Sur le vif : Mali, la proie désignée

Par B. TOURE La chasse est ouverte. Cette fois-ci, le Mali est la proie désignée par la meute des grands fauves qui règnent sur la jungle de la « communauté internationale ». Ici, la loi du plus fort est toujours la meilleure. La raison du courroux des puissants ? Bamako a le toupet de s’écarter du « droit chemin » tracé par la puissance tutélaire. Le chef d’accusation « faire appel à des mercenaires russes » ne correspond pas à la réalité. Qu’importe ! La sentence est déjà prononcée. Implacable. Comme dans la fable de La Fontaine Le loup et l’agneau : « si ce n’est toi, c’est donc ton frère ». Sa témérité vaut au Mali d’être montré du doigt. Sa hardiesse à vouloir troubler l’ordre établi par les maîtres du monde est intolérable. Pour sa défense, le pays tente vainement d’expliquer que sa démarche n’a d’autre but que de stopper l’inexorable aggravation de la crise. Mais ses arguments sont inaudibles, couverts par le vacarme des grands médias occidentaux, véritables tambours de guerre et machines à fabriquer des narratifs toujours à charge contre la cible à éliminer. Diabolisée et présentée comme nuisible à la « communauté internationale », celle-ci est tout juste bonne à abattre. Les exemples de fraîche mémoire sont légion. Des prétextes ont été savamment orchestrés pour détruire des pays dont le tort était d’avoir voulu s’affranchir du diktat des puissances occidentales. Pour les cas de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, le bon prétexte était de protéger des populations contre des tyrans. Mais combien d’Irakiens, de Libyens, de Syriens ont péri sous les bombes et du fait des guerres civiles, provoquées par les interventions de l’Occident ? La réponse est à rechercher partout sauf dans la presse occidentale, si prompte à taxer les autres de propagandistes. Alors qu’elle est la gardienne d’un ordre totalitaire ne souffrant aucun écart de conduite. Un ordre totalitaire qui ne se refuse rien, si sûr de l’impunité qu’il se paie souvent la légèreté de reconnaitre qu’il s’était trompé, après avoir provoqué des milliers de morts et transformé des pays en trous noirs. La Cour pénale internationale est obligée de regarder ailleurs, surtout du côté de l’Afrique où elle recrute la majorité de ses accusés. On peut tirer son chapeau à la solidité du pacte qui lie les différents pays occidentaux. Tous pour un et un pour tous. Que la raison du conflit soit valable ou pas. Une belle leçon de solidarité pour les autres peuples à travers le monde et particulièrement les Africains qui continuent de faire les frais de la vieille ficelle du diviser pour régner. Dans une tentative pour isoler le Mali de ses voisins ouest-africains, un député français soutient sans rire que la pression exercée par Paris et ses alliés vise à soutenir les recommandations de la Cedeao sur la transition malienne. La manœuvre consiste à souffler sur les braises de nos dissensions avec l’organisation sous-régionale. Que la France en soit réduite aujourd’hui à battre le rappel de ses alliés afin de lui éviter de perdre pied au Mali est un retournement de situation proprement pathétique. Dilapider le capital sympathie que l’ex-puissance coloniale s’était taillée en 2013 suite à l’opération Serval, relevait de l’exploit. La France l’a réussi en prétendant intervenir pour rétablir l’intégrité territoriale d’un pays et en même temps faire droit à des velléités irrédentistes d’une infime minorité de la population. Difficile de faire mieux dans l’incohérence. Ce grand écart a conduit l’armée française à faire de Kidal une enclave inaccessible à l’Etat central du Mali. En voulant faire plaisir à leurs « amis touaregs », les soldats français se sont retrouvés devant la mission impossible de faire le distinguo entre indépendantistes et terroristes, entre les bons et les mauvais. Les groupes islamistes ne se sont fait prier pour exploiter la faille et faire de Kidal un sanctuaire terroriste sur lequel règne en maître l’émir Iyad Ag Ghali. Inutile de compter sur les puissants pour admettre ne serait-ce qu’une once d’erreur dans leur démarche. Or l’architecture de l’intervention de la communauté internationale dans notre pays porte la marque de la plume des diplomates français. Le schéma était le suivant : à Barkhane la traque des terroristes, à la Minusma la stabilisation des zones libérées. Plusieurs années plus tard, la quasi-totalité du territoire est métastasée par la gangrène terroriste. La Minusma ressemble davantage à une ONG géante de développement qu’à une force armée. Qui en est responsable ? Evidemment, ces Maliens forcément corrompus et incapables de se défendre, répond-on invariablement. Alors qu’au moment de dessiner l’échafaudage, « le pouvoir faible de Bamako » – c’était le vocable utilisé dans les médias pour désigner la transition dirigée par Dioncounda Traoré – n’a pas eu voix au chapitre. Dans la jungle de la « communauté internationale », l’absurdité des arguments ne les empêche pas de prospérer. Pour peu qu’ils soient portés par les puissants. Le Mali devient aujourd’hui, à son corps défendant, un terrain d’affrontement entre l’Occident d’un côté et la Russie de l’autre. La France ne semble pas disposée à battre en retraite au Mali comme elle l’a fait en Centrafrique devant l’avancée des Russes. Il est vrai qu’elle s’est beaucoup plus investie dans notre pays mais avec un résultat mitigé du fait en grande partie des objectifs inconciliables qu’elle s’était fixée. La Russie s’engouffre dans la brèche de l’insatisfaction des Maliens et se donne ainsi l’opportunité de venir titiller les Occidentaux dans leur chasse gardée, leur rendant ainsi la monnaie des menées expansionnistes à ses frontières. Il appartient aux Maliens de travailler à tirer profit de la diversification des partenaires avec l’objectif de doter le pays d’une armée capable de défendre efficacement le territoire national.      

Assises nationales de la refondation : … Dans les Régions aussi

Bamako, 23 déc (AMAP) Les participants sont invités à faire des propositions susceptibles d’être prises en compte lors de la phase nationale qui se déroulera du 27 au 31 décembre prochain dans la capitale, Bamako. Sikasso : le bon démarrage des travaux Les ANR niveau région ont bien démarré dans la Capitale du Kénédougou. Les activités ont été présidées par le gouverneur de la Région, Sinè Dembélé. “Nous devons saisir cette opportunité pour nous prononcer sur les causes de nos crises à travers un dialogue franc et courtois. Cela nous permettra d’endiguer le scepticisme et briser le cercle infernal de la crise multidimensionnelle que nous vivons depuis 2012”, a dit le chef de l’exécutif regional dans son discours d’ouverture. S’agissant de l’importance de ces Assises, le gouverneur Dembélé a affirmé qu’elles seront “le moyen pour les Maliens de valoriser davantage notre vivre ensemble à travers la cohésion sociale, la cohabitation harmonieuse, l’entraide entre les communautés et la promotion du cousinage à plaisanterie”. De son côté, le superviseur de la commission d’organisation des ANR dans la Région de Sikasso, l’ancien ministre Modibo Kadjoké, a souligné que de 1991 à nos jours, il existe de grosses tâches noires sur la démocratie malienne. “Le Mali est confronté à de nombreuses crises notamment d’ordre sécuritaire, politique, social, économique”, a-t-il affirmé. Mariam F. DIABATÉ Amap-Sikasso San : Des discussions sont bien engagéesLe gouverneur de la Région de San, le colonel Ousmane Sangaré, a lancé, mercredi matin, dans la salle de réunion de la préfecture, les travaux de la phase régionale des ANR.C’était en présence des préfets et leurs adjoints des Cercles de San et Tominian, du représentant de la Commission nationale d’organisation, assigné à la région de San, Me Abdrahamane Touré, du maire de la Commune urbaine de San, Mme Félicité Diarra, du point focal de la Région, Adama Jean Dembélé, et de l’ensemble des forces vives de la Région de San. Les discussions sont bien engagées et tout se déroule normalement. Noumballa CAMARA Amap-San Koulikoro : les ANR sont l’occasion de se rassembler La phase régionale des ANR à Koulikoro, a débuté, hier matin, par un acte citoyen : l’hymne national du Mali chanté par les participants dans la salle de conférence du gouvernorat. La cérémonie d’ouverture a été présidée par le gouverneur de la Région de Koulikoro, le colonel Lamine Kapory Sanogo. Pour le maire de la Commune urbaine de Koulikoro, Bakoroba Kané, ce forum constitue « sans nul doute une opportunité historique sur le chemin du rassemblement et du dialogue ». Il a ajouté que ces discussions « sont indispensables pour un diagnostic sans complaisance de la gravité et de la profondeur de la crise et ses enjeux». Selon le gouverneur, « la période de transition en cours est une opportunité pour le peuple malien de se concerter autour de la vision du changement et des réformes globales nécessaires, d’identifier les goulots d’étranglement, qui empêchent la mise en œuvre des propositions de solutions, pour restaurer les principes républicains et démocratiques et corriger les faiblesses et failles qui gangrènent le système de gouvernance au Mali ». Amadou MAIGA & Amadou DIARRA Amap – Koulikoro Kita : le gouverneur invite à des contributions pertinentes C’est parti hier à Kita, pour la phase régionale des ANR, sous la présidence du gouverneur de Région de Kita, Daouda Maiga. Les délégués issus des regroupements de femmes, des jeunes, des légitimités traditionnelles ; religieuses et des Forces de défense et de sécurité sont repartis en deux groupes de travail pour examiner les 13 thématiques de la rencontre. Pour le gouverneur de la Région, «ces Assises sont une opportunité d’apporter des contributions pertinentes dans un esprit de responsabilité partagée ». Mohamed FABRICE Amap-Kita Nioro du Sahel : les couches socioprofessionnelles ont répondu à l’appel Après les communes et les cercles, les ANR ont démarré, ce mercredi, à Nioro du Sahel, en présence du gouverneur de la Région, le colonel Aly Anadji. Les différentes couches socioprofessionnelles de la Région ont répondu présent à l’appel pour participer à l’élaboration des textes qui vont régir la renaissance d’un Mali nouveau. Après une minute de silence observée en la mémoire des populations maliennes victimes des événements douloureux, depuis 2012, dont les vaillants soldats tombés sur le champ de l’honneur, le gouverneur a indiqué que l’objectif principal de ces assises n’est autre que “la mise en exécution d’une vision des nouvelles autorités”. Une dynamique qui s’inscrit dans “un processus de reconstruction de l’État malien qui peine à retrouver ses marques à cause des différentes crises sociopolitiques caractérisées par des ruptures de l’ordre constitutionnel établi”. En outre, le colonel Aly Anadji a exhorté les participants “au dépassement de soi dans le respect mutuel et à l’instauration d’un débat courtois ,convivial et fécond dans la diversité d’opinions”. Moussa DIAKITÉ Amap-Nioro du Sahel Gao : l’insécurité au cœur des travaux À l’instar des autres capitales régionales, la Région de Gao a entamé, hier cette phase des ANR, sous la présidence du gouverneur, le général de brigade Moussa Traoré . Pour le point focal des ANR de Gao, Diabri Abdoualye Maïga, ces ANR sont une chance pour les populations de Gao. Parce que, selon lui, la problématique de l’insécurité qui fait partie des treize sujets sera bien débattu au cours des travaux. Le gouverneur, le général de brigade, Moussa Traoré, a remercié l’ensemble des participants. Il rappelé que depuis 2012, le Mali est confronté aux conséquences d’une rébellion dans son septentrion qui a favorisé l’avènement d’une crise multidimensionnelle ébranlant “les fondements de notre chère nation”.Le chef de l’exécutif régional a aussi demandé à chacun des participants d’être assidu et attentif, compte tenu de l’importance de ces Assises. Abdourhamane TOURÉ Amap-Gao Kayes : la stabilisation de l’école fait partie des préoccupations Les ANR au niveau régional à Kayes enregistrent la participation de 150 délégués représentant l’administration, les collectivités locales (mairie, Conseil de Cercle, Conseil régional), les services régionaux, les Forces armées et de sécurité, les autorités traditionnelles et coutumières, la société civile, bref, de l’ensemble des couches socioprofessionnelles

Phase régionale des Assises nationales de la refondation : L’étape du district de Bamako…

Bamako, 23 déc (AMAP) Après les phases communales, de cercles et de la diaspora des Assises nationales de la refondation (ANR), celle des régions et du District de Bamako a démarré hier, mercredi, et prend fin aujourd’hui, jeudi. Dans la capitale, ce forum de deux jours dont les travaux se tiennent à la Maison des ainés, a pour objectif de faire l’état de la Nation et engager un véritable processus de refondation du Mali. Cela est d’autant plus nécessaire que notre pays, depuis plusieurs années, est en état de « déliquescence» et d’insécurité. «Un Mali blessé dans plusieurs de ses parties par de profondes fractures qui menacent même son existence », a dit le gouverneur sortant du Distrcit de Bamako, Baye Konaté, qui a présidé la cérémonie d’ouverture. L’on notait, également, la présence de la vice-présidente du Panel des hautes personnalités, Bintou Sanankoua, du maire du District de Bamako, Adama Sangaré, des représentants des partis politiques, des autorités traditionnelles et de la société civile. «Aux différentes rébellions dans le septentrion de notre pays se sont ajoutées des actions de rupture de l’ordre constitutionnel », a poursuivi M. Konaté. « Cependant, a-t-il indiqué, des accords de paix et de réconciliation nationale et plusieurs fora ont tenté, tant bien que mal, d’éradiquer les effets néfastes », du moins d’obtenir un consensus national autour des questions cruciales du pays. Selon le gouverneur du District, c’est dans ce contexte que le pouvoir de Transition actuel, héritier de tous ces maux, a initié les Assises. «Il s’agira pour ces ANR, entre Maliens, d’échanger sur la vision du changement que nous voulons et les réformes globales nécessaires», a-t-il expliqué. Pour Baye Konaté, ce forum s’avère indispensable pour un diagnostic sans complaisance de la gravité et de la profondeur de la crise multidimensionnelle que « notre pays a connue et qui a des répercussions sur les différents domaines de la vie économique, sécuritaire, sociale, politique, culturelle et autres ». Il a, dès lors, invité les participants à apporter des solutions idoines aux maux qui gangrènent le pays dans un esprit de responsabilité partagée. « Face aux crises multidimensionnelles, qui secouent le Mali depuis des années et qui menacent, aujourd’hui, son existence, a indiqué la vice-présidente du Panel des hautes personnalités, les autorités de la Transition ont jugé nécessaire la refondation de l’État ». D’après Bintou Sanankoua, cela passera par la tenue des Assises en cours. Assurant que les débats se dérouleront dans le respect des uns et des autres, la responsable du Panel des hautes personnalités a invité les participants à faire des propositions qui seront prises en compte. BD (AMAP)      

Marché central à poisson de Bamako : Cherche occupants…désespérément

Par Babba B. COULIBALY Bamako, 22 déc (AMAP) Construite en 2011 dans la zone aéroportuaire, le Marché central à poisson de Bamako, peine à attirer les vendeurs de poisson pour des raisons d’affluence. Mais pas seulement. « L’inauguration de l’infrastructure avait suscité beaucoup d’espoir », se souvient Mme Nana Thiéro. Rencontrée derrière le siège de l’agence de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) au Quartier du fleuve, cette mareyeuse témoigne : «Nous avions commencé à le fréquenter. Nous quittions nos maisons à 5h du matin pour y aller et nous rentrions, souvent, tard la nuit ». « Après deux semaines, nous avons décidé de reprendre service dans nos marchés respectifs, faute de clients. Vu l’endroit où il se trouve, le transfert des activités des mareyeurs sera très contraignant pour nous», explique-t-elle. Ce témoignage résume en substance la problématique de la viabilité du Marché central à poisson de Bamako. Construite en 2011 dans la zone aéroportuaire grâce à un soutien financier du partenaire japonais, l’infrastructure attend d’être occupée, près de dix ans après sa réalisation pour mettre fin à la vente anarchique de poisson à travers la ville. Il suffit pourtant de parcourir Bamako pour se rendre compte de cette nécessité. On y aperçoit, de part et d’autre, des routes et autres grandes artères, des points de vente de poissons frais exposés à l’air, dans des conditions pas vraiment hygiéniques. Les étals sont envahis par de grosses mouches. Ils transforment ces coins en un marché spontané au fil du temps. C’est le cas du marché improvisé de vente de poisson derrière l’Agence de la BCEAO. Ces coopératives de revendeurs de poissons n’ont toujours pas accepté de transférer leurs activités au Marché central à poisson de Bamako. Pour en savoir davantage, notre équipe de reportage s’est rendue à l’Agence de gestion du Marché central à poisson de Bamako. En ce jour, la cour dudit marché est presque déserte. Quelques grossistes y opèrent tout de même. Les 200 magasins et 117 places destinés à la vente au détail et au conditionnement du poisson ne sont pas toujours opérationnels. VOCATION PREMIÈRE – C’est dans cette ambiance que nous avons rencontré la présidente directrice générale de cette Agence, Mme Diawara Aïssata Hamata Touré.. « Le Japon a financé la construction de ce marché, afin que nos mareyeurs et mareyeuses quittent cette insalubrité dans laquelle ils vendent les poissons », explique Mme Diawara. Sa vocation première est, selon elle, la vente de poisson en gros et l’approvisionnement des marchés de Bamako et ceux de l’intérieur du pays. « Il faut un marché moderne, semblable à un port sec où tous les grossistes de poisson doivent se retrouver pour vendre le poisson de bonne qualité et dans de très bonnes conditions de conservation. C’est pourquoi, ce marché a été créé. Les grossistes doivent se retrouver ici avec quelques détaillants », poursuit la présidente directrice générale. Pour ce faire, un protocole d’accord a été signé le 17 janvier 2012 avec les coopératives de revendeurs de poissons qui se sont engagées à y transférer leurs activités. « Un engagement formel qui n’a pas été suivi d’effet, car les coopératives n’ont jamais transféré leurs activités au Marché central à poisson », déplore-t-elle. Mme Diawara Aïssata Hamata Touré explique : «À l’instar de mes prédécesseurs, je me suis investie pour faire venir les associations de revendeurs sur cet espace sans succès, pour l’instant. Plusieurs réunions ont eu lieu avec eux. Les promesses de regagner le marché n’ont toujours pas été tenues. Ils se plaignent de l’éloignement de l’endroit.» Un autre facteur, qui explique le peu d’engouement pour ce marché, est que la gestion de l’infrastructure serait un point de discorde avec les acteurs du commerce de poisson qui voudraient se voir confier la direction de l’établissement. Ils réclameraient la paternité du marché. « Ce qui n’est pas possible, parce que c’est un établissement public sur la gestion duquel l’État est très regardant », martèle Mme Diawara. PROBLÈME À BRAS LE CORPS – Toutefois, pour favoriser l’installation des vendeurs de poisson, des propositions ont été faites dans ce sens. Il s’agit, entre autres, de l’appui à la formation des grossistes, l’intervention auprès de l’État pour faciliter l’écoulement des produits. Outre l’appui logistique pour la livraison des commandes sur les marchés de Bamako, une politique de diminution de la taxe douanière a été proposée. L’objectif est de convaincre les revendeurs de transférer leurs activités sur le Marché central à poisson de Bamako. Le ministre délégué en charge de l’Élevage et de la Pêche, en accord avec son collègue de l’Économie et des Finances, a décidé de faire appliquer, dans six mois, un demi-tarif sur les frais douaniers pour ceux qui accepteront de venir s’y installer. En attendant, les marchés traditionnels semblent avoir de beaux jours devant eux. Du marché Dossolo Traoré, en passant par le Nouveau marché de Médine, les Halles de Bamako et la rue de la BCEAO, les vendeurs se frottent les mains. Le marché Dossolo Traoré abrite le plus grand point de vente de poisson frais à Bamako. « Plus de 1.000 vendeuses y exercent », nous explique le président du Collectif national des acteurs des marchés du Mali, Abdoulaye Cissé. Comme au niveau de la plupart des marchés, ici les poissons frais sont étalés à même le sol, sur du plastique. L’environnement est insalubre. Selon Abdoulaye Cissé, le Marché central à poisson de Bamako n’est pas un espace idéal pour la vente de poisson frais. « L’endroit est trop éloigné de la ville. Les détaillants ne pourront pas y rester parce que les clients ne viendront pas », explique-t-il. « Vouloir forcer les poissonniers à y transférer leurs activités, c’est prendre le risque de créer des points de vente anarchiques à travers la ville de Bamako, car ils abandonneront les marchés pour occuper les rues », pense Abdoulaye Cissé. Pour lui, le transfert n’arrangera pas les revendeurs, « car aucun client ne quittera par exemple un quartier comme Lafiabougou pour aller acheter un kilo de poisson au marché central », argumente-t-il. « La meilleure alternative est la construction de points de vente modernes, d’étals en carreaux et

Le prince Théophile Tatsitsa Gha : «La CEDEAO se doit d’être celle des peuples »

Propos recueillis par Bembablin DOUMBIA Bamako, 21 déc (AMAP) En marge de l’audience que le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, a accordée, lundi, au palais de Koulouba, au Conseil panafricain des autorités traditionnelles et coutumières (CPATC), le porte-parole de cette organisation, le prince Théophile Tatsitsa Gha du Cameroun, s’est exprimé sur le lien historique qui existe entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et le Mali. Il a, aussi, souhaité que l’organisation sous-régionale retourne à ses fondamentaux. L’Essor : La Constitution du Mali stipule qu’il peut abandonner une partie ou la totalité de sa souveraineté en vue de réaliser l’unité africaine. Quels commentaires en faites-vous ? Le prince Théophile Tatsitsa Gha : C’est dans ce cadre que les autorités traditionnelles d’Afrique sont venues au Mali, parce que la Constitution du Mali ouvre cette brèche. Et c’est cette brèche qui a permis aux responsables de “Dambé ton” de faire recours à leurs pairs. Parce que c’est l’une des pistes qui permet au peuple malien de trouver des solutions africaines aux problèmes africains. Et le Mali, vous savez, c’est la terre commune des peuples. L’Essor : Quelle peut être la portée de la CEDEAO des peuples en dehors des pouvoirs politiques ? Le prince Théophile Tatsitsa Gha : La CEDEAO ne peut être que ce que ses populations veulent. Donc, la CEDEAO a d’abord une mission, c’est de faire en sorte que les frères puissent agir ensemble dans le cadre du développement social et de la préservation de la sécurité. Et la CEDEAO est née au Mali. Elle ne peut être qu’une CEDEAO des peuples. La CEDEAO n’a qu’à retourner à ses fondamentaux parce qu’elle est née en 1975 au Mali. Et le Mali, c’est une terre de culture. La CEDEAO se doit d’être une CEDEAO des peuples et non pas seulement celle des États qui subissent, parfois, l’influence extérieure. BD (AMAP)

Production de coton dans la Zone Franc : Le Mali occupera la première place (Département d’Etat Us de l’Agriculture)

Bamako, 21 déc (AMAP) Un rapport du Département américain de l’Agriculture (USDA), en date du 28 septembre 2021, prédit que le Mali sera le plus grand producteur de coton en Afrique pour la campagne 2021/22, suivi du Bénin, de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso. Cette projection, en attendant la fin des opérations de compilation des derniers chiffres relatifs à la production cotonnière, cette année, « résulte de l’exploitation d’une superficie presque record et des conditions météorologiques favorables à l’établissement et au développement des cultures de juin à début septembre », précise le document dont l’authenticité a été confirmée par la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT). « Le Mali a semé une superficie record de 795.000 hectares (ha), en hausse de 630.000 hectares (382%) par rapport à la récolte boycottée de l’année dernière », argumente le document. Il ajoute que la Côte d’Ivoire a également semé une superficie agricole record de 460.000 ha, tandis que le Bénin et le Burkina Faso ont, chacun sem,é plus de 600.000 hectares cette année. La Zone franc africaine, telle que définie par les estimations de l’offre et de la demande agricole mondiale de l’USDA, comprend dix pays francophones d’Afrique de l’Ouest dont la production totale de coton, au cours des trois dernières années, classe la région au sixième rang mondial des producteurs de coton. Pour la campagne cotonnière 2021/2022, l’USDA prédit pour la Zone franc africaine une production de près de 5,86 millions de balles, en hausse d’un million de balles (21%) par rapport à l’année dernière et en baisse de 59.000 balles (1%) par rapport à la récolte record de la campagne 2019/2020. La superficie récoltée devrait s’établir à 3,1 millions d’hectares, en hausse de 710.000 hectares (29%) par rapport à l’année dernière et à 5.000 hectares par rapport à la zone record pour la campagne 2019/2020. Le rendement prévu de 408 kilos par hectare est presque égal au rendement moyen des 5 dernières années, précise le rapport. Selon les rapports régionaux sur les semis de cultures, l’apparition opportune des pluies en juin a permis à la plupart des pays d’atteindre plus de 90% de leurs objectifs de superficies ensemencées d’ici la fin juillet. Il constate que les périodes de sécheresse en juin et juillet ont retardé les semis au Togo et au Bénin. Les conditions de récolte sont bonnes à excellentes au début du mois de septembre après que la plupart des grandes régions productrices de coton ont reçu des précipitations moyennes à supérieures à la moyenne du 1er juin au 10 septembre. Les pluies supérieures à la moyenne en août ont également stimulé les réserves d’humidité du sol et aidé les cultures ensemencées tardivement à se remettre d’une saison agricole retardée, note le rapport. La région de Sikasso, dans le Sud du Mali, est l’une des plus grandes zones de production de coton de la zone franc africaine. Elle produit environ 65% de la production totale de notre pays. Les précipitations cumulatives dans cette région étaient supérieures à la moyenne de juin à septembre. Les mesures de l’Indice de végétation par différence normalisée (IVDN) des terres cultivées étaient moyennes à supérieures à la moyenne vers la mi-septembre. OS (AMAP)  

Général Mahamat Idriss Déby Itno : « Notre Sahel doit rester un rempart contre le terrorisme »

Le président de la République du Tchad, président en exercice du G5 Sahel, a fait une allocution à l’occasion de la Journée du G5 Sahel célébrée le 19 décembre 2021 Le texte intégral Citoyennes et citoyens des États du G5 Sahel, Partenaires et amis du Sahel, Mesdames et Messieurs Comme chaque année depuis 2017, nous commémorons le 19 décembre, la Journée du G5 Sahel. Une journée qui marque l’anniversaire de la signature de la Convention de création du G5 Sahel, notre espace commun. En ma qualité de Président en exercice du G5 Sahel, et au nom de mes homologues du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie et du Niger, je voudrais vous adresser mes vœux ardents de paix, de sécurité et de développement. Cette année, la journée du G5 Sahel se tient dans un contexte assez difficile pour l’ensemble de nos pays. Aussi voudrais-je rendre un vibrant hommage à nos vaillantes populations, dont la quiétude, la sécurité et le bien-être sont notre raison d’être, pour leur résilience face à l’adversité. Je voudrais également saluer la bravoure, le don de soi des forces de défense et de sécurité de nos armées nationales, de celles de la Force Conjointe du G5 Sahel et des forces alliées qui se battent quotidiennement au prix de leurs vies, pour la préservation et le maintien de la paix et de la sécurité dans l’espace du G5 Sahel et bien au-delà. La célébration de la Journée du 19 décembre cette année, dans les conditions particulièrement difficiles que nous connaissons, me donne l’occasion de rappeler et de renouveler notre engagement à faire de notre espace G5 Sahel, comme l’ont voulu les pères fondateurs, un espace de développement, de sécurité et de prospérité au bénéfice de nos braves populations. Aussi, notre région, notre Sahel, terre de brassage, de contacts et de civilisations millénaires, doit-elle rester un rempart contre le terrorisme, la criminalité transfrontalière et l’extrémisme violent. Et nous travaillons fort, dans cet esprit, pour qu’aucun effort ne soit ménagé pour la préservation et le maintien de la sécurité, de la paix et de la stabilité, conditions indispensables au développement de notre région. Populations du G5 Sahel, Mesdames et Messieurs, Amis et amoureux du Sahel qui avez fait le choix de vivre parmi nous, Il y a 8 mois, un grand sahélien, grand par les idées et par ses actes de dévouement, nous quittait les armes à la main : il s’agit du Marechal du Tchad Idriss Deby ITNO. Feu le Maréchal du Tchad, un des pères fondateurs du G5 Sahel, a fait don de sa vie pour la paix, la sécurité et la quiétude des populations tchadiennes, sahéliennes et au- delà. Respectons sa volonté, lui, qui croyait en notre organisation – le G5 Sahel – et qui avait fait le serment, en novembre 2015, de la faire réussir. En cette journée anniversaire de la signature de la Convention de création du G5 Sahel, rendons- lui un vibrant hommage, bien mérité, et prions pour le repos éternel de son âme ainsi que pour celles de tous ceux qui ont donné leurs vies pour la très noble cause de la sécurité et du développement dans l’espace sahélien. Que leurs âmes reposent en paix. En célébrant la « Journée du G5 Sahel » nous réaffirmons le refus de la fatalité des Sahéliennes et des Sahéliens et magnifions notre grande ambition pour un Sahel en paix avec lui-même, vecteur de paix et de stabilité pour son voisinage immédiat, pour l’Afrique et pour le monde. Populations du G5 Sahel, En février 2021, le Tchad prenait pour la deuxième fois la présidence tournante du G5 Sahel. Le bilan de cette présidence, à quelques deux mois de la fin de son mandat, est encourageant au vu des réalisations et des chantiers en cours, malgré la pandémie de la Covid-19 qui, au-delà de son coût humain, a déstructuré nos économies fragiles et déjà accablées par la dette. C’est donc ici l’occasion idoine pour moi de rappeler que la stratégie du G5 Sahel repose sur deux piliers qui sont la sécurité, à travers la Force conjointe, et le développement avec le Programme d’Investissements Prioritaires (PIP). En faisant le bilan de cette stratégie, nous sommes suffisamment conscients que le chemin est encore long. Beaucoup reste à faire pour sortir nos populations du sous- développement et leur offrir le bien-être. C’est pourquoi, les efforts doivent être, et seront, poursuivis avec des actions prioritaires importantes à impacts rapides, avec l’appui et l’accompagnement de tous nos partenaires et amis. C’est aussi le lieu pour moi d’exprimer, une fois de plus, nos remerciements les plus sincères à l’ensemble des partenaires bilatéraux et multilatéraux de notre organisation pour leur constant et précieux soutien et engagement. Le Sahel ne doit nullement être le théâtre de convoitises internationales et encore moins, le champ de positionnement pour les puissances aux visées tentaculaires. Le Sahel, sachez-le, est d’abord et avant tout, aux Sahéliens. De la même manière que l’Afrique est d’abord aux africains. Par conséquent, les amis du Sahel sont appelés à soutenir les États du Sahel et les forces de la coalition G5 Sahel et les aspirations légitimes des peuples du Sahel. Engagés dans un combat difficile et de longue haleine, avec mes homologues chefs d’Etat du G5 Sahel, nous sommes convaincus que nous pouvons compter sur les contributions de toutes les couches de nos sociétés mais aussi des nombreux amis du Sahel, pour gagner cette lutte pour la préservation de la paix dans notre sous-région, en Afrique et dans le monde. VIVE LE G5 SAHEL ! VIVE LA PAIX ! JE VOUS REMERCIE

Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale : «Nous souhaitons que la CEDEAO écoute les Maliens et les accompagne »

Propos recueillis par Madiba KEITA Bamako, 20 déc (AMAP) Dans cet entretien exclusif, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Mali explique la complexité de la crise de notre pays. Abdoulaye Diop évoque également les relations un peu tendues entre le Mali et la France, la polémique autour du groupe Wagner. Le chef de la diplomatie malienne fait aussi le point des discussions avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour éviter d’autres sanctions contre notre pays. L’Essor : Les relations entre le Mali et la France sont tendues depuis quelques mois. En tant que chef de la diplomatie malienne, comment voyez-vous l’évolution de cette relation? Abdoulaye Diop : C’est vrai que les relations entre le Mali et la France connaissent des moments difficiles mais cela est dû au fait que nous avons souhaité que ces relations soient fondées sur de bases nouvelles. Le Mali et la France entretiennent des relations historiques parce que d’abord c’est l’ancienne puissance coloniale. Ensuite, sur le plan de la relation politique et économique, nous avons beaucoup de choses en commun. Mais depuis la mise en place du processus de Transition, nous avons souhaité que cette relation prenne davantage en charge la nécessité du respect de la souveraineté du Mali sur un certain nombre de questions. Nous avons souhaité qu’il y ait davantage de sincérité dans cette relation vis-à-vis du Mali. Nous avons souhaité qu’il y ait plus de clarté dans l’engagement de la France vis-à-vis du Mali, notamment dans les efforts de stabilisation. Nous voudrions aussi que cette relation soit une relation d’égal à égal. Ce sont ces questions qui sont sur la table, et sur lesquelles nous travaillons. Sur le fond, nous souhaitons que la France inscrive son action dans le cadre d’une posture plus constructive vis-à-vis du Mali. Or, on voit aujourd’hui que notre pays fait l’objet d’attaques de façon constante, de campagne orchestrée contre les autorités de Transition. Il y a des déclarations de part et d’autre qui n’ont pas contribué à apaiser la situation. Mais de tout le temps, le Mali a inscrit son action dans le cadre du dialogue, de la coopération. Nous restons dans cette dynamique mais nous ne transigerons pas sur la protection des intérêts du Mali et des Maliens. L’Essor : Qu’est-ce que les autorités maliennes attendent concrètement de la France ? AD : Nous attendons de la France qu’elle comprenne qu’à Bamako, il y a une autorité de Transition dirigée par Son Excellence, le colonel Assimi Goïta. Qu’il y a aussi un gouvernement dirigé par le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga. Ce sont ces autorités avec lesquelles il faut travailler aujourd’hui pour aller vers un retour à l’ordre constitutionnel au Mali. Il faut que l’action de la France s’inscrive dans ce cadre et qu’elle puisse, comme elle l’a indiqué, inscrire aussi son action dans le cadre du respect de ce qui est convenu dans le cadre régional : la CEDEAO et l’Union africaine. Même si nous sommes suspendus de ces institutions, il y a quand même un dialogue en cours afin de lever les entraves. L’Essor : Quelles sont ces entraves ? AD : Ces entraves sont de plusieurs ordres parce que nous sentons souvent des interférences par rapport à notre politique intérieure. Il est important que la France prenne quelque distance dans la gestion de la crise au Mali. C’est pourquoi, j’ai rappelé qu’il y a des autorités et qu’il faut que la France travaille avec ces autorités et non avec des parties maliennes ici et là. L’Essor : Vous pensez que le partenaire français est en train d’ignorer nos autorités ? AD : C’est une question à laquelle la France doit répondre. Mais nous souhaitons qu’il y ait un engagement et un dialogue constructifs avec les autorités maliennes pour résoudre l’ensemble de ces questions. C’est seulement à ce prix que nous allons pouvoir avancer dans le cadre d’un dialogue apaisé pour résoudre les problèmes parce que le processus de Transition n’est pas géré par les pays individuellement. Notre engagement par rapport au processus de Transition, c’est dans le cadre de la CEDEAO essentiellement. Toutes les exigences de la CEDEAO ont été satisfaites par le Mali. Le seul élément sur lequel nous n’avons pas encore eu d’accord, c’est le chronogramme de la Transition. Les autres partenaires doivent s’aligner sur ces questions et engager une discussion avec nous sur cette base. L’Essor : Le Mali envisage de diversifier ses partenariats dans le domaine de la sécurité. Cette initiative soulève une levée de boucliers du partenaire français qui a battu le rappel de ses alliés pour mettre la pression sur les autorités de la Transition. Quel commentaire faites-vous de cette situation ?  AD : Je pense qu’il y a souvent des exagérations par rapport à cette question. Je me rappelle que quand moi-même j’ai rejoint les Affaires étrangères en tant que jeune cadre au début des années 90, la diversification des partenaires était déjà un principe cardinal de notre diplomatie. Peut-être qu’aujourd’hui, il y a une vigueur qu’on veut donner à cette diversification des partenaires. Ce qui est normal. D’ailleurs, tous les pays du monde, mêmes ceux qui nous font ce reproche, s’inscrivent dans le cadre de la diversification de leur partenariat. Nous estimons que le Mali n’est l’exclusivité de personne et chaque partenaire aura sa place pour travailler avec nous. Le Mali veut avoir des relations de partenariat avec chacun des pays en fonction des avantages comparatifs. Il y a certains qui ont des atouts dans le domaine de l’équipement. Il y a d’autres dans le domaine de la formation. Il faudra donc que le Mali puisse jouer de l’équilibre qu’on peut trouver que ça soit avec la Chine, la Russie ou avec les pays européens, américains ou asiatiques. Nous n’avons besoin de la permission de personne pour faire cela. Je sais qu’il y a une compétition géopolitique. Il y a des problèmes entre les grandes puissances mais ces problèmes ne concernent pas le Mali. Comme on le dit

Situation difficile des victimes civiles de l’insécurité dans le Nord du Mali (MSF)

Par Moussa DIARRA Bamako, 18 déc (AMAP) Quelque 2 000 personnes, craignant pour leur sécurité et leur survie, ont abandonné leurs maisons et leurs moyens de subsistance, le 2 avril 2021, suite à l’attaque d’un camp de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) à Aguelhok, au nord de Kidal, a appris l’AMAP auprès de Médecins Sans Frontières (MSF) Espagne au Mali. En raison de la proximité du camp avec les habitations, des milliers de civils ont été obligés de fuir pour se mettre à l’abri de la violence. Certains se sont ainsi déplacés vers la frontière de l’Algérie, tandis que d’autres ont trouvé refuge dans des villages aux alentours, à environ 60 km, d’Aguelhok. « Nos équipes ont visité les villages d’accueil où s’était installée la majorité des déplacés. Il leur manquait de l’eau de qualité et en quantité suffisante, de la nourriture, des couvertures, des abris. Les conditions d’hygiène n’étaient pas réunies », rapporte le chef de mission de MSF-Espagne au Mali., Boulama El Hadji Gori, cité par un texte de l’ONG. « De même, de nombreux cas de troubles psychologiques et de traumatismes ont été décelés. La seule structure de santé existante de la localité située dans la ville n’était plus accessible en raison des violences, de la peur de retourner en ville et du couvre-feu en vigueur », a-t-il ajouté. L’équipe de MSF, dépêchée à Aguelhok, le 8 avril 2021, pour évaluer la situation des déplacés et apporter les premiers secours d’urgence, a recensé 378 ménages soit 2.268 personnes déplacées « qui se trouvaient dans des conditions très précaires ». Pour répondre à cette crise humanitaire, les équipes de MSF ont, aussi, organisé des cliniques mobiles et assuré des consultations de santé primaire, accompagnées de séances psycho-sociales. « Pendant cette intervention, 333 personnes ont bénéficié de supports psycho-éducation et sociaux, 378 ménages ont reçu des articles essentiels non-alimentaires, 1 084 consultations curatives ont été administrées en ambulatoire », énumère l’ONG. Selon MSF, « 674 enfants de moins de cinq ans ont été dépistés contre la malnutrition aiguë et 31 vaccinés contre la rougeole, 134 femmes enceintes ont bénéficié des consultations prénatales et 12 en post-natales, 1564 personnes ont été mobilisées pour des séances de promotion de la santé et d’engagement communautaire ». Les équipes MSF ont, également, mené une intervention d’urgence dans le domaine de l’eau et de l’assainissement. C’est ainsi que 04 camions-citernes ont fourni plus de 1.282.000 litres d’eau aux déplacés et distribué 12.656 Aqua Tabs. Dans les villages de Charnaché, Barrage Torcha et Marrat, MSF a construit 15 latrines et douches d’urgence et réhabilité trois (3) puits communautaires ainsi que des abreuvoirs pour les animaux. L’ONG indique avoir noté « une forte mobilisation de la communauté pour demander la relocalisation du camp militaire loin des habitations mais (qui) semble n´avoir pas eu gain de cause ». La situation sécuritaire dans la zone reste volatile, marquée par des affrontements entre groupes armés et des tirs d’obus récurrents sur le camp militaire dont les derniers ont été enregistrés au courant du mois de novembre. « La population civile d’Aguelhok est prise en étau entre belligérants et elle est victime au premier rang. Les témoignages de nos patients nous permettent d’affirmer que la population de Aguelhok vit dans une insécurité majeure. C’est une situation que nous déplorons vivement car cette population est largement affectée dans sa santé physique et mentale », poursuit le chef de mission. MSF est présente dans la Région de Kidal (Nord) depuis 2015. En collaboration avec les autorités sanitaires et locales, MSF intervient dans le Centre de santé communautaire (CSCOM) central, dans les centres de santé communautaire de Abeibara, Aguelhok, Anefif et dans deux postes de santé avancés à Boghassa et Amacine. L’organisation aide à fournir des soins de santé primaire, des consultations ambulatoires, des dépistages nutritionnels, des opérations de vaccination, des activités en santé mentale et appuie la surveillance épidémiologique. MD (AMAP)

Le président Emmanuel Macron au Mali : pour dissiper les malentendus ?

Par Issa DEMBÉLÉ Bamako, 16 déc (AMAP) La visite du chef d’État français, Emmanuel Macron, à Bamako, lundi, est une opportunité pour crever l’abcès qui gangrène les relations entre le Mali et la France, depuis quelques mois Le président français rencontrera le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, avant de se rendre à Gao (Nord) pour partager un dîner de Noël avec les militaires de l’opération Barkhane. Pour la première fois, les deux chefs d’État aborderont, de vive voix, un certain nombre de sujets, dont le nouveau format de Barkhane, la coopération militaire avec la Russie et la situation politique. Cette visite pourrait être l’occasion de clarifier les choses sur le plan sécuritaire, à la lumière notamment des derniers développements intervenus. Une conciliation des points de vue pour harmoniser la conduite à tenir face aux défis de l’heure, paraît possible. Et c’est, certainement, ce que souhaitent les autorités de la Transition qui n’ont jamais nié l’importance de l’apport des troupes françaises, tout comme celui des Casques bleus dans la stabilisation du Mali. Elles ne sauraient pour autant, lors des échanges qui meubleront cette visite, taire les tares dont l’évocation heurte visiblement l’allié français. Paris n’a jamais caché son agacement face au changement intervenu à la tête de la transition malienne en mai dernier. Et le message délivré par le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, à la tribune des Nations unies à New York, en septembre dernier, accusant la France “d’abandon en plein vol”, a davantage tendu les relations bilatérales. Mais, comment ne pas être d’accord avec les officiels maliens quand on voit la France réduire ses effectifs, sans une réelle concertation avec le Mali. Ce n’est tout de même pas difficile de comprendre l’inquiétude de Bamako et sa volonté de trouver d’autres partenaires capables de l’épauler contre l’hydre terroriste, loin d’être vaincu, malgré les sévères coups que les soldats français et maliens lui ont portés. Le départ de la force Barkhane de Kidal, Tessalit et Tombouctou, dans le Nord du Mali, laisse un vide qui n’échappe pas au plus mauvais des stratèges militaires. Pendant ce temps, la situation sécuritaire continue de se dégrader. Le pays est encore sous le choc du drame de Songho, dans la Région de Mopti (Centre), où 31 personnes, dont des nourrissons et leurs mères, ont péri dans le feu, suite à une attaque terroriste, particulièrement cruelle. Le bilan en rappelle d’autres – Sobane Da, Ogossagou et Ouatagouna -, d’une ignominie tout aussi indescriptible, mais également les attaques qui ont récemment visé des véhicules de transport, dans le Cercle de Niono, toujours dans le Centre. Les passagers de ces véhicules n’ont été que dépouillés de leurs biens, quand ils n’ont pas été tout simplement contraints à les regarder partir en fumée. La Région de Kayes (Ouest) n’est pas épargnée non plus. Tout comme celle de Sikasso (Sud) Clairement, les terroristes veulent transformer les axes routiers stratégiques en mouroirs. Les économies locales, estropiées par ricochet, flancheront inéluctablement. Les populations deviendront alors si vulnérables qu’elles n’auront d’autre choix que de pactiser avec le diable. Songho ne bouclera peut-être pas la série noire. Puisque les lugubres individus qui nous imposent la guerre resteront ce qu’ils ont toujours été, c’est-à-dire des fanatiques arriérés. Que les autorités de la Transition fassent, dans ces conditions, de la sécurité leur priorité absolue relève du bon sens. Tout comme cette volonté assumée de multiplier les partenaires, de sorte à ne plus dépendre d’un seul allié. La coopération militaire entre le Mali et la Russie occupera, sans doute, une place de choix dans les échanges entre Macron et le colonel Goïta. Les susceptibilités quant aux intentions de nos autorités de contracter avec le partenaire russe, ont servi de levier pour braquer la communauté internationale. L’ancienne puissance coloniale a mobilisé tous ses alliés occidentaux pour barrer la route du Mali devant la Russie. Même l’Oncle Sam est entré dans la danse avec le récent communiqué du Département d’État, mettant les autorités maliennes en garde contre l’arrivée de soldats russes sur notre sol. On aurait dit que nous n’étions plus État souverain qui mérite d’être compris et accompagné par la communauté internationale. Les puissances mondiales ayant les gros moyens militaires regardent ailleurs quand elles ne font pas le service minimum, pendant que les populations maliennes continuent de subir le joug meurtrier des hordes obscurantistes, prétendument mobilisés pour défendre l’islam. Le Mali a besoin de soutien. Mais un soutien qui nous permet de venir à bout d’un ennemi retors et cruel. C’est pourquoi, Bamako accueille son allié français, Emmanuel Macron, à bras ouverts. Car, le Mali et la France ont plus à gagner en taisant leurs divergences. Le Mali n’est pas dans une « bonne posture » sur le plan sécuritaire et la France a tout intérêt à faire en sorte que son intervention au Sahel ne se solde pas par un échec. Cette zone de l’Afrique fait partie de sa « sphère d’influence ». Ses alliés occidentaux semblent décidés à l’épauler pour qu’elle ne perde pas pied en Afrique de l’Ouest. Si les relations entre nos deux pays sont glaciales, c’est que l’Hexagone exige que la situation politique se gère à ses conditions, qui ne sont pas forcément celles susceptibles de sortir notre pays du gouffre dans lequel il est plongé depuis une décennie. Certes, il faudra revenir à l’ordre constitutionnel. Mais ce mantra répété pour exiger l’organisation des élections, ramène la crise à sa seule dimension politique. Or, c’est précisément le très peu de tout ce qui est démocratique et républicain qui émerge dans les Régions de Mopti et Ségou où les élections sont certainement le cadet des soucis des populations. À ce sujet, les recommandations issues de la phase communale des Assises nationales de la Refondation dans ces régions sont éloquentes. ID (AMAP)