Banques et établissements financiers du Mali : La grève se poursuit pour la détresse des clients

Bamako, 02 nov (AMAP) Après une grève de 72 heures largement suivie par les banques et établissements financiers, les stations-services, la semaine dernière, le Syndicat national des banques, assurances, micro finances, établissements financiers et commerces du Mali (SYNABEF), a entamé depuis, hier lundi, un nouveau débrayage de 72 heures. Ce mouvement fait suite à un préavis déposé le 7 octobre dernier, annonçant la reconduction de l’arrêt du travail si aucun compromis n’était trouvé. En conséquence, seuls les guichets automatiques des banques concernées étaient en service hier. La Banque de développement du Mali (BDM SA) et la Banque sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce (BSIC) se sont désolidarisées de la grève. Quant à la Bank of Africa (BOA), son comité syndical n’est pas membre du SYNABEF. Les points de revendication du SYNABEF portent sur le départ du directeur général de la BDM, Brahima Haïdara, à l’affaire de Mme Kané Djénaba Sall (convaincue de détournement), à la transposition et la relecture de la Convention collective. La reconduction de la grève est insoutenable pour de nombreux clients, privés d’opérations aux guichets. Beaucoup de personnes n’arrivent pas à toucher leur salaire. Rencontré à l’ACI 2000 devant une banque de la place, Mamadou Danfaga, agent de police, était venu pour une opération bancaire. «Franchement, cette situation est inadmissible. Les grévistes doivent tenir compte de la situation actuelle du pays», a-t-il dénoncé, avant d’attirer l’attention des grévistes sur le fait que certains parents qui doivent payer les fournitures scolaires pour leurs enfants, n’ont pas encore touché leur salaire, à cause de ces arrêts consécutifs du travail dans certaines banquiers. Moussa Dembélé, un autre client, a invité les protagonistes à la retenue. « Ils doivent, selon lui, faire passer l’intérêt des clients qui traversent déjà des périodes très difficiles à cause de la situation du pays, devant leurs intérêts personnels». Dimanche dernier, les syndicalistes étaient autour de la table de négociations avec l’Association des banques et établissements financiers (APBEF) et le Comité des compagnies d’assurances (CCA) au ministère du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, de 17h à 02h du matin, en présence du ministre de l’Économie et des Finances. Mais aucun point des revendications concernant le SYNABEF n’a été accepté par l’APBEF et le CCA. « Autrement dit, les patrons de banques restent sur leur position », a regretté le secrétaire administratif du SYNABEF, Cheick Oumar Diakité. Selon les grévistes, seules les requêtes relatives aux conditions de vie et de travail des pompistes des stations services Shell, Total et Oryx et des agents du Pari mutuel urbain (PMU), ont été acceptées. « Quitus a été également donné pour la régularisation de ceux qui travaillaient en gestion déléguée », a encore ajouté le syndicaliste. « Le gouvernement, dans son rôle d’arbitre, s’est beaucoup impliqué dans les négociations », a reconnu notre interlocuteur. « Soucieux de la situation du pays, le SYNABEF a retiré devant le ministre en charge du Travail, les points relatifs au directeur général de la BDM, Bréhima Haïdara, à Mme Kané Djénaba Sall et à la transposition et la relecture de la Convention collective », a détaillé Cheick Oumar Diakité. « Ces concessions n’ont pas pu faire fléchir la position des patrons de banques », a-t-il regretté, menaçant de poursuivre la grève si les doléances ne sont pas satisfaites. Une source à l’APBEF indique que les parties vont se retrouver, à nouveau, autour de la table de négociations afin de parvenir à un compromis. «Faute de satisfaction, la grève sera reconduite pour 72h», avait menacé la semaine dernière, le secrétaire général du SYNABEF, Hamadoun Bah. Il avait rappelé que son organisation exige, entre autres, le retour à la BDM de Mme Kane Djénébou Sall, «arbitrairement licenciée», la relecture de la convention sur la grille salariale pour une augmentation de 30% qui, selon la convention, doit se faire tous les trois ans. Le syndicat réclame, aussi, de remettre dans leurs droits les 45 travailleurs d’Ecobank-Mali licenciés pour motif économique. Hier, la direction générale de la Banque nationale de développement agricole (BNDA) et Ecobank ont assuré un service minimum, une manière de répondre aux cris de détresse  de leurs clients. Les grévistes vont-ils entendre les cris de détresse de leurs clients ? Pas si sûr. Les syndicalistes semblent déterminés à faire aboutir leur lutte. Ils montaient hier la garde dans les cours des banques concernées pour s’assurer du suivi strict du mot d’ordre de grève. À la Banque malienne de solidarité (BMS S.A), le secrétaire administratif du Synabef et ses camarades assuraient le piquet de grève. BBC/MD (AMAP)

Rentrée scolaire : Les cours n’ont pas commencé partout à Bamako

Par Amadou SOW Bamako, 02 nov (AMAP) La rentrée des classes est effective au Mali depuis lundi 1er novembre 2021. Le constat général est que les cours n’ont pas démarré partout dans la capitale, Bamako. Apres un tour dans certains établissements publics te privés, dans bien des cas, élèves, enseignants et responsables de l’administration scolaire étaient bien sur place. Les directeurs des établissements scolaires nous ont exprimé des appréhensions par rapport au communiqué des Syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016 (Synergie), notamment la rétention des notes. Aux environs de 9 h 30, notre équipe de reportage est arrivé au groupe scolaire Mamadou Konaté. Les enseignants étaient regroupés sous un grand manguier. Certains élèves étaient dans les classes et d’autres en train de deviser dans la cour de l’établissement. Le directeur-coordinateur de l’établissement a expliqué que la reprise était effective mais que les cours n’avaient pas encore commencé. «Jusque-là, nous n’avons pas encore la décision de passage. En outre, le conseil de proposition de passage en classes supérieures n’est toujours pas fait. Impossible de travailler si nous n’avons pas cette décision qui permet de savoir qui passe en classe supérieure ou qui redouble», a dit le pédagogue. Le directeur du groupe I de l’école Mamadou Konaté, Abdoul Salam Sidibé, a confirmé ces difficultés. Il a ajouté qu’il y a aussi des travaux de rénovation de son établissement. Malheureusement, la réception officielle des salles de classes n’est pas encore faite. «Nous avons occupé les classes en attendant la réception officielle », a-t-il signalé, avant d’inviter à aplanir rapidement les difficultés. Au niveau du groupe scolaire Karamoko Sangaré à Ouolofobougou Bolibana, les élèves étaient dans les classes pour certains (mais ils ne prenaient pas de cours), d’autres dans la cour de l’école. Le directeur de cet établissement scolaire, Soriba Koné, a confirmé aussi la non disponibilité de la liste de passage qui détermine les élèves qui passent en classes supérieures. Il a expliqué qu’il attendait cette liste pour que les enseignants de son établissement commencent à dispenser les cours. A l’école de Dravela I, les cours ont bel et bien démarré hier. Le directeur de l’établissement, Mamadou Doumbia, a indiqué que toutes les dispositions ont été prises pour le bon déroulement de l’année scolaire, même si on attend encore la décision de passage des élèves. Le censeur, Karim Goïta, du groupe scolaire Ba Nanssou, un collège privé, a aussi affirmé que tout se passe bien au sein de son établissement. «Les élèves sont venus récupérer leurs fournitures. Tout est prêt pour respecter la décision gouvernementale», a-t-il souligné. Cependant, il a déploré la lenteur dans l’octroi des subventions aux établissements scolaires privés pour l’enseignement secondaire. Il a ajouté que depuis deux ans, son établissement, tout comme d’autres, n’a pas encore reçu le moindre Kopeck de l’État. Notre interlocuteur espère que les négociations en cours entre le gouvernement et les Syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016 aboutissent pour que l’école malienne reparte sur des bases plus saines. Il a souhaité vivement une solution définitive aux maux qui minent notre système éducation. AS (AMAP)  

Diéma : La pastèque introuvable sur le marché

Par Ouka BA Diéma, 1er nov (AMAP) Exceptionnellement, cette année, la culture de la pastèque n’a pas réussi dans le Cercle de Diéma. La plupart des plantes ont séché avant même leur floraison, à cause des fréquentes ruptures de pluie, Ce qui aurait influé d’une manière générale sur l’ensemble des cultures, notamment le mil, le maïs et l’arachide. Sur les grands axes, il est rare de voir aux abords des routes des tas de pastèques réservés aux passagers. Dans le Kaarta, aujourd’hui, la culture de la pastèque permet de renforcer l’autosuffisance alimentaire. De nombreuses familles génèrent des ressources à travers la culture de la pastèque. Hommes, femmes et jeunes, tous s’adonnent à cette activité lucrative. Dès que les premières pluies tombent, tous se dirigent vers les champs pour labourer et semer. Mais beaucoup de gens commencent à se faire des soucis et pensent que dans les années à venir, la culture de la pastèque finira par remplacer totalement celle du mil, à cause des revenus intéressants qu’elle génère. Avec la production et la commercialisation de la pastèque, de nombreux jeunes se sont mariés. Certains se sont octroyés des motos, d’autres ont investi dans le commerce, l’élevage et autres activités génératrices de revenus. Aujourd’hui, dans le Cercle de Diéma, la culture de la pastèque a permis de fixer beaucoup de jeunes, les empêchant d’aller mourir sur les côtes méditerranéennes. Les femmes en tirent le plus grand profit. Certaines achètent des pastèques, qu’elles découpent en petites tranches vendues à cent francs cfa. Mais toutes déplorent la rareté et surtout la mauvaise qualité de la pastèque. C’est pourquoi, la marchande Djéba Traoré, ne laisse jamais un client goûter sa pastèque avant de l’acheter. Dans ces conditions, s’exclame la dame, je risque de perdre tous mes avoirs. Les deux hectares de pastèque de Baba Traoré, 3è adjoint au maire de la Commune rurale de Gomintradougou, n’ont rien produit. Auparavant, cet élu-producteur pouvait réaliser des recettes de près d’un million de francs cfa avec la vente de ses pastèques. Il évoque la rareté des semences de pastèque, qui, pour s’en procurer, il faut se rendre jusqu’à Kayes ou Bamako ou passer la commande. « Des transporteurs sont venus récemment dans notre village, mais ils en sont retournés bredouilles. Tous nos champs sont rasés. Pas de pastèques cette année », ajoute l’homme. D’après Bassi Baba Diarra, résident à Dioumara, la culture de la pastèque se porte mal dans cette localité. « De nombreux producteurs affluaient de Ségou pour venir cultiver la pastèque chez nous, mais cette année, on pouvait les compter sur le bout des doigts. On dirait qu’ils ont présagé cette mauvaise campagne « , se désole-t-il. Pour promouvoir la culture de la pastèque, il propose de rendre disponibles les semences jusqu’au niveau villages et hameaux. Il faut équiper les producteurs agricoles avec des matériels et intrants afin d’accroître leurs productivités. Même plainte chez le président de la chambre locale d’agriculture, Boubou Traoré, qui explique que son champ de pastèque a produit des fruits maigres et fades, à cause de l’insuffisance de pluies. Cette année, le prix de la pastèque a grimpé. « L’année dernière, avec 200 Fcfa, dit le représentant du monde rural, on pouvait avoir une pastèque de son choix ». « Il faut rentabiliser cette filière en implantant des unités de transformation », suggère-t-il. A Nafadji, selon Kantara Traoré, ce sont des gens de Ségou et Bougouni qui viennent cultiver de la pastèque. Ils vendent leurs produits aux commerçants de Bamako qui remplissent des camions pour aller ravitailler des unités de transformation. Mais cette année, aucune commande n’a été satisfaite dans ce village. La crise de la pastèque est ressentie partout. Modibo Fofana, résident à Fangouné Kagoro, rencontré au secteur de l’agriculture, dispose de deux hectares de pastèque. Il explique que le champ qu’il exploite avait été mis à la disposition du directeur d’école du village. « Un soir, lorsque je me promenais, dit-il, j’ai constaté que le champ en question n’avait pas été utilisé depuis deux ans. C’est ainsi que j’ai ordonné à mes enfants de le labourer et d’y semer de la pastèque », explique-t-il. Aucun champ de pastèque n’a fleuri cette année à Diangounté Camara. Bakary Sacko, rapporte qu’au moment où les plantes ont commencé à pousser, les pluies ont été interrompues. Quand il parcourt son champ, le bruit des feuilles mortes de pastèque sous ses pieds lui fait grincer des dents. Fatoumata Traoré aide sa mère à vendre des pastèques au quartier Razel. Assise sous un hangar de fortune, la fille attend les clients qui tardent à se présenter. De passage, s’il vous arrive de regarder du côté de son étal, elle vous invite à venir acheter de la bonne pastèque. Les prix de la pastèque, ici, vont de 300 à 500 Fcfa, malgré leur petite taille. Sa mère sillonne les villages environnants pour s’approvisionner. Gaoussou Diarra, producteur agricole à Dianguirdé, dit que la pastèque a réussi dans sa localité. « Les enfants de notre chef de village passent le plus clair de leur temps à charger des camions en provenance de Kayes et de Bamako. Je n’ai pas fait de champs de pastèque cette année, j’ai cultivé un peu de sésame, c’est mon seul regret », dit Gaoussou. Tama Diarra, déclare qu’à Kana, son village natal, personne ne cultive de la pastèque. « Les gens n’accordent pas d’importance à cette culture qu’ils considèrent comme une perte de temps. Seul, le mil compte pour nos braves paysans », dit-il. «La pastèque c’est de l’eau, poursuit-il, elle n’arrange que ceux qui souffrent de déshydratation ». « Moi, je n’en veux pas», renchérit Seiba Kanté, réparateur de motos. «Les Chinois ne mangent pas la chair rouge de la pastèque dont nous raffolons, mais plutôt l’intérieur. Il paraît que c’est la partie dure qui renferme plus de vitamines», croit savoir Sékou Camara, manœuvre sur un chantier. On rapporte qu’un âne en divagation s’est introduit nuitamment dans la maison d’une femme et a dévasté son petit champ de pastèque situé dans un coin de la cour. L’entrée de la maison était restée ouverte> Son fils qui est rentré

Le thé : un véritable phénomène de société

Par Fadi CISSE Bamako, 29 oct (AMAP) Un samedi soir à Lafiabougou, en Commune IV du District de Bamako. Le ciel est totalement dégagé. Tempéré, le vent souffle par moment. Les douze jeunes (filles et garçons) qui composent le « grin » «Ankata (En avant), en bambara sont, comme, à leur habitude, réunis autour du chef de groupe Adama Sacko dit Lil Kedji. Au loin, une saveur agréable de thé bien cuit inonde les lieux. La théière chauffe. Le premier des trois verres du thé semble prêt. Ce rendez-vous est devenu un rituel pour ces jeunes-là. Chaque jour, ils dépensent environ 1 000 Fcfa pour acheter un paquet de thé de dix sachets de 125g. «On prépare cinq le matin et on garde les cinq autres pour le soir», explique Adama Sacko, en pianotant sur le clavier de son Smartphone. Chacun contribue. Il arrive que l’un d’entre eux achète la dotation du jour pour tout le groupe. «On ne voit pas l’intérêt de former un grin sans faire du thé à côté», confirme-il, précisant qu’ils consomment toutes sortes de marque de thé. Au Mali, voir un regroupement de personnes sans l’inévitable théière relève de l’impossible. Les causeries entre groupes d’âge ou de collègues appelés «grins» se font généralement autour du thé et dans la rue. Les familles se réunissent autour du thé. Il est également très prisé lors des cérémonies sociales : mariages, baptêmes et même les funérailles. Les bureaux des services publics comme privés, ne sont pas épargnés. Sur ces lieux de travail, des amateurs paient ou chargent des jeunes de préparer du thé pour le leur servir dans les bureaux. Sa consommation est ancrée dans les traditions et habitudes alimentaires. PLUS D’UNE CENTAINE DE MARQUES DE THÉ – Toute chose qui expliquerait la prolifération sur le marché malien de plusieurs dizaines de marques de thé. On estime le nombre à près de 126. On en trouve dans toutes les boutiques de quartier. Salam Dicko est boutiquier à Hamdalaye ACI. Plusieurs variétés de thé emballées dans des sachets de couleur jaune, bleue, noire, rouge, etc. sont exposées dans les rayons de son magasin. «Par semaine, je peux écouler plusieurs cartons de thé de marques différentes», se réjouit le marchand. Précisant que les clients les achètent selon leur préférence, il ajoute que toutes les marques de thé marchent bien au Mali. Importés d’Algérie, de Mauritanie, du Maroc et de Chine, ils se vendent comme de petits pains. Sur la période allant de janvier à juillet 2021, le Mali a importé 2.383 tonnes de thé. Ces marchandises ont transité par les ports de Lomé, au Togo, d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, de Dakar, au Sénégal et de Conakry, en Guinée, explique un chef de division à la direction régionale de l’agriculture. Adama Keita ajoute : «Les marques les plus vendues sur le territoire national sont : Achoura, Firdhaous, Alkaoussara… ». « Ces thés sont tous de qualité et bien inspectés avant d’être mis en circulation dans le pays », assure-t-il. Ces précautions écartent certes les risques d’intoxication, mais la consommation de thé crée une réelle dépendance qui pourrait expliquer la montée sans cesse croissante de sa côte de popularité, selon un médecin nutritionniste. « Le thé reste un excitant à travers la caféine, la théine et d’autres substances qu’il contient », explique Dr Mamadou Traoré. « La consommation du thé apparaît aux yeux d’un nombre important de Maliens comme un phénomène social permettant de consolider les liens d’amitié et de retrouvailles », note le sociologue Dr Aly Tounkara. Le fait qu’il y ait un «grin» sans thé est mal perçu dans notre entourage. Cela a été exploité par les commerçants. Ceux-ci ont saisi les «grin» comme une sorte d’aubaine afin de diversifier les variétés de thé pour pouvoir faire davantage de profit. RICHE EN ÉLÉMENTS NUTRITIFS – Au même moment, la consommation de cette boisson sucrée va au-delà des retrouvailles au «grin», « elle questionne à la fois le travail dans les administrations publiques et privées », analyse le professeur d’enseignement supérieur. Pour qui ces lieux sont rythmés, aujourd’hui, par une consommation accrue du thé. «Cette boisson à tendance à sortir d’un cadre phénoménologique pour devenir un fait de société», conclut Dr Tounkara. Quid des avantages ? Le thé contient des éléments nutritifs, reconnaît l’expert en nutrition. Pour pouvoir profiter de ces vitamines, il doit être consommé à distance entre les repas et sous une forme infusée, recommande Dr Traoré. « Ce qui permet, insiste-t-il, de conserver ces éléments nutritifs (vitamines et acides aminés) et de réduire la teneur en théine. «Le the infusé contient des acides organiques, moins de caféine, des vitamines (A, B, C, E, P), des minéraux (potassium, phosphore, magnésium) et des centaines de substances aromatiques. C’est également un excellent antioxydant», explique le spécialiste. S’il est consommé avant le repas, le thé vert contient une autre vertu. «Il optimise l’absorption des différents nutriments comme le magnésium et autres vitamines», révèle Dr Mamadou Traoré. Le nutritionniste conseille aux personnes anémiées de modérer leur consommation de thé, car il inhibe l’absorption et l’assimilation du fer. Aussi, n’est-il pas indiqué de le consommer juste avant d’aller au lit, car la théine qu’il contient, comparable à la caféine, peut rallonger le temps d’endormissement. C’est pourquoi, il est demandé d’arrêter d’en consommer au moins quatre heures avant le coucher. Les femmes enceintes, qui en absorbent, risquent de transmettre les toxines au fœtus. À travers le placenta, la caféine peut entrer dans son circuit sanguin. Les conséquences peuvent être les problèmes de croissance, de naissance prématurée et de fausse couche, prévient-il. FC (AMAP)

L’ONU à Bamako : Maintenir le cap

Par Issa Dembélé Bamako, 26 oct (AMAP) La visite des émissaires de l’Organisation des nations (ONU), le week-end dernier, s’inscrit dans le sillage de celle du président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) , le chef de l’État ghanéen, Nana Akufo Ado. Ce ballet diplomatique multilatéral intervient dans un contexte particulier de la Transition en cours au Mali. Les autorités maliennes sont bien décidées, conformément aux aspirations de nos concitoyens, à mener des réformes profondes, avant de procéder aux consultations électorales devant aboutir à l’élection des nouveaux dirigeants. La tenue des Assises nationales de la refondation et la création de l’Autorité indépendante de gestion des élections, participent de cette volonté d’instaurer des institutions solides et éviter au pays des crises post-électorales à répétition. Cette décision des dirigeants de la Transition ne manque pas de susciter des suspicions de vouloir prolonger la période intérimaire, pour se maintenir au pouvoir. La suspicion est portée par une frange de la classe politique. La communauté internationale, emmenée par la CEDEAO et l’ONU, se mobilise aussi pour, subtilement, faire pression sur le pouvoir intérimaire, afin de l’amener à organiser des élections dans le délai préétabli de février 2022. Afin d’éviter tout risque de marginalisation de notre pays, il appartient aux autorités de la Transition d’expliquer leur démarche pour qu’elle soit comprise aussi bien par nos concitoyens que par la communauté internationale. C’est à cet exercice que le chef du gouvernement s’est attelé lors de sa rencontre avec la délégation du Conseil de sécurité dimanche dernier. Dr Choguel Kokalla Maïga a indiqué à cet effet que les dirigeants actuels du Mali ne font que mettre en œuvre les aspirations du peuple malien à un changement profond dans la gouvernance. Un changement pour éviter au pays les travers qui l’ont conduit dans la crise multidimensionnelle qu’il traverse actuellement. Le Premier ministre a fait comprendre à ses interlocuteurs que la démarche du gouvernement n’est nullement dictée par une quelconque volonté de tenir tête à la communauté internationale dont la mobilisation est appréciable depuis l’éclatement de la crise. Simplement, l’évolution de la situation sur le terrain commande un changement de paradigme dans l’appui de la communauté internationale. Et le Mali tient à ce changement car il y va de la survie du pays en tant que République laïque et démocratique. Les Maliens sont simplement dans une logique de prise en main de leur destin, car les recettes longtemps servies se sont avérées inopérantes C’est cette détermination qui a sans doute amené le Premier ministre à faire, à la tribune de l’ONU en septembre dernier, une déclaration qui s’écartait de la langue de bois diplomatique. La sortie du chef du gouvernement a déclenché une passe d’armes entre les dirigeants français et les autorités de la Transition. Il faudra du temps pour que cette posture soit comprise, notamment aux Nations unies à New York où les puissants dictent leur loi et ont du mal à prêter une oreille attentive aux cris de détresse des faibles. Difficile dans ces conditions de s’attendre à un soutien de Paris qui compte parmi les poids lourds des Nations unies disposant d’un droit de veto. Jusqu’ici, la France était fortement présente dans le dossier de la crise malienne, aussi bien sur le plan diplomatique que dans le domaine militaire. Le récent froid entre Bamako et Paris n’augure pas d’une bonne coopération diplomatique dans un avenir proche. Aussi, sur le plan militaire, l’allègement du dispositif de la force française Barkhane que Paris s’efforce de présenter comme un simple réaménagement est considéré par Bamako comme un « abandon en plein vol ». Le changement de paradigme dans le traitement du dossier Mali par la communauté internationale, quoique comportant des risques immédiats, constitue un impératif, au vu de l’évolution de la situation sur le terrain. La présence des dizaines de milliers de soldats étrangers sur notre sol, en plus des nôtres, n’a pas permis de faire reculer l’insécurité. Bien au contraire, les groupes armés terroristes continuent d’étendre leur emprise à maints endroits du territoire. Après les Régions de Kidal, Tombouctou, Gao, Ménaka, Mopti, les groupes terroristes menacent dangereusement le bassin rizicole du pays dans la Région de Ségou. Les Régions de Sikasso et de Kayes, épargnées il y a peu, sont aujourd’hui en proie à l’insécurité. Les populations civiles sont soumises aux exactions des terroristes ; les militaires sont régulièrement victimes d’attaques meurtrières. Pendant ce temps, que fait la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) ? Elle s’occuperait dans la protection des civils et de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Difficile de convaincre les populations des régions affectées par la crise que des millions de dollars sont dépensés par la communauté internationale pour aider le Mali à les sécuriser. Voilà pourquoi, notre pays, dans une démarche nouvelle, s’est opposé au déploiement souhaité par Paris, de 2.000 casques bleus supplémentaires dans les Régions de Ségou et Mopti. Si les casques bleus demeurent fantomatiques, la Force conjointe du G5 Sahel n’est pas non plus dans une logique d’efficacité maximum. L’union des forces des pays sahéliens est en butte au refus de certaines grandes puissances de lui accorder l’appui des Nations unies pour lui rendre la robustesse nécessaire à l’accomplissement de sa mission. Résultat : malgré sa mise en place depuis quelques années, elle n’arrive pas à contribuer efficacement à l’endiguement du péril terroriste dans l’espace sahélo-saharien. Le changement de paradigme devrait, selon l’analyse des autorités maliennes, contribuer à améliorer la situation sécuritaire, condition sine qua non pour l’organisation d’élections libres et crédibles sur l’ensemble du territoire national. D’où l’idée de prendre le temps de s’occuper efficacement de la lutte contre le terrorisme et de procéder à une refondation pour laquelle des milliers de Maliens ont manifesté pendant de longs mois en 2020. L’argumentaire des autorités intérimaires trouve un écho favorable dans l’analyse de certains observateurs. « La communauté internationale devrait moins se préoccuper de mettre un terme à la transition

L’hypothèse de plus en plus crédible d’une prolongation de la Transition au Mali

Par Moussa Diarra Bamako, 25 oct (AMAP) Derrière les propos diplomatiques tenus par la délégation du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a séjourné à Bamako, du 23 au 24 octobre, et s’est dit « suffisamment imprégnée » de la situation du Mali, les positions se rapprochent sur une prolongation de la durée de la transition politique au Mali. « Seules les négociations avec les djihadistes n’ont pas été évoquées à la Primature, sinon tout le reste est acquis. Ils (ndrl, les diplomates du Conseil de sécurité) pensent, hors micro, que la Transition a des arguments en béton », a dit, une source proche des discussions, sous le couvert de l’anonymat. Si pour la communauté internationale l’urgence est de préparer les élections, les autorités de la Transition mettent en avant la stabilité et la refondation du pays. Les autorités maliennes n’ont ainsi pas caché que la date de fin février 2022, prévue pour l’organisation des élections présidentielle et législatives, pourrait être reportée. Il s‘agit, en fait, d’un principe de réalisme : il est matériellement et techniquement impossible de tenir les scrutins dans le reste de temps de la Transition. Le discours officielle accrédite, de plus en plus, cette possibilité d’une prolongation du délai imparti à la Transition. Ainsi, en septembre dernier, le Premier ministre Choguel Kokala Maïga, au cours d’une rencontre avec les membres du corps diplomatique, a clairement indiqué que la priorité du gouvernement est d’abord l’organisation des Assises nationales de la Refondation (ANR). Et que celles-ci prévues en décembre prochain détermineront le chronogramme détaillé devant conduire aux élections générales. Le Mali vit un contexte de tensions diplomatiques, notamment entre Paris et Bamako. A cette crise diplomatique, s’ajoute la pression de plus en plus accrue de la communauté internationale sur les autorités de la Transition afin qu’elles respectent le délai de 18 mois, préalablement imparti à la Transition. Lors d’une conférence de presse, au terme de leur visite, les ambassadeurs du Kenya, Martin Kimani, du Niger, Abdou Abarry et de France Nicolas de Rivière ont indiqué qu’ils ont pu s‘entretenir avec les différents acteurs, notamment les autorités de la transition, la société civile, les signataires de l’Accord de paix. Devant ces différents interlocuteurs maliens, la délégation du Conseil de sécurité a indiqué, avoir particulièrement insisté sur la durée de la transition politique au Mali. L’objectif principal de la mission onusienne, la 5è du genre, était d’évaluer la situation politique, sécuritaire, humanitaire, de droits de l’homme, de développement, du calendrier de la Transition ainsi que l’état de la mise en œuvre des mesures prioritaires de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger par les parties signataires. Cette mission est co-présidée par les représentants du Kenya à l’ONU, Martin Kimani, du Niger, Abdou Abarry et celui de la France, Nicolas de Rivière La délégation est composée, aussi, de la Russie, Chine et des Etats-unis. « Tous ces pays ont été positifs dans leur intervention. Le Niger et le Kenya aussi. Le français se justifiait…. », a ajouté notre source. Au cours de son séjour, la délégation onusienne a eu des rencontres avec les Autorités de la Transition, le personnel de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), les différentes parties impliquées dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, ainsi qu’avec les autres acteurs nationaux et internationaux de la crise malienne. « On a dit aux différents interlocuteurs que la meilleure transition, c’est la transition la plus courte. Si on ne peut pas avoir d’objections pour des réformes, il ne faudrait pas retarder de façon prolongée la feuille de la transition », a expliqué Abdou Abarry, ambassadeur du Niger à l’ONU cité par Radio France internationale (RFI) sur son site. Pour sa part, l’ambassadeur de France à l’ONU, Nicolas de Rivière, estime que, « comme dans beaucoup de crises de ce type, la réponse sécuritaire est évidemment nécessaire, mais n’est pas suffisante ». » Et la priorité doit certainement être de part et d’autre de relancer une véritable dynamique politique et de ramener la paix partout dans le territoire », ajoute le diplomate cite par la même source. En résumé, la délégation du Conseil de sécurité a expliqué être venue transmettre un message de solidarité et de soutien au Mali. Mais, aussi, pour écouter les autorités de la transition. Elle a été recue, dimanche, à la Primature par le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, accompagné par plusieurs membres du gouvernement. Le chef du gouvernement a indiqué que cette visite intervient à un moment crucial de la vie de son pays, marquée depuis quatre mois par la rectification de la trajectoire de la Transition, intervenue le 24 mai 2021. Le Premier ministre a expliqué à ses hôtes, les quatre axes du Plan d’action de son gouvernement. Avant d’insister sur le besoin de sécurité, de justice, de réforme voire de refondation, ajoutant que la situation de la Transition politique en cours est le fruit de cette aspiration populaire. Il a rappelé que le Mali a basculé d’abord en 2018, puis en 2020, dans une crise politique post-électorale. D’où la décision de la mise en place de l’Autorité indépendante de gestion des élections et celle de la tenue des Assises nationales de la Refondation. Le chef du gouvernement a invité les membres du Conseil de sécurité et l’ensemble des partenaires bilatéraux et multilatéraux du Mali à apporter leur soutien à la réussite de la Transition et à continuer à avoir une lecture réaliste et lucide des défis complexes auxquels le pays est confronté. Après le chef du gouvernement, la délégation du Conseil de Securité a été reçue à Koulouba par le chef de l’Etat, le Colonel Assimi Goïta. Cette mission s’inscrit dans le cadre des consultations régulières entre le Gouvernement du Mali et l’Organisation des Nations unies depuis l’adoption en 2013 de la résolution 2100 (2013) du Conseil de sécurité créant la (MINUSMA”, rappelle la Mission permanente du Mali au siège de l’ONU, Le Mali a connu deux coups d’Etat en neuf mois, en août 2020 et en mai 2021.

Prévention de l’enrichissement illicite : Bientôt un code de déontologie et d’éthique de l’Administration publique

Par Cheick Amadou DIA Bamako, 22 oct (AMAP) Dans le cadre de son plan d’action, l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI) a entrepris une série d’études dont celle relative à la déontologie et l’éthique des agents de l’administration publique. Les résultats de cette étude sont attendus en tant qu’outils d’amélioration de la gouvernance publique. Au Mali, compte tenu de notre processus historique, la politisation de l’administration se manifeste par l’omnipotence, les abus, les dévoiements et les détournements. Dès lors, les fonctionnaires estiment que pour leur survie, il leur suffit d’adhérer au parti présidentiel, retient Zoumana Diarra, l’auteur de l’étude. C’est la «fonctionnarisation» du personnel politique. Dans son analyse, il note que les hauts fonctionnaires sont pris dans l’étau des réseaux sociétaux et parentaux. Le service public s’en trouve dévoyé et l’État accaparé par des individus qui ont perdu la vertu, comme on perd la foi. Du coup, pour mieux accéder aux ressources économiques dans un contexte de rareté, on tombe dans le quotidien des exceptions, des dérogations, du trafic d’influence, de la corruption et de l’enrichissement illicite, fait remarquer le chercheur. L’étude explique cette situation par la mainmise du pouvoir politique sur la fonction publique. Cette caporalisation de l’administration découle de «la présidentialisation» du régime politique. En temps normal, il est attendu d’une administration publique qu’elle transcende l’option partisane, pour être véritablement une administration au service du public, au nom du principe de l’égalité de tous devant la loi. À ce titre, cette administration doit être accessible, utile et rassurante. «Nous sommes dans le registre des valeurs qui fondent la continuité de l’État en même temps que la confiance qu’ont les citoyens en leurs institutions», indique le rapport. ARSENAL JURIDIQUE – Pour y arriver, en 2002, le Mali s’est doté de la loi n°02-053 du 16 décembre 2002, portant statut général des fonctionnaires. Le texte traite des obligations et devoirs du fonctionnaire. Il prévoit des sanctions contre les agents publics qui violent les textes encadrant leurs activités professionnelles. Il précise les voies de recours et prend la mesure des activités spécifiques de certains corps. Les différents statuts particuliers viennent de cette lecture. L’ensemble de cette architecture est sous le contrôle du ministère en charge de la Fonction publique. La direction nationale de la fonction publique est la structure compétente pour les aspects opérationnels. En 2013, la loi n°2013-031 du 23 juillet 2013 portant approbation d’un Code de transparence dans la vie publique a été adoptée. Elle vise à instaurer des méthodes de transparence, de l’égalité dans les administrations publiques par un mécanisme de contrôle de l’action publique et des acteurs publics. S’y ajoute, la loi n°2018-035 du 27 juin 2018 portant Statut des fonctionnaires des Collectivités territoriales. Elle règlemente les relations entre l’administration et les usagers des services publics. «L’accès aux services publics est garanti et égal pour tous les usagers se trouvant dans la même situation juridique», édicte-t-elle. La loi n° 2018-007 du 16 janvier 2018 portant Statut du personnel enseignant de l’enseignement secondaire, de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale pose les principes déontologiques et éthiques de la profession d’enseignant. En 2019, notre pays a promulgué la loi n°2019-058 du 5 décembre 2019 portant Code d’éthique et de déontologie de l’agent de l’administration publique. Ce texte, pour la première fois, définit les concepts clés que sont l’administration publique, l’agent public, le conflit d’intérêt, la déontologie et l’éthique. Il est surtout présenté comme le modèle de référence pour tous les corps professionnels. Malgré cet arsenal juridique, la problématique de la déontologie et de l’éthique des agents publics reste une véritable préoccupation. Dans certains cas, les textes sont inexistants. Quand ils existent, les agents concernés par leur teneur n’en ont aucune connaissance. Il en est de même pour les usagers qui, devant tant d’abus et d’incompréhension, s’en remettent à Dieu. C’est dans ce souci de cohérence que l’OCLEI a entrepris d’avoir une connaissance rationnelle de l’ensemble du secteur afin d’aboutir à des mesures de prévention qui vont dans le sens de la préservation de l’intérêt général. Telle est la philosophie de cette étude dont le but ultime est de lutter contre l’enrichissement illicite à travers l’application et le respect des codes de déontologie dans les administrations publiques. GRATIFICATIONS OU AVANTAGES – L’analyse du statut général de la fonction publique ainsi que celle des différents statuts particuliers sont illustratives des efforts déployés pour moraliser les faits et gestes des fonctionnaires qui, de par leur position, peuvent avoir une propension à s’enrichir de façon illicite. Ainsi, il est formellement interdit à un agent de la fonction publique de solliciter ou de recevoir, directement ou par personne interposée, même en dehors de ses fonctions mais en raison de celles-ci, des dons, gratifications ou avantages quelconques. L’article 11 de la loi traite particulièrement des conflits d’intérêts. Il précise qu’il est interdit au fonctionnaire d’avoir, par lui-même ou par personne interposée, sous quelque dénomination que ce soit, des intérêts de nature à compromettre son indépendance dans une entreprise soumise au contrôle de son administration ou en relation avec celle-ci. En principe, le fonctionnaire est un agent libre dans son travail et libre dans ses opinions publiques, philosophiques, syndicales et religieuses. Toutefois, il lui est demandé un droit de réserve au regard justement des mêmes fonctions dont il a la charge. « L’instauration du civisme doit être une quête de tous les jours, car même là où les codes de déontologie existent, leur pratique suscite des interrogations », note Zouma Diarra. En général, ces textes ne sont pas connus des cadres qui y sont assujettis. Lorsqu’ils le sont et qu’ils ont été violés, il y a très peu de sanction. Les citoyens sont perdus dans les dédales de l’administration et des pratiques dolosives qui font de plus en plus des victimes ignorantes de ce que la loi leur donne comme voie de recours. L’étude propose à cet effet, que soient installés dans les différents services des référents déontologiques, de concert avec la direction nationale de la fonction publique. Ainsi, pourront être prises en compte les

Bureau du Vérificateur général : Les enquêtes commencent à porter fruits

Par Cheick M. TRAORÉ  Bamako, 20 oct (AMAP) À quoi sert le Bureau du Vérificateur général (BVG) s’il ne peut pas contribuer à la réduction de la gestion opaque des affaires publiques, en amenant les agents en charge de gérer la chose publique à plus de transparence et à craindre des suites judiciaires à donner aux actes déontologiquement prohibés qu’ils posent ou auront à poser ? Cette valeur ajoutée recherchée prend peu à peu forme. La preuve par les restitutions immédiates de fonds supposés détournés par certains agents après avoir reçu le rapport provisoire de vérification. Les irrégularités constatées par les vérifications conduisent certains responsables mis en cause à procéder à des remboursements et à des corrections dans les procédures. À la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP-SA), le directeur général et son adjoint avaient racheté leurs véhicules de fonction respectifs sans autorisation du Conseil d’administration et avec une réduction de 70% du prix d’achat. Avant la fin de la mission, le directeur général a transmis au Vérificateur général les décisions d’annulation des deux contrats de cession de véhicules qui ont été réintégrés dans le patrimoine de la Société. Le régisseur spécial d’avances de la direction administrative et financière (DAF) de la Primature a opéré des remises d’espèces non justifiées pour un montant total de 163.405.750 Fcfa. Après le dépôt du rapport provisoire, le DAF a remboursé 15 millions de Fcfa sur ce montant qu’il avait indûment perçus. Quant au régisseur spécial d’avances, il a reversé 1.049.549 Fcfa qu’il n’avait pas justifiés. Le DAF de la Primature n’a pas reversé, au Trésor public, des produits issus de la vente de dossiers d’appel à concurrence pour un montant de 2,6 millions Fcfa. À la suite du rapport provisoire, ledit montant a été rendu le 5 mai 2020. PRÈS DE 105 MILLIONS POUR L’OPAM – À l’Office des produits agricoles du Mali (OPAM), les enquêteurs du BVG constatent que la directrice financière et comptable ne mobilisait pas des cautions de bonne exécution des prestataires défaillants. À l’issue des travaux de vérification, elle a entamé le processus de mobilisation en passant les écritures de régularisation desdites cautions, au cours des travaux de fin d’exercice de 2019, pour un montant total de 12.070.000 Fcfa. Elle n’effectuait pas, également, un suivi régulier du recouvrement des frais de location des magasins. Suite aux passages des auditeurs, elle a recouvré 19.676.000 Fcfa, à travers les services d’un huissier commis à cet effet. Le PDG de l’OPAMlui, avait ordonné le remboursement partiel de la caution du fournisseur de sacs vides neufs en jute pour un montant de 3.439.466 Fcfa sur un total de 5.137.500 Fcfa alors que le marché n’a pas été totalement exécuté. Après transmission du rapport provisoire, il a fait recouvrer les 3.439.466 Fcfa. Le PDG a également remboursé doublement, au titulaire du contrat n°005/OPAM/2017 du 30 mars 2017, la caution de bonne exécution d’un montant de 5 millions de Fcfa. Suivant restitution des conclusions de la mission, l’OPAM a retenu le montant indûment remboursé de 5 millions de Fcfa sur les paiements d’un autre contrat du même prestataire. La vérification a révélé aussi que le patron de l’OPAM n’a pas reversé dans le compte de l’Autorité de régulation des marchés publics et des délégations de service public (ARMDS) la part qui lui revient sur les produits issus de la vente des dossiers d’appel d’offres pour un montant de 5.230.000 Fcfa. La totalité dudit montant a été versée à l’ARMDS. La commission de réception de l’Opam a accepté des sacs non conformes pour un montant total de 68.791.125 Fcfa. Suite aux constatations de la mission, la direction a vendu le stock de sacs pour un montant total de 60.255.000 Fcfa, réduisant ainsi la perte à 8.539.125 Fcfa. SUITE JUDICIAIRE – L’agent comptable de l’Agence nationale de sécurité routière (ANASER) n’avait pas reversé à l’ARMDS sa part sur les redevances de régulation des marchés publics. Après le passage de l’équipe de vérification, il a reversé un montant de 360.000 Fcfa. Il n’avait pas également rapproché les données provenant de la Société concessionnaire de service public de contrôle technique des véhicules à celles provenant des directions régionales des transports terrestres et fluviaux. Après le passage des vérificateurs, il a procédé à un pointage contradictoire en date du 6 février 2020 de la redevance Mali Technic Système (MTS) recouvrée à l’occasion du contrôle technique des véhicules sur la base des tickets délivrés sur la période allant du 15 janvier au 14 novembre 2019. À l’issue du pointage, un écart non reversé de 181.633.100 Fcfa a été constaté et matérialisé par un procès-verbal signé à la même date. MTS s’est engagée à restituer le montant dû à l’ANASER. L’équipe de vérification a également constaté, lors de ses travaux d’effectivité à Sikasso, un écart de 482.500 Fcfa entre les recettes recouvrées et celles reversées dans le compte de l’ANASER. Cette situation a été régularisée par le reversement dudit montant dans le compte bancaire de l’ANASER. À l’Agence d’exécution des travaux d’entretien routier (AGEROUTE), l’équipe de vérification a constaté que les produits issus de la vente des Dossiers d’appel d’offres (DAO) n’étaient pas reversés. Le montant total, estimé à 2.777.000 Fcfa, a été reversé dans le compte de l’ARMDS par chèque n°1763482 du 3 juillet 2020. Les suites judiciaires des dossiers transmis et dénoncés par le Vérificateur général suivent leur cours. Le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Kayes, chargé du Pôle économique et financier, a informé par écrit le Vérificateur général de l’ouverture d’une information judiciaire relative aux trois dénonciations qui lui ont été transmises en 2020. Au niveau du pôle économique et financier de Bamako rattaché au Tribunal de grande instance de la Commune III du district de Bamako, le procureur de la République a fait parvenir par écrit au vérificateur général la situation des suites judiciaires de 18 dénonciations reçues au titre de 2020. Deux dossiers ont fait l’objet de l’ouverture d’informations judiciaires dans les différents cabinets d’instruction. Plus de 16 dossiers

Consommation de stupéfiants : Immersion chez des toxicomanes de Bamako

Par Rokiatou TRAORÉ Bamako, 18 oct (AMAP) Par métaphore, on peut dire que la mauvaise fréquentation peut être à l’origine d’une descente aux enfers, notamment pour les jeunes qui sont pris dans l’étau de la consommation des stupéfiants dans certains quartiers de la capitale malienne, Bamako, (même s’il est vrai que le fléau est beaucoup plus accentué dans certains vieux quartiers). Comme l’explique l’ancien ministre français de la Culture, Jack Lang, dans son livre, «Demain, les femmes», en soutenant que «La ville est un monstre qui casse les faibles». Au «Rail da», dans les environs d’un vieux quartier, indexé à tort ou à raison comme le «milieu de la drogue», une bande de jeunes drogués accepte de se confier. Ces toxicomanes offrent un spectacle ahurissant au mépris de la morale et du «code de bonne conduite». Ils tiennent en main chacun soit un joint soit une canette d’alcool, notamment le Vody (qui s’apparenterait à la Vodka). Parmi eux se trouve un jeune de 14 ans dont le sobriquet est «Tyran». Le teenager, qui ne semble pas avoir froid aux yeux, explique comment il a rejoint la petite bande de drogués. Il cite volontiers les types de drogue qu’il fume ou sniffe : «kolon», «kouchi», «skentji» ou du «seize», un psychotrope en comprimé et autres. Il explique avoir commencé à se camer depuis la 5è année à l’école fondamentale de Médina-coura.  LA PATROUILLE – «Je me dopais à toutes les occasions. Un jour, le directeur de l’établissement m’a pris en flagrant délit de consommation de joint. Il a voulu sévir mais ma réaction avec un couteau en main a été dissuasive. Ma famille, informée de l’incident, a décidé de m’envoyer au village poursuivre mes études. C’était pour me sanctionner», explique Tyran. Il revient à Bamako pendant les grandes vacances et travaille comme apprenti chauffeur et économise sur sa rétribution journalière pour acheter un stock de cannabis avant de retourner au village. « Sans le joint, mon monde s’écroule et plus rien n’a de l’importance pour moi », confie l’adolescent qui explique qu’en cas de rupture de son stock, il lui arrive, pour s’approvisionner, de faire recours à ses «Tjalés», un jargon du «milieu de la drogue» qui désigne les copains. Le jeune homme entend bien réussir sa vie tout en continuant à fumer du joint. «I never give up» : je n’abandonne jamais, explique-t-il, parce qu’il s’identifie au célèbre trafiquant colombien de cocaïne, Pablo Escobar. Il nourrit même l’ambition de cultiver le joint dans son petit jardin si Allah, lui donne la chance de trouver un chez-soi. Il relève aussi que tous ses copains font de «la patrouille», un terme qui désigne le vol dans le «lexique des jeunes drogués». Ils écument les marchés à cette fin. AwôAwô, un autre jeune de la bande, est un apprenti menuisier qui reconnait aussi son addiction à la drogue et à l’alcool. Il explique être bien conscient de la gravité de la situation et des difficultés à faire face à ses besoins en termes de consommation. Il reconnaît être sur une pente glissante mais justifie sa situation par des mauvais exemples dans sa famille, notamment des aînés qui ont fumé du joint pendant longtemps. Kôlôki est le surnom d’un autre jeune de la bande de drogués. Celui-ci explique clairement ne pas aimer le joint parce qu’il trouve que ce shit rend un peu paresseux et on garde les paupières fermées sous son effet. Or, quand on est pickpocket, il faut toujours avoir tous ses sens en éveil. Ce jeune délinquant avoue avoir une certaine prédilection pour les comprimés comme «Tjésébane», «Dari» ou «25», des termes codés dans le milieu pour désigner des types de drogue. Pendant notre entretien avec les garçons, surgit une jeune fille de 16 ans. Dika, se prénomme-t-elle, le teint d’ébène, trapue et très agressive, commence à invectiver. Elle déverse sa colère sur ses potes qui finissent par la raisonner. Elle confesse que c’est sous l’influence de son petit copain, l’un des membres de la bande, qu’elle a basculé dans l’enfer de la drogue. MAITRE DE MON UNIVERS – Ces jeunes toxicomanes pensent noyer leurs soucis dans la drogue et certains finissent par devenir des dealers et des chefs de gang comme Oxy. Lui se targue d’être le premier à introduire le business de la drogue dans son quartier et d’y avoir initié des jeunes. Le trentenaire s’est essayé au commerce général, avant de se résoudre à former son gang. Il garde sous son emprise une cohorte de jeunes qui lui obéissent au doigt et à l’œil et sont prêts à faire n’importe quoi pour lui parce qu’ils agissent, selon lui, toujours sous l’effet de la drogue. Il explique être le maitre de son univers. Oxy reconnait que l’effet des excitants fait oublier les soucis mais ne résout jamais un problème. Il souligne avoir longtemps consommé la drogue et l’alcool depuis sa prime jeunesse (lorsqu’il avait 15 ans), avant d’arrêter en 2018 et d’y replonger deux ans plus tard. Il y a trouvé un réconfort moral et un gagne-pain. Brema Ely Dicko, sociologue, confirme que le phénomène de la drogue est plus développé dans les villes même si les campagnes ne sont pas épargnées. La consommation de stupéfiants peut avoir beaucoup de conséquences graves, en termes de criminalité, souligne le sociologue qui explique ces dérives par l’emprise des médias et des réseaux sociaux sur les jeunes, le stress de la précarité, du chômage et le laxisme des autorités compétentes. Ces dernières, selon lui, doivent être plus fermes pour prendre les mesures qui s’imposent afin de lutter efficacement contre le trafic et la consommation de la drogue dans notre pays. Amidou Keïta, chef de la division juridique et formation à l’Office central des stupéfiants (OCS), confirme, lui aussi, que le phénomène prend de l’ampleur. En 2015, la saisie de drogue ne dépassait pas 6 tonnes par an. Aujourd’hui, elle tourne dans la fourchette de 19 ou 20 tonnes. M. Keïta soutient qu’il y a environ un mois, un jeune a été interpellé avec un kilogramme de cocaïne

Prostitution de jeunes filles : Un phénomène en croissance

Bamako, 15 oct (AMAP) Dr Yacouba Togola, coordinateur médical du SAMU social-Mali explique que la prostitution anarchique des jeunes filles est un phénomène en croissance au Mali. « La majeure partie de ces filles sont en rupture partielle avec leur famille et elles viennent de divers horizons », précise-t-il. Dr Togola relève que le SAMU social s’occupe de ces jeunes filles travailleuses du sexe à Bamako et ses environs. Cette assistance se présente sur le plan médicale, psychosociale, éducatif de proximité et dans l’insertion socioprofessionnelle pour celles qui le souhaitent. Cependant pour le coordinateur médical, certaines de ces filles sont confrontées à d’énormes problèmes de santé. « Lors de la campagne de dépistage de masse effectuée par le SAMU, en 2019, sur 101 filles dépistées, 29 cas séropositifs ont été détectés », a révélé le Dr Yacouba Togola. En plus, ajoute le médecin, 30 à 40 jeunes filles qui tombent dans la prostitution contractent des grossesses non désirées. Poursuivant, le médecin affirme qu’en 2020, le SAMU social a enregistré 14 décès de jeunes filles confrontées à la prostitution dont sept cas liés au VIH Sida. Pour le coordinateur du SAMU social, il faut une sensibilisation de la population, pour un changement de comportement. « Ces enfants vivent dans d’énormes difficultés si l’on regarde les raisons de leur départ de la famille. Il faut une implication totale de l’État, pour renforcer la sensibilisation auprès de ces filles et des parents », a-t-il proposé avant de faire remarquer que c’est un chantier vaste pour Samu social. Le médecin estime que l’aide du gouvernement peut permettre au SAMU de faire beaucoup d’activités auprès de cette population. Youssouf Diallo, médecin généraliste à la Mutuelle des travailleurs de l’éducation et de la culture du Mali (Mutec) signale que ces filles qui se prostituent anarchiquement, sont exposées à des grossesses non désirées, des infections et des MST, notamment le sida et l’hépatite. Selon le praticien, les travailleuses du sexe sont aussi exposées à des maladies dermatologiques transmissibles par contact telles l’eczéma et l’anopie. A long terme, selon Dr Diallo, les conséquences sont, entre autres, la stérilité, le prolapsus vésicale, le relâchement de la peau, la fatigue, les problèmes d’accouchement, voire la mort prématurée. Ainsi, le médecin généraliste exhorte les clients des prostituées à se protéger. « Quant aux filles, conseille-t-il, elles doivent faire des consultations médicales tous les mois ». Pour sa part, le sociologue Faco Donko Diarra dira que ces actes que la société trouve choquants ont toujours existé au Mali. « Seulement, indique-t-il, c’était plus subtil et non à ciel ouvert ». Selon lui, la principale cause de l’augmentation de la prostitution est la pauvreté du milieu familial et l’impact de ce qui se passe dans le monde, à travers les réseaux sociaux. Pour Faco Diarra, ce phénomène peut engendrer de nombreuses conséquences sur la fille et la société. Pour la fille, fait-il savoir, « il y a des difficultés de se marier, la déconsidération de la société, le rebondissement de l’égo de la déconsidération dans la famille d’origine de la fille ». En ce qui concerne les conséquences sur la société, le spécialiste dira que la prostitution entraine la dépravation des mœurs, l’image négative sur le pays, le ralentissement du développement social. « Ce n’est pas des textes de loi qui peuvent enrayer ce phénomène, car tous les pays du monde sont confrontés à la même problématique », signale-t-il. Il propose aux autorités maliennes d’approcher les familles de ces jeunes filles pour les aider. Le sociologue propose également une réglementation de la prostitution au Mali. BT