Gao : La course au mouton de Tabaski a commencé

Abdourhamane TOURE Gao, 12 juil (AMAP) A l’approche de la fête de Tabaski, le premier souci d’un musulman, riche ou pauvre, est le mouton qu’il doit sacrifier. A Gao, il faut débourser, cette année, entre 75.000 et 150.000 Fcfa, selon le constat de la Direction régionale des productions et des industries animales. L’équipe régionale de l’AMAP de Gao (Nord) a fait le tour de différents points de vente d’animaux pour constater le prix d’achat de la bête pour constater a son tour que beaucoup de business se font autour de la vente du bétail. Moussa Diadié est un «coxeur» (intermédiaire) pour les camions transport du bétail à Gao. Depuis quatre ans, il exerce ce métier. « Avant la crise de 2012, nous négocions les camions de transport du bétail à destination de Bamako pour 650.000 à 800.000 Fcfa », a dit le «coxeur» Diadié. «Mais, aujourd’hui, ce prix a grimpé à 1.200.000 Fcfa pour la même quantité de marchandise et la même distance. Ce coût ne comporte pas les frais de poste de contrôle, du surveillant du bétail (le berger), du foin, du chargeur, de la taxe du parc de chargement, de vaccination qui sont à la charge du propriétaire du bétail. Le chargement de tous les bétails (bovins, ovins et caprins et les chevaux) se fait dans un parc, au rondpoint de Diédara, au 8ème quartier de Gao. « Et, le plus souvent, le chargement d’un seul camion gros porteur en bétail peut appartenir à trois ou quatre commerçants », nous a fait savoir le «coxeur» Diadié. Alhabas Ag Mohamed est un vendeur du bétail originaire de Ménaka (Nord-Est). Nous l’avons trouvé à Diédara, assis, tranquillement, sur une natte. En face du camion dans lequel on embarque les bêtes, en direction de Bamako, pour la fête de Tabaski. « Depuis ma petite enfance, je fais ce commerce dont j’ai hérité de mon père. Cette année, j’ai acheté des moutons à Ménaka très chers. J’ai déboursé 80.000 Fcfa pour chaque bélier. Pour ma part, sur le total de 170 bêtes, j’ai 93 têtes que je veux revendre sur le marché de Bamako. En somme, j’ai dépensé 33.000 Fcfa pour la vaccination, 25.000 Fcfa pour l’achat de la paille installée dans les camions, 75.000 Fcfa pour l’accompagnateur des moutons dans le camion. Auquel s’ajoutent 5.000 Fcfa pour le parc d’embarcation et 5.000 Fcfa pour le chargeur ». « Le transport de mes 93 béliers sur Bamako me revient à 1.200.000 Fcfa et les taxes des postes de contrôle, du départ à l’arrivée, coûteront 135.000 Fcfa. Au total, 1.335.000 Fcfa sont à la charge des propriétaires des 170 têtes qui appartiennent à trois revendeurs. Chacun de nous paiera une somme au prorata du nombre de ses bêtes », a expliqué Alhabas. « A Bamako, je compte céder mes béliers entre 95.000 et 120.000 Fcfa par tête », a dit Alhabas Ag Mohamed. Chaïbou Touré est, aussi, revendeur de bétail et a 40 béliers sur les 170 bêtes chargées dans le gros porteur, en direction de la capitale malienne. « Depuis 16 ans, j’exerce ce commerce du bétail. Cette année, il y a beaucoup de bétail mais ça coûte très cher et je ne sais pas la raison », dit-il. Selon lui, le prix d’achat de ses béliers varie entre 75.000 Fcfa et 120.000 Fcfa sur le marché de bétail de Wabaari, Commune rurale de Gounzourèye, dans le cercle de Gao (Nord). Il compte les revendre à 150 000 Fcfa sur le marché de bétails, à Bamako. L’année dernière, à la même période le prix du mouton sur le marché de Gao variait entre 50.000 Fcfa à 100.000 Fcfa. Mais cette année, ce prix a grimpé de 75.000 à 150.000 Fcfa, a fait constater Aboubacar Habba Maiga, directeur régional des productions et des industries animales de Gao. Amadou Diallo est un berger qui se prépare à accompagner le bétail sur Bamako. Selon lui, avant la crise de 2012, il convoyait 200 à 250 têtes du bétail de Gao à Konna, à pied, pendant 18 jours, à raison de 50.000 Fcfa. Mais, aujourd’hui, à cause de la crise qui prévaut au Mali, certains commerçants de bétail ne viennent plus. «Il y a trois semaines, nous avons chargé du bétail dans cinq camions, dans ce même parc, à destination de Bamako. Mais ce bétail a été déchargé par des bandits armés dans la zone de Douentza. Et leurs propriétaires sont partis en faillite et cette situation décourage certains commerçants de bétail», nous confie l’accompagnateur du bétail. Mohamed Alassane est le gérant du parc. Depuis quarante ans que le parc de Diédara existe, les vaches, les chevaux, les moutons sont chargés dans des véhicules ici, à raison de 5.000 Fcfa pour les moutons, 6.000 Fcfa pour les chevaux et 7.500 Fcfa pour les bœufs. Abdouramane Touré, est un boutiquier dans la Commune de Bamba que notre équipe a approché. A l’approche de chaque fête de Tabaski, il achète des moutons au marché de Gombo, un village de l’arrondissement de Bamba, qu’il revend à Gao, derrière la gendarmerie au centre-ville. «Généralement, mes clients sont les revendeurs de moutons de Bamako. Cette année, j’ai fait venir soixante un béliers de Bamba dont certains m’ont coûté 60.000 Fcfa par tête et d’autres 90.000 Fcfa. Les frais de transport de chaque mouton reviennent à 2.500 Fcfa », dit-il. Il a perdu onze moutons en cours de route « à cause de la chaleur et la distance ». « Le marché est lent, mais j’ai pu écouler certains à 100.000 Fcfa et d’autres à 110.000 Fcfa. Actuellement, il me reste une dizaine. Mais le business des moutons demande beaucoup de dépenses. Cette année, le marché est bien fourni en bétail. Mais à cause de l’insécurité sur l’axe Gao-Sévaré-Bamako, les clients potentiels ne viennent plus sur le marché de Gao», a expliqué ce vendeur occasionnel de béliers. Amadou Daou, agent du gouvernorat de Gao, soutient que cette année, le prix du mouton de Tabaski a grimpé. Parce que, selon lui, la qualité du mouton qu’il a l’habitude d’acheter à 75.000 Fcfa, cette année, pour la même bête, il

Mali : Baisse prévue du prix du ciment

Bamako, 25 juin (AMAP) Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mahmoud Ould Mohamed, et les acteurs du secteur du ciment ont convenu de ramener la tonne du ciment local à 95.000 Fcfa et 100.000 Fcfa pour le ciment importé, a appris l’AMAP, jeudi. À l’issue d’une rencontre avec les importateurs, unités industrielles et distributeurs, pour trouver des mécanismes de stabilisation du prix du ciment sur le marché national, la réunion a décidé de ramener le prix indicatif plafond du ciment local à 87.000 Fcfa la tonne pour les commerçants et 95.000 Fcfa la tonne pour les consommateurs. Concernant le ciment importé, la réunion a convenu qu’à partir de ce vendredi, la tonne sera vendue aux consommateurs à 100.000 Fcfa. « Le ministre, après les échanges avec les autorités sénégalaises, a pris l’engagement d’assurer l’approvisionnement correct du pays et la couverture du gap. Si cela est fait, à partir de lundi, le prix indicatif plafond du ciment importé reviendra aux consommateurs à 95.000 Fcfa», a annoncé  le directeur général de la concurrence et du commerce, Boukadary Doumbia, qui a participé à la rencontre. Le prix du ciment, qui s’était envolé ces derniers jours, a amorcé une courbe descendante. De 5.250 Fcfa, le sac de 50 kg était vendu à 6.500 Fcfa, soit une augmentation de 1.250 Fcfa. « Depuis bientôt quatre mois, on a assisté à une augmentation du prix du ciment sans savoir réellement pourquoi », confirme Yacouba Kanté, vendeur à Kabala. Il dit se souvenir qu’il n’y a pas longtemps, le sac de ciment était vendu à 4.500 Fcfa. Le détaillant rejette la responsabilité de la hausse du prix sur les importateurs qui, selon lui, augmenteraient les prix sans explication. « Aujourd’hui, c’est tout le secteur de la construction qui se trouve affecté », confirme Ousmane Diarra, propriétaire d’un entrepôt de matériaux de construction. Selon lui, une nouvelle augmentation du prix du ciment n’est pas à écarter pour la simple raison que la demande est actuellement plus forte que l’offre. L’entrepreneur en BTP, Moussa Coulibaly, explique que « le Mali est, aujourd’hui, en chantier et la grande partie du ciment consommée sur le marché local est importée du Sénégal ou de la Cote d’Ivoire ». Sékouba Coulibaly est un grossiste en ciment. Les deux sociétés de production de ciment installées au Mali sont ses principaux fournisseurs (Ciments et Matériaux du Mali et Diamond Ciment). Il explique l’augmentation vertigineuse des prix, en grande partie, par la forte demande. Selon le grossiste, les coupures d’électricité intempestives ont impacté la capacité de production des usines de ciment au Mali. Concernant l’importation, M. Coulibaly a dit que le Sénégal et la Côte d’Ivoire font également face aux mêmes problèmes. «Il y a une baisse de production de ciment dans ces pays voisins. Ce qui a amené les autorités sénégalaises et ivoiriennes à prioriser les besoins nationaux. Du coup, nos commerçants ne peuvent pas avoir la quantité qu’ils souhaitent importer», souligne-t-il La flambée du prix du ciment a suscité la réaction de l’Association des consommateurs du Mali (ASCOMA). « Le Mali a opté pour la liberté des prix et de concurrence. Cette situation permet aux opérateurs économiques de s’enrichir au détriment des consommateurs. Nous n’avons aucun moyen de faire pression, nous ne pouvons que dénoncer», a déploré Salimata Diarra, présidente de l’ASCOMA. OS/MD (AMAP)  

Moutons de Tabaski : Discussions ministérielles à Bamako pour l’approvisionnement du marché sénégalais

Bamako, 25 juin (AMAP) Le ministre malien de l’Industrie et du Commerce, Mahmoud Ould Mohamed, a eu, jeudi, avec son homologue sénégalais en charge de l’Élevage et des Productions animales, Ali Saleh Diop, une séance de travail sur l’approvisionnement du marché sénégalais en moutons pour la prochaine fête de Tabaski. «Je conduis la délégation qui, à la veille de chaque fête de Tabaski, se rend au Mali pour discuter avec les autorités. Ces discussions ont pour objectif d’assurer l’approvisionnement en moutons du Sénégal pour la fête de Tabaski. Cette dernière revêt une dimension religieuse, économique et sociale extrêmement importante pour le Sénégal», a déclaré le ministre Ali Saleh Diop. Le ministre sénégalais a ajouté que l’objectif de ce déplacement au Mali est de faciliter cette opération. «Comme d’habitude, nous avons rencontré une oreille attentive auprès de notre collègue du Commerce. Cette initiative devrait permettre aux marchands de bétail (en l’occurrence les moutons) de mener des opérations lucratives dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant», a souligné M. Diop. Il a précisé qu’il est porteur d’une «directive présidentielle» qui instruit l’ensemble des ministères sénégalais impliqués afin qu’ils assurent l’aboutissement de cette opération, à travers des facilités d’opérations accordées aux opérateurs maliens pour le plus grand bénéfice de nos deux États. «Je sors très satisfait des échanges que j’ai eus avec mon collègue en charge du Commerce», s’est réjouit Ali Saleh Diop, qui assure que ces échanges augurent une bonne activité commerciale entre les deux pays. «C’est une tradition entre le Mali et le Sénégal, à l’approche de chaque fête de Tabaski, de faciliter les transactions du commerce du bétail de nos opérateurs afin qu’ils puissent approvisionner les marchés sénégalais», a rappelé, pour sa part, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mahmoud Ould Mohamed. Il a ajouté que les discussions ont porté sur tous les contours de l’opération. «La fête de Tabaski est sacrée pour les deux pays. Par conséquent, le Mali va jouer sa partition pour que les marchés sénégalais soient approvisionnés à la satisfaction des populations», a assuré le ministre. BBC/MD (AMAP)    

Koro (Centre) : Les acteurs économiques se réjouissent de la reprise du trafic routier

Par Moussa NIANGALY Amap-Koro Koro, 04 mai (AMAP) Le trafic routier entre le Mali et le Burkina Faso, sur la Route nationale (RN15), à partir de la frontière à Koro, a repris officiellement le 8 février 2021, à la faveur des accords locaux signés entre les communautés et l’implication des autorités administratives, politiques et coutumières des deux pays. De cette date à nos jours, le trafic se passe normalement sans incidents, au grand bonheur des populations. Presque tous les usagers de cette route, qui l’avaient abandonnée à cause de l’insécurité ou à cause du sabotage des ouvrages routiers, rendant la route impraticable, sont revenus. Le marché local est bien approvisionné en denrées de première nécessité et les producteurs locaux parviennent à écouler leurs produits vers les pays comme le Burkina Faso, le Ghana, le Togo etc. Tous les secteurs économiques de la ville ont ressenti les impacts positifs de la reprise des activités sur ce tronçon. De la vendeuse de légumes, en passant par le commerçant de céréales ou de bétail, tous reconnaissent que la reprise du transport sur cette route leur a permis de souffler, après plus d’une année d’interruption. Si certains ont eu confiance pour reprendre le trafic sur le tronçon Koro-Burkina Faso, d’autres sont encore dans le doute quant à la sécurité des voyageurs et de leurs marchandises. C’est le cas de Issiaka Ouédraogo, vendeur de cuirs et peaux à Koro. Encore sceptique, il préfère solliciter les services d’intermédiaires pour envoyer ses produits à des partenaires à Mopti, qui se chargent, à leur tour, de les exporter. Il reconnaît que ce détour est coûteux mais plus sûr. Les transports de personnes et de marchandises sont permanents sur la route, sans escorte militaire. Grâce aux accords conclus entre les communautés, il n’y a pas eu d’incidents et tous les acteurs locaux continuent de s’impliquer pour que le trafic ne soit plus interrompu sur ce tronçon. C’est pourquoi, les transporteurs, les commerçants et les transitaires du Burkina Faso et du Mali, qui opèrent sur ce tronçon, ont initié une cotisation volontaire pour réparer un pont saboté dans le village de Nommo, au Burkina Faso, au niveau duquel la déviation est impossible. Cet effort a permis d’assurer la continuité du trafic pendant l’hivernage. Selon Hassimi Dama, transitaire à Koro, l’argent cotisé a atteint plus de 3 millions de Fcfa et la réparation est en cours. Le bureau de Koro est ouvert aux opérations de douane et de transit depuis le 8 février 2021. Si les objectifs assignés au bureau des douanes sont atteints, il faut tout de même reconnaître que les opérations sont quelques peu timides au niveau des bureaux de transit. Cette situation est la conséquence de la fermeture du bureau de Thiou (Burkina Faso) par la direction générale des Douanes du Burkina Faso pour cause d’insécurité. Toute chose qui rend impossible, pour le moment, le transit international à partir de ce tronçon. Les autorités des deux pays doivent s’impliquer davantage pour l’ouverture du bureau de Thiou et la reprise du transit international sur cette route. Mariam Sawadogo, vendeuse de fruits et légumes au marché de Koro reconnaît que l’ouverture de la route a été très salutaire pour elle mais aussi pour tous les usagers de la route Koro-Burkina Faso. Elle souhaite la réparation, avant l’hivernage, du pont saboté de Bih (au Mali). Selon elle, les véhicules empruntent une déviation au niveau du pont sur une route latéritique. Avec l’hivernage, elle craint l’interruption du trafic routier si les pluies sont abondantes. Après plus de trois mois, la reprise du trafic sur le tronçon Koro-Burkina Faso a permis de donner un nouveau souffle à l’économie locale. Cependant, la réparation du pont de Bih, l’implication des autorités pour l’ouverture du bureau de Thiou (Burkina Faso) et la mise en confiance des usagers, encore réticents à emprunter ce tronçon, doivent être des priorités. MN (AMAP)

Une pluviométrie abondante au Mali pour l’hivernage 2021, selon les spécialistes de la météo

Par Makan SISSOKO Bamako, 03 juin (AMAP) Les spécialistes de la météo annoncent une pluviométrie abondante au Mali pour le prochain hivernage et indiquent qu’à cet effet, le choix des semences et l’utilisation d’autres techniques agricoles seront déterminants pour faire une bonne récolte. L’Agence nationale de la météorologie prédit, pour la campagne agricole 2021, une pluviométrie abondante marquée par des périodes sèches. Les prévisions saisonnières des caractéristiques agro-hydro-climatiques de Mali-Météo, base scientifique de ces analyses, laissent paraître « un hivernage humide avec un démarrage précoce à normal, une fin tardive, des séquences sèches plus longues en début et courtes en fin de saison ». Il est également attendu des écoulements globalement supérieurs aux moyennes de la période 1981-2010 dans les bassins du Niger et du Sénégal. Face à ces prévisions météorologiques, nous avons rencontré des spécialistes en agronomie qui prodiguent des conseils pratiques aux agriculteurs pour les aider à atteindre les résultats escomptés au titre de la campagne qui va bientôt démarrer. Les techniciens conseillent, aussi, les comportements à adopter par les producteurs afin de booster la production agricole de cette saison agricole 2021 Le chef du Laboratoire d’analyse de qualité des semences du Mali (Labosem). basé à Sotuba, Dr Dionkounda Camara, se réjouit de « ces bonnes perspectives pour la campagne agricole en termes de pluviométrie ». Pour booster les rendements, le spécialiste invite les cultivateurs à suivre le calendrier agricole, en écoutant les agents techniques d’agriculture en poste dans leurs zones respectives et, surtout, de suivre les conseils que les techniciens donneront en fonction de l’évolution de la pluviométrie. VARIÉTÉS DE SEMENCES – Parlant des caractéristiques annoncées, Dr Camara explique que la grande pluviométrie prévue suppose que le cycle de la saison sera bouclé sur toute la ligne. À ce titre, l’expert demande aux producteurs de tenir compte de certains aspects techniques au point de vue cultural. En saison de grandes pluies, par exemple, il est recommandé aux producteurs de semer les variétés de semences hybrides qui sont beaucoup plus profitables en termes de rendement et de résistance par rapport aux variétés à pollinisation libre (OPV, sigle anglais). Celles-ci résistent difficilement à la grande pluviométrie, argumente-t-il. Toutefois, insiste Dr Dionkounda Camara, le choix des variétés de semences doit différer en fonction des différentes zones de culture. « Car, ajoute le chef de Labosem, chaque variété est adaptée à une zone agro-climatique bien déterminée en saison de grande pluviométrie ». Prenant l’exemple sur la zone de Sikasso, Dr Camara explique que l’hivernage y commence au mois de mai. S’il devrait beaucoup pleuvoir dans ces zones, les producteurs ne devraient pas semer en fin mai, selon lui. Ils doivent retarder les semis vers la deuxième décade du mois de juin. « En ce moment, ajoute-t-il, les plants vont boucler leur cycle suivant l’intensité de la pluviométrie ». « Par contre, s’ils cultivent au mois de mai, les plants vont grandir. Leur maturité physiologique coïncidera avec la grande pluviométrie qui va sans doute impacter la production », assure le spécialiste. Ainsi, aux paysans opérant dans des zones de grande pluviométrie, comme la Région de Sikasso, Dr Dionkounda Camara demande de s’intéresser aux nouvelles variétés de semences hybrides de maïs, mil, sorgho, niébé, etc. développées par les chercheurs de l’Institut d’économie rurale (IER). Il suggère, aussi, de prendre des informations auprès des agents d’encadrement des différentes zones de production sur les choix des variétés, les techniques culturales et concernant les bons comportements qu’il faut adopter, compte tenu de l’évolution des techniques culturales afin d’obtenir les résultats escomptés. EMBLAVER LES PARCELLES – De son côté, le spécialiste en agro-climatologie et chercheur à l’IER, Dr Salifou Sissoko, invite, sur la base des prévisions annoncées par Mali-Météo, les producteurs à commencer tôt à emblaver les parcelles. Afin d’éviter de prendre du retard par rapport « aux semis qui constituent, selon lui, l’acte principal du paysan ». Le spécialiste conseille aux paysans de semer les variétés de semences adaptées à leur environnement, issues de la recherche ou non, des variétés tardives ou intermédiaires. «Le paysan a un savoir millénaire. Il connaît son environnement mieux que n’importe quel chercheur, de façon globale. Nous, on se permet de leur donner des conseils par rapport aux variétés que nous avons créées et des innovations que nous avons apportées et qui vont dans le sens des savoirs paysans. Que la saison soit précoce ou tardive, le meilleur conseil qu’il faut donner aux paysans est de se lever tôt», insiste le spécialiste. Par rapport aux techniques culturales, le chercheur, qui a foi aux savoirs locaux paysans, exhorte les cultivateurs à aller vers des pratiques agro-écologiques, en utilisant moins d’engrais chimiques. Pour lui, utiliser en abondance les fumures organiques a pour avantage de diminuer les coûts de production et permet de produire des variétés agro-écologiques qui n’ont pas de conséquences sur la santé des producteurs et des consommateurs. Dr Sissoko demande, également, d’éviter surtout de cultiver dans les bas-fonds. En cultivant dans ces zones à forte humidité, l’eau risque de détruire les cultures à cause de l’inondation. Aux producteurs obligés de cultiver dans les bas-fonds, le spécialiste suggère de privilégier des cultures pouvant supporter l’eau notamment, le riz. Pour le Dr Sissoko, la météo donne des prévisions générales qui doivent être complétées par les prévisions quotidiennes tout au long de l’hivernage. À cet effet, le spécialiste encourage les paysans à écouter quotidiennement ces prévisions à travers la radio et la télévision. «On est également en train d’essayer de former les paysans dans l’utilisation du téléphone portable pour avoir accès aux données quotidiennes, c’est aussi une manière qui leur permettra de prendre des précautions nécessaires», explique-t-il. MS (AMAP)  

Ciment et fer à béton: les prix montent en flèche

Par Aminata Dindi SISSOKO Bamako, 02 juin (AMAP) Le Mali est en chantier. Des maisons d’un autre standing y poussent, un peu partout. Des travaux d’infrastructures de développement sont en cours. Le Grand marché de Bamako, également en chantier, continue sa mue. Ce, malgré les multiples crises quel le pays traverse. Le fer et le ciment sont des éléments indispensables à la réalisation de ces ouvrages qui symbolisent le dynamisme de notre économie. Mais, depuis un certain temps, les prix de ces deux matériaux connaissent une hausse sur le marché. La situation s’expliquerait, en grande partie, par la règle de la demande qui est plus forte que l’offre. Le prix de la tonne du ciment, importé ou local, tournait autour de 90.000 Fcfa dans notre pays. Il a franchi la barre des 100.000 Fcfa pour s’établir à 115.000 Fcfa depuis quelques mois. Il peine à descendre au dessous de 110.000 Fcfa, prix actuel de la tonne du produit dans les différentes quincailleries de Bamako, où le sac (50 kg) est cédé à 5.500 Fcfa. Un risque de l’augmentation du prix du ciment est envisageable dans les jours à venir, spécule Balla, propriétaire de quincaillerie à Kalaban, sans pouvoir dire les raisons. Rencontré à son magasin à Para Djicoroni, un autre revendeur de ciment, Ousmane Tangara, nuance : «Le prix du ciment avait commencé à baisser. C’est la semaine dernière que nous avons remarqué cette hausse auprès des fournisseurs qui l’ont imputé à la grève de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM). Cette cessation du travail a provoqué une rupture. Cette pénurie a fait grimper le prix». Le commerçant dit s’attendre à un fléchissement vers le bas dans les jours à venir. DEUX TYPES DE FER – Tout comme le ciment, le prix de la barre du fer à béton a aussi grimpé. Sur le marché local, on retrouve deux types de fer : importé communément appelé fer blanc et le fer made in Mali avec des calibrages variables. Actuellement, le prix du fer 12 plein qui était vendu à 5.000 Fcfa, varie entre 5.750 et 5.800 Fcfa, selon les quincailleries. La barre du fer 12 simple, utilisé couramment dans la construction des maisons à usage d’habitation, est cédée entre 3.250 à 3.300 Fcfa. La barre de fer 10, elle, est vendue entre 2.250 à 2.300 Fcfa. Le fer 8 se vend entre 1.250 à 1.300 Fcfa, contre 750 à 850 Fcfa pour le fer 6. Cette fluctuation constatée sur le prix du fer remonte à quatre mois, selon Mohamed Koné, gérant d’une quincaillerie. «Je travaille dans le domaine depuis dix ans. C’est la première fois que je vois le prix de la barre du fer à béton atteindre ce niveau », reconnaît-il. Pour lui, cette hausse est due à la pandémie de Covid-19. Car, argumente-t-il, les importations sont limitées. Le stock national est insuffisant par rapport à la demande. « Chaque fois que les clients se bousculent pour avoir un produit, le prix augmente », explique le commerçant. Mais « les gens pensent que c’est le Mali seul qui est confronté à cette situation. Le problème est général», informe Modibo Diakité, revendeur de ciment et de fer à Ouolofobougou. Donc, conformément à la loi du marché, les prix augmentent quand la demande est plus forte que l’offre de produit, ajoute-t-il. Contacté à ce sujet, un responsable d’une industrie locale de fabrique de fer explique cette hausse par deux facteurs : la hausse du cours mondial du fer et l’exportation de la ferraille. « Nous faisons face à cette situation depuis le mois de févier. En tant que producteur, nous ne sommes pas du tout content de cette situation. Nous sommes obligés de suivre le cours mondial », murmure-t-il. Selon lui, la ferraille fait partie de la matière première. Son prix a grimpé à cause de sa rareté sur le marché. Car, à le croire, malgré deux arrêtés interministériels (2018 et 2019) du ministère du Commerce suspendant toute exportation de la ferraille et des sous-produits ferreux au Mali, le produit est toujours exporté. « Du coup, on le retrouve cher. C’est normal : quand nos matières premières sont chères on augmente le prix du produit fini. L’Etat doit s’investir pour mettre un frein à l’exportation de la ferraille pour le bien de tous. A terme, si on n’a pas de matières premières, l’usine risque de tourner au ralenti avec comme conséquence possible le licenciement des travailleurs», prévient le responsable. Comme eux, les propriétaires de chantiers sont inquiets. Certains ont déjà arrêté leurs travaux en attendant la réduction du coût des deux produits. C’est le cas d’une enseignante rencontrée dans une boutique à Kalaban Coura ACI. « Je comptais reprendre les travaux sur mon chantier ce mois-ci. C’est avec une grande surprise que j’ai constaté la hausse du prix de la barre du fer à béton de 300 Fcfa pour certaines et 400 Fcfa pour d’autres. Vu que mes moyens sont limités, j’ai décidé de surseoir à l’achat du produit en attendant la chute du prix. Je viens de faire un dépôt de 500.000 Fcfa auprès du boutiquier. Lorsque les prix commencent à baisser, il me tiendra informer », explique Aïssata Compaoré. Contrairement à cette institutrice, Bouba Maïga pense qu’il n’a pas le choix. « On économise de l’argent pour un but précis. Si le prix augmente, on n’a pas d’autres possibilités que d’acheter pour éviter de dilapider nos économies », soutient-il. L’air frustré, il venait d’acheter cinq tonnes de ciment et plusieurs barres de fer. Le niveau des ventes de certains propriétaires de quincaillerie est également impacté par la hausse du prix de ces deux matériaux. « Les clients achètent, mais l’affluence est faible en ce moment. Certains viennent demander le prix. Réalisant qu’il a grimpé, ils rebroussent chemin », déplore le commerçant Seydou Sinayoko. ADS (AMAP)

Diéma : Gouba Dabo (Ouest) étrenne deux ponts réalisés par ses ressortissants pour plus de 100 millions

Diéma, 1er juin (AMAP) La localité de  Gouba Dabo, dans la commune rurale de Béma (Ouest), a inauguré, dimanche, deux ponts  que ses  ressortissants ont construit  pour plus de 100 millions de francs Cfa. Ces ponts, sur l’affluent d’une rivière, dénommée « Hassèye », pour désenclaver le village et d’autres localités, surtout en période hivernale, mesurent 12 mètres de long, 5 mètres de large et 4 mètres de hauteur, pour le premier ; 5 mètres de longueur, 8 mètres de largeur et 2 mètres de hauteur, pour le second. Ces ponts, solidement bâtis, ont été réalisés dans un intervalle de trois mois, de janvier à mars 2021. Le jour de l’inauguration, hommes, femmes, jeunes et vieux, se sont tous transportés sur le lieu de l’évènement, situé à 1 km, en allant vers Béma. Certains ont effectué le trajet en motos taxis, d’autres ont emprunté des véhicules, des charrettes, d’autres, encore comptaient sur l’agilité de leurs jambes. Le porte-parole des chefs de villages, Habou Tounkara, griot de son état, comme le veut la tradition dans ce milieu, a salué les ressortissants et l’ensemble des populations de Gouba Dabo, et de la Commune rurale de Béma, pour la réalisation de ces infrastructures, sans lesquelles, la localité serait coupée du monde. Pendant l’hivernage la route, à ce niveau, devient impraticable pour les usagers dont de nombreux commerçants qui n’arrivent pas à se tendre aux foires hebdomadaires. Les chefs de village, à travers leur porte-parole, ont prôné la paix et l’entente, pour permettre un développement durable de leurs localités et ont formulé des vœux pour une bonne campagne agricole. Le représentant des ressortissants de la Commune rurale de Béma, Diarra Diawara, qui a été responsabilisé pour le suivi et le contrôle des chantiers, ainsi que l’organisation de la cérémonie d’inauguration, a remercié les populations pour cette marque de confiance les ressortissants et tous ceux qui ont contribué à la construction de ces infrastructures routières d’une grande utilité. Il a remercié particulièrement Abdoulaye Fofana et Issouf Camara, et plusieurs autres natifs de Gouba Dabo, à l’initiative de la construction des ponts. Il a réitéré son entière disponibilité à apporter le meilleur pour toute action  visant le bien-être des populations. Le maire de la Commune rurale de Béma, Madikandia Diawara, a invité les ressortissants à l’union pour braver tous les obstacles au développement de leur commune. M. Diawara est revenu plusieurs fois dans ses propos, sur l’entente et la cohésion sociale, « seule alternative pour relever les immenses défis ». Il a cité en exemples quelques grandes réalisations des ressortissants parmi lesquelles des mosquées, écoles, centres de santé, forages,  périmètres maraîchers… « Des gestes magnanimes, a dit l’édile, qui concourent efficacement au développement de leur commune ». Le sous-préfet de Béma, Mamadou Sissoko, s’est dit plus que comblé par cette action des ressortissants, qu’il a qualifiée de « hautement patriotique », et qui permettront de plus fluidifier la circulation surtout en hivernage. Il a expliqué la politique de l’Etat en matière d’infrastructures routières qui consiste à désenclaver progressivement le pays, mais, a-t-il insisté, « le Mali est vaste, l’Etat à lui seul, ne peut tout faire ». Le sous-préfet Mamadou Sissoko a invité les bénéficiaires à prendre soins des réalisations. Compte tenu des impacts positifs que ces ponts auront sur l’économie des familles, il a souhaité que des actions semblables se multiplient « pour le bonheur de tous ». Le sous-préfet de Béma, Mamadou Sissoko, a coupé symboliquement le ruban, autorisant ainsi la circulation sur les ponts fraîchement bâtis. C’est une danse folklorique du terroir, qui a mis fin à cette cérémonie riche en couleurs. OB/MD (AMAP)  

Amidou Danioko : Maître bijoutier

Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 28 mai (AMAP) « Je fais des pièces uniques qui sont vendues à travers le monde entier. » Amidou Danioko, maître bijoutier à la Maison des artisans de Bamako, n’est pas peu fier de son travail. Reconnu pour l’originalité et la richesse de ses œuvres, il fait, sans doute, partie des créateurs maliens qui ont révolutionné leur domaine ces cinquante dernières années. Rien d’étonnant donc qu’il ait remporté le prix Label d’excellence de l’UNESCO en 2007. Il nous reçoit dans son box d’à peine trois mètres carré qui est composé d’une forge et d’un présentoir dont la charpente est faite en aluminium et le corps en verre. Un long miroir de plus d’un mètre est fixé sur un autre pan de mur permet au client d’apprécier les bijoux à essayer. Ici tout est estampillé « Taasiri » ou attaché le feu. Car Amidou se donne régulièrement des défis à relever, « celui qui s’est donné comme mission d’attacher le feu ne peut se reposer », dit-il. Il fait, sans doute, partie des créateurs maliens qui ont révolutionné leur domaine ces cinquante dernières années. À son actif, plus 300 modèles (bagues, bracelets, boucles d’oreille, tours de cou, chaînes et pendentifs), aussi bien en or, argent, en bronze et autres métaux précieux qu’avec du bois d’ébène ou des cuirs, qui sont repris par d’autres bijoutiers dans la ville de Bamako et, souvent, au-delà même des frontières du Mali. Amidou explique qu’il a du mal à reproduire ou à tenter d’imiter un objet. « J’ai toujours envie de faire du nouveau, pas de revenir sur ce que j’ai déjà confectionné. » En réalité, notre maître artisan est à la fois concepteur ou designer de pièces. Ailleurs, il se serait contenté de produire des formes et de les mettre à la disposition des exécutants pour la réalisation de l’œuvre qu’il aura conçue. C’est ainsi que, de 1996 à nos jours, il se rappelle avoir produit plus de 100 modèles de bracelets qui sont aujourd’hui vendus à Bamako et ailleurs. « Si je ne m’abuse, tous les modèles de bracelet qui sont portés de nos jours à Bamako ont été conçus par moi-même. » Mais, comme tout bon artiste, Amidou ne peut pas expliquer l’envie qui lui vient fréquemment de produire de nouvelles formes. Ce qui explique en réalité sa « propension à ne produire que des pièces uniques ». « Chaque fois qu’un client m’emmène un modèle à reproduire, je le donne volontiers à un autre artisan, car je ne peux pas faire ça », confie-t-il. Beaucoup de clients lui apportent des modèles industriels faits dans d’autres pays.   OPPORTUNITÉ – Amidou a plus d’un tour dans son sac « de créations et d’innovations », il a aussi mis au point une formule qui permet de trouver la bonne mesure d’un bijou à partir de la mesure du tour de bras, du doigt ou du cou du client. Il affirme vouloir déposer bientôt cette formule au Centre malien de promotion de la propriété industrielle (CEMAPI) afin de la protéger. Après avoir parcouru le monde entier pour vendre ses créations, Amidou travaille depuis 2011 avec de grandes marques internationales Hermès (France) ou Soon (Luxembourg). Dans un passé récent, le ministère de l’Artisanat et du Tourisme a offert aux artisans maliens l’opportunité de parcourir presque toutes les places fortes du monde qui donnent de la valeur à l’artisanat. « Par exemple, les Expositions-Ventes à la Bourse du commerce dans le 1er Arrondissement de Paris (France) ont été des moments très importants pour l’artisanat de notre pays », se souvient Amidou Danioko. « C’est à travers ces expositions que de nombreux galeristes, salons, marques et autres magasins de vente ont pris contact avec nous, artisans du Mali. Nous y avons ainsi noué des contacts avec des Chinois, des Japonais et des Américains, des Brésiliens et des Australiens. Ces relations se poursuivent de nos jours », explique Danioko. Milan Polomack est une artiste designer de la Martinique. Elle expose régulièrement dans les grandes villes comme Paris, Londres, New York, Berlin ou Bruxelles. Elle travaille avec Amidou Danioko depuis 2010. Actuellement, en séjour à Bamako, nous l’avons rencontrée au siège de « Taasiri » à la Maison des artisans. Elle explique qu’elle apporte surtout des dessins qu’elle a du mal à réaliser. Elle fait également des commandes que Amidou exécute en pièce unique. Si elle apprécie naturellement le travail de Amidou, elle estime que son client doit chercher à documenter davantage ses productions. La quarantaine, Amidou Danioko est vite reconnaissable par son crâne à moitié lisse du fait de la calvitie. La barbichette prolonge son menton. Ce bijoutier est reconnu pour l’originalité et la richesse de ses œuvres. Cela lui a permis de remporter des prix et des récompenses aussi bien au Mali, en Europe et en Amérique. En novembre, son œuvre intitulée « N’dola » a obtenu le prix Label d’excellence de l’UNESCO. C’est un ensemble de pendentif, de boucle d’oreille et de bracelet. Chacun de ces éléments est un assemblage du bois d’ébène et de l’argent. Le Label d’excellence de l’UNESCO sert de mécanisme de contrôle de qualité, et constitue un instrument pour la commercialisation des produits. Il garantit la qualité irréprochable des produits traditionnels faits main. Ce label est délivré à des produits innovateurs de la région Afrique au Sud du Sahara. Il est organisé, pour la première fois, dans cette partie de l’Afrique. Le Label d’excellence n’est donc pas attribué «aux meilleurs» produits comme le serait un prix à la suite d’un concours. C’est une marque d’approbation qui garantit que le produit artisanal ou la ligne de produits fabriqués respecte les critères de qualité définis et qui ont été élaborés conformément aux exigences de l’authenticité culturelle et de la protection de l’environnement. PROTECTION– Le « N’dola » de Amidou Danioko a été sélectionné en même temps que quatre œuvres dont une de Ag Ali, un autre d’un artisan malien. La foire de Paris, un des plus hauts lieux de la vente des objets d’artisanat, recevra désormais les œuvres de ces deux créateurs. Les lauréats rentreront, également, dans le Musée de l’UNESCO à Paris. En fin 2006, le bureau

Grève de l’UNTM : Désastre pour l’informel !

Par Oumar DIAKITE Bamako, 26 mai (AMAP) Des petits cireurs aux blanchisseurs dans les quartiers, en passant par les boutiquiers, tout comme les vulcanisateurs aux abords des voies publiques…ceux qui exercent ces petits métiers ont vécu un véritable calvaire durant la grève de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), du 17 au 21 mai dernier. « Je n’ai pas envie d’en parler…Depuis le déclenchement de leur affaire-là (Ndlr, la grève), je n’ai jamais gagné 500 Fcfa par jour alors que je gagnais, quotidiennement, près de 5.000 Fcfa », se plaint Issa Touré, cireur de son état, très triste, derrière ses outils sur un comptoir. Il tient son affaire non loin d’une direction administrative dont les travailleurs sont affiliés à la centrale syndicale de l’UNTM, à Hamdallaye ACI 2000. Le pauvre ! La gorge nouée, il a de la peine à nous parler. « J’utilise mes petites économies depuis trois jours pour apporter la ration alimentaire journalière à ma famille », confie-t-il. La détresse d’Issa Touré est égale au désarroi d’un nombre important de travailleurs exerçant de petits métiers. Ils affirment, tous, du moins ceux que nous avons approchés, avoir souffert le martyre du fait de la grève de l’UNTM. Chez les blanchisseurs, on déplore avoir reçu moins d’habits à repasser. « En temps normal, je me lève à 05h du matin pour me coucher au-delà de 23 heures, passant tout ce temps à repasser les habits. Malgré cet effort, certains clients étaient contraints d’attendre un jour de plus sur le rendez-vous fixé », souligne Abba Cissé, au quartier ACI Bocoum, ex Lazaret. Pendant la semaine de grève et, contrairement aux jours fastes, M. Cissé a noté beaucoup moins que la ruée habituelle. « Honnêtement, cette grève fait peur. J’exerce cette profession depuis plusieurs années mais je n’ai jamais enregistré autant moins d’habits à blanchir que cette semaine », témoigne Abba. Faut-il encore dire que cette rareté d’activité chez lui est due à l’arrêt de travail des fonctionnaires qui sont sa clientèle fidèle ? Chez des boutiquiers des quartiers, la recette journalière est en baisse. Beaucoup de clients ne paient pas comptant. Même si la plupart des acheteurs ne sont pas des fonctionnaires de l’Etat, nombreux sont ceux qui cherchent leur quotidien grâce a l’activité dans les services de l’administration. « N’est-ce pas que vous n’êtes pas impactés par cette grève de l’UNTM ? Vous enregistrez moins de perte ? » Nous nous adressons à un boutiquier à Bolibana, sur le ton de la taquinerie. « Et Comment ? Nous sommes très touchés comme n’importe qui. Suite à la grève, tout le monde vient prendre les produits à crédit. A ce rythme, comment allons-nous nous réapprovisionner pour continuer notre activité», rétorque notre interlocuteur très inquiet. De son côté, Ousmane Traoré, gérant d’un service de vulcanisation, affirme très peu ressentir la grève. Toutefois, il signale que le ralentissement dans la circulation routière bamakoise peut réduire les cas de crevaisons. Toute chose qui provoque moins d’entrée d’argent dans sa caisse. Même certains commerçants au grand marché se plaignent. Aboubacar Waigalo, sans donner plus de détail sur ses gains durant la période de la grève, souhaite une entente entre le gouvernement et l’UNTM. « Il faut que cette grève prenne fin… Beaucoup de secteurs sentent la morosité », souligne-t-il. L’application du mot d’ordre de grève de cinq jours, la semaine dernière, a ralenti les activités dans la ville de Bamako. Il y a jusqu’aux jumeaux et autres mendiants aux abords des boulevards et feux tricolores de la capitale qui ont reçu moins de jetons dans leur sébile. OD/MD (AMAP)

Poterie : Une affaire de femmes, à Touna, dans le Centre du Mali

Par Moussa OUERE Bla, 24 mai (AMAP) Touna, une localité, située à 21 km du chef-lieu du Cercle de Bla (Centre), sur la Route nationale (RN6) sur l’axe Bla-Ségou, au Mali. Dans le quartier périphérique des forgerons, à Noumouna, les habitants pratiquent le métier de forgeron. Mais l’activité principale des femmes des forgerons est la poterie. Elles la pratiquent pour subvenir à leurs besoins. Au Mali, particulièrement à Bla, la poterie est exercée par une seule couche sociale : les femmes de forgeron. Le canari est un ustensile très utilisé à beaucoup de fins au Mali. Il est, parmi tant d’autres, fabriqué en terre cuite et est de diverses formes, couleurs. Le canari, en général, est divers et varié selon sa provenance. A Touna (une des dix-sept communes de Bla), nous nous sommes rendu chez la vieille Ballo Mariam Fané, une battante, très engagée pour la cause des potières. Agée de soixante-quinze ans, mariée et mère de sept enfants, elle nous apprend l’histoire de son métier de potière. « C’est après mon mariage que j’ai appris cette activité auprès de ma belle-mère. Je la suivais dans tous ses mouvements. Un jour, elle m’a demandé si je voulais apprendre la poterie. Très contente, je lui ai rapidement répondu oui », se souvient Mariam Fané. Selon elle, comme les femmes de forgerons ne peuvent pas travailler le fer, certaines d’entres elles s’occupent avec la poterie et d’autres petites activités. « C’est en 1980 que j’ai fabriqué mon tout premier canari avec de jolis motifs », ajoute notre interlocutrice. « Ma belle-mère fabriquait déjà beaucoup de sorte de canaris (abreuvoirs de volaille, jarres). Après quelques expériences, j’ai essayé d’ajouter d’autres comme le couscoussier et l’encensoir car je les avais déjà vus au marché de Ségou lors d’une visite là bas », poursuit Mariam Fané. C’est à Niando, un village à 2 km de Touna, sur une élévation, que les potières extraient l’argile, la matière première de la poterie. Un travail si difficile que « nos propres filles n’aiment pas le pratiquer ». Selon Mme Ballo Mariam Fané, une paresseuse ne peut pas faire la poterie car c’est un travail très difficile et ça demande l’effort de tout le corps surtout lors du malaxage. « La fabrication d’une pièce de poterie commence par le mélange des terres (argile, marne, silice) mais, chez nous, à Touna, on ne trouve que de l’argile noire. L’argile est malaxée avec la poudre d’un vieux canari concassé et on le fait manuellement. La pâte obtenue est conservée au repos dans un grand récipient pendant cinq à sept jours, Pour que le mélange pourrisse », explique Mariam Fané. Après, c’est le modelage qui consiste en la mise en forme à partir d’une boule de terre par la pression des doigts jusqu’à l’obtention de l’objet désiré. « Nous vendons les produits chez nous, mais certaines commerçantes aussi viennent acheter avec nous pour revendre à Ségou, à Bla et même dans d’autres Régions du Mali ». Le gain ? Il sert à assurer les charges de la famille. « Souvent à l’achat du trousseau de mariage de nos filles. En période de soudure également, on vient en aide à nos maris », dit-elle. Le canari est utilisé par beaucoup de personnes, certains l’achètent pour la préparation des médicaments traditionnels, d’autres pour utiliser comme jarre, certains pour préparer du repas, etc. Alima Ballo est âgée de 60 ans, Elle a appris la poterie auprès de sa mère, depuis l’âge de 9 ans. «  Mon mari ne s’est pas opposé à mon activité », dit celle qui exerce ce métier depuis trente ans. « Beaucoup de gens passent leurs commandes de fourneaux, jouets d’enfants, jarres, etc. Le prix du canari varie selon la forme, la qualité et la période », explique-t-elle. « Maintenant que je n’ai plus assez de force pour pleinement faire le travail, j’emplois des femmes pour m’aider contre rémunération. Par jour, je peux fabriquer dix jarres. Si elles sont de petite taille, je peux en faire vingt », nous dit notre interlocutrice. Alors que la jarre est vendue souvent à 1.500 Fcfa, les petits canaris sont écoulés à 250F, les fourneaux à 1.250F. « Souvent, je gagne mais des fois, je perds. Je peux fabriquer quinze jarres et, au moment de la cuisson ou même après cette étape, tout se brise. Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas », dit philosophiquement Alima Ballo. Chaque grande famille de forgerons a son site de cuisson et les fours à bois sont derrière la ville car la chaleur qu’ils dégagent est très forte. « Tous les revenus de ce métier sont utilisés dans nos foyers, notamment pour l’éducation des enfants (coopérative, achat de fournitures scolaires), l’habillement et, même souvent, on aide nos maris avec de l’argent en espèce.» Les ustensiles en terre cuite ont d’autres utilités comme nous dit Salika Traoré, 75 ans, « Nous les utilisons pour conserver les repas, les semences et même pour filtrer l’eau. Il y a certaines utilités qu’on ne doit pas vous dire. Nos vieilles personnes nous disaient que le repas qui est préparé dans un canari a plus de force que celui préparé dans une marmite.», nous révèle Salika La poterie fait partie de ces activités culturelles en voie de disparition dans beaucoup de localités maliennes. Parce que les filles d’aujourd’hui ne s’intéressent pas à cette activité et l’accès à l’argile n’est pas facile. La matière première devient très rare. MO/MD (AMAP)