Mali : Le maraîchage bio hors sol gagne du terrain
Par Oumar SANKARÉ Bamako, 25 mars (AMAP) Le soleil s’est couché laissant place à un ciel bleu dégagé. Aminata Diallo est sur le toit de sa maison à Faladié, en Commune IV. Une petite daba à la main, elle remue le compost dans un bac. Sous un hangar aménagé, est confortablement assis son mari. Ousmane Oumarou Sidibé profite de la vue prenante sur Bamako, du ronronnement des véhicules qui passent et du gazouillement des oiseaux dans le ciel. Il soutient l’initiative de son épouse visant à consommer bio. Alignées soigneusement, l’un à côté de l’autre, une dizaine de palettes faisant office de bacs à substrat contiennent divers semis. De chaque palette transformée en bac à substrat déborde un tuyau qui permet d’évacuer l’excès d’eau (au-delà de 10 cm) après arrosage. Des pneus de voiture, d’anciens pots de fleur, une vieille baignoire, d’anciennes bassines, brouettes, barriques et seaux, sont réaménagés pour servir de bacs à substrat. Semés dans ces récipients, les légumes ou fruits comme le gombo, la tomate, la menthe, le céleri, le persil, les oignons, les fraises, la goyave, la papaye verdissent sur le toit. Juriste à la retraite, Aminata Diallo s’occupe en faisant du maraîchage hors sol. Depuis bientôt cinq ans. Elle a acquis les rudiments du maraîchage en hauteur lors d’une formation d’une dizaine de jours dispensée par l’entreprise éléphant Vert au Centre Père Michel (un centre de formation professionnelle) en 2013. Cette formation visait à appuyer les associations de femmes péri-urbaines. La lecture et les leçons tirées des échecs lui ont permis de renforcer ses connaissances. «Quand je commençais, je travaillais encore. Je me réveillais à 4h pour arroser les plantes. à 6h, je partais au bureau. Au retour, entre 17h et 18h, j’allais directement dans le jardin, souvent sans me changer» rappelle-t-elle. Pour la sexagénaire, le jardin est un petit mari qui a besoin d’entretien. « La forte chaleur tue certaines variétés comme la tomate, les carottes. Trop d’eau pourrit les racines des persils. Le manque d’eau tue d’autres comme les melons », conseille la passionnée de maraîchage, précisant que la meilleure saison pour réussir cette activité va de septembre à mars. Période durant laquelle elle récolte souvent 50 kg de tomate. Il faut aussi choisir les variétés qui résistent à la chaleur (piment, gombo, persil, salade). La maraîchère soutient que les va-et-vient pour arroser les plantes sont une activité physique et sportive pour elle. Pendant qu’elle arrose son jardin un microclimat doux et frais se développe sur le toit. Comme elle, Aïssata Niaré, biologiste, a aménagé le toit de sa maison où elle pratique le maraîchage hors sol. En activité depuis bientôt 5 ans, l’idée lui est venue après un séjour au Sénégal où plusieurs personnes font le maraîchage en hauteur. «Je le fais pour manger bio afin d’éviter tout ce qui contient les engrais et autres produits chimiques. Tout ce que je récolte, est consommé en famille et partagé entre mes voisins», ajoute-elle. Au-delà du plaisir qu’elle en tire, elle le fait pour son père qui n’aime que les produits bios qu’elle lui envoie. Sa sœur qui dispose d’une surface large fait du maraîchage dans sa cour et sur son toit. PRODUITS BIOS LUCRATIFS – Comme toute activité, le maraîchage hors sol est confronté à certaines contraintes majeures dont l’approvisionnement en eau. Surtout dans un pays où la distribution d’eau dans les canalisations fait défaut. « Souvent, il faut se réveiller entre 1h-2h du matin pour faire des réserves d’eau », déplore Aminata Diallo. « Des insectes attaquent et détruisent, aussi, certaines plantes comme le piment et le gombo. Sans compter les risques d’infiltration d’eau à partir du toit », ajoute-t-elle. Si ces personnes pratiquent le maraîchage hors sol par plaisir, c’est un véritable business pour d’autres. Le maraîchage hors sol est basé sur du bio, sans utilisation d’engrais chimiques. Les produits issus du maraîchage bio hors sol sont très prisés par les consommateurs et rapportent gros. Aujourd’hui, il existe un grand engouement pour les produits bio au Mali, confirme Amadou Sékou Nimaga, un jeune entrepreneur dans le domaine du maraîchage hors sol. Rencontré à la laverie auto-moto d’un de ses amis, ce trentenaire explique avoir abandonné ses études universitaires en deuxième année hôtellerie et tourisme, au Maroc, pour rentrer au pays. «J’étais convaincu que ces études n’allaient rien me rapporter. Je savais que c’est l’agriculture, la terre que j’aime», relate-t-il. Après avoir travaillé dans l’informel pendant deux ans, il formalise son entreprise. Constatant une demande de plus en plus croissante en produits bio de la part de certaines familles et clients, il se lance dans le maraîchage hors sol en 2013. Très vite, le succès est au rendez-vous. Sous l’impulsion de Sandrine, une ressortissante française qui ne nourrissait sa fille qu’avec des fruits et légumes sans engrais, un marché bio est établi à Bacodjicoroni. De cette initiative naîtra quatre autres marchés destinés aux produits bio. Certains adeptes de ces produits évoquent surtout la saveur et le goût, l’accès à un produit exempt de pesticides et d’OGM, le soutient au marché local, l’encouragement des pratiques culturales plus respectueuses de l’environnement. Les produits bios (fruits et légumes) qui se conservent plus longtemps et mieux coûtent, souvent, le double du prix des produits issus de l’agriculture conventionnelle qui utilise les engrais chimiques et les pesticides. Un kilogramme de tomate bio est cédé à 1.000 F cfa, contre 400 Fcfa/kg pour la pomme de terre bio. La même quantité de variété d’orange «Tangelo» est vendue à 800 Fcfa. Pour Amadou Sékou Nimaga, on peut bien vivre du maraîchage bio hors sol. Malgré la cherté des prix, «les gens ont compris qu’ils doivent se nourrir de produits sains pour préserver leur santé. Les commandes ne s’arrêtent pas. Certains font des réservations via nos plateformes numériques. D’autres se rendent à nos domiciles pour s’approvisionner», assure le jeune entrepreneur. « Les jours de marchés, certains clients dépensent en moyenne 30.000 à 40.000 Fcfa en fruits et légumes bios », révèle-t-il. Fort de plusieurs années d’expérience dans le domaine, Amadou Sékou Nimaga est, aujourd’hui, sollicité par d’autres personnes
Périphérie de Bamako : Les livreuses d’eau sur les chantiers
Par Aminata Dindi SISSOKO Bamako, 24 mars (AMAP) Le soleil accable, déjà en cette matinée de jeudi. Quatre femmes dont deux portent des enfants au dos, mettent le cap sur un chantier. Arrivées à destination, elles se dirigent vers le côté sud d’une parcelle en construction. Là, il y a un puits à l’angle. Quatre barriques vides les attendent pour être remplies. Elles se passent la « puisette » qu’elles lancent et tirent avec dextérité. Les récipients sont remplis au bout de quelques instants. Non loin de là, des maçons se reposent, certains couchés à même le sol. «C’est le quotidien de ces braves femmes. Elles sont d’une grande aide pour nous. Sans elles, nous ne savons quoi faire. La zone n’est pas encore desservie par la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP). S’il faut aller chercher de l’eau à des kilomètres, cela ne nous encouragera pas dans la construction», explique Oumar Togola, le propriétaire des lieux. Son maçon, Issa Traoré, confirme l’apport inestimable de ces braves femmes sur les chantiers qui poussent dans les environs de la capitale malienne, Bamako. «Il y en a qui vont jusqu’à proposer d’arroser les briques», précise le maçon. Dans la périphérie, de nouveaux quartiers continuent de pousser. Ces zones en construction ne sont, généralement, pas raccordées à un système d’adduction d’eau. L’eau nécessaire à la confection des briques et à la construction des maisons est donc un problème. Ce manque est généralement comblé par de nombreuses femmes qui ravitaillent les chantiers, en puisant l’eau des puits. Les propriétaires de chantiers de construction comptent sur ces femmes pour se ravitailler eau, indispensable liquide pour les travaux. L’activité est lucrative mais pénible pour elles. Ainsi, elles utilisent des puits creusés par des propriétaires de logis ou dans des concessions voisines. Elles transportent, sur la tête, les bassines géantes remplies d’eau. A la fin de la journée, elles récoltent une somme d’argent qui varie selon le nombre de tonneaux qu’elles auront remplis. Une barrique d’eau rapporte entre 500 et 1.000 Fcfa, selon les zones et la distance à parcourir. L’une d’elles, Korotoumou Berthé, habite Missala, dans la zone dite «des sapeurs-pompiers», située entre Gouana, Banankoro et Kouralé. Cet endroit relève de la Commune rurale de Kalaban-coro. Il est en pleine construction depuis quelques années. Les maisons y poussent comme des champignons. La principale activité génératrice de revenu pour Korotoumou, comme pour des dizaines de femmes de la localité, consiste à puiser de l’eau, la porter sur la tête pour approvisionner les chantiers. Elle fait cette activité, souvent seule ou en groupe. «Nous avons un contrat journalier avec les propriétaires de chantiers. Le matin, nous remplissons trois à quatre barriques avant l’arrivée des maçons sur le chantier. Ils commencent les travaux. Quand l’eau à disposition finit, ils nous font appel. Nous remplissons à nouveau les récipients. Nous faisons cet aller-retour jusqu’à la fin de la journée. Nous répétons les mêmes gestes tous les jours jusqu’à la fin du chantier», explique-t-elle. Pour cette mère de famille, c’est une façon noble d’avoir de l’argent pour subvenir aux petites dépenses quotidiennes de la famille. «Je suis couturière. Ce travail ne marche pas ici pour l’instant. Le quartier n’est pas entièrement habité. Pour éviter l’oisiveté, j’ai opté pour cette activité», indique-t-elle, en précisant qu’elle mène cette activité depuis 18 mois. Selon elle, en groupe de cinq, elles remplissent souvent vingt barriques par jour. «Nous avons le marché de temps à autre. Quand ça commence, il n’y a point de répit. C’est dur comme travail. Chaque jour, après cette corvée d’eau, tu as les mains endolories. Dès fois, tu ne dors pas la nuit. Tu es obligée de t’enduire les mains de beurre de karité», confie Korotoumou. Nana Sanogo mène la même activité. Pour elle, l’objectif est l’autonomisation financière de la femme. «J’ai commencé depuis six ans lorsque j’étais à Gouana. Quand j’ai aménagé ce quartier, j’ai continué à le faire. J’ai des clients fidèles. à chaque fois qu’ils commencent leur construction, ils me font appel. S’ils ont un puits dans la concession, je fais le travail seule. Le cas échéant, je me fais épauler par trois autres femmes», explique-t-elle. Ce travail permet à ces braves femmes de joindre les deux bouts, mais dans la douleur. «Le jour où tu remplis plusieurs barriques, tu as des difficultés pour marcher. Tout ton corps te fait mal», insiste Nana, précisant que les puits tarissent pendant la saison sèche. «Quand un puits tarit, nous partons pour un autre. Plus la distance à parcourir est longue, plus le travail est pénible. Quand tu demandes aux clients d’augmenter le prix de la barrique, ils ne sont pas d’accord. Nous avons besoin d’argent, nous ne pouvons qu’accepter la même somme», déplore Nana. La tristesse est généralement de courte durée. Car la rémunération est payée à la fin de la journée, témoignent plusieurs interlocutrices. «Tu es payé selon le nombre de barriques. Souvent, on te donne un acompte. Une fois le travail fini, on te règle le montant restant», explique Aïssata Diallo. Vendeuse de produits cosmétiques, elle est de plus en plus attirée par cette activité. «Nous avons un groupe. Chacune démarche des propriétaires de chantiers. Si l’une trouve un marché, elle appelle les autres et nous l’exécutons ensemble. Nous remplissons souvent 60 barriques par jour», dit-elle. Ce travail pénible n’est pas sans conséquence sur la santé. Fanta Traoré ne dit pas le contraire. Elle s’est entièrement dédiée à cette activité. Elle prend du recul ces derniers temps à cause de maux de poitrine récurrents. Fanta raconte comment elle est tombée malade. «Nous avons ravitaillé en eau le chantier d’une maison à étages. Un jour, nous avons rempli 111 barriques d’eau puisées à la main. Le lendemain, on peinait à toucher la corde de la puisette. Depuis, j’ai constamment mal à la poitrine», se souvient-elle. Fanta pense que si la quarantaine de femmes qui s’adonne à cette activité s’organisait en coopérative, elles pourraient gagner plus. Par exemple, si les vendeuses d’eau disposaient d’un forage, de bidons de
Fake news sur les réseaux sociaux : La cote d’alerte
Par Mohamed TOURÉ Bamako, 19 mars (AMAP) L’ancien Premier ministre malien, Ousmane Issoufi Maïga, l’ancien défenseur de le’quipe nationalke de football « Les Aigles », Adama Coulibaly, la cantatrice Mah Kouyaté N°1… la liste est longue comme un bras, des personnalités publiques maliennes qui partagent désormais un point commun. Toutes ont vu, ces derniers mois, les annonces de leur fausse mort devenir virales sur les réseaux sociaux. Ces informations mensongères circulent à la vitesse de la lumière sur Facebook ou encore WhatsApp et sont largement propagées par les internautes qui ne semblent pas mesurer les conséquences du partage des informations. De l’anecdotique fausse rumeur relayée via les plateformes, aux réelles tentatives de manipulation de l’opinion, la palette du phénomène est large dans notre pays. Ainsi, le 16 décembre 2020, une nécrologie erronée annonçant le décès de « Police », l’ancien « roc » de la défense centrale de l’équipe nationale de football, faisait le buzz sur Facebook. « Triste : le vrai policier s’est éteint », titrait notamment un article largement partagé par plusieurs pages sur le réseau social sans vérifications. Les réactions spontanées de proches ou de personnes ayant pris le temps de faire des vérifications ont démenti la fausse nouvelle. La fréquence de leur succession pourrait relever d’une coïncidence, mais la récurrence des fausses informations met en lumière un problème réel dans l’espace médiatique au Mali. Celui des « fake news » (fausses nouvelles en anglais). Il devient si criard qu’il urge de le « circonscrire », de l’aveu de plusieurs acteurs nationaux du secteur des médias que nous avons approchés. « La notion de fake news, l’acceptation qu’il faut en avoir actuellement, c’est une fausse information qui, dans 90% des cas, est donnée de manière délibérée et englobe aussi un but précis », explique Gaoussou Drabo, journaliste et ancien ministre de la Communication du Mali. Il attire l’attention sur les subtilités lexicales, afin de mieux cerner le problème des fausses informations et précise l’importance de la nuance entre les fake news et les informations non avérées que peut donner un journaliste sans intention de nuire. « Ce n’est pas une fausse information donnée de bonne foi. Un journaliste peut donner une fausse information pour s’être trompé de bonne foi », relève l’ancien directeur de l’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP). La notion de fake news recouvre tout ce qui a une charge négative et qui peut nuire à l’honorabilité d’une personne, aussi bien à l’ordre public qu’à la sérénité sociale. Ces informations, savamment distillées, peuvent avoir des conséquences désastreuses. Dans le sillage de la pandémie de la Covid-19, nombreuses sont les publications sur de faux remèdes. Des mesures prétendument efficaces contre le virus ont aussi inondé les réseaux sociaux. UN PROBLÈME GLOBAL – « Les fausses informations sont publiées dans le monde entier et le Mali ne suit que la dynamique globale », estime Gaoussou Drabo. « Il n’y a pas une explication spécifique à la récurrence des fake news au Mali. Ce qui se passe au Mali est la réplique exacte de ce qui se passe dans les autres pays du monde », tranche-t-il. Néanmoins, il existe certains facteurs pouvant expliquer l’explosion effrénée des informations douteuses, voire fabriquées, sur les réseaux. « La facilité d’utiliser les nouvelles technologies, à mettre dans l’espace public, aussi bien des images, des photos que des propos, fait que tout le monde s’intitule porteur d’une opinion ou porteur d’une information », souligne l’ancien ministre. La libération de la parole publique apportée par les réseaux sociaux se révèle un terreau fertile à la prolifération de certaines fake news. C’est également l’avis de Salif Diarrah, journaliste, directeur de publication de Maliactu.net et chargé de cours de web-journalisme à l’Ecole supérieure de journalisme et des sciences de la communication (ESJSC). «Tout le monde se croit journaliste de nos jours parce que quiconque a les outils pour partager l’info le fait. Alors que tout le monde n’est pas habilité à informer», explique-t-il. Les réseaux sociaux participent donc à banaliser la pratique du journalisme. «Le journalisme ne se résume pas seulement à donner l’information », indique Salif Diarrah. Le travail journalistique englobe tout un processus, dont la collecte, la vérification, c’est-à-dire, un traitement de l’information avant sa diffusion». Les fabricants des fausses informations se basent, aussi, sur les sensibilités et fantasmes du public comme l’attrait de certains pour les théories du complot. «Les fake news sont souvent plus rapides que la bonne information parce qu’il y a souvent du sensationnel et de l’extraordinaire derrière. La tentation de partager est plus grande chez les internautes quand ils tombent sur ce type de nouvelle», analyse Salif Diarrah. Dans ce domaine, l’inspiration est poussée toujours plus loin. Les motivations et les stratégies ne manquent pas pour monter des histoires de toutes pièces. Selon Lassina Niangaly, journaliste au site Lejalon.com, «les fake news les plus fréquentes au Mali sont les images (photos ou vidéos) sorties de leur contexte réel ou les fausses déclarations pour porter atteinte à la crédibilité des personnalités ou pour annoncer leur décès». Quid des motivations ? Elles ne manquent pas pour fabriquer les fausses nouvelles. Certaines personnes «diffusent de fausses nouvelles pour avoir plus de partages ou pour faire la publicité de certains produits sur les réseaux», avance Modibo Fofana, président de l’Association des professionnels de médias en ligne (Appel-Mali). Il révèle l’existence «de groupes spécialisés dans la diffusion de fausses nouvelles avec comme motivation de manipuler l’opinion publique par rapport à certains sujets». Les fake news sont, ainsi, de redoutables armes de combat dans l’arène politique. «Lorsqu’il y a une concurrence politique, par exemple, il peut y avoir un recours délibéré aux fake news pour dévaloriser un adversaire, le mettre dans une position embarrassante ou pour lui créer une mauvaise réputation. Là, la fake news est utilisé de manière délibérée comme arme dans le domaine de la politique, de l’économie et du social», explicite Gaoussou Drabo. A ce niveau, la désinformation peut atteindre des proportions dépassant largement l’anecdotique info fantaisiste. Une forme de fausses informations qui seraient orchestrées
Mali : Amadou Sanogo, l’artiste qui revivifie les traditions par la peinture
Par Moussa BOLLY Bamako, 18 mars (AMAP) Le public a découvert ou a redécouvert cet artiste-peintre atypique à l’occasion de «Ségou’Art 2021» (format créatif du Festival sur le Niger) que la Cité des Balanzans a abrité du 4 au 7 février 2021. A cette occasion, en partenariat avec BamakoArtGallery (BAG), le jeune talent était au cœur d’une exposition exceptionnelle avec l’illustre Cheick Diallo, le père du design malien. Les deux artistes ont travaillé de concert sur une même œuvre. Une première dans l’histoire de la BAG. Une collaboration qui a confirmé Amadou Sanogo comme « l’un des artistes peintres maliens les plus influents » dans le monde. Questionner la société, l’humanité ! C’est la philosophie qui se dégage des œuvres d’Amadou Sanogo. Des œuvres teintées de l’impact de la technique traditionnelle du bogolan qui influence sa démarche artistique. Diplômé des arts plastiques de l’Institut national des arts (INA) de Bamako en 2003, Amadou s’est fait une place au soleil à travers les ateliers de formation. Une expérience qui, reconnaît-il, lui a permis de « rencontrer le monde », chez-lui, avant de sortir pour aller vers le reste du monde. Comme artiste, son inspiration se nourrit beaucoup de son éducation communautaire. « Ma base de réflexion est surtout axée sur les questionnements sur l’homme au sein de la société et son devoir envers celle-ci », déclare-t-il dans un document de présentation réalisé par BamakoArtGallery (BAG) à l’occasion de «Ségou’Art 2021». Et de poursuivre, « le bogolan a eu un impact sur ma façon de travailler et surtout ma façon de voir les choses. C’est l’une de mes premières expériences artistiques. C’est un art que j’ai parfaitement maîtrisé un moment. Et comme c’était du bogolan traditionnel, on ne m’a pas appris à tricher avec les techniques et les matières ». Aujourd’hui, a déploré l’artiste, « il y a beaucoup de tricherie avec le bogolan, surtout que l’effort n’est pas récompensé. Naturellement, tout est traditionnel dans le bogolan. Traditionnellement, le blanc ne s’obtient pas par exemple avec l’eau de Javel comme on le voit aujourd’hui ». Toujours est-il que « les techniques du bogolan m’ont beaucoup facilité la peinture ». Cette expérience artistique lui a permis de maîtriser et de raffermir les techniques de la peinture et à imposer son style. AU PRIX DE L’OBSTINATION – Né à Ségou (Centre), le 1er juillet 1977, Amadou Sanogo a poussé l’obstination jusqu’à se forger un destin autre que celui tracé par ses parents. « Après le Certificat d’études primaires (CEP), ma famille a voulu que j’étudie la comptabilité, mais au bout de deux ans, j’ai choisi de passer le concours de l’Institut national des arts (INA). Cela a été mal perçu, car dans ma famille et, cela d’autant plus que pour mes parents, un noble comme moi n’avait pas le droit de pratiquer l’art destiné aux hommes de caste. Il n’y a que ma mère qui me soutenait, en m’envoyant en secret de la nourriture pendant mes études », a-t-il confié à la presse, lors d’un de ses nombreux entretiens avec la presse française. Très tôt fasciné par le dessin, Amadou Sanogo a été initié au bogolan (technique de teinture végétale et motifs d’argile sur coton) par son professeur à l’école fondamentale. Il a, par la suite, découvert la gouache, l’aquarelle, puis l’acrylique qu’il a choisi depuis 2005. Jusqu’en 2012, il a bénéficié du mécénat de Séiba Kéita, propriétaire d’un café fréquenté de la capitale. «Il me disait : je veux que tu peignes sans souci financier », se souvient l’artiste. En 2011, il est repéré par le célèbre galériste d’art contemporain africain, le Français André Magnin. « Il y a eu un énorme changement dans ma vie grâce à lui. Il veut garder tout ce que je produis pour les montrer dans les grandes rencontres… Désormais, je vis à 100 % de la peinture et je peux faire vivre ma famille », assure l’atypique peintre heureux de vivre de son talent. PROVERBES BAMBARA – « Humaniste et libre-penseur », comme l’écrit un critique à son propos, Amadou Sanogo se nourrit de la tradition qu’il utilise comme source de connaissances, de sagesse et d’inspiration. C’est ainsi qu’il a récemment fait une exposition (La Criée, Centre d’Art Contemporain à Rennes, France) avec des tableaux inspirés des proverbes bambara que l’artiste considère comme « essentiels à la compréhension de la culture malienne dans toute sa diversité ». Ses œuvres drainent du monde dans ses expos à l’Institut français du Mali (IFM-Bamako) à l’Alliance franco-malienne de Mopti, à Paris, Rennes, Bordeaux, Londres, Bruxelles, Marrakech, Ouagadougou avec des thèmes atypiques comme «De Paroles en paraboles, on se sert», «Les points de l’individu», «L’homme du présent», «Le Reflet», «Le trait»… L’an dernier (2020), ses toiles de grand format (une quinzaine) inspirées de proverbes du Mali avaient fait sensation en Europe, en France notamment, avec des animaux ou des silhouettes humaines qui se découpent sur des aplats de couleurs tendres ou vives, et racontent la politique, la vie en société, et la vie artistique. « Chacune de ses acryliques fait référence à un proverbe bambara… Le personnage, par sa posture, et certains détails comme les mains gantées, synonymes de violence, évoquent un adage : il est difficile de se battre contre soi-même ou la malédiction pousse la volaille à se transformer en vendeur de couteau », commente un critique d’art. « Je suis né à Ségou, la capitale du royaume bambara où les proverbes n’ont plus de secrets. On vit et on dort avec. Lorsque je suis arrivé à Bamako pour étudier à l’Institut national des arts (INA), j’ai mesuré l’ampleur de la richesse de ces proverbes et j’ai choisi de travailler sur ce thème. », dit Amadou. Cette quête d’originalité qu’il ne trouve plus de nos jours dans le bogolan, cette volonté de créer l’inséparable passerelle entre ses œuvres et les traditions de son terroir est au cœur de sa vision de l’art. «Je me pose beaucoup de questions sur les paroles bambara, le système de fermeture social malien et même international qui sont
Vaccin Covid-19: Entre assurance et doute
Par Fatoumata NAPHO Bamako, 18 mars (AMAP) Pour la section immunisation de la direction générale de la santé, l’antigène AstraZeneca a plus d’effets bénéfiques que de conséquences néfastes. Mais le Haut représentant du président de la Transition dans la lutte contre la Covid-19 requiert de surseoir à la vaccination et demande l’acquisition d’autres types de vaccin. Les statistiques macabres liées à la pandémie du coronavirus à l’échelle planétaire rappellent, surtout, à tous (développés et en développement) la nécessité et l’urgence de contrôler le fléau, à défaut de pouvoir l’éradiquer rapidement et de ne laisser aucun pays en rase campagne dans la vaccination qui demeure une stratégie essentielle de prévention. Malheureusement, il y a, aujourd’hui, un ralentissement de la vaccination dans bien des pays (du fait de la défiance vis-à-vis du vaccin AstraZeneca) et notre pays n’échappe pas à cette situation. Des rumeurs persistantes circulent autour de la qualité des doses de ce vaccin que le Mali a reçu le 5 mars dernier. Quelle est la position de nos autorités sanitaires par rapport aux réserves formulées contre le vaccin AstraZeneca ? Le chef de la section immunisation au niveau de la direction générale de la santé, Dr Ibrahima Diarra, soutient que jusque-là, il n’y a pas de preuve scientifique que ce vaccin doit être mis en cause. Pourtant, ceux, qui suivent l’actualité internationale, savent qu’au moins, une dizaine de pays du Nord ont suspendu l’administration de ce vaccin, en attendant d’avoir le feu vert de l’Agence européenne du médicament (AEM) parce que des effets secondaires, notamment des caillots de sang auraient été constatés chez certaines personnes ayant reçu des doses d’AstraZeneca. Pour le patron de la section immunisation, il n’y a pas de liens établis entre ces effets secondaires et le vaccin. Il assure que le lot reçu par notre pays n’est pas incriminé. Dr Ibrahima Diarra invite la population à ne retenir que les effets bénéfiques mais surtout à éviter de tirer des conclusions hâtives. Mais le spécialiste se veut, on ne peut plus, clair. Il rappelle qu’il n’y a pas de risque zéro concernant un médicament ou un vaccin. «Jusqu’à preuve du contraire, nous faisons confiance à ce vaccin», insiste-t-il. Et d’ajouter que les organismes ne sont pas pareils et que certains tolèrent mieux le médicament ou le vaccin que d’autres. Pour rassurer nos compatriotes, Dr Diarra cite volontiers l’exemple de l’Inde où les hospitalisations liées à la Covid-19 ont baissé grâce à la vaccination. Mais le spécialiste ne précise pas si c’est le même type de vaccin (AstraZeneca), fabriqué par un laboratoire britannique en collaboration avec une firme pharmaceutique suédoise, que l’Inde utilise. Pour lui, il est clair que le vaccin a administré la preuve de son efficacité parce que des doses ont été inoculées à plus de 400 millions de personnes dans le monde. Le chef de la section immunisation dit comprendre le vent de panique qui souffle par rapport à la très prochaine campagne de vaccination. Il précise que le même type de vaccin a été donné à bien d’autres pays africains, voire d’ailleurs. La suspension de la vaccination dans certains pays est une réalité. Mais, Dr Diarra relativise parce que, pour lui, il s’agit de suspension et non d’arrêt. C’est la raison pour laquelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ainsi que l’AEM tiennent des réunions pour clarifier la situation. Il rappelle aussi que notre pays ne fait pas cavalier seul mais s’inscrit en droite ligne des indications scientifiques. «Nous dépendons des scientifiques et nous nous conformerons à leurs décisions», souligne-t-il. Pour que la population accepte ce vaccin, le département de la Santé et du Développement social va accélérer la sensibilisation. Des activités prévues dans ce sens ont déjà commencé. Un Comité national de coordination de la campagne a été créé. Cet organe a tenu une réunion élargie au Comité scientifique qui oriente les décisions des pouvoirs publics. Le Comité national de coordination multiplie les rencontres avec le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM), la cohorte des pharmaciens mais aussi les infirmiers et les sages-femmes. «Nous sommes en train de faire une large sensibilisation autour de ce vaccin. Nous avons déjà approché les autorités coutumières et religieuses, la société civile et les communicateurs traditionnels», conclut Dr Diarra. Mais le conseiller spécial avec rang de ministre et haut représentant du chef de l’État pour la lutte contre la Covid-19, Dr Ibrahim Traoré, ne partage pas l’optimisme du Dr Diarra. Il met en avant, notamment, le principe de précaution à observer par rapport au vaccin AstraZeneca. Il demande de surseoir à son utilisation et requiert l’acquisition d’autres types de vaccin. Dr Ibrahim Traoré annonce, dans un communiqué, que la présidence est sur le point de se procurer trois millions de doses du vaccin russe (Spoutnik) et du vaccin chinois (Sinovacc) dans le cadre du Programme présidentiel d’urgences sanitaires. Pour lui, l’avis du Comité scientifique est plus que nécessaire et urgent. FN (AMAP)
Mariétou Mariette Dicko : Le combat pour les étoffes africaines
Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 18 mars (AMAP) Mariétou Mariette Dicko est une créatrice de mode malienne à succès. Sa réussite lui a valu d’être nommée ambassadrice des textiles et de la mode par le ministère en charge de l’Artisanat, depuis 2008. Mariétou Mariette Dicko est une artiste accomplie, maîtrisant tous les domaines de la création : depuis le filage du coton, savoir-faire transmis par sa grand-mère, jusqu’à la couture grâce à sa mère, en passant par la broderie et le tricotage, appris à l’école des bonnes sœurs où elle était scolarisée. La styliste au talent reconnu au-delà de nos frontières fait de la valorisation de nos tissus traditionnels son cheval de bataille. Fondatrice de la marque “Traditions Mode Africaine” depuis avril 2000 et du salon de coiffure et esthétique “Renée Coiffure” au Mali, Mariétou Mariette Dicko est, aussi, la présidente du projet culturel “MADI” (Mode arts développement international). Commerciale de formation, elle devrait faire carrière dans le milieu des assurances et de la gestion des supermarchés. Parfaite bilingue (Français et Anglais), Mariétou Mariete Dicko a été fonctionnaire des Nations unies, pendant 16 ans, au Mali puis en France. Elle est, depuis 2000, consultée par le ministère de la Culture et de l’Artisanat du Mali pour l’organisation des foires et salons à l’international. Et, justement, pour la réussite des événements, dans ce secteur, elle propose un style tradi-moderne en décoration pour les stands des salons, foires et autres expositions et bureaux. Elle a fait ses débuts dans la couture à l’âge de 17 ans, afin d’aider financièrement sa famille, tout en poursuivant ses études. Une fois diplômée, elle a travaillé dans les assurances, ainsi que pour une compagnie pétrolière. Sa carrière a également été marquée par 16 années passées aux Nations unies, dans les agences de l’Unesco et de l’Unicef. C’est en 2000 qu’elle a fait le choix de revenir à sa passion, la mode, en présentant son premier défilé de mode à Bamako. En créant ainsi sa griffe : Traditions Mode Africaine, elle a rendu hommage à sa grand-mère qui lui a donné la passion des étoffes maliennes. Parallèlement, désirant promouvoir la culture malienne à l’international, elle a monté le projet culturel MADI. Il y a des péripéties incroyables dans ce projet de galerie. En 2004, elle l’a proposé au ministre de l’Artisanat et du Tourisme, N’Diaye Bah, à l’époque. « Ce dernier a aussitôt compris son opportunité. Il m’a aidée à le réaliser, en collaboration avec la collectivité de Montreuil », dit Mariétou. « La réalisation de cette galerie a permis de balayer tous les a priori qu’on se faisait sur notre artisanat. Nos deux usines, Comatex et Batexi, ont montré, aussi, un intérêt pour le projet », souligne-t-elle. VISIBILITE – La galerie a été une aubaine, une opportunité pour de nombreux compatriotes qui ont pu y exposer. La galerie a permis également à la mode malienne d’être plus visible. « Il est temps que le Mali s’impose côté mode, sur le plan international, surtout à Paris et pourquoi pas à Milan (Italie), Londres (Grande-Bretagne) en Allemagne à Dusserldorf où ont lieu de grands défilés de mode. Notre pays aussi a pu fêter, en 2010, la fête de l’artisanat à Bonn », dit Mariéto. Rien d’étonnant alors qu’elle soit consacrée par le ministère en charge de l’Artisanat ambassadrice des textiles et de la mode. Ce nouveau statut lui a donné l’opportunité de voyager dans différents pays, pour représenter l’artisanat de son pays en participant à des salons internationaux. Dans ces lieux d’expression et d’échanges, elle a animé des conférences, notamment sur le thème des femmes chefs d’entreprise dans l’artisanat et dans l’agriculture, avec la culture du coton. Ces déplacements à l’étranger sont, aussi, l’occasion d’exporter l’artisanat malien, symbole de la culture du pays. Grâce aux ventes générées lors de ces événements, elle apporte son soutien à l’économie locale. En effet, selon elle, le Mali se développera par son textile. Poursuivant son objectif d’exporter en représentant au mieux la culture malienne, elle est, récemment, devenue l’ambassadrice du Mali à l’Organisation mondiale de la gastronomie. Depuis quelques années, elle a décidé de se battre pour « la promotion de l’étoffe africaine ». Car, pour elle, la sauvegarde des droits économiques et culturels passe par là. « Les étoffes africaines, diverses et riches, naturelles et artisanales, industrielles et chimiques, avec des motifs ancestraux ou créatifs doivent être et rester africaines », explique-t-elle. « Nos étoffes africaines doivent être fabriquées, portées, et utilisées, tout d’abord, par les Africaines en tous lieux, en toutes circonstances et au quotidien pour soutenir le développement économique effectif de nos pays africains et de notre continent », plaide Mariétou. Toutes ces étoffes africaines peuvent être utilisées comme vêtements. Selon notre interlocutrice, le rôle des métiers de la mode est de propulser, sur le plan économique, les étoffes en confectionnant dans différents styles modernes, tradi-modernes ou traditionnels. « Il est, donc, essentiel de suggérer des styles convenant aux autres cultures dans nos étoffes. Utiliser des mélanges d’étoffes traditionnelles africaines est importante pour prouver la réussite du brassage culturel. Maintenir l’authenticité des styles africains dans les créations protège notre identité culturelle », argumente la styliste. Toutes ces étoffes peuvent être utilisées dans la décoration : les tentures, la literie, l’art de table, les objets de décoration, au goût de tous de différentes cultures. Pour elle, il faut un véritable plan de développement des étoffes africaines avec des politiques de promotion. Toute chose qui permettra de donner une visibilité élargie et ainsi faire évoluer les mentalités. Elle propose « de porter régulièrement nos vêtements pendant toutes les rencontres africaines, de décorer nos salles de réunions avec nos étoffes, d’habiller nos hôtesses avec les étoffes ». Il faudrait, aussi, penser à l’instauration d’une exposition-vente des étoffes africaines pendant toutes les rencontres dans les pays africains et à l’extérieur du continent africain, de créer des espaces d’expressions des étoffes africaines, systématiquement, à travers les foires, salons et expositions. L’organisation de conférences-débats et de défilés de mode autour des étoffes africaines dans les grandes écoles et universités avec des élèves/étudiants est pédagogique et
Démolition dans la zone aéroportuaire de Bamako : Bientôt la 2è phase
Par Babba B. COULIBALY Bamako, 17 mars (AMAP) La deuxième phase des opérations de démolition des constructions illicites dans l’emprise de la zone aéroportuaire sera bientôt lancée et concernera les constructions situées dans la zone de trouée Est et Ouest (de décollage et d’atterrissage des avions), soit une superficie de 5.534 hectares, a appris, lundi, l’AMAP de source officielle. «La libération de la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou des occupations illicites se poursuivra » comme l’a indiqué le chef du gouvernement, lors de la présentation du Programme d’action gouvernementale. La première phase de démolition est arrivée à terme et la seconde phase sera bientôt lancée. L’opération concernera les zones de trouée Est et Ouest de l’aéroport», a confirmé notre source. La date exacte de lancement de l’opération est tenue secrète, parce que certains occupants illégaux prévoient d’organiser la «résistance», indique une source sécuritaire. Une partie des zones qui seront démolies, dans les jours à venir, est située à Faladié Est/extension, derrière le bureau de l’Office national des produits pétroliers (ONAP), sur la route de Sénou. Elle compte 3.000 lots «illégaux» attribués sur le domaine aéroportuaire, indique notre source qui précise que certains sont bâtis, d’autres en chantier. La démolition va toucher, aussi, la zone appelée «Kidal-bougou», une partie de Sirakoro et du village de Gouana. Malgré les avertissements, les propriétaires des concessions visées par la seconde phase de démolition semblent faire la sourde oreille. Certains ont même intensifié les travaux comme s’il n’en est rien. C’est le cas à Faladiè Est/extension. Rencontré sur place, un des propriétaires persiste et signe. «Nous avons acquis ces parcelles et nous possédons les documents de vente», se défend-t-il. «Ceux qui continuent de penser que cette opération est encore un effet d’annonce doivent se détromper, car la démolition sera poursuivie jusqu’au bout», avertit la source sécuritaire. Vaste de plus 7.194 hectares, le domaine réservé à l’aéroport international Président Modibo Keïta-Sénou est classé suivant le décret n° 99-252/P-RM du 15 septembre 1999. Balisé, il s’étend de Gouana, à Kouralé, Sirakoro en passant par Faladié Est/extension et Niamakoro Diallobougou. Il est inaliénable, imprescriptible et insaisissable. Le but étant de sécuriser la navigation aérienne. «Quand elle a été décrétée d’utilité publique, tous les occupants ont été recensés et indemnisés», ne cesse de rappeler le ministre des Affaires foncières, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Dionkè Diarra. Le caractère international du transport aérien assujettit l’aviation civile aux normes et pratiques recommandées et approuvées en la matière par tous les États. Ces règles, qui régissent les domaines aéroportuaires, tiennent compte des évolutions à basse altitude des aéronefs lors des manœuvres d’approche, d’atterrissage et de décollage. Elles sont, aussi, regardantes sur les conditions météorologiques, les limites, les pannes de moteurs d’avions, les servitudes radios électriques. Au regard de tous ces critères, les aéroports internationaux ont besoin de grandes surfaces afin de parer à toutes éventualités. L’occupation de cette zone constitue un danger pour la sécurité de la navigation aérienne au niveau du plus grand aéroport du pays. BBC/MD (AMAP)
Sikasso (Sud) : Les couples divorcent, de plus en plus
Mariam F. DIABATE Sikasso, 17 mars (AMAP) « Je n’ai jamais pensé en arriver là un jour. On s’aimait tant avant le mariage. On s’est choisi. On sortait ensemble avant le mariage. Vivre ensemble, fonder une magnifique famille étaient notre rêve. Hélas, tout a foiré!», regrette Fatoumata Diarra, ex Mme Kanté. Après un an de mariage, cette dame se trouve à présent, malheureusement, en procédure de divorce. Le divorce serait-il devenu monnaie courante dans les grandes villes dont Sikasso, dans le Sud du Mali ? Quelles en sont les causes, conséquences et solutions ? Un jour de février 2021. Il est 9 heures. La salle d’attente du Tribunal de grande instance de Sikasso. Dès l’entrée, deux rangées de chaises, occupées par des hommes et des femmes. Toutes les cinq minutes, une dame s’avance dans la salle d’attente et appelle les couples qui désirent divorcer. Les deux conjoints suivent la dame. Chacun de son côté, comme des inconnus, des étrangers l’un à l’autre. Dans le rang des hommes, c’est le silence qui règne. Chez les femmes, les débats sont vifs. Très pressée de divorcer, la dame A.K s’explique : « Pourquoi tout ces va-et-vient si ça va, toujours, aboutir au divorce. Depuis deux ans, je suis en instance de divorce. J’ai hâte que la procédure prenne fin. Je ne veux plus revoir un mari qui ne peut pas subvenir à mes besoins et me bat jusqu’au sang ». « Le premier jour, quand je suis venue ici, je ne pouvais pas marcher à cause de mes blessures sur le crâne et les membres inférieurs. Je ne pouvais même pas m’asseoir. Deux personnes m’ont transportée chez le juge… », raconte-t-elle. O.M se trouve, également, dans le rang, après, selon elle, une vie de couple fait de violents coups et d’abandon pendant sept ans. « Il (l’époux) n’accomplissait plus ses devoirs vis-à-vis de moi. C’est une bonne volonté qui assurait les charges de mes enfants », dit notre interlocutrice. Quant à F.T, elle jure de ne plus jamais célébrer un mariage civil. « C’est ce qui m’a apporté ce calvaire », affirme-t-elle, ajoutant que, si c’était à refaire, elle se contentera du mariage religieux. Certainement moins compliqué à défaire sur le plan des procédures islamiques. « Sur dix courriers reçus par notre tribunal, six sont des demandes de divorces et quatre proviennent des femmes », souligne le vice-président du tribunal de grande instance de Sikasso, Mamadou Bema Konaté, tout en précisant que 90% des demandes de divorce sont initiées par des femmes. « Au cours de l’année 2020, notre juridiction a enregistré 187 cas de divorce », révèle-t-il. Expliquant le divorce, M. Konaté a indiqué qu’il est « la rupture des liens conjugaux prononcé par un juge matrimonial », avant de confirmer que le phénomène est vraiment fréquent à Sikasso. Citant le Code des personnes et de la famille, il précise qu’il existe trois principales causes du divorce : « Le divorce pour faute grave, le divorce pour rupture prolongée de la vie commune et le divorce par consentement mutuel ». Pour ce qui est du divorce pour faute grave, « le cas le plus fréquent à Sikasso », dit-il, M. le juge avance que le Code des personnes et de la famille énumère un certains nombre de causes reprochées par l’un des conjoints à l’autre. S’il s’agit de la femme, celle-ci peut demander le divorce si l’homme refuse de subvenir à ses besoins essentiels, notamment la nourriture, l’habillement, les soins, la protection et le logement. Dans ce cas, la loi autorise la femme à demander le divorce. Pour le cas de l’homme, selon le même code, celui-ci peut « légitimement demander le divorce s’il est avéré que sa femme pratique l’adultère, les excès, les injures graves ». La condamnation à un fait criminel, l’alcoolisme, la toxicomanie, le manquement à un engagement substantiel, constituent aussi des causes valables pour les deux conjoints. Dans ces cas, l’un des conjoints peut demander le divorce. Concernant le divorce pour rupture prolongée de la vie commune, Mamadou Bema Konaté soutient que si l’un des conjoints quitte le foyer pour une période de plus de trois ans, l’article 348 du Code des personnes et la famille autorise l’autre à demander le divorce. S’agissant du troisième cas, le divorce par consentement mutuel, celui-ci a lieu si le couple décide, de façon consensuelle, de divorcer. Alors, ils apportent tous les documents nécessaires et ils se séparent. Par ailleurs, le juge Konaté rappelle cet adage aux couples : « On se marie pour le meilleur et pour le pire ». Pour lui, la réussite du foyer dépend à 60% de la femme. Quand celle-ci supporte, cela permet à l’homme de s’équilibrer dans la vie. « Il n’y a pas de divorce chez nous », déclare un Abbé de la paroisse de Sikasso. « Chez les catholiques, une fois que le mariage est célébré à l’église, on ne parle plus de divorce. L’union s’éternise jusqu’à la mort. Nous prônons l’indissolubilité », dit l’Abbé. Se référant sur la bible, il donne l’avis de Jésus sur le divorce : « Certains Pharisiens posèrent cette question à Jésus : est-il permis à un homme de répudier sa femme pour un motif quelconque ? Jésus répondit : N’avez-vous pas compris que le créateur, au commencement, fit l’homme et la femme ? C’est pourquoi, l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme. Les deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux mais une seule chair. Que l’Homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni (Mathieu 19, verset 3 à 6)». Et l’abbé de préciser : « Pour nous, le mariage est sacré car il est basé sur le vrai amour. C’est-à-dire aimer son prochain pour son propre bien », dit-il, ajoutant que tout mariage qui est célébré dans le vrai amour, au sens biblique du mot, ne connaitra pas le divorce. En dépit de son rejet par les religions et la justice du Mali, la pratique existe malgré. Selon Ismaël Keïta, l’imam de la grande mosquée Est de Wayerma II, le divorce existe dans la religion musulmane, malgré la volonté du Tout puissant. Dans le Coran, Allah précise ceci : « Aucun musulman ne doit délaisser son semblable à cause de son
Mali: Tendance haussière des prix des produits céréaliers
Par Fadi CISSE Bamako, 17 mars (AMAP) Labass Coulibaly est commerçant au Grand marché de Bamako. Devant son magasin situé à proximité de la Grande mosquée, des femmes tamisent différentes variétés de céréales. Visiblement insensibles à ce brouhaha qui meuble leur quotidien, certaines remplissent des sacs de graines de céréales criblées. Des vendeurs en gros et en détail, et des acheteurs négocient les prix de ces denrées. Le marchandage semble durer. Le négociant essaie, tant bien que mal, de convaincre son client d’intégrer la hausse des prix de la presque totalité des céréales. En effet, informe Labass Coulibaly, le kilo du riz local Gambiaka qui était cédé à 340 Fcfa se vend à 360 Fcfa, soit une hausse de 10 Fcfa. Rétrocédé contre paiement de 16.500 Fcfa, il y a deux semaines, le sac de 50 kg est monnayé à 18.000 Fcfa, explique le jovial cinquantenaire, père de cinq enfants. «Vendu à 36.000 Fcfa, le prix du sac de 100 kg est stable depuis trois mois. C’est à prendre ou à laisser», insiste le commerçant. S’adressant au client Hassane Traoré, venu sonder les prix, le magasinier Labass Coulibaly précise : «Le sac de 100 kg du super Gambiaka (tamisé), jadis cédé à 37.500 Fcfa (375 Fcfa/kg), est vendu à 40.000 Fcfa (400 Fcfa le kilo).» L’air étonné et mécontent, notre acheteur lie cette hausse brusque à la cupidité des commerçants, habitués, selon lui, à augmenter les prix à l’approche du mois de ramadan, période de grande consommation. Comme lui, une ménagère, vendeuse de jus à base de farine de mil se dit inquiète face à cette flambée des prix. «Avant, j’achetais le sac de 100 kg à 15.000 Fcfa. Maintenant, il vaut 17.000 Fcfa», regrette notre interlocutrice âgée d’une quarantaine d’années. Préférant garder l’anonymat, elle achète deux sacs de 100 kilos de mil à raison de 17.000 Fcfa l’unité. Le maïs ne semble pas résister à cette tendance haussière des prix. Son kilo qui était cédé à 300 Fcfa, est vendu à 375 Fcfa. Le sac de 100 kg est passé de 30.000 Fcfa à 37.500 Fcfa, indique le commerçant Souleymane Camara. VARIATIONS DE 10 À 25 FCFA LE KILO – Ces tendances haussières constatées à Bamako, confirment la tendance générale des prix des céréales à travers tout le pays. Durant la semaine allant du 25 février au 3 mars, l’Observatoire du marché agricole a constaté des fluctuations de prix, majoritairement des hausses, aussi bien sur les marchés de production que sur ceux de consommation. «Sur les marchés de production, les prix collectés cette semaine ont baissé pour seulement 22% et des hausses pour 78%. Il en est de même sur les marchés de détail, où les prix enregistrés sont des baisses pour 18% et des hausses pour 81%. Les amplitudes, les plus fréquemment observées pour les variations de prix cette semaine sont de 10 Fcfa le kilo sur les marchés de production et de 25 Fcfa le kilo sur les marchés de détail», précise l’Oma, dans un communiqué déposé à L’Essor. Ainsi, illustre la note, les prix à la consommation, restés presque stables dans le District de Bamako comparé à la semaine dernière, ont été de 200 Fcfa le kilo pour le mil, le sorgho et le maïs, 250 pour les mil/sorgho/maïs pilés, 375 pour le riz importé brisé, les riz importés RM40 thaïlandais et vietnamien et pour le riz local Gambiaka, 450 pour le niébé et 500 Fcfa le kilo pour le fonio. Le sac de 100 kilos a coûté 14.500 Fcfa pour le sorgho, entre 16.000 et 16.500 pour le mil, 17.000 pour le maïs, entre 32.500 et 33.000 pour le riz RM40 importé, 33.000 pour le riz BB importé thaïlandais et 35.000 Fcfa pour le riz local Gambiaka (tout venant). Dans les capitales régionales, ajoute la note, les tarifs pratiqués par les détaillants ont été à Kayes Centre de 250 Fcfa le kilo pour le mil, le sorgho et pour le maïs, 300 pour les sorgho/maïs pilés, 350 pour le riz brisé importé et pour le mil pilé, 500 pour le niébé et 600 Fcfa le kilo pour le fonio. Dans cette même Cité des rails, le sac de 100 kilos a valu 17.000 Fcfa pour le sorgho, 18.500 pour le mil et pour le maïs et 29.000 Fcfa pour le riz BB importé non parfumé. MOYEN À BON – À Koulikoro Ba, le kilo de mil, sorgho et maïs a valu 200 Fcfa, contre 275 pour les sorgho/mais pilés et 300 Fcfa pour le mil pilé. Le kilo du riz importés brisé et RM40 local Gambiaka ont valu 375. à Sikasso Centre, le kilo de sorgho et de maïs ont coûté 175 Fcfa, 200 pour le mil, 225 pour le maïs pilé, 300 pour le riz étuvé blanc et pour le mil pilé. Les riz importés brisés et RM40 et local Gambiaka ont coûté 375 Fcfa, contre 450 le kilo de niébé et 600 Fcfa celui du fonio. Au centre de la mythique Cité des Balanzan, les mil, sorgho et maïs ont gagné 175 Fcfa le kilo. Les kilos de mil/sorgho/maïs pilés ont coûté 250 Fcfa, contre 375 pour le riz local Gambiaka, 400 pour le niébé et 500 Fcfa pour le fonio. Les mêmes prix ont été pratiqués à Mopti Digue, à l’exception des mil et maïs (200 Fcfa), mil pilé (275) et le riz local Gambiaka (350 Fcfa). Le kilo du paddy a mérité 153 Fcfa à Tombouctou, contre 245 pour le maïs, 260 pour le sorgho et 275 Fcfa pour le mil. à Gao, le kilo du riz BG et du niébé a gagné 130 Fcfa (comparé à Tombouctou) en s’établissant à 450 Fcfa, contre 425 pour le riz local Gambiaka. Les prix y ont été de 225 Fcfa le kilo pour le maïs, 250 pour le sorgho et le maïs pilé, 275 pour le mil, 300 pour les mil/sorgho pilés et 700 Fcfa le kilo pour le fonio. Cette propension haussière des prix s’explique par plusieurs facteurs, analyse l’Oma. En la
Pratiques coloniales: La déportation, l’internement et la mort de Aline Sitoé Diatta en 1944
Par Dr Ibrahim MAIGA Bamako, 16 mars (AMAP) A seulement 24 ans, le destin de Aline Sitoé Diatta s’est accompli à Tombouctou en 1944. Elle y avait été condamnée à purger une peine d’internement de dix ans. Elle n’a pas tenu un an, victime du scorbut. A Tombouctou, la mémoire locale n’a pas gardé d’elle beaucoup de souvenirs. Par contre, au Sénégal, le débat sur le rapatriement de ses restes est encore d’actualité dans un contexte où l’engagement mémoriel toise la lecture politique. Dans la mouvance du 8 Mars, nous vous proposons l’histoire de cette résistante à la domination coloniale. On en sait beaucoup sur Gbéhanzin, Samori, Chérif Hamahoullah, tous capturés et brandis comme des fauves de foire avant d’être déportés dans des territoires aux conditions climatiques rudes, en Martinique, en Guinée, en Côte d’Ivoire, en Mauritanie, au Gabon, à Madagascar, au Soudan français… S’y ajoute le flot d’assignation à l’intérieur de chacun des territoires colonisés par la France, la grande nation des droits de l’Homme. C’était l’époque des « camps d’internement », des « camps d’enfermement administratif » et même des « camps de concentration » sous les tropiques, dans l’ombre de la deuxième guerre mondiale ! Aline Sitoé Diatta, elle, a été « affectée » au Soudan français. D’armes, elle n’avait que son intelligence. De munitions, elle n’avait que son charisme, et son verbe ! Elle n’a pas été jugée par un tribunal, car l’administration n’a jamais pu réunir contre elle des preuves. Elle a, cependant, été condamnée à un « internement administratif à titre préventif » parce que son engagement en faveur de l’autonomie et de la renaissance de son peuple dérangeait. Mue par une force intérieure propre à l’univers animiste des Diolas de la Casamance, Aline était tout simplement un leader. Elle avait des pouvoirs mystiques. Le lieutenant-colonel Sajous, commandant du cercle de Ziguinchor, à l’époque des faits, donne un portrait de Aline en ces termes : « Servie par le prestige d’avoir procuré aux Diolas un hivernage très pluvieux, gage d’une excellente récolte de riz et succédant à une année 1941 sèche, elle prescrivait à son entourage de féticheurs de ne pas obéir aux Blancs, de leur refuser les hommes pour le service militaire, de ne pas accepter les achats obligatoires de paddy, de ne pas entretenir les routes » (Archives d’outre-mer d’Aix-en-Provence, 14 MI 1835 2G 42, Rapport politique du Sénégal). Ce court extrait résume la volonté du colonisateur d’en finir avec elle. Ces propos seront confortés par Christian Roche, le dernier proviseur français du lycée de Ziguinchor, dans un article intitulé : « Chronique casamançaise. Le cercle de Ziguinchor au Sénégal pendant la guerre de 1939-1945 » (Revue des Outremers, revue d’histoire, 1986). D’après Roche, parce que justement Aline avait une aura et un discours nationaliste, qui débouchait sur une sorte de subversion, le lieutenant-colonel Sajous a décidé de « de frapper les imaginations ». Pour le militaire français, Aline Sitoé pouvait être considérée comme « l’inspiratrice des troubles ». Cette déduction était suffisante pour justifier qu’il se rende en mission dans la zone d’évolution de Aline. Il est d’une grande barbarie. Il tue, frappe et menace de mettre le feu à tous les villages. Pour couper court à cette barbarie qui s’abattait sur des innocents, Aline préfère se rendre. Roche précise que cet évènement a lieu le 31 janvier vers midi. « … la jeune prophétesse, appuyée sur des cannes en raison d’une infirmité congénitale, vint se livrer aux Français afin d’éviter toute effusion de sang », rapporte l’historien. Mais Sajous n’est pas content. Il veut humilier la nationaliste et la gifle. Captive désormais, elle prend la direction de Ziguinchor en même temps que certains de ses proches, entre 20 et 23 personnes. Elle sera condamnée à la déportation. Dans un premier temps, elle est à Kayes. Elle finira à Tombouctou. Pour Roche, Aline a été condamnée parce qu’elle tenait un « message religieux qui préconisait un retour au riz rouge, au lieu du riz blanc recommandé par les Français, par sa prédiction que les Blancs partiraient un jour… ». L’historien sénégalais Papis Comakha Fall qui a travaillé sur les mêmes faits « Automne-hiver 2020 » (page 19, n° 9-10), insiste sur le caractère pacifique de la lutte engagée par Aline Sitoé Diatta. Malgré tout, l’armée française avait décidé de la réduire au silence avec la consigne suivante : « faire respecter les ordres, arrêter les rebelles et mettre fin par la force, à toute tentative de rébellion jusqu’à la soumission complète ». (Télégramme lettre n° 31 adressée au gouverneur général de l’AOF, Saint Louis, 22 janvier 1943). Dès lors, les mobiles ne devaient plus être compliqués. Ils seront condensés en trois points : « mensonges, escroquerie et rébellion », en vertu de l’application d’un décret colonial datant du 15 novembre 1924. La volonté qui sous-tendait l’invocation de ce texte de tous les abus était qu’ « il importe au plus haut point pour le retour de la tranquillité dans le pays que la visionnaire Aline Sitoe Diatta et ses adeptes soient écartés pour longtemps des lieux où ils ont exercé leur emprise ». (Rapport d’ensemble tendant à faire interner la dame de Kabrousse, Aline Sitoe Diatta et ses principaux adeptes, 1943). L’autorité coloniale parle de la « rébellion d’Effok et des villages environnants qui croient, à la lettre, aux promesses que (Aline) leur avaient faites » (Archives Nationales du Sénégal, Rapport d’interrogatoire du 15 mars 1943). Elle est coupable donc. Sur la condamnation même de Aline Sitoé, nous n’avons pas trouvé meilleure source que Papis Fall. Il écrit que Aline Sitoe a été condamnée le 15 juin 1943, par un Arrêté général du Gouverneur. Le prononcé de son jugement précise qu’il s’agit d’une peine de « dix ans de réclusion à passer dans le cercle de Kayes ». (Procès-verbal d’interrogatoire du 15 mars 1943). On retrouve donc la trace de Aline à Kayes, mais pour quelques temps seulement. L’administration a soudainement pris la décision de durcir les conditions de détention de la prisonnière, en l’envoyant à Tombouctou. Le 27 août 1943, est pris l’arrêté qui fixe désormais son lieu de détention à Tombouctou. (Histoire d’Aline Sitoe : mourir à Tombouctou, Soleil, mardi 11 octobre 1983, p.2). On sait maintenant que le

