Mali : dur, dur pour les tisserands de Ségou

Par Mamadou SY AMAP-Ségou Ségou, 9 sept (AMAP) Les tissus importés et la friperie ont ravi la vedette à l’étoffe tissée. La fermeture de la Compagnie malienne des textiles (COMATEX) et des frontières avec le Burkina Faso ont achevé de plomber l’activité de ces valeureux tisserands qui perpétuent une tradition millénaire. Quatrième région administrative du Mali, Ségou peut se targuer d’être une plaque tournante de la production du textile. Avec ses multiples organisations et centres qui promeuvent le tissu traditionnel, la Cité des Balanzans séduit et émerveille encore bon nombre de visiteurs et férus de produits «Made in Mali». Le Village artisanal de Ségou est un joyau architectural et un centre dédié à la filature, la teinture, la coupe, la couture… Dans ce temple de la créativité, les tisserands perpétuent un savoir-faire millénaire. Ici, des hommes et des femmes accomplissent un travail d’orfèvre. Ils tissent des fils pour en faire des étoffes de qualité destinées à l’habillement, mais aussi des couvertures, des rideaux, des serviettes, de splendides boubous « niaga » et « saran », du pagne rayé « koba » et des supports bogolan. Par un matin un peu frisquet, nous rencontrons Yacouba Diarra, au Village artisanal de Ségou. Marié et père de 5 enfants, ce tisserand a fait ses premières armes au Burkina Faso avant de retourner au bercail. Depuis que la COMATEX a mis la clé sous la porte, le 3 août, la pénurie de fils à tisser est devenue une préoccupation majeure pour Yacouba Diarra et l’ensemble des tisserands de Ségou. La voix de notre interlocuteur trahit une certaine forme de morosité. «Nous n’avons pas de fils à tisser. L’activité est presque à l’arrêt à cause du manque de cette matière première», explique le tisserand. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’œil à l’atelier de tissage. Ici, des métiers à tisser qui, pour la plupart tournaient à plein régime et produisaient des crissements stridents, ont cédé rapidement la place à un silence de cathédrale. Selon Yacouba Diarra, l’embargo de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) a sonné le glas du secteur. En effet, la cargaison contenant des fils à tisser en provenance du Burkina Faso, n’a pas pu être acheminée à Ségou, à cause du blocus imposé à notre pays. Pour les acteurs du secteur, c’était l’unique planche de salut pour reprendre le travail. Aujourd’hui, le quotidien des tisserands s’avère moins rassurant. L’heure est à la déprime et l’activité est plombée par l’atmosphère ambiante. « Mais, fait remarquer notre interlocuteur, les difficultés rencontrées par les artisans ne datent pas d’aujourd’hui ». Yacouba Diarra déplore l’attrait de nos concitoyens pour les produits importés au détriment des produits locaux. Il est nécessaire, selon lui, que les autorités donnent l’exemple. Pour cela, elles doivent être animées de cette fibre patriotique en adoptant une approche globale de promotion de nos étoffes locales. Le tisserand rappelle qu’en 2005, le président de l’Assemblée régionale de Ségou avait exigé que tous les maires de la région s’habillent en pagne tissé. «En ce temps-là, le marché était florissant», se souvient-il. A quelques encablures de là, dans une autre salle, installé sur la banquette du métier à tisser, Ibrahim Konaté ainsi que deux autres tisserands reproduisent les gestes anciens de nos ancêtres. Les cliquetis de la navette jouent une musique qui tranche d’avec l’atmosphère des lieux. Ces cliquetis ne semblent pas déranger Oumou Diallo et Mariam Diarra. Assises à califourchon, les deux femmes enroulaient des fils de chaîne sur plusieurs bobines avec beaucoup d’entrain. Ibrahim Konaté confesse que ce travail lui procure une grande satisfaction et lui permet de subvenir à ses besoins. La barbe grisonnante et une casquette sur la tête, le formateur en tissage, Séga Diallo déplore la cherté du fil à tisser vendu à l’usine COMATEX. Il fait remarquer qu’un paquet de fils à tisser de 900 g, à l’état naturel, coûte 3.000 Fcfa. «Pour faire une chemise, il faut débourser, au moins, 2.000 Fcfa pour l’achat de fils. Sans compter la main d’œuvre du tisserand dont le travail titanesque met le corps à rude épreuve. C’est ce qui explique le coût élevé du tissu traditionnel», précise Séga Diallo. « Des années 90 à nos jours, renchérit-il, le tissu « niaga » a toujours été prisé par la clientèle pour ses motifs d’ondulation. «Généralement, on le met dans le trousseau de mariage. La mère de la mariée achète ce grand boubou vendu à 13.500 Fcfa pour l’offrir à son gendre. Le prix minimum du pagne tissé mesurant 2m de longueur et 1m20 de largeur est de 3.500 Fcfa, selon le motif», fait-il savoir. De nombreux jeunes ont tendance à bouder le métier de tisserand. Le formateur en tissage précise que cette frange de la population, en dernier ressort, préfère se tourner vers les métiers de la métallurgie et de la mécanique. Le tissu traditionnel est destiné aux fervents admirateurs de produits locaux. Selon Soumaïla Sanogo, président de la Conférence régionale des chambres de métiers de Ségou, cette clientèle se fait un peu plus rare. Aujourd’hui, le pagne tissé subit une concurrence féroce. Les pagnes importés et le prêt-à-porter ont colonisé les rayons des magasins et étals de nos marchés. On assiste, aussi, à une arrivée massive de la friperie. Pour Soumaïla Sanogo, cette dernière constitue un handicap au développement de l’artisanat du textile. D’abord, elle détourne les consommateurs des tissus produits par nos valeureux artisans. Ensuite, les carnets de commandes de nos tailleurs s’amenuisent, étant donné que ces vieux habits ne nécessitent aucune réparation. «On ne cesse de le décrier, mais nous ne parvenons pas à résoudre cette problématique», déplore Soumaïla Sanogo. Il est clair que la consommation des produits locaux contribue au développement de l’économie nationale. Or, sur ce point essentiel, le Mali enregistre un retard coupable. Pour que le Mali puisse boxer dans la catégorie des géants du textile, le président de la Conférence régionale des chambres de métiers de Ségou suggère l’augmentation de la capacité de transformation du coton et l’instauration du port du tissu traditionnel dans l’administration. Une forte volonté politique

Cultivateurs et revendeuses de maïs frais : La bonne affaire saisonnière

Par Aminata Dindi SISSOKO Bamako, 9 sept (AMAP) La pluie du lundi dernier a bien arrosé Kalaban Coura et plusieurs autres quartiers du district de Bamako, la capitale malienne. Un vent matinal rafraichit les usagers de la route menant à l’Aéroport international président Modibo Keita-Sénou. Malgré la fraîcheur, des femmes reviennent des champs de maïs dans la zone aéroportuaire. Du Parc des expositions jusqu’au-delà de la direction de la Météo, il y a des champs de maïs à perte de vue. Certaines, portant sur la tête des sacs de 50 kg contenant des épis de maïs frais, semblaient à bout de souffle. D’autres, avec leur bébé au dos, portaient aussi sur la tête de vieux draps remplis de maïs. Les moins téméraires sont assises sur des sacs de maïs, en attendant l’arrivée des conducteurs de tricycles pour les transporter. Mah Diarra, se décharge de son fardeau, arrivée à quelques mètres de «la porte d’entrée de Bamako», en venant de l’aéroport. «Mon chemin s’arrête ici. Les autres continuent. Certaines viennent de Kalabancoro, de Dialacorobougou, de Diélibougou. D’autres habitent Kalaban Coura. Nous revenons des champs de maïs situés juste derrière. Tu vois les pieds de maïs ? C’est là que nous nous ravitaillons, chaque jour, en maïs pour ensuite les revendre au détail. Je fais des affaires au bord de cette route», explique la vendeuse sur un ton courtois. Sans hésiter, elle se propose de nous conduire au champ de maïs et couvre sa marchandise avec un vieux pagne. Nous empruntons une voie boueuse. Le véhicule patine. Comme pour détendre l’atmosphère et nous mettre à l’aise, Mah explique qu’elle fréquente quotidiennement ce chemin depuis le début de la récolte de maïs. «Très tôt le matin, nous nous regroupons pour aller nous ravitailler», ajoute-t-elle. Le temps passe vite. Nous voilà dans le champ de Abdou Kadr Coulibaly. Le cultivateur émerge d’une touffe de pieds de maïs et nous accueille cordialement. « Il fait partie des propriétaires de champs de maïs les plus heureux en cette période. Son champ ne désemplit pas de clientes », commente un jeune homme. Abdou Kadr Coulibaly confirme. « Je suis cultivateur. Cela fait plus de 10 ans que je cultive le maïs. Les femmes sont mes clientes. Quand le produit arrive à maturité, je les reçois tous les jours », ajoute le paysan. En effet, les revendeuses de maïs viennent ici depuis 7 heures du matin. L’affluence peut continuer jusqu’à 10 heures. Dans l’exploitation de Abdou Kadr Coulibaly, la moisson a débuté une semaine après la fête de Tabaski. « Je laisse aux femmes le soin de récolter le maïs, ensuite nous faisons le décompte», explique l’exploitant. Sur une superficie d’environ un hectare, il peut vendre entre 50.000 et 100. 000 Fcfa par jour jusqu’à la fin de la récolte. Le champ de mais de Zoumana Mariko est voisin de celui de Coulibaly. « Il sera là dans peu de temps. Comme l’état de la route est mauvais, il transporte les sacs de maïs de ses clientes sur sa moto pour les déposer au bord de la route. Ils sont ensuite acheminés à destination à bord des motos tricycles», explique une dame, rencontrée sur les lieux. Quelques minutes plus tard, Mariko revient nous rejoindre. Cette année, il dit avoir cultivé deux hectares qui lui rapportent entre 150.000 et 200.000 Fcfa par jour. Celui qui exerce ce travail depuis sept ans se plaint de problèmes d’équipements agricoles et d’espace cultivable. ÉTUDIANTE VENDEUSE – A peine nous terminons les échanges avec Mariko, Fanta Diallo sort du champ. La frêle dame tire un sac de maïs de 50 kg fraichement cueillis. Etudiante à la Faculté des sciences économiques et de gestion de Bamako, elle vend du maïs au quartier Bacodjicoroni-Golf. Profitant de l’arrêt des cours, il se fait un peu d’argent. «Il faut transpirer pour avoir de l’argent», estime la jeune dame. Pour ce faire, elle se réveille tôt le matin, chaque jour, pour faire ses travaux ménagers, avant de mettre le cap sur les champs de maïs. Grâce au revenu tiré de cette activité, elle complète l’argent de la popote. «En plus, j’arrive à subvenir à mes petits besoins. J’achète entre 6.000 à 7.500 Fcfa de maïs par jour pour un bénéfice journalier variant entre 3.500 et 4.000 Fcfa. En effet, je grille le maïs pour le vendre à 100 Fcfa. Je propose aussi aux clients des maïs frais à 500 Fcfa par tas», ajoute la jeune mère. Après un temps de respiration, elle charge la marchandise sur sa moto. Direction le quartier Golf où l’attendent des clients. Pendant ce temps, Mariam Samaké attache solidement son sac de maïs frais à l’aide d’une corde. Elle vient de récolter une importante quantité pour un montant estimé à 15.000 Fcfa. Mariko a déjà déposé un sac au bord de la route principale. «Je viens de Kalaban coro. Ce commerce m’aide à joindre les deux bouts. Mon mari travaille. J’essaie de l’aider dans ses dépenses, en menant cette activité», explique-t-elle, soulignant qu’elle peut faire un bénéfice journalier de 5.000 Fcfa ou plus. Ainsi qu’elles revendent du maïs frais ou grillé, en cette saison, ces braves dames tirent leur épingle du jeu. Les propriétaires de champs, chez qui elles s’approvisionnent, se frottent, également, les mains PRODUCTION INTERIEURE – Les champs situés sur la route de l’aéroport ne sont pas les seuls fournisseurs de Bamako en maïs frais. A Missala comme à Gouana, plusieurs propriétaires de champs se frottent les mains en cette période. Sur la route appelée «Pont de Moussa Mara», il n’est pas rare de rencontrer des charretiers chargés de maïs frais en direction de Kalaban et autres quartiers de Bamako. Mariam et Fatoumata suivent une charrette en marchant. «Nous revenons de notre champ. Nous vendons la moitié du chargement en cours de route. Les gens aiment le maïs fraichement cueilli », indique Fatoumata. « Ces propriétaires de champs ne peuvent pas servir tout Bamako », analyse Mariama Sidibé, vendeuse de maïs frais à Ouolofobougou. «Bamako est également servi par Bougouni. Chaque matin, des véhicules déchargent

Hôtel de l’Amitié : Sit-in contre le licenciement de 76 employés

Bamako, 3 sept (AMAP) Une partie du personnel du Sofitel Hôtel de l’Amitié a tenu, mardi, un sit-in devant l’établissement hôtelier, pour protester contre le licenciement de 76 employés pour motif économique par la société tunisienne «Granada» gérante de la structure. Les employés ont, à cet effet, bloqué les différentes entrées et sorties de l’hôtel à l’aide de barricades et de leurs motos. Ils estiment n’avoir pas été avisés, et espéraient reprendre le service après des mois de chômage technique dus à la Covid-19. Contre toute attente, ils ont été invités à signer un acte de résiliation de contrat. A l’entrée, deux listes étaient soumises aux employés qui devraient signer. La première liste concernait les employés autorisés à prendre le travail et l’autre était destinée à ceux qui doivent être remerciés. «Au début, 76 employés de l’hôtel étaient sur la liste de licenciement. Nous constatons autre chose ce matin. Ils nous ont présenté deux listes : celle de ceux qui peuvent entrer pour travailler et la liste de licenciement que les intéressés doivent signer. Les agents n’ont pas été avisés», a déploré le secrétaire général adjoint du Comité syndical de l’hôtel de l’Amitié, Dr Aboubacar Diarra. Pour celui qui se présente comme membre du Bureau exécutif de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), certains travailleurs qui étaient sur l’ancienne fiche de congédiement ont été autorisés à reprendre le travail. D’autres n’y figuraient pas mais ont été surpris de constater qu’ils doivent être limogés. «Ces licenciements ne sont pas du tout fondés, parce que nous constatons que l’hôtel marche », explique le syndicaliste. L’administration de l’hôtel n’a souhaité répondre. Toutefois, un agent de police du Commissariat du 3è arrondissement faisait office d’intermédiaire entre le personnel et la direction générale. Le policier est ressorti avec une lettre de licenciement dument validée par la Direction régionale du travail du District de Bamako. Le tourisme fait partie des secteurs d’activités les plus touchés par la maladie à coronavirus, à cause notamment de la fermeture des frontières. Pour y faire, la direction générale de l’hôtel de l’Amitié a mis, au début du mois d’avril, 102 de ses employés en chômage technique. Pour montrer leur indignation face au non respect de la procédure utilisée en cette occasion, le Comité syndical de l’hôtel avait organisé un sit-in. En réponse à cette situation, la Direction régionale du travail du district de Bamako (DRT-DB) avait adressé une lettre au directeur général de l’hôtel de l’Amitié, en date du 30 mars 2020. La lettre précisait que cette décision de mise en chômage technique intervient en raison de l’annulation de l’ensemble de la réservation et de l’arrêt partiel du travail de l’hôtel de l’Amitié suite à la pandémie de Covid-19. Pour minimiser l’impact de la crise sanitaire sur les entreprises et éviter les licenciements massifs de travailleurs dans les secteurs affectés par cette crise, le gouvernement d’alors avait pris des mesures fiscales comme l’exonération de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les consommations sur les facteurs d’eau et d’électricité effectuées au cours des mois d’avril et mai 2020. Il y a eu aussi des remises d’impôts, au cas par cas, et secteur par secteur, entre autres, la renonciation à la perception du produit de la Contribution forfaitaire à la charge des employeurs (CFE) et de la Taxe-logement (TL) auprès des entreprises du secteur privé pour les mois d’avril 2020 à décembre 2020 inclus. BBC/MD (AMAP)

Gao : Les fruits et légumes frais sont rares et chers suite à l’embargo de la CEDEAO

Abdourhamane TOURE AMAP-Gao Gao, 3 sept (AMAP) La fermeture de la frontière entre le Mali-Niger, suite à l’embargo de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur notre pays, après le coup d’Etat du 18 août 2020, a affecté la ville de Gao dans son approvisionnement en fruits et légumes frais. Ces produits sont devenus rares ou coûtent très chers dans la Cité des Askia. Mme Traoré Ami est vendeuse des fruit et légumes frais au marché Damien Boiteux de Gao. Selon elle, l’embargo porte préjudice aux vendeuses de condiments. « Avec la fermeture de la frontière du Niger, nous manquons de produits. C’est à partir du Niger que nous (vendeuses de condiments) ravitaillons la ville de Gao en fruits et en légumes (oranges, banane, pomme de terre, igname et oignons) et même les œufs », dit Mme Traoré. « L’acheminement des marchandises du Niger vers Gao prend une journée. Tandis que les marchandises qui viennent de Sikasso (dans le Sud du Mali) et de Bamako, la capitale, peuvent faire une semaine voire deux, à cause de l’état de la route. Même si nos bénéfices sur les produits du Niger sont peu, nous les préférons à ceux de chez nous parce que leur acheminement est rapide », analyse Ami. Mme Traoré Bintou Maiga est, aussi, vendeuse de fruits et légumes que nous avons retrouvée devant son étal sans produits. Elle précise que depuis l’annonce de l’embargo, les marchandises en provenance du Niger n’arrivent plus, ajoutant qu’elle est restée sans activité, au point d’entamer ses économies. La présidente de l’Association des femmes vendeuses de fruits et légumes au marché Damien Boiteux de Gao, Mme Maiga Aminatou Samba, témoigne : « le premier jour de l’embargo a coïncidé avec l’embarquement de nos marchandises composées de fruits et de légumes, au Niger, en direction de Gao. Les marchandises sont restées longtemps à la frontière nigérienne dans les camions avant d’être transférées par pinasses à la frontière malienne ». Tous les produits ont pourri à cause du temps d’attente des camions à la frontière du Niger. Résultats ? Les clients ne trouvent plus de fruits ou de légumes frais de leur choix. Selon notre interlocutrice, un premier embargo handicapait déjà Gao : l’état désastreux des routes de ravitaillement par la Région de Sikasso auquel vient s’ajouter l’embargo de la CEDEAO. « Ce deuxième embargo imposé au Mali ne fragilise pas que notre pays. Il touche aussi les autres pays de la sous région et même l’Occident, parce que des commerçants maliens font la navette entre notre pays et les autres continents », dit Mme Maiga. Le technicien en industrie et mines à la retraite, Mahamane Maiga, pense, pour sa part, que l’embargo de l’organisation sous régionale a enfoncé notre pays sur tous les plans, en particulier sur celui du développement. Issoufa Maiga est chef de la voirie à la municipalité de Gao. Il soutient que la Région de Gao sent l’embargo parce que, selon lui, le prix du carburant a connu une augmentation, en même que le prix des denrées alimentaires et, aussi, à travers la réduction de la circulation des personnes vers le Niger. Le chauffeur Alassane Touré estime que la CEDEAO veut punir la population malienne et non les meneurs du coup d’Etat. Mme Touré Alfadilatou Maiga, agent du gouvernorat de Gao, précise que la ville de Gao ne consomme que des produits en provenance du Niger. Il s’agit de la volaille, de la patate douce, des légumes et des fruits. « Hier, je suis partie au marché à la recherche de poulets de chair. A ma grande surprise, aucun produit en provenance du Niger ne se trouve sur le marché de Gao. Et même si on en trouve, c’est cher. Par exemple, la pomme de terre de Niamey que j’ai l’habitude d’acheter à 500 Fcfa le kilogramme, coûte 1.250 Fcfa et le kilogramme d’oignons, qui se vendait à 200 Fcfa, est cédé à 900 Fcfa pour la même quantité », se plaint Mme Touré. Pour l’agent d’assurance, Harouna, tous les problèmes de la ville de Gao ont pour cause la fermeture de la frontière du Mali avec l’Algérie et le manque de routes avec le Sud du pays. « Sinon, on s’en moque de l’embargo de la CEDEAO ! » lance-t-il, par dépit. Selon lui, la Région de Sikasso peut ravitailler Gao en céréales, fruits, légumes, en grande quantité. L’Algérie peut en faire autant. « Si l’Etat malien règle le problème de la fermeture de la frontière algérienne, les populations de Gao et du Mali auront tous les produits moins chers », pense notre interlocuteur. Le 2ème adjoint au maire de la Commune urbaine de Gao pense que « l’embargo va faire très mal à la population de Gao parce que la ville ne vit que des produits qui viennent de l’extérieur et du Sud de notre pays » « Il n’y a pas de routes qui relient la Région de Gao au Sud. Donc, nos seuls points de ravitaillement en produits de première nécessité restent le Niger et l’Algérie », soutient-il. Pour lui, le Mali ne peut pas échapper aux sanctions de la CEDEAO parce que le Mali fait partie de cette organisation sous régionale, tout comme il est membre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ou encore de l’Union africaine (UA) dont il a signé les Chartes qui condamnent les coups d’Etat. « Pour soulager les souffrances de nos populations, il faut écourter la transition’, tranche-t-il. AT/MD (AMAP)

Marché du poisson : Les temps sont durs pour les vendeurs

Par Makan SISSOKO Bamako, 2 sept (AMAP) Le marché des poissons au Mali a pris un coup dur depuis le début des crises sociale, économique et sanitaire qui secouent le pays. Cette morosité du marché est due en grande partie à la crise sanitaire qui affecte directement le panier de la ménagère. La montée des eaux de nos fleuves (Niger et Sénégal), due à la saison des pluies, ne semble rien arranger à la situation, car les poisons locaux se font désirer. Comme conséquence, les poissons importés des pays voisins comme le Sénégal, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire ont la côte sur nos marchés. Leurs prix restent stables (600 à 900 Fcfa le kilo). En dépit de cette disponibilité en quantité suffisante, les clients ne semblent pas se bousculer devant les étals, magasins et boutiques de vente en gros et de détail comme le confirment de nombreux vendeurs et revendeurs de poissons. Rencontrés dans différents marchés de la capitale, ils s’accordent tous à dire que cette mévente est liée à la situation économique difficile que traverse le pays. Le marché de Médina-coura, communément appelé «Sougouni coura», est l’un des plus fréquentés par les Bamakois. Ils viennent généralement s’approvisionner en légumes, fruits et surtout en poissons frais. Ces produits proviennent de l’intérieur du pays. Ils sont aussi importés des pays voisins comme le Sénégal, la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Maroc et la Chine. Korotoumou Dienta est grossiste dans ce marché. Assise devant un conteneur rempli de poissons prêts pour la vente, la quadragénaire se plaint de la rareté des clients. Le marché des poissons n’est plus florissant depuis l’avènement de la Covid-19, argumente la commerçante. Pour qui, cette pandémie a freiné l’activité des vendeurs de poissons, mettant plusieurs d’entre eux en chômage technique. Les poissons pêchés dans nos fleuves sont de plus en plus rares sur le marché à cause de l’hivernage. Car, en cette période, explique la vendeuse Korotoumou, «nous assistons à la montée du niveau d’eau dans le fleuve grâce aux eaux de pluies». « Par contre, dit-elle, les poissons importés dominent le marché et les prix n’ont pas flambé cette année ». « Toutefois, les clients se plaignent de la conjoncture économique actuelle du pays », déplore Korotoumou Dienta. D’où la mévente. «Les revendeurs détaillants de poissons, qui viennent s’approvisionner auprès de nous, n’arrivent plus à écouler rapidement leur marchandise. Souvent, nous conservons les poissons dans les frigos pendant longtemps et cela est une énorme perte», explique Korotoumou. En ce qui concerne la faible affluence de la clientèle, la crise sanitaire a plombé les affaires, selon notre interlocutrice. « Le panier de la ménagère pèse de moins en moins lourd », ajoute-t-elle, tout en précisant que la bourse des ménages s’est effondrée. «Les autorités doivent penser à nous soutenir financièrement pour pouvoir relancer nos activités et sortir de cette impasse », plaide Korotoumou. En la matière, les statistiques suffisent pour constater la baisse drastique des recettes quotidiennes des vendeurs de poissons. «Je vends les poissons du fleuve et ceux de la mer. Autrefois, ma recette était entre 75.000 à 100.000 Fcfa par jour. Aujourd’hui, je ne dépasse pas 22.000 Fcfa par jour. Parfois, je ne gagne absolument rien», regrette Korotoumou Dienta. LONGUE CONSERVATION – Le marché du poisson est également menacé par l’insécurité permanente dans le pays, fait savoir la vendeuse. Elle se rappelle, à cet effet, de l’attaque d’un camion-remorque chargé de poissons, en provenance de Gao. Les poissons pêchés localement viennent notamment des régions du Nord et du Centre du Mali, en direction de la capitale pour y être écoulés à des prix exorbitants. « Des assaillants se sont emparés du véhicule et de son contenu. Ils restent encore introuvables », explique Korotoumou. Au marché aux poissons «Les Halles de Bamako» à Faladié en Commune VI du District de Bamako, Rokia Dao est marchande de poissons de mer. Elle confirme que le prix du poisson n’a pas augmenté, mais que le marché est morose. «Nos clients qui venaient acheter des poissons en gros, se plaignent actuellement de la pauvreté. Beaucoup d’entre eux confient être en chômage technique à cause de la crise sanitaire. Nous sommes obligés de conserver les poissons dans les congélateurs pendant plus de dix jours», détaille Rokia Dao, comme pour dire que les conséquences auraient pu être catastrophiques sans cette possibilité. Le marché aux poissons « était florissant avant l’apparition, en mars dernier, de la maladie à coronavirus dans notre pays », se rappelle Rokia. A l’en croire, la fermeture des frontières, imposée à cet effet par les états de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), suite au changement de régime, a entraîné une hausse du prix à l’importation des poissons. Les prix appliqués aux consommateurs varient entre 600 à 900 Fcfa le kilo pour les poissons de mer importés et 1.300 à 1.400 Fcfa pour les poissons d’eau douce. Rencontrée au marché de Kalaban coura, en Commune V, la ménagère Fatoumata Keïta informe que le prix du kilo du poisson importé a connu une légère hausse de 100 Fcfa en cette période de l’année. « Elle aime préparer les plats avec le poisson qui, argumente-t-elle, donne une saveur particulière à la sauce, surtout les poissons importés du Sénégal ». MS/MD (AMAP)

Marché de la cola : Des soucis d’approvisionnement

Par Amadou GUÉGUÉRÉ & Babba B. COULIBALY Bamako, 01 sept (AMAP) Depuis quelques jours, le prix de la noix de cola a grimpé dans un contexte marqué par l’embargo imposé au Mali par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), suite à la démission de l’ancien président Ibrahim Boubacar Kéita. A ce propos, les avis et analyses des vendeurs de ce fruit aux vertus multiples, rencontrés lundi, à Bamako, divergent selon les différents espaces de vente. A «Worokourou» (marche de colas), au Grand marché, le président des vendeurs de cola estime que la pénurie, ces derniers temps, s’explique par deux raisons. «La première raison est la faible production au niveau des pays d’approvisionnement. La seconde s’explique par l’embargo. Ils ont dit que les frontières sont fermées, les fournisseurs ont eu peur d’envoyer la marchandise. Après, ils ont appris que les produits alimentaires ne font pas partie des produits soumis à la sanction», détaille Mamadou Traoré qui ajoute que cette difficulté a eu peu d’impact sur le prix de la noix cola. Les tarifs varient en fonction de la qualité et de la disponibilité. «Nous avons beaucoup de types de cola. Aujourd’hui, le prix du panier varie entre 52.500 et 55.750 Fcfa, selon la qualité. Souvent cédée à 42.500 Fcfa, la même quantité peut valoir 100.000 Fcfa», explique le patron des vendeurs de cola de «Worokuru». «Hamdallaye Worokuru», est l’un des plus grands marchés de vente de noix de cola à Bamako. Ici, les marchands de cola, comme ceux des autres marchés, s’approvisionnent à partir de la Côte d’Ivoire et de la Guinée. Président des vendeurs de cola au niveau de ce marché, Bourama Sangaré reconnaît que le marché de cola est peu attrayant depuis quelques mois, précisant que les prix n’ont pas changé. « La noix de cola est accessible s’il est abondant sur le marché, surtout en période de récolte. Passée cette période, les prix grimpent à cause de la réduction de la production », estime le vendeur. «Actuellement, l’importation de la cola se fait comme d’habitude. L’embargo n’a apporté aucun changement négatif sur le marché de cola», insiste le septuagénaire. Qui estime que nos dirigeants doivent faciliter le dédouanement. Surtout au niveau de Zégoua où les marchandises trainent, selon lui, à cause du scanning. Pour Massiri Keita, vendeur de cola au même marché, le fruit est disponible en abondance. «Nous avons accueilli deux véhicules chargés de noix de colas, il y a deux à trois jours. Quand le produit manque, les prix augmentent. Mais la différence de tarif excède rarement 2.500 Fcfa. Depuis l’arrivée des commandes, les prix sont revenus à la normale et commencent à partir de 50.000 Fcfa le panier», précise-t-il. Pénurie ou pas, la noix de cola est utilisée en bien de circonstances au Mali. Toutefois, traditionnalistes et religieux sont unanimes que son usage en ces occasions n’est pas obligatoire. «La cola a toujours existé dans tous ce que nos parents font : démarches de mariage, baptêmes et décès, etc», rappelle le vice-président du Réseau des communicateurs traditionnels du Mali (RECOTRAD). Pour Amadou Dagamaïssa, la rareté et la cherté ces dernières années de ce produit symbolique a amené les gens à utiliser les dattes et les bonbons lors des cérémonies de mariages, baptême ou de décès. «S’il y a une crise de cola, on peut utiliser les dattes. Pour la bonne compréhension, il appartient aux communicateurs traditionnels (les intermédiaires) d’expliquer que ce changement est dû à l’embargo que le pays subit ou autre», propose le griot. Qui précise que la noix de cola est symbolique, mais pas obligatoire dans la célébration de mariage ou de baptême. Selon l’imam Seydi Malick Diallo de la mosquée de Garantiguibougou 300 logements, la noix de cola fait partie de nos traditions non interdite par la religion musulmane. En cas de rupture, on peut utiliser des dattes ou des bonbons, comme cela est, d’ailleurs, de plus en plus fréquent lors de nos cérémonies de mariage et de baptême, estime le religieux. AG/BC/MD (AMAP)  

Office du Niger : Évaluation de la campagne agricole

Par Mamadou SY AMAP-Ségou  Ségou, 31 août (AMAP) Les objectifs de la campagne 2020-2021, issus du contrat-plan État-Office du Niger-Exploitants agricoles, sont de 896.935 tonnes de riz paddy, 392.423 tonnes de produits maraîchers et 81.796 tonnes de produits de diversification, a appris l’AMAP, lors de la 3è session ordinaire du Comité de suivi du contrat-plan, tenue, vendredi, à Ségou (Centre) Au cours de cette session, les membres du comité de suivi du contrat-plan État-Office du Niger-Exploitants agricoles, ont examiné et adopté le procès-verbal de la 2è session, fait le point d’exécution des recommandations issues de la précédente session et les réalisations faites par les parties durant le 1er semestre 2020, à travers l’examen du rapport de suivi de l’exécution des engagements du contrat-plan 2019-2020. A l’ouverture des travaux, le président directeur général de l’Office du Niger, Abdel Karim Konaté, a rappelé que la campagne agricole 2019-2020 s’est déroulée dans des conditions satisfaisantes quant à la fourniture de l’eau aux exploitants agricoles, pendant la saison d’hivernage. « Cependant, a-t-il poursuivi, force est de noter que certaines difficultés majeures ont été rencontrées dans le déroulement normal de ladite campagne ». Abdel Karim Konaté a, entre autres, cité l’insécurité persistante dans les zones d’intervention occasionnant l’arrêt momentané des chantiers, la non mise à disposition des engrais subventionnés, le sous-équipement et l’insuffisance de la main d’œuvre engendrant un léger retard dans la mise en valeur, l’envahissement de certains réseaux par les végétaux flottants et les actes de vandalisme sur les réseaux d’irrigation par certains exploitants. « Malgré toutes ces difficultés, la production végétale de cette campagne affiche des résultats positifs », a assuré le PDG de l’Office du Niger. « En riziculture, a-t-il indiqué, sur une prévision de 873.773, 73 tonnes de riz paddy, 808.102, 49 tonnes ont été obtenues, soit une réalisation de 92, 48% des prévisions de la campagne ». En maraîchage, pour toutes spéculations confondues, 325.386 tonnes ont été produites et 72.854 tonnes en diversification de cultures, pour toutes spéculations confondues. S’exprimant sur la campagne agricole 2020-2021, M. Konaté a indiqué qu’elle a démarré dans un contexte marqué par une intensification des travaux d’entretien permettant ainsi une fourniture correcte de l’eau d’irrigation aux exploitants agricoles. Il a souligné la pertinence de la mise en œuvre de ce contrat-plan quinquennal qui va permettre de renforcer la contribution de l’Office du Niger à l’atteinte de la sécurité alimentaire et à la lutte contre la pauvreté par une croissance économique accrue. Le PDG de l’Office du Niger a, également, précisé que l’atteinte des différents objectifs assignés dans le contrat-plan 2019-2023 dépendra de l’engagement des différents parties signataires dans sa mise en œuvre, la réalisation des aménagements et les réhabilitations prévues, la facilité d’accès aux exploitants agricoles aux moyens de production. S’y ajoutent le respect du calendrier agricole et l’application des techniques améliorées de production. Pour le président du comité de suivi du contrat-plan État-Office du Niger-Exploitants agricoles, , Joël Togo, conseiller technique au ministère de l’Économie et des Finances, les sessions constituent des moments privilégiés d’échanges entre les parties pour évaluer le niveau de mise en œuvre des engagements pris en faveur du développement de la zone Office du Niger. «A la lecture du dossier soumis à notre appréciation, nous avons noté que le semestre évalué a été essentiellement marqué par les faits suivants : la mobilisation de la dotation budgétaire de l’État a été de 1, 976 milliard de Fcfa sur un montant de 4,750 milliards de Fcfa, soit un taux de 41, 60%. Au 30 juin 2020, le montant recouvré était de 6.441.597.876 de Fcfa, soit un taux de 92,19%. En prenant les paiements des sociétés sucrières, le montant global recouvré a été de 6.672.585.876 Fcfa», a détaillé M. Joël Togo. Pour ce qui est de la réhabilitation, il a indiqué que les procédures de passation du marché des travaux sont en cours, Ce qui conduira à la réhabilitation de 700 ha dans la zone de Kolongo. Le conseiller technique du ministère de l’Economie et des Finances a souligné que les travaux de cadastrage des parcelles aménagées sont en cours sur 3.900 ha de Molodo Nord. «Pour l’immatriculation des terres, le processus est en cours pour le choix d’un prestataire pour la réalisation des travaux d’immatriculation de 18.907 ha dans le système du Macina, 21.000 ha dans le système du Kareri et 6.438 ha dans le système du Kala supérieur soit un total de 46.345 ha», a annoncé le président du comité, avant d’adresser ses vifs remerciements à tous les acteurs qui œuvrent pour le développement harmonieux de la zone Office du Niger. MS/MD (AMAP)

Banque africaine de développement : Dr Akinwumi A. Adesina réélu président

Bamako, 28 août (AMAP) Le président sortant, Dr Akinwumi A. Adesina, a été réélu, jeudi, par le Conseil des gouverneurs pour un second mandat de cinq ans à la présidence du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD). L’élection a eu lieu au dernier jour des 55è Assemblées annuelles du Groupe de la Banque, tenues par visioconférence, pour la première fois, depuis la création de l’institution en 1964. Economiste du développement de renommée mondiale et lauréat du Prix mondial de l’alimentation et du Prix SunHak pour la paix, Dr Adesina s’est distingué en menant un programme audacieux visant à réformer la BAD et à accélérer le développement de l’Afrique. Il a été élu, pour la première fois, à la présidence de la Banque, le 28 mai 2015. Le résultat de la réélection, qui lui a permis d’obtenir 100% des votes de tous les membres régionaux et non régionaux de la Banque, a été annoncé par la présidente du Conseil des gouverneurs de la Banque, Mme Nialé Kaba, ministre du Plan et du Développement de Côte d’Ivoire. La première institution de financement du développement en Afrique compte 54 pays membres régionaux et 27 pays membres non régionaux. Une unanimité réaffirmée qui n’a pas laissé le nouveau président indifférent. «Je suis profondément reconnaissant pour la confiance collective placée en moi, la confiance et le soutien fermes de nos actionnaires qui m’ont élu pour un second mandat à la présidence de la Banque. Il s’agit là d’un nouvel appel à un service désintéressé pour l’Afrique et la Banque africaine de développement, auquel je me consacrerai avec passion», a déclaré Dr Adesina. Il compte, pour la construction «d’une Afrique plus développée et un Groupe de la Banque africaine de développement beaucoup plus fort et plus résistant, s’appuyer «sur les solides bases du succès enregistré au cours des cinq dernières années, tout en renforçant davantage l’institution, pour une plus grande efficacité et un plus grand impact». Une réussite quinquennale qu’il doit à ses cinq priorités de développement connues sous l’appellation « High 5 » : éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie, nourrir l’Afrique, industrialiser l’Afrique, intégrer l’Afrique et améliorer la qualité de vie des populations africaines. Au cours de son premier mandat, la Banque a obtenu des résultats qui ont amélioré la vie de 335 millions d’Africains. Ainsi 18 millions de personnes ont eu accès à l’électricité, 141 millions de personnes ont bénéficié de technologies agricoles améliorées au titre de la sécurité alimentaire, 15 millions de personnes ont eu accès à des financements provenant d’investissements privés, 101 millions de personnes ont bénéficié de transports améliorés et 60 millions de personnes ont eu accès à l’eau et à l’assainissement. La BAD a également conservé, sous son règne, sa note AAA attribuée par toutes les grandes agences mondiales de notation pendant cinq années consécutives. Le Conseil des gouverneurs du Groupe de la Banque a approuvé une augmentation de 125% du capital général de la Banque. Le faisant passer de 93 milliards de dollars (plus de 51.150 milliards de Fcfa) à 208 milliards de dollars (environ 114.400 milliards de Fcfa), soit l’augmentation la plus importante jamais enregistrée dans l’histoire de la Banque. Sous son leadership, le Fonds africain de développement (FAD) a reçu des annonces de contribution d’un montant de 7,6 milliards de dollars (plus de 4.180 milliards de Fcfa) de la part des donateurs, soit une hausse de 32 %, pour soutenir les pays à faible revenu et les États fragiles. La Banque a été classée quatrième institution la plus transparente au monde par Publiez ce que vous financez. Une certification qui renforce ses solides références en matière de gouvernance, de transparence et de responsabilité. Sous la direction du président Adesina, le Conseil d’administration de la BAD a approuvé une facilité de 10 milliards de dollars (5.500 milliards de Fcfa) pour aider les pays africains à faire face à la pandémie de Covid-19. La Banque a également procédé au lancement sur les marchés mondiaux des capitaux d’un emprunt obligataire social Covid-19 de 3 milliards de dollars (environ 1.650 milliards de Fcfa). Cet emprunt obligataire social libellé en dollars américains et coté à la Bourse de Londres, à la Bourse de Luxembourg et au Nasdaq, est le plus élevé jamais lancé dans le monde. CMT/MD (AMAP)

Embargo de la CEDEAO sur le Mali : Quels impacts sur l’économie ?

Par Cheick M. TRAORE Bamako, 25 août (AMAP) La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a décidé, mardi 18 août, de la fermeture de toutes les frontières terrestres, aériennes et maritimes de ses pays membres avec le Mali. L’organisation sous régionale a, également, suspendu toutes les relations économiques, financières et commerciales avec le Mali. Cela, pour exiger la libération immédiate de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta et de son Premier ministre et le retour à l’ordre constitutionnel. En application de cette décision, le gouvernement ivoirien a instruit la fermeture de ses frontières terrestres et aériennes avec le Mali, à compter du mardi 18 août, jusqu’à nouvel ordre. Ces décisions des autorités ivoiriennes ne sont pas sans conséquences sur notre économie et nos populations qui souffrent le martyre à cause des crises qui nous accablent. «Si l’embargo de la CEDEAO perdurait, amplifié par d’éventuelles sanctions de la communauté internationale, ce sera dramatique pour un pays enclavé comme le Mali», prévient l’économiste et spécialiste en analyse stratégique, Cheickna Bounajim Cissé. Pour cause, 90% des produits manufacturés qui sont consommés au Mali sont importés, argumente l’économiste. En la matière, le corridor ivoirien est stratégique puisque prépondérant. La Côte d’Ivoire représente près de 40% du PIB de l’UEMOA, ajoute le conseiller du directeur général de la Banque internationale pour le Mali (BIM SA).  ALLEGEMENT DES MESURES –« Les conséquences induites par la suspension des flux financiers pourraient être catastrophiques pour une économie malienne faible et extravertie », analyse l’expert. Pour lui, le système financier local risque de prendre un grand coup qui pourrait lui être «très préjudiciable». Aussi, les transferts des Maliens de l’extérieur vers leur pays pourront ralentir considérablement même si, de façon transitoire, le «marché noir» pourrait prendre le relais avec tous les risques y afférents, selon notre interlocuteur. Pour lui, la question essentielle est de savoir combien de temps notre pays pourrait tenir l’embargo. «Et même après sa levée, les plaies économiques et financières mettront du temps à cicatriser. On a vu après les événements de 2012, l’économie malienne est tombée en récession et huit ans après elle n’avait toujours pas redémarré», rappelle Cheickna Bounajim Cissé. Heureusement, le sommet des chefs d’Etat, par visioconférence, jeudi dernidr, a soustrait du champ de l’embargo les denrées de première nécessité, le carburant, l’électricité, les médicaments. Des produits dont la pénurie impacterait directement la vie des populations. En plaidant pour l’allègement des mesures de sanction pour cause «humanitaire», le président sénégalais, Macky Sall, semble avoir pris la mesure des enjeux socioéconomiques et commerciaux pour son pays et pour les autres Etats membres de la CEDEAO frontaliers du Mali. Surtout dans un contexte marqué par la crise sanitaire qui a déjà plombé nos économies.  45% DES EXPORTATIONS– Le journal sénégalais, ‘Le Soleil’, souligne en effet que le Mali est, de part sa position stratégique, incontournable «dans l’expédition des marchandises sénégalaises au sein de l’espace de l’Uemoa». Les exportations du Sénégal vers l’Union sont estimées à 38,6 milliards de Fcfa au mois de juin 2020, contre 30,9 milliards de Fcfa au mois de mai, soit une hausse de 7,7 milliards, selon la dernière note de conjoncture de la Direction sénégalaise de la prévision et des études économiques. Elles ont représenté 24,7 % de la valeur totale des exportations de marchandises du Sénégal durant le mois de juin 2020. «La part des produits acheminés vers le Mali, principale destination des exportations du Sénégal dans l’Union, est passée de 48,0% à 45,7% sur la période», soulignent nos confrères. Qui ajoutent que le ciment reste le principal produit exporté vers le Mali avec une part évaluée à 28,6% en juin 2020, contre 29,1% le mois précédent. A analyser de très près, l’impact est presque similaire sur la Côte d’Ivoire, également partenaire de premier plan du Mali en matière d’échange économique et commercial. Le port d’Abidjan tente, sans succès, de recouvrer sa place de premier associé des opérateurs économiques. Place qu’il a perdue au profit de celui de Dakar, suite à la crise ivoirienne. Donc, ces mesures gripperont toute la chaîne de fourniture, de commerce et d’industrie du corridor Abidjan-Bamako. En conséquence, le prix du kg de la viande risque de prendre l’ascenseur dans nos pays voisins. Le Mali étant leur principal fournisseur en bétail. Le Syndicat des vendeurs de bétail a demandé à ses militants de respecter scrupuleusement la décision relative à la fermeture des frontières. Les sanctions économiques annoncées par l’organisation intergouvernementale sont donc à double tranchant. Elles affecteront aussi nos voisins avec les liens commerciaux sont très étroits SONNETTE D’ALARME– D’autres analyses estiment que l’impact serait dérisoire pour le Mali. Par contre, en fermant ses frontières, la CEDEAO fait du mal à ses Etats membres qui partagent des frontières avec notre pays, précisent ces experts. Pour ceux-ci, le Mali est déjà immunisé contre les embargos. Cela, grâce de sa situation géographique stratégique et l’adaptation progressive de son économie à ces situations exceptionnelles. Ils citent en exemple le fait que toutes les marchandises qui viennent de la Chine, du Golf, passent par le Mali pour approvisionner ces pays. Les opérateurs économiques maliens ont privilégié, dans leurs relations économiques et commerciales, la Chine, les pays du Golf, l’Inde, le Pakistan, etc. Notre pays peut, à les en croire, se faire facilement ravitailler par ces pays à partir de l’Algérie, frontalière du Maroc, de la Tunisie et de la Libye… Un constat aussi évident que des villages situés le long de la frontière entre le Mali et le Niger ont déjà commencé à tirer la sonnette d’alarme. Pour cause de pénurie de denrées de premières nécessités fournies à eux par le Mali. Qu’à cela ne tiennent ! Les nouvelles autorités qui mesurent certainement la gravité de la situation, prendront sûrement les contacts utiles pour demander à l’organisation intergouvernementale de desserrer rapidement l’étau des sanctions pour le bien de toute la communauté ouest-africaine. Les dernières discussions entre le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) et la mission de la CEDEAO vont dans le bon sens, assurent les deux parties. CMT/MD

Embargo de la Cedeao sur le Mali : Quels impacts sur l’économie ?

Par Cheick M. TRAORE Bamako, 21 août (AMAP) La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a décidé, mardi 18 août, de la fermeture de toutes les frontières terrestres, aériennes et maritimes de ses pays membres avec le Mali. L’organisation sous régionale a, également, suspendu toutes les relations économiques, financières et commerciales avec notre pays. Cela, pour exiger la libération immédiate et le rétablissement de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta arrêté, avec son Premier ministre, Dr Boubou Cissé, et le retour à un ordre constitutionnel. En application de cette décision, le gouvernement ivoirien a instruit la fermeture de ses frontières terrestres et aériennes avec le Mali, à compter du mardi 18 août, jusqu’à nouvel ordre. Le ministre ivoirien de l’Économie et des Finances a, dans un communiqué diffusé sur le site internet de son département, instruit : «toutes les administrations financières publiques sur le territoire national ; toutes les banques et tous les établissements financiers sur le territoire national ; toutes les sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI) et les sociétés de gestion d’organisme de placement collectif en valeur mobilière (SGO) sur le territoire national, de suspendre toute relation économique et financière, tout flux financier, en direction du territoire malien jusqu’à nouvel ordre». Ces décisions prises par les autorités ivoiriennes ne sont pas sans conséquences sur notre économie et nos populations qui souffrent le martyre à cause des crises qui nous accablent. «Si l’embargo de la Cedeao perdurait, amplifié par d’éventuelles sanctions de la communauté internationale, ce sera dramatique pour un pays enclavé comme le Mali», prévient l’économiste et spécialiste en analyse stratégique, Cheickna Bounajim Cissé. Pour cause, 90% des produits manufacturés qui sont consommés au Mali sont importés, argumente-t-il. En la matière, le corridor ivoirien est stratégique puisque prépondérant. La Côte d’Ivoire représente près de 40% du PIB de l’Uemoa, ajoute le conseiller du directeur général de la Banque internationale pour le Mali (BIM SA). Les conséquences induites par la suspension des flux financiers pourraient être catastrophiques pour une économie malienne faible et extravertie, analyse l’expert. Pour lui, le système financier local risque d’en prendre un grand coup qui pourrait lui être «très préjudiciable». « Aussi, les transferts des Maliens de l’extérieur vers leur pays d’origine pourront ralentir considérablement même si, de façon transitoire, le «marché noir» pourrait prendre le relais avec tous les risques y afférents », poursuit notre interlocuteur. Pour lui, la question essentielle est de savoir combien de temps notre pays pourrait tenir l’embargo. «Et même après sa levée, les plaies économiques et financières mettront du temps à cicatriser. On a vu qu’après les événements de 2012, l’économie malienne est tombée en récession et « huit ans après, elle n’avait toujours pas redémarré», rappelle Cheickna Bounajim Cissé. Notre interlocuteur ajoute que le citoyen malien va ressentir les premiers effets de l’embargo à partir d’un produit stratégique : le carburant. Cela pour deux raisons simples. La première est que nos capacités de stockage sont très limitées voire insignifiantes et le réseau de distribution des stations a été touché par les dernières manifestations, argumente l’économiste. La deuxième raison est, selon lui, liée à la fourniture de l’électricité aux entreprises et aux ménages. Les nouvelles autorités qui mesurent certainement la gravité de la situation, prendront sûrement les contacts utiles pour demander à l’organisation intergouvernementale de desserrer l’étau des sanctions. CMT/MD (AMAP)