Cercle de Niono : Accord de cessez-le-feu définitif entre chasseurs traditionnels et djihadistes
Bamako, 19 avr (AMAP) Les groupes armés de donzos (chasseurs traditionnels) et djihadistes qui font régner l’insécurité dans la circonscription administrative de Niono, (Centre), notamment dans le village de Farabougou, sont parvenus à une entente, le 16 avril dernier, grâce aux efforts du Haut conseil islamique du Mali (HCIM). Dans un communiqué, la commission de bons offices et de médiation du HCIM révèle que l’accord de cessez-le-feu signé entre les «Donzos et les djihadistes, dans le Cercle de Niono, est devenu un accord de cessez-le-feu définitif entre ces deux groupes. Cet accord définitif a été conclu ce vendredi 16 avril dans la forêt de Hadji-wêrè, dans le Cercle de Niono ». Selon la même source, le texte inclut « toutes les clauses de l’Accord du 14 mars dernier, sauf le départ des Forces armées maliennes (FAMa) de Farabougou. De ce fait, le départ de l’Armée n’est plus une condition pour la paix et la réconciliation dans le Cercle de Niono». La Commission, poursuit, le communiqué, remercie le président du HCIM et le ministre de la Réconciliation nationale pour « leur implication personnelle et leur sens élevé pour la paix et la réconciliation, les groupes donzos et djihadistes pour leurs engagements et leur disponibilité à inscrire désormais leurs actions dans l’intérêt des populations du Cercle de Niono ainsi que toutes les bonnes volontés qui ont accompagné les médiateurs du HCIM durant tout le processus de la médiation». Depuis septembre 2020, ce village de la Commune rurale de Dogofri (Cercle de Niono) est devenu tristement célèbre à cause des groupes armés qui ont empêché ses 4000 âmes de mener leurs activités et ont commis des exactions sur la population. Le HCIM que dirige le prêcheur Chérif Ousmane Madani Haïdara a offert sa médiation. Une commission de bons offices et de médiation conduite par Moussa Boubacar Bah, membre du HCIM, président de Sabati 2012 et ancien ministre, est parvenue à arracher un accord de cessez-le-feu partiel entre les sédentaires et nomades, le 14 mars 2021, à Farabougou. Pour que cet accord se concrétise sur le terrain, les groupes terroristes avaient posé plusieurs conditions parmi lesquelles le départ des Forces armées maliennes (FAMa) de Farabougou. TOUT SAUF LE DÉPART DES FAMa – Cette condition a été jugée inacceptable par les autorités maliennes. Le ministre de la Réconciliation nationale, le colonel-major Ismaël Wagué, s’est rendu le 12 avril dernier à Farabougou, certainement pour marquer la présence de la force publique dans la localité. Un communiqué de son département précise que cette visite «fut l’occasion pour le ministre de la Réconciliation nationale de transmettre le message de soutien et d’encouragement du gouvernement». «Il s’est dit satisfait de retrouver les populations de Farabougou requinquées, malgré les évènements douloureux qui ont émaillé le secteur », indique le communiqué. Quatre jours après cette visite du ministre Wagué, les belligérants sont parvenus à un accord de cessez-le-feu définitif qui satisfait toutes les parties. Les autorités avaient envoyé un détachement des FAMa sur place, le 15 octobre 2020, pour sécuriser la population. L’opération appelée “Farabougoukalafia”, était conduite par le colonel Assimi Goïta, vice-président de la Transition. Auparavant, l’Armée avait largué des vivres et des médicaments pour secourir rapidement les habitants dans le besoin. Les forces étrangères (Barkhane et Minusma) sont aussi intervenues à Farabougou mais uniquement à titre humanitaire (largage de vivres et de médicaments à la population). SIX CIVILS TUÉS – La présence des FAMa à Farabougou n’a pas permis de contenir les assauts incessants des groupes armés. Ayant quitté le village, ces derniers se sont repliés sur les principaux axes d’accès empêchant les villageois d’aller dans leurs champs où dans d’autres villages, comme Dogofri, chef-lieu de la Commune. Un habitant que nous avions contacté témoignait: « L’axe Dogofry-Farabougou est sous le contrôle des terroristes. Tant que cette voie n’est pas libérée, la population de Farabougou va continuer à souffrir. Il n’y a pas de marché à Farabougou. Les habitants font tous leurs échanges commerciaux au marché de Dogofry… C’est vrai que l’Armée a apporté des vivres et des médicaments, mais ce n’est pas suffisant. Il faut que la route Dogofry-Farabougou soit accessible ». Le blocus des terroristes était devenue une préoccupation aussi bien nationale qu’internationale. Le secrétaire général des Nations unies, dans son rapport sur le Mali en septembre 2020, a écrit: « La situation dans le Centre du Mali reste très préoccupante. Une série de violences graves a été enregistrée dans la région de Ségou où, depuis début octobre, le village de Farabougou et des villages voisins de la Commune de Dogofri, dans le Cercle de Niono, ont été la cible d’attaques et de blocus de la part de ce que l’on présume être des combattants extrémistes. » Le siège et le blocus des villages ont causé la mort d’au moins six civils et fait des dizaines de blessés, et se sont traduits par l’enlèvement d’au moins 20 civils, le déplacement de plus de 2.000 familles des villages des communes de Dogofri, de Mariko, de Siribala et de Sokolo et des vols de bétail. On estime que près de 4.000 personnes sont actuellement bloquées dans le village de Farabougou, privées d’accès aux biens de première nécessité et aux soins de santé et, constamment, menacées de violences. MK/MD (AMAP)
Les disciples de Chérif Hamahoullah déportés à Ansongo en 1941
Par Dr Ibrahim MAÏGA Bamako, 16 avr (AMAP) En 1941, plus de cinq cents disciples de Cheickh Hamahoullah ont été condamnés à des peines d’internement par le tribunal de deuxième degré de Nioro, pour « insurrection contre l’autorité de la France » et « troubles politiques graves ou manœuvres susceptibles de compromettre la sécurité publique ». Hamahoullah, lui-même, après un séjour en Algérie va être embastillé en Guyane avant son transfert à Montluçon. Il y est mort en janvier 1943. Ses disciples ont été internés principalement à Bourem et Ansongo, pour un séjour d’une durée de trois à dix ans, par un arrêté du Haut-commissaire Pierre Boisson, le « Pétain » des tropiques. La République pouvait toujours abuser de la liberté des indigènes. Retour sur les péripéties d’une négation systématique des droits de l’homme, à travers une série de publications sur la réalité des « camps pénaux de travail » dans notre pays. À Ansongo, pour travailler sur ce qu’a été le « Camp pénal », il faut bien se raviser, car pour tout le monde, il s’agit du « Camp pinari ». Le « Camp pinari » en fait est un néologisme fondé sur un barbarisme qui, lui-même, remonte à la langue bambara, la langue majoritairement parlée par les gardes qui faisaient marcher la prison. Eux, dans leur français de tirailleurs, disaient « Camp pinali » à la place de « Camp pénal ». La population, elle, a entendu « Camp pinari » ! Elle n’avait pas tort dans le fond car dans le pays beaucoup de camps ont pris les noms des officiers qui les ont installés, comme celui du chef de bataillon d’artillerie de marine Louis Digue, dont plusieurs édifices portent le nom, à Bamako, après la construction des infrastructures de Koulouba. Près de quatre-vingt ans après les faits, la mémoire s’étiole dans tous les sens. L’administration coloniale, collabo de Vichy, n’a pas laissé beaucoup de documents. Les victimes n’ont pas écrit, contribuant à refouler, sans doute pour contenir, le douloureux souvenir. Des universitaires africains de la région concernée ont travaillé sur la personne de Cheickh Hamahoullah. On peut citer Alioune Traoré, de la Mauritanie, dans « Cheikh Hamahoullah, homme de foi et résistant » (Paris Maisonneuve et Larose 1983 278p). Cet ouvrage est issu de sa thèse de doctorat. Alioune Traoré peut être considéré comme un « spécialiste » de Cheickh Hamahoullah au vu de sa production. Séïdina Oumar Dicko a écrit « Hamallah, le protégé de Dieu » (Jamana 1999 et Albustane 2002). Cet ouvrage a également été réalisé à partir d’un mémoire de maîtrise à l’école normale supérieure de Bamako et d’un Diplôme d’études Approfondies « : mémoire d’une figure de la Tijaniyya » (Aix- en -Provence 1994). Hamadou Boly a soutenu en 2013, à l’université de Strasbourg, sa thèse de doctorat sur « Le soufisme au Mali du XIXème siècle à nos jours ; religion, politique et société ». Cette thèse a été publiée sous le même titre chez « Omniscriptum Gmbh & Company Kg » en 2014. Il y a aussi Boukary Savadogo qui a soutenu à Aix-Marseille, en 1998, sa thèse de doctorat intitulée « Confrérie et pouvoir, la Tijâniyya hamawiyya en Afrique de l’Ouest (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Niger) : 1909-1965 ». Tous ces ouvrages traitent de la biographie de Chérif Hamaoullah, de sa résistance pacifique par rapport à l’arbitraire colonial, de ses différentes déportations, les circonstances de sa mort et la portée de sa voie dans la grande famille de la tidjaniya en Afrique. Ils insistent beaucoup sur la particularité de cette voie qui trouve sa concrétisation dans la façon unique par laquelle Cheickh Hamaoullah a entrepris de répéter la « perle de la perfection », « onze jawaharatu-l-kamali », onze fois au lieu de douze avant lui. Pour ce qui est de la vie même des disciples de Hamahoullah internés à l’intérieur du Mali, il n’y a quasiment peu ou pas du tout de production scientifique. Apparemment, le sujet n’a pas retenu l’attention des étudiants en histoire. Les archives administratives locales n’existent plus depuis que le Septentrion a été pris d’assaut par les barbares politico-islamistes en 2012. Les monographies locales ne parlent presque pas des camps de concentration. C’est donc logique que la jeunesse d’aujourd’hui ne sache rien des conditions d’installation et de fonctionnement de ce mouroir à ciel ouvert qu’était le sinistre bagne. Nous n’avons pas encore mené des investigations du côté de Nioro, pour voir ce que la mémoire locale retient de cet épisode de notre histoire collective. Seulement, nous avons appris et constaté qu’à Ansongo, dans les années 1960-70, une génération de « gens de Nioro » est venue sur les traces de leurs ancêtres ; « voir là où leurs parents sont morts ». Certains ont résidé dans la ville, ont fondé des foyers et surtout mené des affaires commerciales florissantes. Ce courant de communication existe toujours. DES CAMPS DE MORT À CIEL OUVERT – Ces camps étaient des prisons de haute sécurité. Ils tiraient leur base juridique d’une loi coloniale, la loi sur la relégation qui remonte à 1885, loi qui n’a été abolie en France même qu’en 1970. Vichy a ainsi dirigé sur l’Afrique de l’Ouest des « individus indésirables » composés de prisonniers de guerre des forces alliées, des navigateurs grecs, hollandais, danois et britanniques. Les villes de Tombouctou et Koulikoro ont particulièrement été sollicitées à cette époque, à côté d’autres villes comme Sébikotane au Sénégal, Conakry, Kindia et Kankan en Guinée. Au-delà de leur fondement juridique, ces camps d’une grande monstruosité, ont aussi leur histoire en ce qui concerne le motif de leur implantation sur les territoires colonisés, notamment les confins mauritaniens, les parties septentrionales du Niger et du Mali. Ces trois pays étaient des territoires militaires où la présence de l’état ne se manifestait qu’à travers l’armée pour des impératifs sécuritaires. Cette forme d’occupation et d’administration militaire, dont nous vivons les effets encore, a fini par faire une césure entre le pays utile et le pays
Mesures anti-covid 19 : petit tour dans les banques
Par Oumar SANKARÉ Bamako, 15 avr (AMAP) Jeudi dernier, 413 Maliens ont été testés positifs à la Covid-19, un record de contamination en un jour depuis le premier cas en mars 2020. Pour rompre rapidement la chaîne de propagation du virus mortel, le gouvernement a décidé, entre autres, de faire respecter les mesures barrières dans les endroits publics et d’interdir les rassemblements de plus de 50 personnes. Les centres de loisirs ont été purement et simplement fermés pour deux semaines. Mais des sceptiques ne croient toujours pas à l’existence du virus ou font semblant de l’ignorer. Dans les marchés, les transports publics, les «grins», les mesures barrières sont foulées au pied. La distanciation physique n’est pas respectée et la plupart des gens ne portent pas de masque. Cependant, dans certains endroits, on essaye de faire respecter les mesures barrières en exigeant le port du masque, le lavage des mains au savon, l’utilisation du gel hydro-alcoolique, voire la distanciation sociale. C’est le cas de certaines institutions financières de la place. Mardi aux environs de 9h sur la rive droite du fleuve Niger à Bamako, les banques ont déjà ouvert leurs portes. Les opérations s’y déroulent en toute sérénité même si l’affluence est faible en cette matinée. À cause peut-être du fait que nos compatriotes ont débuté le jeûne ce jour-là. À l’agence Bacodjicoroni Golf de la Banque malienne de solidarité (BMS), cinq personnes sont assises côte à côte à la porte. L’espace est étroit pour permettre le respect de la distanciation sociale. Chacune d’elles possède un masque. Mais une seule personne a son masque sur le nez. Trois tiennent les leurs en main. Une autre personne met son masque sur le menton, le nez et la bouche à l’air libre. Ibrahima Diarra, un des membres du groupe, soutient que la chaleur extrême de Bamako n’encourage pas le port du masque. Comme c’est exigé pour entrer dans la banque, il est donc obligé de se conformer à la règle. À une trentaine de mètres de là, est implantée une agence de la Banque de développement du Mali (BDM S.A). Ici, un petit espace est réservé aux clients. Ils doivent attendre pour être autorisés à y rentrer. A côté, un kit de lavage des mains qui ne dispose ni de savons ni de gel hydroalcoolique. Interrogé, un agent commercial, sous couvert de l’anonymat, explique : «On fait tout pour limiter le nombre de clients à l’intérieur de la banque. Ici, les gens rentrent par groupe de cinq personnes». À l’intérieur, la distanciation est bien respectée. Il y a au moins une chaise vide entre chaque client assis. Le sol est marqué pour signaler où s’arrêter. Au niveau de la caisse, seule une personne est acceptée. Le constat est le même dans au moins cinq autres agences de banque que nous avons visitées. Nous avons également constaté qu’à l’entrée de certaines banques, l’espace aménagé pour accueillir les clients n’est pas adapté aux mesures barrières contre le coronavirus. C’est le cas à la Banque of Africa (BOA), où est installée une tente servant de salle d’attente pour les clients et autres visiteurs. À la Banque nationale de développement agricole (BNDA), les clients qui faisaient la queue à l’entrée, étaient obligés de se rapprocher les uns des autres pour se mettre à l’abri du soleil. «On est massé à l’entrée. Une fois à l’intérieur de la banque, on nous parle de mesures barrières. C’est un peu contradictoire», déplore un client. Cet autre client estime que c’est paradoxal d’exiger les mesures barrières dans les banques alors qu’elles sont complètement ignorées dans les superettes, les supermarchés, les boucheries, les marchés et même dans les services de l’administration. Sur la rive gauche, des banques arrivent à faire respecter les mesures barrières malgré quelques difficultés. À Orabank, installée à l’ACI 2000, on exige le lavage des mains au savon, l’application du gel hydroalcoolique et le port obligatoire du masque. Point de rassemblement à l’entrée. Plus loin, United Bank for Africa (UBA) applique tant bien que mal les dispositions nécessaires. Une dizaine de personnes se suivent. Debout, elles ne respectent aucune mesure barrière. Quelques minutes plus tard, quatre personnes sont invitées à entrer. L’agent de sécurité prend leur température. Il les laisse passer après cet exercice. Ici, la disposition des chaises destinées aux clients est également conforme à la distanciation physique. Les clients respectent-ils cette disposition ? Dans la pratique, pas sûr. En notre présence, une cliente s’installe et invite son amie à venir s’assoir à côté d’elle. Marqués sur les chaises, une croix rouge et un message alerte portant : «Pour raison de Covid-19, respectons les mesures barrières». Tout le monde observe la scène, s’indigne, en bourdonnant. Exaspéré, un agent les regarde sans rien dire. Interrogé, il justifie son comportement : «Très souvent, ils font des histoires quand on les interpelle. Certains refusent catégoriquement de coopérer. D’autres obtempèrent momentanément avant de fouler au pied les mesures barrières». D’autres personnes, une fois à l’intérieur de la banque, retirent leur masque. C’est dire qu’elles ne portent le masque que pour pouvoir avoir accès à la banque. OS (AMAP)
Epouses de migrants : Interminable attente
Par Ouka BAH Diéma, 07 avr (AMAP) Les épouses de migrants, dans la zone de Diéma, dans l’Ouest du Mali, comme se plaisent à dire certaines femmes, attendent, avec pour seule compagnie, l’absence d’époux qui ont choisi d’aller faire fortune, souvent très loin. Le cercle est une zone de forte migration. Selon les estimations, 80% des jeunes âgés de 18 à 20 ans, tentent de rejoindre les côtes de la Méditerranée, à leurs risques et périls Les infortunées épouses sont priées de comprendre la situation dans laquelle se trouve leur mari expatrié et de s’armer de patience. En réalité, les conditions des migrants sont souvent difficiles à gérer dans les pays d’accueil. Chaque pays de destination a ses principes, ses lois en matière de migration. De nombreux « sans-papiers » peinent à se mettre en règle, à obtenir une carte de séjour, sans laquelle, aux dires de Kaourou Fofana, ils ne pourraient se déplacer librement encore moins revenir au pays pour rendre visite à la famille, ni occuper des emplois garantis. Dans de nombreux villages et hameaux, aujourd’hui, le besoin de bras valides se pose avec acuité. Ces « aventuriers » ont dans la tête qu’après avoir amassé beaucoup d’argent, ils pourront remplir les greniers de leurs parents, financer des microprojets au profit de leurs communautés, à travers, notamment, la construction de mosquées, d’écoles, de centres de santé, la réalisation de forages. Dans une zone comme Diéma où la campagne agricole est le plus souvent déficitaire à cause de la rareté des pluies, il est difficile de fixer les jeunes dont la plupart ne dispose d’aucun moyen de subsistance. Les jeunes, qui restent aux côtés de leurs parents et auxquels on colle tous les qualificatifs possibles, sont considérés, au mieux comme des vauriens, au pire comme des ratés. Dans ce milieu, celui qui choisit de rester ne pourra pas trouver femme. Toutes les filles se détourneront de lui. « S’il est pauvre, se délectent les méchantes langues, c’est sa faute, parce qu’il n’a pas osé se rendre sur la terre des ‘Oreilles rouges’ (Touloblénou) ». Parce qu’ils ne sont pas partis, dans la pure tradition Soninké de mobilité, ils ne sont pas écoutés dans la société, n’ont aucun pouvoir décisionnel au sein de leur famille. Généralement, avant que le jeune garçon ne parte à l’aventure, (on ne croit pas si bien le dire) ses parents lui cherchent une femme à marier. Il existe plusieurs raisons à cette pratique ancestrale, vieille de plusieurs siècles. D’abord, c’est pour que le fils songe surtout à sa femme restée derrière lui, qu’il évite de jeter tout son argent par la fenêtre, qu’il ne scelle jamais de mariage avec une autre femme, dans son exil, qu’il puisse retourner au bercail quand il le désire. C’est pourquoi, il est difficile de voir, ici, un jeune partir étant célibataire. En donnant femme à leur enfant, beaucoup de parents veulent lui confier plus de responsabilités, afin qu’il s’assume lorsqu’il fera face à de dures épreuves. De nombreux jeunes mariés partent à l’exode dès leur sortie de la chambre nuptiale, laissant les épouses dans l’incertitude et l’angoisse. Mais de nos jours, les mentalités ont changé. De nombreuses jeunes filles refusent le mariage avec des expatriés qui ne constituent plus une assurance tous risques à leurs yeux. Selon Boubacar Kamissoko, gardien à la Caisse malienne de sécurité sociale (CMSS), il fut un moment à Kita (Ouest), si tu n’avais pas la tête d’un « Espagnol », d’un « Italien » ou d’un « Parisien », tu ne pouvais pas avoir une femme. Les migrants avaient le vent en poupe. « Mais actuellement, tel n’est plus le cas. Beaucoup de filles détestent les expatriés, car si elles se marient avec eux, ils partent et les oublient », raconte l’homme. « Aujourd’hui, à Lambidou, sur dix filles, huit vous diront clairement qu’elles ont horreur de se marier avec des migrants, qu’elles ont besoin plutôt d’hommes corrects, capables de les nourrir et de pourvoir à leur entretien », estime Fodié Niakaté, producteur agricole à Kobokoto, Commune rurale de Lambidou. Il tranche : «Il n’y a rien à faire, nos enfants iront sur les mers pour chercher fortune en Espagne, Italie ou en France », ajoutant que le problème n’est pas près de trouver une solution. « Généralement, celles des épouses, qui reçoivent un peu d’argent de leur mari, décident d’attendre. Mais une femme seule, vivant sans son mari, c’est difficile à supporter. C’est pourquoi, certaines se cachent pour faire le planning familial sachant bien que leur époux est absent », constate Alpha Diombana, président du Réseau des communicateurs traditionnels pour le développement (RECOTRADE). A force d’attendre son mari parti aux Amériques, depuis une dizaine d’années, Saba Coulibaly, a été obligée d’abandonner le domicile conjugal, avant, argumente-t-elle, « que je ne devienne vieille et incapable de faire des enfants ». Aussi, se bouche-t-elle les deux oreilles, chaque fois qu’on évoque les questions de migrants. Elle ne veut plus en attendre parler. PATIENTE ATTENTE – La présidente de la Coordination des associations et organisations féminines (CAFO) de la communale de Diangounté Camara, Mme Banta Camara, dans un élan de sincérité non feinte, affirme que les femmes, qui acceptent de rester dans leur foyer, en l’absence de leur époux, n’en peuvent plus d’attendre. « On les traite, souvent, de menteuses, de prostituées, etc. Certains migrants restent cinq à dix ans voire plus sans revenir au pays, soit par manque d’argent ou de carte de séjour. Leurs femmes, nos brus, je voulais dire, endurent toutes sortes de souffrances, elles sont parfois laissées pour compte », dit Mme Camara. « Malgré tout, quand le mari revient, au lieu de féliciter sa femme pour son courage et sa patience, la première vacherie qu’il lui fait, c’est d’épouser une nouvelle femme », s’étouffe notre interlocutrice. La pauvre se voit alors trahie, abandonnée par celui-là même sur qui elle a fondé son espoir. La situation devient plus compliquée, plus conflictuelle lorsque la femme accouche d’un enfant alors que son mari n’est pas présent. Dans la plupart des cas, l’époux refuse de reconnaître l’enfant illégitime et le divorce s’en suit. La fille d’Anthioumana Camara, notable à Diangounté Camara,
Campagne agricole 2021 : Prometteuse

Par Cheick M. TRAORÉ Bamako, 15 avr (AMAP) Après une campagne agricole 2020 en demi-teinte marquée, notamment, par diverses crises au plan social, politique, sécuritaire, sanitaire et économique, le Mali dévoile ses prévisions de productions pour la nouvelle campagne agricole. Lancée mardi 30 mars 2021 par le président de la Transition, Bah N’Daw, à la faveur du Conseil supérieur de l’Agriculture, cette campagne, qui s’ouvre pourrait être, pour le Mali, celle de la reconquête de sa place légendaire, en matière de production cotonnière, de consolidation des acquis concernant les cultures céréalières. En la matière, le ton est donné par le département en charge du Développement rural qui place cette campagne sous le signe de la reprise de la production cotonnière après le coup d’arrêt, suite au mouvement de boycott dans toutes les zones de production. Pour y arriver, la production nationale pour la campagne 2021 est estimée à 820.000 tonnes de coton graines pour une superficie de 810.000 hectares. Ce qui correspond à un rendement moyen de 1.012 kg/ha. Au Mali, les parcelles de coton représentent environ 31% de l’ensemble des superficies des cultures du système coton pour une norme recommandée de 33%. Cela permettra d’accroître les superficies coton sans compromettre l’équilibre entre les cultures. Le coût de l’intensification du système coton pour cette campagne est estimé à 135.709.746.000 Fcfa. Ce coût est calculé sur la base des prix de cession des intrants au comptant en vigueur depuis la campagne 2020. A rappeler que pour la filière coton, la production totale a été évaluée à 147.200 tonnes en 2020, dont 11.300 en zones Office de la haute vallée du Niger (OHVN), soit une baisse de production de 77% et de superficies de 78%, par rapport à 2019. Cette chute historique est due à la baisse du prix d’achat du coton graine aux producteurs, au transfert de la subvention de l’Etat des engrais au prix d’achat du coton graine, à la contestation relative au renouvellement des instances, au retard constaté dans l’installation des pluies et à la mauvaise répartition de la pluie dans le temps et dans l’espace. Quant à la production céréalière attendue au terme de la campagne 2021, elle est estimée à 11.300.776 tonnes, en hausse de 10,43% par rapport à celle de 2020. Une légère baisse de 0,3% des superficies est toutefois constatée par rapport 2020. Cette réduction serait due à la baisse des objectifs d’emblavures de maïs et de riz par rapport aux prévisions de 2020. Les quantités de céréales produites en 2020 ont été estimées à 10.217.286 tonnes. Elles sont en baisse de 2,39% par rapport à 2019. Le bilan céréalier au sortir de 2020 dégage un excédent apparent de 3.627.060 tonnes pour les céréales sèches et 205.440 tonnes pour le riz. Le blé enregistre un déficit de 182.390 tonnes. Les quantités d’engrais nécessaires pour couvrir les besoins de la campagne sont estimées à 254.601 tonnes pour un montant de 85.110.703.587 Fcfa. Par rapport au prix de la subvention des engrais, la part des producteurs revient à 51.562.135.490 Fcfa. Il se dégage un écart de 33.548.568.097 Fcfa. Le montant accordé pour la subvention des intrants par l’Etat est de 15,6 milliards de Fcfa correspondant à 124.616 tonnes d’engrais. Cette quantité couvrira, selon la direction nationale de l’Agriculture, 49% des besoins globaux en engrais de la campagne agricole 2021. La gestion de la subvention avait porté en 2020 sur 12.907,25 tonnes d’Urée, 4.948,18 tonnes de DAP et 633.243 tonnes de NPK pour 498.529 bénéficiaires pour un montant total de 10,3 milliards de Fcfa. La promotion des filières gomme arabique et karité fait partie des priorités du gouvernement. La filière gomme arabique apparaît comme la plus importante source de revenus pour les populations démunies des zones arides. Elle est donc un moyen de lutte contre la pauvreté et de croissance pour le pays. Pour ce faire, il est, au titre de la campagne agricole 2021, attendu une production de 10.888 tonnes. Les superficies nécessaires à cet effet sont estimées à environ 75.000 hectares. Quant au karité, les objectifs de la campagne 2021 sont de 188.480 tonnes d’amandes de karité pour une transformation moyenne de 70.680 tonnes de beurre de karité. Le rendement à la transformation se situe entre 35 et 40% du produit brut. En la matière, le Mali est l’un des principaux producteurs mondiaux avec un potentiel estimé à 250.000 tonnes d’amandes. 125.000 tonnes sont réellement exploitées et 53.000 tonnes d’amandes sont exportées. Dans le cadre de la promotion des cultures fourragères, 100.400 kg de semences (différentes espèces fourragères) seront mises en place pour toutes les régions. Il sera également installé 110.000 boutures de l’herbe à éléphant Giant King Grass. Il faut rappeler que le bilan fourrager global calculé en comparant les besoins globaux théoriques du cheptel résident de toutes les régions sont estimés à 25.564.677 TMS. Le disponible fourrager (réel) est évalué à 37.056.243 TMS. Ce qui fait ressortir un excédent fourrager global de l’ordre de 11.491.566 TMS. Une bonne réserve pour engraisser les bêtes. En matière de santé animale et de santé publique vétérinaire, les actions porteront sur la vaccination de 67.398.263 têtes en 2021 (animaux et volailles) contre diverses maladies. Elles consisteront aussi à la réduction de 95% de la densité apparente de glossine dans la zone de lutte, l’acquisition de 180.000 doses de vaccins contre la fièvre aphteuse, la production de 43 millions de doses de vaccins pour toutes valences confondues, le contrôle de 40.000 boutiques, 1.900 foires et marchés. Elles viseront également l’inspection des viandes au niveau de 12 abattoirs et 702 aires d’abattage. Les objectifs de productions contrôlés de viande rouge pour 2021 sont de 110.032 tonnes, soit environ une hausse de 18% par rapport aux réalisations de 2020. 2020 où la production de poissons était en progression de 1,15% par rapport à 2019. L’exportation de poissons a connu une baisse surtout au niveau du port de pêche de Mopti pour raison d’insécurité. Toutefois, à Gao et Ménaka il y a une nette amélioration avec la reprise du trafic entre
Moulin : utile, mais nuit à la santé
Par Souleymane SIDIBÉ Bamako, 15 avr (AMAP) Le mois de ramadan est celui de la consommation, par excellence, de denrées en tous genres. A l’occasion, les habitudes alimentaires connaissent un bouleversement quasi total : les mets préférés et les plus succulents étant réservés pour la rupture du jeûne. L’un des repas les plus prisés en cette période est la bouillie à base de farine de mil ou d’autres céréales. Nécessaires, piler et moudre ces graminées, jadis à la main à coup de pilon par les ménagères, sont aujourd’hui réalisés par le moulin. Cette machine électrique aux bruits assourdissants destinée pour adoucir la souffrance de nos épouses, pullule dans les quartiers de Bamako à la grande satisfaction des femmes. Un mercredi de mars dernier, à la meunerie de Bourama Dembélé, près du marché de Taliko, en Commune IV du District de Bamako. Le soleil s’éclipse peu à peu. Mais la température y reste suffocante. L’atmosphère polluée : ronflement du moteur, insalubrité et accumulation de poussières autour des machines. Dans cet environnement, le minotier versait les derniers grains dans un entonnoir en bois. C’était vers le crépuscule. Après cette manœuvre, il éteint la machine, avant de commencer à faire son entretien comme d’habitude. Cela consiste à vérifier et à passer à la règle les dents des lames pour situer les parties usées afin de pouvoir les réajuster. L’engin dispose de deux broyeurs. L’un sert à briser les céréales, l’autre les noix de karité. Le minotier Bourama Dembélé étonne par sa maîtrise du moulin, dont les composantes (moteur, mortiers, décortiqueuse, alternateur), n’ont aucun secret pour lui. Depuis 10 ans, il officie en ce lieu et tous les jours, de 8 à 20 heures. Au fil des ans, il a assisté, impuissant, à la prolifération de machines à moudre dans le quartier. «Le marché est très tendu. Aujourd’hui, tout le monde est devenu meunier. Cela a beaucoup affecté notre chiffre d’affaires et nos revenus», confirme-t-il, préférant taire le montant de sa recette journalière. Il explique que le poids des céréales (le riz, le mil, le sorgho) est déterminé à l’aide d’une boîte de conserve vide. Le kilo coûte 40 Fcfa. Les sacs de riz ou de mil de 50 à 100 kilos sont respectivement moulus à 750 et 1.500 Fcfa, détaille le meunier. Le mercredi est pour Bourama Dembélé le «jour le plus lucratif». « C’est le jour où les vendeuses de beignets (Takoula) vendues les vendredis devant les mosquées, abondent au moulin, » explique-t-il. Tout en sueur, il déplore la cherté de l’électricité. «Ce travail dépend essentiellement de l’électricité. Pendant la saison chaude, le délestage et la volatilité du prix constituent des obstacles au développement de la meunerie», interpelle Bourama. Une aide-ménagère, debout devant la porte de la minoterie, prend son récipient rempli de farine de mil. Elle confie que cette machine a réduit considérablement sa charge de travail quotidien. A côté d’elle, une vieille dame qui se souvient de l’époque où les femmes formaient un cercle autour d’un grand mortier pour piler les noix de karité. «Les jeunes épouses d’aujourd’hui sont paresseuses. Car, elles ne savent pas utiliser le mortier et le pilon», taquine-t-elle. Qu’est-ce qui explique cet abandon ? Rencontrée un samedi de mars dernier dans la maison familiale, Awa Traoré est vendeuse de condiments au marché de Taliko. Assise devant sa cuisine, cette femme au foyer tamise de la farine de mil à l’aide d’un tamis aux mailles très fines. Selon elle, «piler dans un mortier est une pratique qui demande beaucoup d’énergie et empêche souvent de s’adonner aux autres activités». DECHETS TOXIQUES – C’est pourquoi, elle préfère le moulin au mortier. La commerçante Awa conseille, par ailleurs, à ses sœurs d’enlever toutes les impuretés avant la cuisson. « Ceux qui mangent généralement les aliments à base de céréales broyées au moulin sont souvent malades », spécule la ménagère. «Cela est dû, selon elle, à des impuretés venant du moulin ou de grains mal nettoyés». « Ces saletés (cailloux, poussières, pailles, etc.) qui doivent être enlevées, sont si fines et légères qu’on a du mal à les repérer tout de suite », insiste-t-elle. Or, ajoute Awa Traoré, « beaucoup de cuisinières manquent de courage pour faire le nécessaire afin d’enlever ces impuretés de la farine ». A quelques mètres de la maison d’Awa, se trouve «Coulibaly-là (La famille Coulibaly) ». Où discutent, autour du thé, deux coépouses et l’épouse de leur beau-frère, devant la cuisine. «L’utilisation du mortier et du pilon est très pénible, ça enfle la main et donne des maux de dos», répond la femme du beau-frère. Si son mari préfère cette ancienne pratique, la jeune dame est pour l’utilisation du moulin pour transformer les graines de céréales en farine. Abdoulaye Maïga, lui, opte pour les céréales transformées industriellement ou précuites. «Il est mieux d’acheter les farines à base de céréales vendues dans les commerces. Ces produits sont dans les bonnes conditions d’hygiène. On les retrouve en poudre très fine ou en semoule emballés dans les sachets plastiques», conseille-t-il. Joint au téléphone sur ce sujet, le Dr Ibrahim Nientao, spécialiste en endocrinologie, maladies métaboliques et vitamines à la Clinique Salomon, confirme que ces outils, comme le moulin, peuvent laisser des déchets toxiques dans les aliments, notamment des métaux comme le fer, le zinc ou le cuivre. Ces métaux provoquent des «problèmes digestifs graves», ajoute le spécialiste, précisant que certains sont suspectés d’être à l’origine de certaines formes de cancer, surtout digestifs. « S’y ajoutent des problèmes d’accumulation au niveau sanguin pouvant occasionner l’apparition de formes de calcul rénal, etc. », souligne le spécialiste. Les aliments préparés contenant un ou plusieurs grains dans son entièreté sont qualifiés de produits de «grains entiers», selon l’expert. Pour lui, ils regorgent de fibres, de protéines, de vitamines et de minéraux qui aident à rester rassasié et en bonne santé. «Quand on parle des machines, on parle de chaleur. Donc, les grains sont écrasés sous la chaleur. Celle-ci peut aussi avoir un impact sur certaines vitamines thermosensibles qui sont toutes dissoutes sous l’effet de la chaleur dégagée par la machine», insiste le spécialiste.
Situation sécuritaire au Mali : L’Onu recense près de 100 attaques terroristes depuis janvier 2021
Par Issa DEMBELE Bamako, 09 avr (AMAP) Le rapport trimestriel du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, sur le Mali souligne la volatilité de la situation sécuritaire qui s’est davantage dégradée pendant ces trois derniers mois. De janvier à mars, les forces nationales, la Mission intégrée multidimensionnelle des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et les groupes armés signataires ont, en effet, subi 92 attaques asymétriques. La Région de Mopti (Centre) a été la plus touchée, comptant 53 attaques contre 4 pour celle de Ségou toujours dans le Centre du Mali. Ces deux régions totalisent ainsi 62% des attaques, alors que le Septentrion en a enregistré 35, dont 15 dans la Région de Tombouctou et 7 dans celle de Kidal. Ménaka et Gao qui ont respectivement connu 2 et 1 attaques. Comparée à la période précédente, au cours de laquelle il a été enregistré 20 attaques contre les forces de sécurité et les groupes signataires dans le Centre, ces chiffres révèlent une recrudescence des activités terroristes dans cette partie du Mali. Le tableau funeste dépeint dans cet nouveau rapport du secrétaire général vient encore attester que nos forces de défense et de sécurité paient un plus lourd tribut dans la lutte contre le terrorisme : elles ont été visées par 47 attaques qui ont fait 100 morts, dont 26 éléments de l’armée, 3 de la garde nationale, 3 de la police et de la gendarmerie, 66 membres des groupes armés radicaux et 2 personnes appartenant aux groupes d’autodéfense. Au moins 102 personnes ont été blessées, dont 77 militaires, 5 gardes, 8 policiers et gendarmes et 12 civils. Sur les trois mois concernés par ce rapport, celui de janvier a été le plus meurtrier pour nos forces armées et de sécurité. Deux attaques, perpétrées le 24 janvier, étaient dirigées contre les camps de Boulikessi et de Mondoro, situés respectivement à environ 114 et 140 km à l’est de la ville de Douentza. Elles ont fait six morts parmi les FAMa (4 à Boulikessi et 2 à Mondoro). En outre, 6 éléments ont été blessés à Mondoro et 12 autres à Boulikessi, dont 7 gravement. L’ennemi ne s’en est pas tiré indemne. Il a enregistré une trentaine de morts lors de ces attaques et y a laissé une quarantaine de motocyclettes. Le 3 février, un autre camp des Forces armées maliennes (FAMa), situé près de Boni, dans le Cercle de Douentza (Centre), a été la cible d’une attaque qui a fait 10 morts et 7 blessés parmi les soldats, ainsi que 20 morts dans les rangs des groupes armés radicaux. 39 ATTAQUES CONTRE LES CASQUES BLEUS – Pendant la période considérée, les soldats onusiens ont été également dans le viseur des terroristes. Au total, la MINUSMA a été la cible de 39 attaques qui ont causé la mort de 6 Casques bleus et d’un vacataire des Nations unies, et 48 blessés. L’essentiel de ces agressions a de nouveau été enregistré dans la Région de Mopti (20), suivie de celles de Kidal (7), de Tombouctou (5) et de Gao (2). Globalement, l’on constate, là aussi, une hausse par rapport à la période précédente, au cours de laquelle 20 attaques avaient fait 1 mort et 11 blessés parmi les Casques bleus. Le rapport met l’accent sur trois attaques, dont celle perpétrée le 13 janvier contre une escorte de sécurité de la force onusienne dans les environs de Bambara-Maoudé (Tombouctou). Quatre Casques bleus y ont laissé la vie et cinq autres ont été blessés. Le 30 du même mois, deux vacataires travaillant pour la Mission ont été attaqués dans la ville de Ber par deux individus armés non identifiés se déplaçant à motocyclette. L’un des vacataires a été tué sur le champ et l’autre a été détenu, avant d’être relâché. Près d’un mois après, précisément le 10 février, la MINUSMA a subi une autre attaque, cette fois-ci de grande envergure, à Kéréna, dans la Région de Douentza. «Cette agression particulièrement préoccupante, impliquant un attentat-suicide à la voiture piégée et des tirs indirects, a fait 28 blessés parmi les Casques bleus, dont un est décédé ultérieurement», déplore le secrétaire général dans le rapport. Par ailleurs, le secrétaire général dénonce le cycle infernal d’actes de violence contre les populations locales. «Les conflits intercommunautaires persistants et les activités menées par des groupes armés radicaux, deux phénomènes souvent imbriqués, ont été source d’insécurité», souligne le rapport qui évoque aussi plusieurs cas de vol et de destruction de récoltes dans la Région de Ségou. Autre fait inquiétant relevé, c’est la disponibilité de roquettes et d’obus de mortier, jusqu’alors peu répandus, et leur utilisation accrue dans la Région de Mopti. ID/MD (AMAP)
Rapport du secrétaire général de l’ONU sur le Mali : des avancées enregistrées sur le plan politique
Par Dieudonné DIAMA Bamako, 09 avr (AMAP) Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, dans son dernier rapport, revient sur l’évolution de la situation politique au Mali et relève, comme faits nouveaux, que la période considérée a été marquée par l’achèvement de la mise en place des institutions de la Transition, après la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août 2020. Selon M. Guterres, le 10 février, une session extraordinaire du Conseil national de la Transition (CNT), organe législatif de transition, a été convoquée à l’initiative du Premier ministre, Moctar Ouane. Et le 22 février, le CNT a adopté le Plan d’action du gouvernement que ce dernier avait présenté le 19 février. Auparavant, le 11 février, les parties signataires de l’Accord pour la paix et leurs partenaires internationaux s’étaient réunies à Kidal (Nord) pour la 5è session du Comité de suivi dudit Accord, la première à se tenir hors de Bamako depuis la signature du document. Sur l’évolution de la situation politique, Antonio Gutteres souligne qu’après la mise en place des institutions de la Transition, au dernier trimestre de 2020, le gouvernement a pris des mesures pour définir les priorités et régler des problèmes pressants d’ordre social et politique. Cela s’est matérialisé, le 5 janvier 2021, par la signature d’un accord avec l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) et le Conseil national du patronat du Mali (CNPM) pour mettre fin à plusieurs semaines de grève, afin d’obtenir des augmentations salariales et des avantages sociaux. Le 18 janvier, le président de la Transition, Bah N’Daw, a signé un décret portant dissolution du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) à l’origine de la démission du président Keïta le 18 août 2020. Et le 10 février, le Premier ministre Ouane a engagé un dialogue officiel avec les responsables politiques sur les réformes politiques et institutionnelles. Il a entrepris cette démarche dans un contexte de tensions persistantes entre les autorités et certains acteurs politiques inquiets du fait que le processus de transition manque de transparence et d’inclusivité. Concernant les préparatifs des élections, le rapport ajoute que les autorités de la Transition ont continué de prendre des mesures en vue de la tenue d’un référendum constitutionnel et d’élections locales et générales. « Le 31 décembre, rappelle-t-il, dans un discours à la Nation, le président de la Transition a annoncé un calendrier électoral provisoire qui prévoyait la tenue d’un référendum constitutionnel au second semestre de 2021, d’élections au niveau des régions, des cercles et des communes au quatrième trimestre de 2021, ainsi que d’élections présidentielle et législative au premier trimestre de 2022 ». Et à cet effet, le 25 janvier, le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation a organisé un atelier de trois jours à Bamako sur le cadre juridique des élections. Au cours de la période considérée, Antonio Guterres signale que les autorités maliennes ont pris des mesures prometteuses pour lutter contre l’impunité des violations des droits de l’Homme et des atteintes à ces droits qui avaient été commises au centre du pays en 2020. Sur le même chapitre, la Mission intégrée multidimensionnelle des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) déplore que la situation des droits de l’Homme soit restée « précaire en raison des conflits en cours dans certaines parties du pays impliquant principalement des groupes armés communautaires, des milices, des groupes extrémistes ainsi que les forces gouvernementales ». La mission onusienne a recensé 409 infractions, dont 89 violations des droits humains et 320 atteintes à ces droits, soit 74 cas de moins que pendant la période précédente. Le rapport ajoute que le 31 décembre 2020, sept personnalités soutenant le gouvernement évincé en août 2020 ont été inculpées de plusieurs infractions, notamment de complot contre le nouveau gouvernement, d’association de malfaiteurs et d’offense à la personne du chef de l’État. Antonio Guterres précise ensuite qu’elles avaient été arrêtées et placées en détention quelques jours auparavant par la Sécurité d’État en dehors de tout cadre légal et à l’insu des autorités judiciaires. Et le 2 mars 2021, la Cour d’appel de Bamako a décidé de suspendre la procédure engagée contre elles. Toutefois, le Procureur général a déclaré qu’il envisageait de faire appel devant la Cour suprême. DD/MD (AMAP)
Audience publique de la Commission vérité, justice et réconciliation : Pour la mémoire des victimes
Par Bembablin Doumbia Bamako, 06 avr (AMAP) Au total, quatorze témoignages ont été faits, devant la troisième audience publique de la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR) qui s’est déroulée, samedi dernier, au Centre international de conférences de Bamako sous le thème : «les disparitions forcées». Les audiences publiques de la Commission visent, notamment, à rendre aux victimes leur dignité et faciliter un début de guérison, en reconnaissant publiquement ce qui leur est arrivé, promouvoir la reconnaissance nationale des victimes et l’intégration de leurs récits à la mémoire et à l’histoire nationales. Dans son intervention, le président de la CVJR, Ousmane Oumarou Sidibé, a rappelé l’article 7 point i du statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) qui considère comme disparitions forcées les cas où «des personnes sont arrêtées, détenues ou enlevées par un Etat ou une organisation politique ou avec l’autorisation, l’appui ou l’assentiment de cet Etat ou de cette organisation, qui refuse ensuite d’admettre que ces personnes sont privées de liberté ou de révéler le sort qui leur est réservé ou l’endroit où elles se trouvent, dans l’intention de les soustraire à la protection de la loi pendant une période prolongée». D’après M. Sidibé, les disparitions forcées ne sont ni l’apanage d’un régime politique ni d’un acteur institutionnel en particulier. «Les rébellions, coups d’Etat, tentatives de coups d’Etat et autres crises politiques sont, hélas, accompagnés bien souvent de disparitions forcées», a-t-il regretté. De son côté, la ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme Bintou Founé Samaké, qui a présidé l’ouverture des travaux, a rappelé que la paix et la réconciliation nationale sont au cœur de la Transition. LIBERTE ET SECURITE DE LA PERSONNE – Il s’agit d’un objectif prioritaire des autorités de la Transition, « en réponse à une attente forte de nos concitoyens meurtris par une crise multiforme qui a fragilisé le fondement même de notre nation, héritière pourtant d’une tradition multiséculaire, de tolérance, d’humanisme et de vivre ensemble ». «Aujourd’hui, plus que jamais, l’ensemble de nos concitoyens doivent comprendre la nécessité de protéger la liberté de la personne et de sa sécurité, qui demeurent des biens précieux, essentiels pour tous les êtres humains», a-t-elle martelé. En outre, la ministre a rappelé « notre devoir de redonner aux victimes leur dignité en créant les conditions d’une justice de réparation ». « C’est dans ce contexte que le Programme d’actions du gouvernement de Transition prévoit des actions de réparation au bénéfice des victimes », a-t-elle dit. Mme Bintou Founé Samaké a réaffirmé l’engagement du gouvernement à conduire une lutte sans merci contre l’insécurité afin de sortir notre pays du cycle infernal de la violence. Juste après l’ouverture des travaux, un panel composé de cinq commissaires et dirigé par le président de la CVJR a été mis en place. Individuellement et collectivement, des personnes témoins d’enlèvement de parents ou époux ont intervenu. C’est ainsi que les descendants de Fily Dabo Sissoko, Hamadoun Dicko et Kassoum Touré dit «Marabaga Kassoum» ont, ensemble, fait le récit de la disparition de ces figures emblématiques de notre pays. Ces faits se sont déroulés entre 1962 et 1964 et constituent un évènement politique majeur dans l’histoire du Mali, où le régime d’alors avait pensé «qu’on voulait le déstabiliser». En effet, tout est parti de la création du franc malien à laquelle certains commerçants s’étaient montrés hostiles. Alors que «Marabaga Kassoum», influent commerçant à l’époque, a été arrêté, une manifestation s’est déclenchée à Bamako pour demander sa libération. «C’était une manifestation spontanée qui a été filmée où ne figurent aucune photo de Fily Dabo Sissoko ni de Hamadoun Dicko qui était dans son bureau», a déclaré l’ancien ministre Oumar Hamadoun Dicko, fils de de Hamadoun Dicko. D’après les intervenants, au lendemain de cette manifestation, ces derniers ont été arrêtés chez eux. Ainsi, les trois personnes ont été jugées par le Tribunal populaire, avant d’être transférées au bagne de Kidal, dans le Nord, où elles ont été «exécutées», selon leurs descendants. Aujourd’hui, leurs familles respectives ont pardonné cet acte mais elles souhaitent avoir «la reconnaissance des lieux du crime» et «qu’il y ait une cérémonie de funérailles nationales» à leur mémoire. Les familles réclament, aussi, une réhabilitation totale et entière de ces «notabilités» de notre pays. LES FRÈRES DE CABRAL, LEADER ESTUDIANT – Les frères d’Abdoul Karim Camara dit Cabral, ancien leader estudiantin, victime également de disparition, sont sortis de leur silence au cours de cette rencontre. Ces événements se sont déroulés dans les années 80. «Tout a commencé le 10 mars 1980. Les policiers du 1er arrondissement sont venus chercher notre frère Mamadou Camara et notre maman», ont-ils relaté. Ces arrestations ainsi que celle d’autres membres de la famille avaient pour but d’avoir des informations sur Cabral mais aussi de faire en sorte que ce dernier se rende. C’est ainsi que un cousin du jeune étudiant d’alors a conduit les agents chargés de l’enquête à Massala, à l’ouest de Bamako, la capitale malienne, où Cabral sera arrêté. « Il sera conduit au 2è arrondissement avant d’être plus tard exécuté par le régime de Moussa Traoré », selon ses parents. Comme leurs prédécesseurs, ces derniers veulent, eux aussi, connaître les lieux où Cabral repose. Contrairement aux frères de Abdoul Karim Camara, Fatoumata Traoré a voulu connaitre le sort de son mari qui a été victime «d’enlèvement par les groupes armés». Ces faits ont eu lieu à Niafunké (Nord), en 2015, où son époux a rencontré des individus à moto. Et depuis, elle n’a plus revu son compagnon. Mme Traoré, qui a une fille à sa charge, souhaite savoir aujourd’hui ce qui est arrivé à son mari. Même demande pour Sidina Ould Mohamed Issa dont quatre frères ont été victimes de disparition «par les forces armées maliennes», accuse-t-il. Ces événements se sont déroulés à Tombouctou (Nord), en 2013, où les intéressés, qui venaient de vendre leur sel, ont été arrêtés par «nos militaires», selon l’intervenant. «Depuis lors, nous avons perdu leurs traces», a-t-il déclaré. Avant de saisir l’occasion pour inviter à cesser l’amalgame. «Tout Arabe ou
12ème édition du mariage collectif à Banamba (Mali): La fête populaire au village
Par Abdoualye TRAORE Banamba, 1er avril (AMAP) Nous sommes mercredi. La ville de Banamba vit au rythme de la célébration de la 12ème édition du mariage collectif. Les chefs de famille s’affairent pour la réussite de l’évènement. De gros bœufs sont attachés devant toutes les portes avant d’être abattus par les bouchers. Les femmes organisent le déjeuner. Les cuisines sont animées, après les achats de quantités considérables de victuailles. Les enfants continuent de transporter, dans les tricycles, boissons et sachets d’eau. Tout est presque prêt. Vêtus de leurs habits de fête, les témoins, les enfants et les femmes au son du tam-tam et de chants de griots se dirigent vers la mairie où attendent les élus et le préfet de cercle ainsi que plusieurs personnalités et parents venus de la Côte d’Ivoire, de Bamako, la capitale maliennes et d’autres localités du pays. La célébration a commencé à la mairie. De 08 heures à 17 heures, plus de 138 mariages ont été célébrés dans la grande salle de délibération de la mairie de la Commune rurale de Banamba, avec l’accompagnement des partenaires sponsors dont une célèbre parfumerie sous régionale, en partenariat avec une boutique de produits de beauté. Cette journée, particulièrement, animée s’est déroulée sans incidents. Les autorités locales, le président du Conseil régional, les partenaires sponsors, les responsables des services techniques, les invités de marque, les forces de l’ordre, les médias, les visiteurs ont tous, par leur présence effective à la cérémonie, rendue la fête plus belle. Le Représentant de l’Etat, Sékou Touré, s’est dit très satisfait parce que les mêmes couples, qui quittent les vestibules et la mosquée, viennent chercher l’acte de mariage, un document qui est extrêmement important. A ce titre, il a invité les partenaires à organiser davantage le mariage collectif afin que l’évènement puisse avoir des résultats tangibles, avant de donner rendez-vous en 2022. Cet événement socioculturel a lieu chaque année suivant le croissant lunaire, sur décision des sages de la ville, qui a coïncidé avec le 31 mars 2021. La salle de célébration de la mairie a accueilli cette année plus de 138 jeunes couples. Depuis 12 ans, la parfumerie partenaire de ce rendez-vous, « dans sa politique sociale, sponsorise la mairie de la Commune rurale de Banamba pour la réussite de ce grand l’évènement socioculturel, » nous indique l’Agent commercial M. Julien. L’entreprise a remis plusieurs cadeaux de grande valeur (meubles, matériels de sonorisation, gaz butane, etc.) aux nouveaux mariés. La parfumerie sponsor est spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de produits cosmétiques et parfums. Elle est certifiée ISO 9001 : 2015, ce qui signifie que cette structure respecte les normes de fabrication internationale en matière de produits cosmétiques et parfums. Depuis près de 60 ans, elle est « le label qui a réussi à s’imposer comme la marque de beauté auprès des consommateurs grâce à nos produits de qualité », a dit l’agent commercial. D’après lui, l’entreprise a pour mission de propulser la beauté au sommet avec un rapport qualité prix toujours excellent. Leurs unités de productions sont au Sénégal, au Maroc, au Cameroun et en Côte d’Ivoire. La parfumerie « travaille pour la beauté, la santé et bien-être de ses millions de consommateurs à travers le monde. C’est pourquoi, dans sa quête de toujours donner le meilleur à sa clientèle, elle développe des formules uniques et novatrices ». Sur la base d’un savoir-faire depuis longtemps reconnu et l’utilisation de techniques de pointe et une maitrise de l’esthétique de la peau, soutien M. Julien. La parfumerie éprouve « un réel plaisir à coiffer les nouvelles mariées, offrir aux couples les gammes de produits et permettre aux jeunes couples de s’équiper » en gagnant par tirage de nombreux cadeaux (lit, coiffeuse, armoire, salon complet, tables à manger, mini chaines, postes téléviseurs, glacières, bouteille de gaz et des paniers secrets des femmes maliennes. Tous ces acteurs impliqués se sont réjouis de l’accompagnement que la parfumerie a accordé à la mairie de Banamba, en matière de la promotion socioculturelle de la commune. AT (AMAP)

