Validation des données biométriques : Il faut se réveiller tôt
Par Aboubacar TRAORE Bamako, 16 fév (AMAP) Certains usagers arrivent sur les lieux entre 3 et 4 heures du matin pour s’assurer qu’ils seront enregistrés. Une affluence qui pourrait être encore plus grande dans les jours à venir avec l’appel à la mobilisation lancée par les autorités compétentes. En effet, dans la perspective de la production de la Carte nationale d’identité biométrique sécurisée, le gouvernement a lancé du 9 janvier au 31 mars prochain une large campagne d’authentification et de mise à jour des données biométriques. Dans cette dynamique, le site internet sécurisé www.jevalidemonnina.ml est mis à la disposition des usagers. En outre, des points spécifiques sont installés dans les commissariats de police, les brigades de gendarmerie, les centres principaux d’état civil, les préfectures pour l’intérieur du pays, et dans les missions diplomatiques et consulaires, pour l’extérieur. Pour s’imprégner du bon déroulement de l’opération, notre équipe de reportage a sillonné certains centres de Bamako, la capitale malienne. En début de matinée de ce lundi, le centre de validation de la mairie de Sogoniko, en Commune VI du district de Bamako est déjà noir de monde. Dehors, les parkings débordent de motos des deux côtés de la voie. Installé dans l’arrière-cour de la municipalité, le bureau minuscule abritant les activités est pris d’assaut. La trentaine révolue, Abdoulaye Kodio est 26è sur la liste des 100 premières personnes. «Il y a trop de monde. Pour avoir une bonne place dans le rang, il faut venir très tôt se faire enregistrer sur une liste. Souvent, les gens viennent entre 3 heures et 4 heures du matin pour être sûr de passer. » Maïmouna Sylla est venue depuis 6 heures, ce lundi, accompagnée de ses deux sœurs. «Nous sommes de Magnambougou, c’est assez proche de la mairie. C’est pourquoi nous sommes venues à 6 heures, sinon ceux qui viennent de loin arrivent généralement vers 4 heures pour pouvoir passer le même jour», explique notre interlocutrice. Salia Sangaré est le chef d’équipe de la commission de validation au niveau de ce bureau. Il est aussi chargé des élections et du recensement de la mairie de la Commune VI. Il confirme que les gens arrivent souvent à 3 heures du matin pour s’inscrire sur la liste du jour. Il explique que les 100 premières personnes sur la liste sont prioritaires. Cette liste peut être complétée par ceux qui viennent former le rang après le début du travail à 7 heures. M. Sangaré assure que son équipe peut prendre jusqu’à 200 personnes par jour. Il regrette que beaucoup d’usagers viennent pour tenter de changer leur date de naissance à travers le volet correction des données. Alors que cette opération a été exceptionnellement autorisée par les autorités au profit de nos compatriotes établis à l’extérieur. «Nous travaillons tous les jours ouvrables de 7 heures à 16 heures sauf les jeudis où nous envoyons les machines pour l’exportation des données validées au niveau du Centre de traitement des données d’état-civil (CTDEC), conformément aux instructions», souligne le chef d’équipe. AFFLUENCE CONTRASTÉE – Au niveau de l’équipe d’enrôlement, un premier groupe d’agents s’occupe de faire les photos et procéder au renseignement des fiches. Le second groupe reçoit les réclamations pour les corriger. Il s’agit notamment des changements d’adresse, de profession. Pour changer d’adresse, l’intéressé doit joindre la copie du certificat de résidence au formulaire de réclamation qu’il remplit. Pour le changement de profession, il faut apporter la copie de la carte professionnelle. Du début des opérations à la date du mercredi 15 février, l’équipe du centre principal d’état-civil de la Commune VI dirigée par Salia Sangaré, a enregistré au total 3 147 renouvellements biométriques. À l’opposé de la grande affluence au centre principal d’état-civil de la Commune VI, il y avait peu de demandeurs au niveau du commissariat de police du 7è arrondissement de Sogoniko pourtant situé juste à un jet de pierre. Au moment où notre équipe de reportage est passée, il n’y avait que quelques personnes qui patientaient en rang. L’unité de mise à jour composée de trois policiers nous a confié avoir déjà traité les opérations pour une trentaine de personnes avant notre arrivée. Selon plusieurs informations que nous avons recueillies, les demandeurs préfèrent s’orienter vers les centres principaux d’état-civil plutôt que les commissariats et les brigades de gendarmerie. DÉFICIT DE COMMUNICATION – Au niveau de la mairie de la Commune V, notre équipe de reportage a été surprise d’apprendre que les opérations n’avaient pas encore débuté à la date du mercredi 15 février. Selon le secrétaire général, la mairie de la Commune V n’a pas reçu d’information officielle portant sur le début des opérations de mise à jour des données biométriques. « Nous avons seulement reçu l’instruction par un message Rack qui s’adressait à la cellule technique d’orientation des usagers qui était logée ici, mais qui a été transférée au niveau du commissariat de police de Torokorobougou », explique Boubacar Berthé. Il a précisé qu’à ce jour, les deux postes qui travaillent sur la biométrie ne s’occupent que de la pérennisation des opérations du Recensement administratif à vocation d’état civil (RAVEC), notamment l’enrôlement et la correction. Notre interlocuteur assure que chaque fois qu’il appelle la hiérarchie, on lui signifie qu’il n’y a toujours pas d’information officielle instruisant le démarrage des opérations de mise à jour des données biométriques. Interrogé sur le communiqué du ministère de la Sécurité du mardi 14 février invitant la population à la mobilisation générale autour des opérations de mise à jour avant la date butoir fixée au 31 mars, Boubacar Berthé dit avoir lu l’information sur les réseaux sociaux à sa grande surprise. «Il va falloir qu’au niveau national, les départements en charge de la Sécurité et l’Administration territoriale communiquent pour que l’information puisse redescendre au niveau de la base afin que nos différentes structures chargées de cette activité, se mettent au travail», recommande-t-il. Au moment de notre passage au commissariat de Torokorobougou, il y avait une grande affluence dans la cour autour de l’équipe de mise à jour. Certains agents se plaignaient de
Grand marché de Bamako : La chasse aux boosters pour la qualité du réseau téléphonique
Par Babba B. COULIBALY Bamako, 15 fév (AMAP) Jeudi 9 février, le Grand marché de Bamako, l acpiatle, malienne, grouille de monde. Oumar Niangadou, téléphone à l’oreille, passe d’une boutique à une autre à la recherche du réseau pour communiquer. Finalement, c’est devant le commerce d’Abou Sylla, qui possède un booster, que son Smartphone capte le réseau téléphonique. «Le problème de réseau, c’est notre quotidien ici au Grand marché. Ceux qui n’ont pas de booster sont obligés d’aller vers ceux qui en ont pour se connecter. Il faut absolument installer un booster pour avoir un réseau stable», se justifie Abou Sylla. En témoigne la prolifération de ces outils qui brouillent pourtant la communication téléphonique, notamment au Grand marché et ses environs. Sur les toits des immeubles, les antennes de ces équipements d’amplification du signal sont installées à perte de vue. Notre équipe de reportage a suivi les équipes de l’Autorité malienne de régulation des télécommunications, Tics et Postes (AMRTP), chargées du démantèlement de ces boosters dont l’usage constitue une infraction. L’objectif de cette opération, entamée depuis le 6 février dernier, est d’optimiser la qualité des services télécoms. «Cette opération de démantèlement des boosters a été motivée par le fait que le réseau est mauvais dans le Grand marché de Bamako et ses environs, ainsi que dans l’ensemble des marchés. Le constat a été établi que les équipements d’amplification de signaux y sont pour beaucoup», explique le président de la Commission de démantèlement et directeur du département des postes à l’AMRTP, Idrissa Ly. Avant d’engager ce grand nettoyage, l’Autorité de régulation avait demandé aux opérateurs de téléphonie mobile de renforcer leurs capacités dans les secteurs concernés, en déployant les moyens adéquats. Mais, selon Idrissa Ly, «il s’est avéré que ce travail n’est pas possible, tant que les boosters continuent de fonctionner». C’est ainsi que le démantèlement définitif de ces appareils a été décidé, en «collaboration avec les représentants des commerçants et après l’analyse de la situation». Pour y arriver, le Grand marché de Bamako a été divisé en dix secteurs. Cinq équipes, composées d’huissiers, de gabiers et de policiers, sont déployées au niveau du marché «Dabanani». Chacune des équipes est conduite par un agent de l’AMRTP. Et pour le bon déroulement de l’opération, la direction régionale de la police a été sollicitée afin de contenir d’éventuelles situations conflictuelles. Ces équipes traquent, tous les jours, les boosters et autres équipements électroniques nocifs. Chaque fois qu’une zone est libérée, les équipes des opérateurs de téléphonie mobile passent le lendemain pour faire des tests et ajuster leurs équipements. VIOLATION DES TEXTES – Chaque appareil saisi est enregistré, ses coordonnées et équipements sont déposés à la police. À la date du 13 février, l’AMRTP a démonté 512 antennes de boosters à travers le Grand marché. Des appareils qui se sont retrouvés sur le marché, installés et exploités en violation de la réglementation. «Les gens ignorent que depuis 2015, dans notre dispositif juridique, il y a un texte règlementaire qui interdit l’importation, l’installation et l’exploitation de certains appareils électroniques qui sont nocifs à la communication», révèle Idrissa Ly. Il rappelle qu’en la matière, il faut des autorisations assorties d’homologation. Seule l’AMRTP est habilitée à délivrer les autorisations. Au Grand marché, il n y a pas un seul appareil qui a été installé conformément à la réglementation. Autrement dit, les textes ont été violés par tous les commençants ayant fait installer des boosters. En effet, leur utilisation est explicitement évoquée par le décret n°2016-0274/P-RM du 29 avril fixant les conditions et les procédures d’agrément des équipements de télécommunications et des Technologies de l’information et de la communication (Tic). En son article 4, ce décret stipule que «tout équipement terminal destiné à être connecté directement à un réseau de télécommunications/Tic ouvert au public ne peut être mis sur le marché malien ou utilisé au Mali qu’après agrément accordé par décision de l’Autorité. » Cet agrément est également exigé préalablement à la mise sur le marché de toute installation radioélectrique, quelle que soit sa destination. Le texte ajoute que l’agrément des équipements terminaux et des installations radioélectriques doit être demandé. Tant pour la fabrication pour le marché intérieur que pour l’importation, la détention en vue de la vente ou la mise en vente et pour la distribution à titre gratuit ou onéreux, et la publicité dont ils peuvent faire l’objet lorsque cette dernière adresse concerne spécifiquement le Mali. Au sens de ce décret, l’on entend par équipement terminal, “tout équipement destiné à être connecté directement ou indirectement à un point de terminaison d’un réseau de télécommunications en vue de la transmission, du traitement ou de la réception d’informations.” Ces dispositions légales sont vraisemblablement méconnues des services concernés par le sujet. «Nous avons rencontré la direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence qui ignorait même ce que c’est qu’un booster. Nous leur avons envoyé une copie et les textes. On a aussi rencontré la douane. Chacun doit jouer son rôle dans cette affaire. Ceux qui doivent interdire l’importation doivent faire leur travail et ceux qui doivent aider à nettoyer le marché ont leur rôle à jouer. Malheureusement, depuis deux ans, nous n’avons pas senti cette collaboration», regrette Idrissa Ly. Mais étant dans la ligne de mire en tant qu’Autorité de régulation, l’AMRTP s’est vue dans l’obligation de faire valoir la loi. SOULAGEMENT – De l’avis des commerçants, cette opération de démantèlement répond aux soucis en matière de communication. Les plus heureux sont visiblement les occupants des immeubles «Galerie Djigué, Bally, Sept Villages, Nimaga, Mandiou Simpara ou encore Espace Samassa». En ces lieux, chaque commerçant y va de son commentaire. Ils sont nombreux à pousser un ouf de soulagement, comme Moussa Sacko qui affirme que la qualité du réseau s’est nettement améliorée après le démontage des boosters. «Le problème est situé et la solution est trouvée. Donc, nous demandons aux autres commerçants d’enlever les boosters, parce que si chacun démonte ses antennes, le réseau téléphonique se rétablira», plaide un négociant. Pour réussir son opération, l’AMRTP
La radio et les jeunes : internet, passage obligé
Par Fadi CISSÉ Bamako, 13 fév (AMAP) Oumar Ballo est un tailleur installé au quartier Samanko II, Commune du Mandé, dans la capitale malienne, Bamako. À fond sur sa machine à coudre, téléphone en main, le jeune homme déroule le fil d’actualités de sa page Facebook. Histoire d’avoir les dernières nouvelles du Mali et d’ailleurs. Ce jeune diplômé qui n’a pas trouvé de travail conforme à ses compétences, est séduit par l’instantanéité des infos sur cette plateforme : «Toutes les informations tombent à chaud sur les réseaux sociaux surtout sur Facebook, même les petites annonces de recrutement », s’émerveille-t-il. Pourquoi ne pas écouter la radio plutôt? «Je n’ai jamais aimé écouter la radio. En plus, je n’ai même pas ce temps-là», indique Ballo. Précisant son point de vue, il estime que la radio, «c’est pour les personnes du troisième âge » et, d’ailleurs, selon lui, les stations privées ne diffusent pas l’information en temps réel, préférant la musique toute la journée sur les ondes. «Rien que pour ces raisons, je n’aime pas la radio», conclut le trentenaire. Un ami qui lui tient compagnie, en ce mardi soir du mois de janvier, note que, par contre, dans son village, le seul moyen de s’informer est la radio, surtout lorsque sévissait le Covid-19. «Chez nous à Dala, dans la Région de Ségou (Centre), ce n’est pas tout le monde qui peut s’offrir l’internet ou la télé pour s’informer. En plus, la majorité de la population est analphabète, seule la radio nous fournit l’information en temps réel. Pour en profiter, il suffit juste d’acheter des piles et le tour est joué», dit-il en rigolant. Ces deux témoignages illustrent la divergence croissante entre villes et campagnes dans la manière de s’informer. La radio, médium pratique et bon marché, reste bien présente dans le paysage citadin mais elle perd du terrain auprès des jeunes qui constituent pourtant un de ses cœurs de cible. Il est vrai que la nouvelle génération a adopté d’autres modes de consommation de l’info liés à Internet et aux réseaux sociaux mais les radios sont, elles aussi, présentes sur internet. La désaffection qui les frappe dans la frange jeune est donc aussi imputable à d’autres facteurs, notamment, une offre inadaptée en matière de programmes. Visiblement, de nombreux auditeurs jeunes ne sont pas «accrochés» par la programmation erratique proposée par pas mal de stations. FIDÉLISER – L’enjeu est, pourtant, de taille pour toutes les radios de fidéliser les générations montantes en jouant sur la simplicité d’utilisation et la (presque) gratuité du média et, surtout, en traitant de sujets qui parlent d’elles et qui leur parlent. Par exemple, des émissions de débats et d’actualités à travers une grille de programmes stable. C’est ce que s’efforce de faire Radio Kledu, soutien son directeur général, Abdoulaye Handane Djiteye, qui assure que, depuis 30 ans aujourd’hui, son antenne diffuse un programme riche et varié. «Nous sommes la seule radio qui a une programmation spécifique connue avec de grandes émissions et différentes rubriques. On y trouve les débats politiques, le club de la presse, le reportage et la diffusion de tous les grands évènements sur le plan national et sur le sport. », énumère-t-il. « Pour accrocher plus d’auditeurs, notamment des jeunes, souligne-t-il, Kledu s’adresse à son public en seulement deux langues : le bamanankan qui est la langue la plus parlée dans notre pays et le français. » «Nous avons une programmation en direction des intellectuels, des couches populaires et surtout de la jeunesse. On a créé des émissions thématiques traitant de santé, de politique, d’économie, de questions juridiques. On s’efforce de coller à l’actualité, de susciter l’interactivité des jeunes et de donner la parole aux auditeurs», détaille celui qui est surnommé «koroboro bamanakan fola» («le Sonraï qui parle Bamanan) et qui possède un bel atout radiophonique : une voix forte et séduisante. Soucieux de ses contenus, Klédu l’est tout autant des «astuces» pour rallier un maximum de public. « Ainsi, indique Abdoulaye Handane Djiteye, la radio a investi les plateformes digitales des réseaux sociaux. Elle est présente sur Facebook et YouTube et possède une application Kledu, autant de canaux à travers lesquels l’auditeur retrouve, à sa guise, les émissions les plus écoutées de la radio. » PLATEFORMES DIGITALES – Confronté au même défi, le promoteur de Ouley FM, Lamine Sylla, table sur la création de rendez-vous attractifs. «On invite souvent des chefs de ‘’grin’’ de différents quartiers autour d’une table pour discuter d’éducation et de divers sujets qui peuvent les toucher. On diffuse de la musique de jeunes, surtout du rap, et l’antenne est libre pour eux afin qu’ils puissent s’exprimer. Toutes ces émissions sont diffusées à des heures bien spécifiées. Le programme est établi de tel sorte qu’on est à cheval pour faire plaisir à tout le monde», raconte le fondateur de la radio Ouley qui a vu le jour voilà juste deux ans. Face au même enjeu, chacun à sa recette qui est visiblement fonction de ses moyens. Acteur impliqué, Bandiougou Dante, le président de l’Union des radiodiffusions et télévisions libres du Mali (URTEL), et, aussi, de la Maison de la presse, a son analyse d’un problème qui concerne tous ses mandants. «Aujourd’hui, les jeunes sont plus intéressés par l’image. La radio classique doit donc aller à leur recherche sur les plateformes digitales. Elle a longtemps résisté aux évolutions mais, aujourd’hui, elle doit obligatoirement s’adapter pour ne pas disparaître », dit M. Danté. « Cette adaptation est particulièrement cruciale à Bamako, zone de forte concentration de radios », souligne Bandiougou Dante. En effet, si on dénombre au Mali près de 500 radios dont une trentaine à Bamako, la réalité radiophonique de la capitale est très éloignée des données officielles, selon le président de l’URTEL qui estime à «près d’une centaine», les radios opérant à «Bamako et alentours». Selon ses explications, de nombreuses stations ne respectant pas leur zone d’implantation, leur rayon de diffusion et même la fréquence qui leur est attribuée, les ondes bamakoises sont victimes d’un embouteillage permanent. Ces difficultés existentielles pourraient facilement faire oublier à nos radios
Comatex-SA : Bientôt la reprise, selon le ministre en charge de l’Industrie
Par Mamadou SY Ségou, 13 fév (AMAP) «Au plus tard, au mois d’avril, il faut que la Compagnie malienne des textiles (COMATEX-SA) commence à produire ses fibres et tissus», après trois années de fermeture, a déclaré le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mahmoud Ould Mohamed lors d’une visite de travail qu’il a effectuée dans la Région de Ségou (Centre). Il a assuré que la reprise des activités de la COMATEX-SA, qui compte 1 300 travailleurs, permettra le maintien des emplois existants et même la création d’autres. Au cours de son séjour dans la capitale des Balanzans, le ministre Mahmoud Ould Mohamed a rencontré de nombreux interlocuteurs qu’il a informés des dispositions prises par le gouvernement et celles en cours pour la relance de cette unité industrielle. Ces mesures ont trait à l’élaboration d’un contrat de performance, à la relecture du statut de l’entreprise, à la désignation d’un syndic par le Tribunal de commerce, au paiement d’arriérés de salaire et à la mise en place d’un comité de suivi. Le ministre Mahmoud Ould Mohamed a, par exemple, fait savoir qu’après le procès devant le Tribunal de commerce, l’État détient désormais 100% des actions de l’entreprise, c’est-à-dire qu’elle redevient une société étatique. Première usine textile du Mali inaugurée en 1968, la COMATEX était une entreprise d’État, avant d’être transformée en entreprise privée avec une participation majoritaire chinoise. Sa relance et celle de l’Usine malienne de produits pharmaceutiques (UMPP) «sont des programmes spéciaux du président de la Transition, le colonel Assimi Goïta qui y tient fortement. La COMATEX participe à la valorisation de la production nationale de coton fibre dans le cadre de la mise en œuvre de la politique de développement industriel par la création de valeur ajoutée et des emplois», souligne le communiqué du Conseil des ministres du mercredi 23 novembre 2022. Lors de ce Conseil des ministres, le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, a informé le Conseil du plan de relance de la COMATEX qui est confrontée actuellement à des difficultés de divers ordres. Pour l’aider à sortir de cette mauvaise passe, le gouvernement a peaufiné un plan de relance qui nécessite un apport financier de l’État d’environ 6 milliards de Fcfa. Le Mali et son partenaire chinois ont signé, le 21 novembre 2022, un protocole d’accord pour l’installation de deux unités de filature de coton, soit trois jours avant l’adoption de ce plan de relance en Conseil des ministres. Ces unités seront implantées à Bamako et à Koutiala. La réalisation de ce projet, confiée à la société chinoise «Qingdao», nécessite un investissement de 300 millions de dollars, soit environ 180 milliards de Fcfa. Elle permettra la création de 5 000 emplois directs et 50 000 autres indirects. Dénommée Société malienne de filature (SOMAFIL), son capital est détenu à 85% par l’État du Mali à travers la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) et à 15% par le partenaire chinois. L’unité de Koutiala aura une capacité de 20.000 tonnes de coton fibre par an à transformer en filet. Celle de Bamako va, annuellement, transformer environ 25.000 tonnes de coton fibre. L’objectif étant d’amener le taux de transformation du coton de 2% aujourd’hui à près de 10% et la valorisation du «Made in Mali». Au sortir de la campagne cotonnière 2021-2022, le Mali a enregistré une production record de 795.000 tonnes de coton. «La suite était de transformer ce coton ici chez nous et de capter les 30% de la valeur ajoutée qui nous échappait», déclarait le ministre en charge des Finances, lors d’une interview sur les antennes de la télévision nationale. Dans ce processus, le Centre de recherche et de formation pour l’industrie textile (CERFITEX) est «un outil indispensable et constitue le bras technique du ministre de l’Industrie et du Commerce pour la réalisation effective, le suivi de ces projets et la mise à disposition de ressources humaines qualifiées». Cette structure d’excellence deviendra bientôt Centre de recherche et de formation pour les industries légères et textiles (CERFILTEX), destiné à former davantage de ressources humaines qualifiées pour adosser à la production du coton des unités de transformation dynamiques afin d’exploiter toutes les opportunités de croissance. Les textes nécessaires à cet effet ont été adoptés lors du Conseil des ministres du 28 décembre 2022. C’est en septembre dernier que le président de la Transition, dans son discours à la nation, avait annoncé la reprise en main de beaucoup de sociétés. La relance de la COMATEX s’inscrit dans ce cadre. Cette Compagnie a cessé de produire du fait de difficultés de trésorerie et d’approvisionnement en matières premières. Les équipements de production aussi sont obsolètes. MS/MD (AMAP)
Axe Bamako-Conakry-Ouagadougou : Les trois capitales s’engagent à renforcer leur partenariat (Communiqué final)
Bamako, 12 fév (AMAP) Les ministres des Affaires étrangères du Mali, du Burkina Faso et de la Guinée, se sont engagés, jeudi, à répondre aux aspirations des populations des trois pays et à faire de l’axe Bamako-Conakry-Ouagadougou, un domaine stratégique et prioritaire pour le développement. Dans le communiqué final, rendu public jeudi, au terme de la réunion tripartite tenue, les 08 et 09 février 2023, dans la capitale burkinabè, les trois capitales définissent comme priorités de ce processus « le développement du commerce, des transports, de l’approvisionnement en produits de première nécessité, de la formation professionnelle, du développement rural, de l’exploitation minière, de la culture et des arts, ainsi que de la lutte contre l’insécurité. » En termes de perspectives, ils ont souligné la facilitation de la fourniture en hydrocarbures et en énergie électrique entre les trois pays. « Et le développement du commerce et des transports depuis le port de Conakry jusqu’au Burkina Faso, en passant par le Mali. Ainsi que l’organisation de l’exploitation minière entre les trois pays, la mobilisation des ressources nécessaires en vue de réaliser le projet de construction du chemin de fer Conakry-Bamako-Ouagadougou. » Les délégations à cette rencontre, tenue « dans le cadre du renforcement des liens historiques d’amitié, de fraternité, de solidarité et de coopération » entre le Mali, le Burkina Faso et la Guinée, et sur instruction des autorités des trois pays, « ont passé en revue des sujets d’importance majeure et d’intérêt commun, notamment la réussite des processus de transition devant conduire au retour à l’ordre constitutionnel apaisé et sécurisé. » S’y ajoute la promotion de la bonne gouvernance, la mutualisation des moyens pour relever les défis sécuritaire, économique et humanitaire, le renforcement de leur relation tripartite par la dynamisation de l’axe Bamako-Conakry-Ouagadougou. Ainsi que la concertation sur les questions sous régionales, régionales et internationales. Tout en réaffirmant leur attachement aux objectifs et principes de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine (UA), les chefs de délégation « ont noté la nécessité de mettre en place et d’institutionnaliser un cadre permanent de concertation entre les trois pays, la tenue de consultations politiques et diplomatiques au plus haut niveau afin de faire de ce partenariat un axe gagnant pour le bien-être des populations. Et le renforcement de la solidarité en vue d’assurer la sécurité. » S’y ajoute la réhabilitation et la construction des routes internationales entre les trois pays, devant servir de leviers de croissance économique et faciliter la libre circulation des populations et de leurs biens. Dans le cadre de la lutte contre l’insécurité dans la bande Sahélo saharienne, les délégations burkinabè, guinéenne et malienne « ont relevé la nécessité de conjuguer leurs efforts et ceux des pays de la sous-région et de la région pour faire face à ce fléau. » Mesurant l’ampleur du défi à l’échelle régionale et l’interconnexion des sources de déstabilisation, elles appellent « à une mise en cohérence des actions au niveau régional sur la base des efforts bilatéraux déjà mis en œuvre. » Tout en encourageant la recherche de solutions endogènes aux défis auxquels leurs pays sont confrontés, les ministres ont réaffirmé leur « engagement à examiner tout partenariat qui respecte leur souveraineté et répond aux besoins de leurs populations. Pour ce faire, ils ont réitéré leur attachement aux principes de non-ingérence dans les affaires intérieures des États. En outre, ils ont « déploré les sanctions imposées de façon mécanique qui ne tiennent pas souvent compte des causes profondes et complexes des changements politiques. » À cet effet, ils ont indiqué que ces décisions de suspension empêchent la participation de leurs pays aux instances statutaires de la CEDEAO et de l’UA « et, particulièrement, celles traitant des défis majeurs auxquels ils sont les plus concernés tels l’insécurité, les questions humanitaires et de développement économique durable. » Concernant l’impact de ces mesures, les trois délégations ont relevé que celles-ci touchent des populations déjà meurtries par l’insécurité et les instabilités politiques, privent la CEDEAO et l’UA de la contribution des trois pays nécessaires pour relever les défis majeurs. « Ces mesures portent aussi atteinte à la solidarité sous régionale et africaine qui constitue le principe cardinal de l’intégration, de la coopération régionale et continentale », ont signalé les trois délégations. À cet égard, elles en appellent à un appui technique, financier, concret et conséquent aux efforts de sécurisation et à accompagner le processus de retour à un ordre constitutionnel normal. » Les trois pays ont convenu « de mutualiser leurs efforts et d’entreprendre des initiatives communes pour la levée des mesures de suspension et autres restrictions. Le président de la Transition burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, a donné des instructions afin de traduire en acte concret la vision commune des trois chefs d’État. Les représentants se sont félicités de la vision commune que partagent leurs trois chefs d’État, et qui « s’inspire de l’engagement panafricain des pères fondateurs et des leaders historiques des trois pays en faveur de la souveraineté, de la paix, de la coopération et de l’intégration des peuples. » SS/MD (AMAP)
Bamako : Le fléau des déchets toxiques
Bamako, 09 fév (AMAP) Chaussé de tongs, Zoumana zigzague entre les débris de verre et de sacs plastiques qui tapissent son champ. « Attention, des serpents peuvent s’y cacher», prévient-il. Depuis quatre ans, l’agriculteur de 31 ans fait pousser du maïs sur cette terre située dans la commune de Sénou, un quartier en bordure de Bamako proche de l’aéroport. Mais ses cultures sont étouffées par des centaines de kilos de déchets des foyers de la capitale, acheminés en tracteurs ou dans des charrettes, et déversés sauvagement sur sa parcelle. Zoumana se bat, sans succès, pour tenter d’endiguer le phénomène. « J’appelle régulièrement le poste de gendarmerie, mais rien n’y fait, les charretiers glissent un billet et ça recommence le lendemain», se désole-t-il. Son histoire n’est pas un cas isolé. Sur les images satellites, l’aéroport international du Mali est cerné de taches grises qui signalent la présence de décharges sauvages. Au niveau des mairies d’arrondissement de Bamako, il n’existe pas de benne, ni d’entreprises mandatées pour la gestion des déchets. Le plus souvent, les ménages souscrivent individuellement des abonnements auprès de petits groupes d’intérêt économique (GIE) qui se chargent de l’affaire. Abdoulaye Diakité travaille pour l’une de ces entités. Accompagné de son fils âgé d’une dizaine d’années et de son âne, il décharge une montagne de détritus non loin de la route qui longe l’aéroport, où l’urbanisation galopante de la capitale n’a pas encore rogné les terrains. Il le reconnaît : « Ici ce n’est pas un dépôt, et cela me fait mal au cœur, mais il n’y a pas d’autre choix. » Faute d’espace aménagé, « il y a une prolifération anarchique de décharges autour de l’aéroport et dans beaucoup d’autres endroits», regrette Amadou Camara, ancien patron de la direction nationale de l’assainissement. En 2008, deux sites avaient pourtant été identifiés sur chacune des rives du fleuve Niger. Plus de dix ans plus tard, ils ne sont toujours pas opérationnels et «les gens font ce qu’ils veulent, du moins ce qu’ils peuvent. Les charretiers déposent aux points les plus proches d’eux », constate l’ex-directeur. Ces déversements illégaux induisent un «risque aviaire», souligne-t-il, car « les ordures attirent les oiseaux, dangereux pour le décollage comme pour l’atterrissage des avions. » Les déchets ne proviennent pas que du centre de la capitale. Limitrophe de l’aéroport, le quartier général de la Mission des Nations unies au Mali, la Minusma, aurait une part de responsabilité dans cette accumulation de détritus. C’est en tout cas ce qu’avancent les riverains et les travailleurs sur place. Diakaridia Traoré, patron du GIE qui emploie Abdoulaye et accessoirement ancien maire adjoint de Sénou, affirme ainsi avoir vu un jour des membres de la Mission « déverser tous leurs restes puis les brûler. » Les effets de cette poubellisation du paysage ne sont pas qu’environnementaux. En lieu et place du recyclage, des silhouettes errent dans les décharges improvisées, à la recherche du plastique «lourd». Ces hommes et femmes «ramassent ce qu’ils peuvent vendre puis mettent le feu à ce qui reste», relate Abdoulaye Diakité. Les nuées noires sont fréquentes au-dessus de Bamako. En périphérie de la capitale, les tas d’ordures qui bordent les pistes laissent parfois s’échapper des fumées toxiques. « Les gaz gênent beaucoup de personnes. Cela leur oppresse la poitrine », fait observer Zoumana. (AMAP) Avec Le Monde Afrique
Bamako : Les parcs de pirogues polluent les berges du Djoliba (Fleuve Niger)
Par N’Famoro KEITA Bamako, fév (AMAP) Les berges du fleuve Djoliba, sur son tronçon longeant le quartier de Sébénikoro dans la capitale malienne, Bamako, en plus d’être littéralement envahies par les habitations, abritent aussi un parc de pirogues de transport du sable. Une véritable industrie artisanale qui est une source de pollution du fleuve et de nuisance pour les riverains. Surtout en période de décrue, moment favorable pour réparer les embarcations de transport du sable pendant la moitié de l’année. Les piroguiers utilisent du goudron en brûlis pour combler les fissures et empêcher l’infiltration de l’eau. La fumée dégagée par des litres de goudron brûlé par jour crée une nuisance qui représente une menace pour la santé publique. Des centaines d’épaves abandonnées dans le lit du fleuve, renferment toutes sortes de déchets qui polluent le cours d’eau et perturbent l’habitat de la faune aquatique. Cette situation est déplorée par Moussa Konta, un habitant du hameau de pêche, à une centaine de mètres de là. Selon le pêcheur, cet endroit du fleuve regorgeait de poissons. Mais aujourd’hui, à cause de cette activité, il est contraint de parcourir des kilomètres pour pêcher. Outre la pollution de l’eau, les riverains subissent quotidiennement celle de l’air, engendrée par l’activité de brûlis du goudron. De l’avis d’un médecin que nous avons approché, cette fumée a laquelle sont exposés les habitants de la zone, est hautement cancérigène. Ce qui explique l’inquiétude de Toumani Sidibé dont la maison se trouve à un jet de pierre. Il dit avoir entrepris beaucoup de démarches auprès des autorités compétentes pour faire cesser l’activité. En vain ! Face à l’obstination des auteurs et l’inaction des pouvoirs publics, Toumani dit s’en remettre à Dieu, pour la santé de sa famille. Amadou Mara, un autre riverain, fustige aussi la fuite de responsabilité de nos services publics chargés de la question, en l’occurrence la Direction nationale de l’assainissement du contrôle des pollutions et des nuisances (DNACPN). Ce service a pour missions, entre autres, de constater les infractions à la réglementation sur la protection de l’environnement. « Mais, nous ne voyons aucune utilité à ce service qui, pourtant, dispose de tous les moyens de l’État », regrette le riverain. Ce septuagénaire se souvient qu’aux premières années de l’accession du Mali à l’indépendance, jusqu’au régime défunt de feu Moussa Traoré, cette structure, appelée à l’époque service d’hygiène, était crainte de tous les citoyens. En effet, c’était une véritable police de l’hygiène et de l’assainissement dans les quartiers. « Tous les matins, leurs équipes faisaient le porte-à-porte pour constater l’état de propreté des cours, la gestion des déchets et des eaux usées par les familles », se remémore-t-il. « Ceux qui déversaient leurs ordures ménagères ou leurs eaux usées dans la rue étaient sanctionnés par une forte amende. Donc, on ne pouvait pas songer à un minimum d’insalubrité, a fortiori, la situation de catastrophe écologique à laquelle nous assistons aujourd’hui en cet endroit du fleuve », dit Amara Mara. AUTRE LIEU, MÊME RÉALITÉ – A Djikoroni-para, des riverains du site de sable appelé « tchin tchin bô dankan » (Quai du Sable) vivent le calvaire. Le business du sable y est florissant, mais cette activité nécessite l’utilisation de pirogues qui sont généralement fabriquées ou réparées sur place. Et une fois hors service, ces pirogues restent sur les berges du fleuve. Ainsi, l’on aperçoit des épaves sur plusieurs mètres. Les menuisiers tentent de récupérer sur certaines pirogues abandonnées des planches réutilisables. A notre passage, IB et Daouda s’acharnaient, arrache-clous en main, sur l’une d’entre elles. Ils laisseront dans leur sillage, en fin de journée, une bonne quantité de pointes rouillées. Celles-ci représentent un réel danger pour les pêcheurs, les maraîchers et les petits enfants qui rôdent par là. Nafo Samaké, une maraichère, témoigne : « Il n’y a pas si longtemps, un enfant, venu chercher du bois pour sa maman, a été gravement blessé par une pointe. Le sang giclait de sa blessure». Qu’ils soient de Sébénikoro ou de Djikoroni-Para, les riverains des sites de fabrication de pirogues estiment que les services compétents doivent agir, en appliquant la loi dans toute sa rigueur. Pour Amara Mara, ce n’est qu’en sévissant que les gens se corrigeront et rentreront dans les rangs, pour protéger l’environnement et améliorer le cadre de vie des paisibles citoyens. Drissa Traoré, conseiller technique en charge des questions d’assainissement au ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement Durable, rappelle que quand les services de l’assainissement sont saisis par une plainte, ils doivent obligatoirement réagir, en envoyant une équipe de constat sur le terrain. « Si des externalités sont alors constatées et qui nuisent aux populations, les auteurs sont obligés d’apporter des mesures d’atténuation. Dans le cas contraire, les autorités compétentes sont tenues de faire cesser l’activité qui cause ces nuisances. Des brigades sont constituées à cet effet », explique-t-il Compte tenu du nombre insuffisant de leurs effectifs, les services ne peuvent pas assurer convenablement leurs missions. C’est pourquoi, Drissa Traoré conseille « à tout citoyen qui est touché par une nuisance quelconque de saisir les services d’assainissement de sa localité. » « C’est ainsi que nous pourrons circonscrire le mal », estime-t-il. NK/MD (AMAP)
Pneus rechapés : La bonne affaire au détriment de la sécurité
Par Souleymane SIDIBÉ Bamako, 08 fév (AMAP) Au Mali, beaucoup d’automobilistes préfèrent les pneus rechapés ou de la casse dont le prix est très abordable. Rencontré, quelque part à Sébénikoro, Daouda Sangaré, propriétaire de voiture depuis 13 ans, est acheteur fidèle de ces pneus recyclés. «En cas de besoin, je m’en procure à la casse», nous confie Sangaré qui se soucie plutôt du prix que des risques auxquels les utilisateurs de ces pneus recyclés s’exposent. Il n’est pas le seul. Sidiki Sacko, chauffeur de son état que nous avons croisé dans un garage à Lafiabougou, y était venu changer ses « deux pneus arrière dont le niveau d’usure ne lui permet plus de circuler en sécurité». Pour autant, M. Sacko n’a aucune idée de la qualité des pneus qu’il vient de faire monter sur son véhicule. Il espère tout simplement que ceux-ci tiendront longtemps. «Parfois, c’est juste une question de chance», dit-il. Telle est la « philosophie» de nombre d’automobilistes sous nos cieux. Or, la sécurité doit toujours être la norme à observer quand on décide de changer le pneumatique. Et dans le cas des pneus d’occasion, il est difficile d’apprécier leur fiabilité. C’est ce que nous fait comprendre Sory Ibrahima Touré, chef du Centre Mali technique système (MTS). Selon lui, les pneus sont des contacts d’adhérence qui relient un engin à la route. Ils assurent donc son équilibre et sa stabilité durant la conduite. « La durée de vie d’un pneu, qui va de 03 à 06 ans, peut être raccourci par le nombre de kilométrage qui est de 100.000 kilomètres. Une fois que cette distance est atteinte, il doit être changé. En d’autres termes, le pneu doit être remplacé en fonction du kilométrage parcouru et non du nombre d’années», explique M. Touré. Pour l’expert, il est recommandé de changer les pneus par pair quand il s’agit d’un petit véhicule et pour les 4×4, tous les quatre doivent être remplacés à la fois. Et cela se fait sous le contrôle d’un connaisseur, puisque les pneus doivent impérativement avoir la même hauteur. «Vous constaterez que quand on change un seul pneu, le véhicule à tendance, au freinage, à basculer du côté du pneu usé», fait remarquer Sory Ibrahima Touré. À ce propos, le directeur régional des Transports, Moumini Guindo, attire l’attention sur ce risque décrit dans le code Rousseau: « différents types de pneus montés sur un même véhicule peuvent occasionner certains déséquilibres. » DURÉE DE VIE – Nul besoin d’être un technicien pour connaitre la durée de vie d’un pneu. Sur chaque type, il y a des inscriptions relatives notamment à la définition, la provenance, l’année et la semaine de fabrication. « Très souvent, c’est marqué avec les trois lettres DOT (Department of transportation) avec quatre chiffres. Les deux premiers chiffres informent sur la semaine au cours de laquelle le pneu a été confectionné. Et les deux derniers indiquent l’année à laquelle il a été mis en vente», explique le technicien de MTS. En plus, il y a des « témoins sur les pneus qu’on appelle témoins de profondeur ou d’usure de pneu qui s’effleurent (par les gommes de l’extérieur) au fur et à mesure. En les observant, le conducteur doit normalement savoir si ses pneus sont en bon état ou pas ». L’expert précise que certains types de pneus deviennent à la longue des gommes dures, donnant ainsi l’impression d’être neufs alors qu’ils sont, en réalité, en très mauvais état. Généralement, cette métamorphose intervient après 10 à 11 ans de vie. Et à cet âge là, le pneu n’est plus adapté puisqu’il y a moins d’adhérence. « En effet, argumente Sory Ibrahima Touré, le pourcentage d’adhérence se réduit de 10% par an. Le freinage peut alors être de 0 à 40% sur une distance de 05 mètres». Nombre de personnes chargent les réparateurs de vérifier et de garantir la sécurité des pneus dans le but d’attester leur fiabilité. Notre équipe de reportage a s’est rendu chez le vulcanisateur Madou, à Taliko, en Commune IV du District de Bamako. Selon lui, il est plus conseillé d’utiliser des pneus sans chambre à air, plus faciles à réparer que ceux avec chambre à air. « Les nouveaux pneus que nous voyons sur le marché ne sont pas faits pour l’utilisation de chambre à air. Mais quand ils sont usés et que l’on décide de les réparer, on peut utiliser une chambre à air », explique le réparateur. Cependant, Madou recommande aux automobilistes d’éviter de réparer le même pneu plus de deux fois. « Mieux, insiste-t-il, il faut carrément le remplacer pour ne pas être confronté à des problèmes qui peuvent survenir même après l’entretien. » Notre interlocuteur est formel : « Il est vrai que les pneus d’occasion sont moins chers, mais les acheter, c’est mettre en péril sa propre sécurité et augmenter la probabilité d’accident. » Le commerce des pneus rechapés est florissant à tel point qu’on peut facilement trouver les points de vente partout dans la capitale. Mais pour en trouver en vrac, il faut se rendre au marché Dibidani. Là, nous sommes tombés sur Mamby Keïta, un commerçant. Devant sa boutique, une dizaine de jeunes s’affairaient autour de pneus superposés. Il y a en de toutes marques et de tous âges : du «tout neuf» à ceux déjà utilisés en Europe, appelés couramment « casse » ou « seconde main ». DIFFÉRENTS TYPES – Selon le détaillant, des containers de pneus arrivent chez nous en provenance de la France, de l’Allemagne, du Canada, du Japon… Ils entrent au Mali via le port de Dakar, au Sénégal. Les prix varient en fonction de la marque et de l’état du pneu. « Pour les pneus d’occasion, il y a le 1er, 2è et 3è choix», détaille Mamby Keïta, indiquant que les prix vont de 6.000 à 25.000 Fcfa. Les pneus neufs, eux, sont vendus avec six mois de garantie. Le commerçant conseille les pneus de bonne marque, bien qu’ils coûtent plus chers. Doit-on se fier à sa recommandation ou encore aux apparences de ses marchandises ? L’expert du MTS
Ségou’Art Festival sur le Niger : Une édition pleine
Par Youssouf DOUMBIA Ségou, 08 fév (AMAP) Expositions d’art, concerts, foire, conférences-débats, la 19è édition de Ségou’Art Festival sur le Niger clôturée, dimanche dernier, a tenu toutes ses promesses. L’une des grandes attractions était les expositions d’art visuel. Plus de 10 expositions ont permis d’étaler toute la créativité des artistes du Mali, d’Afrique et d’Amérique latine. La principale exposition était celle dénommé «Bi Mali» ou le Mali contemporain. Une vingtaine d’artistes, de peintres, photographes, sculpteurs et vidéastes y ont exposé leurs œuvres. Le jury était composé de professionnels comme Abdoulaye Konaté, Ky Siriki, Bathélemy Togue, Ousseynou Wade et le Pr Yacouba Konaté. Après délibération, le jury dans lequel figurent quelques-unes des 50 personnalités les plus importantes du monde de la culture, a porté son choix sur les œuvres de trois artistes. Le 1er prix est allé à Mohamed Bomboly Keita (sculpteur). Il a empoché 1 million de Fcfa. Sidiki Haidara (photographe) a remporté le 2è prix et le 3è prix est revenu à Dramane Toloba (artiste-peintre). Ceux derniers ont remporté, respectivement, 750.000 et 500.000 Fcfa. Pour le président du jury, loin de démériter, les autres artistes ont fait un travail remarquable. SONORITÉS ENVOUTANTES – Concernant la musique, le premier concert géant, sur la grande scène du village de Festival, dénommée Soirée nomade, a eu lieu, dans la nuit du vendredi 3 février. Abdoulaye Diarra, Hawa Maïga, le Groupe Amar de Kidal, Bassékou Kouyaté et Abdoulaye Diabaté ont fait danser des milliers de spectateurs venus célébrer la musique sous toutes ses couleurs. Drapé dans un boubou blanc trois pièces, Bassékou Kouyaté a émerveillé le public. Le son magique se son N’goni (guitare traditionnelle), entremêlé à ceux du Tamani, de la calebasse et d’autres instruments traditionnels, donnait une sonorité époustouflante. Ces instruments étaient accompagnés de la voix grave de la chanteuse Ami Sacko. Ce mélange harmonieux perçait les flots du Djoliba pour se réfugier dans les cœurs des amoureux de la musique malienne. Sous les sonorités du Bamanan djourou (rythme musical bambara), le public et les artistes chantaient en chœur. De nombreux thèmes ont été débattus lors du colloque. C’est celui sur la mobilité des professionnels de l’art et de la culture qui a retenu l’attention. En effet, l’idée de regroupement des grands festivals pour traiter des problèmes liés aux questions de culture est une des fortes recommandations de la table ronde tenue lors de cette édition de Ségou’Art Festival sur le Niger. Il portait sur le thème : «Mobilité des artistes et de leurs œuvres». Un problème qui hante les artistes africains avant, pendant et après la Covid-19. L’insécurité qui sévit dans la région ouest africaine est venue s’ajouter au lot de problèmes. La mobilité des artistes et de leurs œuvres est devenue un casse-tête. Qu’est ce qui «bloque» les artistes et leurs œuvres ? Quels sont les impacts et quelles solutions ou pistes de solutions proposées ? Ce sont entre autres questions qui ont été soulevées. DIFFICULTÉS DES ARTISTES – Le célèbre plasticien malien, Abdoulaye Konaté, membre fondateur du Fonds africain pour la culture et Luc Mayintoukou, musicien et expert culturel, deux spécialistes des questions de culture, étaient les panélistes d’une table ronde tenue au Centre korè à Ségou. Ils ont parlé des contraintes et difficultés de la mobilité des artistes et de leurs œuvres. Selon les deux conférenciers, ces difficultés ont pour noms, contraintes administratives pour obtenir le visa, le problème de financement, de transports, l’insécurité, la Covid-19, la méconnaissance des textes et conventions nationaux et internationaux par la douane, la mauvaise organisation des professionnels de la culture. Les panélistes ont, aussi, évoqué les problèmes de formation, les échanges entre professionnels, les partages, la participation aux festivals et autres rencontres. Outre le problème de délivrance de visa, Abdoulaye Konaté a mis l’accent sur celui du transport. Selon lui, lorsque l’artiste parvient à décrocher son visa, c’est le transport de ses œuvres qui pose problème. « Le transport coûte extrêmement cher », a-t-il fait remarquer. Un autre gros problème soulevé par l’artiste-peintre a trait à la rétention des œuvres par la douane. À l’en croire, certains douaniers bloquent les œuvres à l’aéroport de Bamako parfois par méconnaissance des textes. Sur les difficultés d’accès aux financements, le plasticien a reconnu que les artistes ont du mal à y accéder. « Toute chose qui a motivé la création du Fonds africain pour a culture », renchérit-il. « Le Fonds permet aux jeunes de recevoir des aides des plus anciens qui le financent, en donnant une ou deux œuvres », a indiqué Abdoulaye Konaté. Pour maintenir et encourager une diversité culturelle plus que jamais nécessaire, il a été proposé un traitement des demandes de visas spécialement adapté aux usages professionnels propres à la filière culturelle. Puisque la mobilité des œuvres est une question de réglementation dans certains pays, les participants ont formulé des recommandations, entre autres, un plaidoyer sur les textes et accords bilatéraux entre les Etats (à faire de manière spécifique), la formation des douaniers sur les questions de mobilité, l’idée de regroupement des grands festivals pour traiter les problèmes liés aux questions de culture. À la faveur de ses études, l’ONG Art mov africa (AMA) a contribué au développement de connaissances, d’initiatives et de politiques ayant pour objectif de soutenir la mobilité en Afrique. De fait, les statistiques de AMA témoignent du renforcement de la mobilité en Afrique de l’Est et du Centre, suite à la publication des études axées sur ces régions YD/MD (AMAP)
Bilan de la visite de Sergueï Lavrov à Bamako
Par Dieudonné DIAMA Bamako, 08 fév (AMAP) La visite du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à la tête d’une forte délégation, qui a bouclé mardi une visite de 48 heures à Bamako, a permis au Mali et à la Russie de renforcer, outre leurs liens économiques et commerciaux mais, aussi, les relations en matière de sécurité et de défense. Moscou et Bamako ont, surtout, convenu d’élargir la coopération à la prospection géologique, aux ressources minérales, à l’énergie, aux transports, aux infrastructures et à l’agriculture. Le partenaire russe prévoit, aussi, de livrer au Mali du blé, des engrais, des produits pétroliers et d’autres produits stratégiques. Arrivé dans la nuit du lundi, le chef de la diplomatie russe a eu, mardi, un tête-à-tête avec son homologue Abdoulaye Diop, suivi d’une séance de travail élargie aux deux délégations. Les deux ministres ont, ensuite, co-animé une conférence de presse. Toutes ces rencontres se sont tenues dans les locaux du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Lors de la conférence de presse, le ministre Diop a souligné le caractère historique de ce déplacement car «de mémoire de diplomate malien, c’est la première fois qu’un ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie est reçu au Mali». Il a salué Sergueï Lavrov pour la qualité et l’excellence des relations qui unissent si heureusement la Fédération de Russie et la République du Mali. M. Diop a indiqué que la visite de son homologue russe s’inscrit dans le cadre de la nouvelle dynamique enclenchée par le gouvernement qui est « d’élargir et diversifier les partenariats stratégiques du Mali en vue d’une réponse efficace et dans la sincérité aux défis auxquels le Mali est confronté. » «En faisant le choix de renforcer la coopération avec la Russie, le Mali veut aussi montrer et démontrer que nous n’allons pas continuer à nous justifier pour le choix de nos partenaires», a insisté Abdoulaye Diop pour qui, « cette décision est celle des Maliens, prise en toute responsabilité et le Mali veut travailler avec la Russie comme avec tous les partenaires qui inscrivent leurs actions dans le cadre des principes clés définis par la président de la Transition pour ce qui concerne l’action publique au Mali et les relations avec les partenaires. » LE PRÉSIDENT GOÏTA ATTENDU EN RUSSIE – Abdoulaye Diop a martelé que « la Russie est ici à la demande du Mali et qu’elle répond de façon efficace aux besoins de notre pays en termes de renforcement des capacités de nos Forces de défense et de sécurité. » Il a salué les efforts de renforcement de l’axe Bamako-Moscou marqués par plusieurs échanges de haut niveau entre les autorités maliennes et russes. Le ministre Diop a annoncé la présence du président Assimi Goïta au prochain sommet Russie-Afrique de Saint-Pétersbourg qui doit se tenir en juillet pour donner une nouvelle dimension à cette relation. Il a, également, dit que la présence de Sergueï Lavrov à Bamako « vise à renforcer notre dialogue politique et aussi la coopération basée sur nos intérêts mutuels et les potentialités réciproques des deux pays. » Le chef de la diplomatie malienne a remercié la Fédération de Russie pour son action aux cotés du Mali. Selon lui, le travail commun des deux pays, « que ce soit sur les questions de défense ou autres, est conforme aux normes internationales et au droit international. » «Notre action aujourd’hui, c’est comment travailler ensemble pour lutter contre le terrorisme, lutter contre les terroristes et leurs sponsors étrangers…», a souligné Abdoulaye Diop, qui soutient aussi que « les droits de l’Homme sont aujourd’hui instrumentalisés et politisés pour des agendas à peine cachés qui visent souvent à renverser des régimes pour pouvoir atteindre un certain nombre d’objectifs. » Il s’est dit heureux de constater que l’Armée malienne dispose de capacités opérationnelles extrêmement importantes. «Aujourd’hui, nous avons ces capacités, des hommes et des femmes patriotes engagés sur le terrain qui sont à l’offensive et sont arrivés à porter des coups extrêmement durs aux groupes terroristes, même si la lutte contre le terrorisme est un combat de longue haleine», a expliqué le ministre Diop. Selon lui, le Mali, par principe, est opposé à toute sanction et à toute politique de sanctions. C’est pourquoi, il est solidaire de la Russie en ce qui concerne les sanctions occidentales. PLUS DE BOURSES D’ETAT – Pour sa part, Sergueï Lavrov s’est dit satisfait des échanges avec la partie malienne « dans une ambiance de confiance. » Il s’est réjoui de la décision du colonel Assimi Goïta de prendre part au 2è sommet Russie-Afrique qui aura lieu dans quelques mois. Selon lui, il a été convenu de continuer d’élargir, de renforcer les liens économiques et commerciaux entre les deux pays. Il a estimé qu’ « il faut élargir la coopération à la prospection géologique, aux ressources minérales, à l’énergie, aux transports, aux infrastructures et à l’agriculture. » Le chef de la diplomatie russe a indiqué que son pays continue son aide humanitaire au Mali dans le cadre bilatéral. Il a souhaité que, dans un bref délai, il y aura la livraison de blé, d’engrais, de produits pétroliers et d’autres produits stratégiques. Dans le domaine de l’éducation, il a signalé que plus de 10.000 citoyens maliens ont été formés en Russie et que c’est une coopération qui continue. Sergueï Lavrov a annoncé que, pour l’année académique 2023-2024, le nombre de bourses d’Etat octroyées aux étudiants maliens va augmenter, passant de 35 à 290. « Nous avons l’opinion commune que le défi principal pour les Maliens, c’est la sécurité », a souligné Sergueï Lavrov. Pour lui, c’est le règlement de cette question qui va créer une bonne base pour les éléments à venir, notamment les élections. Il a promis à ce propos que son pays va apporter son soutien au Mali dans la réalisation des objectifs de la Transition. Mais, aussi, dans le cadre de son travail à l’Organisation des Nations unies. « Il y a une mission des Nations unies au Mali qui est, souvent, sujet de discussion au Conseil de sécurité. Il faut effectuer le travail de cette mission compte tenu de la volonté

