Société sénoufo : Plongée dans le tréfonds culturel et mystique
Par Fousseyni DIABATE Bamako, 07 Nov (AMAP) Les Sénoufos peuplent le Sud du Mali, le Nord de la Côte d’Ivoire et le Sud Ouest du Burkina Faso. Ils ont en partage avec d’autres ethnies des sociétés d’initiation qui préparent les jeunes à la vie d’adulte. Dans une société sans écriture et sans caste, il est très difficile de fixer avec précision les origines et l’analyse de certaines situations. Les enseignements sont transmis de générations en générations, de familles en familles. Les Sénoufos occupent le nord de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso et le sud du Mali. Ils ont en commun des valeurs culturelles et sociétales. Pour s’identifier, les premiers Sénoufos avaient tracé sur chacune de leurs tempes trois traits horizontaux ou scarifications appelés communément balafres. Tous les senoufos ont pour emblème le calao qui est le signe de la fécondité des hommes et de la terre, nous enseigne le traditionnaliste Tiémoko André Sanogo, le chef des Koreduga de la région. Les Sénoufos de Sikasso ont migré vers Kong et Korogho en Côte d’Ivoire, et vers Banfora au Burkina Faso. C’est une ethnie qui n’a pas connu la division sociale du travail et donc pas de système de classes sociales. Ce qui fait que l’on ne rencontre pas de caste chez eux. Ils ont en partage avec d’autres ethnies de notre pays des sociétés d’initiation comme : le Komo, le Konon, le Nya, le Namakoro, le Korè, le Ciwara et le Poro. Elles constituent de véritables écoles de la vie de 7 à 77 ans. Le Poro est une société traditionnelle sécrète d’initiation chez les senoufos. Il constitue une véritable école de formation et d’apprentissage, préparant le jeune senoufo à toutes les épreuves de la vie adulte. L’initiation, faite par ordre de classe d’âge, a lieu dans les bois sacrés. Au cours de cette initiation, nous révèle le directeur du musée régional de Sikasso Mando Goïta, on enseigne aux générations montantes, des connaissances scientifiques comme celles liées aux plantes, aux techniques de la chasse et de la guerre. Ils apprennent aussi l’éducation civique et la morale notamment le respect de la hiérarchie, l’honneur et l’amour de la patrie, le respect de la personne humaine, des ancêtres ABONDANCE ET FÉCONDITÉ– Au sortir de l’initiation du Poro dont le fondement ne doit jamais être divulgué aux non-initiés, le jeune senoufo intègre la génération des adultes et devient ainsi un homme accompli. La portée sociale de toutes ces sociétés est la culture de la paix, de l’entraide et de la cohésion. Quant à la société d’initiation Komo que plusieurs ethnies ont en partage, elle se caractérise par son masque appelé « tête de Komo » généralement effrayant qui apparaît lors des fêtes annuelles. Le scénario initiatique est mis en œuvre autour du masque et l’initiation consiste à tester l’état psychologique de l’individu qui doit acquérir les connaissances de l’univers. C’est un moule pour « fabriquer » la conscience psychologique de chaque membre de la société. Chaque société d’initiation en milieu senoufo marque une étape précise de la vie de l’individu. Ainsi, le Nya est également un culte communautaire, symbole de puissance, d’abondance et de fécondité, selon le directeur du musée régional de Sikasso. Le terme Nya désigne une puissance religieuse précise dont le pouvoir est lié à des objets fabriqués qui doivent être nourris par le sang des animaux sacrifiés. En milieu senoufo, plusieurs femmes en quête d’enfant, se confient au Nya, symbole de la fécondité et sont le plus souvent satisfaites. Selon Mando Goïta, cette dernière ne s’occupe pas de formation comme le Poro, mais plutôt de la sécurisation des personnes et de leurs biens et favorise la procréation et proscrit le vol. Le Korè est également une société d’initiation qu’on retrouve dans plusieurs sociétés de notre pays. Partout où le Korè existait, tous les garçons devaient être initiés selon un cycle septennal. Le Korè qui est animé par les Korèduga, est le stade ultime d’un véritable cursus éducatif qui visait à construire au niveau du sujet et du groupe, l’identité masculine. Pour le chef des Korèduga de la Région de Sikasso Tiémoko André Sanogo, il assurait la police dans le village, interdisait les mauvais comportements pouvant nuire à la cohésion et au bien-être et protégeaient les populations contre les envoûtements, la sorcellerie et la violence. Selon lui, il existe 6 divinités en milieu traditionnel qui contribuent chacune à la régulation et à la protection de la société et des populations. FD (AMAP)
Bambouck : Les mystères de Diakhaba
Par Bandé Moussa SISSOKO Bamako, 07 Nov (AMAP) L’inscription de Diakhaba (Commune de Bamafélé, Cercle de Bafoulabé) au patrimoine culturel national et mondial est une préoccupation majeure de ses habitants et des autorités administratives et politiques. Ce village aurait été fondé en 1059 par Salim Souaré, de retour de son dernier pèlerinage à La Mecque, pour servir de point de départ à la promotion de l’islam en Afrique de l’Ouest. Situé entre le village de Kala et le fleuve Bafing, en aval de Manantali, Diakhaba a joué un rôle de premier plan dans l’islamisation des peuples d’Afrique de l’Ouest. Jadis habité par les Dabo (cousins des Sissoko et des Souaré), cette localité est, pour les pays du Sud du Sahara, ce que représente la ville sainte de Tombouctou pour les Régions dans le Nord du Mali. Ces deux localités ont quelque chose d’insaisissable, de divin et doivent leur réputation à des grands marabouts qui ont inscrit leur nom dans les annales de la théologie. Salim Souaré, appelé affectueusement « Mbemba Laye » par les Malinkés des Cercles de Bafoulabé et de Kéniéba, a effectué sept fois le pèlerinage à La Mecque, en compagnie de milliers de fidèles. Formateur d’El Hadji Mahmoud Bagayogo, qui est le fondateur de l’Université Sankoré de Tombouctou, Mbemba Laye était de passage à Tombouctou. Lorsqu’il s’apprêtait à quitter cette ville sainte pour Diakhaba, un village qui n’existait pas à l’époque, les Tombouctiens lui auraient demandé d’attendre le retour des jeunes partis faire des courses afin de lui faire un cadeau digne de son rang. L’hôte leur aurait expliqué qu’ils pouvaient, le moment venu, jeter le paquet dans le fleuve, en formulant l’intention qu’il lui soit remis. Plus tard, vers 16 heures, devant la mosquée de Diakhaba, El Hadji Salim Souaré demanda à son cousin Mahamadou Dramé dit Draméba (grand Dramé) de l’accompagner au fleuve. Sur place, un poisson surgit de l’eau pour vomir un paquet contenant des objets de valeur et une correspondance venant de Tombouctou. D’après les notables et les griots du village, El hadji Salim Souaré est présenté comme l’un des descendants de Kaya Magan Cissé, empereur du Ghana, avant la prise de Koumbi Saleh par les Almoravides. Youssouf Cissé fut parmi les hommes qui ont enseigné l’islam dans l’ancien Wagadou. La mère de Youssouf est Fatoumata, une fille du roi Kaya Magan Cissé. Mbemba Laye, fils de Youssouf Cissé et d’Aïssatou Soudourou, a hérité du nom de famille Cissé de sa mère par le fait d’appartenir à la classe noble. Salim Souaré serait né vers l’an 172 de l’Hégire (794 du calendrier grégorien) à Djimbanladia dans l’actuel Macina. Il quitta ce village, à l’âge de 12 ans avec son père, pour le Diafounou où il a appris le Coran. Pour approfondir ses connaissances en islam, Mbemba Laye quitta le Diafounou pour l’égypte, puis l’Irak et l’Espagne, un voyage qui aurait duré 36 ans. De retour à Macina, Salim Souaré n’y retrouva que sa mère car son père était décédé quelques années auparavant. L’homme décida alors d’aller à Kingui, village d’origine de sa mère. Il y retrouva plusieurs cousins dont les mères étaient les trois sœurs de sa mère (Fatoumata, Aminata et Djénéba). Le fils de Youssouf Cissé s’est fait accompagner de certains de ses cousins, ainsi que des Fadiga, des Fofana, des Dramé pour rejoindre le Diafounou d’où il partira, plus tard, pour son premier pèlerinage à La Mecque, vers l’an 247 de l’Hégire, en compagnie de ses amis parmi lesquels El Hadji Mahamadou Diané de Manfara (Guinée), Mahmoud Bagayoko de Tombouctou, Boubacar Traoré de Diakhaba, Oumar Fofana de Mafourento (Mandé) et Yahya Tounkara de Samatiguila (Côte d’Ivoire). Après son 7e pèlerinage, une voix aurait retenti de la Kaaba ou d’Arafat ou de Koumbi Saleh pour annoncer que le pèlerinage de celui qui monte sur un cheval tacheté « si ware (en langue nationale Soninké) » a été accepté par le Seigneur. Il s’agissait de Salim Cissé de Djenné, qui par déformation deviendra El Hadji Salim Souaré de Bamboukhou Diakha. ARBRE PROTECTEUR- Ce pèlerin vit en songe le prophète Mahomet (PSL) qui lui ordonna de retourner dans son pays natal pour l’islamisation de sa contrée. Pour ce faire, il reçut des mains du Khalife de La Mecque trois choses dont un exemplaire complet du Coran écrit sur parchemin. Le second cadeau est une canne qui devait le conduire de son lieu de résidence habituelle (Djenné) à son site d’installation définitive. Cette canne devait lui parler et lui indiquer ce fameux lieu. Le prophète aurait, aussi, demandé à un arbre « souroudjouwo (en langue nationale Malinké) » d’accompagner Salim et de le protéger contre les intempéries, tout au long de son trajet. D’après les récits, il voyageait avec plus de 1.000 hommes et femmes dont les patronymes correspondaient à ceux des 70 grandes familles Diakhanké (habitant de Diakha). Après avoir parcouru 39 sites, le sage Souaré s’arrêta à Koléla, village à 45 km, en aval de Manantali, sur la rive droite du fleuve Bafing. C’est Koléla que la canne sacrée aurait désigné comme le lieu d’habitation de El Hadji Salim Souaré qui se serait exclamé: « diakha diakha ya nemou ! (c’est donc ici !) » C’est ainsi que Koléla est devenu, par la suite Diakhaba (mère de Diakha) et ses habitants s’appelèrent « Diakhango (les habitants de Diakha en Malinké) ». Koléla, alors habité par des animistes, sous la chefferie Sanoukegni, ancêtre des Dabo vivant d’agriculture, était touchée, chaque année, par des incendies, consumant l’essentiel de leurs récoltes, les exposant à une famine atroce. La chefferie du village demanda à Salim Souaré de faire des bénédictions pour le village. Ce qui fut fait, mais à condition que Koléla soit transféré de la rive droite à la rive gauche du fleuve. Car le pieu musulman ne voulait pas travailler dans un village animiste car l’adoration des fétiches allait à l’encontre de sa religion. Quand Dabo est parti, 33 de ses 40 enfants sont morts, de façon mystérieuse, et il n’a eu son salut qu’après
Baba Salah: Le guitare héros revient avec l’album « Maliba »
Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 07 Nov (AMAP) Dans son sixième opus, l’ancien soliste d’Oumou Sangaré propose dix titres. Il a choisi de rendre l’album disponible, uniquement, en téléchargement sur les sites de streaming. Un procédé qui a été édicté par la situation de crise. C’est par un poste presque anodin, le 23 septembre dernier, sur les réseaux sociaux, qu’il a annoncé la sortie de son nouvel album. Intitulé Maliba, les dix titres de cet album sont disponibles uniquement en téléchargement sur différents sites de streaming. Sans donner de chiffres exacts, il affirme avoir déjà vendu plusieurs milliers d’exemplaires dans des pays comme la France, les États-Unis d’Amérique, le Ghana, le Gabon, la Côte d’Ivoire et un peu au Mali. L’auteur de cet exploit fait partie du Gotha de la musique malienne, il s’appelle Baba Salah. Il s’agit du sixième album de ce jeune artiste, auteur compositeur, interprète et instrumentiste. Il s’est fait connaître d’abord comme soliste de la grande vedette du Wassouloun Oumou Sangaré, avant de prendre son envol à travers un premier album à succès « Gao » en 2003. « C’est à cause des crises socio-politiques et de la pandémie du coronavirus que j’ai décidé de faire cette sortie », explique-t-il de manière laconique. En insistant, il lâche : « nous ne voulions pas laissé passer la date symbolique du 60ème anniversaire de l’indépendance de notre pays, le 22 septembre 2020, sinon les réalités du moment ne se prêtent à cela. » Des concerts et autres évènements médiatiques sont prévus quand le pays sera un peu plus calme, ajoute notre interlocuteur. Baba Salah est à la fois un guitariste de charme, une star de la musique malienne et un homme timide, mais surtout très épris de son de pays. Ce sixième album est donc la manifestation d’un travail acharné et entièrement dédié à la paix et à la cohésion du Mali. Ce songhoï bon teint a décidé de donner un nom en bamanan à son opus, car dit-il, « vous ne pouvez pas prêcher la solidarité, la paix et la cohésion dans un pays et continuer à vous exprime uniquement dans votre langue maternelle. Il faut que la majorité de vos compatriotes puisse recevoir votre message ». En fait, explique-t-il, il ne s’est pas levé un jour pour faire un album. Il a composé les différents morceaux au fil du temps et de son inspiration depuis 2015. Chacun des morceaux a été fait en solo. Ainsi, les dix titres sont : Allahidou ; Basse Terey ; Dangay ; Haïra ; Djiri Merdié ; Maliba ; Mimanda ; Naaba ; Tamala ; Wayaye. Le cinquième titre « Djiri Merdié » est sans doute le plus connu, car il fut chanté en solo en 1970 par la grande cantatrice Fissa Maïga de la troupe de Gao lors de la Biennale artistique et culturelle de la jeunesse du Mali. Il s’agit donc d’une reprise en featuring entre Baba Salah et Fissa Maïga, qui a gardé sa belle voix. Cette chanson évoque la grande sècheresse que notre pays a connue durant ces années. La rareté de la pluie, la désertification. Face à cette dure adversité climatique, Fissa encourageait les hommes à redoubler d’effort. Quant au rythme, Baba Salah utilise l’afrobeat qui est dansant afin d’attirer l’attention d’un public plus jeune. L’ORDRE ET LA DISCIPLINE- Le second titre qui est aussi plus connu est Taamala, une vieille chanson en hommage au roi de Gao Soni Ali Ber (1364 – 1492). Reconnu comme étant l’un des rois qui a beaucoup fait pour Gao, il faisait régner l’ordre et la discipline dans tout le royaume. Il faisait beaucoup de prisonniers. Les griots chantaient pour le supplier d’amnistier ses captifs. En sonrhaï, Taamala signifie pitié, en retour ces derniers s’engageaient à la discipline et au travail bien fait. Cette chanson est devenue au fil du temps, les louanges des familles Maïga qui sont les descendants de Soni Ali Ber. Là également, avec son orchestre, l’artiste a préféré un rythme plus dansant qu’est le funky. Gao représente ainsi un pan important de l’histoire de notre pays qui connaît depuis 2012 une des plus graves crises de son existence. Ce qui a conduit à la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation en 2015. Cet important événement a inspiré l’artiste à travers le titre Maliba. Ce titre éponyme de l’album est chanté en français. Un titre chanté aussi en featuring avec Haïra Arby, la grande voix de Tombouctou qui est décédée peu après. Baba Salah a invité la Tomboctienne, dit-il, afin de porter le message pour cette autre partie du Nord de notre pays. Cet Accord n’était pas scrupuleusement respecté par tous les groupes signataires. Pour lui, il ne suffisait pas seulement de signer, il faut avoir la paix dans son cœur afin qu’elle se matérialise. Allahidou, signifie l’engagement, la parole donnée. Dans ce morceau, Baba Salah dénonce les élus de notre pays et du continent africain en général qui ne respectent pas les promesses faites durant les campagnes électorales. Dans ces conditions, estime-t-il, la démocratie ne pourrait s’incruster durablement dans nos sociétés. Dans cette chanson, il dit: « nous avons plein de soleil, chez nous, mais nous restons dans l’obscurité, malgré les deux grands fleuves qui irriguent notre pays, il y a beaucoup de zones où les gens meurent de soif ». Comment comprendre qu’en plein 21ème siècle, les centres de santé et les écoles sont encore rares. « Nous avons décidé de dénoncer ces problèmes dans l’espoir d’être entendu par qui de droit », explique notre interlocuteur. Quant à Dangay, c’est le morceau qui lui permet de mettre le doigt sur les réalités de la rébellion. Dire que l’indépendance ou l’autonomie permet de régler les problèmes du Nord, c’est un leurre, car personne n’a intérêt au morcèlement du pays. Autant le Nord a besoin du Sud, autant toutes ces deux parties ont besoin du Centre et vice-versa. L’origine du cousinage à plaisanterie, un lien très fort, entre Dogon et Sonhraï est aussi mise en
Accident vasculaire cérébral : Deuxième motif d’admission aux urgences au Mali
Par Mohamed TOURE Bamako, 07 Nov (AMAP) Il tombe, souvent, sans prévenir et provoque, dans bien des cas, la mort. Deuxième cause de décès dans le monde, l’Accident vasculaire cérébral (AVC) touche, chaque année, 16 millions de personnes, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Au Mali, il constitue le premier motif d’hospitalisation dans les services de neurologie. Le 29 octobre est la Journée mondiale pour sensibiliser le maximum de personnes sur cette pathologie de plus en plus inquiétante. L’AVC est un dysfonctionnement neurologique d’installation soudaine, brutale, d’origine vasculaire. Une lésion cérébrale liée à une lésion vasculaire. « La lésion peut être un vaisseau qui se bouche (accident vasculaire cérébral ischémique) ou encore un vaisseau qui casse (accident vasculaire cérébral hémorragique) », explique le Pr Youssoufa Maiga, chef du service neurologie du Centre hospitalier universitaire (CHU) Gabriel Touré. Pour le spécialiste, que nous avons rencontré à l’occasion de la Journée mondiale contre l’AVC, il urge de tirer la sonnette d’alarme pour prévenir ce mal qui devient un problème réel de santé publique. Il relève que les AVC sont le premier motif d’hospitalisation dans les services de neurologie au Mali et le deuxième motif d’admission aux urgences, après les causes traumatiques. De l’avis du spécialiste, la tendance devrait aller crescendo. « L’OMS pense que d’ici 2030, plus de 80% des Accidents vasculaires cérébraux proviendront des pays en développement, notamment d’Afrique », prévient-il. « Tout trouble d’installation brutale, jusqu’à preuve du contraire, doit faire évoquer un AVC », estime le praticien. « Une personne qui est en train d’écrire, qui n’arrive plus à écrire, celui qui n’arrive plus à parler, celui qui ne sent plus un côté ou encore celui qui ne voit plus, est potentiellement, inquiété par ce mal, détaille le médecin. Il note, également, que les conséquences d’un AVC peuvent être importantes pour les personnes touchées, en termes de mortalité et de morbidit, qui sont élevées lors d’un AVC, mais surtout en termes de conséquences socio-économiques. Dans la majorité des cas, les personnes victimes d’AVC en gardent un handicap. Les AVC sont d’autant plus dangereux qu’ils touchent un organe aussi vital que le cerveau. « C’est en effet cet organe qui permet de parler, de marcher, de sentir, de réfléchir, de communiquer avec notre environnement », explique le Pr Maiga. Il précise qu’un AVC, en fonction de la zone touchée, aura une expression clinique. C’est-à-dire qu’en touchant la motricité, l’AVC provoquera un déficit moteur avec une paralysie d’un côté chez le sujet victime. « De même, poursuit le spécialiste, si un AVC touche le langage, la personne ne pourra plus parler ». Les sujets de plus de 50 ans constituent, en général, la tranche d’âge la plus à risque de développer un accident vasculaire cérébral. « Mais, de plus en plus, souligne le médecin, les jeunes commencent à faire des AVC ». Cette nouvelle tendance s’explique, selon le Pr Youssoufa Maiga, par le changement des habitudes, notamment alimentaires. Parmi les habitudes néfastes, le médecin évoque la consommation d’aliments trop sucrés, trop salés ou trop gras favorisant l’obésité. L’hypertension artérielle et le diabète sont aussi de grands facteurs de risque pour la maladie, en plus de la consommation de tabac, l’alcool, la sédentarité et les troubles lipidiques. Quid de la prise en charge des personnes touchées ? Le spécialiste indique qu’elle doit être faite le plus rapidement possible. « Plus tôt on prend en charge les victimes d’AVC, plus on peut limiter les dégâts », insiste le médecin, rappelant à ce point l’expression anglo-saxonne : « The time is brain » (Le temps c’est du cerveau). Il existe, aujourd’hui, plusieurs techniques de prise en charge en vue de circonscrire l’AVC. Au nombre desquelles, les thrombolyses qui consistent à déboucher les vaisseaux. A ce sujet, le spécialiste confirme qu’il est possible de récupérer entièrement de totalement d’un AVC. Cette rémission nécessite des exercices de médecine physique, entre autres, une rééducation ou encore une kinésithérapie. Pour le médecin, « la meilleure manière de prévenir un AVC est de surveiller les facteurs de risque. Il faut, donc, faire attention à son alimentation, pour prévenir l’hypertension artérielle et le diabète, faire de l’exercice physique et bannir, le plus possible, les mauvaises habitudes comme le tabagisme ». MT/MD (AMAP)
Pr Baba Berthé, PDG de la CMDT : «C’est une année vraiment catastrophique»
Sur une prévision initiale de 810.000 hectares, moins de 200.000 sont consacrés au coton cette année. Pour le géant de l’Or blanc, le manque à gagner peut être estimé à plusieurs dizaines de milliards de Fcfa L’Essor : Monsieur le Président directeur général, pouvez-vous nous édifier sur les causes du malentendu qui a abouti au refus de nombreux paysans de cultiver le coton ? Pr Baba Berthé : Il y a eu un élément déclencheur pour que nous assistions au boycott massif de la culture du coton. Tout est parti de deux évènements. L’un qui était un peu antérieur à l’avènement de la Covid-19. Il s’agit de la guerre commerciale que se livre la Chine et les États-Unis d’Amérique. Cette guerre avait tiré les cours mondiaux du coton vers le bas de sorte que déjà à la fin de l’année 2019, nous avions assisté à une contraction des cours mondiaux. Lorsque la maladie à coronavirus a fait son apparition, cela a eu une incidence sur le niveau de la demande. Car, la pandémie a occasionné la fermeture des unités industrielles de textiles, de filatures, les unités de tissage, d’impression principalement dans les pays asiatiques. Or, la première destination du coton du Mali ce sont les pays asiatiques dont les usines ont fermé. Corrélativement puisque le coton n’est pas consommé, il y avait des stockages. Les ports aussi ont fini par fermer, donc l’offre et la demande n’avaient pas de cohérence de sorte que les cours ont baissé. Le coton a perdu au moins le tiers de sa valeur sur le marché mondial. Ce que nous pouvons signaler à ce niveau, c’est que, ce que la CMDT ne gagne pas comme ressource de commercialisation de la fibre de coton sur le marché mondial, elle ne peut pas donner aux producteurs. La CMDT paie le coton à partir des ressources générées par la commercialisation de la fibre et si le cours baisse, cela veut dire que les ressources de la CMDT baissent et la CMDT n’a pas le choix que de venir expliquer aux producteurs voilà le niveau des cours mondiaux. Ce n’est pas la CMDT qui détermine le prix, c’est une commission prix de l’Interprofession du coton présidée par les producteurs qui fixe le prix d’achat de base du coton graine à partir des éléments qui sont donnés à savoir les ventes, les cours et les tendances des cours. Cette commission prix de l’Interprofession du coton a déterminé le prix à 200 Fcfa. Mais, parallèlement, il se trouve que depuis quatre campagnes, il y avait quelques difficultés de remboursement de la subvention des engrais. L’état depuis la campagne 2009 – 2010 avait décidé aussi de subventionner les engrais du système coton et depuis quatre ans, l’état éprouve quelques difficultés à rembourser à la CMDT l’équivalent de la subvention des engrais. Au regard de ces difficultés, les acteurs de la filière à savoir les producteurs, la CMDT, l’OHVN se sont mis d’accord pour transférer la subvention de l’engrais au coton graine. C’est-à-dire le prix d’achat du coton graine plus le bonus. Le niveau du bonus dépend de la somme que l’état met à la disposition des cotonculteurs pour subventionner la filière. Le montant qui était indiqué dans le plan de campagne pour appuyer les cotonculteurs, ce montant était de dix milliards qui, rapportés sur une production de 700 000 tonnes, donnaient environ 15 Fcfa/kg. Ce bonus a été ajouté au prix du coton pour donner 215 Fcfa/kg. La subvention étant transférée sur le prix d’achat du coton, alors les engrais devraient être cédés à leur prix coûtant. Quand les paysans ont vu cela, premièrement, ils ont fait une comparaison par rapport à ce qu’ils ont gagné l’année dernière pour la campagne précédente 2019-2020. Ils avaient reçu par kilo 275 Fcfa. Parallèlement, l’engrais leur a été cédé à 11.000 Fcfa. Cette année, ils se disent qu’ils vont recevoir pour chaque kg de graine vendu 200 Fcfa plus 15 Fcfa correspondant à la subvention de l’état. Cela fait 215 Fcfa mais corrélativement, l’engrais leur serait cédé à son prix coûtant. C’est là que ça a commencé à grincer. Deuxièmement, ils ont vu qu’au Burkina Faso, il y a eu un prix de base fixé à 240 Fcfa et parallèlement, l’engrais était cédé aux producteurs burkinabé à 14.000 Fcfa contre un peu plus de 18.400 Fcfa dans notre cas pour le complexe et quelque 16.000 Fcfa l’urée. Ils ont dit qu’habituellement, les conditions du producteur malien sont plus favorables que celles du burkinabé et donc ils ont dit qu’ils ne feront pas de coton parce qu’ils ne gagnent pas. Nous avons organisé des campagnes de sensibilisation à travers la zone cotonnière. Par la suite, l’état a fait un effort à partir du 7 juin 2020. Les réactions des producteurs qui allaient dans le sens de l’amélioration du prix d’achat du coton et des efforts à faire pour baisser le prix de cession des intrants ont été consignées dans un rapport qui a été transmis au gouvernement. Ils ont demandé un effort supplémentaire à l’état, estimant que leur revenu est négativement impacté par les conséquences de la Covid-19. C’est à la suite de ce rapport que le gouvernement a accepté ce bonus. Ainsi, le prix d’achat du coton graine est passé de 215 Fcfa/kg à 250 Fcfa/kg. Malgré cet effort, il y a eu quelques contradictions entre les producteurs. D’autres ont dit qu’ils feront du coton pendant que d’autres ont indiqué qu’ils ne le feront pas pour des raisons internes aux coopératives. Voilà comment ils ont décidé de boycotter le coton. La deuxième explication qu’il faut ajouter est que quand bien même on a réuni toutes les conditions pour que les producteurs aillent faire du coton, les pluies se sont arrêtées. Dans la zone cotonnière, il n’y a pas eu de pluie entre le 15 juin et le 7 juillet 2020. Quand vous demandez à des producteurs de Koutiala, de Sikasso, de Fana de semer du coton au delà du 30 juin, ils estiment que c’est un gros risque. Ils
Burkina Faso : L’Economie agro-sylvo-pastorale en ligne de mire
Par Moussa DIARRA Envoyé spécial Bamako 4 Nov (AMAP) Un joyeux groupe de femmes qui chantent pour accueillir des journalistes sur leur lieu de travail. Ces 152 productrices exploitent un bas fond de riz et font de l’étuvage. Elles transforment le riz et approvisionnent les cantines scolaires et des clients individuels. En plus, elles achètent du riz dans d’autres bas-fonds rizicoles qu’elles étuvent et mettent également sur le marché. La douzaine de journalistes africains de ce voyage de presse, du 18 au 23 octobre, de la présidence du Burkina Faso, ont pu découvrir le pays, à travers ses actions et chantiers d’envergure menés, ces cinq dernières années, malgré le défi sécuritaire. L’agriculture est un de ces chantiers qui contribuent aux résultats du Burkina Faso. Ainsi que l’illustre Sanfo Asséta, productrice/étuveuse de riz, est présidente de la coopérative de production. « Pendant ces deux dernières années, on nous a appuyées avec des intrants, de l’engrais, l’appui technique en production de riz, de l’argent pour le désherbage et, enfin, nous avons pu bénéficier d’un tracteur fortement subventionné », explique-t-elle. Son souhait ? « Que le projet puisse aider d’autres personnes pour que le pays se développe ». « Notre activité initiale était la production, puis plus tard, nous y avons ajouté la transformation du riz. Nous venons au centre pour faire ce travail. Et nous avons bénéficié du soutien d’un projet pour renforcer notre activité avec la mécanisation de la transformation », renchérit Goroko Fatimata de la coopérative de Dandé. « Grâce à l’étuvage, nous arrivons à prendre en charge des dépenses de la famille, à payer la scolarité des enfants, par exemple. Il y a beaucoup de retombées positives. Même pour des dépenses d’environ 50 mille francs CFA, nous n’avons pas besoin de demander à nos maris, nous pouvons les prendre en charge ». Le chef d’antenne du projet d’appui à la promotion des filières agricoles au niveau de l’unité de Bobo Dioulasso, Kouadima Issa, explique que le projet, d’un financement de 110 milliards de francs CFA, couvre les Régions des Hauts bassins et des Cascades. Il a vu le jour sur initiative du gouvernement burkinabè et a été mis en place par le ministère de l’Agriculture. « Nous bénéficions de l’appui du Fonds international de développement agricole (FIDA) et du Fonds OPEP pour le développement international (OFID). Depuis 2018, nous avons commencé et nous en avons pour 6 ans », poursuit-il. « A Dandé, nous avons accompagné les femmes avec les sous-produits d’accès aux marchés. Nous mettons à leur disposition des intrants, l’appui conseil…à hauteur de presque 4 millions de francs CFA pour produire » En raison du Covid qui allait impacter les surfaces à emblaver et la main-d’œuvre et grâce au programme présidentiel de mécanisation de l’agriculture, le gouvernement du Burkina Faso a permis l’acquisition de 30 tracteurs pour nos organisations. Nous les avons aidées à avoir ces tracteurs subventionnés à 45%. Nous subventionnons à 80% les organisations que nous accompagnons. Grace à notre subvention de 80%, elles ont dépensé un peu moins de 2 millions, au lieu de 8 millions, pour acquérir leur tracteur. Nous avons accompagné les organisations avec 40 tracteurs », a dit M. Kouadima. Dans la plaine de Bama, de 1.260 ha dont 60 ha alloués à l’expérimentation et où opèrent neuf coopératives, c’est aussi une Initiative présidentielle qui est en marche avec un objectif d’un million de tonnes de riz paddy d’ici 2020, au plan national. LE COUP DE POUCE DE L’ETAT – En guise de mesures d’accompagnement et pour les semences, en 2020, quelques 1.350 tonnes d’engrais ont été fournis à la Région des Hauts Bassins pour la production seulement de riz, contre, pour toute la Région et toutes les spéculations, l’année dernière, 2.000 tonnes. Sur 480 tonnes de semences de riz, 50 tonnes de semences de riz ont été remis aux producteurs de la plaine de Bama, pour emblaver toute la plaine, à raison de 45 kg pour un ha. Fortement subventionné, 15kg à 1.000 Fcfa, emblaver un ha revient à 3.000 Fcfa de frais de semences. L’engrais coûte 17.500 Fcfa, le sac, sur le marché. Il est à 12.000 Fcfa, prix subventionné. Cette année 2020, quelques 83 tonnes d’engrais sont remises à la plaine de Bama où on attend 10.000 tonne, pour la campagne en cours. L’objectif de production, sur le million de tonnes national est de 144.450 tonnes pour les Hauts Bassins, répartis entre les plaines et les bas-fonds. Cependant, le secrétaire général de l’Union des coopératives rizicoles de Bama, Zakaria Ouédraogo, relève que pour l’exploitation de la plaine, les difficultés ont pour noms « faible débit de l’eau en période sèche, baisse de la production ces dernières années, vétusté du réseau hydraulique construit dans les années 70, absence de subventions en intrants pour les cultures de contre saison… » ; pour une infrastructure aménagée dans les années 70 par Taiwan et dont les travaux ont été a achevé par la Chine populaire dans les années 75. Les 1385 exploitants dont 85 productrices, regroupés en 9 sociétés coopératives, font chacun, en moyenne 6 tonnes à l’ha, à raison de 150 Fcfa le kg, et 463 500 Fcfa de marge nette, selon Zakaria Ouédraogo. Irrigation en maitrise totale d’eau, l’infrastructure permet deux cycles de production, en saison humide et en saison sèche, un rendement moyen de 5, tonnes et 1/2 à l’ha, sur 1.000 ha, pour 12.000 t à l’ha. Le directeur régional de l’Agriculture est affirmatif : il y a « un milliard de francs CFA à se partager dans la plaine de Bama où il n’y a pas de mévente ». Et qui se positionne pour contribuer à l’autosuffisance alimentaire du Burkina Faso l’objectif du million de tonnes est atteint. En fait, l’économie agro-sylvo-pastorale, halieutique et faunique, occupe près de 80% de la population active burkinabè. Le président Roch Marc Christian Kaboré en a fait une priorité, afin d’améliorer la productivité des agriculteurs et leur niveau de vie, la transformation des ressources naturelles burkinabè et la sécurité alimentaire du pays. Durant son mandat présidentiel, le Burkina Faso a investi dans l’aménagement des zones hydro-agricoles et des retenues d’eau, dans l’accélération de la mécanisation, la mise
Affaire des caricatures du prophète de l’islam : Regards croisés d’un sociologue et d’un écrivain
Par Dieudonné DIAMA Bamako, 02 Nov (AMAP) Depuis quelques jours, des manifestations ont lieu dans les pays musulmans où les produits français sont également boycottés pour protester contre des propos qu’aurait tenus le président français Emmanuel Macron, après la décapitation d’un enseignant. Avec le tollé que cette affaire a suscité dans le monde musulman, le président Emmanuel Macron a, dans un tweet, indiqué que « la laïcité n’a jamais tué personne ». Ensuite dans un autre tweet, il s’est justifié. « Contrairement à ce que j’ai beaucoup entendu et vu sur les réseaux sociaux ces derniers jours, notre pays n’a de problème avec aucune religion. Elles s’y exercent toutes librement. Pas de stigmatisation: la France est attachée à la paix et au vivre-ensemble ». Toujours pour faire baisser la colère des musulmans, le président français a donné une interview à la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera. Mais dans les pays musulmans, la grogne se poursuit. Avant de faire sa déclaration après la mort du professeur, Emmanuel Macron aurait dû s’inspirer des propos rassembleurs d’un de ses prédécesseurs en l’occurrence Jacques Chirac. L’ancien président Jacques Chirac était très attaché au respect de l’autre. « Tout ce qui peut blesser les convictions d’autrui, en particulier les convictions religieuses doit être évité. La liberté d’expression doit s’exercer dans un esprit de responsabilité. Si la liberté d’expression est un des fondements de la République, celle-ci repose également sur les valeurs de tolérance et de respect de toutes les croyances », disait Jacques Chirac. La question des caricatures du Prophète Muhammad (PSL) continue de défrayer la chronique. Nous avons jugé bon de recueillir l’analyse du sociologue Dr Brema Ely Dicko et de l’écrivain-théologien Pr Yacoub Doucouré. Dr Brema Ely Dicko : Sociologue « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres » Déjà, ce qu’il faut relever, c’est que depuis les attentats du 11 septembre 2001, il y a dans les medias et chez certains politiques, une association de l’islam et des musulmans au terrorisme. Donc, la stigmatisation et le raccourci selon lequel l’islam serait une religion liée au terrorisme a commencé depuis ces attentats du 11 septembre. On a vu que suite à ces attentats, les personnes identifiées comme responsables, à savoir Ben Laden et autres, étaient de confession musulmane. Ensuite, on a vu les interventions des Etats-Unis en Irak, en Afghanistan, etc. Depuis, ce débat a commencé. Pour le cas spécifique de la France, il y a quelques éléments à prendre en compte. Le premier est un contexte global où la France s’est engagée dans la lutte contre le terrorisme, notamment au Sahel et a même été victime d’une série d’attaques. On se rappelle de l’attaque contre Charlie Hebdo, de l’alimentation juive kacher, de ce qui s’est passé à Nice tout récemment. Toutes ces attaques sont le fait de personnes de confession musulmane. Donc, cela renforce le préjugé qui date de 2001. Aussi, il y a un contexte national français lié aux prochaines élections présidentielles. Il y a la montée de l’extrême droite de Marine Lepen qui récupère ces genres de moments difficiles pour indexer à la fois l’islam et les immigrés de façon générale. Derrière, Emmanuel Macron se sent obligé en tant que président qui veut briguer un second mandat, de tenir certains discours pour montrer au moins, que sur la question de l’extrémisme violent et celle du radicalisme, il a des choses à faire. Il a tenu ce discours pour contenter d’abord l’opinion française. Le troisième élément à prendre en compte, c’est que la France étant engagée au Sahel, le Mali est une sorte d’épicentre du terrorisme depuis 2012. Et il y a une quarantaine de soldats français qui ont perdu la vie de 2013 à maintenant. Et récemment, des présumés djihadistes ont été libérés en contrepartie de quatre otages dont une Française qui a dit qu’elle s’appelait désormais Mariam et qu’elle a été islamisée. Contrairement à ce à quoi on s’attendait, elle n’a pas eu un discours violent à l’égard de ses ravisseurs. Et donc, Macron n’a pas pu avoir le gain politique qu’il aurait dû avoir. Par exemple, si elle avait dénigré le groupe terroriste, la France aurait pu dire qu’elle a participé à la libération. Mais vu qu’elle a tenu un autre discours, la France était obligée de soutenir que c’était une opération malienne. On a vu que lorsqu’elle a fait cette déclaration, elle a été mal accueillie par une partie de l’opinion française. Marine Lepen a récupéré ce discours pour dire que maintenant, on libère 204 présumés djihadistes alors des soldats français sont morts au Sahel dans la lutte contre ceux-ci. Je crois que Macron a voulu montrer qu’il était toujours aux commandes et qu’il maitrisait encore le jeu. Donc, c’est ce discours qui a été mal reçu dans la plupart des pays musulmans et il y a même des boycotts des produits français. Mon impression est que c’est le contexte franco-français caractérisé par la montée de l’extrême droite qui a peut-être poussé le président Macron à tenir ce discours perçu comme maladroit par les musulmans de façon générale. Mais comme le disent les Français eux-mêmes, la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Pour les musulmans, la caricature est un acte de trop. Le président Macron a voulu maitriser une situation interne française. On voit quand même qu’en l’espace d’un mois, un Français a été décapité à cause des caricatures. Pour eux, les caricatures participent de la liberté d’expression. Donc, il a voulu réaffirmer la liberté d’expression qui caractérise la France. Il a été tiraillé par cette volonté de rappeler la nécessité d’accorder la liberté d’expression à qui le veut et puis par comment contrôler la sensibilité des musulmans qu’ils soient français ou d’ailleurs. Après la décapitation du professeur d’histoire-géographie, on a vu l’attentat de Nice qui est la conséquence du discours de Macron et du traitement qu’on en fait. Donc, il est obligé de faire attention parce que si les manifestations se poursuivent ainsi, cela n’est pas bon pour la France. Déjà avec la Covid-19,
Sotrama : Le client n’est pas roi
Par Baya TRAORÉ Bamako, 2 Nov (AMAP) Insolence, propos salaces, manque de respect… rien n’est épargné aux passagers par les jeunes apprentis des chauffeurs. Résultat : les prises de bec sont monnaie courante dans ces transports en commun que beaucoup de Bamakois sont obligés d’emprunter, quotidiennement. La vulgarité des apprentis-chauffeurs à l’égard des passagers est connu des usagers des transports en commun. Cette scène illustre bien les rapports entre passagers et apprentis. «Apprenti, ma monnaie parce que je descends au prochain arrêt». Une femme d’un certain âge engage ainsi la conversation sur un ton courtois et sans animosité aucune, après avoir remis un billet neuf de 1.000 Fcfa à l’apprenti-chauffeur. Celui-ci réplique vertement et dans un langage ordurier qu’il n’a pas de monnaie. Il a même le toupet de reprocher à la cliente de lui tendre un billet au lieu d’une pièce de monnaie. «Impertinent, tu dois avoir le même âge que mon fils», revient à la charge la passagère. Le jeune apprenti ne se démonte pas et interpelle de nouveau celle qui lui rappelait le privilège de l’âge. «Je m’en fous puisque je ne suis pas ton rejeton», précise-t-il avec arrogance. Ce genre de prise de bec entre apprentis et passagers des Sotrama constitue le quotidien des transports en commun. On se demande si certains apprentis ont reçu la moindre éducation. Tant leur insolence est crasse. Modibo Doumbia, la quarantaine, est enseignant à l’école Plateau 2 de Hamdallaye. Il accepte de verser son avis dans le débat. «La Sotrama est le moyen de transport le moins cher dans notre pays. à titre d’exemple, mon trajet (Mamaribougou-Hamdallaye) me revient à 175 Fcfa en aller et autant en retour. Il est difficile de s’en passer dans ces conditions à moins d’avoir ses propres moyens de déplacement», explique-t-il. Mais pour autant, il déplore l’impertinence des apprentis et des chauffeurs de Sotrama. Ce grief est partagé par la majorité des usagers de ce moyen de transport. MAUVAISES CONDITIONS – Amara Diarra est ouvrier. Il emprunte les Sotrama depuis plus de 18 ans pour rallier son lieu de travail. Il admet simplement que c’est faute d’avoir la possibilité de prendre un taxi. Je réside à Kalaban et mon lieu de travail se trouve à Bagadadji. Je dépense 500 Fcfa par jour pour faire ce trajet en aller et retour et cela m’aurait coûté en taxi près de 4.000 Fcfa par jour. Ce qui n’est pas accessible à ma petite bourse. Pour cet ouvrier, il est clair qu’emprunter une Sotrama est pénible parce que l’usager est contraint d’accepter de mauvaises conditions de déplacement, notamment se serrer les uns contre les autres comme des sardines. Par ces temps de Covid-19, le risque de contamination est grand. Le danger lié à la crise sanitaire est venu s’ajouter aux invectives des apprentis et des chauffeurs de Sotrama. Ces énergumènes ne ratent pas d’occasion de passer leur nerf sur les usagers. Les clients sont rois partout sauf dans les Sotrama. Le problème de monnaie est très souvent le déclencheur des échanges aigres-doux entre usagers d’une part et chauffeurs et apprentis d’autre part. Chauffeurs et apprentis n’hésitent pas à distribuer des propos salaces aux clients parmi lesquels certains ne s’en laissent pas conter non plus. Aux invectives des premiers répondent les piques bien senties des autres. Pour certains usagers, les agissements peu recommandables des chauffeurs et leurs assistants résultent de la consommation de la drogue. Mariam Diarra, une habituée des Sotrama, estime qu’il faut appeler le chat par son nom. «Ce sont des drogués, des délinquants qui exercent ce métier de nos jours. Ils sont constamment sous l’effet des stupéfiants», croit savoir la bonne dame qui ajoute ne pas comprendre le manque des pièces de 50 Fcfa chez les apprentis qui ne semblent pas faire d’effort pour respecter les clients. CLICHÉS – Djibril Traoré, un apprenti qui officie sur l’axe Banconni-Railda ne partage guère ce constat. Il estime que ce sont des clichés qui pèsent sur les apprentis. «Nous ne sommes pas des drogués comme le pensent beaucoup de passagers mais nous consommons du café noir, conseillé comme étant un tonicardiaque. Nous avons aussi un jargon qui n’est nullement accepté par les usagers encore moins par la société », explique-t-il. Les tarifs des Sotrama sont fixés en fonction des destinations. Ils oscillent entre 150 et 400 Fcfa. Les apprentis estiment que les passagers doivent se prémunir de jetons avant de monter dans les Sotrama. Les passagers soutiennent le contraire. Boubacar Touré, est lui aussi un apprenti-chauffeur sur l’axe Woro cour-Taliko. Il incrimine sans autre forme de procès «la mauvaise foi» des clients. Pour lui, ceux-ci se présentent sciemment avec des billets de 1.000, 2.000, voire 5.000 Fcfa pour un tarif de 150 Fcfa. Selon Alou Touré du syndicat des transporteurs, le comportement regrettable des apprentis et des chauffeurs vis-à-vis des clients s’explique par un manque de syndicat au niveau de tous les arrêts. En présence d’un syndicaliste des transporteurs, aucun apprenti ou chauffeur n’oserait manquer de respect à un passager parce qu’il peut encourir des sanctions. Mohamed Coulibaly, secrétaire général du comité syndical des transporteurs urbains de Boulkassobougou et Djélibougou, assure ne pas faire l’avocat du diable. Mais pour lui, il est clair que certains clients sont aussi assez indélicats. Il révèle que son syndicat couvre près de 300 Sotramas qui desservent l’axe Railda-Boulkassoubougou. Il préfère insister sur l’utilité des Sotramas et le fait qu’ils constituent des lieux de convivialité et de retrouvailles. Dans les moyens de transport en commun, fait-il remarquer, les usagers ont parfois l’occasion de converser sur des sujets d’actualité ou de colporter des rumeurs. Le trajet en Sotrama est aussi un moment de retrouvailles pour certains usagers. Comme c’est le cas de ces deux anciennes lycéennes (Djénéba Diawara et Binta Diallo) qui se sont rencontrées, après s’être perdues de vue durant 11 ans. L’une des dames nous a confié son émotion lorsqu’elle a croisé par hasard sa camarade d’école dans un Sotrama. Les apprentis sont-ils en train de devenir le cauchemar des usagers ? On est en droit de sr poser
Ségou : Le bras de fer continue à la COMATEX
Par Mamadou SY Amap-Ségou Ségou 30 Oct (Oct) Sans rémunération depuis le 3 août, date de la fermeture de l’usine, les 1.300 travailleurs de la Compagnie malienne des textiles (COMATEX), traversent des moments difficiles. La fermeture de cette usine, inaugurée en 1968 et qui constitue le poumon économique de la Région de Ségou, a brutalement plongé dans le désarroi des milliers de salariés. Pour justifier la fermeture de l’usine, la direction invoque des difficultés financières et le non renouvellement de la subvention et des contrats de performance. À la suite de plusieurs négociations sans suite, le comité syndical de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) de la société, profondément préoccupé par la situation, a décidé de saisir le Tribunal de grande instance de Ségou. Le délibéré de ce procès intenté par les travailleurs sera vidé mercredi prochain. Le syndicat estime que la direction a envoyé les travailleurs au chômage technique, sans tenir compte des normes du Code du travail. Depuis plusieurs semaines, les machines, qui résonnaient dans l’usine, sont totalement réduites au silence et les mauvaises herbes ont poussé dans la cour de la société, attirant des reptiles. Drapé dans un grand boubou, le visage mangé par une barbe de plusieurs jours et un foulard noué, délicatement, autour du cou, Mody Kéita, travailleur à la section filature de l’usine a, à son actif, 26 ans d’expérience. Selon lui, cela fait des années que la direction de la COMATEX tente, par tous les moyens, de fermer l’usine, afin de procéder à des licenciements. Il ajoute que, fort heureusement, cette idée n’a pas pu aboutir parce que le tandem syndicat-travailleurs veillait au grain. Avec cette mise en chômage, les milliers de travailleurs de l’usine peinent à joindre les deux bouts. Beaucoup se sont retrouvés sans ressources, du jour au lendemain. «Nous n’avons aucun sou pour subvenir à nos besoins. Nos réserves de vivres sont épuisées, notamment le mil, le riz. Nous n’avons rien à se mettre sous la dent», s’inquiète Mody Keita. «Nous sommes obligés de quémander auprès de nos familles et ceux qui sont en mesure de nous aider. Certains travaillent en tant que fabricant de briques, d’autres comme maçons, puisatiers, vidangeurs, afin de tenir la baraque », ajoute-t-il, fataliste. Marié et père de 4 enfants, Oumar H. Dembélé travaille à l’usine comme chauffeur depuis 1994. Il gagne moins de 100.000 Fcfa par mois et estime que la fermeture de la société ne fait que plonger les travailleurs dans la précarité et raviver un foyer d’anxiété. « Les Chinois ne peuvent plus, qu’ils laissent la direction de l’usine à d’autres partenaires ! » C’est la phrase que l’on entend, de plus en plus, chez les ouvriers écœurés par la mauvaise gestion. Mais, il serait injuste de jeter la pierre aux dirigeants de l’entreprise. Oumar H. Dembélé déplore également la passivité du gouvernement qui les a abandonnés à leur triste sort. Cet employé de l’usine raconte que dans leur détresse, les travailleurs de la COMATEX n’ont obtenu aucune aide, ni bénéficier des mesures sociales annoncées par l’ancien chef de l’État. S’agissant des informations qui ont circulé sur un éventuel cas de Covid-19 à la COMATEX, Adama Traoré, le délégué du personnel, dit qu’il n’en est rien. En effet, l’agent de sécurité et de gardiennage soupçonné d’être malade de coronavirus, a été testé négatif et Adama Traoré voit, à travers cette affaire, un moyen pour la direction de licencier les travailleurs. Bintou Fatoumata, une employée de l’usine indique que la COMATEX permet à de nombreuses familles de faire face aux charges qui pèsent sur leurs épaules. Elle nourrit le vœu de voir les 1.300 travailleurs reprendre le chemin de l’usine, tout comme Zakaria Coulibaly, un autre employé qui se souvient des années fastes de la COMATEX. «Avant que l’entreprise ne soit privatisée, on produisait des tissus koba, des basins, des tenues militaires… Depuis qu’elle a changé de statut pour devenir une société anonyme (SA), nous ne produisons que des fils à tisser et tissus en pagne », regrette-t-il. Notre interlocuteur évoque les cars de l’entreprise reconnaissables par leur couleur rouge et qui assuraient le transport des ouvriers matin, midi et soir. Ces cars auraient disparu en 2017 du parc auto où il n’y a plus qu’un camion pour le transport des ouvriers. Pour Zakaria Coulibaly, la mauvaise gestion et le non-respect des lois du travail expliquent la situation plus que jamais déplorable dans laquelle se trouve l’entreprise. Abdoulaye Diakité, le secrétaire général du comité syndical de l’UNT martèle, sans ambage,s que la direction a illégalement mis les travailleurs de l’usine en chômage technique au motif que l’entreprise traverse une crise financière. Il affirme que la direction s’est basée sur l’article 35 du nouveau code du travail qui stipule que « lorsque, pour des raisons d’ordre économique, commandées par des nécessités de l’entreprise ou résultant d’événements imprévisibles présentant le caractère de force majeure, l’employeur décide de mettre en chômage temporaire tout ou partie de son personnel, l’inspecteur du travail doit, au préalable, en être informé ». Selon Abdoulaye Diakité, en temps normal, les travailleurs de la COMATEX partent en congé annuel à partir du mois d’août. Cette fois, à cause du cas suspect de coronavirus, les congés ont débuté le 1er juin pour finir le 30 juin. « A la fin de ce mois, la direction a affiché une seconde notification de suspension de travail. Ensuite, elle a publié un autre avis concernant la mise en chômage technique des travailleurs à partir du 3 août », a-t-il expliqué. Abdoulaye Diakité a soutenu que ni les textes, ni le code du travail n’ont été respectés. Et d’ajouter que la direction s’est contentée juste de placarder une affiche à la porte pour annoncer la fermeture de l’entreprise, sans en informer, préalablement, le comité syndical. De sa privatisation en 1994 à aujourd’hui, la COMATEX bénéficie d’une subvention, en plus des contrats de performance, mise en place en 2009 par l’ex-président Amadou Toumani Touré, une mesure incitative qui vise à soutenir les entreprises industrielles. Ayant pris fin au mois de mai, les deux contrats n’ont pas pu être renouvelés comme d’habitude. Ce qui a provoqué
Vente de ciment au Mali : Prix variés et concurrence déloyale
Par Fadi CISSE Bamako, 28 Oct (AMAP) Le marché du ciment, matériau essentiel dans les bâtiments et les travaux publics, est loin d’être réglementé. Importateurs et revendeurs appliquent les prix comme bon leur semble. Toutes les astuces sont bonnes pour écouler la marchandise et faire le maximum de profits. Le ciment est un produit très prisé au Mali, un pays constamment en chantier. Ce produit est utilisé dans la construction des bâtiments, des briques, des dalles, du béton et dans d’autres travaux. Dans notre pays, le marché du ciment a enregistré une croissance de 5% en 2019, la production atteignant près de trois millions de tonnes. De nos jours, la forte augmentation de la production locale est devenue une réalité. En effet, de 750.000 tonnes en 2018, l’industrie malienne du ciment a injecté sur le marché 1.135.000 tonnes en 2019, soit une croissance de 51%. Face à la croissance de la production locale, les trois cimenteries sénégalaises (Ciments du Sahel, Soccocim et Dangote), principaux fournisseurs du marché de notre pays, ont globalement vu leurs ventes chuter de 13% : de 1.900.000 tonnes en 2018 à 1.660.000 tonnes en 2019. À l’inverse, la production locale a porté sa part de marché à 41% contre seulement 28% en 2018. Trois sociétés de production sont présentes sur le marché. La plus ancienne est Diamond Cement, avec deux sites de production à Gagontéry, dans le cercle de Bafoulabé (région de Kayes) et à Dio, dans le cercle de Kati (région de Koulikoro). À la quincaillerie Zoulka’ada, sise à Sébénicoro en Commune IV du District, le commerçant Ayouba Traoré nous a expliqué que le ciment local est livré au grossiste au prix de 87.000 Fcfa la tonne et contre 90.000 Fcfa pour les détaillants. Le sac coûte 4.500 Fcfa l’unité. Ce chef de famille affirme vendre uniquement du ciment “Made in Mali” (fabriqué au Mali) de qualité CIMAF qui est le plus sollicité sur le marché par les constructeurs. Ce commerçant a ajouté qu’il y a six mois de cela, le prix du ciment en détail était fixé à 125.000 Fcfa la tonne contre 100.000 Fcfa pour la vente en gros dont l’unité était vendue à 5.500 Fcfa. Par ailleurs, interrogé sur la cherté du ciment malien comparé aux marchés des pays voisins, Ayouba Traoré a simplement dit ignorer la raison de cette situation. Notre équipe de reportage s’est rendue à la quincaillerie de Modibo Keita qui s’impose aussi connue comme un spécialiste dans la vente du ciment en provenance du Sénégal et du ciment local. Pour lui, le prix des différentes qualités de ciment varient souvent. « Ce qu’on produit chez nous coûte plus cher mais il arrive aussi des moments où le ciment importé est plus cher. En tant que revendeur, il nous est difficile d’expliquer cela mais, on arrive à vendre les deux qualités. C’est l’essentiel mais, je pense que la cherté du prix se situe au niveau de nos usines », a dit Modibo Keita, le propriétaire de la boutique de ciment. D’après lui, le ciment sénégalais s’écoule souvent plus que le nôtre, pour sa qualité car, certaines personnes disent que le ciment sénégalais contient plus de colle que le nôtre. « Il y a une différence de 2.500 Fcfa entre les deux qualités de ciment. Le prix de la tonne du ciment malien est de 87.500 et 90.000 Fcfa pour le ciment sénégalais. Chez lui, le sac de ciment malien coûte 4.425 Fcfa contre 4.500 Fcfa pour le sac de ciment en provenance du Sénégal. Pour lui, tout dépend de l’efficacité de la stratégie de la vente et les prix ne sont pas standards, chacun vendant ses produits à sa guise. Modibo Diakité, un revendeur de ciment, nous raconte son expérience en ces termes : « Il nous arrive des fois d’acheter le ciment du Sénégal à un prix inférieur à celui du Mali. Pour le Mali, il faut débourser 87.500 pour avoir le ciment CIMAF alors que celui du Sénégal nous revient à 86.000 Fcfa. Si on y ajoute les frais de déchargement du camion qui s’élèvent à 500 Fcfa, nous se retrouverons avec une somme de 86.500 Fcfa. Nous avons du mal à expliquer cette hausse de prix », dira-t-il aussi. Selon Modibo Diakité, souvent le ciment malien baisse jusqu’à hauteur de 85.000 Fcfa si c’est la marque Diamond. Par contre, il assure que pour le ciment sénégalais, le prix varie entre 86.500 et 87.500 Fcfa. Par contre, notre interlocuteur soutient qu’il cède le sac de ciment du Sénégal à 4.750 Fcfa contre 4.500 Fcfa pour celui du Mali, sans pour autant expliquer clairement cette différence. « En temps de crise, s’il y a une rupture de stock, les deux différentes qualités de ciment seront livrées au même prix allant de 95.000 à 100.000 Fcfa. A son avis, il n’y a pas de prix fixe et chaque commerçant évalue sa marchandise en fonction de sa provenance. Les deux qualités de ciments, surtout la qualité CMM provenant de chez nous, sont achetées par les clients maliens pour sa proximité avec celle du ciment sénégalais dont le prix est de 87.500 Fcfa pour la vente en gros. « Je me ravitaille surtout à la quincaillerie Zoulca’ada et Bon prix car, ils vendent moins chers que plusieurs autres fournisseurs », déclare ce père de trois enfants qui explique avoir trois qualités de ciment malien (CIMAF, CMM, DIAMOND) et trois qualités sénégalaises (DIANGOTE, SAHEL, SOCCOCIM). Parmi toutes ces marques, ce commerçant estime que le CIMAF, tout comme le ciment SAHEL, est convoité par les Maliens, même quand le prix de la tonne grimpe. Par contre, chez Lassana Camara, propriétaire de la quincaillerie Bon prix, le prix d’une tonne du ciment malien s’élève à 79.500 Fcfa sans marchandage car, il trouve que chez lui, la marchandise est beaucoup moins chère que pour beaucoup d’autres. Précisons que ce chef de famille, qui exerce ce métier depuis 5 à 6 ans, ne vend que du ciment local. S’agissant du marché, cet opérateur économique estime qu’il ne peut rien dire sur

