Diéma : La charrette, indispensable moyen de transport
Par Ouka BA Diéma, 26 mai (AMAP) Dans le cercle de Diéma, un peu partout, la charrette est beaucoup sollicitée. Il est rare, aujourd’hui, de voir dans la ville de Diéma, une famille qui ne dispose, au minimum, d’une charrette. Quand vous veniez pour vous installer à Diéma, il fallait songer à vous procurer, avant tout, une charrette. Cela pouvait bien faciliter votre séjour. Ici, la charrette coûte cent vingt-cinq mille, voire cent cinquante mille francs Cfa. Mais, si c’est une seconde main, vous débourserez moins. Lorsque vous aviez besoin de charrette, dès que vous appreniez qu’un fonctionnaire sera muté, n’hésitez pas à aller le voir pour qu’il vous cède la sienne à un prix abordable. La charrette est un moyen de transport rudimentaire, vieux de plusieurs siècles et qui contribue à renforcer l’économie de nombreuses familles dans cette localité ou l’agriculture et l’élevage demeurent les activités clés. Malgré la présence de motos taxi dans la ville et dans certains villages, le rôle de la charrette semble ne jamais faiblir. Cet engin à deux roues, dépourvu de moteur, rend d’immenses services aux populations. Elle sert à transporter de l’eau, du fourrage, du bois, des denrées alimentaires, du matériel de construction et autres bagages. Pour déménager dans une nouvelle maison, on a besoin, souvent, de la charrette pour transporter les affaires. De même pour se rendre à une foire hebdomadaire, on charge les marchandises dans la charrette. La charrette permet d’assurer, dans certaines zones à accès difficile, surtout pendant l’hivernage, le transport de la femme enceinte en difficulté d’accouchement. On s’en sert pour faire le battage des céréales (mil, sorgho, maïs), à défaut d’utiliser le fléau, un instrument traditionnel, fait en bois, ou le véhicule. SPECIFICITES – En milieu peulh et bambara, la charrette est tirée le plus souvent par l’âne. Si la charge est assez lourde, on attèle deux à trois ânes à la fois. Par contre, chez les Soninkés et les Maures, on utilise généralement le cheval ou le bœuf de labour pour tirer la charrette. En 1998, Adama Fané, a été le premier soudeur à se lancer dans la fabrication de charrettes. Il avait, à l’époque, son atelier à Nafadji, un village près de Diéma. Des commandes lui étaient faites de partout. Selon notre soudeur, en ces temps, la charrette avait de la valeur à Diéma. Chaque chef de famille voulait, à tout prix, en posséder. Le prix de la charrette variait entre 150 000 à 200 000 F Cfa. Mais actuellement, c’est le prix a dramatiquement baissé : avec quatre vingt mille ou même moins, vous pouviez vous en acheter. Malgré cette situation, Fané continue son métier. Gabougou Magassa, un notable, explique que c’est l’ex-Opération de développement intégrée du Kaarta (ODIK), qui, dans les années 90 (il ne se rappelle plus de l’année exacte), fournissait en aux paysans des charrettes et autres intrants agricoles. C’est après que les ressortissants de Diéma, qui résident en France, ont commencé à acheter des charrettes à partir de Bamako, pour les envoyer à leurs parents. Un de nos interlocuteurs n’a aucun complexe à dire que grâce à la charrette, il parvient à faire face aux dépenses de sa famille. « Sans la charrette, soutient-il, je ne pouvais m’en sortir. Dieu merci, aujourd’hui, mes enfants sont devenus tous grands ». Pendant l’hivernage, Kalilou et ses enfants se rendent dans son champ, à plus d’un km, à bord de sa charrette, tirée par une jument, qu’il nourrit quotidiennement avec du mil. « C’est pourquoi, raconte-il, la bête a pris de l’embonpoint, les os de ses flancs ont disparu ». SUCCES STORIES – Cet agent d’une ONG humanitaire a acheté pour son épouse une charrette et un âne pour vendre de l’eau, qui marche en cette période de canicule. « Avec les recettes, poursuit l’homme, ma femme parvient à assurer le salaire du manœuvre et satisfaire ses petits besoins ». Après les récoltes, Bakary et ses compagnons vendent de l’herbe pour les animaux. Chaque jour, avant le lever du soleil, ils prennent le chemin de la brousse pour aller remplir leur charrette et venir servir leurs clients. Pour ce notable, Hamet Konté, la charrette est un outil précieux. Avec sa charrette, il n’envie personne, elle lui permet de ne pas vivre au crochet des autres. Un travailleur saisonnier, qui a préféré garder l’anonymat, vendait de l’eau avec la charrette, au compte de son patron. Au bout de deux ans, l’aventurier a acheté une charrette et un âne pour s’installer à son propre compte. Il continuait à vendre de l’eau. Il achetait un baril d’eau à 100 Fcfa et le vendait à 300 Fcfa. Grâce à ses revenus, il a pu ouvrir une petite échoppe. Au bout de quelques années, son commerce est devenu florissant. « Ma fortune, , je l’ai eue à la sueur de mon front », dit notre interlocuteur. OB/MD (AMAP)
Fête d’Eïd El Fitr : Malgré la crise, les tontines de viande demeurent
Par Oumar DIAKITE Bamako, 22 mai (AMAP) A Bamako, dans les ruelles, devant les concessions, dans l’enceinte des services, des bœufs sont attachés, prêts à être abattus pour les besoins de la célébration de la fin du mois de jeûne des fidèles musulmans. C’est devenu une tradition et un signe de la fin du mois de pénitence : quand on voit les gens égorger des bœufs et se partager la viande, le lendemain sera la fête. Ce vendredi, dernier jour de la période de la privation, marque, probablement, la fin du mois de jeûne pour les musulmans du Mali. Car, depuis plus de dix ans, la Commission d’observation e croissant lunaire scrute le ciel à partir du 29e jour du mois sacré. Cette année, la fête de l’Eïd El Fitr intervient dans un contexte particulièrement difficile suite à la pandémie du Coronavirus qui sévit dans le pays et dans le monde. Ce qui complique sérieusement les préparatifs de la fête du Ramadan. Cependant, les Bamakois n’ont pas renoncé à la tradition de l’abattage de bœufs pour ravitailler en viande leur famille. Les tontines de viande créés à cet effet sont au rendez-vous. Dans les services, les ‘grins’, les familles ou entre proches, les personnes de même profession, entre autres, cotisent pour acheter un ou des bœufs. La tradition est respectée au Mali cette année en dépit de la crise consécutive au Covid-19. « Nous cotisons chaque dimanche 1000 Fcfa dès la première semaine qui suit la dernière fête de ramadan. C’est avec cet argent que notre groupe achète chaque année notre bœuf dont on partage la viande entre les membres de notre ‘grin’ », explique Seydou Traoré en train de donner à manger au ruminant à notre passage. L’animal est solidement attachement à côté du lieu où se réunit leur ‘grin’, à N’tomikorobougou. « Chacun de nous apporte ainsi de la viande dans sa famille sans sentir le coût », ajoute Moussa Bâ, un autre membre de la bande, au complet dans leur coin habituel de causerie. « Il faut venir à l’heure, vers 08h du matin, pour assister à l’abattage de notre bœuf. Ça aura lieu le vendredi 22 mai 2020, au niveau du marche aux bétails, non loin de l’usine SOMAPIL, au quartier Sans-fil », c’est le message reçu par un confrère d’un journaliste. A l’en croire, leur groupe est au nombre de cinq. Ils ont reçu d’un partenaire un bœuf dans le cadre de la célébration de la fête de Ramadan. A l’image de ce groupe, des associations et autres organisations de la presse privée au Mali bénéficient d’aides venant de structures étatiques et/ou non gouvernementales. C’est ainsi que l’Association des éditeurs de la presse (ASSEP) distribue d la viande à ses membres à l’occasion de chaque de fête l’Eïd El Fitr. A l’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP), la direction finance l’achet de bœufs au profit des bénévoles et autres jeunes gens qui lavent les véhicules des travailleurs de l’entreprise. « Le chef du parc automobile nous a recensés, mardi dernier, dans le cadre de la distribution gratuite de la viande. Ce sont ces animaux qui sont au coin là-bas », se réjouit Mlle Doumbia, une stagiaire, tout en nous montrant les bœufs attachés vers l’entrée du service. « Nous avons acheté un bœuf à 200 000 Fcfa que nous allons nous partager entre quatre personnes », signale Papa Diabaté, au parking de vente de véhicules d’occasion au quartier Badialan. Selon lui, chacun à contribuer 50 000 Fcfa. Par contre, Souleymane Diakité n’apprécie pas la viande de tontines. « Moi, j’ai arrêté de participer aux tontines depuis trois ans. Je préfère me procurer de la viande au marché, dans les boucheries. C’est plus avantageux », dit M. Diakité, domicilié à Koulouba village, prétextant que les tontines ne sont pas intéressantes. OD/MD (AMAP)
Grossesses non désirées : Difficiles vies de filles mères
Par Oumar DIAKITE Bamako, 18 mai (AMAP) – Des jeunes filles, comme Habiba, la vingtaine, mère d’une fille de trois ans et enceinte, Bamako en regorge. Ces filles naïves ou abusées, à peine sortie de l’enfance, sont, encore en ce 21e siècle, victimes du phénomène de grossesses précoces et non désirées. Elles tombent enceintes et, très souvent, les parents perçoivent leur geste comme une réaction, un défi à leur opposition à une amour d’adolescence. Le phénomène atteint aussi la communauté des jeunes (moins de 20 ans) saisonnières venues dans la grande ville pour chercher de quoi constituer leur trousseau de mariage. Son ampleur est grande dans les quartiers populaires où des familles peinent à assurer l’éducation des enfants, faute de moyen. C’est le cas de Habiba, (un nom d’emprunt) qui réside à Bolibana, en Commune III du District de Bamako. L’adolescente, dont la première fille a trois ans, est enceinte de sa deuxième grossesse, non désirée, si l’on décrypte ses aveux. « J’ai eu ma première fille en 2017. Elle se nomme Anta. Nous habitons dans la famille paternelle », dit-elle, avec un petit sourire. « En son temps, continue-t-elle, j’étais très convoitées par les garçons de mon âge et certains aînés me faisaient les yeux doux ». « J’avais l’embarras du choix. J’ai été très sensible aux flatteries et compliments de jeunes dragueurs de mon âge », raconte Habiba. Selon elle, elle a eu, au moins, cinq aventures. « Alors que je me glorifiais de cette célébrité parmi mes amies, j’ai été la cible d’hommes plus mûrs qui venaient d’autres quartiers de la ville », poursuit la jeune fille, cette fois, la gorge serrée et la tête basse. Surtout avec beaucoup de regret dans la voix. Après quelques secondes de silence, elle se ressaisit et continue à narrer son histoire. Elle revit les bons moments, les sorties. « On venait me chercher avec des voitures de classe. Tous ces hommes avaient de l’argent et étaient très à me mettre à l’aise financièrement. Je m’habillais très sexy. C’était la belle vie. J’ai mis les pieds dans presque tous les nights clubs prestigieux de Bamako. Mes amies m’enviaient. Et je n’avais plus de temps pour elles, puisque j’avais monté en classe », se remémore Habiba. « J’allais oublier. On me donnait tellement d’argent. J’en donnais à ma mère. Elle m’encourageait et admirait mes habillements. Il faut reconnaître que mon père apportait rarement de l’argent dans la famille », poursuit notre interlocutrice. C’est dans ce tourbillon que Habiba est tombée enceinte. Et alors, bonjour tristesse. « Je suis descendue de mon piédestal quand je suis tombée enceinte», dit-elle. « Franchement, je ne savais pas à qui appartenait l’enfant que je portais. Tous ces hommes m’ont tourné dos. C’est pourquoi, ma fille porte mon nom de famille », précise-t-elle. Triste sort ! Une année après la naissance de ce bébé, Habiba retrouve sa forme d’avant. « Fière de mon teint noir, soutient-elle, j’ai recommencé à avoir une vie sentimentale, sans pourtant pouvoir aimer, réellement, un homme. D’où mes multiples amants ». «Je n’ai jamais souhaité la contraception », dit Habiba. « Je suis encore tombée enceinte au mois de décembre dernier. Cette fois-ci, je suis sûre de reconnaître l’auteur de ma grossesse mais ce dernier a pris ses pieds au cou, puisque c’est un homme marié », ajoute-t-elle, tout en révélant qu’elle a été était contrainte de faire adosser la responsabilité de cette grossesse à un jeune, d’un quartier voisin, qui est fou d’elle. « Je l’envoyais balader régulièrement. Je me suis rapprochée de lui, deux mois après ma grossesse. Il se débrouille et moi aussi je me suis fait employer dans un salon de coiffure », explique-elle timidement. Quand nous la quittions, cette nuit-là, elle était très de déprimée, assise à l’entrée de la maison paternelle. A notre départ, elle a regagne un groupe de femmes mariées auxquelles elle tenait compagnie. DEFIER MAMAN – Fatim (nom d’emprunt) habite dans une des casernes à N’Tomikorobougou, en Commune III du District de Bamako. La concession est située plus au fond de la caserne, à l’endroit communément appelé ‘’Bougoussoni’’. Ce sont des constructions en banco, à côté des bâtiments réalisés par l’Etat. Nous nous faufilons dans les ruelles, semblables à des passages en pays dogon, pour y accéder. Fatim a 16 ans. Elle est mère d’une fille d’un an. Elle est issue d’une famille polygame. Les deux épouses de son père, un porteur d’uniforme, n’habitant pas ensemble, Fatim est chez sa mère au camp. Elle n’exprime aucun regret d’avoir eu un enfant à son âge. Mieux, elle évoque que c’était un défi de porter l’enfant de Soul, son petit ami. Ce dernier est recalé du lycée en classe de 11e année. « Soul est un amour. Je séchais les cours pour le rejoindre dans son ‘grin’. Notre amour est sincère et réciproque. Il me suivait partout. C’était un plaisir pour moi », nous dit-elle, en commençant son récit, sur le ton de l’émotion. Pour Fatim, c’est sa maman qui voulait s’opposer à l’union des deux tourtereaux. « Ma maman a tout fait pour mettre fin à notre relation, allant jusqu’à interdire notre maison à mon petit ami », précise Fatim, en révélant que sa mère, «elle-même, a fait la belle vie avant de se marier à notre papa ». « Elle a eu deux enfants, de pères différents, avant d’être la femme de notre père », révèle l’adolescente. Nous sommes resté sans voix, devant un tel discours traduisant la force de l’amour de Fatim pour son Soul. « C’est pourquoi, j’ai décidé de donner naissance à un enfant de mon petit ami. Nous étions tous les deux d’accord sur cette décision malgré le fait que nous étions tous élèves », rapporte-t-elle. L’enfant, une fille, a été baptisée du nom d’une grande sœur de Soul, Nana. Le bébé, « Nanabiste » comme l’appelle affectueusement sa mère, « ne manque de rien jusqu’à maintenant ». « Son homonyme et les autres parents de Soul ont toujours assuré nos besoins (ma fille et moi). La grande Nana donne le prix du lait chaque mois depuis la naissance de son homonyme », reconnaît Fatim qui ajoute : « Aujourd’hui, ma mère s’intéresse à ma fille
Ramadan : Les produits alimentaires toujours chers
Par Lassana NASSOKO Bamako, 15 mai (AMAP) Les prix de certains produits alimentaires ont grimpé en ce mois de ramadan. Cela, au grand dam des ménages les plus démunis dans ce contexte de marasme économique consécutif à la pandémie du coronavirus. C’est ce qui résulte du tour qu’on a effectué dans certains marchés de la capitale. Le souk de Bagadadji a été la première étape de notre visite. En cette matinée, il est le théâtre d’une grande animation. Des vendeurs ont les yeux rivés sur leurs marchandises et sur la foule qui passe et repasse. Moussa Dicko, boucher, est l’un d’eux. Sous un hangar, il découpe avec une hache la viande de bœuf. Sa main s’abat de façon fracassante sur la table qui vibre. Un client ne le quitte pas des yeux au moment où il dépose des morceaux sur une balance qui bascule aussitôt. « Deux kilos », ordonne ce dernier en tendant un billet de 5.000 Fcfa au boucher. Interrogé sur l’état du marché pendant le carême, le boucher Moussa reconnaît que les prix ont changé. « Avant le ramadan, on vendait le kilo de la viande à 2.100 Fcfa. Maintenant, nous le prenons à 2.150 à l’abattoir et le revendons à 2.200 Fcfa », se désole-t-il. Non loin de là, une voix dissonante. Celle de Madou Berthé. Lui aussi est boucher. Pour cet homme, cette hausse est due au fait que le bœuf coûte cher maintenant au Mali. Son prix varie entre 300.000 et 400.000 Fcfa. C’est ce qui explique cette légère fluctuation, un nécessaire réajustement permettant de satisfaire tous ceux qui dépendent de cette activité. C’est-à-dire, ceux qui abattent les animaux, ceux qui le dépècent et ceux qui le transportent et les distribuent dans les différents marchés, précise-t-il. MEVENTE – Kadi Diallo, tête voilée, marche en tenant un pan de son burnous. Dans nos échanges, la trentenaire, tout sourire, informe qu’elle est venue acheter un kilogramme de viande pour le dîner. Mais, après examen de son porte-monnaie, elle devra changer de stratégie. Faute de moyens, la voilà obligée de se limiter à un demi kilogramme. « Mon mari m’a dit que les temps sont durs. On ne peut plus se permettre certaines dépenses », explique-t-elle. A quelques marches de là, une vendeuse d’huile de palme « N’tentulu ». Chez elle, les prix n’ont pas changé. Un litre de cette huile est toujours vendu à 1.150 Fcfa. Mais, elle affirme être confrontée à la mévente au quotidien. « Parfois, je me décide à rester à la maison. Mais ce n’est pas possible. Il faut que je vienne au marché. Même si maintenant il n’y a rien », fait-elle savoir. Après nous avons visité le marché de Djélibougou, un quartier de la commune I. Là aussi, c’est le même décor. Une forte affluence. Les commerçants rivalisent d’ardeur pour attirer la clientèle. Seydou Dolo est un des négociants de ce marché. Dans sa boutique, des sacs de pomme de terre, des sacs de riz, des sacs de haricots, sont superposés les uns sur les autres. A côté des cartons de pâte alimentaire « macaroni ». Chez lui aussi, le même son de cloche persiste. Les prix ont pris l’ascenseur en cette période importante du calendrier musulman. Ainsi, le kilo de la pomme de terre, qui était vendu à 250 Fcfa, voire 300, est fixé maintenant à 350 Fcfa. Le kilo du gingembre, autrefois vendu à 500 Fcfa, est cédé actuellement à 650 Fcfa. L’oseille de Guinée (dableni) se vend aujourd’hui à 750 Fcfa et même 1.000 Fcfa dans certains endroits, ajoute-t-il. Résultats : faible clientèle, maigres activités journalières et bénéfices jugés insuffisants. Il est convaincu d’une chose : à part le riz, tous les produits alimentaires connaissent une augmentation au niveau des prix. Quant à Mamadou Traoré, vendeur de pâtes alimentaires, il confirme aussi que le marché est devenu cher. Ainsi, le carton de certaines marques de macaroni spaghetti (Douba), qui coûtaient 5.000 Fcfa, se vend désormais à 5.100 Fcfa. Pour lui, la raison en est que les frontières avec certains pays sont fermées. Du coup, le marché est moins ravitaillé en ces produits comestibles. Les commerçants, qui en possèdent des stocks importants, se permettent de les vendre à des prix exorbitants. Sac en bandoulière, seau d’eau vide en main, cette clientèle mécontente de la cherté des prix clame sa colère. Trop, c’est trop, déclare-t-elle. A ses yeux, au Mali, ramadan est synonyme de cherté. Cela est connu de tous. Il est temps qu’on arrête de torturer les Maliens. Surtout dans ce contexte de vaches maigres où les choses tournent au ralenti. LN/MD (AMAP)
Filière apicole : Les acteurs misent sur une meilleure promotion
Par Anne-Marie KEÏTA Bamako, 15 mai (AMAP) Le Mali dispose d’une flore abondante et diversifiée qui permet aux abeilles de s’approvisionner en nectar et pollen et de produire un miel de qualité. En outre, les producteurs de miel du pays disposent, aujourd’hui, de nouvelles techniques pouvant leur permettre d’accroitre et d’améliorer leur production. L’apiculture offre des opportunités à saisir pour résoudre le problème d’emplois, améliorer les revenus des ménages et assurer la sécurité alimentaire. Elle est, selon ses acteurs, une activité d’intérêts multiples, notamment, économique, écologique, alimentaire et thérapeutique. C’est pourquoi, le gouvernement accorde beaucoup d’importance à cette filière émergente. Déjà, les objectifs de production de miel pour les campagnes agricoles 2019, 2020, 2021 sont estimés, respectivement à 850, 1.520 et 1.670 tonnes de miel (9è session du Conseil supérieur de l’agriculture, mars 2019, ndlr). Selon ces prévisions, on peut affirmer que l’apiculture est une filière qui se professionnalise et qui figure déjà en bonne place parmi les filières émergentes, grâce à l’engagement des autorités et aux soutiens des partenaires techniques et financiers. Pour accroître la production et améliorer la qualité du miel et de la cire, le gouvernement, à travers le ministère de l’Elevage et de la Pêche, a mis l’accent sur l’amélioration des techniques de production, de récolte, de transformation et de conditionnement du miel et l’équipement des apiculteurs. L’accès des producteurs à la formation et l’acquisition des kits d’apiculture ont permis aux apiculteurs d’augmenter la production de miel et la qualité, répondant ainsi aux normes standard pour l’exportation. Les apiculteurs ont, désormais, entre leurs mains toute la technologie qui leur permettra de fournir un produit labélisé, qui pourra être vendu dans les supermarchés des plus grandes villes. Avec ces équipements, ils peuvent produire plus de miel et de cire tout en préservant les colonies d’abeilles qui étaient auparavant exterminées par le feu du fait de l’extraction traditionnelle du miel. L’acquisition des équipements offerts par l’Etat a permis à Seydou Dolo de produire plus de miel que d’habitude. Ce producteur écoule sur le marché local plus de 50 litres de miel par jour. L’activité constitue pour lui une véritable source génératrice de revenus pour toute sa famille. Les effets positifs de la consommation du miel ne sont plus à démontrer. « Mais, cet aliment nutritif fait souvent l’objet de fraudes qui le dénaturent, notamment par ajout de sucre par les revendeurs », fait remarquer Assétou Diarra, une revendeuse. Pour Boubacar Ballo, un autre revendeur, les lignes sont en train de bouger puisque notre pays est très avancé dans l’exportation du miel vers les pays européens. «L’apiculture a un lendemain meilleur, car, il y a la volonté d’aller de l’avant et dans l’intérêt de beaucoup de producteurs», dira-t-il, avant d’ajouter que le secteur peut être mieux valorisé, s’il bénéficie d’investissements adéquats et d’une bonne organisation des acteurs. Pour améliorer la production, certains producteurs s’organisent en groupement, association et coopérative. Ces différents groupements créent des réseaux de distributions dans les alimentations et grandes boutiques à travers la ville de Bamako. Avec l’implication de toutes les parties prenantes, l’appui du Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine (UA-BIRA), à travers le projet «Abeilles», a permis au Mali de mettre en place une plateforme apicole nationale. Cette plateforme a pour objectif de contribuer au développement de l’apiculture pour faciliter la mobilisation des acteurs, la mise en œuvre des décisions de la Plateforme apicole africaine. Elle pourra, aussi, rassembler et coordonner les actions et les intérêts des parties prenantes, en tant que mécanisme national. Malgré ces atouts de la filière apicole, les professionnels évoquent certaines difficultés. Selon Bouba Diarra, les producteurs de miel sont désorganisés et cette mauvaise organisation joue sur le développement de la filière. A cela s’ajoute le manque de financement des projets apicoles. Bouba Diarra explique que pour faire de l’apiculture, il faut disposer de moyens nécessaires et suivre une formation professionnelle. Or, l’accès à ce financement est très difficile et ce, malgré les efforts du ministère de l’Elevage et de la Pêche. « Aussi, souligne-t-il, la filière apicole n’a pas beaucoup de partenaires techniques et financiers ». Bouba Diarra demande le soutien des autorités pour inciter les jeunes à faire la filière apicole. Une chose est de produire et une autre est de tirer des bénéfices de la production. Ainsi, les acteurs évoquent également des contraintes liées à la commercialisation, les produits apicoles n’étant pas bien commercialisés. Selon Mamadou Fomba, producteur de miel, le secteur apicole fait face à un problème d’organisation des acteurs impliqués dans la production. «Chacun agit de son côté et vend à son prix. Certains vendent le litre à 1500 Fcfa, d’autres à 1000 Fcfa, toute chose qui ne permet pas aux producteurs de profiter de leur activité. Et d’ajouter que les autorités et les partenaires techniques et financiers doivent en tenir compte afin d’y apporter des solutions. Mais ces difficultés, renchérira Mamadou Fomba, l’apiculture malienne a des lendemains meilleurs. AMK/MD (AMAP)
Ramadan : Le « Salalawalé » ou la ronde nocturne des enfants a commencé
Par Ouka BA Diéma 13 mai (AMAP) Le « Salalawalé », pratique traditionnelle qui existe depuis des temps immémoriaux, consiste, à partir du 10e jour du mois de ramadan, pour les enfants de 8 à 15 ans, à se réunir toutes les nuits, en petits groupes séparés. Ces bandes de garçons ou de filles, se rendent dans les maisons pour demander de l’aumône à celles qu’ils appellent les ‘’déba gnoumou’’, c’est-à-dire les bonnes mères. Celles-ci, reconnues pour leur bonté et leurs largesses envers les enfants d’autrui, ont leur place réservée au paradis. Cette coutume ancestrale, qui permet de renforcer la cohésion sociale et la solidarité au sein des communautés, garde toujours ses valeurs intrinsèques dans les campagnes même si elle a moins de considération dans les grandes villes. Les filles entonnent des chansons, évoquant plusieurs fois le nom du prophète Mohamed (PSL), et sa fille Fatoumata. L’une d’entre elles, chargée du ‘’Ji doundoun’’, tapote sans cesse, à l’aide de deux bâtonnets, longs et solides, une petite calebasse renversée dans un récipient, généralement une grande calebasse, ou une bassine en plastique, remplie d’eau. De leur côté, les garçons, se comportent en véritables bouffons. Habillés avec des sacs de jute confectionnés, chapeaux de paille sur la tête, ils se livrent à une danse propre à eux, claudiquant et tournoyant. Si ce spectacle grotesque, fait tordre de rire Sané, une autre femme, de tempérament un peu nerveuse, renvoie les enfants qui viennent souvent perturber son sommeil, avec leur litanie, ‘’Aw ma yogoro yé wa Yogoro sè kotiobé, Yogoro bolo kotiobé…’’. Ils n’en finissent pas, ces gamins, de dandiner, ‘’jigui dianga solo’’, famaden pogotigui’’. Tout à-coup, un enfant se vautre dans la poussière, immobile comme un mort. Alors ses compagnons se mettent à implorer en ces termes : ‘’mousso ni ma bo dondonli sara’’, (femme, si tu ne sors pas, la guêpe maçonne vient de rendre l’âme… faisant allusion à l’enfant resté sans signe de vie. Ce dernier demeure dans cette posture jusqu’à ce que le cadeau arrive : mil, riz, arachide, pièces de monnaie, etc. Rarement, ils acceptent les restes d’aliment. Une fois le cadeau reçu, l’enfant étalé bondit sur ses deux jambes. Dans le cas contraire, si les enfants ne gagnent rien dans une maison, certains, les plus impolis, maudissent, invectivent même les occupants. Certains vont jusqu’à lancer : « Nous ne sommes pas des affamés. C’est par respect de la coutume ». Koria donne sans arrière-pensée, chaque fois que des enfants pénètrent dans sa maison. Cette femme pieuse soutient que tout ce qu’on donne pendant ce mois béni de ramadan est doublement récompensé par Dieu. C’est pourquoi, Koria est allée faire de la petite monnaie afin d’avoir des jetons à distribuer aux enfants. Les prestations des enfants ne se passent pas, toujours, sans histoires. Il arrive, parfois, que des garçons pourchassent des filles et les dépouillent de leurs gains. Ce genre de situation peut dégénérer sur des conflits entre parents, voire même entre familles. Chacun voulant défendre la cause de sa progéniture. Ce n’est pas pour rien qu’Aïchata a interdit à sa benjamine, l’homonyme de sa maman, de franchir le portail de la maison. « Chaque fois que « M’batogoman » sortait, dit-elle, en surveillant le « kinkéliba » sur le feu, elle rentrait en pleurs ». Bandiougou, ce conservateur, est intarissable sur le « Salalawalé ». Le visage tiré par la fatigue, l’homme énumère les multiples avantages du « Salalawalé ». Selon lui, ce brassage permet aux enfants de se connaître, d’échanger des nouvelles, de se récréer, de partager des moments de joie et de renforcer la solidarité au sein de la société. « Rares sont ceux de notre âge qui ne se sont pas pliés à cet exercice durant leur enfance », ajoute-t-il. Il plaide pour que le « Salalawalé » soit à tout prix maintenu et perpétué, comme tant d’autres de nos pratiques. « Nous devons mieux sauvegarder nos coutumes et nos mœurs menacées de disparition », insiste-t-il. Comme l’illustre, clairement, la sagesse : « Connais-toi, toi-même ». « C’est en cela que réside justement notre identité réelle », estime-t-il. OB/MD (AMAP)
Marché aux légumes de Bamako : Le monde fascinant des « dockers »
Par Mohamed TOURE Bamako, 11 mai (AMAP) Au grand marché de Bamako, ils sont plusieurs dizaines de jeunes à s’être spécialisés dans le déchargement des véhicules d’approvisionnement en légumes frais. Souvent méconnus du grand public, ces gaillards ont opté pour un métier, porteurs de colis du marché des légumes, nécessitant, à la fois, une grande force physique et une agilité hors norme. Le soleil, en cette matinée de vendredi, darde ses rayons éblouissants sur la chaussée du « Boulevard des Martyrs ». La voie, comme d’habitude, grouille de monde, partant ou venant du marché. Le ballet des « Sotrama » parait interminable. Ces voitures, reconnaissables à leur couleur verte et leur état d’épave, transportent des passagers entassés les uns sur les autres. Dans cette ambiance si bruyante, mixée de vigoureux coups klaxons, ces fourgonnettes s’entremêlent dans un magma. Les bruits de moteurs Diesel et les cris des rabatteurs et des apprentis appelant les clients donnent le tournis. De l’autre côté de la voie, des jeunes sont adossés à un mur, scrutant le paysage. La bonne affaire peut surgir de nulle part. Ils sont installés sur des caissons leur servant à la fois de siège et de dortoir. A chacun son milieu. Bien que cela parait invraisemblable, certains de ces jeunes se sont endormis et ne semblent nullement être indisposés ni par le bruit, encore moins l’odeur d’urine piquante qui se dégage du caniveau d’à côté. Bienvenue chez les « déchargeurs » des voitures d’approvisionnement en légumes du grand marché de Bamako. ARGENT DE POCHE – « Notre travail, c’est de décharger les véhicules qui viennent au marché. Présentement, nous attendons l’arrivée du chargement de 11 heures », confie Oumar Bah, adolescent de 17 ans et élève de la 9ème année fondamentale. En cette période de suspension des cours, le gamin s’adonne à cette activité lui permettant de gagner un peu d’argent de poche. Après tout, il n’y a pas de sot métier. A proximité du jeune Oumar est assis son ami Modibo Diarra du même âge. Les deux garçons se chahutent et discutent de football. Le débat semble passionnant. Contrairement à son ami, Modibo n’est jamais allé à l’école et fait le docker depuis près d’un an maintenant. « Quand j’ai quitté mon village (Banamba), j’ai cherché du travail un moment sans succès. Finalement, j’ai opté pour celui-ci », explique le jeune, un léger sourire sur le visage laissant apparaître ses dents en mal d’entretien. A quelques mètres du groupe d’Oumar et Modibo, au coin de la rue, une autre bande de jeunes. Une bonne trentaine, plus bruyants et d’âge plus mûr. Ceux-ci apparaissent, à première vue, comme « l’Unité d’élite » du déchargement des véhicules de légumes. Leur habillement atypique ne laisse aucun doute sur leur occupation de déménageurs de l’extrême : souvent en débardeur, pantalon ou en tee-shirt déteint par l’épreuve du temps. Presque tous portent le même type de chaussures, ces souliers en caoutchouc appelés « Yôrô » en bambara. Que l’on ne se méprenne pas sur ces chaussures : leur apparence banale et bon marché cache fort bien leur caractère pratique pour les déplacements et les courses. Pour faire le travail de ces jeunes, il faut avoir les appuis solides. L’endurance est nécessaire. Il n’est pas rare de les voir gaillardement transporter sur la tête un grand panier rempli de tomates. On peut aussi les voir tituber sous le poids d’un sac rempli de choux sur la tête nue. Ils sont tout aussi capables de certaines acrobaties dont ils ont le secret lorsqu’ils déplacent les colis de grand volume. Ils sont du genre à s’agripper à une voiture en marche ou de parvenir à se faufiler par la fenêtre d’une voiture en vitesse. Tout un art ! « Nous déchargeons les véhicules provenant des villages des environs de Bamako. Tout ce qui est légume venant au marché (tomates, choux, aubergine, poivrons, concombres…) ce sont nous qui le déchargeons », explique Siaka Konaté, un des meneurs de la bande. Il se tient au milieu du rassemblement de ses camarades. Grand, de teint noir, il domine par sa musculature imposante. Pour commander dans un tel milieu, il faut avoir les moyens de sa politique. La plupart de ses amis le respectent. Il a dû se forcer de tels muscles au fil des années passées à soulever et transporter des paniers et des sacs de légumes. METIER PENIBLE – Siaka et ses amis travaillent toute la journée. « Certains, explique-t-il, viennent dès l’aube pour décharger et transporter les premiers arrivages de produits frais au marché ». Pour lui, son métier est particulièrement pénible, exigeant un engagement physique exceptionnel. Les altercations sont aussi fréquentes avec les usagers du marché. Le travail demande aussi une délicatesse et une certaine diplomatie, car le risque, comme à la guerre, n’existe pas. « Nous travaillons avec les vendeuses de légumes. Les femmes sont intransigeantes en affaire. Si par mégarde on renverse la marchandise d’une femme, même si c’est la meilleure cliente, elle ne se gênerait pas à exiger d’être rembourser », s’indigne le jeune homme qui soutient aussi que le métier paye de moins en moins bien. « Nous commençons à être trop nombreux à faire le travail, environ une quarantaine. Avant, en nombre réduit, on gagnait mieux», explique-t-il. Le payement des travailleurs se fait en fin de journée, quand les femmes terminent de vendre au marché. « Nous sommes payés en fonction des charges transportées. Pour un panier transporté on gagne 100 F cfa et 50 F cfa pour un sac », détaille-t-il. Leur faux air de jeunes errants au look décadent peut donner une certaine image de ces jeunes. Toutefois, au sein du groupe règne une certaine discipline. Oui, il y a des règles à respecter. Il existe même une « mini caisse d’assurance tout risque » en cas de rififi. « Nous avons une organisation. Chaque vendredi, nous cotisons, chacun, 200 Fcfa pour notre caisse. En cas de maladie d’un membre ou si un membre à un problème avec sa cliente nous puisons
Bamako : Au début du ramadan, le couvre-feu s’essouffle quelque peu
Reportage : Oumar DIAKITE Bamako, 05 mai (AMAP) Nous sommes au début du mois béni de ramadan. Dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 avril 2020. Certains Bamakois respectent de moins en moins le couvre-feu. Des jeunes ont reconstitué le ‘grin’, dans les quartiers populaires, autour du traditionnel thé. Les policiers se retiennent, de plus en plus, de patrouiller à l’intérieur des quartiers. Toutefois, les lieux de rassemblement de nuit restent clos. Le gouvernement a, par mesures préventives contre la propagation de la maladie à coronavirus au Mali, décrété le couvre-feu, le 26 mars dernier, sur l’ensemble du territoire national. Il entre commence, chaque jour, à partir de 21 heures. Malgré le mois béni, après près d’un mois d’application de la mesure, les horaires restent inchangés. En cette nuit, notre équipe de reportage démarre, à 22 heures, sur la rive gauche, sans escorte, du moins sans suivre les équipes de patrouille déployées pour la cause. Nous quittons le quartier Badialan II, en Commune III du district de Bamako pour emprunter la route de Koulikoro, en passant devant le service des sapeurs pompiers de Dravéla, par le rond-point Place de la Liberté ‘’les soldats de Samory’’ et devant le Grand hôtel de Bamako. On se rend sur la rive droite, en traversant par le « Pont de l’Amitié », troisième pont de la ville. Ce n’est pas le grand calme à Bamako cette nuit. La ville ne donne pas l’impression de la hantise ou de l’angoisse de nuits de confinement. Sur la rive gauche, nous rencontrons des usagers en voitures et en motos. Comme si les horaires du couvre-feu avaient été changés. Des piétons et des vigiles devant les services, magasins et autres officines. Parfois, des jeunes et surtout des filles, arpentent les grandes avenues. On ne peut pas rater ces mouvements et ne pas les rapprocher à l’application du couvre-feu. A 22h10mn, un groupe de jeunes (mendiants ou fendeurs de bois de ménage), en face de la voirie du district de Bamako. Visiblement, ces enfants, qui ont tous une hache sur l’épaule, regagnent leur dortoir. Ils disputent à voix haute, sans se soucier de la décision d’interdiction de circuler au-delà de 21 heures. Hélas ! Nous ne parvenons pas, à cause du sens unique de la voie, à leur demander pourquoi ils sont encore en ville. Nous arrivons au check point du rond-point du Grand Hôtel. Deux policiers assurent le contrôle à la barrière. Nous déclinons notre identité. Et s’en suivent des échanges d’encouragement entre les forces de l’ordre et notre équipe. Un jeune sergent nous dit que le couvre-feu n’est pas respecté à 100%. « Rien à signaler (R-A-S) pour le moment. Mais nous constatons des mouvements de quelques usagers ce soir », témoigne-t-il. Avant de terminer son témoignage, arrive une voiture, communément appelé ‘’Etoo’’ dans notre pays. Il est déjà 22h15mn. Quand ce véhicule, de couleur rouge, s’immobilise au barrage, les jeunes policiers se lèvent. C’est un de leurs chefs. Après les salutations militaires accompagnées de taquineries coutumières, ils soulèvent la barrière. L’automobiliste continue son chemin. « Donc les porteurs d’uniforme ne sont pas concernés par la restriction ? », demandons-nous curieusement. « Pas du tout. Ce n’est pas cela», répond notre interlocuteur. « Celui qui vient de passer est un de nos chefs. C’est pourquoi on ne le contrôle pas», se justifie le jeune policier, arme en mains. S’il y a quelqu’un que le couvre-feu arrange, c’est bien les techniciens qui réparent les nids de poule sur les voies bitumées, pendant la nuit. Ils font leur travail sans être dérangés. Nous ralentissons en passant devant le CHU Gabriel Touré. Pour cause, ces professionnels en tenue rouge blanc fluorescente font, tranquillement, l’entretien routier. Eux sont, nécessairement, autorisés. Au rond-point du monument Al-Qods, deux policiers de la Compagnie de la circulation routière (CCR) se dressent sous un abri, au niveau des rails. Selon eux, tout est « propre » pour dire calme, « pas d’usagers de la circulation ». Toutefois, nous apercevons des jeunes gens qui rodaient aux alentours de l’Assemblée nationale et de l’autre côté, vers les rails. A ce propos, notre chauffeur souligne que c’est une zone infestée de petits bandits allergiques à la présence des éléments patrouilleurs. Toute chose qui pousse notre photographe à avouer sa peur de s’introduire dans ce quartier. Prudence ! Nous n’emprunterons plus cette ruelle puisque nous n’avons pas d’escorte. ALIBIS DE NOCTAMBULES – Bien avant l’intersection du commissariat de police du 3ème arrondissement, des phares de véhicules particuliers et motocyclistes, dans le sens inverse à la route de Koulikoro, se projettent sur nous. Signes de mouvements en cette première nuit du mois béni de ramadan. Il est 22h 21 mn. Nous coïncidons avec des contrôles policiers au check point du commissariat de police du 3ème arrondissement. Une dizaine de motos sont arrêtées et conduites dans l’enceinte du commissariat. D’autres motocyclistes engagent des négociations avec les policiers pour éviter la fourrière à leur engin. C’est un seul refrain qui sort et ressort de la bouche de ces personnes prises en flagrant délit de non-respect de la mesure du couvre-feu. « Nous pensions que les autorités avaient revu l’heure en raison du mois de carême. Nous avons cru que c’est ramené à 23 heures», prétextent-elles. « Pas d’alibis », dit le sergent Traoré. Selon lui, toute personne prise en violation du couvre-feu viendra récupérer son engin le lendemain au commissariat. Malgré cette intransigeance, un jeune homme accoutré style génération 21, avec une coiffure suspecte ne compte pas laisser sa moto aux mains des policiers. « Je suis sorti pour acheter du pain. Nous sommes au mois de carême, j’ai entendu dire qu’on a repoussé l’heure du couvre-feu. S’il vous plaît, remettez-moi ma moto. Comment pourrais-je retourner à pied à la maison ? », plaide-t-il, dans une vaine tentative de convaincre les policiers. SENSIBILISATION – Par contre, au check point installé au rond-point Banconi, à 22h30mn, on privilégie la sensibilisation. Beaucoup d’automobilistes et motocyclistes tombent dans les mailles du filet des forces de l’ordre. « Nous intervenons plus en usant de pédagogie et en tenant compte de l’aspect social parce que beaucoup de personnes se
Ramadan à Diéma, sous une chaleur suffocante
Par Ouka BA Diéma, 07 mai (AMAP) Le thermomètre affiche souvent 45°c. Le jour, il fait excessivement chaud. La fraîcheur commence à s’installer, à partir de minuit. Cette chaleur étouffante rend difficile les conditions du jeûne à Diéma, dans cette partie ouest de la bande sahélienne au Mali. Des sachants, qui nous disent que le jeûne, deuxième pilier de l’Islam, a des vertus expiatoires, ne croient pas si bien le dire au vue des énormes sacrifices que la pratique demande, surtout en cette période de canicule. A Diéma, dès que le mois de ramadan arrive, la vente de la glace s’intensifie. Ici tout le monde vend de la glace, hommes, femmes et jeunes, riches et pauvres, tous s’adonnent à cette activité lucrative. Depuis l’implantation d’Energie du Mali (EDM) dans la ville de Diéma, les populations ne sont plus obligées de faire venir de la glace de Nioro, un cercle voisin, distant de 105 km. Des congélateurs existent partout où il y a de l’électricité. Selon les estimations, on dénombre aujourd’hui plus de 1000 frigos dans la ville de Diéma. Une seule personne peut avoir à son compte jusqu’à dix réfrigérateurs, rien que pour la production de la glace. De petites unités de fabrication de glace existent, même si elles sont minoritaires. Durant cette période, un morceau de glace, c’est-t-à dire, l’équivalent du contenu d’un sachet d’un kilogramme, est vendu à 150 Fcfa. Chez les petits revendeurs, le prix est doublé voire triplé. Tous les jours, certains parcourent des kilomètres, à moto ou en voiture, pour ravitailler leurs clients. Bakary, conducteur de moto taxi, s’est entièrement consacré, comme plusieurs de ses compagnons, au transport de la glace. Tous les jours, il part livrer de la glace à Tinkaré. Interrogé sur son gain, l’homme a préféré garder le silence. Dépassé par le volume du travail, Sidy compte engager un manœuvre pour l’aider dans sa tâche. Il le faut, dit-il, avec insistance, « sinon tout l’argent passera sous mon nez ». Ibrahim est propriétaire d’une unité de fabrication de glace, au quartier Konté Counda. Il possède deux grandes caisses, raccordées chacune, à un climatiseur. « Avec les congélateurs, explique-t-il, la capacité de conservation de la glace est limitée. C’est pourquoi, j’ai installé ces caisses pour pouvoir satisfaire les commandes de mes clients, qui viennent en majorité de la périphérie ». Mais l’homme se plaint des coupures récurrentes d’électricité. « Hier soir, le courant a été coupé à trois reprises. La troisième fois, j’ai débranché tous mes appareils, pour aller me coucher », dit-il, en rangeant soigneusement, aidé par les enfants, une importante quantité de sachets d’eau. Souleymane a son unité de fabrication de glace située non loin de la mairie. Sur place, son gérant explique : « Chacune de nos caisses peut contenir jusqu’à 100 morceaux de glace. Si on les charge de glace le matin, à 14 heures, on enlève les premières briques pour les remplacer par des sachets d’eau ». « Ic,i un morceau de glace était vendu à 100 Fcfa, mais quand on a reçu des consignes, on a augmenté le prix à 150 Fcfa », ajoute-t-il. Mme Ramata Soucko, vendeuse de glace, ne se plaint pas en termes profit. Cette quadragénaire se rend, chaque matin, après avoir pris son repas de jeûne avant l’aube, dans une unité de fabrication de glace, pour être parmi les premières personnes à être servies. Cet homme fait le commerce de glace. Il vend un morceau de glace à 500 Fcfa, dans des villages reculés, en tenant compte de la distance. « C’est à prendre ou à laisser », disait-il à ses clients qui le trouvaient cher. Dans ces contrée, on le qualifie de « téfé » (vendeur qui exagère sa marge de bénéfice sur ses produits qu’il a eus à moindre). « Il a l’intention de prendre une nouvelle femme. Pour cela, il lui faut tout l’argent de la ville », lance un homme pour le charrier. Les coupures intempestives d’électricité entravent parfois la bonne marche de cette activité commerciale. L’électricité fournie par EDM ne couvre pas totalement la ville de Diéma. Seuls quelques quartiers en bénéficient. On ne serait pas étonné que la couverture complète en électricité de la cité soit l’une des premières requêtes des populations de Diéma. OB/MD (AMAP)
Corvée d’eau dans les quartiers périphériques de Bamako : Une quête quotidienne, épuisante
Par Oumar DIAKITE Bamako, 23 avril (AMAP) A Bamako, certaines populations ont de la peine à s’approvisionner en eau potable, toute l’année mais, surtout, en cette période de grande chaleur. A Lafiabougou Talko, Bougoudani et Tchétchénie (quartier adossé à une carrière de pierre où le bruit de la dynamite rythme la journée, comme les tirs d’armes lourdes en Tchétchénie, pendant la guerre), il est courant de voir des attroupements ou des files devant les rares bornes fontaines, pour se ravitailler en eau potable. Dans ces localités de la commune IV du District de Bamako, avoir un robinet chez soi est un privilège. C’est donc la ruée vers quelques bornes fontaines pendant la période de grande chaleur ou même durant toute l’année. Des populations passent plusieurs heures entre les points d’eau. Cette épreuve est le lot quotidien des femmes et des enfants de ces zones. Chaque famille a plusieurs bidons de 20 litres pour la réserve d’eau potable. Dans la famille Diarra, à Lafiabougou-Talko, nous comptons une dizaine de récipients contenant de l’eau pour la consommation et les autres usages courants. « Le benjamin de la famille, âgé de 16 ans, s’occupe de la corvée d’eau. Chaque jour, vers 15 heures, il va remplir les bidons vides à la borne-fontaine située à près d’un kilomètre de chez nous », confie Mme Diarra Mariam Coulibaly, du haut de ses 65 ans, en train d’assister une de ses filles qui fait la lessive. Selon elle, se ravitailler en eau potable est un problème récurent dans son quartier. « Il n’y a pas assez de robinets publics dans notre zone. C’est pourquoi, on a du monde ici », explique Ousmane Traoré, gérant d’une borne-fontaine à Lafiabougou Talko, au milieu des clients. Une scène pénible à Tchétchénie. A la borne-fontaine, à côté du marché, deux jeunes filles, de 6 à 7 ans, se démènent pour pousser une brouette contenant des bidons de 20 litres remplis d’eau. Alors que l’une pousse, en tenant les manches, l’autre tire par devant. « C’est pour notre maman…Nous apportons cette eau à la maison », nous répond la plus grande, essoufflée. « Ici, c’est le seul point d’eau qui sert les habitants des environs », soutient le gérant Daouda Bouaré. Selon lui, la localité connait une pénurie d’eau au mois d’avril de chaque année. « En cette période, on peut attendre 24 heures sans voir la moindre goutte d’eau tomber du robinet. Les femmes n’arrivent pas à s’approvisionner pendant la saison chaude à cause des coupures intempestives des robinets », témoigne Bouaré, entouré de bidons jaunes de 20 litres, de clientes et de revendeurs-distributeurs d’eau. Son enfant au dos, une dame fait signe au gérant pour l’aider à porter sur sa tête sa bassine d’eau. « On se demande quand est-ce que cette corvée d’eau sera un mauvais souvenir pour nous. Chaque année, c’est le même triste sort », nous lance-t-elle, en partant. De son côté, Mahamadou Dembélé, distributeur-vendeur d’eau, nous dit passer, souvent, des jours entiers au cours desquels le robinet peut être coupé de midi jusqu’au lendemain matin. Lui, son métier, consiste à charger des bidons de 20 litres pour vendre à des clients à domicile. Il charge sa brouette de 8 bidons de 20 litres pour faire le vendeur ambulant. « Je cède un bidon d’eau de 20 litres à 75 Fcfa. Des clients m’appellent, souvent, sur mon téléphone pour je leur livre de l’eau », dit-il. A Tchétchénie, tout comme lui, beaucoup de ses collègues gagnent leur pain quotidien avec ce travail. Toujours dans le même quartier, au flanc de la colline, des femmes passent la moitié de la journée, l’après-midi en général, à se ravitailler à partir du château d’eau d’un forage réalisé par un particulier. Là-bas, les femmes se bousculent jusqu’au crépuscule pour apporter de l’eau dans leur maison. A la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP), qui ne gère pas les bornes-fontaines, on soutient de ne pas connaître de pénurie d’eau. «Il peut y avoir des raretés d’eau, suite à des perturbations de distribution », soutient Abdoul Karim Koné, chef du département communication de la société qui rappelle que « c’est la mairie qui gère les installations de bornes-fontaines». Tout le monde peut installer une borne fontaine publique dans les quartiers populaires, sauf les porteurs d’uniforme (militaires et paramilitaires). Il y a des instructions à respecter. Selon Bakary Fané, le responsable de la Brigade urbaine de protection de l’environnement (BUPE) de la mairie de la Commune IV, celui qui est intéressé doit adresser au maire une demande d’autorisation d’installation de borne-fontaine. A ce niveau, quatre services sont chargés de faire le constat de la zone afin de s’assurer que le lieu indiqué est adéquat pour un robinet public. La mairie, après son constat, envoie le dossier à la police la plus proche du quartier pour enquête de moralité sur le demandeur. « Les frais de constat à la mairie sont de 12000 Fcfa, dont 3000 Fcfa par service concerné, pour effectuer le déplacement sur le terrain », informe M. Fané. Après l’avis favorable de la police, le dossier sera encore renvoyé à la mairie. « Lorsque la police nous retourne le dossier avec son accord, on paie 18000 Fcfa à la mairie comme frais d’autorisation. Ainsi, le dossier d’installation de la borne fontaine sera transmis à la SOMAGEP », a expliqué le responsable de la BUPE en Commune IV. Au terme de cette procédure, la SOMAGEP va installer la borne fontaine au lieu indiqué. OD/MD (AMAP)

