Manga Arabia : un projet culturel saoudien pour enrichir les contenus en divertissement de 180 millions d’Arabes
Riyad, Arabie Saoudite (UNA) – Le Groupe saoudien de recherche et de médias (SRMG) a lancé, récemment, le projet « Manga Arabia » qui vise à assurer l’autonomie des générations arabes « et stimuler leur imagination et leur créativité dans le domaine de la formation et de la construction de l’avenir ». Le projet va enrichir le contenu arabe culturel en le rendant plus « créatif, sûr, fiable et de haute qualité, inspiré par la culture de nos sociétés et l’authenticité de nos valeurs saoudiennes et arabes, ainsi qu’à travers des contenus traduits inspirés d’œuvres internationales, produites au Japon », annonce un communiqué de presse du groupe. Le projet « Manga Arabia », qui vise à attirer environ 180 millions d’Arabes vers la lecture récréative, comprend deux magazines en arabe dont l’un » Manga Arabia pour les petits », qui comprend un contenu destiné aux tranches d’âge de 10 à 15 ans, et un second ciblant les tranches d’âge de plus de 15 ans ». Les deux magazines seront disponibles gratuitement et produits en versions imprimées mensuelles et électroniques hebdomadaires « grâce à une application numérique spéciale pour chacun d’eux (Digital App), pour offrir une expérience agréable et sûre, et pour fournir un contenu haut de gamme dans une langue arabe simple », ajoute le communiqué. Le lancement de « Manga Arabia » s’inscrit dans le cadre de la stratégie de transformation numérique, d’expansion et de croissance annoncée par le Groupe, en juillet dernier, qui s’appuie sur cinq grands piliers commerciaux, « centrés autour des lecteurs, clients et partenaires commerciaux, pour saisir les opportunités, réaliser des partenariats mondiaux, investir dans des entreprises médiatiques émergentes et soutenir de nouvelles idées qui soutiennent l’excellence, l’innovation et le développement ». Le PDG du groupe, Jomana Al-Rashid, a précisé que le lancement de « Manga Arabia » ouvre de nouveaux horizons d’autonomisation et de stimulation intellectuelle, culturelle et créative pour les générations saoudiennes et arabes afin de façonner et de fabriquer l’avenir. « Il constitue, également, une étape ambitieuse qui introduit une nouvelle dimension au contenu saoudien et arabe et fournit une base économique active avec un impact positif sur les sociétés arabes », a-t-il poursuivi. L’opération offre, aussi, des opportunités d’emploi, en attirant des talents prometteurs et en diffusant les innovations saoudiennes et arabes dans le monde. Pour sa part, le rédacteur en chef de « Manga Arabia », Dr. Essam Bukhary, a souligné que le projet « Arabic Manga » est une révolution dans le secteur de l’industrie du divertissement créatif en Arabie saoudite et dans le monde arabe, soulignant le grand impact de cet art fascinant sur toutes les générations, à travers ses histoires et animations. Dr Bukhari a souligné qu’«aujourd’hui, nous sommes impatients de développer un contenu arabe ciblé pour Manga Arabia, intégré à des personnages d’inspiration régionale, qui racontera des histoires locales enracinées dans les valeurs sociales issues de la culture arabe ». « Conçues par des créateurs locaux, nous espérons que nos histoires trouveront un écho auprès des passionnés de Manga du monde entier ». a ajouté Dr. Essam Bukhary. Selon lui, l’un des objectifs stratégiques dans ce projet « est d’attirer plus de lecteurs dans la région arabe et espérer encourager, inspirer et susciter la passion pour la lecture parmi les jeunes générations avec nos histoires créatives et uniques ». Dr Bukhari a fait remarquer que « l’Arabie saoudite est classée onzième sur la liste des pays qui lisent le plus au monde. Avec le lancement de « Manga Arabia », nous sommes impatients d’atteindre les cinq premiers pays au classement mondial ». Il est à noter que les arts de l’animation « Manga » et « Anime » ont efficacement contribué à la reconstruction de l’économie japonaise, qui a fait face à des défis majeurs dans les années 90 du siècle dernier. Le Japon a cherché, à travers ces arts, à se redéfinir comme grande puissance dans les affaires mondiales, en se ressourçant dans une culture artistique unique. Le Groupe SRMG a lancé ses activités depuis 1972. Il est l’une des plus grandes institutions de médias au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Le groupe possède de nombreuses entreprises, produits médiatiques et diverses plateformes numériques, notamment le journal Asharq Al-Awsat, le réseau Al Sharq News, Al Sharq Business avec Bloomberg et le journal Arab News. UNA/AMAP
Funérailles en milieu Sénoufo : Plutôt la joie que les pleurs
Par Mariam F. DIABATE Sikasso, 30 juil (AMAP) La population sénoufo, dans la Région de Sikasso (Sud), dans la Région de Sikasso (Sud), contrairement à de nombreuses autres communautés, privilégie la joie aux pleurs, lors des funérailles. La mort, en milieu sénoufo, est perçue comme l’évènement le plus important de la vie. Elle constitue le passage de la vie à la mort, de la mort à l’état de défunt et, enfin, dans le monde des ancêtres. « Auparavant les vieux sénoufo préparaient la mort », dit l’abbé Edouard Coulibaly, responsable du volet recherche du Centre culturel sénoufo, également sénoufo et originaire de Kadiolo (la capitale du Folona). Avant leur décès, certains anciens préparaient leur « cousaba », autrement dit un grand boubou, le pantalon et le bonnet à porter et des couvertures. Ils les confiaient au fils aîné ou à celui qui s’occupe d’eux. D’autres demandaient même à leurs enfants de creuser leur tombe. Ce, « pour ne pas fatiguer » les gens le jour-j. Dès l’annonce du décès, la fête commence. Le corps du défunt est gardé pendant deux jours. Entre temps, les joueurs de balafon se mettent à l’œuvre, le même jour. Ils jouent de la musique pour sécher les larmes. Tandis que les chanteurs louent la bravoure et rappellent les bienfaits du défunt, les enfants de ce dernier et leurs amis dansent. DECOMPTE DES COUVERTURES – Pendant ce temps, la fille aînée du défunt commence à compter les couvertures. Chaque être cher du défunt souhaite lui offrir une couverture (fils, filles, épouses, amis, connaissances etc.). Autrefois, le défunt pouvait se voir offrir près de 70 couvertures au total. Aujourd’hui, ce chiffre est réduit au minimum à 7 couvertures et au maximum à 20. Après le triage des couvertures, les fils se partagent ce qui reste. Et chaque bénéficiaire doit obligatoirement inviter ses amis lors des grandes funérailles. A en croire l’Abbé Coulibaly, ce nombre pléthorique de couvertures s’explique par une croyance des Sénoufo. Ils se disent que, dans l’Au-delà, le défunt partagera avec les autres morts. Après l’enterrement, il faut 3 à 5 mois pour tenir les grandes funérailles. Chez les Senoufo, cette décision est prise par le chef du lignage. Sans funérailles, le défunt n’accède pas au ciel, pense-t-on. C’est une fête sans aucun signe de deuil. Dans ce milieu, les funérailles constituent une fête de joie et d’espérance. C’est l’occasion de retrouvailles pour les parents, les habitants du village et les alliés. Tout ceci est accompagné par un orchestre. Selon l’Abbé Edouard, dans sa localité, les funérailles durent toute une semaine. En plus des hôtes, chaque fils et fille du défunt invite ses amis. Les festivités des premiers jours de la semaine des funérailles sont dédiées aux étrangers. Pour le reste, chaque jour est réservé aux invités d’un des fils ou filles de la famille. Au cours de la semaine, les étrangers et les habitants du village dansent au son du balafon, mangent et boivent avant de contribuer pour aider, financièrement, celui qui les a invités. Le dernier jour des funérailles, dans l’après-midi, les jeunes du village transportent une natte qui représente le défunt (ce dernier est déjà enterré). En cours de route, les gens qu’ils rencontrent mettent de l’argent sur la natte. Ainsi, ils transportent la représentation du défunt dans la case des morts, appelé « cougba », en langue sénoufo. Vers 16 heures, ils enlèvent tous les objets de la case avant de le faire écrouler. Ainsi prennent fin les funérailles. Le correspondant régional de l’AMAP à Sikasso, centre 1991-1992, Fousseyni Diabaté, qui a accompagné le gouverneur de la région, Alpha Abdoulaye Sow, aux funérailles du célèbre chanteur sénoufo, feu Lamissa Bengaly, se souvient. Ces funérailles ont été une grande fête. Il y avait du folklore sénoufo et les gens ont dansé. « Des jeunes qui transportaient le défunt faisaient des va-et-vient interminables, au pas de course, dans la foule. Quelque fois, lorsqu’ils revenaient sur leurs pas, ils déposaient le corps du défunt. Les femmes de ce dernier s’agenouillaient autour de lui et murmuraient des paroles. Après, les jeunes continuaient leurs allers-retours, jusqu’à l’heure de l’enterrement », remémore M. Diabaté. Fousséni Diamouténé, un Sénoufo ressortissant du village de N’Gorodougou (Commune de Danderesso) raconte les funérailles d’une vieille mère. « La population a passé toute une nuit à manger et à danser au son du cicaara », se rappelle le sexagénaire, ajoutant que c’est le lendemain qu’ils ont enterré la défunte. Dans d’autres contrées sénoufo de la région, comme Lofiné, Gnaradougou et Soronto, les populations ont gardé la tradition des festivités des funérailles. Certaines femmes sénoufo, en plus des chants et danses, portent des uniformes. Selon les précisions de l’ancien directeur adjoint du Musée national, Salia Mallé, dans d’autres communautés sénoufo, lors des funérailles, le « poro », (société secrète en charge de l’initiation des jeunes), assure le rituel. Les porteurs de « masques-hommes » incarnent des animaux mythiques. Ils sont encagoulés. Personne ne doit et ne peut les reconnaître. Selon un ordre rituel précis, ils apparaissent par catégorie, chacune ayant une mission particulière. Les masques se produisent dans une ambiance assez terrifiante, car ils sont chargés de chasser les mauvais génies et d’associer les ancêtres courroucés qui doivent accueillir le défunt. D’autres masques encerclent le corps en tournant autour de la dépouille. « Chez les Sénoufo, les funérailles ont pour fonction de donner au défunt le statut d’ancêtre », indique M. Mallé. Malheureusement, ces festivités ont tendance à disparaître chez certains Sénoufo sous les coups de boutoir des religions et de la « modernité ». Encadré Au cours des funérailles chez les Sénoufo, trois vieilles femmes sont désignées pour veiller sur le corps, avant l’enterrement. Ces trois vénérables mères montent la garde, 24h/24, durant 2 à 3 jours. Elles chassent les mouchent sur le corps. En récompense, ces veilleuses se nourrissent de poulet et de riz. Un poulet entier, à chaque repas ! Dans le but de les protéger des mauvaises odeurs du corps. Si le poulet n’est pas entier, les vigiles peuvent se plaindre auprès de la cuisinière. C’est le mari de cette dernière
Culture : La cantatrice Tata Bambo Kouyaté est décédée lundi, à Bamako à l’âge de 71 ans
Bamako, 15 juin (AMAP) La cantatrice malienne Fatoumata Kouyaté dite « Tata Bambo » est décédée ce lundi 14 juin 2021, à Bamako des suites d’une maladie à l’âge de 71 ans, a appris l’AMAP de sources concordantes. Tata Bambo comme elle était musicalement appelée, est une des divas de la musique malienne avec une voix claire qui faisait danser les amateurs de la musique mandingue et d’ailleurs. Son titre « Bambo », composé tout juste après la proclamation de l’indépendance, aura été le morceau fétiche qui lança l’artiste. Mieux encore, il deviendra aussi son surnom avec le succès planétaire. Un hit dénonciateur qui traduit son combat contre le mariage forcé. Née en 1950 à Niarela, quartier des Niaré à Bamako et Fille de Djéliba Kouyaté, célèbre joueur de N’goni, Tata Bambo commence à chanter lors des différents évènements de quartier (mariages, baptêmes…) avant d’être chaperonnée par Falaba Issa Traoré qui lui apprend les diverses techniques vocales mandingues et la perfectionne. TC/KM (AMAP)
Mariage à Bamako : La fièvre des uniformes
Par Maimouna SOW Bamako, 04 juin (AMAP) Un dimanche de mariage dans une famille à Bamako, on peut facilement ne pas reconnaître sa femme, sa fille ou sa sœur quand elles auront fini de mettre leurs habits de fête. Elles sont toutes belles, élégantes et fascinantes. Elles sont habillées de leurs plus belles tenues. Elles portent des uniformes, des bijoux, un sac à main neuf, des chaussures de luxe. Les visages ont reçu des touches de maquillage qui rendent éblouissantes. Quand un mariage est annoncé, ou qu’une grossesse est proche du terme, le seul souci de la majorité des femmes,est de préparer les festivités de la future cérémonie. La priorité va au choix des uniformes, plusieurs mois à l’avance. La tendance actuelle est de prévoir deux, trois, quatre, voire plus, pour une seule cérémonie. Pour magnifier ce jour, dans le meilleur des cas, les économies de plusieurs mois sont données aux vendeurs d’habits, aux couturiers. Les rendez-vous sont pris dans les salons de coiffure. Les meilleurs ensembles de griottes et de harangueurs sont invités. Le mois de juillet prochain, Tata a un mariage. Elle a déjà informé ses amies de tontine. Aussitôt, l’uniforme est choisie : c’est le basin riche. Il doit être porté dans l’après-midi, quand on va chanter les louanges de Tata, la marraine de la cérémonie. Le matin, les membres de la tontine seront tenues de se mettre sur leur 31. Elles porteront une autre tenue brillante. Les copines de Tata forment une association. Ce qui rend l’organisation plus harmonieuse. Mme Kamissoko Mah Camara, est la cheffe. Elle tient à ce que tout le monde s’habille pour faire honneur à un de leurs membres. L’uniforme est choisie deux mois à l’avance. Pour magnifier la cérémonie, il faut s’acquitter de la contribution du « kukoni » à hauteur de 50.000 Fcfa. Ce n’est pas tout ! Il faut aussi donner de l’argent à la marraine, quand la griotte chantera ses louanges. AVANTAGE – Les participantes versent une somme d’argent à la hauteur de la bonne relation qu’elles entretiennent avec la marraine. Toutes ces bonnes actions prouvent aux autres invités que l’on est « des grandes dames ! De gros bonnets.» Etre gros bonnet, au top de sa beauté ou au devant de la scène, a un prix. Les engagements sont strictement respectés au selon un Code d’honneur. Ce lien est appelé ‘Fadeya’. Depuis cinq ans, la tontine de Tata existe. Les membres font l’impossible pour être à la hauteur. Ces groupements sont un avantage. A tour de rôle, chacune bénéficiera de la même somme et des honneurs au bon moment. C’est aussi une façon de tisser de belles amitiés et de faire des économies. Mais pour y arriver, il faut être brave, combattante, très intelligente. « Les tontines rendent braves, elles permettent de réaliser pas mal de projets. Quand je me suis mariée, mon trousseau de mariage avait une valeur de près de trois millions de Fcfa. Les femmes sont venues de partout pour m’honorer le jour du mariage. Sans les tontines, cela ne serait pas possible. Ce que tu fais pour les autres, elles le feront pour toi », dit Mme Diakité Aïchata Sidibé, L’avis de B.T, infirmière dans une clinique de la place, est différent. Lors du mariage de sa nièce, en décembre dernier, cette marraine a choisi quatre uniformes trois mois à l’avance. B.T a épuisé ses économies pour les préparatifs. Mais cela n’a pas suffi pour faire face aux dépenses. Il fallait trouver de l’argent ailleurs. Comment faire ? Elle a dû toucher à l’argent que son patron lui confie, chaque mois, pour le partenaire de la clinique. Le jour du mariage, elle a été sublime. Elle a porté chacune des uniformes, payé les cotisations, pris place au milieu de la scène pour être chantée par la griotte, en tant que marraine. B.T a distribué des billets de banque aux différents groupes de griots. Une semaine après la célébration, le jour où la mariée devait rejoindre définitivement son mari, que l’on appelle ‘’minassiri’’, l’infirmière a donné une somme d’argent à la mariée, pour qu’elle s’achète un présent comme veut la tradition. Des jours, après les festivités, notre interlocutrice est revenue sur terre. Il a fallu réparer les dégâts avant que le chef ne se rende compte qu’elle a détourné l’argent de l’entreprise. Trouver l’argent pour combler le trou. Mais où ? Et comment faire ? A l’heure actuelle, elle se couche la nuit, sans trouver le sommeil. Pourtant, B.T est une jeune femme intègre. Depuis plus de 4 ans elle travaille dans la même structure, dignement. Elle bénéficie de la confiance de tous. Une réputation qu’elle risque de perdre. Elle est issue d’une grande famille où la concurrence, le ‘’fadeya’’ est rude. Chacune doit être à la hauteur de l’événement social sont elle est la marraine. Après le mariage ou le baptême, beaucoup ont avoué être allées à contre-courant de leur principe. Certaines ont ouvertement regretté. L’après-mariage a été dur, tout le monde vit la galère. Il faut reconnaître, aussi, qu’on est tombé dans l’excès. L’excès, c’est le mot que la plus âgée de la famille veut bannir de leur vocabulaire. Elle a prévenu que plus jamais, aucun mariage ne sera célébré de cette façon. Dorénavant, il faut se contenter d’un seul uniforme, et se passer de jouer aux stars. Sans doute, les uniformes rendent la cérémonie très agréable. Elles honorent la mariée, surtout s’il s’agit de basin «Geztner», ou de tissu brodé. Malheureusement, cette affaire d’uniforme, de tontine, de contribution et de cotisation ‘’kunkoni’’ est devenue un problème, une épine dans le pied des femmes. Le paradoxe est que les femmes ne cherchent pas à savoir comment s’en sortir. Au contraire, elles entretiennent cette habitude qui, au lieu de resserrer les liens entre les familles, contribue plutôt à les dégrader. Quand les histoires d’uniforme commencent au sein même des familles, les plus pauvres se restreignent mais ne se résignent pas. Ces femmes font l’impossible pour ne pas être indexées, comme les dernières
Jean-Louis Sagot Duvauroux : « Au nom de la conversation des cultures »
Entretien réalisé par Ibrahim MAIGA Bamako, 28 mai (AMAP) Enseignant à Bamako entre 1972 et 1974, Jean-Louis Sagot est devenu un dramaturge pointu dans l’affirmation de l’humain contre les dérapages et les absurdités des hommes. Il connait le Mali ; pas seulement celui des villes, mais aussi celui des villages et des hameaux. Cette immersion a éveillé en lui le goût de la découverte de l’autre, le besoin de comprendre et de raconter les fils qui tissent l’histoire du Mali. Une partie de son engagement et de son implication dans la vie et la création artistique vient de là. Il a eu le temps de se conforter et de conforter sa vision, en devenant très jeune, le rédacteur en chef du mensuel « Droit et Liberté » du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, le MRAP, un mouvement né dans la résistance contre l’occupation nazie. L’Essor : Vous êtes venu à Bamako en 1972. Et depuis, vous êtes un Malien de cœur. Qu’est-ce qui vous a capté ? J-L.S.D : J’ai atterri pour la première fois à Bamako en 1972 à l’aéroport de Hamdallaye où se trouve aujourd’hui l’ACI 2000. J’avais 21 ans. Je venais prendre mes fonctions de professeur de français au Lycée Prosper Kamara. Je devais initialement être engagé dans le cadre de mon service militaire, mais après un accident, j’avais été réformé. J’avais néanmoins envie de faire une rupture avec la vie française, de voir autre chose. Je me suis fait embaucher sur place, avec un salaire d’enseignant malien. Une vraie bifurcation, car ça ne me permettait pas de vivre dans les conditions des autres français expatriés. J’ai trouvé deux pièces à louer dans une cour de Hamdallaye où vivaient plusieurs autres familles. Je m’y suis installé, bientôt rejoint par deux amis. Et il s’est alors passé ce que vivent des milliers de gens qui s’enracinent dans un pays d’accueil : des souvenirs, des projets, des amitiés, des aventures humaines et professionnelles, un mariage… Comme les bamananw le disent, j’avais quitté chez moi, j’étais arrivé chez moi. La jatigiya malienne a certainement participé à cette « captation ». Mais il n’y a là ni mystère, ni miracle. Je me suis retrouvé, sans d’ailleurs l’avoir planifié, dans la situation de centaines de milliers de personnes qui se sentent chez elles et en France, et au Mali. La naissance de mon fils a fait entrer le nom Sagot-Duvauroux dans l’état-civil malien sans le faire sortir de l’état-civil français, comme c’est le cas pour tant de Tounkara, de Doukouré, de Traoré, de Kanté ou de Diarra dont la vie a fini par offrir à la France leurs riches patronymes sans les enlever au Mali. XXIe siècle ! L’Essor : De Bamako à Ansongo ; de Bamako à Kayes, vous avez fait du pays. Vous n’avez pas fait que du tourisme. J-L.S.D : Quand j’ai mis les pieds au Mali, j’avais 21 ans et une motocyclette « Caméco » que j’avais pu acquérir grâce à un prêt du lycée. Un ami français, qui m’avait précédé à Bamako me donne alors un conseil : si tu veux connaitre le pays, prend n’importe quelle route qui se présente devant toi, avance jusqu’au soir ; quand vient le soir, arrête-toi au premier village, demande l’hospitalité ; on t’amènera chez le dugutigi et tu y trouveras le gîte et le couvert. Première destination : le Bèlèdougou, d’accès facile depuis Bamako. Un pneu crève à l’approche du village de Tènèzana, un peu avant Nossombougou. Trois jeunes m’aident à réparer, puis m’emmènent chez un homme qui a fait l’armée française, Ngolo Diarra, paysan, donso, passionné de littérature… Nous sommes restés liés jusqu’à son décès. J’ai beaucoup appris de sa riche conversation, quand il rentrait du champ la daba sur l’épaule, et avant qu’il ouvre un roman d’Alexandre Dumas lu à la lumière de sa lampe. Ensuite, j’ai pris goût à ces escapades et mon univers social s’élargissant, j’ai rapidement eu le choix des destinations : quitter chez soi, arriver chez soi ! Voyage à Kayes, à « caméco » et alors sans le confort du goudron, Kayes où je croise une très vieille dame qui me parle avec gravité : elle a quitté, enfant, la ville de Ségou attaquée par les Français et s’est réfugiée avec un petit groupe de Toucouleurs dans le quartier Légal Ségou – quartier Ségou. Elle est la grand-mère de ma voisine de Hamdallaye dont je partage le « bassi » quotidien ; elle n’imaginait pas recevoir un jour un petit-fils de la couleur et de la nationalité de ses agresseurs… Temps nouveaux ! Je lie une amitié qui dure toujours avec un élève venu d’Ansongo, aujourd’hui enseignant dans une université américaine. Je prends l’habitude d’aller passer mes vacances dans sa famille. J’y amène même une sœur et un frère depuis la France. Une des suites devenue publique des liens tissés alors, ce sont les cases en nattes qui abritent la famille de Jacob, dans le film La Genèse (Cheick Oumar Sissoko, sélection officielle Cannes 1999 « Un certain regard »). J’avais alors emmené l’équipe de production chez une tante, à Bazi Haoussa et, avec les femmes de ce quartier historique d’Ansongo, elle avait conduit la confection très réussie de ces confortables habitations de nattes tissées. En effet, ces voyages et bien d’autres, même s’ils m’ont fait découvrir les paysages physiques et humains du grand Mali, n’avaient pas grand-chose à voir avec le tourisme. L’Essor : Vous avez écrit le scénario de « La Genèse », porté à l’écran par Cheick Oumar Sissoko, sans doute un grand moment cinématographique. Si c’était à refaire ? J-L.S.D : Dans les années qui précédèrent ma venue au Mali, j’avais fait des études de théologie. L’univers biblique m’était familier. En vivant au Mali, cet univers s’anima, pris les couleurs de la vie. La Genèse, premier livre de la collection biblique, fait du meurtre de l’éleveur Abel par son frère le cultivateur Caïn, la mère de tous les conflits. Dans le récit biblique, Abel et Caïn sont les deux fils d’Adam et Ève, un concentré de l’humanité. En découvrant les problèmes concrets vécus au Mali du fait de la cohabitation entre éleveurs
Amidou Danioko : Maître bijoutier
Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 28 mai (AMAP) « Je fais des pièces uniques qui sont vendues à travers le monde entier. » Amidou Danioko, maître bijoutier à la Maison des artisans de Bamako, n’est pas peu fier de son travail. Reconnu pour l’originalité et la richesse de ses œuvres, il fait, sans doute, partie des créateurs maliens qui ont révolutionné leur domaine ces cinquante dernières années. Rien d’étonnant donc qu’il ait remporté le prix Label d’excellence de l’UNESCO en 2007. Il nous reçoit dans son box d’à peine trois mètres carré qui est composé d’une forge et d’un présentoir dont la charpente est faite en aluminium et le corps en verre. Un long miroir de plus d’un mètre est fixé sur un autre pan de mur permet au client d’apprécier les bijoux à essayer. Ici tout est estampillé « Taasiri » ou attaché le feu. Car Amidou se donne régulièrement des défis à relever, « celui qui s’est donné comme mission d’attacher le feu ne peut se reposer », dit-il. Il fait, sans doute, partie des créateurs maliens qui ont révolutionné leur domaine ces cinquante dernières années. À son actif, plus 300 modèles (bagues, bracelets, boucles d’oreille, tours de cou, chaînes et pendentifs), aussi bien en or, argent, en bronze et autres métaux précieux qu’avec du bois d’ébène ou des cuirs, qui sont repris par d’autres bijoutiers dans la ville de Bamako et, souvent, au-delà même des frontières du Mali. Amidou explique qu’il a du mal à reproduire ou à tenter d’imiter un objet. « J’ai toujours envie de faire du nouveau, pas de revenir sur ce que j’ai déjà confectionné. » En réalité, notre maître artisan est à la fois concepteur ou designer de pièces. Ailleurs, il se serait contenté de produire des formes et de les mettre à la disposition des exécutants pour la réalisation de l’œuvre qu’il aura conçue. C’est ainsi que, de 1996 à nos jours, il se rappelle avoir produit plus de 100 modèles de bracelets qui sont aujourd’hui vendus à Bamako et ailleurs. « Si je ne m’abuse, tous les modèles de bracelet qui sont portés de nos jours à Bamako ont été conçus par moi-même. » Mais, comme tout bon artiste, Amidou ne peut pas expliquer l’envie qui lui vient fréquemment de produire de nouvelles formes. Ce qui explique en réalité sa « propension à ne produire que des pièces uniques ». « Chaque fois qu’un client m’emmène un modèle à reproduire, je le donne volontiers à un autre artisan, car je ne peux pas faire ça », confie-t-il. Beaucoup de clients lui apportent des modèles industriels faits dans d’autres pays. OPPORTUNITÉ – Amidou a plus d’un tour dans son sac « de créations et d’innovations », il a aussi mis au point une formule qui permet de trouver la bonne mesure d’un bijou à partir de la mesure du tour de bras, du doigt ou du cou du client. Il affirme vouloir déposer bientôt cette formule au Centre malien de promotion de la propriété industrielle (CEMAPI) afin de la protéger. Après avoir parcouru le monde entier pour vendre ses créations, Amidou travaille depuis 2011 avec de grandes marques internationales Hermès (France) ou Soon (Luxembourg). Dans un passé récent, le ministère de l’Artisanat et du Tourisme a offert aux artisans maliens l’opportunité de parcourir presque toutes les places fortes du monde qui donnent de la valeur à l’artisanat. « Par exemple, les Expositions-Ventes à la Bourse du commerce dans le 1er Arrondissement de Paris (France) ont été des moments très importants pour l’artisanat de notre pays », se souvient Amidou Danioko. « C’est à travers ces expositions que de nombreux galeristes, salons, marques et autres magasins de vente ont pris contact avec nous, artisans du Mali. Nous y avons ainsi noué des contacts avec des Chinois, des Japonais et des Américains, des Brésiliens et des Australiens. Ces relations se poursuivent de nos jours », explique Danioko. Milan Polomack est une artiste designer de la Martinique. Elle expose régulièrement dans les grandes villes comme Paris, Londres, New York, Berlin ou Bruxelles. Elle travaille avec Amidou Danioko depuis 2010. Actuellement, en séjour à Bamako, nous l’avons rencontrée au siège de « Taasiri » à la Maison des artisans. Elle explique qu’elle apporte surtout des dessins qu’elle a du mal à réaliser. Elle fait également des commandes que Amidou exécute en pièce unique. Si elle apprécie naturellement le travail de Amidou, elle estime que son client doit chercher à documenter davantage ses productions. La quarantaine, Amidou Danioko est vite reconnaissable par son crâne à moitié lisse du fait de la calvitie. La barbichette prolonge son menton. Ce bijoutier est reconnu pour l’originalité et la richesse de ses œuvres. Cela lui a permis de remporter des prix et des récompenses aussi bien au Mali, en Europe et en Amérique. En novembre, son œuvre intitulée « N’dola » a obtenu le prix Label d’excellence de l’UNESCO. C’est un ensemble de pendentif, de boucle d’oreille et de bracelet. Chacun de ces éléments est un assemblage du bois d’ébène et de l’argent. Le Label d’excellence de l’UNESCO sert de mécanisme de contrôle de qualité, et constitue un instrument pour la commercialisation des produits. Il garantit la qualité irréprochable des produits traditionnels faits main. Ce label est délivré à des produits innovateurs de la région Afrique au Sud du Sahara. Il est organisé, pour la première fois, dans cette partie de l’Afrique. Le Label d’excellence n’est donc pas attribué «aux meilleurs» produits comme le serait un prix à la suite d’un concours. C’est une marque d’approbation qui garantit que le produit artisanal ou la ligne de produits fabriqués respecte les critères de qualité définis et qui ont été élaborés conformément aux exigences de l’authenticité culturelle et de la protection de l’environnement. PROTECTION– Le « N’dola » de Amidou Danioko a été sélectionné en même temps que quatre œuvres dont une de Ag Ali, un autre d’un artisan malien. La foire de Paris, un des plus hauts lieux de la vente des objets d’artisanat, recevra désormais les œuvres de ces deux créateurs. Les lauréats rentreront, également, dans le Musée de l’UNESCO à Paris. En fin 2006, le bureau
Poterie : Une affaire de femmes, à Touna, dans le Centre du Mali
Par Moussa OUERE Bla, 24 mai (AMAP) Touna, une localité, située à 21 km du chef-lieu du Cercle de Bla (Centre), sur la Route nationale (RN6) sur l’axe Bla-Ségou, au Mali. Dans le quartier périphérique des forgerons, à Noumouna, les habitants pratiquent le métier de forgeron. Mais l’activité principale des femmes des forgerons est la poterie. Elles la pratiquent pour subvenir à leurs besoins. Au Mali, particulièrement à Bla, la poterie est exercée par une seule couche sociale : les femmes de forgeron. Le canari est un ustensile très utilisé à beaucoup de fins au Mali. Il est, parmi tant d’autres, fabriqué en terre cuite et est de diverses formes, couleurs. Le canari, en général, est divers et varié selon sa provenance. A Touna (une des dix-sept communes de Bla), nous nous sommes rendu chez la vieille Ballo Mariam Fané, une battante, très engagée pour la cause des potières. Agée de soixante-quinze ans, mariée et mère de sept enfants, elle nous apprend l’histoire de son métier de potière. « C’est après mon mariage que j’ai appris cette activité auprès de ma belle-mère. Je la suivais dans tous ses mouvements. Un jour, elle m’a demandé si je voulais apprendre la poterie. Très contente, je lui ai rapidement répondu oui », se souvient Mariam Fané. Selon elle, comme les femmes de forgerons ne peuvent pas travailler le fer, certaines d’entres elles s’occupent avec la poterie et d’autres petites activités. « C’est en 1980 que j’ai fabriqué mon tout premier canari avec de jolis motifs », ajoute notre interlocutrice. « Ma belle-mère fabriquait déjà beaucoup de sorte de canaris (abreuvoirs de volaille, jarres). Après quelques expériences, j’ai essayé d’ajouter d’autres comme le couscoussier et l’encensoir car je les avais déjà vus au marché de Ségou lors d’une visite là bas », poursuit Mariam Fané. C’est à Niando, un village à 2 km de Touna, sur une élévation, que les potières extraient l’argile, la matière première de la poterie. Un travail si difficile que « nos propres filles n’aiment pas le pratiquer ». Selon Mme Ballo Mariam Fané, une paresseuse ne peut pas faire la poterie car c’est un travail très difficile et ça demande l’effort de tout le corps surtout lors du malaxage. « La fabrication d’une pièce de poterie commence par le mélange des terres (argile, marne, silice) mais, chez nous, à Touna, on ne trouve que de l’argile noire. L’argile est malaxée avec la poudre d’un vieux canari concassé et on le fait manuellement. La pâte obtenue est conservée au repos dans un grand récipient pendant cinq à sept jours, Pour que le mélange pourrisse », explique Mariam Fané. Après, c’est le modelage qui consiste en la mise en forme à partir d’une boule de terre par la pression des doigts jusqu’à l’obtention de l’objet désiré. « Nous vendons les produits chez nous, mais certaines commerçantes aussi viennent acheter avec nous pour revendre à Ségou, à Bla et même dans d’autres Régions du Mali ». Le gain ? Il sert à assurer les charges de la famille. « Souvent à l’achat du trousseau de mariage de nos filles. En période de soudure également, on vient en aide à nos maris », dit-elle. Le canari est utilisé par beaucoup de personnes, certains l’achètent pour la préparation des médicaments traditionnels, d’autres pour utiliser comme jarre, certains pour préparer du repas, etc. Alima Ballo est âgée de 60 ans, Elle a appris la poterie auprès de sa mère, depuis l’âge de 9 ans. « Mon mari ne s’est pas opposé à mon activité », dit celle qui exerce ce métier depuis trente ans. « Beaucoup de gens passent leurs commandes de fourneaux, jouets d’enfants, jarres, etc. Le prix du canari varie selon la forme, la qualité et la période », explique-t-elle. « Maintenant que je n’ai plus assez de force pour pleinement faire le travail, j’emplois des femmes pour m’aider contre rémunération. Par jour, je peux fabriquer dix jarres. Si elles sont de petite taille, je peux en faire vingt », nous dit notre interlocutrice. Alors que la jarre est vendue souvent à 1.500 Fcfa, les petits canaris sont écoulés à 250F, les fourneaux à 1.250F. « Souvent, je gagne mais des fois, je perds. Je peux fabriquer quinze jarres et, au moment de la cuisson ou même après cette étape, tout se brise. Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas », dit philosophiquement Alima Ballo. Chaque grande famille de forgerons a son site de cuisson et les fours à bois sont derrière la ville car la chaleur qu’ils dégagent est très forte. « Tous les revenus de ce métier sont utilisés dans nos foyers, notamment pour l’éducation des enfants (coopérative, achat de fournitures scolaires), l’habillement et, même souvent, on aide nos maris avec de l’argent en espèce.» Les ustensiles en terre cuite ont d’autres utilités comme nous dit Salika Traoré, 75 ans, « Nous les utilisons pour conserver les repas, les semences et même pour filtrer l’eau. Il y a certaines utilités qu’on ne doit pas vous dire. Nos vieilles personnes nous disaient que le repas qui est préparé dans un canari a plus de force que celui préparé dans une marmite.», nous révèle Salika La poterie fait partie de ces activités culturelles en voie de disparition dans beaucoup de localités maliennes. Parce que les filles d’aujourd’hui ne s’intéressent pas à cette activité et l’accès à l’argile n’est pas facile. La matière première devient très rare. MO/MD (AMAP)
Musique : Ballaké Sissoko, héros discret de la kora
Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 30 avr (AMAP) L’une de nos virtuoses maliennes de la kora, Ballaké Sissoko, livre un nouvel album. Intitulé « Djourou » ou la corde en bamanankan, ce opus est le fruit de sa collaboration avec huit autres interprètes et instrumentistes. Il s’agit de Salif Keita, Oxmo Puccino (France-Mali), Sona Jobarteh (Gambie), Camille, Feu ! Chatterton, Patrick Messina et Vincent Segal de France. Avec ces deux derniers, il interprète la « Symphonie Fantastique » de Berlioz. Un exemple de la façon dont le joueur de kora connecte magiquement son instrument à vingt et une cordes avec d’autres instruments. Ballaké Sissoko et Vincent Segal ont fait se rencontrer la kora et le violoncelle depuis bien longtemps : leur amitié a donné lieu à deux albums, Chamber music (2009) et Musique de nuit (2015), enregistrés à Bamako où Vincent Segal rend régulièrement visite à Ballaké Sissoko. « Quand je veux jouer avec quelqu’un, confie le Malien, je dois d’abord comprendre son fonctionnement, construire une amitié : c’est mon premier repère. Et ça demande du temps. » Enregistré à Angoulême dans le studio du contrebassiste de jazz Kent Carter, At Peace rassemble de fait autour de lui des compagnons de longue date et de confiance. Outre Vincent Segal, on retrouve ainsi Aboubacar « Badian » Diabaté, dont le phrasé de guitare (principalement sur une 12 cordes) et la faconde sans esbroufe sont colorés par son expérience première de joueur de ngoni ; l’essentiel et discret Moussa Diabaté, son complément idéal à la guitare 6-cordes ; et Fasséry Diabaté, dont les subtils traits de balafon figuraient déjà sur les albums Tomora et Chamber Music. Réunis sur les titres Badjourou et Kalata Diata, les cinq hommes signent une musique qui s’illustre par la sophistication des motifs et des prises de parole. Un art du tissage et de la conversation, qui se poursuit jusque dans les morceaux aux configurations plus resserrées : les deux duos kora-guitare, Boubalaka et N’tomikorobougou, formidable échange de 10 minutes entre Badian et Ballaké, saisi à la volée dans la cour de la maison de ce dernier à Bamako ; le duo kora-violoncelle Kabou ; et la lumineuse reprise en trio d’Asa Branca, le standard du Brésilien Luiz Gonzaga, qui invite tendrement le baião nordestin en territoire mandingue. Dans les albums Chamber Music (2009) et Musique de nuit (2015), notamment, il a entamé un dialogue subtil avec le violoncelliste français Vincent Segal. Pour le projet 3MA, il a également conversé avec le oud arabe de Driss El Maloumi et la valiha malgache de Rajery. Le nouveau défi qu’il s’est lancé sur le label No Format est encore plus ambitieux : créer un disque, Djourou, qui convoque pas moins de huit invités, aux styles tous différents. « La kora est née en Afrique, mais elle peut voyager partout, résume Ballaké Sissoko dans les bureaux de son label parisien. Je voulais inviter des amis, partager des idées, sans pression. » « Je suis dans plusieurs collaborations », confie le fils du célèbre Djéli Mady Sissoko qui a débuté à l’Ensemble instrumental. Ce qui lui permet de jouer avec cinq groupes en France, deux en Italie, un en Grèce et un dernier aux États-Unis. Car dans le milieu professionnel, la kora est un instrument très sollicité. C’est donc une question de programmation. Son agenda est chargé jusqu’en 2021, avec des concerts, des ateliers, des enregistrements, des festivals, d’autres prestations. Depuis 2002, il participe, avec quelques-uns des plus grands professeurs de musique traditionnelle du monde entier, aux masters classes du célèbre musicien grec Ross Daly. En 2019, Ballaké Sissoko a été récompensé, en compagnie de Oumou Sangaré, par le Prix Aga Khan de Musique dans la catégorie « Contributions remarquables et durables en faveur de la musique ». Quelques années avant, son album «At Peace» a reçu en novembre 2012 le Grand Prix de l’Académie Charles Cros de France dans la catégorie « Musiques du Monde ». YD (AMAP)
Avec l’album «Kôrôlen»: Toumani Diabaté sur orbite pour un 3è Grammy
Par Moussa BOLLY Bamako, 30 avr (AMAP) Il en rêvait : partager un album sur lequel la kora communie aisément avec la musique classique ! Et Toumani Diabaté, la légende de la Kora, vient de concrétiser ce rêve avec son nouvel album réalisé avec l’orchestre symphonique de Londres (The London Symphony Orchestra/Royaume uni). «Kôrôlen» est une œuvre de six titres (Hainamady Town, Mama Souraka, Elyne Road, Cantelowes Dream, Moon Kaïra et Mamadou Kanda Kéita) disponible sur toutes les plateformes de téléchargement depuis le 23 avril 2021. Et ils sont nombreux les critiques qui pensent que cet opus peut se tailler un Grammy Awards. «Kôrôlen» (un clin d’œil au passé, aux traditions voire aux racines), selon le teaser de l’opus, a été commandé par le Barbican Centre de Londres (Angleterre) et produit par «World Circuit». En dehors de Toumani Diabaté, on y retrouve également des musiciens maliens bien connus, dont feu Kassé Mady Diabaté, dont la sublime voix résonne nostalgiquement sur «Mamadou Kanda Kéita», et Lassana Diabaté (balafon). Le titre générique, «Kôrôlen», résume bien cette œuvre de très belle facture avec d’anciennes mélodies africaines qui fusionnent avec des arrangements symphoniques occidentaux pour créer un son que des critiques classent comme «un magnifique afro-néo-classique». «Cet album est si frais et si original qu’il ne devrait avoir aucune difficulté à plaire à la fois aux amoureux de l’Afrique et sa musique traditionnelle, ainsi que de nouveaux classiques et de la musique d’ambiance…», a commenté un critique anglais. Le roi voire la légende de la mythique kora fait scintiller cet album par des gammes inédites naviguant entre tradition et modernité. Comme nous l’écrivions au début, cette expérience concrétise un vieux rêve de Toumani Diabaté dont la quête a toujours été d’ouvrir «une porte universelle à la kora afin que les gens n’écoutent plus ses sensationnelles sonorités comme celles d’une musique seulement traditionnelle». Sur «Kôrôlen», il relève brillamment ce défi d’honorer ce «passé qui croise le présent pour ouvrir la voie au futur». Cette quête explique sans doute ces nombreuses et brillantes collaborations avec des monstres sacrés ou sa participation à des projets de divers horizons comme Taj Mahal, Björk, Béla Fleck, Damon Albarn, Ketama, Roswell Rudd, Afrocubism (2010), Playing for Change, Silkroad Ensemble, Sing me home (2016) et récemment Lamomali (2017)… On n’oubliera pas surtout les deux superbes albums réalisés avec le regretté Ali Farka Touré. Il s’agit de «In the Heart of the Moon» (2005), et «Ali and Toumani» (sorti le 25 février 2010), deux chefs d’œuvre récompensés par le Grammy Awards du «Meilleur album traditionnel». Mais, avec «London Symphony Ochrestra», Toumani franchit certainement un cap plus audacieux dans sa volonté de toujours s’ouvrir aux musiques d’inspirations diverses. Et le résultat est visiblement à la hauteur des attentes puisque cette œuvre suscite déjà les éloges des premiers critiques qui l’ont entièrement écouté. «La musique est si merveilleusement belle ! J’ai déjà joué un morceau dans mon émission de radio et j’ai hâte d’entendre l’album complet afin d’en jouer davantage», confesse un animateur australien. Et selon les premières réactions, «Kôrôlen» met encore Toumani Diabaté sur orbite pour un 3e Grammy Awards de sa carrière. Considéré comme l’un des plus grands joueurs de kora de tous les temps, Toumani Diabaté est né en 1965 dans une famille de griots, il est le fils de Sidiki Diabaté, reconnu dans toute l’Afrique de l’Ouest pour être le roi de la kora. En digne héritier, Toumani s’est fait une réputation mondiale avec sa kora toujours avide d’expériences atypiques ! MB (AMAP)
Fake news sur les réseaux sociaux : Des proportions inquiétantes
Par Mohamed TOURÉ Bamako, 30 avr (AMAP) L’ancien Premier ministre malien, Ousmane Issoufi Maïga, l’ancien défenseur de le’quipe nationalke de football « Les Aigles », Adama Coulibaly, la cantatrice Mah Kouyaté N°1… la liste est longue comme un bras, des personnalités publiques maliennes qui partagent désormais un point commun. Toutes ont vu, ces derniers mois, les annonces de leur fausse mort devenir virales sur les réseaux sociaux. Ces informations mensongères circulent à la vitesse de la lumière sur Facebook ou encore WhatsApp et sont largement propagées par les internautes qui ne semblent pas mesurer les conséquences du partage des informations. De l’anecdotique fausse rumeur relayée via les plateformes, aux réelles tentatives de manipulation de l’opinion, la palette du phénomène est large dans notre pays. Ainsi, le 16 décembre 2020, une nécrologie erronée annonçant le décès de « Police », l’ancien « roc » de la défense centrale de l’équipe nationale de football, faisait le buzz sur Facebook. « Triste : le vrai policier s’est éteint », titrait notamment un article largement partagé par plusieurs pages sur le réseau social sans vérifications. Les réactions spontanées de proches ou de personnes ayant pris le temps de faire des vérifications ont démenti la fausse nouvelle. La fréquence de leur succession pourrait relever d’une coïncidence, mais la récurrence des fausses informations met en lumière un problème réel dans l’espace médiatique au Mali. Celui des « fake news » (fausses nouvelles en anglais). Il devient si criard qu’il urge de le « circonscrire », de l’aveu de plusieurs acteurs nationaux du secteur des médias que nous avons approchés. « La notion de fake news, l’acceptation qu’il faut en avoir actuellement, c’est une fausse information qui, dans 90% des cas, est donnée de manière délibérée et englobe aussi un but précis », explique Gaoussou Drabo, journaliste et ancien ministre de la Communication du Mali. Il attire l’attention sur les subtilités lexicales, afin de mieux cerner le problème des fausses informations et précise l’importance de la nuance entre les fake news et les informations non avérées que peut donner un journaliste sans intention de nuire. « Ce n’est pas une fausse information donnée de bonne foi. Un journaliste peut donner une fausse information pour s’être trompé de bonne foi », relève l’ancien directeur de l’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP). La notion de fake news recouvre tout ce qui a une charge négative et qui peut nuire à l’honorabilité d’une personne, aussi bien à l’ordre public qu’à la sérénité sociale. Ces informations, savamment distillées, peuvent avoir des conséquences désastreuses. Dans le sillage de la pandémie de la Covid-19, nombreuses sont les publications sur de faux remèdes. Des mesures prétendument efficaces contre le virus ont aussi inondé les réseaux sociaux. UN PROBLÈME GLOBAL – « Les fausses informations sont publiées dans le monde entier et le Mali ne suit que la dynamique globale », estime Gaoussou Drabo. « Il n’y a pas une explication spécifique à la récurrence des fake news au Mali. Ce qui se passe au Mali est la réplique exacte de ce qui se passe dans les autres pays du monde », tranche-t-il. Néanmoins, il existe certains facteurs pouvant expliquer l’explosion effrénée des informations douteuses, voire fabriquées, sur les réseaux. « La facilité d’utiliser les nouvelles technologies, à mettre dans l’espace public, aussi bien des images, des photos que des propos, fait que tout le monde s’intitule porteur d’une opinion ou porteur d’une information », souligne l’ancien ministre. La libération de la parole publique apportée par les réseaux sociaux se révèle un terreau fertile à la prolifération de certaines fake news. C’est également l’avis de Salif Diarrah, journaliste, directeur de publication de Maliactu.net et chargé de cours de web-journalisme à l’Ecole supérieure de journalisme et des sciences de la communication (ESJSC). «Tout le monde se croit journaliste de nos jours parce que quiconque a les outils pour partager l’info le fait. Alors que tout le monde n’est pas habilité à informer», explique-t-il. Les réseaux sociaux participent donc à banaliser la pratique du journalisme. «Le journalisme ne se résume pas seulement à donner l’information », indique Salif Diarrah. Le travail journalistique englobe tout un processus, dont la collecte, la vérification, c’est-à-dire, un traitement de l’information avant sa diffusion». Les fabricants des fausses informations se basent, aussi, sur les sensibilités et fantasmes du public comme l’attrait de certains pour les théories du complot. «Les fake news sont souvent plus rapides que la bonne information parce qu’il y a souvent du sensationnel et de l’extraordinaire derrière. La tentation de partager est plus grande chez les internautes quand ils tombent sur ce type de nouvelle», analyse Salif Diarrah. Dans ce domaine, l’inspiration est poussée toujours plus loin. Les motivations et les stratégies ne manquent pas pour monter des histoires de toutes pièces. Selon Lassina Niangaly, journaliste au site Lejalon.com, «les fake news les plus fréquentes au Mali sont les images (photos ou vidéos) sorties de leur contexte réel ou les fausses déclarations pour porter atteinte à la crédibilité des personnalités ou pour annoncer leur décès». Quid des motivations ? Elles ne manquent pas pour fabriquer les fausses nouvelles. Certaines personnes «diffusent de fausses nouvelles pour avoir plus de partages ou pour faire la publicité de certains produits sur les réseaux», avance Modibo Fofana, président de l’Association des professionnels de médias en ligne (Appel-Mali). Il révèle l’existence «de groupes spécialisés dans la diffusion de fausses nouvelles avec comme motivation de manipuler l’opinion publique par rapport à certains sujets». Les fake news sont, ainsi, de redoutables armes de combat dans l’arène politique. «Lorsqu’il y a une concurrence politique, par exemple, il peut y avoir un recours délibéré aux fake news pour dévaloriser un adversaire, le mettre dans une position embarrassante ou pour lui créer une mauvaise réputation. Là, la fake news est utilisé de manière délibérée comme arme dans le domaine de la politique, de l’économie et du social», explicite Gaoussou Drabo. A ce niveau, la désinformation peut atteindre des proportions dépassant largement l’anecdotique info fantaisiste. Une forme de fausses informations qui seraient orchestrées

