Mali : Les prix du pain inchangés
Bamako, 10 nov (AMAP) Le pain reste disponible sur le marché au prix de 250 Fcfa la baguette de 300 g et 125 Fcfa celle de 150 g, a réaffirmé, mardi, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mahmoud Ould Mohamed, au sortir d’une rencontre avec les acteurs de la filière pain dans son département. L’objectif de la rencontre était de s’assurer du respect des prix en vigueur et s’imprégner des problèmes que rencontrent les boulangers afin de trouver des solutions adaptées. Au terme de ces échanges, les meuniers ont décidé de ne pas augmenter le prix de la farine. À l’unanimité, les acteurs de la filière sont d’accord sur la structure actuelle du pain et sur le prix en vigueur. « En principe, il n’y aura pas de rupture de farine sur le marché ni une hausse du prix de la farine », a assuré le ministre en charge de l’Industrie. Le directeur général du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC), Boucadary Doumbia, a souligné que l’analyse de toute la chaîne de la filière, de l’achat de la farine à sa consommation, a permis aux acteurs de comprendre par eux-mêmes que le prix du pain ne peut connaître une hausse. À cet égard, «le prix ne connaitra pas une augmentation et il n’y aura plus de grève liée à cette situation», a fait savoir M. Doumbia. En perspectives, le gouvernement envisage d’organiser des assises afin de vider définitivement les discussions autour du prix du pain. «Nous allons bientôt élaborer les Termes de référence pour aller vers les états généraux du pain pour examiner les questions structurelles auxquelles les boulangeries font face et les questions conjoncturelles pour essayer d’apporter des solutions et voir comment aller vers leur professionnalisation», a annoncé le ministre Mahmoud Ould Mohamed. Ce qui pourrait permettre d’éviter les situations désagréables que les consommateurs ont vécues la semaine dernière. Des boulangers avaient décidé «de façon unilatérale» d’augmenter le prix de la miche de pain en «violation» du protocole d’accord qui lie meuniers, boulangers et gouvernement. Et sans requérir l’avis favorable du cadre de concertation État et acteurs de la filière. Mettant ainsi les consommateurs devant le fait accompli. En réaction, le département en charge du Commerce a exigé et obtenu le maintien des prix à leur état initial. FC/MD (AMAP)
Lutte contre la déforestation : La COP26 sonne la charge
Par Cheick Amadou DIA Bamako, 04 nov (AMAP) La 26è Conférence des Nations unies sur le climat, deux jours seulement après son ouverture à Glasgow en Ecosse, est parvenue, mardi, à la signature, par plus de 100 pays abritant 85% des forêts mondiales, d’une déclaration commune pour enrayer la déforestation d’ici 2030. Il s’agit du «plus grand pas en avant dans la protection des forêts mondiales en une génération», s’est enthousiasmé Boris Johnson, le Premier ministre britannique, hôte du sommet, lors de la signature du document. L’initiative est essentielle pour parvenir à l’objectif de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C, selon les organisateurs de la conférence. Ces formidables écosystèmes fourmillants, «cathédrales de la nature», sont les poumons de notre planète. Ils absorbent une grande partie du gaz carbonique rejeté dans l’atmosphère, responsable du réchauffement climatique. Malgré leur rôle essentiel dans notre survie même, les forêts disparaissent à un rythme alarmant correspondant à l’équivalent de 27 terrains de football, 291.600 m2 par minute, selon les estimations de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’accord prévoit de mobiliser 19,2 milliards de dollars pour la protection et la restauration des forêts. La France et 11 autres pays riches, s’engagent à mobiliser, conjointement, 10,3 milliards d’euros de fonds publics, entre 2021 et 2025, pour lutter contre la déforestation. À cette somme devraient s’ajouter 6,24 milliards d’euros d’investissements privés. Parmi ces fonds, 1,3 milliard de dollars seront investis pour protéger le bassin du Congo qui abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde après l’Amazonie. Par ailleurs, les patrons de plus de 30 institutions financières, représentant plus de 8.700 milliards de dollars d’actifs mondiaux, se sont aussi engagés à éliminer les investissements dans les activités liées à la déforestation. Selon l’ONG WWF, les engagements clés de cette déclaration comprennent, notamment, la conservation des forêts et autres écosystèmes terrestres, ainsi que l’accélération de leur restauration. L’accord prévoit, également, la promotion de la production et de la consommation durables de produits de base qui n’entraînent pas la déforestation et la dégradation des terres ou encore, la réduction de la vulnérabilité des communautés qui vivent dans ces territoires. «C’est une bonne nouvelle pour nous», déclare le président de l’ONG malienne, Mali-Folckecenter Nyetaa qui participe aux travaux. Avec le changement climatique, la grande exploitation agricole, la surpopulation et les déplacements des populations dus aux conflits, une forte pression est exercée sur les forêts, selon Dr Ibrahim Togola. Ces différentes actions font que la déforestation prend, de plus en plus, de l’ampleur au Mali. Selon la Politique forestière nationale de 2017, chaque année, environ 500.000 hectares de forêts disparaissent dans au Mali. Si dans les années 1960, le Mali disposait de plus de 4.400.000 hectares de superficies forestières, aujourd’hui il n’en reste que près de 800.000 hectares, soit une perte de plus de 80%. Les responsables du Système d’information forestier (SIFOR) expliquent cela par le fait que le bois et le charbon occupent 80% des besoins de la population en énergie. Face aux différences crises climatiques, la population doit sa résilience aux forêts. « Le bois énergie est une denrée de première nécessité au même titre que le riz, l’huile, le sucre, la farine, etc. », fait remarquer Dr Togola. « Le secteur apporte plus de 100 milliards de Fcfa à l’économie, chaque année », souligne-t-il. Le président de Mali-Folckecenter Nyetaa affirme, également, que les deux grands facteurs de déforestation sont l’énergie et l’agriculture. « La diversité des acteurs dans l’exploitation et la gestion forestière pose, également, un problème fondamental », analyse Dr Souleymane Diallo, professeur à l’Institut polytechnique rural (IPR) de Katibougou. « Les recherches sur les espèces d’arbres ne sont pas développées dans notre pays. Si c’est le cas, elles ne sont pas appliquées », déplore le chercheur, avant de regretter qu’elles soient méconnues par les acteurs. Face à cette déforestation galopante, il faut aller vers l’application stricte des normes de gestion durable des forêts, estime Dr Ibrahim Togola. Les informations liées à la forêt doivent être disponibles pour tous les acteurs ainsi que pour les populations. Il faut, également, aller vers la mise en place des forêts destinées aux bois d’œuvre. Du côté de la recherche et de la formation, les écoles comme l’IPR doivent être appuyées pour une formation de qualité. Enfin, les acteurs forestiers doivent être bien identifiés pour aller vers une coopération publique privée dans la gestion durable des forêts. C’est en tout cela que le Mali doit tirer bénéfice de cet accord obtenu à la COP26, selon cet acteur de la société civile. Cependant, le coordinateur de campagne de l’ONG Canopée, qui œuvre pour la protection des forêts mondiales, estime qu’il existe une interrogation quant à la signature d’un certain nombre de pays dont on peut légitimement douter de la bonne foi. Sylvain Angérand cite, notamment, la République démocratique du Congo (RDC) qui s’apprête à lever un moratoire sur l’exploitation forestière d’une superficie équivalente à celle de la France, mais aussi le Brésil qui a battu des records de déforestation depuis trois ans. Sous le feu des critiques pour sa politique environnementale, le Brésil a annoncé lundi, à l’ouverture de la COP26, des objectifs plus ambitieux en matière de réduction des émissions de CO2 et de lutte contre la déforestation. Il prévoit de baisser ses émissions de 50% d’ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Selon plusieurs études récentes, la déforestation en Amazonie brésilienne a transformé ce puits de carbone fondamental pour la planète en émetteur net de CO2 en 2020. Des experts de l’ONG autrichienne, All Rise, estiment ainsi que le rythme de cette déforestation s’est accru de 88% depuis l’arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro, représentant une perte de quelque 4.000 km2 de forêt amazonienne chaque année. Ce nouvel engagement contre la déforestation fait écho à la Déclaration de New York sur les forêts de 2014. À l’époque, de nombreux pays s’étaient engagés à diviser par deux la déforestation en 2020 et d’y mettre fin en 2030. CAD (AMAP)
Mali : Les syndicats des banques suspendent leur grève
Bamako, 04 nov (AMAP) Le Syndicat des banques, assurances, micro-finances et commerce (SYNABEF) a décidé, mercredi, de suspendre son mot d’ordre de grève, après un débrayage de trois jours reconduit en début de semaine. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le secrétaire général du SYNABEF, Hamadoun Bah, a expliqué que « même s’il n’y a pas eu de satisfaction sur tous les points de revendications, le syndicat a tout de même décidé de suspendre sa grève pour le pays et les clients». Il a précisé que sur les trois points de doléances, le SYNABEF a pu avoir un compromis avec la partie patronale sur la régularisation des employés qui n’ont pas de contrat avec leurs banques, autrement dit les prestataires. Les deux autres revendications qui n’ont pas eu de suite « pour le moment » concernent l’augmention de 15% sur la grille salariale et la gestion du Fonds social. MK/MD (AMAP)
Crise du pain : Les boulangers reviennent aux prix conventionnels
Bamako, 04 nov (AMAP) La Fédération nationale des boulangers du Mali a décidé mardi de reprendre la production de pain et de vendre la miche de 300 g à 250 Fcfa et celle de 150 g à 125 Fcfa, après plusieurs heures de discussions avec la Chambre du commerce et d’industrie du Mali (CCIM). «D’ici le mardi prochain, nous allons retourner à la position initiale. Compte tenu de la situation actuelle du pays, nous demandons à tous les boulangers membres de notre Fédération, qui ont suivi notre mot d’ordre, de le suspendre jusqu’à mardi, le temps de régler certains problèmes avec la Chambre», a déclaré le secrétaire administratif de la Fédération nationale des boulangers du Mali, au sortir de la rencontre. En conséquence la baguette de 300 g sera vendu à 250 Fcfa au consommateur, celle de 150 g sera cédée à 125 Fcfa jusqu’à mardi prochain, a précisé Ibrahima Yacouba Cissé. Pour sa part, le président de la CCIM, Youssouf Bathily, a révélé que le ministère en charge de l’Industrie et du Commerce s’est engagé à organiser une rencontre, mardi prochain, avec l’ensemble des acteurs du secteur. L’objectif recherché est de voir dans quelle mesure il sera possible de fixer, de façon définitive, le prix du pain au Mali. BBC/MD (AMAP)
Prix du pain : Opération de respect de l’ordre commercial à Bamako
Bamako, 03 nov (AMAP) Les autorités maliennes ont fermé, mardi, des guichets, des boutiques et des points de vente de pain qui refusent de se conformer aux prix conventionnels de cette denrée. De nombreux Bamakois ont sillonné, hier, sans succès, plusieurs quartiers à la recherche du pain, beaucoup consommé dans la capitale malienne. Mme Diawara Alima Doumbia, cette habitante de Kalabancoro plateau (rive droite du fleuve Niger à Bamako), après avoir acheté des œufs, est devant le fait accompli. «Il n’y a pas de pain», lui ont lancé plusieurs boutiquiers du coin. Même constat chez un célèbre vendeur de foie au Quartier du fleuve, rive gauche. Hambé dit avoir parcouru plusieurs quartiers à la recherche de pain. En vain ! Il s’est vu obligé de vendre du foie sans pain aux clients qui en ont fait la demande. Les raisons de cette pénurie de pain ? Des boulangeries ont refusé d’en produire. Pourtant, suite à des négociations, lundi, avec le gouvernement, le président de l’Union des boulangers du Mali, Ahmed Dembélé, s’est engagé à maintenir le prix de la baguette de 300g à 250 Fcfa et celle de 150g à 125 Fcfa. Malgré cet accord, les Bamakois ont constaté, stupéfaits, l’arrêt de la production de pain par des boulangeries. Celles qui ont fait tourner les machines ont cédé la miche de 300g à 300 Fcfa et celle de 150g à 150 Fcfa. Il y a des boulangeries qui ont continué à vendre aux prix convenus avec les autorités. Contacté par téléphone, le président de l’Union des boulangers du Mali confirme avoir signé un communiqué, à la demande des autorités, au terme des négociations. « Les boulangers se sont concertés après et ont décidé de fermer toutes les boulangeries de la ville », explique Ahmed Dembélé. Le motif évoqué est qu’ils ne peuvent pas respecter cet accord alors que les boulangeries modernes vendent la baguette de pain de 300g à 300 Fcfa. «Toutes les boulangeries resteront fermées jusqu’à preuve du contraire sauf si le gouvernement accepte de trouver un consensus avec l’ensemble des boulangers», tranche le président de l’Union des boulangers du Mali. De son côté, le gouvernement affiche sa détermination à mettre fin à la pratique consistant à augmenter de façon inopinée les prix des produits au nom du libéralisme. Les autorités entendent exiger le respect des prix négociés avec les patrons des boulangeries. C’est dans ce cadre que des brigades économiques des structures de la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC) ont fermé, hier, les guichets de toutes les boulangeries, boutiques et points de vente de pain ne respectant pas les prix consensuels du pain. L’action musclée est annoncée par un communiqué publié sur la page Facebook de la DGCC. Le texte précise que des procès-verbaux d’infractions ont été dressés contre les récalcitrants sur la base desquelles des amendes ont été recouvrées et versées au Trésor public. La DGCC assure que « les opérations de maintien de l’ordre commercial se poursuivront matin et soir jusqu’à la stabilisation effective de la situation ». Elle invite les consommateurs à signaler à ses équipes les éventuels manquements au protocole d’accord sur les prix consensuels du pain. FC/MD (AMAP)
Apprentis chauffeurs : En attendant le permis de conduire
Par Oumar SANKARE Bamako, 03 nov (AMAP) Le soleil darde ses premiers rayons du ciel d’un lundi matin. Une centaine de camions citernes fait la queue dans les alentours de l’Office nationale des produits pétroliers (ONAP) à Faladié. Certains passent au bureau des douanes, pour des formalités, d’autres attendent, impatiemment, de reprendre la route ou sont en réparation dans les nombreux garages installés dans la zone. La providence a fait se croiser le destin d’un groupe de jeunes qui, aujourd’hui, forment une famille. Venus tous du Mali profond, leur objectif est de réussir à Bamako afin de s’occuper de leurs parents restés au village. Assis sous un hangar en paille, qui leur sert de terrasse, leurs sacs et objets personnels cohabitent avec quelques pièces de rechange de camion, dans un kiosque métallique rouge. Les six garçons sont assis, deux sur des chaises et deux autres se partagent un lit pliable. Seul, Adama Sangaré, 28 ans, le plus âgé du groupe est sur sa chaise et prépare du thé, l’infusion préférée au Mali. A la radio, un titre populaire du rappeur Master Soumy passe en boucle, musique qui se mêle aux coups de marteau et vrombissements de moteur de camions en réparation. A côté, des poules gloussent, grattent et picorent des graines visibles d’elles seules. Ils viennent de Ségou, Bamako, Sikasso, Loulouni, Fana, Baraoueli et espèrent devenir, un jour, des chauffeurs de poids lourds. Moulaye Konta, Oumar Seck, Mamoutou Berthé, Mamadou Diabaté et Gaoussou Diarra sont, tous, « apprentis », pour le moment. Bien que le métier soit rude, avec des revenus dérisoires, ils l’aiment. En effet, grâce à leur travail, ils voyagent dans différents pays de la sous-région, rencontrent de nouvelles personnes, découvrent d’autres cultures, d’autres mets, d’autres réalités mais, aussi, de mauvaises expériences, des attaques de bandits armés et des accidents mortels qui les marquent à vie. Moulaye Konta, 23 ans, a réussi à l’examen du baccalauréat, il y a deux ans. Après 6 mois sur les bancs de l’université de Ségou, il rejoint Bamako sur instruction de son père. Ce dernier, le confie à un chauffeur de camion-citerne. Un peu réservé, le seul rêve de Moulaye est de devenir aménagiste. En attendant que son père réunisse les moyens pour financer ses études, il se rend utile et espère gagner un peu d’argent pour le soutenir. Pour son premier voyage, il se rend au Ghana avec son patron pour transporter du carburant au retour. « Un choc de culture !!! Ce voyage m’a beaucoup marqué. Accra, la capitale est tellement propre que je me croyais dans une ville européenne, comme on les voit dans les films », se remémore-t-il avec un large sourire. « Nulle part à Accra, on ne voit de déchets. Un peu partout, il y a des poubelles. Les taxis, sont propres et en bon état. Pas comme les nôtres qui sont sales et vieux », raconte Moulaye. Dans les régions de Téma, Takoradi et Cape Coast qu’il a pu visiter, « les universités sont immenses. Pas comme chez nous ». « En fait, ce sont des villes dans les villes où il faut des bus et taxis pour se déplacer à l’intérieur, tellement elles sont grandes », ajoute Adama Sangaré. Certains confient avoir vu des agents de police ghanéens verbaliser des étrangers pour avoir jeté des déchets à tout va. Mamoutou Berthé, 25 ans, abonde dans le même sens et dit à quel point il a été émerveillé, lors de son premier séjour à Abidjan. « Les gratte-ciels à perte de vue, les transports en commun ultra modernes, la mer et, surtout, la nourriture qui coûte moins chère ». Mais, aussi, voir tous ceux qui roulent à moto, porter un casque, une chose inimaginable pour ces jeunes apprentis. Souvent, après de longs séjours, de découvertes et de belles rencontres avec des apprentis d’autres pays, le chemin du retour est souvent semé d’embûches. « A l’aller, le voyage est en général calme », confie Adama Sangaré, le plus âgé des apprentis. Les difficultés interviennent au retour, lorsque les citernes et autres camions sont chargés de marchandises. Il y a, très fréquemment, les cas de pannes qui peuvent, souvent prendre jusqu’à deux ou trois semaines avant d’être réglées. « Dans ces cas, on se trouve en plein milieu de nulle part. Pour trouver un mécanicien ou des pièces de rechanges, on fait de l’auto-stop pour rallier la ville la plus proche », relate Mamadou Diabaté. UNE VIE DURE – Certains chauffeurs donnent gentiment de l’eau à boire et, souvent, quelques provisions. Il y a une grande solidarité, sur la route, les chauffeurs ghanéens, ivoiriens, togolais, béninois et autres ne manquent jamais d’apporter assistance et c’est réciproque. Il arrive que certains chauffeurs laissent l’apprenti se débrouiller en pleine campagne mais cela reste des cas rares car la marchandise transportée est sous sa responsabilité. En plus de cela, il y a les cas d’attaques par les bandits armés, friands de camions chargés de marchandise. Il y a deux mois, un camion en route pour le Mali a été attaqué sur la route de Bouaké (Côte d’Ivoire). La cabine a été criblée de balles. L’apprenti a reçu deux projectiles, un au bras et l’autre à la hanche. « Il est, aujourd’hui, hors de danger », confie Mamadou Diabaté. Il y a eu une attaque similaire au Ghana, plus précisément à Wale-Wale, au cours de laquelle la cabine du camion a reçu quatre impacts de balle, deux sur le pare-brise et deux autres, un peu au-dessus de la roue arrière gauche. Enfin, il y a les cas d’accidents mortels, aussi horribles les uns que les autres. « Une fois au Burkina Faso, l’une des roues d’une citerne était enfoncée dans un trou. Avec d’autres personnes, nous leur avons porté notre aide, », relate Oumar Seck, entre deux gorgées de thé à la menthe. Un camion grue est venu assister, mais pendant plusieurs heures il n’y avait pas d’évolution. « On ne sait comment, le camion a pris feu », raconte le jeune apprenti. « Nous avons dû prendre nos distances de la scène. Le carburant, la citerne, la grue et un autre véhicule ont tous brulé », dit-t-il.
Banques et établissements financiers du Mali : La grève se poursuit pour la détresse des clients
Bamako, 02 nov (AMAP) Après une grève de 72 heures largement suivie par les banques et établissements financiers, les stations-services, la semaine dernière, le Syndicat national des banques, assurances, micro finances, établissements financiers et commerces du Mali (SYNABEF), a entamé depuis, hier lundi, un nouveau débrayage de 72 heures. Ce mouvement fait suite à un préavis déposé le 7 octobre dernier, annonçant la reconduction de l’arrêt du travail si aucun compromis n’était trouvé. En conséquence, seuls les guichets automatiques des banques concernées étaient en service hier. La Banque de développement du Mali (BDM SA) et la Banque sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce (BSIC) se sont désolidarisées de la grève. Quant à la Bank of Africa (BOA), son comité syndical n’est pas membre du SYNABEF. Les points de revendication du SYNABEF portent sur le départ du directeur général de la BDM, Brahima Haïdara, à l’affaire de Mme Kané Djénaba Sall (convaincue de détournement), à la transposition et la relecture de la Convention collective. La reconduction de la grève est insoutenable pour de nombreux clients, privés d’opérations aux guichets. Beaucoup de personnes n’arrivent pas à toucher leur salaire. Rencontré à l’ACI 2000 devant une banque de la place, Mamadou Danfaga, agent de police, était venu pour une opération bancaire. «Franchement, cette situation est inadmissible. Les grévistes doivent tenir compte de la situation actuelle du pays», a-t-il dénoncé, avant d’attirer l’attention des grévistes sur le fait que certains parents qui doivent payer les fournitures scolaires pour leurs enfants, n’ont pas encore touché leur salaire, à cause de ces arrêts consécutifs du travail dans certaines banquiers. Moussa Dembélé, un autre client, a invité les protagonistes à la retenue. « Ils doivent, selon lui, faire passer l’intérêt des clients qui traversent déjà des périodes très difficiles à cause de la situation du pays, devant leurs intérêts personnels». Dimanche dernier, les syndicalistes étaient autour de la table de négociations avec l’Association des banques et établissements financiers (APBEF) et le Comité des compagnies d’assurances (CCA) au ministère du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, de 17h à 02h du matin, en présence du ministre de l’Économie et des Finances. Mais aucun point des revendications concernant le SYNABEF n’a été accepté par l’APBEF et le CCA. « Autrement dit, les patrons de banques restent sur leur position », a regretté le secrétaire administratif du SYNABEF, Cheick Oumar Diakité. Selon les grévistes, seules les requêtes relatives aux conditions de vie et de travail des pompistes des stations services Shell, Total et Oryx et des agents du Pari mutuel urbain (PMU), ont été acceptées. « Quitus a été également donné pour la régularisation de ceux qui travaillaient en gestion déléguée », a encore ajouté le syndicaliste. « Le gouvernement, dans son rôle d’arbitre, s’est beaucoup impliqué dans les négociations », a reconnu notre interlocuteur. « Soucieux de la situation du pays, le SYNABEF a retiré devant le ministre en charge du Travail, les points relatifs au directeur général de la BDM, Bréhima Haïdara, à Mme Kané Djénaba Sall et à la transposition et la relecture de la Convention collective », a détaillé Cheick Oumar Diakité. « Ces concessions n’ont pas pu faire fléchir la position des patrons de banques », a-t-il regretté, menaçant de poursuivre la grève si les doléances ne sont pas satisfaites. Une source à l’APBEF indique que les parties vont se retrouver, à nouveau, autour de la table de négociations afin de parvenir à un compromis. «Faute de satisfaction, la grève sera reconduite pour 72h», avait menacé la semaine dernière, le secrétaire général du SYNABEF, Hamadoun Bah. Il avait rappelé que son organisation exige, entre autres, le retour à la BDM de Mme Kane Djénébou Sall, «arbitrairement licenciée», la relecture de la convention sur la grille salariale pour une augmentation de 30% qui, selon la convention, doit se faire tous les trois ans. Le syndicat réclame, aussi, de remettre dans leurs droits les 45 travailleurs d’Ecobank-Mali licenciés pour motif économique. Hier, la direction générale de la Banque nationale de développement agricole (BNDA) et Ecobank ont assuré un service minimum, une manière de répondre aux cris de détresse de leurs clients. Les grévistes vont-ils entendre les cris de détresse de leurs clients ? Pas si sûr. Les syndicalistes semblent déterminés à faire aboutir leur lutte. Ils montaient hier la garde dans les cours des banques concernées pour s’assurer du suivi strict du mot d’ordre de grève. À la Banque malienne de solidarité (BMS S.A), le secrétaire administratif du Synabef et ses camarades assuraient le piquet de grève. BBC/MD (AMAP)
Diéma : La pastèque introuvable sur le marché
Par Ouka BA Diéma, 1er nov (AMAP) Exceptionnellement, cette année, la culture de la pastèque n’a pas réussi dans le Cercle de Diéma. La plupart des plantes ont séché avant même leur floraison, à cause des fréquentes ruptures de pluie, Ce qui aurait influé d’une manière générale sur l’ensemble des cultures, notamment le mil, le maïs et l’arachide. Sur les grands axes, il est rare de voir aux abords des routes des tas de pastèques réservés aux passagers. Dans le Kaarta, aujourd’hui, la culture de la pastèque permet de renforcer l’autosuffisance alimentaire. De nombreuses familles génèrent des ressources à travers la culture de la pastèque. Hommes, femmes et jeunes, tous s’adonnent à cette activité lucrative. Dès que les premières pluies tombent, tous se dirigent vers les champs pour labourer et semer. Mais beaucoup de gens commencent à se faire des soucis et pensent que dans les années à venir, la culture de la pastèque finira par remplacer totalement celle du mil, à cause des revenus intéressants qu’elle génère. Avec la production et la commercialisation de la pastèque, de nombreux jeunes se sont mariés. Certains se sont octroyés des motos, d’autres ont investi dans le commerce, l’élevage et autres activités génératrices de revenus. Aujourd’hui, dans le Cercle de Diéma, la culture de la pastèque a permis de fixer beaucoup de jeunes, les empêchant d’aller mourir sur les côtes méditerranéennes. Les femmes en tirent le plus grand profit. Certaines achètent des pastèques, qu’elles découpent en petites tranches vendues à cent francs cfa. Mais toutes déplorent la rareté et surtout la mauvaise qualité de la pastèque. C’est pourquoi, la marchande Djéba Traoré, ne laisse jamais un client goûter sa pastèque avant de l’acheter. Dans ces conditions, s’exclame la dame, je risque de perdre tous mes avoirs. Les deux hectares de pastèque de Baba Traoré, 3è adjoint au maire de la Commune rurale de Gomintradougou, n’ont rien produit. Auparavant, cet élu-producteur pouvait réaliser des recettes de près d’un million de francs cfa avec la vente de ses pastèques. Il évoque la rareté des semences de pastèque, qui, pour s’en procurer, il faut se rendre jusqu’à Kayes ou Bamako ou passer la commande. « Des transporteurs sont venus récemment dans notre village, mais ils en sont retournés bredouilles. Tous nos champs sont rasés. Pas de pastèques cette année », ajoute l’homme. D’après Bassi Baba Diarra, résident à Dioumara, la culture de la pastèque se porte mal dans cette localité. « De nombreux producteurs affluaient de Ségou pour venir cultiver la pastèque chez nous, mais cette année, on pouvait les compter sur le bout des doigts. On dirait qu’ils ont présagé cette mauvaise campagne « , se désole-t-il. Pour promouvoir la culture de la pastèque, il propose de rendre disponibles les semences jusqu’au niveau villages et hameaux. Il faut équiper les producteurs agricoles avec des matériels et intrants afin d’accroître leurs productivités. Même plainte chez le président de la chambre locale d’agriculture, Boubou Traoré, qui explique que son champ de pastèque a produit des fruits maigres et fades, à cause de l’insuffisance de pluies. Cette année, le prix de la pastèque a grimpé. « L’année dernière, avec 200 Fcfa, dit le représentant du monde rural, on pouvait avoir une pastèque de son choix ». « Il faut rentabiliser cette filière en implantant des unités de transformation », suggère-t-il. A Nafadji, selon Kantara Traoré, ce sont des gens de Ségou et Bougouni qui viennent cultiver de la pastèque. Ils vendent leurs produits aux commerçants de Bamako qui remplissent des camions pour aller ravitailler des unités de transformation. Mais cette année, aucune commande n’a été satisfaite dans ce village. La crise de la pastèque est ressentie partout. Modibo Fofana, résident à Fangouné Kagoro, rencontré au secteur de l’agriculture, dispose de deux hectares de pastèque. Il explique que le champ qu’il exploite avait été mis à la disposition du directeur d’école du village. « Un soir, lorsque je me promenais, dit-il, j’ai constaté que le champ en question n’avait pas été utilisé depuis deux ans. C’est ainsi que j’ai ordonné à mes enfants de le labourer et d’y semer de la pastèque », explique-t-il. Aucun champ de pastèque n’a fleuri cette année à Diangounté Camara. Bakary Sacko, rapporte qu’au moment où les plantes ont commencé à pousser, les pluies ont été interrompues. Quand il parcourt son champ, le bruit des feuilles mortes de pastèque sous ses pieds lui fait grincer des dents. Fatoumata Traoré aide sa mère à vendre des pastèques au quartier Razel. Assise sous un hangar de fortune, la fille attend les clients qui tardent à se présenter. De passage, s’il vous arrive de regarder du côté de son étal, elle vous invite à venir acheter de la bonne pastèque. Les prix de la pastèque, ici, vont de 300 à 500 Fcfa, malgré leur petite taille. Sa mère sillonne les villages environnants pour s’approvisionner. Gaoussou Diarra, producteur agricole à Dianguirdé, dit que la pastèque a réussi dans sa localité. « Les enfants de notre chef de village passent le plus clair de leur temps à charger des camions en provenance de Kayes et de Bamako. Je n’ai pas fait de champs de pastèque cette année, j’ai cultivé un peu de sésame, c’est mon seul regret », dit Gaoussou. Tama Diarra, déclare qu’à Kana, son village natal, personne ne cultive de la pastèque. « Les gens n’accordent pas d’importance à cette culture qu’ils considèrent comme une perte de temps. Seul, le mil compte pour nos braves paysans », dit-il. «La pastèque c’est de l’eau, poursuit-il, elle n’arrange que ceux qui souffrent de déshydratation ». « Moi, je n’en veux pas», renchérit Seiba Kanté, réparateur de motos. «Les Chinois ne mangent pas la chair rouge de la pastèque dont nous raffolons, mais plutôt l’intérieur. Il paraît que c’est la partie dure qui renferme plus de vitamines», croit savoir Sékou Camara, manœuvre sur un chantier. On rapporte qu’un âne en divagation s’est introduit nuitamment dans la maison d’une femme et a dévasté son petit champ de pastèque situé dans un coin de la cour. L’entrée de la maison était restée ouverte> Son fils qui est rentré
Le thé : un véritable phénomène de société
Par Fadi CISSE Bamako, 29 oct (AMAP) Un samedi soir à Lafiabougou, en Commune IV du District de Bamako. Le ciel est totalement dégagé. Tempéré, le vent souffle par moment. Les douze jeunes (filles et garçons) qui composent le « grin » «Ankata (En avant), en bambara sont, comme, à leur habitude, réunis autour du chef de groupe Adama Sacko dit Lil Kedji. Au loin, une saveur agréable de thé bien cuit inonde les lieux. La théière chauffe. Le premier des trois verres du thé semble prêt. Ce rendez-vous est devenu un rituel pour ces jeunes-là. Chaque jour, ils dépensent environ 1 000 Fcfa pour acheter un paquet de thé de dix sachets de 125g. «On prépare cinq le matin et on garde les cinq autres pour le soir», explique Adama Sacko, en pianotant sur le clavier de son Smartphone. Chacun contribue. Il arrive que l’un d’entre eux achète la dotation du jour pour tout le groupe. «On ne voit pas l’intérêt de former un grin sans faire du thé à côté», confirme-il, précisant qu’ils consomment toutes sortes de marque de thé. Au Mali, voir un regroupement de personnes sans l’inévitable théière relève de l’impossible. Les causeries entre groupes d’âge ou de collègues appelés «grins» se font généralement autour du thé et dans la rue. Les familles se réunissent autour du thé. Il est également très prisé lors des cérémonies sociales : mariages, baptêmes et même les funérailles. Les bureaux des services publics comme privés, ne sont pas épargnés. Sur ces lieux de travail, des amateurs paient ou chargent des jeunes de préparer du thé pour le leur servir dans les bureaux. Sa consommation est ancrée dans les traditions et habitudes alimentaires. PLUS D’UNE CENTAINE DE MARQUES DE THÉ – Toute chose qui expliquerait la prolifération sur le marché malien de plusieurs dizaines de marques de thé. On estime le nombre à près de 126. On en trouve dans toutes les boutiques de quartier. Salam Dicko est boutiquier à Hamdalaye ACI. Plusieurs variétés de thé emballées dans des sachets de couleur jaune, bleue, noire, rouge, etc. sont exposées dans les rayons de son magasin. «Par semaine, je peux écouler plusieurs cartons de thé de marques différentes», se réjouit le marchand. Précisant que les clients les achètent selon leur préférence, il ajoute que toutes les marques de thé marchent bien au Mali. Importés d’Algérie, de Mauritanie, du Maroc et de Chine, ils se vendent comme de petits pains. Sur la période allant de janvier à juillet 2021, le Mali a importé 2.383 tonnes de thé. Ces marchandises ont transité par les ports de Lomé, au Togo, d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, de Dakar, au Sénégal et de Conakry, en Guinée, explique un chef de division à la direction régionale de l’agriculture. Adama Keita ajoute : «Les marques les plus vendues sur le territoire national sont : Achoura, Firdhaous, Alkaoussara… ». « Ces thés sont tous de qualité et bien inspectés avant d’être mis en circulation dans le pays », assure-t-il. Ces précautions écartent certes les risques d’intoxication, mais la consommation de thé crée une réelle dépendance qui pourrait expliquer la montée sans cesse croissante de sa côte de popularité, selon un médecin nutritionniste. « Le thé reste un excitant à travers la caféine, la théine et d’autres substances qu’il contient », explique Dr Mamadou Traoré. « La consommation du thé apparaît aux yeux d’un nombre important de Maliens comme un phénomène social permettant de consolider les liens d’amitié et de retrouvailles », note le sociologue Dr Aly Tounkara. Le fait qu’il y ait un «grin» sans thé est mal perçu dans notre entourage. Cela a été exploité par les commerçants. Ceux-ci ont saisi les «grin» comme une sorte d’aubaine afin de diversifier les variétés de thé pour pouvoir faire davantage de profit. RICHE EN ÉLÉMENTS NUTRITIFS – Au même moment, la consommation de cette boisson sucrée va au-delà des retrouvailles au «grin», « elle questionne à la fois le travail dans les administrations publiques et privées », analyse le professeur d’enseignement supérieur. Pour qui ces lieux sont rythmés, aujourd’hui, par une consommation accrue du thé. «Cette boisson à tendance à sortir d’un cadre phénoménologique pour devenir un fait de société», conclut Dr Tounkara. Quid des avantages ? Le thé contient des éléments nutritifs, reconnaît l’expert en nutrition. Pour pouvoir profiter de ces vitamines, il doit être consommé à distance entre les repas et sous une forme infusée, recommande Dr Traoré. « Ce qui permet, insiste-t-il, de conserver ces éléments nutritifs (vitamines et acides aminés) et de réduire la teneur en théine. «Le the infusé contient des acides organiques, moins de caféine, des vitamines (A, B, C, E, P), des minéraux (potassium, phosphore, magnésium) et des centaines de substances aromatiques. C’est également un excellent antioxydant», explique le spécialiste. S’il est consommé avant le repas, le thé vert contient une autre vertu. «Il optimise l’absorption des différents nutriments comme le magnésium et autres vitamines», révèle Dr Mamadou Traoré. Le nutritionniste conseille aux personnes anémiées de modérer leur consommation de thé, car il inhibe l’absorption et l’assimilation du fer. Aussi, n’est-il pas indiqué de le consommer juste avant d’aller au lit, car la théine qu’il contient, comparable à la caféine, peut rallonger le temps d’endormissement. C’est pourquoi, il est demandé d’arrêter d’en consommer au moins quatre heures avant le coucher. Les femmes enceintes, qui en absorbent, risquent de transmettre les toxines au fœtus. À travers le placenta, la caféine peut entrer dans son circuit sanguin. Les conséquences peuvent être les problèmes de croissance, de naissance prématurée et de fausse couche, prévient-il. FC (AMAP)
Prévention de l’enrichissement illicite : Bientôt un code de déontologie et d’éthique de l’Administration publique
Par Cheick Amadou DIA Bamako, 22 oct (AMAP) Dans le cadre de son plan d’action, l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI) a entrepris une série d’études dont celle relative à la déontologie et l’éthique des agents de l’administration publique. Les résultats de cette étude sont attendus en tant qu’outils d’amélioration de la gouvernance publique. Au Mali, compte tenu de notre processus historique, la politisation de l’administration se manifeste par l’omnipotence, les abus, les dévoiements et les détournements. Dès lors, les fonctionnaires estiment que pour leur survie, il leur suffit d’adhérer au parti présidentiel, retient Zoumana Diarra, l’auteur de l’étude. C’est la «fonctionnarisation» du personnel politique. Dans son analyse, il note que les hauts fonctionnaires sont pris dans l’étau des réseaux sociétaux et parentaux. Le service public s’en trouve dévoyé et l’État accaparé par des individus qui ont perdu la vertu, comme on perd la foi. Du coup, pour mieux accéder aux ressources économiques dans un contexte de rareté, on tombe dans le quotidien des exceptions, des dérogations, du trafic d’influence, de la corruption et de l’enrichissement illicite, fait remarquer le chercheur. L’étude explique cette situation par la mainmise du pouvoir politique sur la fonction publique. Cette caporalisation de l’administration découle de «la présidentialisation» du régime politique. En temps normal, il est attendu d’une administration publique qu’elle transcende l’option partisane, pour être véritablement une administration au service du public, au nom du principe de l’égalité de tous devant la loi. À ce titre, cette administration doit être accessible, utile et rassurante. «Nous sommes dans le registre des valeurs qui fondent la continuité de l’État en même temps que la confiance qu’ont les citoyens en leurs institutions», indique le rapport. ARSENAL JURIDIQUE – Pour y arriver, en 2002, le Mali s’est doté de la loi n°02-053 du 16 décembre 2002, portant statut général des fonctionnaires. Le texte traite des obligations et devoirs du fonctionnaire. Il prévoit des sanctions contre les agents publics qui violent les textes encadrant leurs activités professionnelles. Il précise les voies de recours et prend la mesure des activités spécifiques de certains corps. Les différents statuts particuliers viennent de cette lecture. L’ensemble de cette architecture est sous le contrôle du ministère en charge de la Fonction publique. La direction nationale de la fonction publique est la structure compétente pour les aspects opérationnels. En 2013, la loi n°2013-031 du 23 juillet 2013 portant approbation d’un Code de transparence dans la vie publique a été adoptée. Elle vise à instaurer des méthodes de transparence, de l’égalité dans les administrations publiques par un mécanisme de contrôle de l’action publique et des acteurs publics. S’y ajoute, la loi n°2018-035 du 27 juin 2018 portant Statut des fonctionnaires des Collectivités territoriales. Elle règlemente les relations entre l’administration et les usagers des services publics. «L’accès aux services publics est garanti et égal pour tous les usagers se trouvant dans la même situation juridique», édicte-t-elle. La loi n° 2018-007 du 16 janvier 2018 portant Statut du personnel enseignant de l’enseignement secondaire, de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale pose les principes déontologiques et éthiques de la profession d’enseignant. En 2019, notre pays a promulgué la loi n°2019-058 du 5 décembre 2019 portant Code d’éthique et de déontologie de l’agent de l’administration publique. Ce texte, pour la première fois, définit les concepts clés que sont l’administration publique, l’agent public, le conflit d’intérêt, la déontologie et l’éthique. Il est surtout présenté comme le modèle de référence pour tous les corps professionnels. Malgré cet arsenal juridique, la problématique de la déontologie et de l’éthique des agents publics reste une véritable préoccupation. Dans certains cas, les textes sont inexistants. Quand ils existent, les agents concernés par leur teneur n’en ont aucune connaissance. Il en est de même pour les usagers qui, devant tant d’abus et d’incompréhension, s’en remettent à Dieu. C’est dans ce souci de cohérence que l’OCLEI a entrepris d’avoir une connaissance rationnelle de l’ensemble du secteur afin d’aboutir à des mesures de prévention qui vont dans le sens de la préservation de l’intérêt général. Telle est la philosophie de cette étude dont le but ultime est de lutter contre l’enrichissement illicite à travers l’application et le respect des codes de déontologie dans les administrations publiques. GRATIFICATIONS OU AVANTAGES – L’analyse du statut général de la fonction publique ainsi que celle des différents statuts particuliers sont illustratives des efforts déployés pour moraliser les faits et gestes des fonctionnaires qui, de par leur position, peuvent avoir une propension à s’enrichir de façon illicite. Ainsi, il est formellement interdit à un agent de la fonction publique de solliciter ou de recevoir, directement ou par personne interposée, même en dehors de ses fonctions mais en raison de celles-ci, des dons, gratifications ou avantages quelconques. L’article 11 de la loi traite particulièrement des conflits d’intérêts. Il précise qu’il est interdit au fonctionnaire d’avoir, par lui-même ou par personne interposée, sous quelque dénomination que ce soit, des intérêts de nature à compromettre son indépendance dans une entreprise soumise au contrôle de son administration ou en relation avec celle-ci. En principe, le fonctionnaire est un agent libre dans son travail et libre dans ses opinions publiques, philosophiques, syndicales et religieuses. Toutefois, il lui est demandé un droit de réserve au regard justement des mêmes fonctions dont il a la charge. « L’instauration du civisme doit être une quête de tous les jours, car même là où les codes de déontologie existent, leur pratique suscite des interrogations », note Zouma Diarra. En général, ces textes ne sont pas connus des cadres qui y sont assujettis. Lorsqu’ils le sont et qu’ils ont été violés, il y a très peu de sanction. Les citoyens sont perdus dans les dédales de l’administration et des pratiques dolosives qui font de plus en plus des victimes ignorantes de ce que la loi leur donne comme voie de recours. L’étude propose à cet effet, que soient installés dans les différents services des référents déontologiques, de concert avec la direction nationale de la fonction publique. Ainsi, pourront être prises en compte les

