Nourriture des détenus à la Maison centrale d’arrêt de Bamako : Pas très appétissante
Par Bembablin DOUMBIA Bamako, 16 nov (AMAP) Il est environ 14 heures à Bamako-coura en Commune III du District de Bamako. En ce mardi du mois d’octobre, Madou Doumbia fait la queue devant la porte de la Maison centrale d’arrêt (MCA) de la capitale. Sous un soleil ardent, le jeune homme d’une vingtaine d’années est venu apporter de la nourriture à son frère, incarcéré dans ce centre pénitentiaire. Comme les autres visiteurs, le jeune homme tient en main une plat emballé dans un tissu, dont l’un des bouts est attaché à un petit bois sur lequel, le nom de son parent et le numéro de sa cellule sont inscrits. Il est aussi muni d’une pièce d’identité. « Sans cela, les agents n’acceptent pas les repas », glisse notre interlocuteur. De nombreux Bamakois apportent les repas à leurs parents ou proches emprisonnés dans les centres de détention de la capitale. Souleymane Coulibaly en fait partie. Chaque jour, le trentenaire quitte Korofina Sud (Commune I) pour apporter à manger à son frère, «condamné à deux ans de prison pour avoir volé une moto». «Il nous a informés que la qualité de la nourriture qu’on leur offre laisse à désirer ». « C’est pourquoi, justifie Souleymane Coulibaly, la famille a décidé de lui assurer la ration alimentaire au quotidien». Le jeune homme déplore le « favoritisme » autour de l’accès des aliments dans ce centre et invite les autorités à améliorer le régime alimentaire des détenus ». « Cependant, révèle-t-il, mon frère nous a informé que l’eau qu’ils boivent dans la prison est de bonne qualité». Au contraire, Kadiatou Sidibé ne sait rien des conditions de détention de son grand frère, incarcéré pour avoir enlevé un enfant. «C’est nous-mêmes qui avons décidé d’assurer sa ration alimentaire. Parce que si quelque chose de mal lui arrive, nous nous sentirons responsables », explique la bonne dame, d’un air désespéré. « Quelqu’un nous a dit qu’on leur donne à manger mais que les plats peuvent ne pas être de leur choix», reconnaît notre interlocutrice. En ce mardi d’octobre, Kadiatou Sidibé apporte à son frangin du riz avec de la sauce tomate (nadji). Habituellement, elle ajoute des fruits au plat. La dame estime que lorsqu’on enferme une personne, on doit la prendre correctement en charge. TROIS REPAS PAR JOUR – Un ancien pensionnaire de la MCA confirme. «Si les gens étaient bien nourris comme les citoyens moyens, est-ce que leurs parents allaient leur apporter quelque chose ? Ce qu’on donne là-bas n’est pas mangeable», souligne notre interlocuteur qui reconnaît, toutefois, que les détenus arrivent à manger trois fois par jour. Le petit déjeuner est servi entre 8 h et 9 heures, tandis que le déjeuner est offert entre 14 h et 15 h et le dîner aux environs de 17 h. L’ancien détenu révèle que les repas du matin et du soir sont de la «bouillie de mil», celui de midi varie entre le riz et le haricot.Ce dernier aliment n’est servi que les vendredis. «Les autres jours, c’est soit le riz au gras ou le riz avec une sauce gluante, difficile à avaler», se souvient notre interlocuteur. Il raconte que certains prisonniers, pour pouvoir consommer cette sauce, se procurent des bouillons culinaires, afin de l’assaisonner. L’ancien pensionnaire de la MCA se rappelle qu’au moment de sa détention, les personnes dont les parents apportaient de la nourriture, ne dépassaient pas le tiers des prisonniers. Les détenus qui ne recevaient pas de nourriture devaient, en échange de quelques tartines, rendre certains services aux «ravitaillés». Par exemple, en lavant leurs habits. Sur la question, le président de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH), Aguibou Bouaré estime que les personnes extérieures ne devraient pas apporter à manger aux détenus. «A partir du moment où les gens sont privés de liberté, normalement, ils doivent être pris en charge par l’État. Que ce soit le couchage ou l’alimentation », explique le président de la CNDH. Pour lui, si une personne est privée de liberté, cela ne voudrait pas dire qu’elle est privée de sa dignité. «Elle conserve tous ses droits qui doivent être respectés jusqu’à ce qu’un jugement soit rendu dans les règles de l’art. Et cela est valable pour les condamnés », soutient le défenseur des droits de l’Homme, tout en insistant sur le droit à une alimentation saine. La CNDH fait régulièrement des enquêtes pour veiller au respect des droits des détenus. «Généralement, les prisonniers nous disent que les repas servis dans certaines prisons sont acceptables », fait savoir Aguibou Bouaré. Dans d’autres établissements pénitentiaires, ils se plaignent tant de la qualité que de la quantité des mets. De façon générale, la situation n’est pas satisfaisante dans nos prisons. Cette situation s’explique, selon le défenseur des droits de l’Homme, par l’émission systématique des mandats de dépôt. « Emprisonner les gens à tour de bras engendre la surpopulation carcérale et augmente les charges de l’Etat du point de vue de la prise en charge des personnes détenues», analyse M. Bouaré, pour qui, il est souhaitable que les prisons soient désengorgées, en libérant toutes les personnes poursuivies qui offrent des garanties de représentation et en permettant de trouver des mesures alternatives à l’emprisonnement. SANTÉ ET INTÉGRITÉ PHYSIQUE – Contrairement au président de la CNDH, le premier responsable de la direction nationale de l’administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée (DNAPES) trouve normal que les parents des détenus leur apportent de la nourriture. « La loi malienne n’est pas contre cette pratique », selon Ibrahima Tounkara qui précise que cela ne dédouane pas l’administration pénitentiaire de sa responsabilité d’assurer la prise en charge alimentaire des prisonniers. «Nous avons un budget pour cela. Mais les gens sont libres d’apporter à manger à leurs parents», souligne le directeur des établissements pénitentiaires. Ce budget, qui est passé d’environ 900 millions en 2017 à près de 1,6 milliard de Fcfa en 2021, est reparti entre l’ensemble (une soixantaine) des maisons d’arrêt de notre pays. Le premier responsable de la DNAPES a fait savoir que c’est au niveau de la direction des finances et
Coopération : Bamako et Moscou entendent passer a la vitesse supérieure
Par Madiba KEÏTA Bamako, 12 nov (AMAP) Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, en visite à Moscou, en Russie, et son homologue Sergueï Lavrov ont co-animé, jeudi, une conférence de presse au cours de laquelle ils ont évoqué les grands axes de la coopération entre leurs deux pays. À ce propos, le ministre russe des Affaires étrangères a indiqué avoir eu des discussions constructives avec son homologue malien sur les questions de la coopération bilatérale et qui s’appuient sur des traditions historiques. «Nous avons convenu de renforcer le dialogue politique avec le Mali. Les discussions se déroulent de façon tout à fait positive, avec une grande attention sur la coopération économique et commerciale», a-t-il expliqué. « Les discussions, a renchéri Sergueï Lavrov, ont aussi porté sur des domaines prometteurs comme l’énergie, l’exploitation des ressources minières, les nouvelles technologies de l’information et de la communication et l’agriculture ». «Sur ces questions, des contacts sont déjà établis, notamment avec les structures qui avaient été choisies à l’issue du 1er sommet Russie-Afrique, tenu en 2019», a relevé le ministre Lavrov. Dans ce cadre, des entreprises russes sont venues au Mali en 2020 et ont pu traiter des projets avec des partenaires potentiels, a dit le chef de la diplomatie russe, ajoutant que les deux pays envisagent des «projets d’envergure» sur la base des accords, notamment l’accord de défense pour lutter contre le terroriste au Mali. « Sur ce plan, en plus des équipements militaires, la Russie va, aussi, continuer la formation des cadres militaires maliens », a-t-il assuré. Le ministre russe des Affaires étrangères a aussi signalé que son homologue Abdoulaye Diop lui a fait savoir que la situation au Mali ne permettait pas la tenue des élections maintenant. «Nous comprenons la nécessité de renforcer la lutte anti-terroriste. Nous comptons mettre à la disposition du gouvernement du Mali un certain nombre d’équipements. Nous allons faire tout ce qui est possible pour éviter que la menace terroriste pèse sur la structure de l’État. Puisqu’il y a un risque qui est là, avec la décision des autorités françaises de fermer les trois bases militaires de Barkhane dans la zone où les groupes terroristes sont plus actifs», a-t-il détaillé. Il a ajouté que le Conseil de sécurité doit privilégier le dialogue avec les pays en crise en Afrique et exclure toute ingérence dans les affaires intérieures de ces pays. Sergueï Lavrov a dit avoir accepté volontiers l’invitation de son homologue Abdoulaye Diop à se rendre au Mali. Pour sa part, le ministre Abdoulaye Diop s’est dit heureux d’effectuer cette visite en Russie dont le but est de «renforcer et diversifier» la coopération bilatérale. « Ma visite ici n’est pas une surprise parce que la Russie et le Mali sont des partenaires stratégiques et des alliés historiques», a-t-il dit, en rappelant que c’est dès son indépendance que le Mali s’est tourné vers l’ex-URSS pour bâtir une économie, une société et des Forces de défense et de sécurité fortes. «Depuis, notre relation avec la Fédération de Russie ne s’est jamais démentie. Nous avons des milliers de militaires, de fonctionnaires et de cadres qui ont été formés dans ce pays. Nous tenons à exprimer notre gratitude pour cet investissement humain et matériel pour que le Mali soit là aujourd’hui», a-t-il affirmé. PLANS DE PARTITION DU MALI- Le chef de la diplomatie malienne a répété que sa visite à Moscou consiste bel et bien à renforcer cette coopération dynamique. «Le Mali n’a rien à cacher en venant à Moscou. Je crois que c’est une relation qu’on fait au grand jour. C’est une relation qui n’est dirigée contre personne mais qui est censée prendre en charge les préoccupations des Maliens pour assurer leur propre sécurité. Une relation qui est censée défendre l’intégrité territoriale et la souveraineté du Mali d’un côté et de l’autre, renforcer la stabilité de notre pays, mais aussi trouver une relation gagnant-gagnant sur le plan économique et commercial», a-t-il fait savoir. Le ministre Diop a souligné que sa présence dans la capitale russe a pour but, également, de donner une «impulsion à la coopération de défense et de sécurité». Il a expliqué que le «Mali, en tant qu’État, est en train aujourd’hui de se battre pour sa survie. Parce qu’il y a des plans de partition du Mali qui existaient depuis longtemps et, nous souhaiterons que le Mali soit mis à l’abri. Qu’on aide les Maliens dans le cadre de l’Accord pour la paix et la réconciliation». Pour le ministre Diop, le Mali attend beaucoup de la Russie qui est un partenaire pragmatique, un partenaire réaliste qui a su faire la preuve de son efficacité dans le cadre de lutte contre le terrorisme dans d’autres théâtres d’opération. « Aujourd’hui, nous souhaitons pouvoir compter sur les appuis que nous avons demandés sur le plan des équipements militaires, sur le plan de la formation et de tous les moyens qui permettent à nos forces de défense et de sécurité d’être les premiers responsables de la sécurité du Mali. C’est extrêmement important et cela doit être compris par tous que le Mali n’est pas en train de sous-traiter sa sécurité. Le Mali veut avoir les capacités nécessaires pour pouvoir assurer sa sécurité. Dans ce cadre, il est absolument normal pour le Mali de diversifier ses partenaires. Notre pays apprécie déjà les premières livraisons d’équipements de la Russie du mois dernier et espère que les autres en chantier puissent se matérialiser», a-t-il ajouté. Répondant à une question de la presse, le chef de la diplomatie malienne a dit que le Mali n’a signé aucun contrat avec la société paramilitaire Wagner, précisant que la relation entre le Mali et la Russie est une «relation d’État à État». MK (AMAP)
Hommage au président Amadou Toumani Touré : Un devoir de mémoire
Bamako, 11 nov (AMAP) La famille de l’ancien président Amadou Toumani Touré (ATT) et la Fondation pour l’Enfance ont procédé, mercredi, dans l’enceinte de l’établissement, à l’inauguration d’une bibliothèque pour la jeunesse au nom de l’illustre disparu. La veuve de l’ancien président, Mme Touré Lobbo Traoré, a ravivé une des dernière déclaration de son époux à l’endroit de la jeunesse : «Vous devez faire mieux que nous, vous n’avez pas le droit d’échouer parce que vous êtes mieux préparés et mieux instruits». Et de rappeler que la bibliothèque servira à bonifier le savoir des jeunes pour construire un meilleur lendemain. Selon Mme Touré, l’ancien président avait souhaité qu’un espace soit réservé pour l’aménagement d’une bibliothèque pour le public. Aujourd’hui, c’est chose faite. Elle a été réalisée grâce au fonds documentaire personnel du général Amadou Toumani Touré, un homme qui avait développé une passion pour la lecture. L’événement, dans le cadre de la commémoration du premier anniversaire de la disparition de ATT, était couplé au lancement d’un recueil des discours de l’ancien président sur la période (2002-2012) et au baptême de la Fondation, en son nom, pour perpétuer son esprit. Arraché à l’affection du peuple malien, le 10 novembre 2020, la triste nouvelle de la disparition brutale de l’ancien président avait plongé le Mali dans la consternation. Un an après, sa famille et ses proches ont tenu à rendre hommage, à travers une série d’activités, à celui qui a été unanimement, ou presque, reconnu par ses compatriotes comme un grand bâtisseur. L’ancien chef de l’Etat avait engagé des actions humanitaires au profit des populations nécessiteuses. Ces efforts ont permis de faire un forage pour les habitants de Mountougoula qui va être inauguré, aujourd’hui, jeudi. Au nombre des ces actions, la réalisation d’une bibliothèque qu’il a toujours espéré accomplir pour la jeunesse traduit l’engagement de l’homme pour les bonnes œuvres. L’ex première Dame a souligné que le troisième projet porte sur un engagement du président de la Fondation pour l’Enfance à la population de Farako Mountougoula. Il avait promis aux habitants de la localité un forage pour favoriser l’accès à l‘eau potable et atténuer la corvée des femmes. «J’ai estimé, dit-elle, que la mort ne peut et ne doit pas compromettre cet acte de générosité», a expliqué la veuve de Amadou Toumani Touré. Elle s’est également réjouie du fait que la Pyramide du souvenir accueillera, aujourd’hui, une exposition photos sur le parcours de l’homme. Samedi prochain, les jeunes prendront le relais à travers des activités culturelles et des témoignages sur l’ancien chef de l’état. Il est également prévu de dérouler d’autres activités jusqu’au 20 novembre prochain. Mme Touré Lobbo Traoré a indiqué que ce premier anniversaire de la disparition de son époux de président, représente une opportunité de rendre hommage à cette grande figure. «Nous avons trouvé dans les hommages qui lui ont été rendus, depuis sa disparition jusqu’à nos jours, le réconfort et la force de nous relever d’une épreuve si dure. Nous avons compris alors que notre premier devoir est de perpétuer son œuvre. Le destin n’a pas permis de réaliser la totalité de cette volonté, mais je suis fière et heureuse d’annoncer, aujourd’hui, la publication du recueil des discours du président sur la période de 2002-2012». Ce fut un moment très émouvant qui a vu Mme Touré Lobbo fondre en larmes, avant la fin de son discours. Ce premier anniversaire de la disparition du président Touré survient quelques jours après le décès de Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé. Une symbolique ! Puisque celle dont la Nation malienne porte le deuil, depuis le 6 novembre dernier, avait été nommée Premier ministre par l’ancien président Amadou Toumani Touré. Elle est restée jusqu’à ce jour la première et seule femme à avoir occuper ce poste. Pour sacrifier à un devoir de souvenir, un film sur le parcours du grand bâtisseur a été projeté. Ce document résume les grands chantiers réalisés par l’homme d’état qu’il a été, notamment le barrage de Taoussa, la route Bamako-Ségou, le 3è Pont, l’Université de Ségou et de Kabala, entre autres. Selon les témoignages, il a été sans conteste un apôtre de la paix. Il a toujours choisi le camp de la paix contre celui de la guerre. En cela il faut mettre à son crédit des missions de médiation dans les conflits au Rwanda, au Tchad et Côte d’Ivoire, etc… La cérémonie a enregistré la participation du secrétaire général de la présidence, Mamadou Oulalé, du chef de cabinet du président de la Transition, Demba Ndaou, des anciens Premiers ministres Modibo Sidibé et Ousmane Issoufi Maïga, des anciens ministres, des ambassadeurs et du chef de cabinet de l’ancien président, Seydou Cissouma. MS/MD (AMAP)
Deux accusés sur trois devant la Cour d’assises militaire de Bamako
Bamako, 11 nov (AMAP) La session unique de la Cour d’assises militaire, au titre de l’année judiciaire 2021, a débuté, mercredi, au tribunal militaire à Bamako, qui a, à son rôle, trois affaires impliquant trois accusés porteurs d’uniforme dont deux étaient présents à l’audience et qui vont comparaître pour des infractions criminelles d’assassinat, de viol et d’homicide. Le président du tribunal Noumadi Kanté a rappelé que les tribunaux militaires qui, pour le moment, existent à Kayes (Ouest), Mopti (Centre) et Bamako, la capitale, ont pour vocation de juger les infractions de droit commun commises par les militaires dans les services, les casernes, quartiers, dépôts, navires et aéronefs ou autres établissements militaires, en bivouac ou en stationnement et les infractions spécifiquement militaires dans les ressorts judiciaires des Cours d’appel de leur siège. Le Tribunal militaire est composé de cinq magistrats, dont un conseiller de la Cour d’appel de la localité, auxquels s’ajoutent quatre juges militaires, assistés d’un greffier et d’un représentant du ministère public, partie poursuivante. Selon le magistrat, dans la situation politique actuelle du Mali, marquée par la Transition, il n’y a pas de place pour l’impunité, « chaque autorité à quel que niveau que ce soit, doit jouer sa partition ». « C’est pourquoi, la Cour d’assises militaire que nous avons l’insigne honneur de présider ne ménagera aucun effort pour une application saine, rigoureuse mais clairvoyante de la loi », a-t-il assuré, évoquant au passage certains dysfonctionnements de la juridiction qui, de son point de vue, méritent d’être corrigés. Le colonel Soumaïla Bagayogo, le procureur de la République, près le Tribunal militaire de Bamako a, auparavant, expliqué que les tribunaux militaires comprennent une ou plusieurs chambres de jugement, une chambre d’accusation, un ou plusieurs cabinets d’instruction, un parquet militaire. Ils sont saisis sur dénonciation auprès des parquets militaires ou civils et par les procès verbaux de renseignements judiciaires dressés par les unités d’enquête militaires. PLUSIEURS JUGEMENTS RENDUS – Le magistrat militaire a aussi précisé qu’en dehors du pouvoir d’opportunité des poursuites qui appartient au ministre chargé des Armées, les autres modalités de fonctionnement s’inspirent largement du Code de procédure pénale. « Aujourd’hui, plus que jamais, notre pays a besoin d’une justice militaire forte, équitable, crédible, sûre et respectueuse des règles de conflit armé et principes des droits humains définis dans la convention de Genève et le statut de Rome pour accompagner les Forces armées maliennes dans la lutte implacable contre le djihadisme, l’extrémisme violent, la criminalité transnationale organisée et le trafic en tous genre », a-t-il déclaré. Dans ces conditions, a ajouté le colonel Bagayogo, les tribunaux militaires seraient plus dignes à juger les infractions militaires en lien avec les opérations militaires. « Et toute manœuvre contraire est de nature à inquiéter les militaires et leurs familles en ce que la hiérarchie militaire a l’obligation de veiller sur le moral de la troupe ». Il a attiré l’attention sur l’intérêt et l’importance de cette session au rôle de laquelle, selon lui, sont inscrits des crimes contre l’intégrité des personnes dans les circonstances de lieu et de temps qui requièrent la compétence d’une Cour militaire. Parlant de la juridiction dans son ensemble, le procureur militaire a reconnu qu’il est fait grief à la justice du même type, qu’elle ne communique pas, que l’opinion ne sait pas ce qu’elle fait. Cependant, selon lui, des efforts sont accomplis dans l’absolu anonymat. En 2020, le Tribunal militaire de Bamako a procédé au jugement d’une vingtaine d’affaires impliquant des militaires, toutes catégories confondues. Pour exemple, le magistrat a détaillé qu’en transport à Ségou, le Tribunal militaire de Bamako a, en septembre 2020, jugé 13 militaires pour des infractions se rapportant, entre autres, à la violation de consignes militaires, vol et complicité, homicide involontaire, détournement d’armes et munitions. A ces chiffres s’ajoutent les cas de 10 autres militaires jugés au siège de la juridiction, en novembre dernier. Dans les deux cas, des peines allant de 6 mois à 4 ans d’emprisonnement ferme ont été prononcées avec paiement d’amende ou de dommages et intérêts. Le procureur a précisé qu’à ce jour, au Camp I de la gendarmerie, 7 militaires sont condamnés à des peines de prisons et 19 autres sont placés sous mandat de dépôt en attente de jugement. Dans le même registre, à Mopti, 17 dossiers sont repartis entre les deux cabinets d’instructions. Le bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Moustapha Cissé a exprimé toute la joie du Barreau de participer à une session militaire qui traite des affaires criminelles. Il a dit toute la disponibilité de sa corporation à prendre part aux différentes sessions, tant qu’il s’agit de défendre l’honneur d’un citoyen malien. Pour lui, cette session est la preuve que le Mali est sur la bonne voie quant à l’amélioration des conditions de mise en place d’un état de droit pour lequel « l’accompagnement du Barreau ne fera jamais défaut ». La cérémonie d’ouverture a enregistré la présence du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, Mahamadou Kassogué et de ses collègues de la Sécurité et de la Protection civile, le colonel major Daoud Ali Mohammedine et de la Défense et des Anciens combattants, le colonel Sadio Camara. Etaient également présents, des représentants des partenaires techniques et financiers, plusieurs membres de la famille judiciaire et une foule de porteurs d’uniforme. MT/MD (AMAP)
CEDEAO : Sur le Mali, les sommets se suivent
Par Issa Dembélé Bamako, 08 nov (AMAP) Les dirigeants ouest africains ne ménagent pas leurs efforts dans la gestion de la crise malienne. Sauf que les solutions qu’ils préconisent ne rencontrent pas l’adhésion de nos autorités et d’une bonne frange de nos concitoyens. Les chefs d’état et de gouvernement de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), réunis hier à Accra au Ghana, ont examiné la situation politique au Mali et en Guinée. Ce sommet extraordinaire est intervenu alors que le débat sur une prorogation éventuelle de la Transition au Mali fait rage. Si le gouvernement voudrait disposer d’un peu plus de temps pour mener à terme les réformes nécessaires, une coalition de partis politiques appelée «Cadre d’échange » réclame le respect du délai tel qu’arrêté par la Charte de la Transition. Il faut rappeler que lors du sommet du 16 septembre dernier, le président en exercice de la CEDEAO, Nana Akufo-Addo et ses homologues avaient invité les autorités à publier un chronogramme électoral respectant le délai de la Transition, faute de quoi ils avaient menacé de sanctions contre «tous ceux dont les actions impactent négativement le calendrier de la Transition tel qu’arrêté». Il s’agit donc des sanctions individuelles comme le gel des avoirs ou l’interdiction de voyage dans l’espace communautaire. En arriver à brandir des sanctions traduit un certain agacement des dirigeants ouest africains concernant la situation dans notre pays, au sujet de laquelle ils enchainent les sommets sans grand impact sur le cours de la Transition. Comment rétablir l’ordre constitutionnel, avec l’organisation d’élections transparentes ? C’est tout le sens de l’activité diplomatique menée depuis des mois par l’organisation sous régionale qui s’attendait hier à un chronogramme devant conduire aux « étapes essentielles pour les élections de février 2022 ». Ce chronogramme ne sera connu qu’au sortir des Assises nationales de la refondation. Ainsi en ont décidé les autorités transitoires, soutenues dans cette décision par une bonne frange de la population très réceptive aux « discours souverainistes ». Cette convergence ne facilite pas la tâche à la CEDEAO. Depuis 2020, les évènements dans notre pays mettent l’organisation ouest africaine au défi de la réponse. Elle n’a pas réussi à taire la contestation populaire qui a débouché, avec l’entrée des militaires en scène, sur la chute de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août 2020. Quelques jours avant, précisément le 23 juillet 2020, cinq chefs d’état (Côte d’Ivoire, Ghana, Niger, Sénégal et Nigeria) s’étaient transportés à Bamako pour ne finalement constater que la fracture béante entre IBK et le M5-RFP. Suite à cette mission, un sommet, tenu par visioconférence le 27 juillet, avait annoncé des décisions qui se sont avérées inopérantes. DU PAIN SUR LA PLANCHE – En réponse au renversement du régime d’IBK, la CEDEAO a suspendu le Mali de tous ses organes de décision et stoppé les échanges financiers et commerciaux (excepté les produits de première nécessité) avec notre pays. Puis, les chefs d’Etat ont tenu le 15 septembre 2020 à Accra, un mini-sommet. Le colonel Assimi Goïta, alors président du CNSP, y a été convié pour donner des garanties quant à la durée de la Transition et la nomination de civils aux postes de président et de Premier ministre de la Transition. Les sanctions ont été finalement levées quand les militaires avaient paru se plier à ces exigences. Mais les sanctions, faut-il le souligner, avaient surtout été mal ressenties par une population éprouvée. Alors que la CEDEAO croyait le processus de Transition irréversible, survinrent les évènements du 24 mai 2021. Le président de la Transition, Bah Ndaw, et le Premier ministre, Moctar Ouane, ont été mis « hors de leurs prérogatives » et le colonel Assimi Goïta a pris les rênes du pays avec l’aval de la Cour constitutionnelle. Ce fut une nouvelle paire de manches pour la communauté internationale, emmenée par la CEDEAO. Mais l’organisation communautaire n’a pas baissé les bras. Dès le samedi 29 mai 2021, le colonel Goïta est convié à Accra pour des «consultations», en prélude au sommet des chefs d’état qui aura lieu le lendemain, dimanche. En réaction à ces nouveaux développements, les dirigeants ouest africains ont condamné le « coup d’État » et suspendu de nouveau notre pays des instances de l’organisation. Aussi, ont-ils réclamé la nomination d’un Premier ministre civil et la formation d’un gouvernement inclusif. Les autorités maliennes ont répondu avec la nomination comme Premier ministre du leader du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), Dr Choguel Maïga, et la formation d’un gouvernement regroupant plusieurs sensibilités. Mais le doute s’est installé sur les autres intentions des autorités de la Transition, concernant notamment le respect du calendrier électoral qui prévoit la tenue de l’élection présidentielle en février 2022. Apparemment, les menaces de sanctions ont glissé sur les dirigeants maliens. Le président ghanéen, président en exercice de la CEDEAO, a personnellement effectué une visite à Bamako le 11 octobre dernier. Sans plus de succès sur le respect des injonctions de l’organisation commune. Il faut dire que les chefs d’Etat ouest africains ont du pain sur la planche. La CEDEAO est de plus en plus perçue par l’opinion ouest africaine comme un syndicat de chefs d’état. Sa gestion des dossiers des ruptures de l’ordre constitutionnel dans les différents pays n’est pas exempt de reproche. Même s’ils ont le soutien de l’ONU et de l’Union africaine (UA), les présidents sont tenus de marcher sur des œufs pour éviter des décisions qui pourraient entamer davantage la crédibilité de l’organisation aux yeux des citoyens de la sous-région. ID (AMAP)
Lutte contre la déforestation : La COP26 sonne la charge
Par Cheick Amadou DIA Bamako, 04 nov (AMAP) La 26è Conférence des Nations unies sur le climat, deux jours seulement après son ouverture à Glasgow en Ecosse, est parvenue, mardi, à la signature, par plus de 100 pays abritant 85% des forêts mondiales, d’une déclaration commune pour enrayer la déforestation d’ici 2030. Il s’agit du «plus grand pas en avant dans la protection des forêts mondiales en une génération», s’est enthousiasmé Boris Johnson, le Premier ministre britannique, hôte du sommet, lors de la signature du document. L’initiative est essentielle pour parvenir à l’objectif de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C, selon les organisateurs de la conférence. Ces formidables écosystèmes fourmillants, «cathédrales de la nature», sont les poumons de notre planète. Ils absorbent une grande partie du gaz carbonique rejeté dans l’atmosphère, responsable du réchauffement climatique. Malgré leur rôle essentiel dans notre survie même, les forêts disparaissent à un rythme alarmant correspondant à l’équivalent de 27 terrains de football, 291.600 m2 par minute, selon les estimations de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’accord prévoit de mobiliser 19,2 milliards de dollars pour la protection et la restauration des forêts. La France et 11 autres pays riches, s’engagent à mobiliser, conjointement, 10,3 milliards d’euros de fonds publics, entre 2021 et 2025, pour lutter contre la déforestation. À cette somme devraient s’ajouter 6,24 milliards d’euros d’investissements privés. Parmi ces fonds, 1,3 milliard de dollars seront investis pour protéger le bassin du Congo qui abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde après l’Amazonie. Par ailleurs, les patrons de plus de 30 institutions financières, représentant plus de 8.700 milliards de dollars d’actifs mondiaux, se sont aussi engagés à éliminer les investissements dans les activités liées à la déforestation. Selon l’ONG WWF, les engagements clés de cette déclaration comprennent, notamment, la conservation des forêts et autres écosystèmes terrestres, ainsi que l’accélération de leur restauration. L’accord prévoit, également, la promotion de la production et de la consommation durables de produits de base qui n’entraînent pas la déforestation et la dégradation des terres ou encore, la réduction de la vulnérabilité des communautés qui vivent dans ces territoires. «C’est une bonne nouvelle pour nous», déclare le président de l’ONG malienne, Mali-Folckecenter Nyetaa qui participe aux travaux. Avec le changement climatique, la grande exploitation agricole, la surpopulation et les déplacements des populations dus aux conflits, une forte pression est exercée sur les forêts, selon Dr Ibrahim Togola. Ces différentes actions font que la déforestation prend, de plus en plus, de l’ampleur au Mali. Selon la Politique forestière nationale de 2017, chaque année, environ 500.000 hectares de forêts disparaissent dans au Mali. Si dans les années 1960, le Mali disposait de plus de 4.400.000 hectares de superficies forestières, aujourd’hui il n’en reste que près de 800.000 hectares, soit une perte de plus de 80%. Les responsables du Système d’information forestier (SIFOR) expliquent cela par le fait que le bois et le charbon occupent 80% des besoins de la population en énergie. Face aux différences crises climatiques, la population doit sa résilience aux forêts. « Le bois énergie est une denrée de première nécessité au même titre que le riz, l’huile, le sucre, la farine, etc. », fait remarquer Dr Togola. « Le secteur apporte plus de 100 milliards de Fcfa à l’économie, chaque année », souligne-t-il. Le président de Mali-Folckecenter Nyetaa affirme, également, que les deux grands facteurs de déforestation sont l’énergie et l’agriculture. « La diversité des acteurs dans l’exploitation et la gestion forestière pose, également, un problème fondamental », analyse Dr Souleymane Diallo, professeur à l’Institut polytechnique rural (IPR) de Katibougou. « Les recherches sur les espèces d’arbres ne sont pas développées dans notre pays. Si c’est le cas, elles ne sont pas appliquées », déplore le chercheur, avant de regretter qu’elles soient méconnues par les acteurs. Face à cette déforestation galopante, il faut aller vers l’application stricte des normes de gestion durable des forêts, estime Dr Ibrahim Togola. Les informations liées à la forêt doivent être disponibles pour tous les acteurs ainsi que pour les populations. Il faut, également, aller vers la mise en place des forêts destinées aux bois d’œuvre. Du côté de la recherche et de la formation, les écoles comme l’IPR doivent être appuyées pour une formation de qualité. Enfin, les acteurs forestiers doivent être bien identifiés pour aller vers une coopération publique privée dans la gestion durable des forêts. C’est en tout cela que le Mali doit tirer bénéfice de cet accord obtenu à la COP26, selon cet acteur de la société civile. Cependant, le coordinateur de campagne de l’ONG Canopée, qui œuvre pour la protection des forêts mondiales, estime qu’il existe une interrogation quant à la signature d’un certain nombre de pays dont on peut légitimement douter de la bonne foi. Sylvain Angérand cite, notamment, la République démocratique du Congo (RDC) qui s’apprête à lever un moratoire sur l’exploitation forestière d’une superficie équivalente à celle de la France, mais aussi le Brésil qui a battu des records de déforestation depuis trois ans. Sous le feu des critiques pour sa politique environnementale, le Brésil a annoncé lundi, à l’ouverture de la COP26, des objectifs plus ambitieux en matière de réduction des émissions de CO2 et de lutte contre la déforestation. Il prévoit de baisser ses émissions de 50% d’ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Selon plusieurs études récentes, la déforestation en Amazonie brésilienne a transformé ce puits de carbone fondamental pour la planète en émetteur net de CO2 en 2020. Des experts de l’ONG autrichienne, All Rise, estiment ainsi que le rythme de cette déforestation s’est accru de 88% depuis l’arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro, représentant une perte de quelque 4.000 km2 de forêt amazonienne chaque année. Ce nouvel engagement contre la déforestation fait écho à la Déclaration de New York sur les forêts de 2014. À l’époque, de nombreux pays s’étaient engagés à diviser par deux la déforestation en 2020 et d’y mettre fin en 2030. CAD (AMAP)
Dr Aly Tounkara : « Le discours radical a eu raison de Sophie Petronin »
Bamako, 04 nov (AMAP) Libérée après quatre ans de captivité, l’ex-otage franco-suisse, Sophie Pétronin, est de revenue au Mali pour des motifs encore inconnus. Dr Aly Tounkara, directeur du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel (CE3S), qui nous livre son analyse, soutient que le retour de Sophie Pétronin au Mali apparaît comme quelque chose de surprenant pour qui connaît le contexte et les circonstances de son enlèvement jusqu’à sa libération. Pour Dr Tounkara, à y regarder de près, il n’y a rien d’étonnant de la revoir au Mali. «Aux premières heures de sa libération, Sophie Pétronin a clairement laissé entendre que les groupes radicaux violents se battent au nom du référentiel musulman au Mali et il serait bon de les écouter», rappelle le spécialiste des questions de sécurité. Il estime que l’ex-otage a dû succomber au charme de ces groupes. Et, de ce fait, elle penserait que les différents facteurs qui sous-tendraient le terrorisme et l’extrémisme violent sont justes. Dr Tounkara rappelle, aussi, qu’elle s’était même permise de dénoncer comment les puissances occidentales exploitent, de façon abusive, le sous-sol des pays sahéliens. Le directeur du CE3S pense que tout cela laisse entendre que le discours radical a eu raison de Sophie Pétronin. Même s’il souligne qu’on ne peut pas forcément établir un possible lien entre son retour au Mali et l’hypothèse de regagner, de nouveau, les groupes radicaux violents, Dr Aly Tounkara soutient, tout de même, que Sophie ferait partie de ceux qui pensent que ces groupes méritent d’être écoutés et de recevoir une attention particulière. « Sophie Pétronin savait pertinemment que retourner au Mali par des canaux officiels, notamment passer par les représentations consulaires pour obtenir un visa, était un cheminement qui pourrait connaître difficilement un dénouement heureux. Ce qui l’a amenée à rentrer sur le territoire malien frauduleusement », estime le chercheur, qui précise que sur la foi des informations dont il dispose, elle serait passée par le Sénégal pour se retrouver au Mali. Sur les motivations de son retour sur le sol malien, le spécialiste des questions sécuritaires au Sahel est formel. « Il ne faut pas occulter le fait que lorsqu’on est éloigné des sociétés dites normales à la suite d’une prise d’otage, à notre retour dans ces sociétés, s’il n’y a pas une prise en charge globale surtout un suivi psychologique, on peut avoir le dégoût du vivre ensemble qu’on juge normal », analyse Dr Tounkara. « Sophie serait dans cette nostalgie aujourd’hui de vivre parmi ces groupes radicaux violents, elle estime que le combat que mènent ces groupes est un combat de justice tout à fait légitime », souligne-t-il. Le directeur du CE3S pense qu’il ne faut pas occulter le fait que Sophie Pétronin a embrassé l’islam pendant sa captivité. « Ce retour à l’islam reçu des groupes radicaux violents pourrait, aussi, expliquer son attachement à la terre sahélienne », soutient le chercheur. D’après lui, il faut interroger le relâchement des services de contrôle ou de renseignement du côté de la France et de la Suisse qui a permis à Sophie de quitter le territoire occidental pour se retrouver de nouveau au Mali. Dr Aly Tounkara est revenu sur l’accueil qui a été réservé à l’ex-otage en France après sa libération. Il se souvient que le président Macron a, à la limite, boudé son retour à cause de sa prise de position en faveur des groupes radicaux violents. De même pour le fait qu’elle avait clairement affiché une certaine sympathie pour ces groupes. « On peut comprendre pourquoi la France et la Suisse seraient moins tentées de s’intéresser à Sophie Pétronin ou seraient aussi moins soucieuses de son avenir », explique le chercheur qui estime que l’ex-otage s’est finalement retrouvée dans une situation d’abandon, d’oubli ou même de diabolisation. Ce qui, selon Dr Tounkara, expliquerait pourquoi elle a préféré revenir dans son ancien pays d’accueil qu’est le Mali non seulement pour revivre la chaleur humaine mais également pour pouvoir extérioriser sa foi en toute quiétude. Le porte-parole du gouvernement français a estimé mercredi que le retour de Sophie Pétronin était une forme d’irresponsabilité. L’ex-otage a répliqué qu’elle se sentait chez elle au Mali et qu’elle n’était pas irresponsable. DD/MD (AMAP)
Mali-CEDEAO : Un compromis toujours possible
Par Issa DEMBELE Bamako, 03 nov (AMAP) Le prochain sommet extraordinaire des dirigeants ouest-africains annoncé pour dimanche, à Accra, offre une opportunité pour que les lignes bougent dans le bon sens, surtout dans l’intérêt du peuple malien qui, éprouvé par une longue crise multidimensionnelle, n’aspire qu’à des lendemains meilleurs Lors de ce rendez-vous, dans la capitale ghanéenne, le Mali va certainement réaffirmer sa position déjà connue, à savoir l’élaboration d’un chronogramme à l’issue des Assises nationales de la refondation, prévues en décembre. Jusqu’ici, l’organisation communautaire continue de réclamer le respect du délai de février 2022 pour l’organisation des élections. À première vue, les positions semblent inconciliables. Mais, en diplomatie, les lignes bougent très souvent lors de discussions autour d’une table. Le sommet d’Accra pourrait donc être, selon certains observateurs, celui du compromis entre Bamako et la CEDEAO. Un bras de fer n’arrange personne. Ni les autorités maliennes qui tiennent à maintenir des relations avec la communauté internationale tout en affirmant, de plus en plus, leur souveraineté. Ni l’organisation communautaire qui fait face à beaucoup de critiques pour sa gestion, difficilement exempte de reproche, des crises sociopolitiques de la sous-région. L’optimisme est permis. Même si le fossé est large entre les deux parties. La visite du Ghanéen Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, président en exercice de la CEDEAO, le dimanche 17 octobre à Bamako, n’a visiblement pas permis de rapprocher les positions. La tension est même montée d’un cran, après que le Mali a déclaré « persona non grata» le représentant spécial de la CEDEAO, Hamidou Boly, pour «agissements incompatibles» avec son statut. La position de la CEDEAO de ne pas concéder une prolongation de la Transition, bénéficie du soutien de l’Union africaine (UA) et de l’Organisation des Nations unies (ONU). Mais lors des échanges d’Accra, les autorités maliennes pourront expliquer que le plan de sortie de crise de la communauté internationale pour notre pays ignore les questions fondamentales, comme la nécessité de la refondation. Les dirigeants actuels sont bien décidés, conformément aux aspirations de la plupart de nos concitoyens, à jeter les bases de quelques réformes pouvant garantir notamment la transparence des futures élections. L’organisation des Assises nationales de la refondation (ANR) et la création de l’Autorité indépendante de gestion des élections participent de cette volonté d’instaurer des institutions solides et éviter au pays une nouvelle crise. Il est fort probable que le pouvoir intérimaire maintienne ce cap, soutenu par une frange importante de la population. La volonté populaire s’est exprimée, vendredi à la place de l’Indépendance, en faveur d’une prolongation de la Transition. Ce même jour, au siège de l’ONU à New York, notre représentant permanent, l’ambassadeur Issa Konfourou, revenait sur la nécessité de mener des réformes politiques et institutionnelles pour remettre le Mali sur les rails. D’ailleurs, a-t-il rappelé opportunément, la nécessité de réformer en profondeur a été reconnue par les «dirigeants de la CEDEAO qui, dès octobre 2018, avaient recommandé, à l’issue de leur Mission d’information relative à la crise post électorale de mener des réformes approfondies au Mali». Et le patron de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), El-Ghassim Wane, se prononçant sur la situation sécuritaire, avait concédé : «En dépit des efforts collectifs, la réalité est que la situation sécuritaire s’est détériorée et la crise s’aggrave» à travers le Mali. Ce dimanche à Accra, comme en septembre dernier, les chefs d’état pourraient brandir des «sanctions ciblées contre des individus dont les actions impactent négativement le calendrier de la Transition tel qu’arrêté». Mais cela n’exclut pas la possibilité d’un compromis sur l’essentiel. L’insistance des dirigeants ouest-africains à s’intéresser à la crise malienne est un indicateur de la place centrale qu’occupe notre pays en Afrique de l’Ouest. Ils vont certainement tenir compte de l’intérêt commun, en évitant de prendre des mesures qui menaceraient davantage un pays déjà fragilisé par la crise. ID (AMAP)
Prix du pain : Opération de respect de l’ordre commercial à Bamako
Bamako, 03 nov (AMAP) Les autorités maliennes ont fermé, mardi, des guichets, des boutiques et des points de vente de pain qui refusent de se conformer aux prix conventionnels de cette denrée. De nombreux Bamakois ont sillonné, hier, sans succès, plusieurs quartiers à la recherche du pain, beaucoup consommé dans la capitale malienne. Mme Diawara Alima Doumbia, cette habitante de Kalabancoro plateau (rive droite du fleuve Niger à Bamako), après avoir acheté des œufs, est devant le fait accompli. «Il n’y a pas de pain», lui ont lancé plusieurs boutiquiers du coin. Même constat chez un célèbre vendeur de foie au Quartier du fleuve, rive gauche. Hambé dit avoir parcouru plusieurs quartiers à la recherche de pain. En vain ! Il s’est vu obligé de vendre du foie sans pain aux clients qui en ont fait la demande. Les raisons de cette pénurie de pain ? Des boulangeries ont refusé d’en produire. Pourtant, suite à des négociations, lundi, avec le gouvernement, le président de l’Union des boulangers du Mali, Ahmed Dembélé, s’est engagé à maintenir le prix de la baguette de 300g à 250 Fcfa et celle de 150g à 125 Fcfa. Malgré cet accord, les Bamakois ont constaté, stupéfaits, l’arrêt de la production de pain par des boulangeries. Celles qui ont fait tourner les machines ont cédé la miche de 300g à 300 Fcfa et celle de 150g à 150 Fcfa. Il y a des boulangeries qui ont continué à vendre aux prix convenus avec les autorités. Contacté par téléphone, le président de l’Union des boulangers du Mali confirme avoir signé un communiqué, à la demande des autorités, au terme des négociations. « Les boulangers se sont concertés après et ont décidé de fermer toutes les boulangeries de la ville », explique Ahmed Dembélé. Le motif évoqué est qu’ils ne peuvent pas respecter cet accord alors que les boulangeries modernes vendent la baguette de pain de 300g à 300 Fcfa. «Toutes les boulangeries resteront fermées jusqu’à preuve du contraire sauf si le gouvernement accepte de trouver un consensus avec l’ensemble des boulangers», tranche le président de l’Union des boulangers du Mali. De son côté, le gouvernement affiche sa détermination à mettre fin à la pratique consistant à augmenter de façon inopinée les prix des produits au nom du libéralisme. Les autorités entendent exiger le respect des prix négociés avec les patrons des boulangeries. C’est dans ce cadre que des brigades économiques des structures de la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC) ont fermé, hier, les guichets de toutes les boulangeries, boutiques et points de vente de pain ne respectant pas les prix consensuels du pain. L’action musclée est annoncée par un communiqué publié sur la page Facebook de la DGCC. Le texte précise que des procès-verbaux d’infractions ont été dressés contre les récalcitrants sur la base desquelles des amendes ont été recouvrées et versées au Trésor public. La DGCC assure que « les opérations de maintien de l’ordre commercial se poursuivront matin et soir jusqu’à la stabilisation effective de la situation ». Elle invite les consommateurs à signaler à ses équipes les éventuels manquements au protocole d’accord sur les prix consensuels du pain. FC/MD (AMAP)
Apprentis chauffeurs : En attendant le permis de conduire
Par Oumar SANKARE Bamako, 03 nov (AMAP) Le soleil darde ses premiers rayons du ciel d’un lundi matin. Une centaine de camions citernes fait la queue dans les alentours de l’Office nationale des produits pétroliers (ONAP) à Faladié. Certains passent au bureau des douanes, pour des formalités, d’autres attendent, impatiemment, de reprendre la route ou sont en réparation dans les nombreux garages installés dans la zone. La providence a fait se croiser le destin d’un groupe de jeunes qui, aujourd’hui, forment une famille. Venus tous du Mali profond, leur objectif est de réussir à Bamako afin de s’occuper de leurs parents restés au village. Assis sous un hangar en paille, qui leur sert de terrasse, leurs sacs et objets personnels cohabitent avec quelques pièces de rechange de camion, dans un kiosque métallique rouge. Les six garçons sont assis, deux sur des chaises et deux autres se partagent un lit pliable. Seul, Adama Sangaré, 28 ans, le plus âgé du groupe est sur sa chaise et prépare du thé, l’infusion préférée au Mali. A la radio, un titre populaire du rappeur Master Soumy passe en boucle, musique qui se mêle aux coups de marteau et vrombissements de moteur de camions en réparation. A côté, des poules gloussent, grattent et picorent des graines visibles d’elles seules. Ils viennent de Ségou, Bamako, Sikasso, Loulouni, Fana, Baraoueli et espèrent devenir, un jour, des chauffeurs de poids lourds. Moulaye Konta, Oumar Seck, Mamoutou Berthé, Mamadou Diabaté et Gaoussou Diarra sont, tous, « apprentis », pour le moment. Bien que le métier soit rude, avec des revenus dérisoires, ils l’aiment. En effet, grâce à leur travail, ils voyagent dans différents pays de la sous-région, rencontrent de nouvelles personnes, découvrent d’autres cultures, d’autres mets, d’autres réalités mais, aussi, de mauvaises expériences, des attaques de bandits armés et des accidents mortels qui les marquent à vie. Moulaye Konta, 23 ans, a réussi à l’examen du baccalauréat, il y a deux ans. Après 6 mois sur les bancs de l’université de Ségou, il rejoint Bamako sur instruction de son père. Ce dernier, le confie à un chauffeur de camion-citerne. Un peu réservé, le seul rêve de Moulaye est de devenir aménagiste. En attendant que son père réunisse les moyens pour financer ses études, il se rend utile et espère gagner un peu d’argent pour le soutenir. Pour son premier voyage, il se rend au Ghana avec son patron pour transporter du carburant au retour. « Un choc de culture !!! Ce voyage m’a beaucoup marqué. Accra, la capitale est tellement propre que je me croyais dans une ville européenne, comme on les voit dans les films », se remémore-t-il avec un large sourire. « Nulle part à Accra, on ne voit de déchets. Un peu partout, il y a des poubelles. Les taxis, sont propres et en bon état. Pas comme les nôtres qui sont sales et vieux », raconte Moulaye. Dans les régions de Téma, Takoradi et Cape Coast qu’il a pu visiter, « les universités sont immenses. Pas comme chez nous ». « En fait, ce sont des villes dans les villes où il faut des bus et taxis pour se déplacer à l’intérieur, tellement elles sont grandes », ajoute Adama Sangaré. Certains confient avoir vu des agents de police ghanéens verbaliser des étrangers pour avoir jeté des déchets à tout va. Mamoutou Berthé, 25 ans, abonde dans le même sens et dit à quel point il a été émerveillé, lors de son premier séjour à Abidjan. « Les gratte-ciels à perte de vue, les transports en commun ultra modernes, la mer et, surtout, la nourriture qui coûte moins chère ». Mais, aussi, voir tous ceux qui roulent à moto, porter un casque, une chose inimaginable pour ces jeunes apprentis. Souvent, après de longs séjours, de découvertes et de belles rencontres avec des apprentis d’autres pays, le chemin du retour est souvent semé d’embûches. « A l’aller, le voyage est en général calme », confie Adama Sangaré, le plus âgé des apprentis. Les difficultés interviennent au retour, lorsque les citernes et autres camions sont chargés de marchandises. Il y a, très fréquemment, les cas de pannes qui peuvent, souvent prendre jusqu’à deux ou trois semaines avant d’être réglées. « Dans ces cas, on se trouve en plein milieu de nulle part. Pour trouver un mécanicien ou des pièces de rechanges, on fait de l’auto-stop pour rallier la ville la plus proche », relate Mamadou Diabaté. UNE VIE DURE – Certains chauffeurs donnent gentiment de l’eau à boire et, souvent, quelques provisions. Il y a une grande solidarité, sur la route, les chauffeurs ghanéens, ivoiriens, togolais, béninois et autres ne manquent jamais d’apporter assistance et c’est réciproque. Il arrive que certains chauffeurs laissent l’apprenti se débrouiller en pleine campagne mais cela reste des cas rares car la marchandise transportée est sous sa responsabilité. En plus de cela, il y a les cas d’attaques par les bandits armés, friands de camions chargés de marchandise. Il y a deux mois, un camion en route pour le Mali a été attaqué sur la route de Bouaké (Côte d’Ivoire). La cabine a été criblée de balles. L’apprenti a reçu deux projectiles, un au bras et l’autre à la hanche. « Il est, aujourd’hui, hors de danger », confie Mamadou Diabaté. Il y a eu une attaque similaire au Ghana, plus précisément à Wale-Wale, au cours de laquelle la cabine du camion a reçu quatre impacts de balle, deux sur le pare-brise et deux autres, un peu au-dessus de la roue arrière gauche. Enfin, il y a les cas d’accidents mortels, aussi horribles les uns que les autres. « Une fois au Burkina Faso, l’une des roues d’une citerne était enfoncée dans un trou. Avec d’autres personnes, nous leur avons porté notre aide, », relate Oumar Seck, entre deux gorgées de thé à la menthe. Un camion grue est venu assister, mais pendant plusieurs heures il n’y avait pas d’évolution. « On ne sait comment, le camion a pris feu », raconte le jeune apprenti. « Nous avons dû prendre nos distances de la scène. Le carburant, la citerne, la grue et un autre véhicule ont tous brulé », dit-t-il.

