FOPAME : Repenser le rôle des médias d’État, réécrire les fondements du journalisme

Bamako, 4 juin (AMAP) Le journaliste et expert des médias Martin Faye a plaidé, mercredi à Bamako, pour une transformation profonde du paysage médiatique africain, invitant les médias publics à devenir des acteurs de la refondation des États et appelant à une relecture africaine des grands textes fondateurs du journalisme, notamment la Déclaration de Munich de 1971, en marge de la cérémonie d’ouverture de la 1ère édition du Forum panafricain des Médias (FOPAME) au CICB de Bamako, a constaté l’AMAP.

Sa leçon inaugurale du Forum panafricain des Médias (FOPAME) a été consacré, mercredi, à la souveraineté informationnelle à l’ère du numérique. Au cours de laquelle, Martin Faye a soutenu que les médias du continent ne peuvent plus se limiter à un rôle de diffusion de l’information, mais doivent contribuer à la construction des sociétés africaines dans un contexte marqué par les défis sécuritaires, politiques et informationnels.

Prenant l’exemple du Mali, il est revenu sur une déclaration du ministre malien de la Communication affirmant que «la refondation du Mali commence par l’ORTM», une formule qu’il estime insuffisamment exploitée par les rédactions nationales. «Cette petite phrase choc est ce qu’il y avait à retenir. Elle fut ignorée. Pas un titre. Pas un papier pour expliquer, contextualiser et approfondir», a-t-il regretté devant les participants.

Selon lui, cette affirmation traduit une nouvelle vision du média public, appelé à devenir «le socle symbolique et pédagogique de la transition» plutôt qu’un simple relais institutionnel. Martin Faye a ainsi préconisé une «refondation éditoriale» fondée sur le journalisme explicatif, permettant de rendre accessibles aux populations les grandes réformes en cours. «Au lieu de simplement lire des communiqués, l’ORTM doit décoder les réformes en langues nationales afin qu’elles soient appropriées par chaque Malien», a-t-il déclaré.

Il a également invité les médias publics à investir pleinement les plateformes numériques fréquentées par les jeunes générations. «Si la refondation commence par l’ORTM, elle doit toucher la jeunesse qui ne regarde plus forcément la télévision classique», a-t-il souligné. Estimant que les contenus des médias d’État doivent être adaptés aux formats courts diffusés sur TikTok, Facebook ou WhatsApp afin de lutter plus efficacement contre la désinformation.

Au-delà de la transformation des médias publics, l’intervenant a défendu le concept de «souveraineté narrative», qu’il définit comme la capacité des sociétés africaines à raconter elles-mêmes leur histoire et à puiser dans leurs références culturelles pour construire leur avenir.

Évoquant l’histoire de l’Empire du Mali, il a appelé les médias à valoriser les mécanismes traditionnels de gouvernance, de médiation sociale et de cohésion nationale. «Les clés de notre unité nationale ne sont pas dans les manuels de droit constitutionnel, mais dans notre propre code génétique politique», a-t-il affirmé.

Dans la dernière partie de son intervention, Martin Faye a invité les professionnels des médias à engager une réflexion sur l’actualisation des principes du journalisme à l’aune des réalités africaines contemporaines. S’appuyant sur la Déclaration de Munich, texte de référence définissant les droits et devoirs des journalistes, il a estimé qu’une adaptation était devenue nécessaire face aux nouveaux défis liés à la manipulation de l’information, aux algorithmes et à la dépendance technologique.

«La Déclaration de Munich nous dit que le journaliste a le devoir de respecter la vérité. Nous ajoutons que, dans nos contextes, il a le devoir de protéger la vérité», a-t-il déclaré. Selon lui, la liberté de la presse ne peut être pleinement garantie sans souveraineté informationnelle. « Il ne peut y avoir de liberté de la presse si nos récits sont hébergés sur des serveurs qui ne nous appartiennent pas et si nos esprits sont colonisés par des schémas de pensée qui ignorent nos réalités socioculturelles », a-t-il soutenu.

Appelant les participants à faire du Forum de Bamako un point de départ pour une nouvelle dynamique de coopération entre médias africains, Martin Faye a plaidé pour le développement d’infrastructures numériques propres au continent et pour la création d’outils médiatiques régionaux capables de renforcer l’autonomie informationnelle africaine. «Le panafricanisme des discours a assez duré. Passons au panafricanisme des serveurs et des rédactions», a-t-il lancé.

KD/CMT (AMAP)