Festival Ogobagna : Sous le signe de la résilience des communautés
Bamako, 26 janv (AMAP) La 8è édition du Festival Ogobagna sous le thème : «Les cultures locales à l’épreuve de la mondialisation : les formes de résilience des communautés» a démarré, lundi, à Bamako pour un rendez-vous culturel qui est, aussi, un espace d’expressions, de communication orale, de formation pour les jeunes, les professionnels et les enseignants-chercheurs. Initié par l’Association Ginna Dogon, le festival inscrit ses activités dans le cadre du renforcement de la résilience des communautés maliennes et se propose d’ouvrir un débat sur cette question qui revêt une importance capitale pour la société malienne. À travers l’organisation du Festival Ogobagna, Ginna Dogon ambitionne d’asseoir un concept événementiel mobilisateur des communautés culturelles autour de la thématique de la contribution des cultures maliennes pour le renforcement de la résilience. C’est pourquoi la communauté invitée d’honneur de cette 8è édition est celle des Kel Tamasheq. L’initiative met l’accent sur le rôle des communautés dans le renforcement de la résilience, de la cohésion sociale et la consolidation de la paix. Plus spécifiquement, les activités feront ressortir la place de la femme dans nos sociétés traditionnelles, conformément au thème central du Festival. Au programme de cette 8è édition, il y aura la sortie des masques dogon appelés «Emna» (un groupe de masque du pays dogon), apportant des messages de paix et de cohésion sociale. Emna est toujours perçue comme le moment le plus important et le plus solennel dans les événements de la culture dogon. Il est prévu aussi la musique traditionnelle dogon, bambara, malinké, kel-tamasheq, arabe, bozo, peul, bwa, soninké, sonrhaï, mamala… Tout comme les foires-expositions des produits artisanaux du Mali et de la sous-région avec près de 200 stands, permettant une pérennisation du savoir-faire des artisans mais, aussi, de leur donner une autonomisation. Des concerts géants avec des artistes nationaux modernes et internationaux se tiendront sur un grand podium sur les berges du fleuve Niger. Un défilé de mode en tenues traditionnelles pour la mise en valeur du circuit artisanal de la cotonnade et de la teinture locale. Enfin, il y aura un tournoi de lutte traditionnelle avec des jeunes pour pérenniser la lutte comme valeur sportive et culturelle. Une course de pirogues pour réhabiliter ce sport qui suscite tellement d’engouement et renforce la cohésion sociale. Le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Andogoly Guindo a insisté sur la capacité de résilience du Mali à travers sa culture. «À travers la tenue de ce festival, le peuple malien en général et le peuple dogon en particulier donnent la preuve que le Mali est une puissance culturelle mondiale résistante, résiliente et dynamique», a dit M. Guindo. « Une terre d’accueil et un pays ouvert qui ne cèdera pas face aux chantages, aux intimidations et à l’obscurantisme qui menaçaient d’oblitération la paix, le vivre ensemble, l’unité et l’intégrité du territoire national du Mali », a-t-il poursuivi. Le ministre en Culture a, aussi, tenu à saluer la commission d’organisation du festival pour la pertinence et l’originalité du thème de cette 8è édition. Le président de l’Association Ginna Dogon, Nouhoum Tapily, a insité sur l’apport de cette rencontre culturelle à la recherche de la paix. Il a, ensuite, mis l’accent sur les conférences-débats sur des thématiques d’actualité en lien avec le thème central du festival qui se veut, également, un espace d’expressions plurielles. Quant à Mohamed Ag Hamani, ancien Premier ministre, s’exprimant au nom de la communauté Kel Tamasheq, il a remercié ses cousins à plaisanterie, les Dogons, pour leur esprit de partage. YD/MD (AMAP)
Moumouni Traoré : génial inventeur !
Par Oumar SANKARE Bamako, 25 janv (AMAP) Le 24 novembre 2022, lors d’une cérémonie de remise de matériels à des femmes spécialisées dans l’agro-industrie à Bamako, le ministre du Développement rural, Modibo Kéita, et sa délégation vont à la rencontre d’un homme. Au centre de leur attention, un séchoir solaire «Made in Mali». Le ministre Kéita écoute religieusement l’exposé de Moumouni Traoré, le concepteur de la machine. Les performances de cet appareil sont impressionnantes. En effet, il est capable de sécher 350 kg de pulpe de mangue par jour et de leur faire atteindre une qualité de conservation d’au moins deux ans. Tako Sylla, représentante des unités industrielles, ne cache pas son étonnement. «Depuis des années, nous nous donnons du mal pour trouver des machines à l’étranger ainsi que des techniciens pour les réparer en cas de panne. C’est un grand évènement que de savoir qu’on a un spécialiste malien à portée de main et établi sur place », commente-t-elle. Une semaine après, nous avons rendez-vous avec notre innovateur-concepteur à son atelier métallurgique à Magnambougou (Bamako). Look à la texane (stetson et bottes), Moumouni Traoré nous fait visiter ses installations. Dans l’atelier règne un vacarme assourdissant. On martèle, on découpe, on scie, on soude. Des machines déjà achevées attendent d’être enlevées. D’autres sont en cours de fabrication. Le natif de Sikasso nous explique ce qui l’a amené dans un univers qui n’est pas celui de sa formation d’origine. « Dans notre pays, 40 à 60% des productions fruitières, maraichères ainsi que des produits issus de l’élevage (viande, lait) sont perdus chaque année pour plusieurs raisons. À commencer par l’étroitesse du marché intérieur. Tous les produits arrivent à maturité à la même période. Une fois les besoins de consommation satisfaits, l’absence de structures de conservation fait que le restant est jeté», fait-il remarquer. Sans oublier, ajoute le sexagénaire, « l’enclavement des zones de production, le mauvais état des routes, la faible disponibilité de moyens de transport pour acheminer les produits des zones de productions vers les zones de consommation. » « Tout ceci combiné entraine des pertes énormes pour les producteurs », déplore l’innovateur. Au moment où la mangue pourrit à Sikasso, le même fruit est vendu à Gao à 500 Fcfa l’unité. De même, à Baguinéda des tonnes de tomates entassées au bord de la route ne trouvent pas preneur, faute de technologie de transformation et de conservation. Face à ces anomalies, notre interlocuteur énonce un credo très simple : «En tant qu’innovateur, nous avons donc décidé d’apporter notre contribution en mettant en place au niveau local des équipements faciles à fabriquer, à entretenir, à réparer en cas de panne et aisés à utiliser par les producteurs et les transformateurs», dit-il avec fierté, la tête pleine de rêves. LONGUE EXPÉRIENCE – Ce credo, Moumouni Traoré l’a forgé pendant 40 ans d’expériences diverses. Economiste de profession, le thème de son mémoire a porté en 1984 sur «L’étude du marché des chauffe-eau solaires à Bamako». Ce qui l’amène à effectuer des enquêtes auprès des laboratoires. «C’est là que je me suis intéressé à la production des équipements», précise-t-il. Par la suite, il devient un diplômé plein de rêves, mais sans emploi et avec un intérêt poussé sur le solaire. C’est alors qu’il était encore au chômage qu’il monte une société de séchage solaire à Yirimadio (Bamako) sans le moindre financement. Sa voie actuelle, il commence à la trouver en travaillant dans le milieu des ONG. Moumouni fera deux ans à Mopti dans l’installation des pompes solaires, des systèmes d’irrigation solaire et des puits dans plusieurs villages. «Il n’est jamais à court d’inspiration. Il expose ses idées et moi, je me charge de leur donner une forme matérielle», nous dit Ousmane Cissé qui est le partenaire de Moumouni depuis dix ans. «Travailler avec lui, c’est relever en permanence des défis. Quand il débarque avec une nouvelle idée, on discute et souvent tu as même l’impression que c’est impossible, mais au final on y arrive », relate le métallurgiste. La pratique du séchage solaire a toujours existé dans notre pays. Malheureusement, menée de manière primaire, elle est fortement aléatoire et agit négativement sur la qualité des produits. Or, les Maliens sont devenus de plus en plus exigeants vis-à-vis de ce qu’ils consomment. «Aujourd’hui, les femmes veulent des poivrons emballés, des piments et autres condiments de meilleure qualité. Elles sont sensibles à la différence qui existe entre le produit transformé et celui issu de la conservation traditionnelle», constate Moumouni Traoré. L’homme dresse un autre constat. «Les Maliens, soutient-il, disent que les Maliens n’aiment pas que tout ce que les Maliens eux-mêmes produisent. Moi, je dis non. En réalité, le problème, c’est que tout ce que les Maliens produisent est trop cher pour les Maliens. Le sachet de mangue séchée coûte 500 Fcfa, voire plus, alors qu’il peut être vendu à 100 ou 150 Fcfa de Kayes à Kidal toute l’année. A condition que le séchage soit bien fait, et le coût de fabrication maîtrisé. Il faut encourager la consommation locale. Ce qui va se répercuter positivement sur la commande chez les équipementiers locaux et sur l’artisanat local qui se modernise à la longue», explique-t-il. ENGOUEMENT – Le fabriquant ne s’interdit pas de rêver grand pour le Mali. «Avec le bétail au Nord, le poisson et le bétail au Centre, les fruits et les légumes au Sud, il y a suffisamment de ressources pour transformer, conserver et vendre les différents produits des zones excédentaires vers les zones déficitaires», analyse-t-il. Ce qui renforce sa foi, c’est l’engouement de la jeunesse pour la technologie. «J’ai vu des jeunes produire des petits multiculteurs à partir de moteurs de moto Djakarta, d’autres qui fabriquent des drones et, récemment, des Maliens ont remporté le premier prix d’une compétition de robotique aux États-Unis» s’enthousiasme-t-il. Pour lui, « il y a juste, dans notre pays, un manque d’accompagnement des porteurs de projets. Nous avons des centres d’innovations et des services techniques qui malheureusement ne sont pas encore synchros avec les apprentis promoteurs ». Inutile de dire que Moumouni Traoré est, lui,
L’agro-industrie peine à tenir ses promesses au Mali
Par Oumar SANKARE Bamako, 25 janv (AMAP) Le Mali traverse une crise profonde depuis 2012, qui a impacté toute l’économie et réduit la capacité de l’État à accompagner le développement. Illustration : le cas de l’agro-industrie, un secteur prometteur qui peine à prendre son envol. «L’industrialisation traîne au Mali faute d’accompagnement de l’État, comparé au Ghana, à la Côte d’Ivoire et au Burkina Faso», estime la directrice générale de Sahel Industrie, Aminatou Touré. « À titre d’exemple, note-t-elle, en Egypte, l’État accompagne en matière de financement et d’appui logistique les entreprises qui font de l’exportation. » Dr Fatimata Cissé est la directrice du laboratoire de technologie alimentaire, à l’Institut d’économie rurale (IER). Elle coache un étudiant sur l’importance de la valeur nutritive et le goût d’un produit qu’il lui présente dans un bocal vert après l’avoir goûté. Ce laboratoire s’occupe de l’amélioration et de la mise au point des techniques de transformation et de conservation des produits agroalimentaires. Sa directrice préconise la création d’unités industrielles pivot dans tous les secteurs où le Mali a un avantage comparatif. «La filière est sous exploitée malgré l’énorme potentiel. Dans les années 1970, il y avait des champions industriels comme Huicoma à Koulikoro. Une telle unité peut être mise en place dans les zones de production de mangues, tomates, arachides, de coton … « pour le marché intérieur et pour l’exportation afin de faire rentrer des devises», analyse-t-elle. « Mais, s’empresse-t-elle d’ajouter, cette façon de faire ne peut réussir sans un système éducatif adapté aux besoins et aux réalités du pays et qui oriente les jeunes vers ces filières porteuses pour réduire le chômage endémique». Tako Sylla, directrice de USTako Sarl, partage cette analyse du Dr Fatimata Cissé. Son entreprise opère dans la transformation agro-alimentaire. Elle possède un séchoir de pulpe de mangue semi-industrielle. Elle soutient que les entreprises ne peuvent véritablement se développer sans l’implication de l’État qui doit leur accorder des facilités en termes d’accès aux financements à moindre coût et assurer la disponibilité de l’énergie à temps plein pour permettre aux machines de tourner. L’État doit aussi promouvoir des alternatives comme l’énergie solaire afin d’amoindrir les coûts. Il faut, par ailleurs, envisager le problème de mise sur le marché des produits agricoles transformés (distribution) et faire la promotion de nos produits locaux au niveau national, particulièrement au sein des ministères et autres structures. potentiel agricole – Faut-il alors compter sur les projets financés de l’extérieur pour apporter un appui ? Le Projet d’appui à la compétitivité agro-industrielle au Mali (PACAM), un vaste projet de la Banque mondiale dans la filière, entend contribuer à la levée des défis et au développement du potentiel du secteur agricole. Cela afin de réduire les pertes post-récoltes, d’améliorer la transformation des produits agricoles et de faciliter l’accès aux marchés des produits frais et transformés. Le projet a fourni un appui à la stratégie du gouvernement à travers 4 composantes : augmenter la transformation et l’exportation des mangues, améliorer l’accès aux zones de production de mangues, promouvoir la production d’alimentation animale et renforcer les capacités institutionnelles et de mise en œuvre. Fatoumata Ba Haïdara, coordinatrice du PACAM, explique que pour «faciliter la collecte et la commercialisation de la mangue dans les grands bassins de production, le projet a construit six centres de collecte et de commercialisation de la mangue à Yanfolila et à Sikasso, doté la jeunesse de dix sociétés coopératives en matériels et équipements d’entretien et de production des vergers de mangue». Autre volet : l’alimentation animale. En la matière, le projet a financé 48 sous-projets dans le cadre d’alliances productives entre le PACAM, la Banque nationale de développement agricole (BNDA), les emboucheurs et l’abattoir Laham industrie. Conscient du problème d’accès aux matières premières, le PACAM a aussi réhabilité 300 km de pistes rurales dans les Cercles de Sikasso et de Yanfolila. « Ces pistes rurales permettront l’évacuation de 35.000 tonnes de mangues supplémentaires », selon Fatoumata Ba Haïdara. DIFFICILE ACCÈS AU FINANCEMENT – «La principale contrainte au niveau du projet est comment pérenniser les acquis après le projet», explique la coordinatrice du PACAM. Ensuite, il faut parvenir à une extension des activités du projet dans d’autres zones de production. Il convient, également, de relever que les acteurs de certaines filières porteuses, non prises en compte par le projet, comme le karité, le sésame, la pomme de terre, l’horticulture l’ont sollicité à maintes reprises pour des appuis techniques et financiers. Au niveau des acteurs, le difficile accès au financement au niveau de tous les maillons reste une réalité. Le vieillissement des vergers est également un véritable challenge. Il faut donc moderniser les vergers par la reconversion et la plantation de nouveaux vergers. À cela, il faut ajouter l’insuffisance des équipements et matériels de production, de transformation et de post-récolte, l’insuffisance de logistique de transport adapté. Une autre difficulté, et pas des moindres, est le problème de certification des vergers et des produits transformés. Enfin, il y a le problème d’accès à certaines zones de production. Ahmadou Cissé a travaillé dans plusieurs projets de développement pendant 20 ans. Aujourd’hui, fonctionnaire international, basé au Ghana, il estime que beaucoup de projets n’apportent pas les résultats attendus «à cause du népotisme». « Très souvent, déplore-t-il, les bénéficiaires sont choisis par affinités, alors qu’on peut se demander s’ils répondent aux critères. Sans oublier le problème lié au suivi des bénéficiaires, qui permettrait de corriger les failles». Un autre problème est la capacité des bénéficiaires des projets. «Les bénéficiaires sont souvent incapables de monter des rapports techniques et financiers conformes, ils sont responsables de dépassements dans les dépenses, la fiabilité des justifications et la gestion administrative sont douteuses». Alors que si ces éléments ne sont pas conformes, les bailleurs plient bagages ou ne débloquent plus les fonds. Plusieurs projets ont ainsi été fermés sans que les fonds alloués n’aient été dépensés totalement. OS/MD (AMAP )
Postes de péage et de pesage routiers : La nécessaire optimisation
Par Kadiatou OUATTARA Bamako, 19 janv (AMAP) L’État malien a initié, au début des années 2010, la création des postes de péage et de péage/pesage sur les grands axes routiers interurbains et internationaux du Mali, emboîtant le pas à beaucoup de ses voisins. C’est un dispositif composé d’une barrière métallique, généralement entre deux loges qui servent de guichet de paiement, d’un bureau du chef de poste, d’un hangar ou un abri pour les éléments de la gendarmerie qui assurent la sécurité des lieux. Pour règlementer la gestion de ces infrastructures, un arrêté interministériel du 07 mai 2021, portant création des postes de péage et de pesage routiers, fixe dans son article 3, les tarifs de leur franchissement. Les tricycles sont taxés à 250 Fcfa par passage, les véhicules particuliers, les taxis, les minibus de transport public de moins de 25 personnes, les camions de transport de matériaux de construction à 250 Fcfa par essieu et par passage. Les bus et autocars de transport public de plus de 25 personnes, ainsi que les poids lourds et autres gros porteurs sont taxés à 300 Fcfa par essieu et par passage. Le poste de péage de Samanko II, est situé sur la sortie de Bamako, sur la Route nationale (RN5) qui mène à la frontière avec la Guinée. Le trafic y est intense compte tenu de la fréquence des gros porteurs qui assurent le transport international des marchandises, des bus et taxis pour le transport des voyageurs et des véhicules de particuliers qui se rendent régulièrement dans les villes et villages situés le long de la route. Nombreux sont les usagers qui se plaignent de «paiements interminables aux postes et de la non informatisation du système.» Moussa Maïga est chauffeur de transport en commun depuis 11 ans. Il est quotidiennement sur la ligne Bamako-Kourémale. Il se plaint des frais supplémentaires incessibles donnés aux agents et évoque, également, l’état déplorable des routes. «On contribue pour avoir des bonnes routes mais avec tous ces paiements-là, le bitume est dégradé. Même sur les routes en mauvais état, nous devons payer», déplore le conducteur. Karim Keïta, un résident du village de Siby (Commune rurale du Mandé), situé à 45 kilomètres de Bamako, est du même avis. En service dans la capitale, il fait chaque jour un aller-retour pour se rendre à son travail. « Auparavant, confie-t-il, il payait une seule fois le tarif de 500 Fcfa pour ce trajet. » La validité du ticket de passage était de 24 heures. Pour rendre la charge plus supportable à ces usagers particuliers, une carte riveraine a été mise à leur disposition contre un paiement annuel de la somme de 12.500 Fcfa. Il y a un an, ce tarif a évolué à 18.000 Fcfa, au grand dam des bénéficiaires. Mais c’est depuis l’entrée en vigueur en 2021 de cet arrêté interministériel qui fixe les tarifs à 250 F CFA par passage, que l’incompréhension a grandi au sein des usagers. UNIFORMISATION – Du côté des autorités compétentes, on avance le souci d’uniformisation avec les dispositions de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) en la matière. Pour les usagers, c’est une mesure qui vise à renflouer les caisses du Fond d’entretien routier (FER-Mali) uniquement. En plus de la tarification, Karim Keïta dénonce le manque de courtoisie des agents sur place. «La dernière fois, a un agent qui s’est plaint de moi parce qu’il n’arrivait pas à déchiffrer les lettres de ma carte. Ensuite, il a fini par me crier dessus en me demandant de plastifier ma carte», raconte-t-il. Selon les statistiques de la direction générale du FER-Mali, les ressources générées par un poste sont estimées entre 15.000 et 1.800.000 Fcfa par jour, en moyenne. Cette manne financière, est destinée à la constitution du Fond d’entretien routier. Cependant, de l’avis de beaucoup d’usagers, l’impact de ce Fonds n’est pas visible sur les routes. C’est le constat de Chaka Diakité, vice-président du Syndicat national des transporteurs routiers urbains, interurbains et internationaux du Mali (SYNTRUI-Mali) et secrétaire chargé du district de Bamako. À titre d’illustration, il pointe du doigt le niveau de dégradation sans précédent de nos routes. «Si ce Fonds est réellement destiné à l’entretien du réseau routier, nous les transporteurs devrions être contents de payer cette taxe », regrette l’ancien routier. « Mais au regard de ce qui prévaut, aucun usager aujourd’hui n’est satisfait des résultats de la constitution de ce Fonds», soutient-il. Le syndicaliste rappelle que le montant à payer pour les camions est de 300 Fcfa par essieu. «Un essieu, c’est une paire de roues ou pneus. Donc, un camion qui a 6 essieux, vous multipliez 300 Fcfa par 6. Un camion peut avoir 8 essieux soit 16 roues ou pneus et même au-delà pour les camions remorques. Ce sont les essieux qui sont taxés par l’État parce qu’ils roulent sur les routes», explique-t-il. Il soutient qu’en plus des pièces administratives à jour et les frais des postes de péage, les chauffeurs sont contraints de payer des faux frais aux postes et sans reçu justificatif. « Pour ces faux frais, affirme-t-il, les véhicules sont souvent confisqués pendant 3 à 4 heures de temps.» À en croire de nombreux usagers, les postes de péage et de péage/pesage ne sont ni plus ni moins, qu’une source de revenu pour quelques individus. C’est-à-dire les agents qui y travaillent et leurs tutelles. Ils arguent que la gestion rudimentaire des paiements (des tickets imprimés avec ou sans sticker) peut prêter à toute sorte de détournement des fonds. « Il n’y a aucune fiabilité dans ces tickets qui peuvent être facilement falsifiés », selon un interlocuteur qui est chauffeur de transport public sur l’axe. « D’où la possibilité pour les agents de détenir des tickets parallèles », soupçonne-t-il. AUDITER LE FONDS – Bablen Traoré, enseignant et usager de la RN 5 enfonce le clou qualifiant cette gestion de « douteuse » et s’interrogeant sur l’audit de ces postes. « En plus de 10 ans d’existence, on n’a pas entendu une seule fois qu’il y a eu l’audit du FER-Mali », s’étonne l’instituteur. Selon lui, la population doit être informée
Spécial 20 janvier 2023 : Orphelins, veuves et blessés de guerre, de la tristesse à l’espoir
Par Oumar DIAKITÉ Bamako, 19 janv (AMAP) Défendre la patrie peut conduire au sacrifice ultime. Si beaucoup de militaires regagnent sains et saufs leurs familles, certains y laissent la vie et d’autres retournent blessés. C’est pourquoi le soutien de l’Etat à ces personnes durement affectées par la perte d’un être cher, est un impératif. Âgée de 13 ans, Hawa Malamine Sangaré a appris le décès de son père quatre ans après sa mort au front. Nous l’avons rencontrée un mercredi devant son école, à Kalaban-Coura. La jeune fille nous conduit dans une famille contigüe à son établissement pour éviter les regards gênants. Très sereine, elle nous raconte sa vie d’orpheline. «Je suis la fille de feu capitaine Malamine Sangaré, pilote de l’Armée de l’air, décédé lors d’un crash d’hélicoptère, survenu le 12 avril 2013 dans la Région de Mopti, précisément dans le village d’Ouro-Modi», dit l’élève en classe de 9è année. Assaillie par l’émotion, la jeune fille baisse la tête en disant : «mon père est mort en mission commandée de l’État». Malgré son jeune âge, l’orpheline affiche un sentiment de fierté devant les circonstances de la disparition de son père. Hawa Malamine Sangaré a perdu son papa lorsqu’elle avait 3 ans. Ce n’est que quatre ans après le drame qu’elle s’en est rendue compte. «Je sentais l’absence de mon père et le faisais savoir à ma maman. Car, il m’appelait ou m’apportait des cadeaux chaque fois qu’il revenait de mission. Mais ma mère a continué à me cacher la vérité du décès de mon père», explique Hawa. Qui se souvient : «Une nuit, j’ai rêvé de mon père. Il est venu m’annoncer qu’il ne revient plus. Je me suis réveillée très triste. J’ai passé toute la journée à pleurer sans manger. J’ai dit à maman pourquoi vous ne m’avez pas dit la vérité sur papa». A l’époque, elle était en classe de 3è année. Les années ont pass, et la petite Hawa s’est résolue à faire face à la réalité. Aujourd’hui, on peut dire qu’elle ne se plaint pas beaucoup grâce à l’assistance de l’Office national des pupilles du Mali (ONAPUMA). «L’ONAPUMA nous verse par trimestre 100.000 Fcfa comme appui à l’entretien de l’enfant orphelin de guerre. Cet appui va continuer jusqu’à mes 18 ans», révèle-t-elle. Et d’ajouter que sa famille recevait, de temps en temps, des dons de la Direction du service social des armées (DSSA). Jeune fille intelligente, Hawa Malamine Sangaré reconnait qu’ « un appui de l’Etat, minime soit-il, vaut mieux que rien. » NÉCESSAIRE SOUTIEN – Maïmouna Kéita est la mère de Hawa Malamine. Elle confirme avoir bénéficié de l’appui des frères d’armes de feu son mari pour adoucir sa souffrance. «J’ai eu moins de problèmes à être mise dans mes droits grâce à l’implication des camarades de mon mari et j’ai passé trois ans dans le camp à la base de l’Armée de l’air à Hamdallaye», témoigne-t-elle. Mme Sangaré dit bénéficier, aussi, du soutien de la DSSA. «Ma fille, précise-t-elle, figure parmi les pupilles de la nation, et à ce titre, reçoit 100.000 Fcfa par trimestre. Et ses deux sœurs ont eu une bourse pour aller étudier à l’étranger». Mme Sangaré Maïmouna Kéita attire l’attention des autorités sur les conditions de vie des orphelins de guerre ayant une bourse d’études à l’étranger. « Cette aide ne doit pas seulement concerner que l’Etat, mais tout le peuple malien. Parce que le militaire sacrifie sa vie pour une cause noble, c’est-à-dire, la défense de la patrie», rappelle-t-elle, plaidant pour l’insertion socioprofessionnelle des enfants orphelins après leur retour au bercail. Mouhammad Danté, 13 ans, lui aussi, est le fils de feu adjudant-chef de la gendarmerie Sidiki Danté. Il est en classe de 9è année et vit chez son oncle maternel à Magnambougou-Wèrèda. Ce mercredi, entre 13 et 14 heures, habillé d’une culotte bleue qui coupe aux genoux et une chemise grise, le petit Danté affiche une mine timide dans le salon familial. Son oncle, Mahamady Kouyaté, ayant compris le met à l’aise. L’émotion est palpable. Mouhammad Danté arrive tout de même à s’exprimer. «Mon père est décédé à Gao (Nord), il y a environ 7 ans des suites d’une explosion d’Engin explosif improvisé (EEI). Leur véhicule a sauté sur une mine », explique-t-il. Et de préciser : « on m’a dévoilé son décès lorsque je faisais la classe de 6è année. Personne ne me parle de cette histoire et je suis bien entretenu ici». Et d’ajouter qu’il est l’un des pupilles. «L’ONAPUMA nous octroie 100.000 Fcfa chaque trimestre et des fournitures scolaires ainsi que des chemises à chaque rentrée scolaire», signale Mouhammad Danté. ACTIONS DE LA DSSA – Amputé d’un pied, le sergent Siaka Koné a bénéficié d’une prothèse de la part de l’Armée et continue à servir à la Direction du service social des armées (DSSA). «Notre véhicule a roulé sur une mine le 27 décembre 2018 dans la zone de Sevaré (Centre). J’ai été amputé d’un pied. Et toutes les charges sont revenues à l’Armée. Après le traitement, j’ai été affecté au service social des armées», témoigne le sergent Koné. Le directeur du service social des armées, le colonel-major Bréhima Samaké, soutient que sa structure assure la mise en œuvre des éléments de la politique des Forces armées et de sécurité en matière de solidarité, de protection et de promotion sociale des militaire, leurs familles, des anciens combattants, des veuves, ascendants des familles de militaire et des blessés en service commandé. Le colonel-major Samaké explique que la DSSA intervient dans des domaines tels que la famille, la santé, le budget, le logement, l’emploi. «La direction du service social des armées annonce les décès aux familles, accompagnée d’une donation de céréales et un montant pour les funérailles. Elle aide les familles pour la constitution des dossiers pour l’obtention des droits (capital-décès, mutuelle, pension, indemnité forfaitaire de 10 ans, prise en charge dans les pupilles de la nation). OD/MD (AMAP)
Agro-industrie au Mali : Les goulots d’étranglement du secteur
Par Oumar SANKARE Bamako, 18 janv (AMAP) À Koulikoro, à une soixantaine de kilomètres de Bamako, la capitale du Mali), non loin du gouvernorat, il y avait, jadis, de vastes mangueraies soigneusement entretenues par le vieux Moussa Diallo. Ramata Traoré, la cinquantaine révolue, assise avec ses trois sœurs autour d’un thé, dans leur concession familiale, se remémore : «Toute mon enfance, mes petits camarades et moi avons consommé ces mangues à volonté sans jamais nous soucier du prix d’une mangue.» Comme Ramata, plusieurs habitants de la zone en ont largement profité. C’est le cas de Modibo Diarra, enseignant à la retraite. Nous le rencontrons parmi son groupe de joueurs de belote. «Il fut un temps où nous nous permettions même de ramasser les mangues de ce verger pour les envoyer à nos parents à Bamako et dans d’autres localités. La mangue était tellement abondante à l’époque (et ça l’est toujours) que les bœufs au retour de pâturage se contentaient de les humer et continuer leur chemin», témoigne-t-il. Avec le recul, Modibo Diarra et ses camarades se rendent compte de toute cette richesse inexploitée dans leur région natale. «La mangue, à elle seule, peut être une industrie pourvoyeuse d’emplois pour toute la jeunesse de la Région de Koulikoro. C’est un crève-cœur de voir une richesse à portée de main, inexploitée jusqu’à présent», regrette Moussa Traoré, un autre joueur de belote. Et d’ajouter : «C’est la même triste réalité dans la Région de Mopti (Centre) où j’ai vu des femmes peules verser leur lait de vache invendu à leur retour du marché. Faute de moyen de transformation.» Si l’agro-industrie tarde à prendre son envol au Mali, quelques pionniers tentent de se frayer un chemin. Tako Sylla est la directrice de USTako Sarl, une entreprise qui opère dans la transformation agro-alimentaire, particulièrement la mangue séchée. Il est 14h quand nous la rencontrons dans ses locaux à Kati. L’ambiance y est calme, les machines sont à l’arrêt. Le chef de la production, Diarra, nous conduit dans le bureau de la directrice. Décoration sommaire, une table marron sur laquelle sont posés un ordinateur et une imprimante. Au mur, est affiché le graal : une licence certifiant la qualité de la production. FAIBLEMENT TRANSFORMÉ – Vêtue d’un bazin violet et coiffée d’un foulard de même teinte, Tako Sylla, ancienne de l’École nationale d’administration (ENA), explique : «La mangue malienne fraîche et transformée est très prisée à l’international. Ce n’est pas pour nous jeter des fleurs, nos clients des pays de l’Union européenne (UE), d’Afrique du Sud et du Moyen-Orient nous le font savoir.» Avec un si fort potentiel, «même pas 1% de la mangue malienne est transformé pour faire du jus, des séchés, de la confiture, des produits esthétiques…) Imaginez les retombées économiques pour tout le pays si on pouvait transformer 10 à 15% de notre production», regrette-t-elle. Pour commercialiser les mangues transformées, les producteurs sont toujours obligés de passer par des intermédiaires. «Nos produits transitent par des entreprises dans les pays voisins pour pouvoir être sur le marché international. Notre nom ne figure nulle part, ne parlons pas des retombées économiques qui nous échappent». Cette situation peut être résolue avec un centre de contrôle (sans lequel le Mali ne peut pas exporter les mangues séchées), qui n’est autre qu’une chambre froide pour stocker les produits transformés, les contrôler et faire des containers à partir du Mali. Sans quoi, les quantités de mangues séchées produites chez nous se retrouveront dans les statistiques d’autres pays. En plus, le secteur fait face à un problème de labellisation. Or, c’est le label qui permet de donner une identité aux produits. Seulement une dizaine d’entreprises dans le domaine de la mangue transformée répondent aux normes. À Sotuba, s’est installée l’unité industrielle Sahel Industrie. Bâtiment de couleur verte, le calme y règne : c’est la période morte. Nous rejoignons Touré Aminatou, la directrice générale, au premier étage. De la fenêtre du bureau, on peut contempler le lever du soleil qui illumine tout le bureau malgré le rideau. À gauche de la fenêtre, se trouve une étagère sur laquelle sont entreposées plusieurs gammes de thé et surtout un trophée. Sahel Industrie est l’une des rares entreprises de l’agro-industrie à assurer sa propre production avec plusieurs coopératives, la transformation, la commercialisation et la distribution à travers sa filiale Sahel Distribution. «Toutes les entreprises ici font face à un moment donné aux problèmes d’accès à la matière première. C’est pourquoi nous nous sommes mis à la production de notre matière première», explique la technicienne. « À titre d’exemple, il y a une période de l’année où les mangues, comme bien d’autres produits de l’agriculture, sont en abondance et pourrissent même au bord des routes ; tandis qu’il y a une période où elles disparaissent, entrainant une fluctuation des prix », souligne Touré Aminatou. En plus de l’accès difficile aux financements, le secteur agro-industriel fait face à un problème d’emballage de qualité notamment pour les jus, sirops et autres. «Les emballages made in Mali que l’on trouve sur le marché local sont plus chers que ceux importés, malheureusement. Il est impératif d’accorder des subventions à ce niveau pour permettre aux unités d’emballages de réduire leur prix de vente. Sans cela, nous sommes obligés d’importer pour contrôler nos prix», explique la patronne de Sahel Industrie. POINTS NOIRS – Mamadou Traoré est directeur général de Laham Industrie, une entreprise d’abattage de bovins et autres petits ruminants, et de commercialisation de la viande. Son unité industrielle est dans la Région de Kayes, à 610 km de Bamako. Vêtu d’un jean bleu délavé et d’une chemise bleu ciel, il nous reçoit à la direction de son industrie à l’ACI 2000, entre une série de réunions. Pour Mamadou Touré, le manque d’énergie constitue le plus grand obstacle pour les industriels. «Nous subissons le délestage comme tous les Maliens. Mais au niveau industriel, c’est pire, car il impacte toute la chaîne et rapidement les prix s’envolent malgré nous», soutient-il. Par ailleurs, notre interlocuteur déplore l’insuffisance d’infrastructures globales, notamment les routes. « Les zones
Divagation des animaux : Le grand bazar à Bamako
Par Siné. S TRAORE Bamako, 17 janv (AMAP) Sur les grandes artères de la capitale malienne, Bamako, il n’est pas rare de se retrouver nez-à-nez avec des animaux errants et qui sont, parfois, à l’origine d’accidents. Le phénomène semble franchir les âges. Malgré les efforts consentis, on peut aisément constater dans les rues et sur les grandes artères de la capitale, notamment sur le Boulevard de l’indépendance, des bêtes allant dans tous les sens. Diadouba Kouyaté, chef d’antenne de la Direction urbaine du bon ordre et de la protection de l’environnement (DUBOPE) en Commune III du District de Bamako, s’indigne. Il explique qu’on retrouve aussi facilement les animaux en divagation sur l’avenue Kassé Keïta et la voie qui relie l’échangeur en face de l’ex-cinéma-Babemba au Groupement mobile de sécurité (GMS). Il en appelle à l’implication de tous pour circonscrire le fléau dans la capitale. Les spécialistes admettent qu’un animal est en divagation lorsqu’il se trouve hors de la propriété de son maître ou de celui qui en a la responsable ou lorsqu’il est hors de la surveillance, du contrôle ou de la direction de ceux-ci. Pourtant, il y a des dispositions pénales contre la divagation des animaux. Le paragraphe 9 du Code pénal malien en vigueur, notamment l’article 317 stipule : «quiconque aura lâché dans la nature ou dans une agglomération des animaux domestiques sans emprise effective, les prédisposant par ce seul fait à causer des dégâts à autrui ou à gêner la circulation sur les voies publiques, sera puni de onze jours à six mois d’emprisonnement et d’une amende de 20.000 à 1.000.000 Fcfa». Son second alinéa ajiute que «lorsque les animaux errants auront causé des dégâts à autrui ou au domaine public, il sera fait application des peines prévues à l’article précédent». Les textes précisent, aussi, que le propriétaire d’un animal ou celui qui s’en sert pendant qu’il est à son usage, est le responsable du dommage que l’animal pourrait causer. Et quant aux maires, ils sont habilités à intervenir afin de mettre fin à la divagation des animaux au titre de leur pouvoir de police générale. Au-delà des textes et des récriminations de nos compatriotes qui n’apprécient guère la déambulation des animaux sur la voie publique, leurs maîtres semblent en n’avoir cure. Pour le maire de la Commune IV du District de Bamako, Adama Bérété, la divagation des animaux à Bamako est interdite par la loi. Il propose l’alternative de disposer de fourrières pour les animaux au niveau des collectivités. Ainsi, les municipalités peuvent opérer des saisies et garder les bêtes en lieu sûr. Pour le cas précis de sa circonscription, l’édile confirme l’existence d’un site exigu qui ne peut pas contenir assez d’animaux. «Les animaux que nous saisissons sont envoyés au niveau du tribunal qui, en dernier ressort, se prononce sur le sort à leur réserver. A titre d’exemple, « c’est le tribunal qui décide si ces animaux doivent être vendus aux enchères dans les cas où les propriétaires ne sont pas connus. Le cas échéant, ceux-ci paient des taxes municipales soit par tête, soit pour l’ensemble des animaux raflés », précise le maire Adama Bérété. Il cite l’exemple des ânes qu’utilisent les Groupements d’intérêt économique (GIE) pour le ramassage des ordures et qui errent sur les grandes artères de la ville. Ces bêtes peuvent être à l’origine d’accidents de la voie publique. C’est pourquoi, la mairie organise des rafles sporadiques de ces animaux. «On est obligé de conduire les ânes raflés au jardin zoologique. Des fois, on rafle des troupeaux de bœufs au niveau du Point Y à Sébénikoro, une route dont les deux ramifications conduisent respectivement à Siby et Kangaba. Nous gardons ces animaux pendant un délai. Si leurs propriétaires ne se présentent pas pour payer les amendes, les bêtes sont envoyées au niveau du tribunal», explique le maire de la Commune IV. RAFLES HEBDOMADAIRES – Adama Bérété explique que la municipalité manque de fourrière adéquate et de ressources logistiques pour mener à bien la lutte contre la divagation des animaux. «Il est interdit de traverser la ville à pied avec les animaux. Il faut plutôt les mettre dans des camions ou remorques pour les conduire à la fourrière. Le véhicule de transport ont nous disposons actuellement est petit et ne peut contenir au maximum que trois ânes», souligne-t-il. Et d’ajouter qu’il faut des véhicules appropriés et des agents pour rafler les animaux. « Malgré l’insuffisance des moyens, affirme-t-il, la mairie de la Commune IV a programmé des rafles hebdomadaires. » Quant à Diadouba Kouyaté de la mairie de la Commune III, il explique qu’au niveau de sa circonscription, des rafles sont faites au moins deux fois par semaine en compagnie d’une équipe de la mairie centrale du District de Bamako. Les agents sillonnent toute la commune et les saisies peuvent se chiffrer au moins à trois animaux raflés par sortie. «Un moment, on les acheminait vers le parc zoologique, mais cela est contraire à la loi. Faute de fourrière dans notre commune, on était obligé de les conduire à celle de la Commune I et commune IV. Souvent, on loue des véhicules pour les transporter», dit-il. Avant de proposer que le gouvernement les accompagne à recruter des agents qui vont s’occuper uniquement de la divagation des animaux. En ce qui concerne la divagation des ânes, le chef d’antenne de la DUBOPE pointe du doigt certains éboueurs et GIE. Il les accuse d’être responsables de la situation. «Lorsqu’ils finissent d’utiliser les ânes, au lieu de les nourrir, ils les laissent divaguer librement à la recherche de nourritures. Quelques fois, on rencontre des moutons, mais ce n’est pas fréquent», laisse-t-il entendre. Et de signaler que sa commune rencontre beaucoup de difficultés liées à l’absence de moyens logistiques appropriés. Il indique qu’à la suite des saisies d’animaux, certains propriétaires viennent s’acquitter des taxes pour la libération de leurs bêtes. Par contre, d’autres viennent se confondre en excuse. Ceux-ci essaient d’obtenir qu’on relâche leurs animaux sans payer les amendes. Le chef d’antenne de la DUBOPE précise que la Commune III rafle une
Réseaux sociaux : Pièges pour les femmes qui partagent leur intimité
Par Maïmouna SOW Bamako, 13 janv (AMAP) Les confidences de Mama vous font dresser les cheveux sur la tête. Elle assène: «J’envoyais à mon fiancé, à travers un réseau social, des photos intimes sans montrer mon visage. Mais une nuit, il s’est plaint. Il m’a demandé pourquoi je ne lui montrais pas mon visage dans mes vidéos sexuelles. N’avais-je pas confiance en lui ? J’ai fini par céder devant son insistance.» La pratique consistant à envoyer des photos de sa nudité à son partenaire est, de plus en plus, fréquente, dans les relations amoureuses. Des expressions y sont même consacrées comme «envoyer des nues à quelqu’un ». Beaucoup de femmes ont fait les frais de cette tendance, après s’être fait piégées à des fins de chantage. À titre d’exemple, la vidéo où apparaît nue une tik-tokeuse d’un pays voisin, a été virale sur les réseaux sociaux. En un laps de temps, des millions d’internautes ont vu la dame en tenue d’Eve. Humiliée, elle avait accusé son époux d’être à l’origine de cette diffusion de ses données personnelles sans son autorisation. Un autre cas a tenu en haleine les réseaux sociaux. La fracassante affaire qui a opposé un ressortissant malien à sa petite amie. Cette dame s’était subitement retrouvée sur les réseaux sociaux en train d’exécuter, toute nue, des gestes sensuels pour son ancien copain. On peut aussi citer le cas de cette autre femme qui s’était suicidée en se jetant dans le fleuve, à partir d’un pont de Bamako, capitale du Mali. Son partenaire avait posté ses photos de nu sur les réseaux sociaux. CHOQUÉE – Il y a quelques semaines, sur le plateau d’une chaîne privée de la place, de façon anonyme, Mama, avait déclaré être l’objet d’un chantage de la part d’un inconnu. Cet individu lui a envoyé les images intimes qu’elle avait partagées avec son fiancé. «Quand j’ai vu ces images qui me montrent, à visage découvert, toute nue, j’étais choquée. Je ne savais que faire», confie-t-elle. Elle est restée longtemps prostrée. Comment un inconnu a pu avoir ses vidéos ! Excepté son fiancé, elle jure ne les avoir envoyées à personne d’autre. Elle avait fait confiance à son homme. Il avait pris l’engagement de l’épouser. Il avait même envoyé les premières colas chez ses parents. Cet acte signifiant qu’il demande la main de leur fille en mariage. Ce geste, selon elle, suffisait pour accorder aveuglement sa confiance à son prétendant. Mama explique que son fiancé voyeur a insisté pour qu’elle lui envoie des vidéos de plus en plus osées. Depuis la réception de ces fichiers, la fille, une sainte aux yeux de sa famille, vit dans la panique au quotidien et la hantise de voir exposée son intimité au regard de tout le monde . Elle accuse son fiancé de complot avec le détenteur des vidéos. « Son prétendant affirme-t-elle, nie en bloc les faits, soutenant que son téléphone a été piraté par un hacker. » Elle pense que l’indifférence de son fiancé face à une accusation aussi grave est la preuve de sa culpabilité. «Au lieu de se défendre, lui-même et son honneur, de se disculper, il est si calme, tout froid, comme si on l’avait trempé dans de l’eau fraiche. Il n’a plus daigné me fréquenter», ajoute la jeune dame. L’auteur du chantage n’a pas accepté de lui révéler comment il a eu les images. «Il m’a dit qu’il ne veut rien soutirer de moi maintenant. Mais de bien me tenir car tout peut arriver et à tout moment. Il a aussi ajouté qu’il me surveille étroitement», s’inquiète la victime. Le maitre-chanteur lui a dit de faire attention parce qu’il la connait mieux qu’elle ne le pense. Ces avertissements ont davantage affolé Mama. Elle s’est confiée à sa sœur ainée qui lui a conseillée de porter plainte contre le fiancé. Selon elle, si l’affaire arrive à la police, l’auteur du chantage postera ses images sur les réseaux sociaux. Ce qui la dissuade de poursuivre le maître-chanteur. Mama ne voudrait pas, également, ternir la renommée de sa famille, ni décevoir ses parents qui n’ont aucun doute sur sa bonne moralité. Elle est préoccupée et elle se lamente : « Si cela venait à se savoir, je ne sais pas ce que deviendra ma vie, ni celle de ma famille.» Et d’indiquer qu’elle cherche, anxieuse, une justification, aux yeux de la famille, de l’arrêt de sa relation avec son fiancé qui a cessé de la fréquenter. Quant à l’élégante Fatoumata, elle s’abstient de partager ses nues avec ses amis. Même si une fille se livre à cette tendance, elle ne va pas l’avouer. Elle est catégorique : «Je déconseille aux filles de le faire. C’est très dangereux». Selon la jeune étudiante, les images fuitent quand une autre personne arrive à les transférer à partir de son téléphone. Cette dernière, peut décider de faire chanter la crédule qui est sur la photo. Fatoumata soutient que ce sont les hommes qui poussent les femmes à leur envoyer des images de leur intimité. «Beaucoup d’hommes m’ont fait cette proposition avec insistance. Ils me disent de porter des tenues sexy pour faire un appel vidéo. Certains copains envoient des images de leurs parties intimes pour vous convaincre de faire autant», explique l’étudiante. Plusieurs filles n’hésitent pas à partager volontairement innocemment leurs photos intimes parce qu’elles sont réellement amoureuses de leur partenaire. L’étudiant Abdrahamane Tangara penche dans le même sens. Il dit avoir fait le constat que même si l’homme ne demande pas, des femmes le font pour faire plaisir à leur partenaire, en vue de renforcer leurs liens. Cependant, le jeune homme de 29 ans reconnait que les responsabilités sont partagées entre les deux sexes. MANDAT DE DÉPÔT – Depuis 2015, le Mali, à travers l’Autorité de protection des données à caractère personnel (APDP), veille à la protection des données personnelles. Selon le directeur des affaires juridiques et du contentieux de cette jeune structure, Arouna Keita, l’APDP « accompagne, rassure et défend sur le plan judiciaire les victimes de cybercriminalité. » Cependant, il regrette que beaucoup de victimes renoncent
Décharge finale de Noumoubougou : Le ministre de l’Administration territoriale fait le suivi des efforts d’amélioration en cours
Bamako, 12 janv (AMAP) Le ministre d’État, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le colonel Abdoulaye Maïga, s’est rendu, mardi dernier, à la décharge finale de Noumoubougou (Région de Koulikoro) afin de constater l’exécution, par la mairie du District de Bamako, de sa décision de mettre de l’ordre sur ce site. Sur place, le ministre Maïga, accompagné de la ministre des Transports et des Infrastructures, Mme Dembélé Madina Sissoko, a pu constater que les ordures qui débordaient, ont été évacuées vers la cellule (lieu de dépôt des ordures) de la décharge. Cependant, la délégation a remarqué qu’une partie de la décharge est en train de brûler, dégageant de la fumée toxique qui dérange beaucoup la population riveraine. Le ministre a invité à poursuivre « les efforts afin de soulager les habitants de la localité », conformément à ce qu’il avait ordonné lors de sa dernière visite sur la décharge de Noumoubougou, le 19 décembre dernier. D’après le colonel Abdoulaye Maïga, « la question de la salubrité de Bamako ne doit pas se résoudre au détriment de celle de Noumoubougou. » Pour lui, ce site doit être mieux géré pour le bonheur de la population riveraine mais aussi pour éviter des cas d’encombrement d’ordures dans notre capitale. «Tant que cette décharge n’est pas bien gérée, malheureusement, on observera toujours des difficultés à Bamako», a-t-il déclaré. Le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation a, par ailleurs, fait savoir que la question de l’assainissement, qui est éminemment politique, est suivie de très près par les autorités, au premier chef, le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta. C’est pourquoi, une commission interministérielle a été mise en place. Au-delà des ministres concernés, cette commission regroupe l’ensemble des acteurs impliqués dans la gestion de l’assainissement. De son côté, la Ministre des Transports et des Infrastructures a proposé de mener une étude pour pouvoir déterminer la fonctionnalité de la cellule. «Ce que nous sommes en train de faire, c’est pour résoudre un problème immédiat. Mais pour que le problème soit résolu définitivement, il faut une vraie étude et voir comment on doit mettre en œuvre les recommandations de cette étude», a expliqué Mme Dembélé Madina Sissoko. Elle a également invité à prendre, très rapidement, les dispositions afin de minimiser la fumée qui se dégage de la décharge. UNE SECONDE DÉCHARGE – Cette visite intervient dans un contexte marqué par la résiliation du contrat del ’État avec la société Ozone. En lieu et place, la voirie de la mairie du District a été remise sur pied. Par le truchement de l’Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales (ANICT), cette voirie a été dotée d’équipements notamment des camions à hauteur de 780 millions de Fcfa. Le ministère de l’Économie et des Finances a, aussi, pu acquérir un financement auprès de la Banque mondiale à hauteur de 168 milliards de Fcfa pour terminer les travaux de la décharge finale de Noumoubougou et construire une seconde décharge à Moutougoula (Cercle de Kati). Ce financement vise également à effectuer d’autres travaux d’investissement dans le cadre de l’assainissement. Située à 35 km de Bamako, dans la Commune de Tienfala, dans la Région de Koulikoro, la décharge finale de Noumoubougou est construite sur une superficie de 51 hectares. Elle reçoit des ordures en provenance de Koulikoro, de Bamako et ses environs. Il est prévu de réaliser sur ce site trois cellules dont l’une est déjà effectuée avec une capacité de 440 000 m3. Un bâtiment administratif, un forage équipé de château d’eau et des lampadaires sont aussi prevus. S’y ajoute le bassin de stockage et de traitement des eaux en provenance de la cellule. Après la décharge finale de Noumoubougou, le ministre d’Etat et sa délégation se sont rendus sur le site du nouveau dépôt de transit à Médina Coura, en Commune II du District de Bamako où les travaux ont beaucoup avancé. BD/MD (AMAP)
Mali : De jeunes déplacés devenus des travailleurs journaliers à Bamako
Par Fadi CISSÉ Bamako, 12 janv (AMAP) Attroupés sous un grand arbre, leur attention se focalise sur la route qui mène de Kalaban Coura à l’Aéroport international président Modibo Keïta de Bamako-Sénou. Ce sont des ouvriers à la recherche d’un travail journalier. La majorité d’entre eux, munis de leurs sacs, sont des déplacés intérieurs des camps ouverts dans la périphérie de Bamako, la capitale malienne. Assis côte à côte, ils donnent l’impression de bien se connaître, mais comme le dit l’adage, «les apparences sont trompeuses». Ils ont fui la violence des conflits dans leurs villages respectifs pour trouver refuge dans la Ville aux trois caïmans. Les épreuves traversées et la rencontre accidentelle dans la capitale ont, presque naturellement, créé entre eux des liens de parenté. Sous l’arbre qui fait office de zone d’attente pour ces déplacés, ils se découvrent aussi consommateurs, car leur présence régulière a attiré des vendeuses de nourritures, de café, de marchands de petites bricoles… Ce petit monde permet aux ouvriers de prendre le petit déjeuner avant d’affronter une longue journée de travail. Si l’occasion se présente… La majorité de ces jeunes, qui espèrent être embauchés par un chef de chantier, est originaire de villages de Mopti, San, Douentza et autres localités des Régions dans le Centre du Mali, en proie à l’insécurité. Ils doivent se réveiller avant l’aurore pour venir faire la queue dans l’espoir de trouver un travail et gagner de l’argent pour se nourrir et faire vivre leur famille. Dans un minibus Sotrama, nous avons croisé Bamoussa Traoré. Le quinquagénaire, vêtu d’un pantalon noir, d’un vieux T-shirt de la même teinte, glisse sous le banc un sac contenant ses outils de travail, puis salue les autres passagers. Il est déjà 8 heures en ce mois de décembre, mais la fraîcheur et le brouillard persistant donnent l’impression qu’il n’est que 6 heures du matin. Un coup d’œil à sa montre et Bamoussa crie au chauffeur d’accélérer pour lui éviter d’être plus en retard au travail. Il doit, en effet, se rendre sur le boulevard de Kalaban Coura pour recruter des jeunes « costaux » capables d’abattre le travail pénible que son âge ne lui permet plus d’exécuter seul. À destination, Bamoussa Traoré est instantanément assailli de sollicitations. «Patron, avez-vous besoin d’un manœuvre ? Je suis là et je suis prêt à accomplir n’importe quelle tâche», entend-on dans le brouhaha. ATTAQUES DE VILLAGE – Le vieux, lui, a pris son temps non pour écouter les jeunes, mais pour repérer celui, plutôt jeune et solide, qui ferait son affaire. Il a choisi Abdoulaye Yalkouyé, 17 ans. Le jeune homme et ce qui restait de sa famille ont quitté Sofara, après que ce village de la Région de Mopti a été attaqué par des terroristes. Actuellement, Abdoulaye a trouvé refuge avec ses deux frères et sa sœur au camp de Sénou, attendant un hypothétique retour au bercail. «Chaque jour, je me réveille tôt le matin pour venir chercher du travail en cet endroit. Quand on a perdu nos parents dans l’attaque, j’ai pris mes frères et j’ai suivi les autres familles à Bamako. J’ai abandonné l’école en classe de 7è année pour m’occuper d’eux», raconte le jeune chef de famille. Pour faire face à des responsabilités qu’il n’aurait jamais dû assumer à son âge, Abdoulaye accepte d’être payé à 3.000 Fcfa pour une dure journée de labeur, nourriture non comprise. «Si je refuse le travail, il y a des gens qui sont prêts à accepter l’offre. Souvent, on reste jusqu’à midi ici sans trouver de travail à faire», regrette le jeune orphelin qui, tout heureux, suit son «patron» du jour. Ceux qui ont de la chance ou ont donné largement satisfaction peuvent être systématiquement contactés par un responsable de chantier qui leur fait désormais confiance. Ils n’ont pas besoin de venir faire le pied de grue à Kalaban Coura. Les plus désespérés choisissent de passer la nuit à la belle étoile dans l’espoir de bénéficier de la première offre du matin. Mais, la chance ne leur sourit pas toujours comme Seïbou Poudiougou qui peut en témoigner amèrement. Le natif de Koro, dans la Région de Bandiagara (Centre), a passé la nuit en plein air, sans couverture pour se protéger du grand vent d’harmattan de décembre. Ce matin, il est déjà 11 heures et aucune offre ne lui a été faite jusque-là. Tout espoir s’est envolé pour le reste de la journée. «Des jours comme ça, lorsque je ne trouve pas de travail, je vais en chercher au marché rail-da. Je transporte les bagages des clients des Sotrama avant de guetter un poste de gardiennage dans un quartier de la zone. Nous sommes deux personnes à nous relayer pour cela, tous venus du même village pour se retrouver au camp de Faladiè», révèle le jeune dogon. Banditisme – Des journaliers viennent 7 jours sur 7 chercher du travail à Kalaban Coura ou sur un autre site très fréquenté à Yirimadio, en Commune VI de Bamako, non loin du rond-point (Wara ka Sirafara) où, de passage on les aperçoit regroupés. Samedi matin, beaucoup d’entre eux sont assis sur des briques, plaisantant en bons copains. Fatigués d’attendre, quelques-uns se sont allongés à même le sol. Arouna Tapily reste debout au bord de la route bitumée dans l’espoir d’être embauché, car il doit impérativement se faire de l’argent pour régler l’ordonnance de sa femme malade. Il est déjà 10 heures et aucun chef de chantier ne s’est présenté. Le natif de Diallassagou sait que ses chances s’amenuisent de ce côté-là et s’apprête à se lancer dans un aléatoire porte-à-porte afin de trouver un petit job qui le dépannera. Il souhaite que la paix revienne vite pour qu’il puisse retourner au bercail avec sa famille, car, dit-il, «Bamako est très dur pour y vivre surtout pour nous les villageois.» Kaniba Koné, elle, ne vient pas sur le site de Yirimadio pour chercher du travail : cet endroit est son lieu de travail. Depuis plusieurs années déjà, elle y a installé un foyer pour faire

