Bougouni, 25 juin (AMAP) Tout au long de la Route nationale 8 (RN8), une ambiance de marché anime, ce debut du mois de juin, le village de Madina Kouroulamini, situé à une vingtaine de Km de la ville de Bougouni, a constaté l’AMAP.
Des vendeuses exposent des seaux remplis de mangues. Aux environs de 13 heures, elles attendent l’arrivée des cars et d’autres voyageurs pour présenter leurs marchandises. En ce moment, Drissa Koné, jambe gauche bancale, pousse un vélo au pneu crevé en compagnie de son frère cadet Youssouf. Ces deux élèves du fondamental I, âgés respectivement de 15 à 14 ans, rentrent à Sadiè, leur village situé à environ 3 km de Madina Kouroulamini où ils viennent chaque jour étudier. Ce déplacement d’un village à un autre pour des raisons d’études touchent un nombre important d’enfants dans les zones rurales.
Une véritable épreuve
Drissa Koné précise que son frère et lui font, à pied, environ une heure de temps sur la route pour arriver à la maison. Depuis que son vélo est en panne, dit-il, celui de leur mère est à leur disposition pour parcourir le trajet. L’adolescent souhaite devenir médecin. Il affirme être déterminé à travailler, malgré les 4 redoublements qu’il a fait depuis son inscription à l’école.
Youssouf Koné fait la 4è année où il a été 6è de sa classe. Il veut être militaire. Depuis la première année, il se rend à l’école fondamentale de Madina Kouroulamini à pied. «On quitte la maison vers 6 heures pour être à l’heure. On parcourt parfois le trajet à la course. Notre maman prépare le petit déjeuner la nuit et le matin, elle le réchauffe avant de nous servir», explique-t-il. L’adolescent témoigne que, l’un de ses frères a été cogné cette année par un motocycliste. Après son rétablissement, dit-il, la victime a repris la route de l’école.
Habitant également à Sadiè, Bintou Samaké, 17 ans, fait la 9è année à Madina Kouroulamini. «On est matinal. On vient à vélo sauf s’il est en panne. On transporte les plus petits», raconte l’élève qui suivait des cours de mathématiques. Arrivés au village, pendant les périodes de composition, ses camarades prennent le déjeuner et parfois le bain chez une amie résidant à Madina. Quand elle traverse le cycle menstruel, dit-elle, son hôte lui prête ses vêtements après l’hygiène.
Quant à Rokia Bagayogo, élève en 6è année, est native de Koka dans le cercle de Bougouni où elle a fait les trois premières classes du fondamental I. Admise en 4è années, ses parents l’ont inscrite à l’école fondamentale de Faradielé située à près de 5 km de chez elle. Depuis 6 heures, elle entame le trajet à vélo qui est en mauvais état. Adama Koné témoigne avoir été victime d’un accident en venant à l’école.
Pour sa part, Lassine Traoré, habitant de Faradiélébougou, dit rencontrer des véhicules qui roulent à grande allure. «On est obligé d’abandonner la voie pour emprunter des pistes dans la forêt. «Des bons samaritains nous transportent quand nos vélos sont gâtés. Certains les amènent chez le réparateur», se réjouit-il.
Plat avarié
Le village de N’Gonzana enregistre un grand nombre d’élèves inscrits à l’école de Faradié lé. Situé à environ 20 km de la ville de Bougouni, ses habitations en banco sont plongées dans le calme. Sous un arbre en face de la RN8, Minata Samaké, une habitante, reçoit notre équipe de reportage. Celle qui a 49 ans ne cache pas sa préoccupation face à ce déplacement des enfants. Ce sentiment s’est accru depuis que des élèves de leur village ont été victimes d’un accident en partance à l’école. L’une d’entre elles ne s’est toujours pas rétablie, signale la quadragénaire. Par ailleurs, elle se réjouit de la présence d’une cantine scolaire dans l’établissement qui accueille ses enfants. «Avant la mise en disposition de ce service d’alimentation, on préparait à manger pour les tout-petits afin qu’ils apportent le plat avec eux. Dans la plupart des cas, le repas devenait avarier avant midi», raconte la cultivatrice qui souhaite au moins l’ouverture des classes de 1ère et 2è années dans son village.
Madane Samaké, cultivateur à N’Gonzana, est père de 6 enfants dont 4 filles qui étudient à Faradiélé. Il avoue que les deux autres qui ont atteint l’âge de la scolarisation n’ont pas été inscrits parce qu’ils ne peuvent pas marcher une longue distance et sont plus exposés aux dangers de la route. Le sexagénaire informe que son village envisage d’acheter une moto tricycle pour transporter les élèves vers leur établissement. En outre, il remercie l’Etat qui a offert des vélos à certains de leurs enfants.
L’école fondamentale de Faradielé compte 274 élèves dont 120 venus des villages voisins. Raison pour laquelle, justifie le directeur, Cheick Oumar Donogo, le ministère de l’Education nationale a doté en 2025, l’établissement d’une cantine scolaire suite à leur demande. C’est la deuxième cantine dans la Commune de Faradiélé. Le pédagogue loue les avantages de ce service. Depuis sa mise en place, explique-t-il, les élèves ne retournent plus dans leurs villages respectifs à midi pour prendre le déjeuner ou venir avec leurs plats. Il affirme que grâce à cette prise en charge alimentaire le taux de scolarisation est passé de 33 en 2025 à une cinquantaine d’élèves cette année. Le taux de réinsertion connait également une hausse. Cependant, Cheick Oumar Danogo attire l’attention sur les conséquences du déplacement des enfants vers d’autres villages pour les études. Il cite la scolarisation tardive des élèves conduisant à une inscription à l’âge de 8 voire 9 ans. L’enseignant généraliste témoigne que certains élèves peuvent parcourir 12 km pour arriver à l’école.
Cette épreuve n’est pas sans danger pour les filles. Beaucoup d’entre elles, préfèrent garder le silence sur les coups encaissés. A l’école fondamentale de Madina, le directeur du fondamentale II, Adama Fodé Doumbia, se souvient d’un cas de violence qu’une de ses élèves a subie. Elle venait d’un village situé à 3 km de l’école. Selon le maitre d’anglais, au cours du trajet, elle était régulièrement harcelée par les garçons. Son père ayant appris ce danger que sa fille encourait, a été contraint de l’amener dans une autre ville pour qu’elle y continue ses études.
Mauvaise performance
Souleymane Diawara est chargé des cours en 6è année à l’école fondamentale I de Madina Kouroulamini. Son établissement accueille 29 élèves issus des villages voisins. Il précise que ces élèves parcourent au moins 3 km par jour. Selon lui, la grande inquiétude se pose au niveau des tout-petits qui font les classes de 2è et 3è années. Le pédagogue argumente que ces élèves arrivent difficilement à poursuivre leurs études à cause de la distance et la mauvaise performance. Par ailleurs, le quadragénaire se souvient d’un moment qui l’a marqué. «J’ai fait un stage dans une école dans l’arrondissement de Tousseguéla en 2013. J’ai vu des enfants du fondamental II, ressortissants d’un autre village, qui mâchaient des cure-dents à midi pour surmonter la faim», rappelle-t-il.
Plusieurs actions pour soutenir les élèves
Ce marathon des enfants éveille en nos autorités des réactions concrètes. C’est l’avis du directeur national de l’enseignement fondamental (DNEF). Issoufi Arbert Bédari Touré indique que notre gouvernement, en partenariat avec des ONG internationales, met en œuvre plusieurs actions pour soutenir ces élèves. Il cite les cantines scolaires endogène qui privilégient l’approvisionnement local, luttant ainsi contre la faim et encourageant l’assiduité en limitant les retours au village pour manger. Autres actions, poursuit-il, a trait notamment à la distribution de kits scolaires, de vélos aux enfants des zones reculées et de bourses maman (ressources données aux mères vulnérables).
En outre, le patron de la DNEF informe que des réalisations récentes ont été faites dans les zones rurales dont le lancement de la phase II du Programme pluriannuel de résilience du système éducatif en mai, la construction de salles de classes dans certaines écoles par le Projet Miqra et certains partenaires nationaux et internationaux et l’ouverture de centres de scolarisation accélérée (SSAP)
La directrice du Centre national des cantines scolaires, Mme Diop Sika Traoré, précise que notre pays compte 2.320 cantines scolaires pour 687.247 bénéficiaires. Dans la Région de Bougouni, en 2026, selon les données de ce Centre, 36.081 élèves dont 16.694 filles bénéficient de l’alimentation des cantines scolaires. L’année dernière, ils étaient estimés à 31.054. La première responsable de cette structure indique que les cantines ont permis l’augmentation du taux de scolarisation des enfants, le maintien des élèves à l’école et la réduction des dangers auxquels sont confrontés les enfants.
En plus des actions déployées par l’Etat, les communautés doivent mettre en place des initiatives pour faciliter l’accès des écoles aux enfants afin de leur éviter les épreuves des longs trajets.
MD/KM (AMAP)


