaussés de bottes et portaient, chacun des gants. «Notre travail consiste à enlever les déchets, mais le ramassage ne fait pas partie de notre contrat», précise l’un d’eux qui était torse nu. Sur le long de la voie, on pouvait voir de nombreux monticules d’ordures. Chez les habitants du quartier, comme chez les usagers de la route c’est le ras-le-bol. «Chaque année, c’est le même spectacle. Les caniveaux sont curés mais les déchets ne sont pas ramassés», s’offusque un passant. DEBLAIS NON ENLEVES – Après les fortes pluies du mercredi 22 juin, les abords des caniveaux de Lafiabougou ressemblaient à un dépôt de transit. Les eaux usées ne coulaient plus. Pour le chef du service de l’Assainissement et du contrôle des pollutions et des nuisances de la Mairie de la Commune IV, le curage est de qualité mais le problème est que les déchets ne sont pas évacués à temps. «On est en période d’hivernage. Après les pluies, les déblais enlevés retournent dans les caniveaux. C’est ce phénomène qu’on est en train de vivre», lâche Oumar N’Faly Camara, avant d’inviter les entreprises chargées des déchets de revoir leur copie. «La Mairie n’a qu’un camion benne de 7m3 qui n’est pas souvent en bon état. Ce seul engin ne peut pas couvrir les efforts de curage des huit quartiers de la Commune IV. Il faut qu’il y ait un engagement politique au niveau national. La part de l’assainissement dans le budget national n’a pas encore atteint 1%, donc il faut plus d’efforts», a expliqué Oumar N’Faly Camara. Le rôle de la mairie est de contrôler la conformité. «Nous menons des missions de contrôle dans tous les quartiers. Chaque jour, nous enregistrons des plaintes par rapport aux rejets des eaux usées dans la rue, des caniveaux et des parcelles. Entre voisins aujourd’hui, c’est un casse-tête. L’une de nos missions, c’est l’intermédiation. Nous intervenons pour faire appliquer la loi et sensibiliser les contrevenants», a expliqué le responsable municipal. Oumar N’Faly Camara a aussi évoqué l’insuffisance des ouvrages et la mauvaise conception ainsi que le mauvais comportement de certaines personnes. « Le réseau de drainage des eaux pluviales de la Commune IV est insuffisant et mal conçu. Cela ne permet pas de drainer toutes les eaux. Ainsi, quand il pleut, on constate des stagnations importantes en plusieurs certains endroits », signale le chef du service de l’Assainissement et du contrôle des pollutions et des nuisances de la mairie de la Commune IV. Malheureusement cette situation est presque identique à l’échelle de la capitale, où on trouve des caniveaux sous-dimensionnés et très mal conçus pour recueillir et drainer les eaux pluviales. La population et les usagers en payent le prix en termes de pollutions et d’insalubrité. SS/MD (AMAP)
Production du pain : La hausse du prix du blé entraîne des perturbations
Bamako, 2 août (AMAP) Des boulangeries de Bamako, au Mali, ont connu, lundi, une perturbation dans la production du pain en raison de la hausse du prix du sac de farine de 50 kg qui, selon les boulangers, est passé de 25.000 Fcfa à 27.500 voire 28.000 Fcfa. Pour rappel, la miche de 250 grammes était vendue à 270 Fcfa et celle de 300 grammes à 300 Fcfa. Dans certains points de vente, le pain, s’il était disponible, était vendu un peu plus cher que les prix habituellement convenus. « Nos efforts pour rencontrer le département afin de trouver une solution au problème sont restées vains. Alors face à cette situation où tout est cher à savoir l’huile et le carburant, on ne peut pas continuer à produire du pain », lance le secrétaire général de la Fédération syndicale des boulangers et pâtissiers du Mali, Ahmed Dembélé, pour expliquer les raisons de cet arrêt de travail. Le syndicaliste précise que ce mouvement est plutôt un arrêt de travail et non une grève. Joint au téléphone, un responsable du département de l’Industrie et du Commerce a assuré ne pas être au courant de la publication dimanche du communiqué du Cadre de concertation de la filière portant sur la suspension de la production du pain à partir du lundi 1er août 2022. Dans ce communiqué, le président du Cadre de concertation de la filière pain, Mohamed Lamine Haïdara, a annoncé la levée du mot d’ordre de grève et a invité, en conséquence, les boulangers à continuer à produire le pain. Il a précisé que cette levée du mot d’ordre fait suite à une invitation du gouvernement pour une rencontre prévue aujourd’hui (Ndlr, mardi) à 15 heures dans la salle de conférence du ministère de tutelle « afin de discuter des difficultés que rencontre la filière pain ». En attendant cette rencontre, des consommateurs ont parcouru, lundi, plusieurs boutiques ou boulangeries sans obtenir le précieux pain. A la boulangerie «Ami», à Samanko II, dans la Commune du Mandé, le personnel avait déserté les lieux. Seuls quelques livreurs de pain étaient présents. Ceux-ci se plaignaient de la fermeture du point de vente. « Comment vais-je faire désormais pour gagner mon prix de condiments ? », ne cessait de fulminer Youssouf Katilé, livreur de pain. Certaines boulangeries ont produit mais en quantité très réduite comparativement à leur production habituelle. C’est le cas à la boulangerie «Nourah» de Sébénicoro. Les travailleurs ont fermé boutique très tôt car ils n’avaient pas de quoi satisfaire la forte demande. Evoquant les raisons de ce mouvement spontané, le directeur des opérations de l’usine Amawai, Emmanuel Poudiougou, a expliqué que la hausse du prix du sac de farine est due à l’augmentation de celui du blé à l’international et à la cherté de la vie actuellement. La tonne du blé est passé de 300 à 495 Euros (soit de 196.800 à 324.720 Fcfa). « Tout ce qui est lié à la production a fait l’objet d’une augmentation. Aujourd’hui, on se débrouille pour pouvoir alimenter l’usine et éviter l’arrêt complet. Mais on ne peut pas vendre à perte », a dit M. Poudiougou. « Avec la nouvelle campagne, le prix du blé commence à baisser sur le marché mondial. Peut-être dans les semaines à venir, le prix va baisser dans notre pays », a espéré le directeur des opérations de l’usine Amawai. Le directeur général du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC), Boucadary Doumbia, a assuré ne pas être au courant d’un mot d’ordre de grève qui devait être observée lundi. A l’en croire, la production du pain n’a pas été perturbée à Bamako. FC/MD (AMAP)
Dr Aly Tounkara, directeur du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel (CE3S) : «La présence de Barkhane au Niger n’est qu’un redimensionnement de sa visibilité »
Par Dieudonné DIAMA Bamako, 26 juil (AMAP) L’Armée française a redéployé ses soldats engagés au Sahel sur le territoire nigérien, après avoir quitté le Mali. Pourquoi le choix de notre grand voisin de l’Est? Pourquoi un changement de paradigme dans la coopération militaire avec ce pays? Qu’est-ce qui pousse la France à se maintenir au Sahel malgré le sentiment anti-présence exprimé dans plusieurs pays de la région? Autant de questions auxquelles a répondu Dr Aly Tounkara, directeur du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel (CE3S) dans un entretien avec l’AMAP. Pour le spécialiste de sécurité au Sahel, le choix du Niger pour le redéploiement de la Force Barkhane permet à la France de rester le plus près possible du dossier malien. Et, en même temps, d’avoir un regard vigilant sur ce qui se passe en termes de sécurité dans le Liptako Gourma, cette zone frontalière entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Dr Tounkara estime que le contrôle de cette partie dite zone des «trois frontières» est un des enjeux importants pour l’Hexagone. Une autre raison, et pas la moindre, selon le directeur du CE3S, est la préservation des intérêts des compagnies françaises comme Areva, Total, Bouygues, etc. Dr Tounkara livre également son analyse sur le changement de paradigme que l’Armée française entend opérer avec son redimensionnement au Niger. D’après lui, le sentiment anti-français (anti-politique française, plus précisément), exprimé un peu partout dans les pays du Sahel, témoigne de la nécessité pour Paris, à défaut de se remettre en cause, de questionner clairement sa manière d’agir dans la région, notamment le fait d’être perçu comme le premier acteur dans la lutte contre les groupes radicaux violents. Se référant à ce qui s’est passé au Mali, l’analyste soutient que c’est quelque chose qui pourrait s’apparenter à une sorte d’empiètement sur la souveraineté des États. Face à cette situation, selon Dr Aly Tounkara, la France s’efforcerait, aujourd’hui, à jouer un rôle accessoire, tout en restant aux côtés des forces partenaires nigériennes sans se substituer à elles. Il précise que c’est ce qu’elle faisait, jusqu’à une période récente, qui a provoqué ces différents soulèvements et la manifestation du sentiment anti-français çà et là. Malgré cela, le chercheur soutient que la présence de la France au Niger n’est autre qu’un redimensionnement de sa visibilité. « Car les finalités recherchées par cette présence demeurent la préservation des intérêts des compagnies françaises dans le Sahel », estime-t-il. En plus, de faire en sorte que la France reste influente sur le plan international à travers le Conseil de sécurité des Nations unies par sa présence dans le Sahel. Le directeur du CE3S estime, également, que cette présence lui permet de s’intéresser aux routes clandestines empruntées par les candidats à la migration irrégulière qui passent par les zones méditerranéennes pour regagner l’Occident. Pour lui, « les finalités de cette présence ne vont pas connaître de mutations mais ce sont les manières d’agir qui vont s’accommoder au gré des sentiments anti-français en matière politique et militaire exprimés çà et là ». PRÉSENCE DISCRÈTE – Pour Dr Tounkara, au Niger, on peut parler d’une présence discrète symboliquement. Mais au fond, quand on interroge certains officiers supérieurs de l’Armée nigérienne, des personnalités non des moindres parmi les populations, on se rend compte que ce redimensionnement de la Force Barkhane au Niger serait une affaire entre Paris et le président Mohamed Bazoum et certains de ses lieutenants. « Même si cette présence est légale car approuvée par l’Assemblée nationale, elle est loin d’être une volonté populaire affichée par les Nigériens », dit le chercheur. À propos de l’argument d’opérations ou patrouilles conjointes mis en avant avec ce redéploiement de la Force Barkhane, Dr Tounkara explique que c’est un concept qui voudrait dire que « dorénavant, les militaires français vont évoluer sous le commandement de l’Armée nigérienne ». Il estime que « c’est un beau discours » mais qu’il serait difficile pour la France de rompre avec les habitudes anciennes caractérisant sa présence militaire au Sahel. «Ça m’étonnerait fort que l’état-major nigérien planifie ou prenne des décisions et des initiatives, en associant l’Armée française comme un élément accessoire et que ces décisions soient exécutées», estime Aly Tounkara. D’après lui, « si la France venait à évoluer militairement sous la coupole de l’état-major nigérien, en termes d’opérations conjointes à mener, d’initiatives sécuritaires à réfléchir et à expérimenter, ce serait une aubaine pour l’Armée nigérienne ». Cependant, prévient le chercheur, il ne faut pas crier victoire car, «il serait naïf de penser que. du jour au lendemain, la France fasse fi de pratiques qui remontent à des siècles au nom d’une coopération d’égal à égal». Il pense plutôt qu’il faut concevoir une telle volonté de l’État français comme une quête de légitimation ou de légitimité de la part des éléments réticents au sein de l’Armée nigérienne à cette présence. Dr Tounkara rappelle que « ce qui a été reproché à la France au Mali et au Burkina Faso, à certains égards, c’est cette volonté de voir les Armées partenaires comme des accessoires et échappatoires ». «Cette image a beaucoup joué en défaveur de la France. Aujourd’hui, elle chercherait à changer cette image dont elle a été étiquetée dans le dossier malien», analyse Aly Tounkara qui soutient que ce sont des stratégies de positionnement sur le plan militaire, d’acceptabilité qu’orchestrerait, aujourd’hui, l’Armée française au Niger, en vue de plus de légitimité et, même, d’efficacité en termes de partenariat entre les deux pays. REDORER SON BLASON – Pour le directeur du CE3S, si le changement de paradigme venait à être opéré par l’Armée française, cela va, forcément, demander des efforts importants à consentir d’abord par l’élite politique française au pouvoir. Il s’agit, pour cette élite, de s’abstenir de s’ingérer dans les affaires éminemment internes des pays telles que les questions d’intégrité territoriale, de révision constitutionnelle, de choix politiques, entre autres. Le spécialiste estime, aussi, que la France aurait aujourd’hui tout à gagner en acceptant de sortir progressivement de son regard condescendant vis-à-vis des Armées partenaires. «Cela va beaucoup l’aider à redorer son blason. Une fois

