Horloger : Un métier en voie d’extinction ?
Par Baya TRAORE Bamako, 23 Nov (AMAP) La profession d’horloger vit des jours difficiles parce que les clients ne se bousculent pas aux portillons. Ceux-ci doivent se réinventer pour ne pas disparaître. Cette situation est plutôt préoccupante quant à la survie de cette profession au Mali. Ici, une vision restrictive ramène les horlogers à la simple réparation des montres et autres pendules. Alors que Le Petit Larousse définit l’horloger comme une personne qui fabrique, répare et vend des montres. Aujourd’hui, ceux qui évoluent dans ce métier vivent des moments compliqués. Ils ont l’impression, selon l’expression consacrée, de pisser dans un violon. Au grand marché de Bamako, ce jour de novembre, le marché grouille de monde. Le trafic est dense. Automobilistes, motocyclistes et autres usagers de la voie se disputent le moindre espace pour sortir rapidement de la nasse. Les coups de klaxon des voitures se mêlent aux cris, notamment des vendeurs à la sauvette de différents articles. Le tout dans une ambiance indescriptible. Aux environs de la grande mosquée de Bamako, des horlogers installés dans un coin, se tournent les pouces. Tous s’accordent sur les difficultés actuelles de leur profession. La faute à une clientèle qui se fait toujours désirer. Issa Sissoko, les cheveux grisonnants, est horloger. Vêtu d’une chemise bleue et d’un pantalon assorti, ce professionnel de l’horlogerie nous accueille, avec un sourire sur le coin des lèvres, dans son petit atelier où il exerce son art. Il accepte volontiers de répondre à certaines interrogations sur le métier d’horloger et sans faire dans la langue de bois. Il explique réparer des montres et autres pendules. Mais faute de clientèle, il se concentre plutôt sur la vente des montres et à changer, quelques fois, les piles. «Je n’ai même plus l’outillage nécessaire, à part un tournevis, pour exercer mon art», explique-t-il désabusé. Il n’apprécie guère de vivre cette situation de débrouillardise. A quelques encablures des lieux, un homme trapu, au teint d’ébène, visiblement du troisième âge, a installé son étal sur lequel on retrouve, pêle-mêle, des pièces de montres, notamment des vis, des cadrans, des remontoirs, des trotteuses ou aiguilles qui marquent les secondes dans une montre, des montres dont les vitres sont cassées, mais aussi des pièces de radios, entre autres. Celui qu’on appelle affectueusement Tonton Diarra explique exercer ce métier d’horloger depuis 42 ans. Il s’empresse de préciser qu’il continue de le pratiquer simplement par passion. Il exerce, aussi, parce qu’il n’a pas d’autres alternatives, sinon il ne gagne quasiment plus rien dans cette profession. Avec les importations de montres de la Chine et qui sont cédées à des prix accessibles à la bourse du Malien moyen, les choses se sont compliquées pour les horlogers. Nos compatriotes ne se donnent plus la peine, en tout cas globalement, de réparer les montres. « Il faut exercer ce métier pour comprendre la situation précaire que nous vivons », explique Tonton Diarra. «Je ne trouve même pas une seule montre à réparer par jour. Alors qu’auparavant, c’était une niche et on pouvait repartir à la maison avec une recette journalière de 5.000 Fcfa», relève le vieil horloger. Il rappelle la menace réelle qui pèse sur la profession qui, selon lui, est en voie d’extinction. Il estime que les horlogers finiront par se compter sur les doigts d’une main puisque beaucoup de gens ont abandonné ce métier par manque de revenus alors qu’ils doivent faire face à des charges familiales. «J’avais des collègues dans les environs de la grande mosquée de Bamako. Mais tous ont disparu parce qu’ils ont compris que c’est, désormais, une perte de temps et d’énergie que de vouloir vivre de cet art», dit Tonton Diarra. En ce moment précis de notre entretien, tonton Diarra comme pour lui dire de garder un peu d’espoir, l’imam Alou Cissé se présente avec sa montre pour en changer le bracelet. L’homme de foi explique que pour lui, c’est une question d’habitude de porter une montre. Sans montre, il ressent un grand vide. «Je porte la montre par routine mais aussi pour me situer sur les heures de prière. Si celle dont je viens de changer le bracelet s’arrête, j’en achèterai une nouvelle» pour ne pas me compliquer la tâche. Souleymane Ouédraogo, un vieillard de 76 ans. Il est horloger de père en fils. Il exerce cette profession depuis plus de 50 ans dans l’enceinte de sa famille, à Bagadadji. Il explique clairement que le téléphone portable a nui au métier. Car ce moyen de communication est équipé d’un système qui indique le temps, notamment l’heure, la minute voire la date. Il souligne même que c’est pour cela que nos compatriotes, à l’exception des connaisseurs, n’achètent plus de montres. Le vieux Ouédraogo exprime sa crainte de voir disparaître ce métier d’horloger dans les années à venir, peut-être même un peu avant. Il évoque comme facteur le désintérêt de la jeune génération pour ce métier qui, surtout ne rapporte plus. Dans ce contexte, la menace de disparition de la profession se précise de plus en plus. Il exhorte la jeune génération à s’intéresser à ce métier et à le moderniser pour sa survie mais aussi pour que les horlogers puissent vivre de leur «science». Cheick Oumar Traoré, la vingtaine, explique que dans le contexte actuel de l’évolution du monde, porter une montre relève de la frime. « Ceux qui portent une montre au bras sont très souvent bien vus ». Même s’il reconnait l’utilité de la montre à bien des égards, il ne la porte pas pour regarder l’heure parce qu’il estime avoir son téléphone pour cela. Pour lui, il est clair que c’est pour vraiment frimer. BT/MD (AMAP)
Diéma : Remise en cause de la pratique du lavage des mains dans une même eau
Par Ouka BA Diéma, 19 Nov (AMAP) Avant les repas, les convives se lavent les mains, dans la même eau, par ordre d’âge des membres de la famille installés autour du plat commun. Une pratique qui n’est pas propre à Diéma, dans l’Ouest du Mali. Elle existe partout dans le pays. Des parents sont intransigeants sur la pratique qui, selon eux, permet de renforcer l’amour et la cohésion sociale entre les membres de la famille. C’est un signe de respect et de soumission, défendent d’autres. Beaucoup de personnes savent que ce n’est pas une bonne pratique, notamment sur le plan de l’hygiène, en ces moments de maladie à transmission par la main, Cependant, on préfère garder le silence dans bien des circonstances. Cette pratique non hygiénique, vieille de plusieurs siècles, a des effets sur la santé des populations. En la matière, propose Seydou Sy, représentant de projet, des mesures appropriées doivent être prises pour le changement de comportements. Ainsi, dans le cadre de la prévention et la lutte contre la pandémie du Covid-19, toutes les structures de l’Etat, les gares de compagnies de transport, les lieux qui accueillent du public, etc. ont été dotés en dispositifs de lavage des mains et les usagers en masques. Aujourd’hui, à Diéma, dans de nombreuses familles, il y a un kit de lavage des mains, mais rares sont les personnes qui les utilisent correctement. Un père de famille confie que c’est lorsqu’un étranger de marque arrive dans sa maison que son épouse ordonne aux enfants, avant de manger, de placer le dispositif de lavage. « Après le départ de l’hôte, on se détourne du matériel. Ce qui n’est pas bon… », regrette l’homme. «Se laver les mains dans la même eau fait partie de notre culture. Il est difficile de l’abandonner », déclare Cheickné Fofana, le boulanger du coin, en servant du pain à une cliente. Sidiki Traoré, producteur agricole, soutient que « celui qui refuse de plonger ses mains dans la même eau que les autres est traité d’orgueilleux, de hautain », « Ce genre d’individu n’a pas sa place dans notre société », laisse-t-il entendre. Lors d’une cérémonie de mariage, avant le repas, lorsqu’un fonctionnaire s’est lavé les mains avec un sachet d’eau, des regards réprobateurs se sont tournés vers lui. Un jour, avant que le tour n’arrive aux enfants, l’eau ayant servi à laver des mains était déjà noire de saleté. Alors, Ibrahim Kane, tout furieux, a donné un coup de pied au récipient. « C’est pour tuer les enfants », s’est-il emporté, en grinçant des dents. Tout le monde montre du doigt Garba Samassa, lors des cérémonies de mariage, de décès ou de baptême, à cause de ses infinies précautions, en matière d’hygiène. Fousseiny Sangaré, un ancien émigré, va plus loin dans l’hygiène. Il a exigé que tous les membres de sa famille mangent avec la cuillère, même si certains refusent d’obtempérer. Sambou Dia, un étudiant, en séjour dans la localité, raconte que lorsqu’il accompagnait son oncle au champ, à l’heure du déjeuner, les enfants se contentaient de tremper dans l’eau leurs mains couvertes de terre. Leur père, mine de rien, disait,: « Nous sommes sortis de la terre et nous y retournerons ». Pour promouvoir le lavage des mains dans le Cercle de Diéma, il faut renforcer les mesures de sensibilisation afin d’amener les populations à abandonner cette pratique néfaste. Tous les canaux de communication, notamment les radios de proximité, le Réseau des communicateurs traditionnels pour le développement (RECOTRADE), les relais communautaires, les leaders religieux, les chefs traditionnels, peuvent contribuer à ce changement de comportement pour l’amélioration de la santé des populations. La communauté internationale célèbre, le 15 octobre de chaque année, la Journée mondiale du lavage des mains qui se veut une campagne visant à mobiliser et motiver les populations à améliorer leurs habitudes en y intégrant, notamment, le lavage des mains au savon. Mesure simple et efficace, le lavage des mains au savon préserve notre santé. Ce geste permet de se protéger contre les infections respiratoires aiguës, la maladie à virus Ébola, le trachome, la poliomyélite, le choléra, les infections de la peau. Il réduit de près de la moitié les décès dus à la diarrhée. Il est scientifiquement reconnu que les mains sont des vecteurs d’agents pathogènes. Elles doivent êtres lavées avec du savon aux moments critiques, notamment au sortir des toilettes, après le nettoyage anal des bébés, avant de préparer les repas, avant de manger ou de donner à manger et après tout contact des mains avec les liquides biologiques, les surfaces et les objets souillés. Ce geste banal est à la portée de tous et permet surtout de nous préserver de certaines maladies. La main constitue un moyen de transmission des germes. Selon les scientifiques, un centimètre carré de la main peut contenir, environ un million de microbes, si elle n’est pas propre. Les maladies diarrhéiques et les infections respiratoires représentent les premières causes de mortalité des enfants de moins de 5 ans. OB/MD (AMAP)
Cortège funèbre pour ATT : L’hommage des Bamakois
Par Oumar DIAKITE Bamako, 16 Nov (AMAP) Une foule de Bamakois attristés, d’hommes, de femmes, d’enfants, de toutes les confessions religieuses et conditions sociales, ont, dans un moment d’intenses émotions, de recueillement, de reconnaissance, de témoignages, rendu hommage, à l’ancien président Amadou Toumani Touré, au passage du cortège funèbre organisé en son honneur, lundi, dans la capitale malienne. De l’Institut Marchoux, à Djicoroni-para, à la chapelle du Génie militaire, en passant par les monuments de l’Indépendance et de l’Hippopotame, les Bamakois sont sortis massivement pour rendre un vibrant hommage à la dimension de l’homme. A 08h47 mn, la dépouille du défunt a été sortie de la morgue de l’Institut Marchoux. En marche funèbre, huit élèves officiers ont porté sur les épaules le corps couvert des couleurs nationales pour le placer dans un véhicule léger de l’Armée,. Le Grand chancelier des ordres nationaux était à bord du véhicule. Au premier rang, on notait des proches, collaborateurs et admirateurs. Egalement des généraux, comme l’ancien ministre Sadio Gassama, et son ancien Premier ministre, Modibo Sidibé. Au niveau du camp Para, des enfants criaient « ATT…ATT…ATT ». Des femmes de bérets rouges, au bord de la route, ne retenaient pas leurs larmes. D’ailleurs, c’était le cas sur tout l’itinéraire. Des riverains pleuraient dans un flot de témoignages de reconnaissance. Si certains parlaient des œuvres sociales que le président ATT a réalisées, lors de son passage au pouvoir, d’autres regrettaient la disparition du « grand bâtisseur ». La foule grossissait au fur et à mesure que le cortège avançait, jusqu’à la place d’arme du Génie militaire . Des travailleurs des services qui jalonnent l’itinéraire sont aussi sortis pour rendre un dernier hommage au défunt président. A l’image de ceux des banques, l’Institut national de prévoyance sociale (INPS) et des employés de stations-services. Sur le Boulevard de l’Indépendance, une foule nombreuse, le long de l’itinéraire, jusque sous l’échangeur en face de l’ex-cinéma Babemba. Des populations d’un certain âge dont certaines, chapelet à la main, étaient là. S’y ajoutent des personnes de petites tailles, des handicapés moteurs sur leur tricycle. Chacun faisait des bénédictions pour le repos d’ATT. Des pancartes avec des messages de reconnaissance comme « Merci ATT », « Dors en paix, le grand bâtisseur » ont accompagné aient la marche funèbre. Le Premier ministre Modibo Sidibé s’est retenu de témoigner, expliquant que c’est plutôt un moment de recueillement. Amadou Koita, ancien ministre, a demandé au peuple malien de continuer à prier pour le repos éternel de l’âme du soldat de la démocratie. Quant à Alkaidi Touré, ancien dirigeant du Conseil national des jeunes du Mali (CNJ-Mali), il a dit que le Mali a perdu un grand homme. « Le choc est très grand », a-t-il ajouté, aux bords des larmes. Mme Sangaré Madina Guindo retient du défunt qu’il « aimait beaucoup son pays et s’est battu pour l’émergence du Mali ». Tandis que pour Issiaka Tamboura, c’est un honneur que « le peuple malien a voulu faire à l’ancien président de la République, homme de dialogue ». « La dernière fois que j’ai communiqué avec ATT, il m’a dit ceci : tu sais Issiaka, ce que je veux aujourd’hui ? Qu’on me dise qu’il n’y a plus d’âme qui tombe dans le Nord et le Centre du Mali. Je suis prêt à contribuer sur tous les plans », a revélé Tamboura. Ce cortège à l’honneur du Général d’Armée Amadou Toumani Touré, a été organisé par la Grande Chancellerie des ordres nationaux du Mali, en prélude aux obsèques nationales prévues mardi. Cette cérémonie officielle se déroule au Génie militaire, en présence de nombreuses personnalités étrangères qui ont exprimé leur intention d’y participer. OD/MD (AMAP)
Pneumonie : Une pathologie plus meurtrière que le Sida, le paludisme et la rougeole réunis
Par Mohamed D. DIAWARA Bamako, 13 Nov (AMAP) Le 12 novembre est consacré Journée mondiale de lutte contre la pneumonie. A en croire les spécialistes, cette pathologie tue, chaque année, dans le monde, plus que le Sida, le paludisme et la rougeole réunis. Sur le plan mondial, plus d’un million d’enfants de moins de cinq ans décèdent, par an, de cette maladie infectieuse. Pour attirer l’attention de l’opinion internationale et des décideurs du monde sur ces chiffres qui font froid dans le dos, la Coalition mondiale contre la pneumonie de l’enfant a initié, depuis 2009, la Journée internationale de la pneumonie pour sensibiliser sur l’urgence d’agir pour circonscrire ce fléau. Aujourd’hui, le monde célèbre cette journée. Nos reporters se sont intéressés à la question pour rappeler les défis à relever dans la lutte contre cette pathologie. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) en France précise que, l’année dernière, la pneumonie a tué un enfant toutes les 39 secondes. La même organisation révèle, sur son site, que les décès d’enfants imputables à la pneumonie se concentrent dans les pays, les plus pauvres du monde, où les premières victimes sont les enfants les plus démunis et les plus marginalisés. Selon les prévisions des chercheurs, 6,3 millions d’enfants de moins de 5 ans risquent de mourir des suites d’une pneumonie, entre 2020 et 2030, si les tendances actuelles de la maladie ne s’inversent pas. Selon une modélisation réalisée par l’Université Johns-Hopkins (États-Unis), le renforcement des services de traitement et de prévention de la pneumonie pourrait sauver la vie de 3,2 millions d’enfants de moins de 5 ans. Une nouvelle analyse publiée en amont du premier Forum mondial consacré à la pneumonie de l’enfant, tenu à Barcelone (Espagne), du 29 au 31 janvier, souligne que l’intensification des efforts visant à lutter contre la pneumonie pourrait éviter près de 9 millions de décès d’enfants liés à cette maladie et à d’autres pathologies majeures. A l’occasion de la Journée mondiale de la pneumonie, le Pr Yacouba Toloba, chef du service pneumo-phtisiologie au Centre hospitalo-universitaire (CHU) du Point G, a défini la pneumonie comme une affection du poumon, causée par une bactérie. Le pneumo-phtisiologue et allergologue, explique que les symptômes de la pneumonie sont caractérisés par la dyspnée (difficulté respiratoire), la toux et la douleur thoracique. S’y ajoutent des signes généraux marqués, notamment par la fièvre aiguë, la courbature et la fatigabilité. « Ces symptômes évoluent de façon aiguë et brutale », précise le spécialiste. Il a, aussi, relevé que les pneumonies bactériennes sont de véritables problèmes de santé publique que les statistiques enregistrées dans les consultations au niveau de son service prouvent suffisamment. «Les infections respiratoires, y compris la pneumonie représentaient 52% des activités de consultations et de soins», à la veille de la Journée mondiale de la pneumonie. Cependant, le spécialiste reconnaît que ce n’était pas le cas, il y a 3 mois. Pour lui, nous entrons dans une période propice à la pneumonie et il faut espérer en sortir jusqu’en février prochain. Le Pr Toloba conseille de lutter contre la pollution du poumon en utilisant la bavette et en portant des vêtements chauds pour contrôler la température ambiante, mais aussi de vacciner les enfants et les personnes âgées qui développent une co-morbidité. Pour lui, la Covid-19 étant une pneumonie virale, ses symptômes peuvent se superposer à ceux de la pneumonie bactérienne. Par conséquent, il faut préciser que les symptômes de gêne respiratoire, de douleur thoracique et de toux associées à une infection ne renvoient pas forcément au coronavirus. Concernant l’introduction du vaccin contre le pneumocoque (agent pathogène de la maladie) dans le Programme élargi de vaccination du Mali, il affirme que cela a permis de réduire la contraction de la pneumonie, notamment celle à méningocoque. «Quand on vaccine les enfants, il y a un impact positif sur l’infection bactérienne chez eux», dit le Pr Toloba. Il saisit l’opportunité pour exhorter la population à la prévention contre la pneumonie en évitant l’agression de l’appareil respiratoire. « Il faut éviter de fumer la cigarette et de polluer l’environnement », conseille-t-il. Il invite les autorités à faciliter davantage l’accès aux soins primaires car, argumente-t-il, « le tiers des demandes dans les établissements de soins primaires sont des pathologies respiratoires ». Un grief du spécialiste a trait à l’existence au Mali que d’un seul service de pneumologie au Point G, construit depuis 1964. Il évoque, aussi, une insuffisance de ressources humaines (parce que notre pays compte 6 pneumologues pour 20 millions d’âmes) et la faible qualité du plateau technique qui restent des défis à relever. MDD/MD (AMAP)
Mine souterraine de Gara : Voyage dans l’autre monde des miniers
Par Fadi CISSE Bamako, 12 Nov (AMAP) Il est presque 11 heures, ce lundi matin, à Loulo, Région de Kayes, Cercle de Kéniéba, dans l’Ouest du Mali. Une équipe de journalistes participe au traditionnel média briefing qu’organise la compagnie Barrick Gold Corporation. Visiblement enthousiastes, les hommes de médias franchissent le seuil de la mine d’or de Gara. Tout sourire, le chargé de sécurité, de taille moyenne, est à l’accueil. Abdoul Aziz Ouattara, c’est son nom, nous conduit dans une chambre isolée où seront données les orientations sur les modalités de la visite de cette mine souterraine. Les consignes strictes et explications fournies à cet effet révèlent l’intérêt et l’importance que la compagnie minière accorde au respect des mesures de sécurité. En la matière, cette zone, qui regorge d’un trésor immense, est placée sous haute surveillance 24h/24h. Pour y accéder, travailleurs et visiteurs se soumettent à un protocole de sécurité. Il faut, par exemple, passer par le poste de contrôle tenu par des agents de sociétés de gardiennage. Le port de la ceinture de sécurité, du casque équipé d’une torche pour faciliter la communication à l’intérieur, des bottes pour se protéger contre les inondations en certains endroits, est obligatoire. Employés comme visiteurs doivent porter des lunettes pour se protéger de la poussière et être munis d’une bouteille de gaz à oxygène pour faciliter la respiration. Ceux qui supportent mal le bruit se protègent le tympan à l’aide de bouchons. Il est interdit de fumer dans le secteur. Et au fur et à mesure que l’on s’approche de la mine, la peur semble gagner les rangs. L’angoisse cédera, peu à peu le pas, à la curiosité. Notre guide fait tout pour nous rassurer. Il explique que la compagnie a mis en place de nombreux systèmes de contrôle afin de réduire tout danger. «Certains de ces risques sont liés aux mouvements des engins lourds, aux éboulements, aux incidents, aux explosions, à la forte sonorisation, aux inondations, sans oublier le gaz qui se dégage en certains endroits», énumère le chargé de sécurité de la zone. Qui ajoute qu’un test de dépistage d’alcool et de drogue est en place pour tous les employés, les entrepreneurs et les visiteurs de la Société des mines d’or de Loulo (SOMILO). ROTATION- Après ce bref éclairage, intervient le moment décisif : descendre dans la mine souterraine. Avant cette étape, les visiteurs enfilent des combinaisons (pantalon de couleur bleue et chemise rouge). Après cette formalité, nous nous dirigeons vers des voitures 4X4, garées non loin de l’entrée de la mine. Où des bouts de caoutchouc numérotés sont déposés dans un coffre. Ceux-ci permettront, à la sortie, au chargé de sécurité de savoir que tout le monde est présent. Car, «chacun remettra sa clé à la sortie». A 13 heures, nous sommes dans la mine souterraine de Gara. Des jeux de lumière scintillent un peu partout. Les routes qui vont dans tous les sens, sont empruntées par des camions, des engins lourds et des petites voitures. Le respect strict du code de la route est de rigueur, notamment au niveau des virages. La circulation y est rythmée à coups de klaxon. Dans ce sous-sol de Gara, Barrick dispose d’équipements à la pointe de la technologie. La compagnie utilise des méthodes modernes d’exploitation minière : forage de développement avec jumbo, forage, dynamitage de production, chargement et camionnage, forage d’échantillonnage, système de gestion d’eau et de ventilation, etc. Des bureaux y sont aménagés avec toutes les commodités nécessaires (frigo bien garni, salle de repos, dispensaires etc. «Rien ne nous manque ici. Nous travaillons 12h/12h selon un système de rotation. Chaque équipe travaille durant quatre jours et observe quatre jours de repos. Le travail dans la mine souterraine demande beaucoup d’efforts», explique Abdoul Aziz Ouattara. A l’intérieur de la mine, impossible de recevoir des appels téléphoniques. Comment les agents qui y travaillent parviennent-ils à communiquer entre eux et avec l’extérieur, interrogent les journalistes. «Nous disposons de radios dans chaque véhicule. Tous les travailleurs en possèdent. Souvent quand la radio fonctionne mal, la torche sert de moyen de communication. Le bruit tout comme la lumière, révèlent une présence humaine», répond le guide. 400 M DE PROFONDEUR– Pendant ce temps, des camions transportent le minerai vers un concasseur mesurant environ 50 cm et qui alimente le tapis. A côté, se trouve une radio permettant aux miniers de saisir le fonctionnement du broyeur afin de parer à toute interruption de travail. De l’autre côté, est installé le cracheur. Les camions pouvant transporter entre 16 à 45 tonnes de minerai descendent à 400 m de profondeur pour transporter le gisement à la surface de la terre. Sur des roches issues des ruines d’explosions, brillent des pépites d’or. «Pouvons-nous partir avec un petit morceau», demande un confrère. «Non, c’est interdit même aux travailleurs de la mine», r4pond un guide, en souriant. Il explique que c’est au terme de tout ce processus que les minerais sont amenés à l’usine pour traitement, afin d’en extraire l’or brut qui sera vendu sur le marché. De retour à la surface, nous sommes éblouis par les rayons solaires. Une envie soudaine de retourner sous le sol remonte en nous. Chacun se frotte les yeux pour pouvoir mieux voir. Les brouillards ainsi dégagés, nous mettons le cap sur le champ solaire de Gounkoto. Il est presque 14 h. L’ingénieur–électricien, Mamadou Guissé, et son équipe composée d’hommes et de femmes, sont à l’accueil. Installé sur une superficie de 56 ha avec une puissance de 20 MW, ce champ solaire réduit considérablement la part du fuel dans la production d’électricité. «Le champ solaire de Loulo compte environ 53.360 panneaux solaires d’une durée de vie de 25 ans et qui se déplacent en fonction du soleil», explique-t-il. Il emploie 30 personnes et est connu comme étant les 3è et 4è sites dans toute l’Afrique, avec une économie de 10 millions de litres de gasoil par an dont 40 tonnes de COD. Diminuant ainsi considérablement les coûts d’exploitation et de production. Qu’est-ce qui explique l’absence du personnel féminin dans la mine
Niono : Un miraculeux de l’affrontement de Farabougou
Par Mahamadou SAMAKÉ Niono, 12 Nov (AMAP) Il s’appelle Youssouf Cissé, du village de Dogofry KO3 ou Chouala coura, dans la Commune rurale de Dogofry. Il faisait partie des chasseurs traditionnels dozos qui ont affronté des bandits armés, le 09 octobre dernier. Cet accrochage a occasionné la mort de treize chasseurs traditionnels dozos, huit blessés et un disparu. Ce disparu n’est personne d’autre que Youssouf Cissé. Il avait fait signe de vie au téléphone, pendant un bout de temps. Malheureusement avec le siège de Farabougou par les bandits armés non identifiés, il n’avait pas reçu de secours. Blessé à la jambe, Youssouf raconte avoir rampé dans les buissons, durant trente un jours, avant de voir le bout du tunnel. Il se nourrissait d’oiseaux qu’il chassait, rampait pour s’en saisir, les déplumait « avant de les manger crue » nous a-t-il confié. Youssouf ajoute avoir étanché sa soif, pendant tout ce temps soit, avec des pastèques sauvages ou de l’eau boueuse des mares. C’est le mardi 10 novembre, que notre chasseur a été retrouvé par des cultivateurs de riz qui récoltaient leur production et des pêcheurs. Le village a été alerté et les dispositions ont été prises pour le faire évacuer au Centre de santé communautaire (CSCOM) de Dogofry pour des soins primaires, puis au centre de Santé de référence (CSRéf) de Niono où il a été pris en charge par Médecin sans frontières (MSF). Le Dr Doumbia indique que Youssouf est fatigué et sous alimenté. « La plaie qu’il porte est infectée mais sa vie n’est pas en danger », a diagnostiqué le praticien. MS/MD (AMAP)
ATT, l’homme du passage de témoin en 92, a été celui du come-back en 2002

Par Moussa DIARRA Bamako, 10 Nov (AMAP) Quand le général à la retraite, Amadou Toumani Touré (ATT), candidat indépendant, arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle malienne du 28 avril 2002, avec 28, 71% des voix, avait passé, dix ans plus tôt, le 8 juin 1992, le témoin au président démocratiquement élu, Alpha Oumar Konaré, il était entré dans l’Histoire. Et, quand il finit par réaliser un come-back en politique, après avoir remporté, le 12 mai 2002, le 2ème tour avec 65,01%, il s’est installé dans l’Histoire. Son départ du pouvoir, en dépit des pressions pour qu’il reste, a laissé aux Maliens l’image d’un militaire qui a su tenir parole, après avoir mis fin au régime d’un autre porteur d’uniforme, le général Moussa Traoré emporté par un mouvement populaire le 26 mars 1991. « Si j’étais resté, j’aurais triché. Si je m’étais présenté aux premières élections, j’aurais faussé le jeu », avait dit le général ATT dans un entretien à un journal panafricain pour expliquer les raisons de son départ du pouvoir. L’homme, qui avait ainsi quitté les fonctions de chef de l’Etat, est né le 4 novembre 1948 à Mopti, dans le Centre du Mali. Initialement formé comme maître de l’enseignement fondamental, en 1966, il a intégré, par la suite, l’Armée en 1969 après un concours d’admission à l’Ecole militaire interarmes de Kati, à 15 km de Bamako. Il a grimpé très vite les échelons mais des évènements historiques qui mirent à l’écart de nombreux responsables de l’Armée ne furent pas sans effet sur sa carrière. Le jeune militaire du camp des commando-parachutistes de Djikoroni, à l’ouest de Bamako, a surtout bénéficié des avantages de ses formations effectuées à l’Ecole supérieure des troupes aéroportées de Riazan, en ex-URSS et au Centre national d’entraînement commandos de Mont-Louis, en France. En 1978, il a obtenu ses galons de capitaine et est devenu, le 28 février 1981, le commandant de la garde du président Moussa Traoré. Monté au grade de commandant, Amadou Toumani Touré obtint, du coup, le commandement du bataillon des parachutistes en 1984. Ce fut de la direction de ce bataillon que le commando parachutiste s’en est allé en 1989 se perfectionner à Paris, à l’Ecole supérieure de guerre interarmées. Revenu au Mali le 8 décembre 1990, Amadou Toumani Touré, longtemps resté sans poste, retrouvera le 11 mars 1991, le commandement de son bataillon d’origine. Deux semaines plus tard, les bérets rouges, avec en leur tête, Amadou Toumani Touré, ont renversé le régime du général Moussa Traoré. ATT, comme on l’appelle, dorénavant, devient le président du Comité de réconciliation nationale (CRN), structure qui regroupe les putschistes de mars 1991. Cette dernière fusionne, le 26 mars, avec la Coordination des associations du mouvement démocratique pour former le Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) avec, à sa tête, ATT qui devient aussi chef de l’Etat. En tant que responsable du camp para de Djikoroni, il a vu passer presque tous les grands détenus et contestataires politiques du Mali mais assure les avoir «traités avec respect et dignité» et gardé le contact avec certains. ATT est présenté comme étant à la base de la naissance dans les années 80 d’un mouvement démocratique au sein de l’Armée malienne qui a toujours cherché une adhésion populaire à tout projet de changement politique au Mali. C’est le mouvement démocratique de 1990 à 1991 qui a favorisé les conditions de maturation de cette adhésion populaire au changement politique, disent les observateurs. L’homme, après le coup d’Etat de mars 1991, mit 15 mois pour réaliser la transition politique qui a conduit à la proclamation du multipartisme intégral, l’organisation de la Conférence nationale et la signature du Pacte national mettant fin à la rébellion touarègue au Nord du Mali. Après sa sortie de l’arène politique, redevenu simple citoyen en 1992 et élevé au grade de général d’armée, par la suite, ATT a déclaré éprouver le besoin de relever un autre « défi » : «travailler à la consolidation des processus démocratiques en Afrique» et, depuis 1992, s’est consacré à la promotion de la démocratie et à des missions de bons offices dans des conflits armés en Afrique. Il s’est engagé dans des actions humanitaires, notamment la lutte contre le vers de guinée avec l’aide de la Fondation Carter. Il a, en outre, créé une Fondation pour l’enfance œuvrant dans la réduction de la misère sociale et a contribué dans des actions de médiation pour la paix, notamment dans la crise centrafricaine qui l’ont maintenu sur la scène internationale. Le 5 septembre 2001, il a sollicité du président Alpha Oumar Konaré la retraite anticipée «pour convenance personnelle» et l’a obtenue, le 20 septembre, pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle, conformément aux dispositions constitutionnelles maliennes, exigeant de tout militaire, qui veut briguer un mandat politique, de démissionner six mois avant l’élection. Motivé par le soutien enthousiaste de nombreux associations et clubs de supporters au Mali et à travers le monde, de plusieurs partis politiques tels l’Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain (US RDA), le Mouvement pour l’indépendance, la renaissance et l’intégration africaine (MIRIA), le Bloc démocratique pour l’intégration africaine (BDIA), le Mouvement pour la solidarité et le progrès (MPSP) et entre les deux tours, par le Parti pour la renaissance nationale (PARENA), le général, qui a été élève d’Alpha Oumar Konaré à l’Ecole normale secondaire, a finalement succédé à son ancien professeur. ATT, qui s’apprêtait à quitter le pouvoir, est victime en mars 2012, d’un coup d’État militaire, dans un contexte marqué par une avancée de hordes djihadistes associées à des rebelles touaregs, dans le Nord du Mali. Il est revenu, triomphalement à Bamako, en décembre 2019, après un exil au Sénégal, suite à ce coup d’état qui l’a renversé. Celui que les Maliens appelaient, affectueusement, par ses initiales, ATT, était marié et père de deux filles. MD (AMAP)
Diéma : Avec le froid, attention au charbon de bois
Par Ouka BAH Diéma, 10 Nov (AMAP) Pour échapper au froid, certaines personnes s’enferment dans leur chambre, la nuit, avec un fourneau rempli de charbon de bois allumé. Cette pratique ancestrale, vieille de plusieurs siècles, peut provoquer la mort par asphyxie. Selon les spécialistes, le gaz carbonique qui se dégage du charbon de bois, pollue l’air comprimé dans la chambre et le rend irrespirable. Dans le cercle de Diéma, selon les constats, chaque année ou presque, on enregistre dans des villages et hameaux, des cas de décès liés à l’utilisation du charbon de bois, dans la chambre, pendant la nuit. Cette année, déjà en octobre, le froid a déja pris une certaine allure dans le cercle de Diéma. Il a commencé à s’intensifier. La température affiche parfois 12°C, la nuit. Cette fraicheur persiste jusqu’au matin, voire toute la journée. Souvent, les rayons du soleil refusant de de se pointer. Selon certains observateurs, l’intensité du froid s’explique par l’abondance de la pluviométrie. L’année où il pleut abondamment, le froid devient plus intense. La présence de collines, de rivières et de cours d’eau, dans une localité, favorise également, le froid, de même l’état sablonneux des sols. Généralement, le froid affecte les couches vulnérables que sont les personnes du troisième âge, les femmes et les enfants. C’est pourquoi, il est déconseillé aux mamans de laver leurs enfants à l’air libre. Elles doivent, aussi, prendre soin de les habiller chaudement pour les protéger du froid. Le froid est une période difficile à supporter pour de nombreuses autres personnes. Il peut entraîner des maladies respiratoires, avec leurs corolaires de rhume, toux, bronchite et pneumonie, sans exclure le rhumatisme. Alassane, lui, trouve que pour résister au froid, il faut bien manger. « Le froid atteint les os de celui qui est affamé », lance-t-il. Ousmane Diallo raconte que son cousin, jeune marié et sa « Diombadio » (nouvelle mariée en peul), qui habitaient dans un campement peul, ont été retrouvés morts asphyxiés, sous leur tente. « Cette nuit-là, explique notre interlocuteur, il faisait un froid à ne pas mettre un chien dehors ». Après avoir trait ses vaches, la victime est allée se coucher, épuisé par une longue marche, à la recherche de ses moutons égarés. « Sa femme a pris un peu de braises et y a ajouté du charbon de bois. Mon cousin s’enferma avec son épouse, bouchant même les moindres trous de leur abris sommaire par des chiffons pour empêcher toute infiltration d’air », poursuit l’homme. Le matin, à l’heure d’attacher les veaux pour les empêcher de téter, lorsque les enfants n’ont pas vu sortir leur père, ils se sont inquiétés. L’aîné a frappé, plusieurs fois, à la porte en bois d’ébène de la tente. Sans succès. Alors, il a décidé de forcer l’entrée. C’est ainsi qu’il a découvert les corps sans vie de ses parents. Des cris de détresse, en peul, ont envahi le petit campement. Tous nos interlocuteurs interrogés sur le sujet reconnaissent les dangers de cette pratique. Ils conseillent de prendre des dispositions pour sensibiliser davantage les populations, afin d’y mettre fin. Kantara Diawara ne se lasse pas de dire à ses femmes de ne pas allumer le charbon de bois, dans leur case, pendant la nuit. « Ne le faites jamais, même s’il neige », repète l’homme. A Tinkaré, la pratique avait cours. Issa Tounara, gérant de l’adduction d’eau de ce village, raconte que lorsqu’arrive le froid, les membres de la famille s’installent, généralement, autour du feu de bûche dans la cour de leur maison. Ils prennent du thé, décortiquent, souvent, l’arachide ou épluche du dah. Au moment d’aller se coucher, personne ne s’enferme du feu dans sa chambre, quel que soit le degré du froid. A en croire Coumba Diarra, élue à Dianguirdé, avant que les gens ne comprennent, la pratique faisait de nombreux dégâts dans la commune, « mais, actuellement, avance-t-elle, elle est si devenue rare ». Certains allument du bois, dans la cour de leur maison. Ils entretiennent la causerie, souvent, jusqu’à une heure indue, avant d’aller se coucher. Lors de ses visites à domicile, l’infatigable Thiéssama Fofana, relais communautaire à Fangouné Kagoro, s’entretient avec les populations des pratiques néfastes, notamment l’utilisation du charbon de bois dans la chambre, durant cette période de fraicheur. Ami Magassa, relais communautaire, mène le même combat, quotidiennement, à Diéma. La radio Jamana joue un rôle capital en matière d’information et de sensibilisation afin de parvenir à un changement radical de comportements, dans le cercle de Diéma. Aujourd’hui, beaucoup de femmes préfèrent brûler de l’encens dans leur chambre pour se réchauffer que de s’enfermer avec du charbon de bois allumé. Surtout si l’encens, commente Diouldé, est du « Goyékounan », une substance en forme de pois sucré, qui a un triple rôles. « Il apporte non seulement de la chaleur, permet d’éloigner les moustiques, mais aussi atténue les mauvaises odeurs », déclare la dame, en promettant d’en faire venir de Kayes, pour renouveler son stock épuisé. De l’avis d’Aïchata Dia, Présidente de l’Association de santé commmunautaire (ASACO) de Fassoudébé, cette mauvaise pratique qui détruit plus qu’elle n’arrange, est en train de disparaître dans sa commune. « Beaucoup de femmes, explique-t-elle, brûlent de l’encens. Et, au moment de dormir, elles font sortir le « béloni » (l’encensoir), pour ne pas provoquer d’incendie ». Pour que cette pratique, vieille de plusieurs siècles, disparaisse définitivement des habitudes des populations, il faut l’implication totale de tous les acteurs, ONG, élus, chefs traditionnels et religieux, Réseau des communicateurs traditionnels pour le developpment (RECOTRADE), radios de proximité, associations de femmes et de jeunes, pour renforcer la sensibilisation auprès des populations. OB/MD (AMAP)
Campus universitaire de Badalabougou : Le règne de la violence
Par Oumar DIAKITÉ Bamako, 10 Nov (AMAP) Nous sommes le 19 novembre 2004. Deux groupes d’étudiants s’affrontent au sujet de la tenue ou non des examens partiels au sein d’une faculté. Après une brève altercation, un leader estudiantin est maîtrisé par le camp adverse et a fini par trouver la mort dans des circonstances troubles. Une année plus tard, l’affaire a été jugée par la Cour d’assises de Bamako qui a condamné les meneurs de ces troubles à un an de prison avec sursis. Depuis cette date, la violence s’est installée sur le campus universitaire de Badalabougou qui abrite plusieurs universités, avec son lot d’affrontements à coups de machettes, tirs à balles réelles, menaces proférées contre le corps professoral, business juteux, l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) a transformé la «Colline du savoir» en un véritable champ de bataille où le sang ne cesse de couler. L’endroit est devenu dangereux aussi bien pour les étudiants que pour le corps enseignant. En effet, chaque année, l’élection des bureaux de l’AEEM des différentes facultés donne lieu à des échauffourées dont l’issue est parfois dramatique. Les étudiants se livrent à des batailles rangées afin de prendre le contrôle du bureau de l’AEEM de leur faculté. Le dernier épisode de cette violence remonte au 12 octobre dernier. Il s’est produit au sein de l’Institut universitaire de gestion (IUG) à l’occasion du renouvellement du bureau de l’AEEM. Cet incident malheureux a causé la mort à l’étudiant Sadio Moussa Kanté, en licence II commerce international. Il y a eu aussi plusieurs blessés dont cinq graves. La direction de l’IUG a été obligée de suspendre les activités pédagogiques et administratives pendant 72 heures, en attendant que des dispositions soient prises pour assurer la sécurité des travailleurs et des étudiants. UNE CASERNE MILITAIRE – Jeudi 22 octobre 2020, le calme était revenu au campus universitaire de Badalabougou communément appelée la «Colline du savoir». Les cours avaient repris presque normalement dans les différentes facultés. Mais ici, le sujet de la violence entre étudiants ou à l’égard du corps enseignant est tabou. Par peur de représailles, beaucoup préfèrent se taire. Un étudiant de l’IUG, visiblement pas à l’aise pour évoquer le sujet, s’est contenté de dire que les perturbations de l’AEEM sont une triste réalité qui joue sur le programme universitaire. Au niveau de l’administration, c’est également le silence radio. Avec notre insistance, un responsable lâche : «même présentement, nous sommes en train de gérer une crise, car il y a encore des groupes d’étudiants qui veulent s’affronter». A la Faculté des sciences et techniques se trouvent les dortoirs des étudiants. Mais aussi le QG du bureau de coordination de l’AEEM. Parler de l’AEEM ici est un gros risque qu’aucun étudiant ne veut prendre. Un groupe d’étudiants nous fait signe d’aller dans un coin tranquille pour dénoncer «l’immaturité, la barbarie et l’irresponsabilité des dirigeants de l’AEEM et de leurs complices». «On dirait souvent que nous sommes dans une caserne militaire. Des nouvelles recrues de l’AEEM chantent à l’honneur de leurs dirigeants», dénonce l’un de nos interlocuteurs. Une étudiante, très angoissée, se plaint du surnombre dans sa chambre au campus. «Au lieu de trois, l’AEEM a installé huit lits dans notre chambre», déplore-t-elle. A la Faculté de droit privé, l’amertume et l’angoisse se lisent sur le visage des étudiants parce qu’ils sont en retard sur l’année universitaire par rapport aux autres facultés en raison du fait que les membres de l’AEEM ont empêché la tenue des examens. Notre passage a coïncidé avec les examens de l’année 2018-2019. « Le décanat voulait organiser les examens au titre de l’année 2018-2019. L’administration a pris les dispositions sécuritaires afin que les étudiants puissent composer, mais l’AEEM a boycotté et seuls cinq ou six étudiants ont pu composer », regrette Fatoumata Diallo, en licence III. Elle explique qu’après, les dirigeants de l’AEEM ont été arrêtés et jetés en prison. Aussitôt, le bureau de coordination de l’AEEM a décrété une grève illimitée pour l’ensemble des facultés jusqu’à ce que leurs camarades soient libérés. Pour cet autre étudiant, tant que l’AEEM continue d’exister, il n’y aura ni paix ni quiétude dans le milieu estudiantin. Un avis partagé par la majorité de nos compatriotes. Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’entre eux ont souhaité la dissolution de l’AEEM après les événements du 12 octobre dernier. « Je ne peux que m’en prendre aux différents gouvernements. Ce sont les politiques qui sont complices de la situation. Par exemple, la plupart des anciens dirigeants de l’AEEM sont directement nommés chargés de mission dans les départements ministériels», fulmine Amadou Sidibé, responsable dans une banque de la place. DES ENSEIGNANTS INQUIETS – Le corps professoral est également inquiet de la violence sur son lieu de travail. «Souvent, on arrive la peur au ventre. Nous recevons tout le temps des menaces. Il y a des étudiants qui ont l’habitude d’aller faire sortir les enseignants des salles de classe pour les séquestrer. C’est très grave. Il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités face à la situation», s’indigne une enseignante. Le secrétaire principal de la FDPU, Dr Mamadou Fomba, qui sert depuis 22 ans dans cette faculté, en a vu de toutes les couleurs avec l’AEEM. Selon lui, la violence n’est pas que physique, elle est aussi psychologique. «L’AEEM m’a séquestré dans son bureau en 2012, avec l’actuel ministre de l’Enseignement supérieur qui était mon doyen à l’époque, pour nous sermonner. C’était par rapport au problème de l’admission des étudiants», se souvient-il. «Ils ont crevé les pneus de mon véhicule comme ceux des autres administrateurs. Quand les violences commencent, tout le monde a peur. Nous sommes tous exposés ici », fulmine notre interlocuteur. A l’en croire, il faut la résistance de l’administration des facultés sinon l’AEEM veut la cogestion des examens. Dr Mamadou Fomba nous conduit dans un bureau pour nous montrer des machettes et des pistolets saisis sur des étudiants. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, de 2012 à 2018, on comptabilise environ une dizaine de morts et plus de 500 blessés. Les étudiants s’affrontent avec des
Circulation routière à Bamako : La priorité au plus téméraire
Par Mohamed D. DIAWARA & Oumar DIAKITE Bamako, 09 Nov (AMAP) Le long d’une route à Magnambougou, un quartier de Bamako, la capitale malienne, deux jeunes hommes sur une moto asiatique, portent un matelas de trois places. Subitement, leur charge se retrouve sur la voie, en pleine circulation, à cause d’un coup de vent ! Le fait n’a pas échappé à Ismaël Sangaré, vendeur d’accessoires d’électronique. « C’est vraiment insensé et imprudent de porter un matelas d’une telle épaisseur sur un engin à deux roues ! » s’exclame-t-il, avant de s’interroger sur ce qui pousse les motocyclistes, à Bamako, à porter des objets dont le transport peut mettre en danger, leur vie et celle des autres usagers. Énième comportement d’indiscipline d’usagers de la circulation dans la capitale malienne auquel il faut ajouter le stationnement abusif, l’intolérance des usagers et le non-respect du Code de la route. La probabilité est assez faible, pour ne pas dire très mince, d’aller faire ses courses dans la ville de Bamako ou de se rendre à son travail à moto et de retourner sain et sauf. La gamme de comportements irresponsables des usagers dans la circulation routière de la capitale malienne va de la conduite à tombeau ouvert, au non-respect des feux tricolores. Entre les deux, on note le dépassement par les motocyclistes, en toute vitesse, à droite et à gauche et le rabat immédiat à la diagonale ou à l’oblique, devant le conducteur de voiture, surpris et médusé. Ou encore de la conduite entre les deux files de véhicules, au risque de « tracer » la carrosserie de voitures ou d’emporter le rétroviseur. Pour ensuite se confondre en excuses… De la course-poursuite derrière des ambulances transportant des patients/blessés, des véhicules de secours des sapeurs-pompiers, en passant par l’intrusion dans un cortège funèbre, la conduite sur la voie réservée aux quatre-roues, sans compter le zig-zag des tricycles, (engins hybrides dont la circulation n’est prévue nulle part sur nos voies) entre les motocyclistes et les voitures, à Bamako, nos vies et nos biens ne valent pas bien chers et sont exposés, à longueur de journée. Des injures, aux sales mots, des disputes et, souvent des bagarres …Bref, la circulation routière à Bamako est le lieu d’expression des comportements irresponsables et anarchiques. Peu d’usagers respectent le Code la route. Chacun agit, comme dans l’urgence, un réel casse-tête pour tous. Aucune explication des agissements quotidiens des usagers de la route. Que ce soit de la part de motocyclistes, de véhicules de transport en commun ou privés, ces agissements ne traduisent-ils pas un manque de civisme, pire, d’éducation des usagers ? Ces cas d’incivisme de motocyclistes, dont on peut mieux mesurer le danger et les risques mortels, quand on est à bord d’une voiture, vont crescendo, selon les agents en charge de la circulation. Notre équipe de reportage, en faisant le tour de la ville, a pu constater, à « la place Samaba (Eléphant) » à Hamdallaye, à notre grande surprise, un véhicule de transport en commun, « sotrama », qui débarque des clients au beau milieu de la voie. Les autres véhicules, derrière, sont contraints de s’arrêter pour que les passagers débarqués traversent la double voie, en toute sécurité. IMPATIENCE ET INTOLERANCE – A Torokorobougou, pour éviter les bouchons, un policier dirige la circulation. Des motocyclistes, impatients n’attendent pas que l’agent de police les autorise à partir. Ils forcent, progressivement, le passage, obligeant le policier à leur céder la priorité. Notre véhicule de reportage s’est empêtré dans un bouchon au rond-point de Baco-Djicoroni ACI et Kalaban-Coro. Chaque usager essaie de se sortir d’affaire. « Regarde, elle va fermer le passage des motocyclistes », fait remarquer un homme, sur un engin à deux roues, pour attirer l’attention d’un autre motocycliste sur le comportement intolérant d’une conductrice. Il accuse : « La plupart des femmes automobilistes ne sont pas tolérantes dans la circulation car elles cèdent, difficilement, le passage, surtout, aux motocyclistes ». Quelques minutes après, notre homme, qui n’arrive pas à se frayer un chemin, s’en prend aux policiers chargés de la fluidité de la circulation. « Ils (les policiers) voient très bien les chauffeurs de ‘sotrama’ perturber son travail mais hélas ! Voilà qu’il a disparu pour aller racketter quelqu’un », accuse-t-il. Au même carrefour, l’embouteillage est devenu une habitude pour les usagers à partir du crépuscule. Il suffit que les feux tricolores tombent en panne pour que la circulation prenne en otage ses usagers. Infernal cul de sac ! Motifs ? Personne ne veut céder la priorité à personne. Nous avons été témoins, un vendredi du mois d’août 2020, au rond-point de Daoudabougou, sur la rive droite du District de Bamako, sur la route de l’aéroport menant au monument Sogolon, du cas d’une jeune victime du non-respect du Code de la route. Ce jour, aux environs de 16 heures, sous une fine pluie, le jeune motocycliste, qui a grillé le feu rouge, en toute vitesse, percute un véhicule 4X4. Il n’y a pas que sa moto qui soit devenue méconnaissable, La voiture, aussi, a été endommagée. Pire, on ne pouvait pas regarder la tête du jeune adolescent. Le sang coulait de plusieurs parties de sa tête. Sentiments ambivalents des témoins de l’accident. D’un côté, ceux qui sont très sensibles et inquiets de l’état du blessé. De l’autre, ceux qui sont dépassés par le comportement suicidaire de non-respect du Code de la route et de la conséquence immédiate et dramatique pour le fautif. Comme ce cas, de nombreux jeunes motocyclistes forcent la circulation routière, une infraction au Code de la route, devenue banale, au désarroi total des autres usagers. Samedi 03 octobre 2020, aux feux tricolores, à côté de la station Shell, au Quartier du Fleuve, à Bamako. Il est 07 heures, un taximan ignore le feu rouge et vient percuter une jeune dame sur sa moto. Des policiers venus sur les lieux pour constater les faits, note que la bonne dame ne peut plus se remettre sur ses pieds. Elle a une fracture à la cuisse. Les témoins de l’accident voulaient en découdre avec le chauffeur du taxi. Aux alentours de la même station, trois jours plus tard,

