Covid-19 : La Fondation Princesse Esther Kamatari distribue des masques aux femmes minières de Kangaba
Par Oumar DIAKITE Bamako, 24 juin (AMAP) Le cercle de Kangaba, zone d’orpaillage, est peuplé d’une population à fortes composantes flottantes de différentes nationalités. En plus des Maliens venant d’autres régions du pays, des Burkinabés, des Guinéens, entre autres, sont arrivés massivement sur les sites miniers du cercle de Kangaba. Les femmes y travaillent, aussi, en grand nombre. Elles jouent un très grand rôle dans l’extraction de l’or. Ces dames testent, tirent la corde et lavent le minerai dans le cadre du processus d’extraction du métal jaune. Evoluant dans le domaine de l’environnement, Princesse Esther Kamatari a voulu venir en aide à ces femmes minières pour les aider à se prévenir de la maladie à coronavirus. La Fondation Princesse Esther Kamatari (FPEK) a, ainsi, fait fabriquer des masques en bogolan et du savon avec la coopérative ‘Kotognontala’ des femmes productrices de savon de Kalabambougou. A cet effet, elle est entrée en contact avec la Fédération des femmes minières du Mali (FEMIMA) afin que celle-ci coordonne son action de bonne volonté sur le terrain. Princesse Esther Kamatari, présidente de la Fondation qui porte son nom, s’est rendue à Kangaba, samedi 20 juin 2020, pour distribuer 1050 masques et du savon aux femmes minières de la localité. La mission était composée de ses partenaires de la FEMIMA et de Swiss Malian Honor Circle (SMHC). Après une fine pluie, au petit matin du samedi, une délégation composée de la Princesse Esther Kamatari, des responsables de SMHC, de la FEMIMA et de la presse, a pris le départ pour Kangaba. A l’arrivée, aux environs de 9 heures, l’équipe a procédé à la traditionnelle salutation des autorités locales. Tour à tour, chez la présidente des femmes de Kangaba, N’Ba Doumbia, le chef de village, Naman Kéita et chez le président du Conseil de Cercle, Bakary Kéita. Toutes ces personnalités se sont réjouies du geste humanitaire et le choix porté sur leur localité. « Nous sommes ravis que vous offrez des masques et du savon aux femmes minières qui font la fierté de notre zone. Elles ont un rendement important. Elles contribuent à l’épanouissement de la famille parce que les chefs de famille ne peuvent pas tout faire. Si elles sont protégées, cela va leur permettre de faire la navette entre les mines et leur maison, avec moins de risque de contamination à la Covid-19. Nous vous remercions à sa juste valeur», s’est exprimé le président du Conseil de cercle de Kangaba, Bakary Kéita. La cérémonie proprement dite s’est déroulée sur la place de la Case sacrée de Kangaba, « Kamabolon ». Elle a débuté par des pas de danse des femmes avec la Princesse Esther Kamatari parmi les danseuses. Dans une atmosphère enthousiaste, les femmes bénéficiaires ont exprimé ainsi leur satisfaction. La donatrice, Princesse Esther Kamatari, en était heureuse. « D’abord, elles m’ont fait danser. Jamais, je n’ai imaginé qu’un samedi matin j’allais danser avec des femmes de Kangaba. Elles étaient très belles, formidables. Elles ont beaucoup de fierté. Elles méritent vraiment notre respect », a-t-elle dit. Pour elle, c’est une catégorie de femmes qu’on ne voit pas : « On ne voit que les bijoux fabriqués avec l’or qu’elles produisent. Mais on ne sait pas que derrière, il y a des femmes incroyables qui font des travaux tellement difficiles, durs ». « Il faut, a-t-elle estimé, leur donner un peu de lumière, mais surtout leur apporter des masques pour qu’elles se protègent ». Selon elle, il s’agit de suivre les recommandations du Chef de l’Etat qui a dit : « un Malien, un masque ». C’est aussi pour préserver toutes ces populations de la Covid-19, en leur offrant des masques et du savon et de leur rappeler « les gestes barrières qu’on a tendance à oublier ». C’est vrai que dans une localité comme Kangaba, c’est difficile d’imaginer qu’on puisse mettre un mètre de distance entre les gens. « Néanmoins, a-t-elle soutenu, s’ils pouvaient porter les masques, se laver les mains plusieurs fois par jour, ce serait une bonne chose ». « Ces masques sont lavables, réutilisables. Donc, elles n’ont aucune excuse pour ne pas le porter, surtout le laver et en prendre soin », a dit la présidente de la FPEK. Par ailleurs, elle a signalé que c’est une histoire de femme à femme. Les masques qui sont offerts aux femmes sont faits en bogolan avec un savon fabriqué par une coopérative de femmes à Bamako. C’est surtout que les gens qui portent les bijoux en or puissent avoir une toute petite pensée pour ces femmes qui nettoient le minerai pour en tirer l’or. « Ce sont des femmes qui tiennent la communauté parce que ce sont elles qui ont la charge des enfants. L’idée est de leur apporter un tout petit peu d’humanité», a-t-elle dit. La présidente de la Fédération des femmes minières du Mali, Mme Diarra Djeneba Samaké, s’est dite très satisfaite du don aux minières de Kangaba. « Nous avons reçu 1050 masques et savons pour les femmes de Kangaba contre la Covid-19. Ces masques vont beaucoup nous aider dans la prévention parce que la maladie n’est pas encore à Kangaba. Les femmes seront protégées contre la Covid-19 », a espéré la présidente de la FEMIMA avant de révéler que les femmes des mines ont beaucoup de difficultés dans l’orpaillage. Elles n’ont pas assez de fonds pour elles-mêmes. Elles sont obligées de travailler pour d’autres. Selon le premier adjoint au préfet de Kangaba, Alidj Bagna, « c’est la première fois qu’une Organisation non gouvernementale fait des gestes salutaires chez nous. Nous ne pouvons que les remercier et les encourager à poursuivre dans cette direction ». « Nous voulons appliquer les mesures barrière », a dit M. Bagna, ajoutant que ces mesures ne peuvent être appliquées sans ces gestes citoyens face à la pandémie actuelle. Il a exhorté les femmes minières à faire bon usage des masques. « Je demande aux femmes minières de porter les masques à tout moment, de se laver les mains au savon et, surtout, d’éviter de se serrer les mains. Cette attitude permettra à nous tous d’être sauvés de la maladie à coronavirus », a-t-il lancé. La cérémonie a pris fin par la
Coopérative de productrices de savon de Kalabambougou : Une histoire de braves femmes…
Reportage d’Oumar DIAKITE Bamako, 23 vendredi (AMAP) C’est comme une histoire de femmes qui en veulent. Elles sont 35 femmes qui fabriquent du savon avec uniquement des matériaux locaux. La matière de base est le beurre de karité mais, aussi, avec des ingrédients tels que le henné, le miel, la carotte, les concombres, le gingembre, le jaune de l’œuf. Le produit fini ? Du savon naturel, purement malien, sans produits chimiques. Il n’en fallait pas plus pour conquérir le cœur d’une Princesse, Esther Kamatari, en l’occurrence. Alors, quand Mali Health (ONG du secteur Santé mère-enfant) a approché la Fondation Princesse Esther Kamatari (FPEK), la Fondation a fait une première commande de 1050 morceaux de savons avec la coopérative. Et, à la livraison, la Princesse a décidé de voir la coopérative au travail parce qu’elle est décidée à chercher d’autres partenaires qui peuvent faire affaire avec ces femmes, à condition qu’elles restent « authentiques ». C’est-à-dire, qu’elles ne travaillent qu’avec le beurre de karité, les matériaux locaux à partir desquels elles peuvent créer un label qui pourra aller au-delà de nos frontières. Les femmes sont engagées dans ce sens, mêmes les emballages sont faits à base de matériaux de chez nous. Elles font des savons de toilette, de lessive, du savon liquide et des savons ronds pour la vaisselle, communément appelés « Gabacourouni ». Aux dires du chef de département renforcement des capacités communautaire de Mali Health, Gaoussou Doumbia, la Princesse leur a fait savoir qu’elle travaille dans la protection de l’environnement. Toutefois, dit-il, nous avons compris que nous avons des centres d’intérêt communs. « Avec sa Fondation, elle distribue aux Maliens des masques lavables accompagnés d’un morceau de savon. Nous lui avons dit que notre coopérative peut la fournir en savons », révèle-t-il. Pour la Princesse Esher Kamatari, on a à faire à de vraies femmes qui ont des capacités extraordinaires de se surpasser : « Elles sont des travailleuses, des bosseuses. Elles sont les piliers de leur société. C’est plutôt moi qui suis honorée d’être en contact avec Mali Health et ces femmes ». « En fait, j’apporte un regard extérieur pour leur dire : faites ceci, faites cela parce que c’est plus vendable », apprécie-t-elle. « La spécificité de ces femmes, note-t-elle, c’est qu’elles travaillent avec des matériaux du pays, le beurre du karité, avec tous ces ingrédients, qui n’a strictement rien à voir avec l’autre savon qu’on achète sur le marché ». « Donc, elles méritent vraiment d’être reconnues. Elles sont courageuses et formidables », estime la Princesse. En compagnie de la Princesse Esther Kamatari, notre équipe de reportage a rendu une visite, jeudi, dans la matinée, au site de production de savon de ces dames, à Kalabambougou. Dans leur tenue de travail (blouson et bottes) nous réservent un accueil des plus chaleureux avec chants et danses. La même ambiance au départ avec un chant d’honneur à l’endroit de l’hôte du jour, laquelle qui n’a pas pu se retenir d’esquisser quelques pas de danse. PROCESSUS DE FABRICATION – Après des messages de remerciement et de bienvenus, les femmes de la coopérative Kotognontala de Kalabambougou, après avoir reçu chacune un masque lavable assorti à leur tenue de travail, se mettent à l’œuvre. Dans un premier, on se transporte vers la table de découpe du savon moulé, en petits morceaux puisqu’il y avait une pâte faite qui attendait. Sur cette table, elles mettent le contenu de la moule entre le cadre de la machine à découper. Résultat ? Plusieurs petits morceaux qui sortent. Il y a une autre table où elles procèdent aux marquages des morceaux de savon. Après cette démonstration, toujours dans une atmosphère conviviale et vraie rendue très vivante par l’intérêt actif de la Princesse, nous partons pour le processus de composition de la matière du savon. Ici, quelques-unes des femmes s’attroupent autour d’une grande marmite sur le feu, contenant du beurre de karité. Cette étape consiste à bouillir le beurre de karité. Ensuite, à procéder à un mélange d’huile de palme sur la base d’un dosage de 12 litres d’huile de karité et 8 litres d’huile de palme. Ce liquide est déversé dans autre récipient pour poursuivre le mixage. Pendant que le malaxage-battage continue. Une fois le beurre de karité rendu en huile, les femmes commencent le mélange. Tour à tour, avec la quantité d’huile de karité qu’elles ont sous la main, elles mettent la bonne dose des autres produits locaux. Elles ajoutent du miel, du jus de gingembre, de concombre, de la carotte, du jaune de 10 œufs, de l’argile, du henné jusqu’à obtenir la pâte de savon. Elles laissent la pâte de ce savon de luxe au repos durant 5 heures, sous les manguiers, à l’air frais pour qu’elle durcisse avant la table de coupe en morceau. Comme c’est une commande spéciale, elles décident de marquer les morceaux de savon du sigle de la Fondation de la Princesse. Auparavant, elles avaient rempli de pâte de petites calebasses confectionnées pour la cause. Tous ces travaux ont été effectués dans une ambiance et une atmosphère très festives, attirant certains enfants qui n’ont plus voulu quitter les lieux. Aujourd’hui, c’est donc la commande de la Princesse. Elle avait demandé le savon spécial qui contient tous les ingrédients d’un cocktail de parfums, de douceurs et de matières. Ce genre de savon très prisé par les nouvelles mariées. Dans cette préparation, la coopérative pratique une combinaison de tous les intrants que veulent les nouvelles mariées pour rajeunir leur teint et rendre leur peau très lisse. NAISSANCE – L’idée, inspirée de la tontine des femmes est venue de l’ONG Mali Health. « Nous avons mis ce programme en place sachant qu’on ne peut pas parler de la santé de la femme et de l’enfant tant que les femmes ne sont impliquées », explique Gaoussou Doumbia. « C’est pourquoi, justifie-t-il, elles sont les premières victimes en cas de maladie dans la société. Quel que soit le programme, si elles n’y prennent pas part, il est voué à l’échec. Pour Mali Health, personne ne peut subventionner ou prendre en charge la santé de quelqu’un d’autre à 100%. Il faut que la personne elle-même
Travail des enfants : Les habitudes et les pratiques ont la vie dure
Par Ouka BA Diéma, 18 juin (AMAP) Dans le cercle de Diéma, le travail des enfants est une pratique ancrée dans les habitudes. Malgré les dispositifs de sensibilisation mis en place par l’Etat et ses partenaires, rien ne semble bouger. Ici, de nombreux parents utilisent leurs enfants dans des activités dépassant souvent leurs capacités physiques. Dès que les premières pluies tombent, les enfants ne traînent plus dans les rues. Tous se dirigent vers les champs. Après les récoltes, ils sont commis à d’autres activités, notamment le transport de l’eau, du bois de chauffe, du fourrage, la confection de briques en banco. Dans cette localité à majorité soninké, le travail des enfants n’est pas lié à la pauvreté, contrairement à ce que pensent certains, mais plutôt au manque de bras valides. Le Cercle de Diéma étant une zone de forte migration, des jeunes âgés de 15 à 20 ou plus partent, à longueur de journée, vers les côtes de la Méditerranée. Mouvement humain momentanément contrarié par la fermeture des frontières, ces derniers temps, en raison de la Covid-19. Dans ce cas, leurs parents sont obligés de les remplacer dans les champs par leurs petits frères qui n’ont pas souvent l’âge de produire. On apprend aux enfants à travailler durement, afin d’éviter qu’ils ne tombent dans la paresse, et n’adoptent des comportements déviants, pouvant déshonorer leurs parents. « Si l’enfant apprend à travailler, soutient Malla, un ancien migrant, il pourra se débrouiller partout ». Tout petit, Malla aidait son père à réparer le toit de leur maison, lorsque de fortes pluies endommageaient la toiture. « Mon père et moi, montions sur le toit. A l’aide de son gros orteil, il appuyait sur les petits trous qui laissaient suinter de l’eau, en les bourrant avec du banco », poursuit-il. Abdoulaye Touré, le 1er adjoint au maire de Diéma, dira que le travail des enfants fait partie de leur processus éducatif. « C’est pour que, poursuit l’élu, les parents préparent leurs enfants afin d’affronter des épreuves, lorsqu’ils foulent le sol du pays des blancs ». De l’avis de Mme Soukouna Fatoumata Maiga, première adjointe au maire de la Commune rurale de Grouméra, si le travail des enfants existe toujours, c’est par respect de la coutume. Pendant l’hivernage, les enfants ne restent pas à ne rien faire. Ils vont travailler dans les champs. « Si l’enfant travaille bien, ses parents pourront compter sur lui, lorsqu’il ira à l’aventure », renchérit Mme Soukouna. PRATIQUES ET HABITUDES – Ce tailleur, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, regrette de n’avoir jamais été à l’école. « C’est un véritable handicap qui me poursuivra jusqu’à la tombe », dit-il. Chaque fois qu’un client se présente dans son atelier, il est obligé de recourir aux services de quelqu’un, pour noter dans un cahier, l’identité de la personne, ainsi que ses mesures pour la couture. La notion de travail forcé des enfants est réfutée par Bakary Sacko, un notable de Diangounté Camara, qui, à sa connaissance, n’existe nulle part dans le Cercle de Diéma. « Si les parents emploient leurs enfants, dit l’homme, c’est pour leur propre intérêt, pour les aider à préparer leur avenir ». « Mais faisons en sorte que ceux qui sont à l’école puissent poursuivre correctement leurs études », insiste-t-il. Selon le Maire de la commune rurale de Lambidou, Mamadou Coulibaly, assis derrière son bureau, cette pratique n’a d’autres raisons que d’éviter que les enfants quittent le chemin d’une bonne éducation et « deviennent des voleurs, des bandits de grand chemin ». « C’est pourquoi, dès l’âge de dix ans, on montre le chemin du champ à l’enfant. On le prépare à devenir un homme avant son départ à l’étranger », explique M. Coulibaly. « Tous les enfants ne peuvent pas réussir à l’école. A l’heure actuelle, mes enfants sont au champ en train de semer », ajoute-t-il. Une petite fille, les pieds couverts de poussière, un plateau rempli de cacahuètes en équilibre sur la tête, part de ‘grin’ en ‘grin’, pour proposer aux buveurs de thé, sa marchandise. « Avec mes petites recettes cumulées, raconte-t-elle, je parviens à régler mes petits besoins sans déranger maman ». TRAVAIL, PAS FORCÉ – Une femme a refusé d’engager, comme servante, une fillette de 10 ans, que ses parents sont venus lui présenter. Jean, père de famille, confie de petites tâches à ses enfants, en fonction de leur calendrier scolaire. « Les jours où il n’y a pas classe, ils font oeuvre de salubrité, arrosent les arbres. Pendant les grandes vacances, chacun apprendra un métier », dit Jean. Aguibou Bah, chef secteur agriculture, lie le phénomène à la pauvreté. Selon lui, la plupart des enfants abandonnent les bancs pour travailler et soutenir leurs parents. « Beaucoup d’enfants, aujourd’hui, sont devenus des apprentis soudeurs, mécaniciens, tailleurs, menuisiers et autres. Leurs parents ne sont plus capables de les surveiller correctement. Ce qui joue, parfois, sur leur éducation », argumente-t-il. En la matière, il propose qu’une étude soit réalisée pour connaître les causes réelles des impacts négatifs du travail des enfants dans le Cercle de Diéma. Cela permettra, à son entendement, de trouver des pistes pour freiner cette pratique « qui nuit au développement de notre pays ». Mamadou Mah Sissoko, résident à Dioumara, soutient que le travail des enfants a pris de l’ampleur, ces dernières années, dans le Cercle de Diéma. Garçons et filles, tous travaillent. En plus des travaux champêtres, les filles s’occupent également de la cuisine et autres charges domestiques. Il déplore les conséquences du travail des enfants, qui, selon lui, est source d’échec scolaire. Bouya Dia, animateur d’une ONG, explique que dans certains milieux, une fille mineure, qui vit chez ses beaux-parents, est chargée de certains travaux. Elle monte sur la charrette, chaque jour, pour la corvée d’eau, la recherche de bois pour la cuisine ou fait du petit commerce. Pendant l’hivernage, elle va au champ. Notre interlocuteur s’est appesanti sur la déscolarisation des enfants, qui, d’après lui, est un facteur favorisant le travail des enfants. « Avant, il n’existait pas de travail des enfants, ici, dans le Kaarta. Avant l’introduction de la charrue, tout se faisait avec à la main. Les adultes préparaient les champs, les labouraient, les
Orpaillage traditionnel au Mali : L’organisation passera par les couloirs et les coopératives d’exploitation
Par Babba B. COULIBALY Bamako, 17 juin (AMAP) Un drame survenu, la semaine dernière, dans la carrière principale de la Société d’exploitation des mines d’or de Sadiola (Semos), la récente ruée vers l’or à Gao et Kidal, dans le Nord du Mali, doivent convaincre les acteurs de l’exploitation traditionnelle du métal jaune de la nécessité de restructurer le secteur. Cette activité, qui occupe des milliers de personnes, s’exerce encore dans une certaine anarchie. Les acteurs sont unanimes pour dire qu’une structuration, à travers les couloirs et les coopératives d’exploitation pourrait être profitable aussi bien aux exploitants qu’à l’Etat. Cela, afin de faire de l’orpaillage un levier essentiel du développement socioéconomique de notre pays, notamment les localités et communautés riveraines. L’objectif étant de préserver des vies humaines, les intérêts des compagnies minières et accroître la production nationale estimée à 71 tonnes d’or, en 2019, dont 65,1 tonnes pour la production industrielle. Adopté le 21 août 2019, en Conseil des ministres, le nouveau Code minier définit l’orpaillage comme étant « l’activité à petite échelle consistant à récupérer l’or contenu dans les gîtes primaires, alluvionnaires et éluvionnaires à l’intérieur d’un couloir d’exploitation artisanale par les procédés manuels associant des équipements rudimentaires, sans utilisation de produits chimiques ». Il peut être indifféremment appelée orpaillage traditionnel ou orpaillage artisanal ou manuel, le tout désignant la même activité exercée dans un couloir d’exploitation artisanale. Cette activité profitable à des milliers de Maliens est aujourd’hui menacée, à en croire le président de la Chambre des mines du Mali. Pour prévenir ce scénario catastrophe, Abdoulaye Pona propose de dégager des couloirs d’orpaillage ou d’exploitation artisanale suivant un arrêté ministériel. « La Chambre les mettra alors à la disposition des collectivités concernées par l’orpaillage », assure Abdoulaye Pona. En la matière, une coopérative sera créée. Chaque village fournira un nombre défini d’acteurs pour ce faire. La coopérative, ainsi mise en place, sera déployée au niveau du couloir. « Seuls les membres de la coopérative, exclusivement des Maliens, auront accès à ce couloir », indique notre interlocuteur. Pour qui, cette approche contribuera à la création d’emplois. En ce sens qu’elle prévoit la mise en place de 300 coopératives, à raison de 30 Unions coopératives par zone d’orpaillage, notamment dans les Régions de Koulikoro, Kayes et Sikasso. « Pour la traçabilité de l’or produit, une centrale d’achat composée de kiosques sera instituée. Chaque coopérative sera dotée de 15 comptoirs d’achat qui réuniront l’or produit sur ces placers-là », explique M. Pona. « La seule et bonne manière d’encadrer l’orpaillage, c’est d’organiser les orpailleurs en coopérative comme dans le domaine de l’agriculture », renchérît le président de la Confédération nationale des sociétés coopératives des orpailleurs du Mali (CNSCOM-COOP-CA), créée en 2019. Pour ce faire, explique Amadou Sanoussi Daffé, les coopératives sont en train de migrer vers le nouveau système de l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires en Afrique (OHADA). C’est-à-dire passer du système de récépissé à l’immatriculation. Cela responsabilise non seulement les orpailleurs, mais les rend juridiquement opérationnels. En conséquence, ils amélioreront leur production et leur productivité, pense-t-il. DES CENTAINES DE COOPERATIVES – L’Etat profitera, ainsi, de cette réorganisation car les coopératives payent des taxes aux collectivités. « Cette formule permet de financer également le secteur de l’orpaillage », ajoute le président de cette Confédération qui regroupe, aujourd’hui, 380 coopératives dans les trois zones d’orpaillage (Kayes, Koulikoro, Sikasso). Précisant que cette activité nourrit actuellement deux millions de personnes, Amadou Sanoussi Dafé soutient que la méthode permettra à l’Etat de disposer de statistiques fiables. Disposer de statistiques fiables et faire de l’orpaillage un vecteur de progrès social et économique, tel est l’objectif du département en charge des Mines. « Le résultat attendu, c’est de savoir exactement quelle quantité d’or est produite par l’orpaillage. Il s’agit aussi de faire en sorte que les populations environnantes et l’Etat aient des retombées et que des activités génératrices de revenus soient créés partout. Que le système d’éducation soit installé, la santé assurée, l’eau potable disponible pour tous, etc. », espère-t-on du côté du département. Des services sociaux de base à la satisfaction desquels l’orpaillage pourrait contribuer s’il est bien géré. Des orpailleurs, rencontrés, vendredi dernier, à Sadiola, en marge de la visite de la ministre des Mines et du Pétrole, demandent la mise à disposition sur les permis des sociétés minières des couloirs d’orpaillage. « Cette demande est une aberration », rétorque le premier responsable d’une société minière, qui a requis l’anonymat. Tout en reconnaissant la nécessité de répertorier les acteurs, de réglementer les méthodes d’exploitation, de contrôler la production et de mettre en place des infrastructures pour sécuriser les personnes et les biens, il précise que les sociétés minières ne demandent que le respect de leurs permis miniers légalement attribués par l’Etat du Mali. « Qui, selon lui, doit faire respecter l’ordre et la loi en protégeant ces permis de l’exploitation illégale et incontrôlée des orpailleurs ». Personne ne peut obliger les sociétés minières à accorder des couloirs d’orpaillage, tranche la ministre des Mines et du Pétrole. « Celles-ci disposent de convention d’établissement en bonne et due forme », a argumenté Mme Lelenta Hawa Baba Ba, lors d’une rencontre à Sadiola. Précisons qu’une convention d’établissement est, selon le Code minier de 2019, l’accord établi au moment de la demande de permis de recherche entre l’Etat du Mali et le demandeur qui fixe les droits et les obligations des parties dans le cadre de la recherche et de l’exploitation de substances minérales. Toute chose qui n’a pas empêché des mines de donner des sites où existe le potentiel. « L’Etat aussi en a donné », tempère la ministre. « Aussi, ajoute-t-elle, des partenaires sont prêts à accompagner les orpailleurs en mettant à leur disposition des machines adaptées et appropriées ». Pour le président de la Fédération nationale des orpailleurs du Mali (FNOM), les couloirs contiennent très peu de minerais. Seydou Keïta estime qu’il faut, pour une meilleure organisation du secteur, recenser les matériels utilisés dans l’orpaillage pour sortir du circuit ceux qui ne sont pas adaptés. Révélant que nous avons 356 sites d’orpaillages dont six à Kidal et un Gao, soit 349 dans
Célébration des grands mariages à Barouéli: La fête au village
Barouéli, 17 juin (AMAP) A la mairie de Barouéli, au Centre du Mali, sous les conseils du deuxième adjoint au maire, Diandjé Konandji, quelque 34 couples se sont dit oui, la semaine dernière, devant une foule enthousiaste, respectant ainsi la tradition des mariages collectifs dans cette contrée. Organisés par les autorités traditionnelles, en début de la période d’hivernage, un peu partout dans le Cercle de Barouéli, les grands mariages « Kɔɳɔba », sont un moment très attendu et important pour l’ensemble des populations de Barouéli, au regard de son caractère festif et mobilisateur des ressortissants du Cercle. Ainsi se déroulent les jours dans cette partie du Mali. Ils peuvent bien se ressembler sans pour autant avoir les mêmes contenus. La cérémonie de la célébration des grands mariages est un de ces jours au contenu spécial. Du moins, c’est le constat des populations de Barouéli, autochtones et étrangères. Les différents endroits de la ville sont animés par l’afflux massif des populations, les salons de beauté et les commerces de fortune se sont installés le long des artères jusque dans les ruelles et recoins. Cette foule n’est rien à côté de l’ambiance qui régnait dans la ville de Barouéli et ses alentours. L’officier d’état civil a saisi l’opportunité d’un si grand rassemblement de personnes pour inviter les populations à s’intéresser davantage au mariage civil « qui donne plus de consistance (aux couples) tout en protégeant les femmes ». La Covid-19 oblige, pour le respect des mesures barrières édictées par les autorités sanitaires, la garde républicaine était mobilisée pour maintenir l’ordre et faire entrer les couples, en nombre restreint, dans la salle de délibération de la mairie. JC/MD (AMAP)
Couvre tête de la nouvelle mariée : Un habillement traditionnel très prisé
Par Bandé Moussa SISSOKO Kayes, 12 juin (AMAP) «Cet homme recherche des informations sur le couvre tête pour femme, foulard ou « counabiri » en bamanakan. Veut-il en acheter pour sa nouvelle mariée » ? Ces propos tenus par Mme Koné Fatoumata Camara, lorsque sa fille lui a annoncé notre arrivée dans sa maison, trahissent l’objet de notre visite dans la famille Koné, à Lafiabougou-Nord, un quartier populaire de la ville de Kayes, dans l’Ouest du Mali. En effet, le « kayeska fini » ou tissu kayésien attire de plus en plus les femmes de notre pays, surtout celles de Bamako, la capitale. Ce pagne traditionnel sert à couvrir la tête de la nouvelle mariée pour la différencier des autres filles. Ce tissu fait la fierté de la Région de Kayes, depuis belle lurette et est source de revenus pour plusieurs femmes. On utilise ce tissu en coton pour couvrir la tête et le visage de la femme, nouvellement mariée, qui s’apprête à rejoindre son foyer conjugal, après avoir passé une journée chez ses parents. Il est fait en bandes de cotonnade raccommodées et teintées à l’indigo. La ville de Kayes est, en effet, réputée pour la grande variété de pagnes de qualité qui sont, souvent, les plus beaux du pays. Pour la fabrication de ce tissu, il faut un pagne ou bande d’étoffe qu’on achète chez le tisserand, puis des fils et aiguilles en vente à la Compagnie malienne des textiles (COMATEX). « Souvent, le tisserand fait le premier pas en commandant du fil et de l’aiguille à la COMATEX. Quant à nous, les femmes, nous rassemblons ces fils à l’aide d’une aiguille pour avoir 6 bandes d’étoffe « kono woro (en langue malinké). Nous y dessinons des figures géométriques variées à l’aide des fils blancs ou bleus pour rendre le produit plus attractif et joli. Il y a plusieurs modèles de tissus dont le ‘lifi’ et le ‘thioboli’ », a indiqué Mme Koné. La quinquagénaire explique que pour confectionner ce tissu, les femmes achètent un fil spécial dont le rouleau ou le paquet coûte 3.000 Fcfa. Ensuite, le tisserand transforme ce fil en pagnes ou bandes d’étoffe. La largeur du pagne lors du racolage peut varier (6 à 7 bandes racolées), en fonction de la taille du client. « Après le tisserand, nous remettons le pagne à la teinturière. Je débourse une somme oscillant entre 1100 et 1250 Fcfa pour un pagne de 2 mètres ou plus », poursuit notre interlocutrice. La troisième phase du processus de fabrication du pagne consiste pour ces dames à enlever les fils un à un, puis à tremper le pagne dans l’eau en vue de le dépouiller des impuretés. Le dernier travail incombe aux ’empeseurs’ qui rendent le ou les tissus plus fins et lisses à raison de 150 Fcfa l’unité. Après cette dernière étape, le produit fini est livré au client moyennant des prix variant entre 12.000, 12.500 et 15.000 Fcfa. A propos de l’utilisation du couvre tête, Mme Koné Fatoumata Camara explique : « A sa sortie de la chambre nuptiale le 7è jour, la nouvelle mariée porte ce pagne pour se rendre chez elle, tôt le matin, dans le but d’y passer la journée. Avant de regagner son domicile conjugal, sa mère lui couvre la tête avec le pagne». La nouvelle mariée porte le même tissu, lorsque ses belles-sœurs veulent la conduire dans la belle-famille et les proches pour les visites coutumières. Après la cérémonie de mariage, la nouvelle mariée peut garder le tissu ou l’offrir à une autre personne comme cadeau ». Le « kayes ka fini » peut être transformé en vêtement. « Le port du couvre tête est obligatoire dans notre société, surtout traditionnelle. C’est pour faire la différence entre la nouvelle mariée et la fille célibataire. Le pagne la rend encore plus coquette », commente-elle. Mme Koné n’exerce plus cette activité. « J’ai passé le témoin à ma belle-fille, depuis trois ans », explique-t-elle. « Nous avons des problèmes pendant l’hivernage car, ceux qui confectionnent les pagnes (les tisserands) retournent dans leurs villages pour travailler dans les champs. De ce fait, nos activités sont au ralenti pendant cette période », affirme-t-elle. DEPOSITAIRES D’UNE TRADITION – Niéba Konaté jouit d’une grande réputation comme teinturière. Elle exerce son métier dans la grande maison conjugale du quartier Liberté. « J’ai débuté ma carrière dans la famille en 1997. J’ai trouvé qu’ici, les femmes pratiquaient déjà la teinture. Nous sommes quatre femmes à faire ce travail. Certaines (nos enfants) viennent de Lafiabougou pour nous aider », assure-t-elle. « Fatoumata Diakité et Sitan Soukho étaient les premières à mener cette activité dans notre famille. Ces dames, qui ne vivent plus, ont transmis leur savoir à leurs enfants qui sont, aujourd’hui, âgés de 80 à 100 ans », révèle notre interlocutrice. « Nous vivons de cette activité. Souvent, je gagne 3 500 Fcfa de bénéfice, par jour, quand les affaires marchent. Les tisserands confectionnent des tissus qu’ils nous apportent pour la teinture à raison de 1 500 Fcfa par pagne. Et puis, nos espoirs reposent principalement sur le Sénégal où nos produits s’écoulent facilement », a commenté Mme Konaté. Il nous confie mettre en teinture 60 à 100 pagnes par jour, lorsque la commande est forte. « Nous payons la teinture qui provient d’Allemagne. Nous importons de la potasse de la Chine. Nous achetons nos produits chez un teinturier installé à Bamako. Nous payons le baril de poudre de potasse à 225.000 Fcfa. Le kilo de la teinture traditionnelle nous revient à 250 Fcfa », dit-elle. « Nous sommes confrontés à un problème de marché. C’est un travail saisonnier. D’octobre à juillet, la teinture marche. Pendant l’hivernage, nous menons d’autres activités comme le commerce de boissons locales », souligne-t-elle. Les gens n’aiment pas, tellement, pas la teinture traditionnelle. C’est la clientèle au Sénégal qui nous encourage dans la production à travers sa forte demande », affirme la vieille Niéba Konaté. Kadiatou Camara, l’une de ses assistantes se réjoui de cette activité : « Nous remercions Dieu. Nous gagnons tout dans cette activité. La vieille s’occupe bien de nous ». En effet, Niéba Konaté est assistée dans sa tâche par 4 à 5 filles.
Elevage et Covid-19 : La période de vaches maigres
Par Dramane COULIBALY Mopti, 11 juin (AMAP) Sous un soleil de plomb, ce mardi 9 juin, jour de foire hebdomadaire à Fatoma, situé à 15 km de Sévaré, sur la Route nationale (RN) 6, le vieux Ousmane Kane Diallo, président du comité de gestion du parc à bétail, assis sur un pan d’un abreuvoir, visiblement soucieux, a accueilli l’équipe de reportage de l’AMAP. Ici, un des grands centres de regroupement, les usagers ne se soucient pas de mesures barrières contre la Covid-19. Si certaines personnes utilisent le turban pour se couvrir la tête et une bonne partie du visage, la plupart ne porte pas de masque. Le premier constat, en ce grand lieux de rassemblement où les personnes et les animaux sont en contact direct, est l’absence total de kits de lavage de mains au savon et de gel hydro alcoolique. « Depuis environ cinq ans, nous souffrons avec l’insécurité, les enlèvements de bétail, les engins explosifs qui détruisent les troupeaux et la forte réduction de la mobilité des animaux. Voyez, vous-mêmes le parc, il y a plus de personnes que de bêtes. On nous a tous volé », nous confie le président. « A ce sombre tableau est venu se joindre la maladie du Coronavirus qui nous a totalement asphyxié. Du fait de la Covid-19, avec la fermeture des frontières, les acheteurs potentiels qui nous viennent des pays voisins subissent le confinement », a-il poursuivi. Selon le président Ousmane Kane Diallo, le parc, qui recevait plus de 2.000 têtes de bœufs par foire, n’enregistre actuellement qu’environ 600 animaux. Cela, parce que la zone exondée qui couvre les cercles de Douentza, Bandiagara, Bankass et Koro n’ont plus accès au marché du fait de l’insécurité. « En termes de taxes de sortie et d’embarquement fixée à 150 F par animal, le parc générait environ 200.000 Fcfa par foire contre au plus 60 000 Fcfa maintenant », a déploré M. Diallo. Rien ne va plus dans cette infrastructure structurante où tous, enfants avec boite de peinture pour le marquage à 25 Fcfa chaque animal payé, les vendeuses d’eaux fraiches et de boissons sucrées trouvaient leur compte. « Tout le monde sait que les éleveurs de la région paient un lourd tribut aux conflits. Nous souffrons. Cependant, nous n’avons pas encore reçu d’accompagnement de l’Etat pour lutter contre la maladie. Nous avons besoin de kits de protection contre la pandémie et d’appui pour soulager les victimes d’enlèvements et de vol de bétails », a plaidé le président du comité. Bien plus qu’une crise sanitaire, la pandémie de la Covid-19 a frappé de plein fouet le sous-secteur de l’élevage au Mali, à l’image des autres segments du développement a déclaré le directeur régional des productions et industries animales de Mopti, Hamadi Kane Diallo, dans un entretien avec l’AMAP. Ce sous-secteur de l’élevage, qui faisait la gloire de la Région de Mopti, avec son potentiel de contribution à la sécurité alimentaire et de création de richesse, à travers la filière bétail-viande et lait, est aujourd’hui à la croisée des défis du changement climatique, avec la dégradation et le rétrécissement des parcours pastoraux, la recrudescence de l’insécurité, du vol de bétail, l’accès difficile aux zones de pâturage conjugués avec la pandémie de la Covid-19. Le sous-secteur de l’élevage est un des piliers essentiels de l’économie de la région de Mopti qui a une vocation agro-sylvo-pastorale. Selon les statistiques nationales, le sous-secteur contribue à près de 19% du PIB soit la troisième source de revenu pour le pays après l’or et le coton. Pour la campagne 2018-2019, l’exportation du bétail sur pied au Mali a généré près de 88 milliards de Fcfa de valeur monétaire et procuré de l’emploi à près de 8,2 millions personnes avec une contribution de premier plan de la région de Mopti qui abrite plus de 19% de l’effectif des bovins et 28% du cheptel ovin et caprin du pays. Selon le technicien, la mise en application des mesures barrières comme le couvre-feu a longtemps impacté la cueillette, la transformation des produits laitiers et le mouvement des consommateurs, entrainant une baisse drastique de revenus chez les producteurs. En matière d’élevage, nos exportations de bétail sur pied sont destinées à des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Ghana. Du fait des différentes mesures de restriction de la circulation et de fermeture des frontières, le marché extérieur est à l’arrêt. Les exportateurs de bétail, les transporteurs et les intermédiaires sont tous au chômage. Une véritable période de vaches maigres pour des milliers de chefs de famille qui tirent leur revenu du secteur. Dans le cadre de la lutte contre la pandémie de la Covid-19 et la protection des acteurs du secteur, la Direction régionale des productions et industries animales (DRPIA) « en collaboration avec les services vétérinaires et de santé, a initié une vaste campagne d’information des éleveurs sur la maladie du Coronavirus et les mesures barrières édictées », a indiqué M. Diallo. DC/MD (AMAP)
Diéma : Difficile entretien des animaux en période de canicule
Par Ouka BA Diéma, 08 juin (AMAP) Cette période de canicule, avec son corollaire de crise d’eau, partout dans le cercle de Diéma, rend souvent difficile l’entretien des animaux. Il n’y a pas une seule goûte d’eau dans les mares, les rivières et autres cours d’eau. Même la prestigieuse mare de Koungo est asséchée. Les puits à grand diamètre tarissent à cause de la ronde ininterrompue des animaux. « S’il n’y a pas d’eau, on ne peut croiser les bras et regarder nos bêtes mourir à petit feu, la seule solution c’est de partir d’ici », dit Fousseiny, rencontré à Fassoudébé. Chaque jour, il est fréquent de voir des éleveurs scruter le ciel pour dénicher des nuages capables de provoquer de la pluie qui va remplir les mares et les rivières, et faire pousser, partout, de l’herbe, pour le bonheur de tous. En plus de cette pénurie d’eau, les pâturages s’appauvrissent chaque jour un peu plus. De grandes superficies sont complètement dénudées, rasées et donne des paysages lunaires comme sur des sols brulés. Pour trouver de l’herbe, aujourd’hui, à Diéma, c’est la croix et la bannière. Il faut parcourir des kilomètres. A longueur de journée, des éleveurs élaguent le peu d’arbres qui restent, pour aider leur cheptel à subsister. Selon le chef de village de Bella, Mamadou Dia, la crise d’eau et la rareté des pâturages sont surtout liées à l’arrivée massive de transhumants d’un pays voisin, « dont les populations et celles de mon village entretiennent de bons rapports de cohabitation », explique-t-il. Pour d’autres ce sont les commerçants de Nioro du Sahel qui viennent tous les jours charge d’herbe leurs véhicules ou leurs motos taxi, favorisant ainsi la dégradation des pâturages. DÉPART MASSIF – Depuis quelques mois, de nombreux éleveurs dirigent leurs troupeaux vers Kita et ailleurs, là où il ya encore du pâturage et où les conditions climatiques sont plus propices. Ali, résident à Guimbana, a été obligé de vendre quelques têtes pour pouvoir creuser trois puits jusqu’à Diabidiala, dans le Cercle de Nioro du Sahel, avant d’y conduire son troupeau. Amadou, lui, affirme que ses animaux se portent bien à la frontière mauritanienne. Diatourou a conduit sa cohorte de moutons vers Diangounté Camara où il dispose de deux puits intarissables qu’il a creusés, d’après lui, de ses propres mains. En plus de cette situation précaire, il faut signaler que l’aliment bétail appelé tourteau n’est pas à la portée de tous. Le sac de 50 kg coûte parfois 10 000 Fcfa. Pour nourrir ses 10 bœufs, Samba achète, par mois, une tonne de tourteau. « C’est ce que je peux », déclare l’homme qui se précipitait pour aller aider à extraire du puits un de ses bœufs. Selon le chef de village de Dioba, Mamadou H. Diallo, les bêtes sont mourantes. Toutes sont devenues squelettiques en cette période. « Elles partent en brousse et en reviennent plus affamées et assoiffées », poursuit le chef traditionnel. Un autre interlocuteur pense que c’est parce qu’on n’en prend pas soin que les réserves d’eau et de nourriture des animaux sont épuisées. La pratique de l’embouche saigne l’économie de cette femme qui achète régulièrement de l’aliment bétail pour engraisser ses quatre béliers qu’elle réserve pour la fête de Tabaski. Selon un constat général, dans les années à venir, si rien n’est fait pour apporter le soutien nécessaire aux éleveurs du Cercle de Diéma, en termes de ressources en eau et en nourriture pour les animaux, beaucoup risqueront d’abandonner l’élevage à cause du manque de moyens. Ce qui risquera d’impacter négativement l’économie de cette partie du Sahel où l’élevage constitue une des activités phares. Certes des efforts ont été faits par l’Etat et ses partenaires, mais le bout du tunnel est encore loin. Des efforts supplémentaires doivent être déployés pour garantir au mieux le bien-être des animaux dont dépend, en grande partie, la survie de plusieurs personnes. OB/MD (AMAP)
Cadre de vie à Bamako : Un combat contre l’incivisme
Par Oumar DIAKITE Nous sommes, aujourd’hui (vendredi) 05 juin pour célébrer la Journée mondiale pour l’environnement. Un regard sur notre milieu de vie ! Vous avez dit cadre de vie dans la capitale malienne, Bamako ? Apocalyptique ! Dans les quartiers, les lieux publics, les gens déversent des déchets solides et liquides n’importe comment polluant l’environnement avec des risques sanitaires incommensurables. Le constat est plus que chaotique. L’environnement de Bamako n’est pas reluisant. C’est peu de dire qu’il n’est pas le mieux pour un cadre de vie sur le plan de l’hygiène et de l’assainissement, notamment après ces premières pluies qui sont de véritables révélateurs de nos vilenies. Dans nos familles, les déchets solides ont deux destins possibles : on les entasse tout près de la maison ou les jette dans les caniveaux ou dans les collecteurs. Les poubelles ne sont pas aux normes. Il y en a de toutes sortes : vieux seaux, vieux bidons, \vieilles baignoires. Les ordures sont, dans tous les cas, par terre. « Nous n’avons pas d’autres solutions. Nous pensons que la tâche revient à la mairie de bien gérer la problématique », argue Aminata Sidibé en train de jeter ses ordures dans la poubelle, à l’entrée de sa maison familiale à Hamdallaye, en commune IV du District de Bamako. Ces poubelles débordent attirant une nuée de mouches et dégageant une odeur pestilentielle. Dans une rue adjacente, après une fine pluie, la semaine dernière, les eaux usées d’une fosse septique se déversent directement dans le caniveau. « On le fait fréquemment pendant l’hivernage. On relie notre fosse septique au caniveau et la pluie conduira les eaux sales dans le fleuve. C’est moins de dépense. Mais seulement, cette fois-ci, il a moins plu. Ce qui a provoqué cette situation », explique Ousmane Koné. La pratique est à la mode, un peu partout dans les quartiers populaires de Bamako. C’est chacun fait comme il veut quant à la gestion des déchets liquides dans la ville. Les eaux usées des WC coulent directement dans les caniveaux et les eaux de lessive dans la rue. Rares sont les familles où il y a une bonne gestion des eaux usées. Dans les centres à forte concentration humaine, comme les marchés, les places pour transport en commun, les gargotières s’en soucient moins. A la place des transports urbains appelé « Vox da », une dame tient une gargote. Elle déverse les restes d’aliments dans le caniveau. « Vous travaillez à la mairie ? Quel est votre problème ?», s’emporte la vendeuse de riz lorsque nous nous sommes adressé à elle sur son geste. Les dépôts de transit sont utilisés à d’autres fins, pour ne pas dire plus.. Les environs du cimetière de Niaréla se sont transformés en dépotoir d’ordures. Essayez seulement d’en toucher un mot avec quelqu’un du voisinage. On vous regarde d’un œil de dédain comme pour dire : « allez-vous faire voir ailleurs ». La mairie du District de Bamako nous renvoie vers la voirie avec comme interlocutrice la Cellule technique d’appui aux collectivités territoriales (CTAC). Cette structure appui les collectivités territoriales dans leur actions de développement en termes de projets, de réalisation d’infrastructures, de conseils. Pour le directeur adjoint de la CTAC, Amadou Konaké, dans nos familles tout le monde doit se comporter en citadin, en bon citoyen, en adoptant les bonnes mesures d’hygiène par rapport aux déchets que nous produisons. « Il y a la pollution de l’air. On balaie n’importe comment, on brûle les déchets, les pneus usagés. On brûle presque tout à Bamako. Ce qui fait que l’air n’est pas bon à respirer », reconnait-il. Selon lui, la gestion des déchets solides est très compliquée. Elle dépasse la compétence de la mairie du District et des autres communes de la ville. « Parce que cette gestion, depuis la production jusqu’au stockage des ordures, n’est pas correctement faite », dit-il. M. Konaké met en cause l’incivisme des populations. « Il y a l’incivisme dans la pratique et l’incivisme dans le paiement des impôts. Les gens ne paient pas les impôts et taxes à plusieurs niveaux alors que c’est avec ces paiements que les collectivités arrivent à assurer les services de base dans une cité », dénonce-t-il. Et d’ajouter : « A longueur de journées, des Bamakois jettent par terre des sachets d’eaux vides, des peaux de bananes, d’oranges, n‘importe quoi. On trouve à Bamako des gargotes qui déversent les restes d’aliments dans les caniveaux ». Par ailleurs, il soutient qu’il faut une chaîne correcte et normale, du citoyen lambda aux collectivités et à l’Etat, pour lutter contre la dégradation de l’environnement et du cadre de vie dans notre capitale. « Si les collectivités ne sont pas mises dans les conditions, elles ne peuvent pas bien faire leur travail. Normalement, l’Etat doit appuyer les collectivités. Que cet accompagnement soit d’ordre financier ou en ressources humaines, l’Etat doit assurer cela aux collectivités pour que le travail soit bien fait. Car, Bamako est la capitale du Mali et, à cet effet, l’Etat est toujours interpellé. C’est comme si l’Etat ne s’occupe pas de Bamako », analyse le directeur adjoint de la CTAC. Parlant de Ozone, l’entreprise en charge du ramassage des ordures dans la ville, Amadou Konaké dit que cette société n’est pas payée à hauteur de souhait aujourd’hui. C’est pourquoi ses prestations laissent à désirer. Selon le chef du département renforcement des capacités des acteurs de l’Agence de l’Environnement et de développement durable (AEDD), Abdrahamane Kémé, les mauvais comportements des populations peuvent polluer l’environnement avec des conséquences très graves pour la santé. « Si les poubelles ne sont pas en règle et que les gens déversent les eaux usées des toilettes ou WC dans les caniveaux, cela va créer une nuisance du cadre de vie. Cette forme de pollution va entrainer une prolifération de germes. Dieu seul sait quels types de microbes sont dans ces déchets de tous ordres », s’alarme Abdrahamane Kémé. « De l’autre côté, dira-t-il, la pluie peut drainer les déchets et obstruer les égouts, les ouvrages d’assainissement des stations d’épuration, tout en polluant aussi le fleuve Niger et les mares des environs ». Selon lui,
Reprise des cours pour les classes d’examen : Les élèves répondent présents
Reportage : Oumar DIAKITE Bamako, 02 juin (AMAP) Les élèves, qui doivent faire les examens du Diplôme d’études fondamentales (DEF), du baccalauréat, du Certificat d’aptitude professionnelle (CAP), Brevet de technicien (BT1 et BT2), ont afflué ce mardi matin dans quelques écoles de la Commune III du District de Bamako. Les élèves ont répondu à la décision du gouvernement de rouvrir les établissements scolaires ce jour 02 juin 2020. En respectant certaines mesures barrières et sanitaires face à la maladie à Coronavirus. Un groupuscule de jeunes candidats au bac en tenue scolaire se tiennent devant l’entrée du Lycée Tièba Traoré, au Badialan I à notre passage. D’autres élèves se promènent dans la petite cour, tandis que certains suivent les cours en classe. A vue d’œil, toutes les mesures barrières sanitaires sont là contre la Covid-19, à l’image du respect du port du masque par des lycéens. Mais, Mme Traoré Raba Diallo, le Censeur du lycée ne se réjouit point de la décision de réouverture des classes. Selon elle, toutes les dispositions ne sont pas réunies. « Je ne sais pas pourquoi ils ont fait rouvrir les classes alors que le taux de contamination de la pandémie ne diminue pas», dit-elle, en faisant remarquer : « l’Académie n’a offert des masques qu’aux élèves, en ignorant le corps des enseignants ». « Vous voyez vous-même qu’il n’y pas de kits de lavage des mains au savon », se plaint Mme Traoré. « A notre niveau, souligne-t-elle, nous allons contribuer, à nos frais, pour installer les kits de lavage des mains au savon ». « Néanmoins, soutient notre interlocutrice, l’emploi du temps est respecté par nos enseignants et les élèves ». « J’ai deux classes d’examens ici, une Terminale littérature et langues (TLL) avec 23 candidats et une Terminale en sciences économiques (TSECO) de 20 élèves. Les professeurs et les élèves ont répondu présents ce matin », dit-elle. Elle assure que son établissement avait presque fini avec les programmes du deuxième trimestre de l’année scolaire. « La date des compositions était d’ailleurs fixée », ajoute Mme Traoré. Au second cycle N’Tomi I, les candidats au DEF et le personnel de l’administration scolaire animent le lieu. Ici, aussi, pas de kits de lavage des mains au savon. Toutefois, les visages sont à moitié cachés couverts par un protège-nez. Les 100 élèves, partagés entre quatre classes, attendent, en vain, l’arrivée de leurs enseignants. La mesure de distanciation est la norme. C’est un élève par table-banc et chacun porte son masque offert par le gouvernement. Après avoir relevé la non-prise en compte du personnel enseignant dans la dotation en masque par le département de l’Education, Salia Bagayoko, le directeur du 2ème cycle I signale qu’il a été instruit de placer 25 élèves par salle. Le responsable estime que l’absence des enseignants est peut être due au bras de fer entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants grévistes. Dans la grande cour du Groupe scolaire des seconds cycles de l’enseignement fondamental de Darsalam, on note l’absence de kits de lavage des mains au savon. Les enfants sont là. Certains portent le cache-nez. Nous arrivons au moment des retrouvailles entre élèves, après plus de deux mois de congés forcés. Dans les effusions, on ne se soucie guère de la menace de la Covid-19. Ici aussi, même son de cloche. On accuse les autorités éducatives de ne pas avoir pris toutes les mesures idoines pour l’ouverture des classes d’examens. « Pourquoi est-ce que les élèves sont dotés en masque et pas les maîtres ? », nous dit le coordinateur du Groupe scolaire, Modibo Fomba, en guise de mots d’accueil interrogateurs. Il relève aussi l’inexistence d’affichages de sensibilisation sur la maladie à Coronavirus dans son établissement. « Pourtant, ils avaient communiqué à la télévision que toutes ces dispositions seront prises pour minimiser le risque de contamination…Malgré tout, les élèves ainsi que les enseignants sont venus. Je peux dire que l’ouverture des classes est effective chez moi », dit-il. Quelques élèves du lycée Askia Mohamed venus pour la reprise des cours, retournent contrariés vers 10 heures. Pour cause, les professeurs ont brillé par leur absence. « Nous voulons réellement reprendre les cours. Malheureusement, nos maîtres ne se sont pas présentés. J’ai appelé notre professeur de Géographie pour en savoir un peu plus. Il m’a informé qu’il faut attendre jusqu’après leur rencontre avec des député qui se tiendra le jeudi prochain. Nos professeurs sont toujours en grève», nous raconte Aminata Guindo, candidate au baccalauréat, au lycée Askia Mohamed. Tout comme elle, ses collègues retournent à la maison. Pas de signe de reprise des classes. A la surveillance générale de ce lycée, le surveillant se refuse à nous donner des explications. Il nous renvoie à sa hiérarchie qui n’était pas sur place. Rappelons que le gouvernement avait fermé les écoles depuis le mois de mars pour raison de pandémie de la maladie à Coronavirus. OD/MD (AMAP)

