Ultimatum de la CEDEAO : Sourde oreille et indifférence des Maliens

Bamako, 9 sept (AMAP) On a l’impression que le Mali se préoccupe moins de l’ultimatum de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sommant le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) de désigner un président et un Premier ministre civils, d’ici le 15 septembre 2020, pour conduire la transition. La réaction du CNSP tarde à venir. Les journaux parlent peu du sujet. Le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces démocratiques (M5-RFP) estime que ce n’est pas une course de vitesse, tandis que certains citoyens pensent que c’est une occasion pour le Mali de prendre son destin en main. Au moment où le CNSP a ouvert « des concertations nationales sur la gestion de la transition au Mali, les chefs d’Etat de la CEDEAO ont exigé, lundi, que les autorités militaires désignent des personnalités civiles comme président et Premier ministre de la transition, dans un délai d’une semaine. C’était la teneur du communiqué final des travaux de la 57ème session de leur conférence. « La conférence demande que le président et le Premier ministre de la transition, tous deux civils, soient désignés au plus tard le 15 septembre 2020 ». La CEDEAO a réaffirmé « sa détermination à assurer un retour rapide à l’ordre constitutionnel dans ce pays, avec une transition politique dirigée par un président et un Premier ministre civils pour une période de 12 mois ». Malgré tout, c’est la sourde oreille. Les militaires du CNSP n’ont pas réagi à cette injonction de l’organisation sous régionale. Aucun communiqué officiel. D’ailleurs le CNSP continue ses consultations. Pour appuyer les nouveaux hommes forts de Kati, une organisation de la société civile, Mouvement populaire du 4 septembre (MP4) a vu le jour pour soutenir la gestion de la transition par le CNSP. Ce mouvement a tenu un meeting populaire de soutien aux Forces armées maliennes, mardi, à la Place de l’Indépendance pour fustiger la CEDEAO et « sommer » les hommes politiques de laisser le CNSP diriger le pays. SOUTIEN AU CNSP – La transition en vue ne réussira qu’avec un militaire à sa tête. C’est la conviction du MP4 qui l’a clamé au meeting à la Place de l’indépendance. Cette manifestation, première activité d’envergure de ce mouvement porté sur les fonts baptismaux il y a seulement quelques jours, intervient au lendemain du sommet des chefs d’Etat de la CEDEAO. Les manifestants, à travers des slogans hostiles à l’organisation sous régionale ont vitupéré contre l’ultimatum des dirigeants ouest africains exigeant un président et unPremier ministre de la transition civils, dans une semaine. Pour les manifestants, cette exigence doit se conformer à la volonté du peuple malien. « Et cette volonté, selon Baba Sanogo, un manifestant, c’est de confier la gestion de la transition aux militaires qui ont renversé le régime de l’ancien président de la République ». Les chefs d’Etat prouveront ainsi que la « Cedeao n’est pas un syndicat de présidents de la République ». Notre interlocuteur va plus loin, en prédisant l’issue de la concertation nationale qui démarre le jeudi prochain : « Les Maliens confirmeront qu’ils sont favorables à ce que la transition soit dirigée par le Comité national pour le salut du peuple ». Mais au sein du MP4, certains militants sont conscients que nombre de nos compatriotes ne partagent pas leur avis sur la question. Néanmoins, ils sont bien déterminés à se faire entendre pour que le CNSP garde la main. Partageant ce souhait, Hamidou Guindo met, cependant, un bémol en soutenant que « les militaires corrompus doivent être écartés » et rappelle les événements de 2012, dont l’issue prouve à suffisance qu’il ne « sert pas à grand-chose d’imposer des civils à la tête d’une transition ». SENTIMENT NATIONAL – Cet engagement du MP4 à soutenir l’Armée, est motivé, selon les initiateurs, par le seul souci de préserver la mère Patrie qui est confrontée, depuis une dizaine d’années, à de dures épreuves. « La descente aux enfers a été stoppée par le CNSP », selon Seydou Oumar Traoré, président de la plateforme « Les Patriotes ». Par conséquent, il estime que tous les patriotes doivent se mobiliser pour soutenir les militaires dans « toute conduite qu’ils auront décidé de tenir ». D’ores et déjà, lui-même a plaidé pour une transition de trois ans et que, pendant ce temps, les « politiques qui veulent gérer le pays se préparent pour l’élection de 2023 ». Seydou Oumar Traoré a, dans la foulée, tancé la vieille garde politique. Les autres intervenants lui emboîteront le pas, fustigeant la gestion des acteurs politiques. « Les civils ne peuvent pas gérer la transition », a tranché Alassane Tangara, président de la plateforme « Mali pour nous Tous ». Et de mettre en garde ceux qui tenteront de se mettre au travers du chemin de l’Armée. Abdoulaye Keïta, président de Wati Sera (L’heure a sonné), s’est appesanti sur les sanctions prises par la CEDEAO, qui ne font que fragiliser davantage la situation du Mali. « L’embargo est, pour nous, des souffrances de trop », a-t-il déclaré, avant d’appeler les dirigeants ouest africains à reconsidérer leur position. Comparativement aux dernières manifestations qu’a connues la Place de l’indépendance, celle-ci a peu mobilisé. Visiblement déçue, Aissata Traoré s’en prend à nos compatriotes qui auraient « certainement effectué le déplacement par milliers s’il s’agissait de défendre des intérêts personnels ». Pour sa camarade, Mariam, la majorité des Maliens ne sont « patriotes que du bout des lèvres». REACTIONS VIRTUELLES – Sur les réseaux sociaux, les avis diffèrent sur le sujet. Mais, les antis décisions de la CEDEAO sont nombreux. Les internautes entretiennent la flamme nationaliste. Bréhima Mamadou Koné propose même des conditions pour un retrait du Mali de la CEDEAO et de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). « On peut quitter la CEDEAO, mais les préalables sont, entre autres, la création de notre propre monnaie, la construction d’une économie intravertie basée sur l’augmentation de la production, la productivité et la compétitivité, la transformation structurelle de l’agriculture, de l’énergie, la rationalisation des ressources publiques , une meilleure maitrise de la croissance démographique, une meilleure gestion de la comptabilité, la reconstruction de l’appareil de défense et sécurité », développe-t-il dans un mémorandum intitulé « les conditions pour se

Cultivateurs et revendeuses de maïs frais : La bonne affaire saisonnière

Par Aminata Dindi SISSOKO Bamako, 9 sept (AMAP) La pluie du lundi dernier a bien arrosé Kalaban Coura et plusieurs autres quartiers du district de Bamako, la capitale malienne. Un vent matinal rafraichit les usagers de la route menant à l’Aéroport international président Modibo Keita-Sénou. Malgré la fraîcheur, des femmes reviennent des champs de maïs dans la zone aéroportuaire. Du Parc des expositions jusqu’au-delà de la direction de la Météo, il y a des champs de maïs à perte de vue. Certaines, portant sur la tête des sacs de 50 kg contenant des épis de maïs frais, semblaient à bout de souffle. D’autres, avec leur bébé au dos, portaient aussi sur la tête de vieux draps remplis de maïs. Les moins téméraires sont assises sur des sacs de maïs, en attendant l’arrivée des conducteurs de tricycles pour les transporter. Mah Diarra, se décharge de son fardeau, arrivée à quelques mètres de «la porte d’entrée de Bamako», en venant de l’aéroport. «Mon chemin s’arrête ici. Les autres continuent. Certaines viennent de Kalabancoro, de Dialacorobougou, de Diélibougou. D’autres habitent Kalaban Coura. Nous revenons des champs de maïs situés juste derrière. Tu vois les pieds de maïs ? C’est là que nous nous ravitaillons, chaque jour, en maïs pour ensuite les revendre au détail. Je fais des affaires au bord de cette route», explique la vendeuse sur un ton courtois. Sans hésiter, elle se propose de nous conduire au champ de maïs et couvre sa marchandise avec un vieux pagne. Nous empruntons une voie boueuse. Le véhicule patine. Comme pour détendre l’atmosphère et nous mettre à l’aise, Mah explique qu’elle fréquente quotidiennement ce chemin depuis le début de la récolte de maïs. «Très tôt le matin, nous nous regroupons pour aller nous ravitailler», ajoute-t-elle. Le temps passe vite. Nous voilà dans le champ de Abdou Kadr Coulibaly. Le cultivateur émerge d’une touffe de pieds de maïs et nous accueille cordialement. « Il fait partie des propriétaires de champs de maïs les plus heureux en cette période. Son champ ne désemplit pas de clientes », commente un jeune homme. Abdou Kadr Coulibaly confirme. « Je suis cultivateur. Cela fait plus de 10 ans que je cultive le maïs. Les femmes sont mes clientes. Quand le produit arrive à maturité, je les reçois tous les jours », ajoute le paysan. En effet, les revendeuses de maïs viennent ici depuis 7 heures du matin. L’affluence peut continuer jusqu’à 10 heures. Dans l’exploitation de Abdou Kadr Coulibaly, la moisson a débuté une semaine après la fête de Tabaski. « Je laisse aux femmes le soin de récolter le maïs, ensuite nous faisons le décompte», explique l’exploitant. Sur une superficie d’environ un hectare, il peut vendre entre 50.000 et 100. 000 Fcfa par jour jusqu’à la fin de la récolte. Le champ de mais de Zoumana Mariko est voisin de celui de Coulibaly. « Il sera là dans peu de temps. Comme l’état de la route est mauvais, il transporte les sacs de maïs de ses clientes sur sa moto pour les déposer au bord de la route. Ils sont ensuite acheminés à destination à bord des motos tricycles», explique une dame, rencontrée sur les lieux. Quelques minutes plus tard, Mariko revient nous rejoindre. Cette année, il dit avoir cultivé deux hectares qui lui rapportent entre 150.000 et 200.000 Fcfa par jour. Celui qui exerce ce travail depuis sept ans se plaint de problèmes d’équipements agricoles et d’espace cultivable. ÉTUDIANTE VENDEUSE – A peine nous terminons les échanges avec Mariko, Fanta Diallo sort du champ. La frêle dame tire un sac de maïs de 50 kg fraichement cueillis. Etudiante à la Faculté des sciences économiques et de gestion de Bamako, elle vend du maïs au quartier Bacodjicoroni-Golf. Profitant de l’arrêt des cours, il se fait un peu d’argent. «Il faut transpirer pour avoir de l’argent», estime la jeune dame. Pour ce faire, elle se réveille tôt le matin, chaque jour, pour faire ses travaux ménagers, avant de mettre le cap sur les champs de maïs. Grâce au revenu tiré de cette activité, elle complète l’argent de la popote. «En plus, j’arrive à subvenir à mes petits besoins. J’achète entre 6.000 à 7.500 Fcfa de maïs par jour pour un bénéfice journalier variant entre 3.500 et 4.000 Fcfa. En effet, je grille le maïs pour le vendre à 100 Fcfa. Je propose aussi aux clients des maïs frais à 500 Fcfa par tas», ajoute la jeune mère. Après un temps de respiration, elle charge la marchandise sur sa moto. Direction le quartier Golf où l’attendent des clients. Pendant ce temps, Mariam Samaké attache solidement son sac de maïs frais à l’aide d’une corde. Elle vient de récolter une importante quantité pour un montant estimé à 15.000 Fcfa. Mariko a déjà déposé un sac au bord de la route principale. «Je viens de Kalaban coro. Ce commerce m’aide à joindre les deux bouts. Mon mari travaille. J’essaie de l’aider dans ses dépenses, en menant cette activité», explique-t-elle, soulignant qu’elle peut faire un bénéfice journalier de 5.000 Fcfa ou plus. Ainsi qu’elles revendent du maïs frais ou grillé, en cette saison, ces braves dames tirent leur épingle du jeu. Les propriétaires de champs, chez qui elles s’approvisionnent, se frottent, également, les mains PRODUCTION INTERIEURE – Les champs situés sur la route de l’aéroport ne sont pas les seuls fournisseurs de Bamako en maïs frais. A Missala comme à Gouana, plusieurs propriétaires de champs se frottent les mains en cette période. Sur la route appelée «Pont de Moussa Mara», il n’est pas rare de rencontrer des charretiers chargés de maïs frais en direction de Kalaban et autres quartiers de Bamako. Mariam et Fatoumata suivent une charrette en marchant. «Nous revenons de notre champ. Nous vendons la moitié du chargement en cours de route. Les gens aiment le maïs fraichement cueilli », indique Fatoumata. « Ces propriétaires de champs ne peuvent pas servir tout Bamako », analyse Mariama Sidibé, vendeuse de maïs frais à Ouolofobougou. «Bamako est également servi par Bougouni. Chaque matin, des véhicules déchargent

Restitution des macarons et véhicules de service du Mali : Les opérations se déroulent normalement

Par Aboubacar TRAORÉ Bamako 8 sept (AMAP) Lundi, à l’entrée de l’immeuble abritant direction générale de l’administration des biens de l’État (DGAB), à Hamdallaye ACI 2000, l’ambiance était nettement différente de celle d’un jour ordinaire de travail. Devant le bâtiment, notre chauffeur a eu de la peine à se frayer un passage. La raison ? L’endroit grouillait de monde au point de créer un petit embouteillage dont le caractère inhabituel sera confirmé, sous couvert de l’anonymat, par l’un des vigiles que nous avons croisé à l’entrée principale du bâtiment. Une fois dans l’enceinte de la DGAB, un organigramme géant, visible de loin, nous indique le secrétariat particulier du directeur général, à l’étage. Dans le couloir, nous avons croisé quelques visages connus de la 6è législature de l’Assemblée nationale dissoute. Aucune des personnalités n’accepte de répondre à nos questions sur l’objet de leur présence. Pour le directeur général de l’administration des biens de l’État, l’inspecteur des finances Ousmane Diarra, les opérations d’enregistrement du dépôt des macarons et des véhicules de services se déroulent normalement, aussi bien dans son service, qu’au niveau du Garage administratif pour la réception des véhicules. «Suite au communiqué passé hier (Ndlr, dimanche) à la télévision nationale, nous avons mis en place, depuis ce matin, deux équipes opérationnelles qui vont nous permettre, ici, à la direction générale de procéder à la réception de l’ensemble des macarons que les ex députés vont mettre à notre disposition», a précisé Ousmane Diarra. Il s’agit, non seulement, des macarons concernant les véhicules, mais aussi ceux que les députés arborent. Le directeur général de l’administration des biens de l’État a ajouté que dès lundi, son service a ouvert la liste de l’ensemble des anciens députés qui ont déjà remis ces objets liés à leur fonction. « Commencées lundi, les opérations se poursuivront mardi, conformément au communiqué du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) », a assuré Ousmane Diarra. En ce qui concerne les moyens de locomotion, le patron de l’administration des biens de l’État a souligné que des véhicules des ministres sortants, comme ceux des ex députés sont tous, en cours d’acheminement au Garage administratif. À ce sujet, M. Diarra a rappelé que la GDAB avait, auparavant, réalisé une opération similaire avec les véhicules neufs acquis par l’État. «Au moment où les manifestations étaient en cours, il était très judicieux pour nous de récupérer les véhicules qui se trouvaient au Garage administratif pour les mettre à l’abri», a-t-il dit. Selon notre interlocuteur, cette opération d’anticipation a permis, effectivement, de sécuriser l’ensemble des véhicules neufs de l’État acquis au cours de l’exercice 2019, au niveau du Groupement mobile de sécurité (GMS) de la police nationale. Dans le même état d’esprit, le DGAB a annoncé qu’il va procéder, de la même façon, avec les véhicules des anciens dignitaires, car au niveau du Garage administratif, il n’y a pas suffisamment de places pour les accueillir. Il nous a confié avoir adressé une correspondance au directeur général de la police nationale pour demander que ces véhicules puissent être accueillis au GMS, en attendant les instructions. A notre passage, lundi vers 12h 30mn, au moins cinq anciens députés avaient fait enregistrer le dépôt de leurs macarons portatifs ainsi que ceux pour leurs véhicules. On rappelle que Le CNSP a publié, dimanche, un communiqué appelant les anciens députés et ministres à rendre les macarons et les véhicules de service de l’État mis à leur disposition, au plus tard, mardi, à la direction générale de l’administration des biens de l’État (DGAB).   AT/MD (AMAP)

Chefs de quartier : Ces maillons importants de l’administration territoriale

Par Amsatou Oumou TRAORE Bamako, 6 sept (AMAP) Une banale discussion que nous avons surprise entre des collègues de la rédaction sur le statut actuel des chefs de quartier nous a amené à nous intéresser à ces leaders traditionnels qui étaient essentiels dans la régulation des rapports humains au sein de la communauté. Toutes les préoccupations d’intérêt général étaient discutées autour d’eux parce qu’ils représentaient la caution morale. Aucun doute sur le fait qu’ils ont été des piliers essentiels de la société. Leaders traditionnels, ils jouent un grand rôle dans notre organisation sociale et administrative car ils constituent le premier échelon de l’autorité publique. Aujourd’hui, une certaine opinion pense que les chefs de quartier sont réduits à jouer les seconds couteaux. C’est du moins ce qu’en pensent beaucoup de nos compatriotes qui n’arrivent plus à situer les chefs de quartier dans notre organisation sociale. Des analyses croisées de leaders traditionnels et de conseillers municipaux expliquent, d’abord, qu’un chef de quartier est une autorité traditionnelle, une sorte d’interface entre les individus représentant une même communauté et la collectivité locale. C’est lui qui porte les préoccupations de la communauté et reste un médiateur. Il est consulté dans les situations de conflit où il est censé arbitrer avec équité et justice. Malheureusement, les chefs de quartiers sont réduits à jouer, dans un système de décentralisation, le rôle de relais des collectivités territoriales. Kabouné dit Bemba Diakité est le chef de quartier de Djicoroni-Para. L’homme de 51 ans, entouré d’une cour, nous accueille avec la plus grande hospitalité mais, surtout, l’énorme considération qu’on accorde à l’hôte dans la tradition malienne. Il est à la tête de la chefferie traditionnelle depuis un certain temps et partage le même constat sur le rôle actuel des chefs de quartier. Lui même reconnaît que les chefs de quartier occupent de moins en moins le devant de la scène comparativement à une certaine époque où, ils régentaient tout. Il précise qu’auparavant, toutes les questions étaient débattues dans le vestibule du chef de quartier avec ses conseillers. Ceux-ci étaient capables de mener de grandes réflexions sur la situation et de proposer au chef de quartier des solutions incontestées et incontestables au sein de la communauté. Parce qu’au sein de la communauté on savait, pour reprendre à notre compte l’expression d’un homme politique français, en l’occurrence Jean-Luc Mélenchon commentant ces rapports avec un de ses collaborateurs, qu’un conseiller «n’emmènera personne dans le mur par lubie». Les analyses des collaborateurs du chef de quartier étaient empreintes de sincérité, de vérité, d’équité mais surtout de sens de responsabilité. Bemba Diakité explique pourquoi la chefferie est tombée dans son giron familial. «Nous sommes les autochtones de la localité. Dans notre lignée, la chefferie se transmet par descendance, précisément de père en fils», explique le 13è chef de quartier dans sa lignée qui a hérité du trône. MODIQUE SOMME – La rémunération des chefs de quartier est en train de devenir un sujet de discussion sur toutes les lèvres. Les chefs de quartier, eux-mêmes, ont des scrupules à aborder la question. Mais puisqu’il faut bien qu’on en parle, Bemba Diakité accepte de verser son avis dans la discussion. Il confirme que les chefs de quartier perçoivent une indemnité trimestrielle de 15.000 Fcfa, soit 5.000 Fcfa par mois. Il donne la provenance de cette modique somme pour l’autorité morale que représente un chef de quartier. La mairie apporte 10.000 Fcfa et le gouvernorat contribue à hauteur de 5.000 Fcfa. Même s’il ne cracherait pas sur une augmentation de cette indemnité, il requiert d’abord que l’Etat accorde plus de considération, plus d’attention aux leaders traditionnels. Namory Keita est conseiller du chef de quartier de Djicoroni-Para Troukabougou. Il fait un large tour d’horizon des procédures de désignation des conseillers. Ceux-ci sont désignés pour un mandat de cinq ans renouvelable après concertation de la population du quartier. Au détour des explications sur le mode de désignation des conseillers du chef de quartier, notre interlocuteur du troisième âge nous laisse entendre qu’il a 108 ans et vit depuis 30 ans cette expérience. Il précise que chaque chef de quartier est entouré de 15 conseillers en charge de différents domaines. Pour ce qui le concerne directement, il précise être chargé du règlement des conflits au sein de la communauté. En outre, Namory Keita relève qu’aujourd’hui, leur rôle est méconnu du grand public parce que les gens préfèrent porter leurs différends devant la police ou la justice. Alors que ces incompréhensions peuvent avoir des solutions au niveau de la chefferie traditionnelle. Le chef de quartier et ses conseillers étaient les premiers médiateurs dans les conflits. L’aîné confiera que la chefferie traditionnelle travaille moins avec l’administration. Si pour lui, les chefs de quartier dans la capitale n’ont plus le même privilège qu’avant, il est catégorique que leurs collègues des villages gardent toutes leurs prérogatives. Il fait aussi sienne la requête de Bemba Diakité d’accorder plus d’importance à la fonction de chef de quartier et de conseiller dans la chefferie traditionnelle. Mme Massitan Touré, est officier d’état civil au Centre secondaire de Kalabancoura, en Commune V du district de Bamako, la capitale malienne. Elle explique les liens spécifiques qui unissent la collectivité et la chefferie traditionnelle. Selon elle, l’autorité communale a pris seulement une petite partie de la gouvernance traditionnelle dans la forme et non le fond. Il s’agit, selon elle, de la gestion du foncier. Toutefois, ils n’ont pas les mêmes statuts en la matière. Mme Touré fait remarquer que la collectivité s’occupe de la gouvernance locale qui était déjà faite par l’administration centrale. Celle-ci a transféré ses compétences aux élus communaux. Donc pour elle, les chefs de quartier continuent de jouer un rôle important, celui de règlement des différends dans la société. Pour le choix des chefs de quartier, Massitan Touré précise que le dernier mot revient toujours à la tutelle, le gouvernorat d’entériner le choix. Elle invite les chefs du quartier à garder une neutralité dans le règlement des conflits. Pour elle, il est clair que certains chefs de quartier laissent

Dépôt de transit de Médine : Une montagne de pestilence!!!

Par Makan SISSOKO Bamako, 4 sept (AMAP) Jeudi matin, Il est environ 9 heures. Au marché de Médine, en Commune II. En face du stade Modibo Keïta. Notre regard est agressé par un gigantesque dépôt de transit qui déborde d’ordures. Chargées de déchets, des charrettes tractées par des ânes forment une longue procession. Il n’y a aucune place pour décharger leur contenu. Arrêté au beau milieu de la route, un véhicule de l’entreprise Ozone s’apprête à transporter des tonnes d’ordures déversées sur les deux côtés de la chaussée pour fluidifier la circulation. L’air est irrespirable à cause d’une odeur infecte. Certains usagers se bouchent le nez, pendant que d’autres regardent avec étonnement le « Kilimandjaro » de déchets qui envahit la route. Telle est, aujourd’hui, l’image que renvoie cet espace public de Bamako. Depuis quelques semaines, le dépôt de transit de Médina-coura, situé en face du stade Modibo Keïta, déborde de déchets. Les Groupements d’intérêt économique (GIE) opérant en Commune II ont cessé toute activité de ramassage d’ordures. Au motif que le seul dépôt de transit principal de la Commune II n’est plus à mesure de recevoir les détritus compte tenu de son trop grand volume. Conséquence ? Le marché de Medina-Coura, communément appelé «Suguni Cura», est envahi par des tas d’immondices. Même les voies principales d’accès au marché ne sont pas épargnées. Marchands et passagers peinent à vaquer à leurs occupations, à cause de ces innombrables déchets qui barrent le passage. Abdoulaye Diarra, revendeur de ticket du Pari mutuel urbain (PMU), est installé à côté du stade Modibo Keïta. Il parle d’un problème d’organisation dans la gestion du dépôt de transit. Selon lui, les charretiers y déversent anarchiquement les ordures et la société Ozone est incapable de les évacuer depuis un certain temps. «Aujourd’hui (Ndlr, jeudi), on s’estime heureux, car il y a moins d’ordures. Avant-hier (Ndlr, mercredi), les ordures avaient entièrement barré le passage. Ici, ordures et eaux usées se côtoient», se lamente notre interlocuteur. C’est insupportable, selon lui. Impossible de s’asseoir dans la proximité, à cause des odeurs fétides. « Personne ne se sent à l’aise même les passants », peste le marchand. « Chaque année, nous assistons à la même scène. Nous demandons aux autorités de transférer le dépôt de transit en dehors du centre ville, car sans hygiène, il n’y a point de santé. », ajoute-t-il. Mahamadou Diarra, membre de la coordination des Groupements d’intérêt économique (GIE) de la Commune II, indique que l’entreprise chargée de l’évacuation des ordures se plaint de l’absence d’espace pour les déverser. «Tous les espaces disponibles hors de la ville ont été cultivés. Parfois, les gens se disputent à cause de l’évacuation des déchets. La ville restera insalubre aussi longtemps que les autorités peineront à mettre en place un dépôt final devant accueillir les déchets», explique le responsable du GIE. Il ajoute qu’en Commune II, actuellement, toutes les familles sont envahies par les déchets parce qu’il n’y a plus d’endroit pour déverser les détritus. Toute chose qui complique la tâche des GIE dont la mission est, selon Mahamadou Diarra, « de débarrasser les familles des ordures pour ensuite les déposer sur la décharge de transit ». « En la matière, ajoute-t-il, celle de Médina-Coura reçoit les ordures provenant des Communes I et II du District de Bamako ». «Si Ozone n’arrive plus à évacuer rapidement les déchets qui nous envahissent, nous allons demander aux autres communes de garder leurs déchets chez elles. Ici, c’est un dépôt de transit et non un dépôt final», rappelle-t-il. « La grande quantité de déchets dans les dépôts de transit formant parfois des montagnes dérange la population, car elle crée des pollutions et nuisances », reconnaît le conseiller principal de la direction générale d’Ozone Mali. Adama Koné fait remarquer que la Commune II ne dispose que d’un seul dépôt de transit. « Dans ces conditions, explique-t-il, il y aura forcément un engorgement parce que tout le monde converge vers la même destination. Et le technicien de rappeler que la ville de Bamako n’a pas de décharge finale. «Quand nous enlevons les ordures des dépôts de transit et des centres de transfert, nous devons les acheminer vers une décharge finale. L’État a investi plusieurs milliards de Fcfa pour la construction d’une décharge finale à Noumoubougou (Commune de Tienfala, ndlr), mais elle n’est toujours pas opérationnelle pour des raisons techniques et sociales», regrette Adama Koné. Pendant la saison sèche, les champs, les fermes et les anciennes carrières disponibles autour de Bamako servent de décharge finale pour Ozone Mali. «Pendant l’hivernage, les champs sont cultivés par leurs propriétaires. Il est impossible d’y déverser des déchets. On se demande alors où transporter les déchets après la collecte. Cela devient un problème énorme à Bamako», s’inquiète M. Koné qui espère que les autorités municipales trouveront une solution rapide à cette situation, au risque, dit-il, «de voir Bamako totalement envahie par les déchets». Même les femmes qui travaillent dans les dépôts d’ordures se plaignent aujourd’hui de la situation de la décharge de «Suguni Cura». «Nous vivons des ordures que nous ramassons sur les dépôts pour ensuite les revendre au marché. Je fais la navette entre les dépôts de transit de Lafiabougou et de Médina-coura à la cherche d’objets récupérables. Actuellement, on ne déverse plus de nouveaux déchets parce que le dépôt est débordé. Cela ne nous arrange pas», déplore Assétou Fané que nous avons rencontrée sur place. MS/MD (AMAP)

Dépôts anarchiques d’ordures à Bamako : Jeu de ping-pong entre populations et autorités

Par Bembablin DOUMBIA Bamako, 3 sept (AMAP) En se rendant à Magnambougou, vous ne pouvez pas rater un gros tas d’ordures qui trône au bord de la route depuis des mois, sous les regards impuissants des riverains et autres usagers. «Ces déchets sont générés par les habitants du secteur. Des éboueurs se servant de charrettes tractées par des ânes ont, aussi, transformé les lieux en décharge finale», expliquent des personnes travaillant sur place. La gestion des décharges pose la question de la répartition des rôles à jouer par chaque intervenant. En attendant les populations désemparées déposent les ordures sur le premier espace trouvé. Comme dans ce quartier populaire, des dépôts d’ordures pullulent un peu partout à travers Bamako, la capitale malienne. Les habitants n’ont aucune gêne à déverser les déchets aux abords des axes routiers. Les espaces publics servent. Souvent, de dépotoirs privant ainsi les citoyens d’espace de divertissement et de loisirs. Les parcelles à usage d’habitation non encore bâties ne sont pas épargnées. Pour s’en prémunir, certains propriétaires plantent au milieu de leur terrain des panneaux d’interdiction de dépôts d’ordures. Les ordures sont déversées dans les caniveaux et ces détritus vont combler le lit des marigots, provoquant des inondations aux conséquences graves. Les chaussées ne sont pas épargnées par les dépôts d’ordures. Certains manifestants expriment leur mécontentement en déversant des ordres sur les voies goudronnées. UN ANE MORT – «C’est à partir de 20 heures que les gens viennent jeter les ordures ici. Ils le font également pendant la journée, mais rarement», déplore Karamoko Mallé. Assis sur la selle de son tricycle (moto servant de transport en commun) au carrefour de Sogoniko (Commune VI), il attend les clients, en cette matinée ensoleillée du mercredi. En attendant, l’homme discute du sujet avec son frère, son associé dans ce travail. Tous les deux révèlent que dans la nuit de mardi à mercredi, un individu est venu jeter le cadavre en décomposition d’un âne. Dépité, un passant qui connaît Karamoko Mallé s’invite au débat. « L’auteur de cet acte doit être sévèrement puni », préconise-t-il. « La mairie est responsable de cette situation. Il faut employer un gardien pour surveiller les lieux afin d’empêcher les gens de venir y éparpiller leurs déchets. », ajoute-t-il Vendeuse de beignets dans le voisinage, Massaran Kané partage cet avis. Pour elle, la sanction est nécessaire pour mettre fin à cette mauvaise pratique. « Les ordures qui débordent sur la route peuvent provoquer des accidents de la route », pense-t-elle, précisant que c’est Ozone qui enlève ces détritus chaque fois qu’ils commencent à atteindre un volume inquiétant. Interrogée, la municipalité estime avoir fait de son mieux. Déplorant l’incivisme généralisé de la population, elle reproche à Ozone Mali d’avoir transformé le lieu en un site de collecte en demandant aux gens de venir y déposer les déchets. «Je viens d’appeler le directeur d’Ozone pour l’informer de la présence d’un cadavre d’âne qui sent mauvais. Il dit qu’ils vont envoyer tout de suite une équipe pour nettoyer l’endroit», explique Mme Dougnon Delphine, 3è adjoint au maire de la Commune VI. Cet appel fait suite à une plainte des agents de la Compagnie de circulation routière (CCR) en poste au niveau du carrefour de Sogoniko. « Pour faire face à cette situation, nous envisageons de mettre une plaque indiquant «défense de déposer les ordures», dit Mme Dougnon Delphine. La commune compte aussi responsabiliser les jeunes du quartier pour surveiller l’endroit, en permanence. « Car, c’est vers 2h ou 3h du matin que les éboueurs viennent décharger leurs charrettes sur le lieu », souligne l’édile. «Les policiers ont témoigné qu’ils le font souvent entre 5h ou 6h heures du matin», rapporte-t-elle, attirant l’attention sur l’impact négatif de ce phénomène sur la santé de la population et sur l’image même de la circonscription. «C’est honteux. C’est pourquoi j’ai appelé Ozone pour leur dire de changer de stratégie», fulmine l’élue. De son côté, Ozone Mali pointe du doigt le comportement incivique des habitants qui ont transformé le lieu en «poubelle». «Avant-hier, des gens sont allés jeter le cadavre d’un âne. C’est Ozone qui l’a enlevé», confirme Adama Koné, conseiller principal de la direction générale de Ozone Mali. Il rejette en bloc les accusations : «Comment Ozone qui a une mission technique peut ou va dire aux gens de déposer les déchets au carrefour de Sogoniko ? Ce n’est pas vrai». CINQ DÉPÔTS DE TRANSIT – « Les sites de collecte d’ordures identifiés comme tel par Ozone sont dotés de récipients installés à cet effet », précise le spécialiste. Les endroits dépourvus de réceptacles ne constituent nullement des sites de collecte d’ordures. Ce sont des dépôts anarchiques. Notre interlocuteur rappelle qu’un contrat lie Ozone Mali à la mairie du District de Bamako, à travers le gouvernement. «Cette convention a été signée en 2014, mais les travaux ont commencé en 2015», précise Adama Koné. A travers ce partenariat, la mairie du District de Bamako a délégué à Ozone ses missions de collecte de déchets dans la ville de Bamako. Cette tâche consiste, d’après notre interlocuteur, à enlever les déchets auprès des domiciles, des concessions ainsi qu’au niveau des dépôts de transit et des centres de transferts pour les acheminer, en principe, vers les dépôts finaux. Il s’agit aussi de dégager les «dépôts anarchiques» créés par les populations à travers toute la ville. « L’un des obstacles majeurs à l’accomplissement de cette obligation est l’insuffisance de dépôts de transit. La ville n’en compte que cinq aujourd’hui », déplore-t-il. «Pire, il n’y a même pas de décharge finale à proprement parler pour la ville de Bamako», regrette M. Koné. Alors que, insiste le technicien, les ordures ne doivent pas dépasser 72 heures dans les dépôts de transit afin d’éviter des pollutions et nuisances aux populations. La décharge finale conçue à Noumoubougou, à une trentaine de kilomètres de Bamako, n’est pas encore fonctionnelle pour des raisons techniques et sociales. «Aujourd’hui, Ozone ne sait pas où déposer les déchets. Nous nous promenons dans les champs et dans les anciennes carrières pour les déposer», explique le conseiller principal. Et d’ajouter : «Nous avons saisi les

Marchés de Bamako : Quel calvaire en saison des pluies !

Par Yacouba TRAORE  Bamako, 3 sept (AMAP) A Bamako, ville de plus de trois millions d’habitants, la saison des pluies tend à tourner au cauchemar pour les habitants. Dès que le temps menace, surtout tôt le matin, les ménagères accourent en direction des marchés, « pour, disent-elles, faire leurs courses avant la tombée de la pluie ». Sinon après, les marchés sont inondés. La boue drainée par les eaux de pluie occupe presque toutes les voies d’accès et les allées du marché. Un tour au marché de Sabalibougou (en Commune V) où Bintou Diarra est vendeuse de légumes frais. Chaque hivernage, elle côtoie des ordures drainées par les eaux de pluies. Contrairement à l’adage qui dit qu’«après la pluie, c’est le beau le temps», ici au marché, après les précipitations, « c’est plutôt le calvaire pour les marchands et les clients », lance la commerçante, l’air dépité. « Certains clients n’ont même pas envie de fréquenter le marché par peur de marcher dans la boue et les flaques d’eaux stagnantes », renchérit Awa Dao, marchande de poissons fumés. Cliente venue faire ses courses de la semaine, Mme Maïga Zeïnabou Dicko exprime, elle aussi, son courroux. «Les voies menant au marché sont impraticables après la pluie. Comme vous pouvez le constater, le marché est presqu’inondé aujourd’hui », dit-elle. « Après la pluie, ajoute-t-elle, il est très difficile de faire le marché à cause des eaux de pluies et de la boue ». Conséquences ? « Les activités tournent au ralenti », déplore Kadiatou Namogo, vendeuse de poissons frais. «Nous sommes là depuis 6 heures du matin. Personne n’a pu vendre à cause de la pluie matinale», précise la commerçante. « Car, certains clients ont peur de sortir sous la pluie par crainte d’attraper la grippe ou d’autres maladies », souligne-t-elle. Même constat au marché de Ouolofobougou, en commune IV. Des tas d’ordures jonchent le marché. Les caniveaux sont obstrués par les sachets plastiques et les ordures ménagères. « Marcher dans ce souk, en cette saison pluvieuse, sans se boucher les narines, relève de l’exploit », commente Bakary Bathily, propriétaire d’une mercerie. « Seuls des hommes et des femmes téméraires peuvent tenter l’aventure », rigole le commerçant, montrant du doigt les autorités municipales. Celles-ci peinent, selon lui, à curer les équipements de voirie provoquant des inondations en cas de fortes pluies. Pourtant, fait remarquer le négociant, les assujettis s’acquittent de leur devoir vis-à-vis de la mairie. «Je paie régulièrement mes taxes. Les vendeuses de condiments paient quotidiennement 50 Fcfa. Les services d’hygiène ou d’assainissement de la mairie ne fournissent aucun effort pour le ramassage des ordures qui inondent le marché», regrette Bathily. Pour lui, le marché a besoin de travaux urgents comme le dallage des voies, l’aménagement d’un dépôt de transit d’ordures, la construction de latrines modernes, d’un grand hangar pour les vendeuses de condiments, de nouveaux collecteurs d’eaux usées et la mise en place d’un mécanisme pérenne de curage régulier des caniveaux. Après la pluie, le marché se transforme en «marécage» par endroits, renchérit Bréhima Dembélé, boucher au marché de Lafiabougou Talico, en commune IV. La raison ? « Toutes les canalisations d’eaux pluviales sont obstruées par des sachets plastiques », explique Ousmane Tounkara, éboueur au compte d’un Groupement d’intérêt économique (GIE). En la matière, « le curage des caniveaux, la gestion des ordures et l’assainissement des marchés relèvent de la responsabilité de la mairie », confirme un ex-élu de la commune IV. « Il faudrait, pour ce faire, que les citoyens paient correctement et régulièrement leurs taxes et impôts qui sont les principales sources de revenus pour la municipalité », précise cet ancien conseiller. Il indique qu’en général, la plupart des centres d’état civil, surtout secondaires, ne disposent pas de dépôt de transit d’ordures ou de véhicules dédiés au ramassage des ordures. « Ils sont alors obligés de contracter avec des Groupements d’intérêt économique (GIE) pour faire ce travail », ajoute-t-il. D’où les difficultés, selon lui. YT/MD (AMAP)  

Ecoles : La réouverture des classes n’est pas tout à fait effective

Mohamed   D. DIAWARA Sidi Y. WAGUE Bamako, 3 sept (AMAP) La reprise des cours dans les différents ordres d’enseignement, annoncée pour mercredi par le ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a été victime de la paralysie des établissements publics, à cause de l’arrêt de travail qu’observent les syndicats de l’éducation depuis mi-août. Comme on pouvait s’y attendre, avec le boycott de toutes les activités pédagogiques décidé par les syndicats d’enseignants, les élèves, en tout cas ceux des établissements publics n’ont pas repris le chemin de l’école. Les syndicalistes avaient clairement laissé entrevoir, dans tous leurs messages, qu’ils ne reprendront qu’après l’application de l’article 39 de la loi 007 du 16 janvier 2018 portant statut du personnel enseignant des enseignements secondaire, fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale. Dans les établissements publics que nos reporters ont visités, rien n’indiquait la reprise des cours. Partout régnait un calme plat. Au niveau du groupe scolaire Mamadou Goundo Simaga à Badalabougou, a Bamako, les classes étaient fermées, les élèves absents. Le coordinateur de cette école, Dramane Dembélé, présent sur les lieux, accepte volontiers de s’entretenir avec nous. Il explique n’avoir aucune information officielle sur la réouverture des classes, mieux, le Centre d’animation pédagogique (CAP) n’a pas convoqué la traditionnelle réunion sur la reprise des cours. Au niveau de l’école fondamentale Moriba Traoré de Niamakoro, même constat ! Le mot d’ordre de boycott des activités pédagogiques était bien suivi. Tout comme au lycée Aminata Ba. Dans ces différents établissements, les enseignants n’ont pas répondu présents. Si le public n’a pas repris les cours, quelques établissements privés ont rouvert. Kalilou Cissé, directeur de l’école fondamentale Maire Mamadou Sidibé, au quartier Mali, et non moins coordinateur des écoles privées du même quartier, a confirmé la reprise des cours dans les écoles privées. On pouvait constater la présence des élèves dans son établissement. « Lors des réunions préparatoires à propos des écoles privées, il y a quelques temps, nous avons rencontré au niveau d’une coordination nationale des écoles privées, le CAP qui a nous rassurés qu’une solution sera trouvée à la revendication des syndicats de l’éducation et que les cours se poursuivront », a-t-il souligné. Selon lui, la reprise était annoncée par le gouvernement pour le 1er septembre et aucun communiqué officiel n’a été fait pour dire que ça été reportée. Il relève que son établissement compte achever le programme scolaire. Il rappelle que les élèves des classes d’examen avaient déjà repris les cours. La réouverture concerne donc les autres classes qui n’ont pas pu terminer les leçons de l’année du fait de la suspension des cours liée à la Covid-19. « Les écoles privées attendent que les CAP reprennent le service pour recevoir les instructions nécessaires », a expliqué le coordinateur des établissements privés du Quartier Mali, avant d’inviter les syndicats de l’éducation à faire des concessions, en acceptant les propositions du Comité national pour le salut du peuple (CNSP). Pour lui, il est important de comprendre que les anciens dignitaires ont mis le pays à genou au point qu’en insistant trop, on risque de compromettre l’avenir de nos enfants. PRIVE CONTRE PUBLIC – Au lycée privé Mamadou Goundo Simaga, quelques élèves étaient présents. Selon N’golo Diarra, censeur de cet établissement secondaire situé au Quartier Mali, seule la Terminale sciences sociales (TSS) suivait les cours. Le directeur des études a souhaité voir toutes les classes reprendre les cours, au plus tard, lundi prochain. « Je pensais que le communiqué pour la reprise allait être largement diffusé à la télévision nationale et sur les radios. Hélas ! Cela n’a pas été le cas », regrette le pédagogue. Il a aussi déploré l’absence de plusieurs enseignants. Pour N’golo Diarra, la reprise vise à sauver l’année. Il propose que le gouvernement fasse composer les élèves du privé qui ont déjà épuisé le programme. Mahamadou Diabaté, élève en TSS au lycée privée Mamadou Goundo Simaga, se réjouit de la reprise des cours. Il espère que les examens se feront à date échue. Le jeune apprenant invite ses camarades à se concentrer sur leur réussite cette année. A l’école Abdoul Karim Camara à Badalabougou, les élèves du premier cycle prenaient des cours. Le directeur de l’établissement, Seydou Fémory Koné, explique être prêt à tout mettre en œuvre pour la reprise totale dans son établissement, au plus tard, lundi prochain. « On va faire peut être deux mois et demi, le temps de faire des propositions de passage en classe supérieure adressées à notre CAP », indique le directeur Koné. Quant au doyen des enseignants de cette même école, Mamadou Coulibaly, il regrette que les écoles publiques n’aient pas repris les cours en même temps que les établissements privés qui sont obligés de payer la location et les salaires de leurs enseignants mais, surtout, de trouver les moyens d’éponger au moins cinq mois d’arriérés de salaires. Elève de la 6è année à l’école Abdoul Karim Camara, Fatoumata Ballo, est contente de retrouver ses camarades de classe. L’adolescente de 10 ans, élégamment mise dans tenue scolaire de couleur marron, est pressée de voir la fin de la grève. Lundi dernier, le secrétaire général du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement et de la Recherche scientifique, Kinane Ag Gadéda, avait rencontré les responsables d’institutions d’enseignement supérieur (IES), les universités et directeurs des grandes écoles mais, aussi, des instituts de formation pour les instruire de prendre les dispositions pour une bonne reprise des activités d’enseignement supérieur et de recherche scientifique. Il leur a aussi expliqué qu’un accent particulier doit être mis aussi sur les mesures barrières contre la Covid-19. Les responsables universitaires se sont, en retour, engagés à relever le défi malgré les multiples difficultés. MDD/SYW/MD (AMAP)    

Gao : Les fruits et légumes frais sont rares et chers suite à l’embargo de la CEDEAO

Abdourhamane TOURE AMAP-Gao Gao, 3 sept (AMAP) La fermeture de la frontière entre le Mali-Niger, suite à l’embargo de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur notre pays, après le coup d’Etat du 18 août 2020, a affecté la ville de Gao dans son approvisionnement en fruits et légumes frais. Ces produits sont devenus rares ou coûtent très chers dans la Cité des Askia. Mme Traoré Ami est vendeuse des fruit et légumes frais au marché Damien Boiteux de Gao. Selon elle, l’embargo porte préjudice aux vendeuses de condiments. « Avec la fermeture de la frontière du Niger, nous manquons de produits. C’est à partir du Niger que nous (vendeuses de condiments) ravitaillons la ville de Gao en fruits et en légumes (oranges, banane, pomme de terre, igname et oignons) et même les œufs », dit Mme Traoré. « L’acheminement des marchandises du Niger vers Gao prend une journée. Tandis que les marchandises qui viennent de Sikasso (dans le Sud du Mali) et de Bamako, la capitale, peuvent faire une semaine voire deux, à cause de l’état de la route. Même si nos bénéfices sur les produits du Niger sont peu, nous les préférons à ceux de chez nous parce que leur acheminement est rapide », analyse Ami. Mme Traoré Bintou Maiga est, aussi, vendeuse de fruits et légumes que nous avons retrouvée devant son étal sans produits. Elle précise que depuis l’annonce de l’embargo, les marchandises en provenance du Niger n’arrivent plus, ajoutant qu’elle est restée sans activité, au point d’entamer ses économies. La présidente de l’Association des femmes vendeuses de fruits et légumes au marché Damien Boiteux de Gao, Mme Maiga Aminatou Samba, témoigne : « le premier jour de l’embargo a coïncidé avec l’embarquement de nos marchandises composées de fruits et de légumes, au Niger, en direction de Gao. Les marchandises sont restées longtemps à la frontière nigérienne dans les camions avant d’être transférées par pinasses à la frontière malienne ». Tous les produits ont pourri à cause du temps d’attente des camions à la frontière du Niger. Résultats ? Les clients ne trouvent plus de fruits ou de légumes frais de leur choix. Selon notre interlocutrice, un premier embargo handicapait déjà Gao : l’état désastreux des routes de ravitaillement par la Région de Sikasso auquel vient s’ajouter l’embargo de la CEDEAO. « Ce deuxième embargo imposé au Mali ne fragilise pas que notre pays. Il touche aussi les autres pays de la sous région et même l’Occident, parce que des commerçants maliens font la navette entre notre pays et les autres continents », dit Mme Maiga. Le technicien en industrie et mines à la retraite, Mahamane Maiga, pense, pour sa part, que l’embargo de l’organisation sous régionale a enfoncé notre pays sur tous les plans, en particulier sur celui du développement. Issoufa Maiga est chef de la voirie à la municipalité de Gao. Il soutient que la Région de Gao sent l’embargo parce que, selon lui, le prix du carburant a connu une augmentation, en même que le prix des denrées alimentaires et, aussi, à travers la réduction de la circulation des personnes vers le Niger. Le chauffeur Alassane Touré estime que la CEDEAO veut punir la population malienne et non les meneurs du coup d’Etat. Mme Touré Alfadilatou Maiga, agent du gouvernorat de Gao, précise que la ville de Gao ne consomme que des produits en provenance du Niger. Il s’agit de la volaille, de la patate douce, des légumes et des fruits. « Hier, je suis partie au marché à la recherche de poulets de chair. A ma grande surprise, aucun produit en provenance du Niger ne se trouve sur le marché de Gao. Et même si on en trouve, c’est cher. Par exemple, la pomme de terre de Niamey que j’ai l’habitude d’acheter à 500 Fcfa le kilogramme, coûte 1.250 Fcfa et le kilogramme d’oignons, qui se vendait à 200 Fcfa, est cédé à 900 Fcfa pour la même quantité », se plaint Mme Touré. Pour l’agent d’assurance, Harouna, tous les problèmes de la ville de Gao ont pour cause la fermeture de la frontière du Mali avec l’Algérie et le manque de routes avec le Sud du pays. « Sinon, on s’en moque de l’embargo de la CEDEAO ! » lance-t-il, par dépit. Selon lui, la Région de Sikasso peut ravitailler Gao en céréales, fruits, légumes, en grande quantité. L’Algérie peut en faire autant. « Si l’Etat malien règle le problème de la fermeture de la frontière algérienne, les populations de Gao et du Mali auront tous les produits moins chers », pense notre interlocuteur. Le 2ème adjoint au maire de la Commune urbaine de Gao pense que « l’embargo va faire très mal à la population de Gao parce que la ville ne vit que des produits qui viennent de l’extérieur et du Sud de notre pays » « Il n’y a pas de routes qui relient la Région de Gao au Sud. Donc, nos seuls points de ravitaillement en produits de première nécessité restent le Niger et l’Algérie », soutient-il. Pour lui, le Mali ne peut pas échapper aux sanctions de la CEDEAO parce que le Mali fait partie de cette organisation sous régionale, tout comme il est membre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ou encore de l’Union africaine (UA) dont il a signé les Chartes qui condamnent les coups d’Etat. « Pour soulager les souffrances de nos populations, il faut écourter la transition’, tranche-t-il. AT/MD (AMAP)

Marché du poisson : Les temps sont durs pour les vendeurs

Par Makan SISSOKO Bamako, 2 sept (AMAP) Le marché des poissons au Mali a pris un coup dur depuis le début des crises sociale, économique et sanitaire qui secouent le pays. Cette morosité du marché est due en grande partie à la crise sanitaire qui affecte directement le panier de la ménagère. La montée des eaux de nos fleuves (Niger et Sénégal), due à la saison des pluies, ne semble rien arranger à la situation, car les poisons locaux se font désirer. Comme conséquence, les poissons importés des pays voisins comme le Sénégal, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire ont la côte sur nos marchés. Leurs prix restent stables (600 à 900 Fcfa le kilo). En dépit de cette disponibilité en quantité suffisante, les clients ne semblent pas se bousculer devant les étals, magasins et boutiques de vente en gros et de détail comme le confirment de nombreux vendeurs et revendeurs de poissons. Rencontrés dans différents marchés de la capitale, ils s’accordent tous à dire que cette mévente est liée à la situation économique difficile que traverse le pays. Le marché de Médina-coura, communément appelé «Sougouni coura», est l’un des plus fréquentés par les Bamakois. Ils viennent généralement s’approvisionner en légumes, fruits et surtout en poissons frais. Ces produits proviennent de l’intérieur du pays. Ils sont aussi importés des pays voisins comme le Sénégal, la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Maroc et la Chine. Korotoumou Dienta est grossiste dans ce marché. Assise devant un conteneur rempli de poissons prêts pour la vente, la quadragénaire se plaint de la rareté des clients. Le marché des poissons n’est plus florissant depuis l’avènement de la Covid-19, argumente la commerçante. Pour qui, cette pandémie a freiné l’activité des vendeurs de poissons, mettant plusieurs d’entre eux en chômage technique. Les poissons pêchés dans nos fleuves sont de plus en plus rares sur le marché à cause de l’hivernage. Car, en cette période, explique la vendeuse Korotoumou, «nous assistons à la montée du niveau d’eau dans le fleuve grâce aux eaux de pluies». « Par contre, dit-elle, les poissons importés dominent le marché et les prix n’ont pas flambé cette année ». « Toutefois, les clients se plaignent de la conjoncture économique actuelle du pays », déplore Korotoumou Dienta. D’où la mévente. «Les revendeurs détaillants de poissons, qui viennent s’approvisionner auprès de nous, n’arrivent plus à écouler rapidement leur marchandise. Souvent, nous conservons les poissons dans les frigos pendant longtemps et cela est une énorme perte», explique Korotoumou. En ce qui concerne la faible affluence de la clientèle, la crise sanitaire a plombé les affaires, selon notre interlocutrice. « Le panier de la ménagère pèse de moins en moins lourd », ajoute-t-elle, tout en précisant que la bourse des ménages s’est effondrée. «Les autorités doivent penser à nous soutenir financièrement pour pouvoir relancer nos activités et sortir de cette impasse », plaide Korotoumou. En la matière, les statistiques suffisent pour constater la baisse drastique des recettes quotidiennes des vendeurs de poissons. «Je vends les poissons du fleuve et ceux de la mer. Autrefois, ma recette était entre 75.000 à 100.000 Fcfa par jour. Aujourd’hui, je ne dépasse pas 22.000 Fcfa par jour. Parfois, je ne gagne absolument rien», regrette Korotoumou Dienta. LONGUE CONSERVATION – Le marché du poisson est également menacé par l’insécurité permanente dans le pays, fait savoir la vendeuse. Elle se rappelle, à cet effet, de l’attaque d’un camion-remorque chargé de poissons, en provenance de Gao. Les poissons pêchés localement viennent notamment des régions du Nord et du Centre du Mali, en direction de la capitale pour y être écoulés à des prix exorbitants. « Des assaillants se sont emparés du véhicule et de son contenu. Ils restent encore introuvables », explique Korotoumou. Au marché aux poissons «Les Halles de Bamako» à Faladié en Commune VI du District de Bamako, Rokia Dao est marchande de poissons de mer. Elle confirme que le prix du poisson n’a pas augmenté, mais que le marché est morose. «Nos clients qui venaient acheter des poissons en gros, se plaignent actuellement de la pauvreté. Beaucoup d’entre eux confient être en chômage technique à cause de la crise sanitaire. Nous sommes obligés de conserver les poissons dans les congélateurs pendant plus de dix jours», détaille Rokia Dao, comme pour dire que les conséquences auraient pu être catastrophiques sans cette possibilité. Le marché aux poissons « était florissant avant l’apparition, en mars dernier, de la maladie à coronavirus dans notre pays », se rappelle Rokia. A l’en croire, la fermeture des frontières, imposée à cet effet par les états de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), suite au changement de régime, a entraîné une hausse du prix à l’importation des poissons. Les prix appliqués aux consommateurs varient entre 600 à 900 Fcfa le kilo pour les poissons de mer importés et 1.300 à 1.400 Fcfa pour les poissons d’eau douce. Rencontrée au marché de Kalaban coura, en Commune V, la ménagère Fatoumata Keïta informe que le prix du kilo du poisson importé a connu une légère hausse de 100 Fcfa en cette période de l’année. « Elle aime préparer les plats avec le poisson qui, argumente-t-elle, donne une saveur particulière à la sauce, surtout les poissons importés du Sénégal ». MS/MD (AMAP)