Orpaillage à Kangaba : Les engins lourds entrent dans la danse

Par Sidy DOUMBIA Kangaba, 17 nov (AMAP) Sans l’or, le Mandé dont les griots et écrivains arabes chantent la grandeur, n’aurait peut-être pas existé. Le métal jaune a fait la gloire et la prospérité de tous les empires et royaumes qui se sont succédé sur ce vaste territoire. En la matière, le Cercle de Kangaba, vitrine de cette civilisation authentique, est une zone d’orpaillage par excellence. Pratiquée autrefois par les Malinkés dans cette contrée aurifère, l’extraction traditionnelle de l’or consistant à creuser des puits surdimensionnés avec des outils rudimentaires se faisait en saison sèche. Les bras valides partaient, avec la bénédiction des anciens, chercher de l’or afin de pouvoir subvenir aux besoins de la famille, comme le paiement de l’impôt, de la dot et des trousseaux des jeunes en âge de se marier. Mais, le phénomène a pris de l’ampleur au point de devenir la principale source de revenus pour des centaines de Maliens. La plupart d’entre eux, généralement motivé par le gain facile ou rapide, parcourent des dizaines de kilomètres à la recherche de la pierre précieuse que l’on «ramasserait à la surface de la terre à travers le pays». Il vide les villages de leurs bras valides en plein hivernage malgré les décisions interministérielles l’interdisant en cette période. À cette pratique, est venue s’ajouter l’orpaillage par dragage sur les cours d’eau. Le fait nouveau est l’usage d’engins lourds dans l’orpaillage. À la manière des compagnies minières industrielles, les orpailleurs s’organisent davantage pour louer des engins lourds qui mettent les forêts sens dessus dessous. Les effets aux plans économique et environnemental, ne se sont pas faits attendre. Les dégâts sont certes énormes sur l’environnement, mais les profits pour les villageois sont également colossaux. Une nouvelle tendance qu’il faudrait certainement encadrer. Face à la situation, beaucoup s’interroge : faut-il arrêter l’orpaillage ou l’organiser ? Faut-il intensifier la répression contre ceux qui bravent l’interdiction du dragage sur les cours d’eau comme il est stipulé dans le Code minier de 2019 (entré en vigueur en 2020), mais qui rapporte beaucoup d’argent aux communautés locales ? «Celui qui a vu ces villages hier et aujourd’hui ne peut pas imaginer qu’on puisse demander d’arrêter l’orpaillage. Pour preuve, les incendies qui ravageaient les villages appartiennent désormais au passé, car les toits de toutes les maisons sont en dalle ou en tôle», explique un propriétaire terrien de la Commune rurale de Minidian. S’y ajoute, selon lui, le paiement des intrants et équipements agricoles, des taxes et impôts grâce à l’argent issu de l’orpaillage. Un autre orpailleur qui fait office de «tomboloma», organisation chargée de la sécurité et de la protection des placers, va plus loin. Ce dernier estime que l’orpaillage est, aujourd’hui, le plus gros pourvoyeur d’emplois dans la zone. Les jeunes, diplômés ou non, affluent vers les sites d’orpaillage et y gagnent de quoi subvenir à leurs besoins. « L’arrêt de l’orpaillage équivaut aujourd’hui à ouvrir la porte au grand banditisme à travers le pays », affirme-t-il. DÉGÂTS ÉNORMES- De plus en plus ambitieux «l’appétit venant en mangeant» les villageois s’organisent pour louer des engins lourds qui rapportent gros. Telle est la tendance aujourd’hui sur plusieurs sites d’orpaillage. Les effets néfastes de cette pratique nouvelle sur l’environnement sont incommensurables. Les dégâts causés par les bulldozers sont énormes et sautent à l’œil. Au nombre de ces dégâts, figurent la dégradation des sols et de la végétation à cause de la coupe abusive des arbres, le risque d’empoisonnement des cours d’eau par les produits chimiques et la destruction/disparition des mares, explique le chef du Service local de l’assainissement. Celui-ci ajoute que les énormes fosses creusées par les pelles mécaniques ne sont pas réhabilitées. « Si rien n’est fait au plus vite, c’est l’avenir de plusieurs générations qui s’en trouverait compromis ». A entendre le chef d’antenne du sous bassin du Haut Niger à Kangaba, Opéri Berthé, l’orpaillage par dragage est le drame des cours d’eau au Mali. Selon lui, cette activité est à l’origine de la pollution de l’environnement, la contamination des eaux, la destruction de l’oxygène dissout et la disparition de la faune aquatique et la modification de la topographie des cours d’eau. Depuis 2018, le gouvernement a élaboré un projet de plan d’action pour l’interdiction de l’exploitation de l’or par dragues dans les cours d’eau au Mali. Pour minimiser les dégâts, le 2è adjoint au préfet du Cercle de Kangaba, Allaye Cissé, a récemment signé une décision pour mettre fin à l’utilisation des engins lourds dans l’orpaillage. Chefs traditionnels et responsables des sites d’orpaillage se sont engagés à arrêter l’utilisation des engins lourds, à partir du 15 novembre 2021 comme prévu par la décision du préfet du Cercle de Kangaba. Dans la Commune de Benkadi, la population a dit à la mission de sensibilisation dépêchée par le chef de l’exécutif local que les ressources tirées de l’orpaillage avec les pelles mécaniques et les bennes sont considérables. Elle a également fait savoir que l’arrêt de ces machines provoquera un manque à gagner irremplaçable. La délégation conduite par le préfet s’est montrée intraitable et a prévenu les éventuels récalcitrants des sanctions auxquelles ils s’exposent. SD (AMAP)

Produits de première nécessité : Le riz, le sucre et l’huile seront subventionnés (gouvernement)

Bamako, 12 nov (AMAP) Le conseil des ministres du mercredi dernier a décidé de subventionner certains produits de grande consommation, notamment le riz, le sucre et l’huile alimentaire, pour atténuer les effets de la flambée des prix des produits de première nécessité,. D’après le communiqué du Conseil, cette subvention se traduira par la réduction de la base taxable de 50% sur l’importation de : 300 mille tonnes de riz, 60 mille tonnes de sucre, 30 mille tonnes d’huile alimentaire. Pour certains de nos compatriotes, cette décision vient à point nommé. «Il était temps que le gouvernement prenne une décision. On espère que cette subvention-là va faire baisser les prix. Car, ce n’est souvent pas le cas, Si le gouvernement a pris cette décision, on ne peut que le remercier. Car, faut-il encore le rappeler, la vie reste chère », estime Ibrahim Traoré, un maître d’école. « La Covid-19 a fait que beaucoup de personnes ont perdu leur emploi. Si dans cette condition, les citoyens doivent faire face à la vie chère, ce n’est pas chose facile. On espère que très bientôt, on verra l’effet de la subvention sur les prix !», s’exclame la présidente de l’Association des consommateurs du Mali (ASCOMA), Mariam Diarra qui juge cette décision salutaire. «S’il y a une subvention en vue d’atténuer les effets de la flambée des prix des produits de première nécessité, on ne peut que s’en réjouir, remercier le gouvernement et l’encourager à tenir compte du pouvoir d’achat des citoyens», dit Mme Diarra. La présidente du Front populaire contre la vie chère (FPCVC), Mme Mariam Koné, se montre prudente. «À chaque fois qu’on commence à subventionner, les prix baissent quelques jours avant de grimper», déplore-t-elle. Elle suggère la mise en place du comité de veille pour le respect des prix subventionnés. La hausse des prix des denrées de première nécessité constitue, de nos jours, une préoccupation majeure pour les chefs de famille et les ménagères. Au Mali, depuis quelques temps, les prix de certains produits de première nécessité ont pris l’ascenseur et tardent à revenir à la normale. «Le kg de la viande avec os était vendu à 2 200 Fcfa et celui sans os à 2 500 Fcfa. Mais depuis plusieurs mois, nous achetons la viande avec os à 2 800 Fcfa et celle sans os à 3 300 Fcfa. Quand tu enlèves cette somme du prix de condiment combien reste-t-il pour l’achat des autres ingrédients ? Le bidon d’huile de 5 litres qu’on achetait entre 4 000, 4 250 Fcfa est cédé à 6 000 Fcfa. Il est temps que les autorités agissent. Car, c’est tout le monde qui se plaint», fustige la ménagère Penda Keïta. Face à la flambée des prix de certains produits de grande consommation, le FPCVC avait organisé, le 10 juillet dernier, un sit-in au Monument de la paix «contre la souffrance des populations à cause de l’augmentation des prix des denrées alimentaires». Le Conseil national de Transition (CNT) a interpellé le gouvernement, le 1er juillet 2021, pour s’expliquer sur la situation. Nonobstant ces interpellations et quelques mesures prises par le gouvernement, les Maliens se plaignent toujours de la flambée des prix et de la cherté de la vie. ADS/MD (AMAP)    

Lutte contre la déforestation : La COP26 sonne la charge

Par Cheick Amadou DIA Bamako, 04 nov (AMAP) La 26è Conférence des Nations unies sur le climat, deux jours seulement après son ouverture à Glasgow en Ecosse, est parvenue, mardi, à la signature, par plus de 100 pays abritant 85% des forêts mondiales, d’une déclaration commune pour enrayer la déforestation d’ici 2030. Il s’agit du «plus grand pas en avant dans la protection des forêts mondiales en une génération», s’est enthousiasmé Boris Johnson, le Premier ministre britannique, hôte du sommet, lors de la signature du document. L’initiative est essentielle pour parvenir à l’objectif de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C, selon les organisateurs de la conférence. Ces formidables écosystèmes fourmillants, «cathédrales de la nature», sont les poumons de notre planète. Ils absorbent une grande partie du gaz carbonique rejeté dans l’atmosphère, responsable du réchauffement climatique. Malgré leur rôle essentiel dans notre survie même, les forêts disparaissent à un rythme alarmant correspondant à l’équivalent de 27 terrains de football, 291.600 m2 par minute, selon les estimations de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’accord prévoit de mobiliser 19,2 milliards de dollars pour la protection et la restauration des forêts. La France et 11 autres pays riches, s’engagent à mobiliser, conjointement, 10,3 milliards d’euros de fonds publics, entre 2021 et 2025, pour lutter contre la déforestation. À cette somme devraient s’ajouter 6,24 milliards d’euros d’investissements privés. Parmi ces fonds, 1,3 milliard de dollars seront investis pour protéger le bassin du Congo qui abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde après l’Amazonie. Par ailleurs, les patrons de plus de 30 institutions financières, représentant plus de 8.700 milliards de dollars d’actifs mondiaux, se sont aussi engagés à éliminer les investissements dans les activités liées à la déforestation. Selon l’ONG WWF, les engagements clés de cette déclaration comprennent, notamment, la conservation des forêts et autres écosystèmes terrestres, ainsi que l’accélération de leur restauration. L’accord prévoit, également, la promotion de la production et de la consommation durables de produits de base qui n’entraînent pas la déforestation et la dégradation des terres ou encore, la réduction de la vulnérabilité des communautés qui vivent dans ces territoires. «C’est une bonne nouvelle pour nous», déclare le président de l’ONG malienne, Mali-Folckecenter Nyetaa qui participe aux travaux. Avec le changement climatique, la grande exploitation agricole, la surpopulation et les déplacements des populations dus aux conflits, une forte pression est exercée sur les forêts, selon Dr Ibrahim Togola. Ces différentes actions font que la déforestation prend, de plus en plus, de l’ampleur au Mali. Selon la Politique forestière nationale de 2017, chaque année, environ 500.000 hectares de forêts disparaissent dans au Mali. Si dans les années 1960, le Mali disposait de plus de 4.400.000 hectares de superficies forestières, aujourd’hui il n’en reste que près de 800.000 hectares, soit une perte de plus de 80%. Les responsables du Système d’information forestier (SIFOR) expliquent cela par le fait que le bois et le charbon occupent 80% des besoins de la population en énergie. Face aux différences crises climatiques, la population doit sa résilience aux forêts. « Le bois énergie est une denrée de première nécessité au même titre que le riz, l’huile, le sucre, la farine, etc. », fait remarquer Dr Togola. « Le secteur apporte plus de 100 milliards de Fcfa à l’économie, chaque année », souligne-t-il. Le président de Mali-Folckecenter Nyetaa affirme, également, que les deux grands facteurs de déforestation sont l’énergie et l’agriculture. « La diversité des acteurs dans l’exploitation et la gestion forestière pose, également, un problème fondamental », analyse Dr Souleymane Diallo, professeur à l’Institut polytechnique rural (IPR) de Katibougou. « Les recherches sur les espèces d’arbres ne sont pas développées dans notre pays. Si c’est le cas, elles ne sont pas appliquées », déplore le chercheur, avant de regretter qu’elles soient méconnues par les acteurs. Face à cette déforestation galopante, il faut aller vers l’application stricte des normes de gestion durable des forêts, estime Dr Ibrahim Togola. Les informations liées à la forêt doivent être disponibles pour tous les acteurs ainsi que pour les populations. Il faut, également, aller vers la mise en place des forêts destinées aux bois d’œuvre. Du côté de la recherche et de la formation, les écoles comme l’IPR doivent être appuyées pour une formation de qualité. Enfin, les acteurs forestiers doivent être bien identifiés pour aller vers une coopération publique privée dans la gestion durable des forêts. C’est en tout cela que le Mali doit tirer bénéfice de cet accord obtenu à la COP26, selon cet acteur de la société civile. Cependant, le coordinateur de campagne de l’ONG Canopée, qui œuvre pour la protection des forêts mondiales, estime qu’il existe une interrogation quant à la signature d’un certain nombre de pays dont on peut légitimement douter de la bonne foi. Sylvain Angérand cite, notamment, la République démocratique du Congo (RDC) qui s’apprête à lever un moratoire sur l’exploitation forestière d’une superficie équivalente à celle de la France, mais aussi le Brésil qui a battu des records de déforestation depuis trois ans. Sous le feu des critiques pour sa politique environnementale, le Brésil a annoncé lundi, à l’ouverture de la COP26, des objectifs plus ambitieux en matière de réduction des émissions de CO2 et de lutte contre la déforestation. Il prévoit de baisser ses émissions de 50% d’ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Selon plusieurs études récentes, la déforestation en Amazonie brésilienne a transformé ce puits de carbone fondamental pour la planète en émetteur net de CO2 en 2020. Des experts de l’ONG autrichienne, All Rise, estiment ainsi que le rythme de cette déforestation s’est accru de 88% depuis l’arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro, représentant une perte de quelque 4.000 km2 de forêt amazonienne chaque année. Ce nouvel engagement contre la déforestation fait écho à la Déclaration de New York sur les forêts de 2014. À l’époque, de nombreux pays s’étaient engagés à diviser par deux la déforestation en 2020 et d’y mettre fin en 2030. CAD (AMAP)

Diéma : La pastèque introuvable sur le marché

Par Ouka BA Diéma, 1er nov (AMAP) Exceptionnellement, cette année, la culture de la pastèque n’a pas réussi dans le Cercle de Diéma. La plupart des plantes ont séché avant même leur floraison, à cause des fréquentes ruptures de pluie, Ce qui aurait influé d’une manière générale sur l’ensemble des cultures, notamment le mil, le maïs et l’arachide. Sur les grands axes, il est rare de voir aux abords des routes des tas de pastèques réservés aux passagers. Dans le Kaarta, aujourd’hui, la culture de la pastèque permet de renforcer l’autosuffisance alimentaire. De nombreuses familles génèrent des ressources à travers la culture de la pastèque. Hommes, femmes et jeunes, tous s’adonnent à cette activité lucrative. Dès que les premières pluies tombent, tous se dirigent vers les champs pour labourer et semer. Mais beaucoup de gens commencent à se faire des soucis et pensent que dans les années à venir, la culture de la pastèque finira par remplacer totalement celle du mil, à cause des revenus intéressants qu’elle génère. Avec la production et la commercialisation de la pastèque, de nombreux jeunes se sont mariés. Certains se sont octroyés des motos, d’autres ont investi dans le commerce, l’élevage et autres activités génératrices de revenus. Aujourd’hui, dans le Cercle de Diéma, la culture de la pastèque a permis de fixer beaucoup de jeunes, les empêchant d’aller mourir sur les côtes méditerranéennes. Les femmes en tirent le plus grand profit. Certaines achètent des pastèques, qu’elles découpent en petites tranches vendues à cent francs cfa. Mais toutes déplorent la rareté et surtout la mauvaise qualité de la pastèque. C’est pourquoi, la marchande Djéba Traoré, ne laisse jamais un client goûter sa pastèque avant de l’acheter. Dans ces conditions, s’exclame la dame, je risque de perdre tous mes avoirs. Les deux hectares de pastèque de Baba Traoré, 3è adjoint au maire de la Commune rurale de Gomintradougou, n’ont rien produit. Auparavant, cet élu-producteur pouvait réaliser des recettes de près d’un million de francs cfa avec la vente de ses pastèques. Il évoque la rareté des semences de pastèque, qui, pour s’en procurer, il faut se rendre jusqu’à Kayes ou Bamako ou passer la commande. « Des transporteurs sont venus récemment dans notre village, mais ils en sont retournés bredouilles. Tous nos champs sont rasés. Pas de pastèques cette année », ajoute l’homme. D’après Bassi Baba Diarra, résident à Dioumara, la culture de la pastèque se porte mal dans cette localité. « De nombreux producteurs affluaient de Ségou pour venir cultiver la pastèque chez nous, mais cette année, on pouvait les compter sur le bout des doigts. On dirait qu’ils ont présagé cette mauvaise campagne « , se désole-t-il. Pour promouvoir la culture de la pastèque, il propose de rendre disponibles les semences jusqu’au niveau villages et hameaux. Il faut équiper les producteurs agricoles avec des matériels et intrants afin d’accroître leurs productivités. Même plainte chez le président de la chambre locale d’agriculture, Boubou Traoré, qui explique que son champ de pastèque a produit des fruits maigres et fades, à cause de l’insuffisance de pluies. Cette année, le prix de la pastèque a grimpé. « L’année dernière, avec 200 Fcfa, dit le représentant du monde rural, on pouvait avoir une pastèque de son choix ». « Il faut rentabiliser cette filière en implantant des unités de transformation », suggère-t-il. A Nafadji, selon Kantara Traoré, ce sont des gens de Ségou et Bougouni qui viennent cultiver de la pastèque. Ils vendent leurs produits aux commerçants de Bamako qui remplissent des camions pour aller ravitailler des unités de transformation. Mais cette année, aucune commande n’a été satisfaite dans ce village. La crise de la pastèque est ressentie partout. Modibo Fofana, résident à Fangouné Kagoro, rencontré au secteur de l’agriculture, dispose de deux hectares de pastèque. Il explique que le champ qu’il exploite avait été mis à la disposition du directeur d’école du village. « Un soir, lorsque je me promenais, dit-il, j’ai constaté que le champ en question n’avait pas été utilisé depuis deux ans. C’est ainsi que j’ai ordonné à mes enfants de le labourer et d’y semer de la pastèque », explique-t-il. Aucun champ de pastèque n’a fleuri cette année à Diangounté Camara. Bakary Sacko, rapporte qu’au moment où les plantes ont commencé à pousser, les pluies ont été interrompues. Quand il parcourt son champ, le bruit des feuilles mortes de pastèque sous ses pieds lui fait grincer des dents. Fatoumata Traoré aide sa mère à vendre des pastèques au quartier Razel. Assise sous un hangar de fortune, la fille attend les clients qui tardent à se présenter. De passage, s’il vous arrive de regarder du côté de son étal, elle vous invite à venir acheter de la bonne pastèque. Les prix de la pastèque, ici, vont de 300 à 500 Fcfa, malgré leur petite taille. Sa mère sillonne les villages environnants pour s’approvisionner. Gaoussou Diarra, producteur agricole à Dianguirdé, dit que la pastèque a réussi dans sa localité. « Les enfants de notre chef de village passent le plus clair de leur temps à charger des camions en provenance de Kayes et de Bamako. Je n’ai pas fait de champs de pastèque cette année, j’ai cultivé un peu de sésame, c’est mon seul regret », dit Gaoussou. Tama Diarra, déclare qu’à Kana, son village natal, personne ne cultive de la pastèque. « Les gens n’accordent pas d’importance à cette culture qu’ils considèrent comme une perte de temps. Seul, le mil compte pour nos braves paysans », dit-il. «La pastèque c’est de l’eau, poursuit-il, elle n’arrange que ceux qui souffrent de déshydratation ». « Moi, je n’en veux pas», renchérit Seiba Kanté, réparateur de motos. «Les Chinois ne mangent pas la chair rouge de la pastèque dont nous raffolons, mais plutôt l’intérieur. Il paraît que c’est la partie dure qui renferme plus de vitamines», croit savoir Sékou Camara, manœuvre sur un chantier. On rapporte qu’un âne en divagation s’est introduit nuitamment dans la maison d’une femme et a dévasté son petit champ de pastèque situé dans un coin de la cour. L’entrée de la maison était restée ouverte> Son fils qui est rentré

Réintégration des migrants : La success story d’un rescapé de la Méditerranée

Par Mohamed TOURE Bamako, 15 oct (AMAP) Yeli Diallo a échappé à la noyade en mer en tentant de rallier les côtes italiennes à bord d’une embarcation. Échaudé par cette mésaventure, le jeune homme est retourné au bercail pour se lancer dans le maraîchage, une activité qui lui réussit Yeli Diallo est plus que jamais déterminé à réaliser ses nombreux projets. À 35 ans, il a le sourire pudique qui ne quitte plus ses lèvres. Mince, la barbe en bataille, l’homme confie s’être forgé une résilience face aux vicissitudes de la vie. En 2018, Yeli ne jurait que par l’Europe. Peu lui importait les risques. Marié, face aux difficultés de trouver un travail pour subvenir aux besoins de sa famille, le jeune homme s’engage alors sur le chemin de la migration clandestine. Parti pour l’Algérie par la route, le jeune homme traverse les villes de Gao et Kidal (Nord), en bravant le danger, entre les mains des passeurs et des groupes armés. La traversée du désert le conduit en Libye, via l’Algérie. Malgré ses compétences en mécanique, c’était impossible pour lui de travailler en Libye. Trop risqué à cause des hommes armés ayant la gâchette facile. «C’est difficile de travailler avec des gens armés qui sont capables de te tuer au moindre malentendu. Le rapport de collaboration est presqu’impossible», argumente-t-il. Grâce à la débrouillardise, Yeli arrive à réunir un peu d’argent pour réaliser son rêve. Mettre les pieds en Europe. Le jeune homme se lance, un vendredi, nuitamment, dans une embarcation de fortune. À bord, plus de 120 personnes déterminées à rejoindre l’Italie en traversant la Méditerranée. «Nous avons passé deux jours en mer sans retrouver notre chemin. Le deuxième jour, au soir, il y avait de la neige. La visibilité était réduite, pendant qu’un hélicoptère italien nous cherchait», se souvient Yeli. Une soixantaine de personnes, dont Yeli tombent à l’eau suite à un mouvement de panique. Selon le rescapé, 54 ne survivent pas et meurent dans les profondeurs de la Méditerranée. Ses réflexes de nageur et son instinct de survie le sauvent de la noyade. « Mais l’épisode, confie-t-il, le marque à jamais ». « Pendant ces genres de moment, les gens sont sans pitié. Par exemple, ceux qui s’évanouissaient étaient jetés à l’eau pour avoir plus d’espace sur la petite embarcation », témoigne le jeune qui a encore du mal à mettre des mots sur cette mésaventure. PRISONS À CIEL OUVERT – Le récit de Yeli donne un aperçu glaçant de la route migratoire par la mer Méditerranée. Tristement reconnue comme la plus meurtrière au monde, elle a coûté la vie, entre juin 2019 et fin 2020, à plus de 2.600 candidats à la migration, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Les tentatives de traversée de la Méditerranée se terminent souvent par des échecs. Plus de 10.000 migrants ont été interceptés et envoyés dans des centres de détention par les autorités libyennes, rien qu’entre janvier et juin 2021, signale encore l’OIM. Pour le cas de Yeli Diallo, avec d’autres rescapés, il a été recueilli à Tripoli par la police libyenne. Le jeune vivra l’expérience des centres de détention. Dans ces prisons à ciel ouvert, il fut témoin de plusieurs actes de violation des droits de l’Homme ou de violences notamment contre des femmes. Les violences dans ces centres libyens sont régulièrement répertoriées par des organismes dont le Haut-commissariat des Nations unies pour les droits humains (HCR). Dans un rapport publié en mai 2021, l’organisme onusien dénonçait l’inaction de l’Union européenne (UE) et de la Libye face à la tragédie que vivent les migrants comme Yeli qui empruntent le chemin de la Méditerranée. En mars 2021, le Conseil de l’Europe dénonçait le «manque de volonté des États» d’établir des politiques de protection des migrants. SIGNE DU DESTIN – Après l’échec de la traversée, Yeli est pris en charge par l’OIM. Il est rapatrié à Bamako avec d’autres compatriotes. « Ils ont reçu, chacun, 55.000 Fcfa afin de retourner chez eux », explique-t-il. Le retour de Yeli à la maison était aussi difficile à cause des pesanteurs sociales. Les petits emplois qu’il multiplie sont de nouveau insuffisants pour assurer les dépenses de la famille. Reprendre la route de l’émigration lui a effleuré l’esprit. «Je voulais gagner un peu d’argent pour partir à Gao. De là, j’allais me débrouiller pour entrer en Algérie, en comptant sur un ami qui allait m’aider», détaille-t-il ainsi son nouveau plan de voyage. «Je n’avais rien à perdre et presque plus le goût à la vie. Je n’avais plus peur de mourir vu que j’avais vu des atrocités en Libye. Beaucoup de gens ont été tués devant moi», confie-t-il. Au moment où Yeli commence à désespérer, il reçoit un signe du destin. «J’ai reçu un appel des gens de l’OIM qui m’ont parlé d’un programme d’aide pour les migrants de retour», dit-il. Ce programme mis en œuvre par l’OIM, en partenariat avec l’UE, aide certains migrants de retour à travers  la réintégration dans plusieurs domaines professionnels, tels que l’artisanat, la maçonnerie ou le secteur agricole. Yeli trouvera sa voie dans le maraîchage, domaine qu’il connait bien. Il avoue s’être attendu au début à une aide financière, qu’il aurait pu utiliser pour retourner en Algérie. Finalement, il accepte de suivre plusieurs formations avant de commencer ses activités. «Les formations m’ont été utiles pour changer ma vision de certaines choses. Les formateurs nous disaient que nous allions rencontrer les mêmes difficultés chez nous comme à l’étranger», explique Yeli qui reçoit du matériel pour commencer son activité de maraîchage dans son village. «Je me suis décidé à travailler pour honorer la confiance placée en moi. Six à neuf mois plus tard, j’avais déjà la clôture de mon jardin avec un grillage», raconte-t-il fièrement. RÉINTEGRATION RÉUSSIE – Yeli fait partie des quelques exemples qui prouvent que la réintégration après une expérience de migration est possible. À quelques encablures du nouveau pont de Kayes, à Danfagabougou, le jeune homme arpente chaque jour les pistes étroites, où son jardin d’un demi hectare est niché. Plusieurs

Production cotonnière : Le vieux défi de la transformation locale

Par Mohamed TOURÉ Bamako, 07 0ct (AMAP) À l’instar de la communauté internationale, le Mali célèbre aujourd’hui 7 octobre, la Journée mondiale du coton. Les attentes de nos concitoyens sont de plus en plus tournées vers une transformation locale de la production. La dynamique enclenchée quant à la promotion des tissus locaux pourrait attirer des investisseurs. Le Mali est l’un des premiers producteurs de coton en Afrique avec une production annuelle normale avoisinant les 700.000 tonnes, ces dernières années. Le coton a représenté environ 6% du Produit intérieur brut (PIB) de notre pays, en 2017, avec 189 milliards de Fcfa et 108 milliards de Fcfa en 2018, rapporte l’économiste Modibo Mao Makalou. La filière coton est une source de revenu pour 40% de la population rurale malienne soit plus de 4 millions de Maliens. « Elle est la deuxième source de recette d’exportation pour notre pays, soit 10 à 14% des recettes, après l’or avec 70% », détaille l’économiste. Le talon d’Achille de cette manne pour notre économie est la production transformée localement quasi nulle pour en tirer une valeur ajoutée. « Moins de 1% de la production nationale de coton sont transformés localement au Mali », relève M. Makalou. Le business du coton transformé localement est l’apanage de certains entrepreneurs qui se sont lancés dans le secteur. Sory Ibrahim Konandji, un technicien en technologie du textile formé au Centre de recherche et de formation pour l’industrie textile (CERFITEX), s’est lancée dans ce domaine qu’il juge porteur. En 2019, il a créé son entreprise qui emploie cinq personnes sur subvention, accordée par un projet du ministère en charge de l’Emploi. Comme lui, de nombreux entrepreneurs s’essaient dans la transformation pour la mise en valeur des produits locaux dérivés du coton. Mais, ces petites entreprises embryonnaires sont obligées de se fournir à l’extérieur avec le manque d’unité industrielle nationale dû à l’inactivité de la Compagnie malienne des textiles (COMATEX). Sory Ibrahim Konandji et ses collègues importent des fils de coton des pays voisins comme le Burkina Faso et le Sénégal qu’ils transforment à leur tour en tissu. « Avant, on se faisait ravitailler par la COMATEX, le prix du paquet de fil nous revenait deux fois moins cher que maintenant où nous l’importons de l’extérieur », explique Sory Ibrahim Konandji. POLITIQUE NATIONALE INDUSTRIELLE – La production cotonnière du Mali est supérieure à celle de certains pays où les artisans ou entrepreneurs maliens s’approvisionnent en fil. Pour pallier ce manque à gagner pour l’économie nationale, Modibo Mao Makalou, insiste sur la nécessité d’adopter une Politique nationale industrielle axée sur la transformation de nos matières premières dont le coton. « La politique industrielle est la politique en matière de compétitivité, c’est-à-dire pouvoir allier la recherche, l’innovation en matière de coton par exemple. Il faut savoir comment augmenter les rendements, faire la transformation et où vendre la production », propose le spécialiste. Pour lui, une telle dynamique est possible grâce à une synergie d’action entre l’ensemble des acteurs intervenant dans la chaîne de politiques publiques en la matière. « Cela ne dépend pas seulement du ministère de l’Industrie, ceux de l’Agriculture, du Commerce, des Finances sont aussi concernés», ajoute-t-il. Cela, afin de vaincre notre dépendance à l’exportation de coton brut et de créer de la valeur ajoutée. Le Mali exporte près de 99% de sa production de coton non transformée. Même si elles étaient transformées à hauteur de 10 à 20%, les revenus actuels issus de l’Or blanc pourraient être doublés. Ce qui aurait pu permettre d’augmenter substantiellement les emplois et les revenus de ceux qui opèrent dans la filière, analyse l’économiste. « Quand on transforme le coton, on crée de l’emploi et des revenus qu’on peut créer de la consommation dans son pays », insiste-t-il. En plus de la création d’opportunités, la transformation permettra un contrôle du surplus de production qui peut être exporté pour alimenter le marché sous régional. « Ainsi même si le prix des matières premières augmente, nous ne sommes pas aussi affectés que lorsque nous vendons sur le marché international sur lequel nous ne contrôlons rien. Quand nous exportons du brut, nous sommes à la merci des prix internationaux qui ne sont pas fixés » de commun accord ni avec nos producteurs ni avec nos gouvernants, explique Modibo Mao Makalou. À défaut de disposer d’un secteur industriel compétitif, la petite transformation artisanale peut aussi offrir des opportunités à valoriser pour ses intervenants. En la matière, Modibo Mao Makalou estime que les filières artisanales de transformation peuvent être mieux valorisées et organisées. « Mettre les tisserands et les artisans locaux en coopérative, explique-t-il, leur permettrait d’exporter leurs produits sur le marché international ». « Les tissus faits à la main coûtent plus cher que ceux confectionnés industriellement », argumente-t-il, insistant sur la nécessité de capitaliser le savoir-faire de nos artisans. « Quand nous achetons une chemise chez les artisans, la personne qui fabrique le fil gagne, celui qui fait le tissu gagne, celui qui fait la couture gagne. Si au moins un million de Maliens font de même, les revenus générés au sein de l’économie seront conséquents », soutient Modibo Mao Makalou. Il attire l’attention sur les opportunités dans ce domaine qui peuvent être rentabilisées avec des initiatives comme African Growth Opportunities Act (AGOA), une loi qui permet à 5.000 produits africains d’entrer sans droit de douane sur le marché américain. « Les produits du coton et ceux fabriqués en cuir entrent dans ce cadre », précise l’économiste. MT (AMAP)    

Plusieurs leaders politiques maliens lancent un «appel pour la réussite de la Transition»

Bamako, 27 juil (AMAP) Plusieurs leaders de formation politiques nationales ont lance, lundi, à Bamako, « un appel pour la réussite de la Transition » au Mali, a constaté l’AMAP. Les anciens Premiers ministres, Soumaïlou Boubeye Maïga et Moussa Mara et les anciens ministres Amadou Koïta, Tiemoko Sangaré, Dr Boukary Treta, entre autres, plusieurs, responsables connus de la scène politique étaient réunis, ce lundi, à Bamako. Dans une déclaration commune, lue par leader du parti Yelema, Moussa Mara, ils ont énuméré en huit (8) points leurs propositions pour la réussite de la Transition. Ils ont affirmé, notamment, leur «disponibilité à participer à toutes les initiatives de la transition pour asseoir une grande inclusivité dans la conduite des affaires publiques ». Ces responsables politiques ont declare, également, soutenir «les initiatives visant à instaurer et renforcer la cohésion sociale, la stabilité et la sécurité du Mali » et ont estimé « que la sortie durable de crise de notre pays suppose la conduite d’actions qui ne peut être toutes envisagées pendant la seule période de la transition ». Ils se sont declares, entre autres, «convaincus» que le prochain pouvoir élu «devra impérativement travailler dans un esprit de rassemblement et d’inclusivité et conduire de profondes réformes», tout en affirmant leur « attachement au respect scrupuleux de la période de la transition». MT/MD (AMAP)

Une pluviométrie abondante au Mali pour l’hivernage 2021, selon les spécialistes de la météo

Par Makan SISSOKO Bamako, 03 juin (AMAP) Les spécialistes de la météo annoncent une pluviométrie abondante au Mali pour le prochain hivernage et indiquent qu’à cet effet, le choix des semences et l’utilisation d’autres techniques agricoles seront déterminants pour faire une bonne récolte. L’Agence nationale de la météorologie prédit, pour la campagne agricole 2021, une pluviométrie abondante marquée par des périodes sèches. Les prévisions saisonnières des caractéristiques agro-hydro-climatiques de Mali-Météo, base scientifique de ces analyses, laissent paraître « un hivernage humide avec un démarrage précoce à normal, une fin tardive, des séquences sèches plus longues en début et courtes en fin de saison ». Il est également attendu des écoulements globalement supérieurs aux moyennes de la période 1981-2010 dans les bassins du Niger et du Sénégal. Face à ces prévisions météorologiques, nous avons rencontré des spécialistes en agronomie qui prodiguent des conseils pratiques aux agriculteurs pour les aider à atteindre les résultats escomptés au titre de la campagne qui va bientôt démarrer. Les techniciens conseillent, aussi, les comportements à adopter par les producteurs afin de booster la production agricole de cette saison agricole 2021 Le chef du Laboratoire d’analyse de qualité des semences du Mali (Labosem). basé à Sotuba, Dr Dionkounda Camara, se réjouit de « ces bonnes perspectives pour la campagne agricole en termes de pluviométrie ». Pour booster les rendements, le spécialiste invite les cultivateurs à suivre le calendrier agricole, en écoutant les agents techniques d’agriculture en poste dans leurs zones respectives et, surtout, de suivre les conseils que les techniciens donneront en fonction de l’évolution de la pluviométrie. VARIÉTÉS DE SEMENCES – Parlant des caractéristiques annoncées, Dr Camara explique que la grande pluviométrie prévue suppose que le cycle de la saison sera bouclé sur toute la ligne. À ce titre, l’expert demande aux producteurs de tenir compte de certains aspects techniques au point de vue cultural. En saison de grandes pluies, par exemple, il est recommandé aux producteurs de semer les variétés de semences hybrides qui sont beaucoup plus profitables en termes de rendement et de résistance par rapport aux variétés à pollinisation libre (OPV, sigle anglais). Celles-ci résistent difficilement à la grande pluviométrie, argumente-t-il. Toutefois, insiste Dr Dionkounda Camara, le choix des variétés de semences doit différer en fonction des différentes zones de culture. « Car, ajoute le chef de Labosem, chaque variété est adaptée à une zone agro-climatique bien déterminée en saison de grande pluviométrie ». Prenant l’exemple sur la zone de Sikasso, Dr Camara explique que l’hivernage y commence au mois de mai. S’il devrait beaucoup pleuvoir dans ces zones, les producteurs ne devraient pas semer en fin mai, selon lui. Ils doivent retarder les semis vers la deuxième décade du mois de juin. « En ce moment, ajoute-t-il, les plants vont boucler leur cycle suivant l’intensité de la pluviométrie ». « Par contre, s’ils cultivent au mois de mai, les plants vont grandir. Leur maturité physiologique coïncidera avec la grande pluviométrie qui va sans doute impacter la production », assure le spécialiste. Ainsi, aux paysans opérant dans des zones de grande pluviométrie, comme la Région de Sikasso, Dr Dionkounda Camara demande de s’intéresser aux nouvelles variétés de semences hybrides de maïs, mil, sorgho, niébé, etc. développées par les chercheurs de l’Institut d’économie rurale (IER). Il suggère, aussi, de prendre des informations auprès des agents d’encadrement des différentes zones de production sur les choix des variétés, les techniques culturales et concernant les bons comportements qu’il faut adopter, compte tenu de l’évolution des techniques culturales afin d’obtenir les résultats escomptés. EMBLAVER LES PARCELLES – De son côté, le spécialiste en agro-climatologie et chercheur à l’IER, Dr Salifou Sissoko, invite, sur la base des prévisions annoncées par Mali-Météo, les producteurs à commencer tôt à emblaver les parcelles. Afin d’éviter de prendre du retard par rapport « aux semis qui constituent, selon lui, l’acte principal du paysan ». Le spécialiste conseille aux paysans de semer les variétés de semences adaptées à leur environnement, issues de la recherche ou non, des variétés tardives ou intermédiaires. «Le paysan a un savoir millénaire. Il connaît son environnement mieux que n’importe quel chercheur, de façon globale. Nous, on se permet de leur donner des conseils par rapport aux variétés que nous avons créées et des innovations que nous avons apportées et qui vont dans le sens des savoirs paysans. Que la saison soit précoce ou tardive, le meilleur conseil qu’il faut donner aux paysans est de se lever tôt», insiste le spécialiste. Par rapport aux techniques culturales, le chercheur, qui a foi aux savoirs locaux paysans, exhorte les cultivateurs à aller vers des pratiques agro-écologiques, en utilisant moins d’engrais chimiques. Pour lui, utiliser en abondance les fumures organiques a pour avantage de diminuer les coûts de production et permet de produire des variétés agro-écologiques qui n’ont pas de conséquences sur la santé des producteurs et des consommateurs. Dr Sissoko demande, également, d’éviter surtout de cultiver dans les bas-fonds. En cultivant dans ces zones à forte humidité, l’eau risque de détruire les cultures à cause de l’inondation. Aux producteurs obligés de cultiver dans les bas-fonds, le spécialiste suggère de privilégier des cultures pouvant supporter l’eau notamment, le riz. Pour le Dr Sissoko, la météo donne des prévisions générales qui doivent être complétées par les prévisions quotidiennes tout au long de l’hivernage. À cet effet, le spécialiste encourage les paysans à écouter quotidiennement ces prévisions à travers la radio et la télévision. «On est également en train d’essayer de former les paysans dans l’utilisation du téléphone portable pour avoir accès aux données quotidiennes, c’est aussi une manière qui leur permettra de prendre des précautions nécessaires», explique-t-il. MS (AMAP)  

Diéma : Le pain de singe aux multiples vertus

Par Ouka BA AMAP-Diéma Diéma, 04 mai (AMAP) En milieu soninké, rares sont les habitations ou les champs qui n’ont pas, au moins, un baobab. Cet arbre historique et nourricier, constitue un patrimoine, un bien commun pour la famille. Lorsqu’une parcelle de terrain compte, même un seul baobab, le jour où son propriétaire décide de la vendre, l’arbre ne fera pas partie de la transaction. Il restera au compte du premier propriétaire du terrain, sauf s’il trouve un compromis pour le céder à l’acheteur. Le baobab, qui donne le pain de singe, est une essence précieuse qui peuple la quasi-totalité de la Bande sahélienne. Dans le Cercle de Diéma, dans l’Ouest du mali, on  en retrouve dans toutes les quinze communes, avec une présence plus accrue dans les localités de Dianguirdé, Madiga Sacko, Lakamané, Sansankidé, Diéoura et Doumara. Les Communes de Béma et Diéma, en comptent très peu. La cueillette et la commercialisation du pain de singe sont devenues une affaire de tous, aujourd’hui, dans le Cercle de Diéma. Ce ne sont plus les seuls Maures qui exercent cette activité lucrative. Dans la pure tradition maure, on accueille l’étranger avec du thé, naturellement, avant de lui donner à boire du « zirigui », une boisson traditionnelle à partir de poudre de pain de singe et de lait, avec une dose raisonnable de sucre. Pour mieux se rafraîchir, certains ajoutent de la glace au « zirigui ». Chez les Maures, le « zirigui ». est autant apprécié que le thé. Il facilite la digestion et « nettoierait » le ventre. D’autres trouvent que la consommation abusive du pain de singe provoque la constipation.. VERTUS ET QUALITES – Le baobab, qui peut vivre plusieurs siècles, occupe une place de choix dans l’économie familiale. Aucune partie du gigantesque arbre ne se jette. Ses écorces sont utilisées pour fabriquer des cordes, ses feuilles vertes entrent dans la préparation de la sauce de pâte d’arachide « Ziraboulou nan » et autres mets, la poudre de ses feuilles sèches « namougoufing » est associée au couscous pour le rendre plus gluant et facile à avaler. Le pain de singe entre dans la préparation de la bouillie de mil, à défaut du citron. Ce fruit sauvage est recommandé dans les cas de diarrhées, ainsi que l’ulcère gastrique Pour faire la sauce du « tô » (pâte de mil), certains préfèrent la poudre de feuilles de baobab au gombo. Aussi, pour donner du poids à leurs femmes et leurs filles, les Maures mettent-ils de la poudre de feuilles de baobab dans l’eau, mélangent minutieusement la mixture, et  leur font  boire constamment cette solution. La personne peut rendre ce qu’elle ingurgite, on lui fera quand même avaler toute la quantité préparée. Une pratique proche du gavage appelée « Ka Bellehé ». Selon certaines croyances, pour avoir le pouvoir, accéder à un poste de responsabilité ou même devenir « Mansa » (Chef), il faut bouillir la gousse vide du pain de singe et se laver avec la décoction, une fois par jour, pendant une semaine. Le résultat serait immédiat, à condition de n’avoir jamais entretenu de relations intimes avec la femme ou l’homme d’autrui. Pendant l’hivernage, au moment de cultiver, certains préparent le pain de singe pour donner à leurs enfants, afin d’atténuer les effets du soleil et étancher leur soif. « Enfant, je me souviens que de retour de la brousse, sous un soleil ardent, ma mère me donnait à boire du jus de pain de singe. Aussitôt, je me sentais soulagé », nous dit un homme. SAISON DES AFFAIRES – La traite du pain de singe a véritablement démarré dans le Cercle de Diéma. Des exploitants, aux  acheteurs, en passant par des revendeurs et des transporteurs, chacun y trouve son compte. Les Maures arrivent de la Mauritanie voisine pour charger leurs camions de pain de singe. Généralement, ils troquent leurs produits contre des céréales. Ils en vendent, aussi, pour se procurer du thé, du sucre, du tabac et pour régler d’autres petits problèmes. Le pain de singe est vendu dans les différentes foires hebdomadaires du Cercle de Diéma. Des stocks importants sont acheminés vers divers horizons, notamment, Kayes, Nioro du Sahel et Dakar, au Sénégal, où le produit, le plus souvent,  est transformé en jus, bonbons et autres pâtes alimentaires. Abdrahamane Konaté, notable à Fatao, indique que ce sont les Maures qui ravitaillent en  pain de singe leur commune et celle de Lambidou. Ils troquent leurs marchandises contre le mil et l’arachide. Rarement, sur ce marché, ils vendent pour de l’argent. « Nous, les Soninkés, on s’intéresse peu au pain de singe. Ce qui compte pour nous, c’est surtout le travail de la terre. Elle, qui, comme disait mon défunt grand-père, ne ment pas », dit-il, avec une pointe de fierté. Baye Sidibé, producteur agricole à Fangouné Bambara, entretient depuis une dizaine d’années, un périmètre de vingt baobabs qui produisent, chaque année, près 500 kg de pain de singe. Il  vend une partie de sa production, consomme une autre et en offre, volontiers, à des amis, voisins et proches. Dans ce village bambara, beaucoup de producteurs s’intéressent plus aux feuilles du baobab qu’à son fruit. M. Sidibé explique qu’il s’était rendu à Ségou, en voyage d’études, initié par une ONG internationale, à l’intention de certains producteurs, dans le cadre de la vulgarisation du sésame. Il en est revenu avec un pied de baobab greffé, âgé d’environ un an. Il l’a transplanté dans son périmètre. Mais Baye est confronté à la rareté de l’eau sur sa parcelle. Ce qui, souvent, l’oblige, lui et ses enfants, à la corvée d’eau. De tous ses arbres, il apprécie le plus le baobab qui résiste à la sècheresse et demande peu de soins pour vivre. En provenance de Fatao, Mme Hatouma Sylla, avoue avoir toujours détesté le pain de singe. « Depuis que je suis petite, quand ma mère me donnait à boire le jus de ce fruit, j’avais la nausée », déclare la dame. Mady Camara, ancien migrant, trouve que les conditions de conservation de ce produit laissent à désirer. D’où son refus d’en consommer. « Une fois qu’on extrait les grains de leurs enveloppes, on ne prend plus le soin de

Campagne agricole 2021 : Prometteuse

Par Cheick M. TRAORÉ Bamako, 15 avr (AMAP) Après une campagne agricole 2020 en demi-teinte marquée, notamment, par diverses crises au plan social, politique, sécuritaire, sanitaire et économique, le Mali dévoile ses prévisions de productions pour la nouvelle campagne agricole. Lancée mardi 30 mars 2021 par le président de la Transition, Bah N’Daw, à la faveur du Conseil supérieur de l’Agriculture, cette campagne, qui s’ouvre pourrait être, pour le Mali, celle de la reconquête de sa place légendaire, en matière de production cotonnière, de consolidation des acquis concernant les cultures céréalières. En la matière, le ton est donné par le département en charge du Développement rural qui place cette campagne sous le signe de la reprise de la production cotonnière après le coup d’arrêt, suite au mouvement de boycott dans toutes les zones de production. Pour y arriver, la production nationale pour la campagne 2021 est estimée à 820.000 tonnes de coton graines pour une superficie de 810.000 hectares. Ce qui correspond à un rendement moyen de 1.012 kg/ha. Au Mali, les parcelles de coton représentent environ 31% de l’ensemble des superficies des cultures du système coton pour une norme recommandée de 33%. Cela permettra d’accroître les superficies coton sans compromettre l’équilibre entre les cultures. Le coût de l’intensification du système coton pour cette campagne est estimé à 135.709.746.000 Fcfa. Ce coût est calculé sur la base des prix de cession des intrants au comptant en vigueur depuis la campagne 2020. A rappeler que pour la filière coton, la production totale a été évaluée à 147.200 tonnes en 2020, dont 11.300 en zones Office de la haute vallée du Niger (OHVN), soit une baisse de production de 77% et de superficies de 78%, par rapport à 2019. Cette chute historique est due à la baisse du prix d’achat du coton graine aux producteurs, au transfert de la subvention de l’Etat des engrais au prix d’achat du coton graine, à la contestation relative au renouvellement des instances, au retard constaté dans l’installation des pluies et à la mauvaise répartition de la pluie dans le temps et dans l’espace. Quant à la production céréalière attendue au terme de la campagne 2021, elle est estimée à 11.300.776 tonnes, en hausse de 10,43% par rapport à celle de 2020. Une légère baisse de 0,3% des superficies est toutefois constatée par rapport 2020. Cette réduction serait due à la baisse des objectifs d’emblavures de maïs et de riz par rapport aux prévisions de 2020. Les quantités de céréales produites en 2020 ont été estimées à 10.217.286 tonnes. Elles sont en baisse de 2,39% par rapport à 2019. Le bilan céréalier au sortir de 2020 dégage un excédent apparent de 3.627.060 tonnes pour les céréales sèches et 205.440 tonnes pour le riz. Le blé enregistre un déficit de 182.390 tonnes. Les quantités d’engrais nécessaires pour couvrir les besoins de la campagne sont estimées à 254.601 tonnes pour un montant de 85.110.703.587 Fcfa. Par rapport au prix de la subvention des engrais, la part des producteurs revient à 51.562.135.490 Fcfa. Il se dégage un écart de 33.548.568.097 Fcfa. Le montant accordé pour la subvention des intrants par l’Etat est de 15,6 milliards de Fcfa correspondant à 124.616 tonnes d’engrais. Cette quantité couvrira, selon la direction nationale de l’Agriculture, 49% des besoins globaux en engrais de la campagne agricole 2021. La gestion de la subvention avait porté en 2020 sur 12.907,25 tonnes d’Urée, 4.948,18 tonnes de DAP et 633.243 tonnes de NPK pour 498.529 bénéficiaires pour un montant total de 10,3 milliards de Fcfa. La promotion des filières gomme arabique et karité fait partie des priorités du gouvernement. La filière gomme arabique apparaît comme la plus importante source de revenus pour les populations démunies des zones arides. Elle est donc un moyen de lutte contre la pauvreté et de croissance pour le pays. Pour ce faire, il est, au titre de la campagne agricole 2021, attendu une production de 10.888 tonnes. Les superficies nécessaires à cet effet sont estimées à environ 75.000 hectares. Quant au karité, les objectifs de la campagne 2021 sont de 188.480 tonnes d’amandes de karité pour une transformation moyenne de 70.680 tonnes de beurre de karité. Le rendement à la transformation se situe entre 35 et 40% du produit brut. En la matière, le Mali est l’un des principaux producteurs mondiaux avec un potentiel estimé à 250.000 tonnes d’amandes. 125.000 tonnes sont réellement exploitées et 53.000 tonnes d’amandes sont exportées. Dans le cadre de la promotion des cultures fourragères, 100.400 kg de semences (différentes espèces fourragères) seront mises en place pour toutes les régions. Il sera également installé 110.000 boutures de l’herbe à éléphant Giant King Grass. Il faut rappeler que le bilan fourrager global calculé en comparant les besoins globaux théoriques du cheptel résident de toutes les régions sont estimés à 25.564.677 TMS. Le disponible fourrager (réel) est évalué à 37.056.243 TMS. Ce qui fait ressortir un excédent fourrager global de l’ordre de 11.491.566 TMS. Une bonne réserve pour engraisser les bêtes. En matière de santé animale et de santé publique vétérinaire, les actions porteront sur la vaccination de 67.398.263 têtes en 2021 (animaux et volailles) contre diverses maladies. Elles consisteront aussi à la réduction de 95% de la densité apparente de glossine dans la zone de lutte, l’acquisition de 180.000 doses de vaccins contre la fièvre aphteuse, la production de 43 millions de doses de vaccins pour toutes valences confondues, le contrôle de 40.000 boutiques, 1.900 foires et marchés. Elles viseront également l’inspection des viandes au niveau de 12 abattoirs et 702 aires d’abattage. Les objectifs de productions contrôlés de viande rouge pour 2021 sont de 110.032 tonnes, soit environ une hausse de 18% par rapport aux réalisations de 2020. 2020 où la production de poissons était en progression de 1,15% par rapport à 2019. L’exportation de poissons a connu une baisse surtout au niveau du port de pêche de Mopti pour raison d’insécurité. Toutefois, à Gao et Ménaka il y a une nette amélioration avec la reprise du trafic entre