
Crédit photo : Arkia, 15 ans. Légende : Un angle de vue du parc Bouctou de la région de Tombouctou.
À Tombouctou, après une journée d’école, les enfants cherchent un espace où ils peuvent rire, courir et oublier la fatigue des cours. Mais ces lieux de respiration sont rares. Entre espoir et réalité, les enfants plongés dans un univers où le jeu devient un enjeu de société.
Le soleil décline à Tombouctou. Dans le Parc Bouctou, des éclats de rire résonnent. Ali, 10 ans, court derrière un ballon, ses sandales à la main. « Quand je viens ici, je me sens libre », dit-il, le visage illuminé. Autour de lui, des enfants parfois accompagnés de leurs parents, improvisent des jeux, échangent des secrets. Pour eux, ces instants sont précieux.
Aminata, 9 ans, observe la scène avec un sourire timide : « J’aime venir au parc parce qu’on rencontre d’autres enfants et on apprend à partager. Mais il n’y a pas assez d’endroits comme ça. » Son constat est simple, mais il révèle une réalité : ces espaces sont trop peu nombreux pour répondre à la demande.
Ces aires de jeux extrascolaires ne sont pas de simples lieux de divertissement. Elles sont des bulles d’oxygène. « Les jeux en groupe inculquent la solidarité et le respect des règles », explique Mme Anna Diallo éducatrice au jardin d’enfants Beyrey de Tombouctou. Pour elle, ces espaces sont des laboratoires sociaux où les enfants apprennent à vivre ensemble.
Les familles saluent ces initiatives, mais elles en mesurent aussi les limites. « Avant, mon fils restait enfermé à la maison après l’école. Maintenant, il joue, il rit et il revient heureux », témoigne Mme Haidara Anna Diallo, mère de trois enfants. Yehia Dicko, père d’une fillette de 8 ans, explique pour sa part : « Ces espaces sont sécurisés et encadrés, mais il n’y en a pas assez. Nous souhaitons que l’État en construise davantage. »
Pour Fatoumata Hamadoun, chargée de l’éducation au bureau de l’UNICEF à Tombouctou, la question ne se pose pas : « Les aires de jeux extrascolaires ne sont pas un luxe, mais une nécessité. Elles contribuent à l’équilibre émotionnel et social des enfants, favorisent leur apprentissage informel et renforcent leur capacité à interagir avec les autres. Investir dans ces espaces, c’est investir dans la santé mentale et le futur des enfants. »
Les enfants eux-mêmes portent ce message avec force. « Nous voulons plus de parcs pour jouer, comme la Cité des Enfants à Bamako », lance Abdel Kader, 14 ans, les yeux brillants d’espoir, tout juste de retour du Salon de l’Enfance de Bamako, une activité organisée chaque année pendant les congés de décembre pour les enfants. Derrière cette demande, il y a un rêve simple : celui d’une enfance où le jeu n’est pas un privilège, mais un droit.
Arkia, 15 ans
Enfant journaliste – Région de Tombouctou


