Alimentation : La tradition de la  boisson « manchi » se perd sur les rives du fleuve Niger

Par Mohamed GAKOU Gourma Rharous, 08 (AMAP) Le manchi » est la principale boisson traditionnelle, commune à tous les constituants du peuple Songhoy, traditionnellement, tous implantés sur les rives du fleuve Niger, d’où le nom de « Issa Bôrô », qui signifie, « gens du fleuve », autrement, les riverains. Toutes ces sous-composantes Songhoy, boivent ce sirop, issu d’un fourrage aquatique, appelé « Bourgou », depuis des dizaines de siècle. Cette plante pousse, dans le lit du fleuve, parfois, sur ses berges, pendant la crue du fleuve. Elle sert de fourrage aux animaux, pendant les périodes de soudure, et est en même temps, transformé en boisson pour la consommation humaine, selon un procédé de sélection, immuable depuis des siècles. « Manchi » est un dérivé alimentaires du « bourgou », scientifiquement appelé « Echinocloa stagnation ». Cette boisson multi-séculaire, est désaltérante, tonifiante et est, un délice pour le palais, à cause de son goût caramélisé. Le processus de production de cette boisson est laborieuse et passe par, de nombreux procédés. La boisson « manchi » est un produit dont la chaîne de production est basée sur une parfaite connaissance du « bourgou », la matière première. Celle-ci, est récoltée en période de basses eaux et, dès cet instant, les producteurs, véritables initiés, sélectionnent les tiges qui serviront à confectionner la précieuse boisson. Celles-ci, sont d’apparence épaisses. Elles ont une couleur verte, qui tirent vers le brun foncé, quand elles sont sélectionnées, elles  prennent désormais le nom de « koundou », et mises à sécher au soleil. Les gerbes constituées par les tiges sont disposées de façon savante au soleil pour le séchage, qui est rigoureusement suivi, pour éviter l’excès de déshydratation de celles-ci.  Il faut noter que, la chaîne de fabrication de cette boisson, implique les hommes aussi bien que les femmes à toutes les étapes, sauf pour la coupe du « bourgou » qui est exclusivement réservée aux hommes. Quand, les gerbes sont séchées à point, elles sont mises à fumer, pendant une période déterminée, dans de grands fours en terre séchée. Ce procédé permet au « koundou » de se bonifier à souhait. Le fumage se fait généralement avec, les crottes de chameaux séchées. Elles ont la particularité de donner au « koundou », un fumet particulier, qui rappelle, celui du caramel. Le fumage terminé, il revient, alors,  aux femmes de concasser finement les tiges . Elles sont méticuleusement entassées, dans de grands mortiers où les gerbes sont écrasées grâce à de lourds pilons. Le produit obtenu de ce concassage ressemble, à un mélange homogène de fines brindilles et de poudre, à la couleur blanchâtre. Au goût, il est  sucré. Cette substance devient, alors, l’ingrédient basique du « manchi ». La préparation, proprement dite de celle-ci, peut commencer. Cette opération de distillation, revient aux femmes.  Le concassé de « koundou » est mis dans un récipient plat et délicatement aspergé d’eau. Quand il est bien imbibé, il est soigneusement entassé, au point de prendre l’aspect d’une pâte épaisse, dans un panier cylindrique, percé au flanc et au fond, de plusieurs trous. Quand le panier est bien garni, il est délicatement déposé, sur l’ouverture d’une jarre en argile. Le contenu est arrosé d’eau, de façon intermittente. Le « koundou », ainsi gorgé d’eau, suinte à un rythme espacé et régulier, dans la jarre.  Le liquide ainsi libéré, est le « manchi ». Il est de couleur marron foncé, presque moiré. Son goût est sucré et rappelle celui du caramel. À le humer, de près, il sent la brise fluviale. Le fond du liquide, dans la jarre, est concentré et s’appelle « katou ». Il peut être considéré comme la confiture de « koundou ». Étalé sur les galettes ou le pain, il est délicieux. On l’utilise, également, pour garnir les fonds des outres en peau, dans le but de mieux conserver, le beurre de vache et lui donner un goût, particulièrement, bon. Le sirop de « koundou » appelé « manchi », est une boisson désaltérante, qui tonifie l’organisme, surtout après une journée de travail harassante ou pour rompre le jeûne. Il fait intégralement partie du patrimoine culinaire des Songhoy.  Aujourd’hui, cette boisson est en voie de disparition. Elle est méconnue et oubliée. Nombreux sont les héritiers de  la culture Songhoy qui ne connaissent, aujourd’hui, cette boisson, que par ouï-dire. Sa quasi-disparition est causée, également, par le désintérêt des producteurs qui préfèrent s’adonner à d’autres activités plus lucratives. La vulgarisation des boissons manufacturées a, aussi, fortement, contribué à la disparition du « manchi ». Celui-ci, fait aujourd’hui, presque figure de « boisson de musée ». Il faut sauver ce breuvage historique, en reprenant sa production et en le mettant au jour. MG/MD (AMAP)               

Kidal : Les donateurs du Fonds fiduciaire des Nations Unies venus constater des réalisations dans la Région

Kidal, 06 mai (AMAP) Une délégation de pays contributeurs au Fonds fiduciaire des Nations Unies pour la paix et la sécurité au Mali, a effectué pour la toute première fois, une mission de trois jours à Kidal (dans le  Nord du Mali), du 25 au 27 avril 2022. Les représentants de l’Allemagne, du Canada et du Royaume-Uni étaient venus constater la concrétisation de différents projets qu’ils ont financée dans la région à travers ce Fonds. Une visite qui survient en prélude à la Journée internationale des Casques bleus célébrée tous les 29 mai et dont le thème de l’édition 2022 est «Le partenariat, clef du progrès». «C’est la première fois que nous conduisons une mission avec les bailleurs du Fonds fiduciaires à Kidal. Les donateurs ont pu voir les réalisations et échanger directement avec les autorités locales et les bénéficiaires. C’était aussi une excellente occasion pour nous-mêmes et nos partenaires de comprendre les défis et les opportunités sur place», a expliqué Loubna Benhayoune, la Directrice de la section chargée de la stabilisation et du relèvement à la Minusma, qui a coordonné ce «déplacement inédit des donateurs» vers la capitale de l’Adrar des Ifoghas.  «Nos échanges ont porté sur des préoccupations concernant la précarité dans plusieurs domaines et dans cette région en particulier. Il était question du retour des déplacés qui reviennent, partis à cause des conflits, et du retour des services sociaux de base et de la réhabilitation des services techniques pour que les fonctionnaires qui arrivent soient dans de bonnes conditions de travail», a indiqué Colonel Fodé Malick Sissoko, gouverneur de Kidal, après avoir rencontré la délégation. «Parmi les points sensibles pour Kidal cette année, il y a les déplacés qui sont venus de Ménaka et la sécheresse qui frappe la région», a complété Hassane Ag Fagaga, président de l’autorité intérimaire à Kidal. Après avoir échangé avec la coordination de la société civile, les trois bailleurs se sont rendus sur le chantier de la piste d’atterrissage et ont fait l’état des lieux des travaux, tout en rappelant l’importance de ce projet pour le désenclavement de la région. «C’est une bonne opportunité de rencontrer les populations de Kidal, de visiter les projets que nous avons appuyé au travers du Fonds fiduciaire et d’apprécier le travail de la Minusma dans la région. Nous avons eu des échanges fructueux avec les autorités locales. La rencontre avec la société civile était une bonne opportunité pour comprendre comment travailler ensemble», a expliqué Julien Brisson, second secrétaire politique à l’ambassade du Canada au Mali. Les donateurs du Fonds fiduciaire ont également visité le barrage d’Iklahine, (à 15 km au sud-est de la ville). Sur place, représentants de la communauté et l’ONG locale Aford, ont présenté cet ouvrage de 43m de long. « Nous sommes très heureux de cette réalisation qui va alimenter la nappe phréatique et nos puisards. Ce barrage va alléger le fardeau de ces communautés nomades et d’éleveurs qui ne vont plus se déplacer pour chercher de l’eau dans les autres sites», a témoigné Souleymane Ag Ahmed, chef du secteur (subdivision d’un quartier) d’Iklahine.  Avec une capacité de retenue d’environ 22 000 litres d’eau, ce barrage peut alimenter en eau quelque 2 500 personnes et leurs cheptels et ce, jusqu’à six mois après l’hivernage. Une réalisation rendue possible grâce à un financement du Royaume-Uni de plus de 53 millions de Fcfa. « À côté du déploiement de nos militaires au sein de la Minusma, nous finançons des projets à travers le Fonds fiduciaire pour soutenir la stabilisation du Mali. Les représentants de la société civile de Kidal ont évoqué la nécessité de la maitrise de l’eau dans la région. Le gouvernement du Royaume-Uni a pu aider à ce niveau avec la construction de ce barrage souterrain pour que l’eau puisse stagner et bénéficier à la population locale», a expliqué Fraser Campbell, représentant de l’Ambassade du Royaume-Uni au Mali lors de cette première visite à Kidal. Un autre financement du Royaume-Uni a permis d’installer 105 lampadaires solaires dans les 11 quartiers de Kidal dont la remise officielle aux autorités a coïncidé avec la visite de la délégation des bailleurs, le 26 avril. Il s’agit de la seconde étape d’un projet d’installation de 200 lampadaires solaires dans la ville financée par le Royaume-Uni. La première a été réalisée grâce à une contribution du Danemark par le biais du au Fonds de consolidation de la paix. La délégation a aussi visité les trois radiers, points de passage dans les quartiers d’Aliou et de Tazargaf, financés par le Canada. La matinée s’est terminée au camp du 72 Régiment d’infanterie motorisée des FAMa à Kidal. Une rencontre a eu lieu avec les officiers du bataillon, en plus d’une visite guidée des bâtiments rénovés grâce au financement de l’Allemagne. La délégation a également parcouru l’infirmerie construite et équipée grâce à un projet à impact rapide de la Minusma et qui a été complété à travers des ressources du Fonds fiduciaire. Avant leur retour à Bamako, les donateurs ont rencontré les responsables de la Force et de la Police des Nations Unies dans la région, tout comme les équipes civiles de la Mission pour aborder, entre autres, le rôle de la Minusma dans la protection des civils. AMAP avec la MINUSMA 

Recherche sur le paludisme : Des résultats probants

Par Mohamed D. DIAWARA Bamako, 05 mai (AMAP) Les nombreuses recherches sur le paludisme déjà réalisées ou celles en cours ont permis de donner une nouvelle tonalité à la lutte contre cette maladie très répandue dans les pays africains, y compris le Mali. Certaines de ces recherches ont porté sur les moustiquaires imprégnées d’insecticide de longue durée, la pharmacovigilance, sur un nouveau vaccin contre le paludisme et celle sur les moustiques génétiquement modifiés.  Pour partager les résultats de ces études, le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) a initié, vendredi dernier à l’Institut national de santé publique (INSP), une rencontre avec la communauté scientifique du pays.  C’était à la faveur de la traditionnelle Journée scientifique qu’elle organise dans le sillage de la Semaine nationale de lutte contre le paludisme. La cérémonie était présidée par la directrice générale du PNLP, le lieutenant-colonel Aïssata Koné.   En matière de recherches sur le paludisme, le Mali figure parmi les premiers de la classe. Les exploits des éminents chercheurs comme le prestigieux parasitologue, feu  le Pr  Ogobara Doumbo, et le Pr Abdoulaye Djimdé (l’un des plus brillants disciples du grand maître) en attestent.  La directrice générale du PNLP, qui a qualifié la rencontre d’aubaine, a rappelé les exploits réalisés, d’année en année par le Mali. Et de poursuivre que l’implémentation de stratégies efficaces ont inspiré des résultats de recherche sur le paludisme. Ceux-ci ont été « engrangés au prix d’énormes sacrifices consentis par les structures de recherche, regorgeant de chercheurs d’une expertise avérée et qui sont des références en Afrique ». Par ailleurs, le lieutenant-colonel Aïssata Koné a indiqué que cette journée permet une large diffusion des exploits de la recherche. «On ne dira jamais assez le rôle et la place prépondérants de la recherche dans notre croisade commune, en faveur de l’accélération du contrôle voire l’élimination du paludisme», a-t-elle souligné. Et de préciser que la Stratégie technique mondiale de lutte contre le paludisme 2016-2030 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le stipule. La directrice du PNLP a rappelé que la lutte contre le paludisme est l’une des priorités de la politique de santé du ministère de la Santé et du Développement social. La recherche en est un des piliers centraux, car elle est au cœur des interventions majeures du Plan stratégique national de lutte contre le paludisme 2018-2022, révisé et étendu à 2024, a-t-elle indiqué. Pour elle, la recherche est le socle de l’innovation en matière de lutte contre le paludisme. Et d’ajouter qu’elle est en train d’engranger incontestablement des résultats probants sous l’impulsion et l’accompagnement sans faille des partenaires techniques et financiers.  Le lieutenant-colonel Aïssata Koné a, aussi, estimé que les changements intervenus dans les stratégies de lutte ont eu pour socle l’utilisation des résultats de recherche. Fort de cette évidence, le PNLP fonde un grand espoir sur la recherche pour innover la lutte contre le paludisme au Mali, afin de maximiser l’impact sur la morbidité et la mortalité.  «Ainsi, les résultats de vos différentes recherches en cours et à venir seront déterminants pour la prise de décision», a lancé la directrice générale du PNLP à l’endroit des participants. Elle a exprimé sa reconnaissance à l’ensemble des partenaires techniques et financiers pour leur soutien incommensurable dans le domaine de la recherche sur le paludisme au Mali.  Particulièrement à l’endroit de l’ONG  «Muso» et la Société Vestergard pour leurs appuis financiers à l’organisation de cette rencontre scientifique. Rappelons que le thème retenu pour l’édition 2022 de la Journée mondiale/Semaine nationale de lutte contre le paludisme est : «Innover pour réduire la charge du paludisme et sauver des vies». MDD/MD (AMAP)

Hospitalisation au Mali : A flux tendu

Par Bréhima DOUMBIA  Bamako, 05 mai (AMAP) La situation des hôpitaux maliens, en terme de capacités d’accueil est, parfois, à l’origine de frustration chez les malades et leurs accompagnants. Ce qui vaut au personnel soignant, très souvent à tort ou à raison, des récriminations et des critiques d’inhumanité. Être amené à consulter dans les établissements hospitaliers et autres structures de soins en situation d’urgence est source d’angoisse au Mali. Être accompagnant de malade n’est pas non plus enviable. Il faut bien se frotter les yeux pour croire qu’on ne rêve pas à la vue du spectacle «dramatique», souvent, dans nos établissements de soins. «Il n’y a pas de place. Il faut l’amener dans un autre établissement». C’est «la formule inlassable et absolument fautive» qui est, très souvent, servie aux accompagnants de malades, sans la moindre dose d’humanité lorsque ceux-ci se présentent avec leurs malades. Le décès d’une femme récemment rapporté sur les réseaux sociaux a fait enfler la polémique.  Cette dame aurait été référée de la maternité d’Hamdallaye (quartier de Bamako) vers un établissement hospitalier de la capitale d’où elle aurait été aussi «renvoyée» vers une autre structure située sur les hauteurs de la ville, avant de rendre l’âme, sans être prise en charge. Son décès aurait été constaté à l’arrivée.  Sans condamner à l’extrême, cette pratique de référence d’un malade qui vient en urgence vers un autre établissement du fait de la problématique de places d’hospitalisation n’est pas anecdotique.  Elle une navrante réalité qui fait grincer des dents. Elle est, surtout, à l’origine de récriminations et de critiques  à l’encontre des soignants.  Pourtant, il ne faut pas mettre en cause les médecins dans tous les cas. Parce que ceux-ci s’emploient, parfois, dans des conditions difficiles à soulager les malades. Ce fut le cas, cette veille de fête d’Aïd el-Fitr au service de gynécologie/obstétrique du Centre hospitalo-universitaire (CHU) Gabriel Touré.  Dans cette unité de consultations et de soins, les 46 lits d’hospitalisation sont tous occupés par des patientes. D’autres moins heureuses sont couchées sur des nattes voire des pagnes étalés à même le sol parce que la capacité d’accueil du service a été dépassée. C’est une réalité qui asphyxie le service de gynécologie/obstétrique de Gabriel Touré et requiert un effort de l’administration hospitalière voire de la tutelle (le ministère de la Santé et du Développement social) pour au moins améliorer la situation. À MÊME LE SOL – Dans ce service, notre reporter a pu poser un regard de profane sur la problématique. Dans une salle d’hospitalisation de 10 lits, les médecins ont été contraints d’admettre deux patientes en surplus. Chacune d’elle était couchée sur une natte à même le sol. Le même constat peut être dressé dans une autre salle d’hospitalisation de 12 lits. Cette fois-ci, la pléthore peut choquer surtout à la vue d’un accouchement gémellaire. La parturiente est avec ses jumeaux sur un pagne qui leur sert de couchette.  On sent la résignation chez elle à passer des moments d’observation, après la délivrance, dans ces difficiles conditions avec un regard inquisiteur sur tout visiteur qui rentre dans la salle. Idem dans une autre salle de 12 lits où des femmes admises en hospitalisation sont également couchées sur des nattes. Une patiente abandonne son lit brinquebalant pour se coucher par terre.  Les salles d’hospitalisation du rez-de-chaussée ou salles RDC (trois salles de deux lits et deux salles de trois lits), offrent un peu plus de confort. Mais toutes ces pièces aussi repoussent les limites de leurs capacités. Mais dans toutes les salles d’hospitalisation de ce service, les médecins essaient de soulager les patientes. Ils apportent toute l’attention requise aux patientes, administrent des soins. Le chef du département de gynécologie obstétrique, le Pr Niani Mounkoro, explique que son équipe et lui travaillent à sauver des vies. «Il faut toujours un accompagnement pour améliorer les conditions d’accueil», défend-il. La problématique de places d’hospitalisation est une réalité qui va demeurer tant qu’on ne verra pas grand dans la réalisation de nos établissements de santé.  En attendant, le personnel soignant doit faire montre de chaleur humaine dans les cas de référence pour au moins apaiser malades et accompagnants. BD (AMAP)

Mali : Vaste opération de récupération des logements administratifs occupés illégalement

Par Baba B. COULIBALY Bamako, 05 mai (AMAP) Le ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat, des Domaines, de l’Aménagement du Territoire et de la Population a initié une vaste opération visant la «rationalisation de la gestion des logements administratifs» sur l’ensemble du territoire national. Les enquêtes menées à Bamako la capitale, ont concerné 142 logements administratifs. Au nombre desquels 36 sont occupés de façon illégale. Un délai de six mois a été donné aux occupants irréguliers pour libérer les lieux sous peine d’être expulsés.  Le ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat, des Domaines, de l’Aménagement du Territoire et de la Population, Bréhima Kaména a, par lettre n° 690/MUHDATP-SG du 02 novembre 2021, instruit la Direction générale de l’administration des biens de l’État (DGABE) de lui faire le point actualisé de l’occupation des logements administratifs dans le District de Bamako, première phase de l’opération.  Initiée à cet effet, la mission a porté sur 142 logements administratifs : logements du reliquat et ceux d’astreinte situés en dehors des cours des services.  Le ministre Kaména précise que les occupants en avaient été informés à travers un communiqué diffusé le 2 décembre 2021.  Ainsi, les données recueillies par la DGABE font état de 36 logements occupés par des personnes ne disposant pas de décisions d’affectation ou dont les décisions sont expirées. Parmi elles, figurent deux anciens ministres, neuf retraités et un ancien chargé de mission (non fonctionnaire).  Ils continuent tous d’occuper leurs logements de fonction. Par exemple, sans titre ni droit, une dame occupe une maison administrative. En outre, les familles de huit occupants décédés utilisent encore les résidences affectées à leurs défunts parents, constate la note d’explication que L’Essor a pu consulter.  Toujours au titre des logements illégalement occupés, deux villas du domaine universitaire, sis sur la colline de Badalabougou, ont été affectées au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique suivant la décision n° 217-/MLAFU-SG du 01 août 2003. Elles sont occupées par des professeurs à la retraite. Quatre autres logements sont occupés par d’autres personnes sous le couvert des bénéficiaires. S’y ajoutent « neuf occupants dont les décisions sont arrivées à expiration au terme des cinq ans réglementaires », relève le chef du département en charge des Logements.  La DGABE a, par contre, « recensé 52 logements dont les situations sont jugées légales », explique le ministre Kaména. À ce niveau, 33 logements sont occupés par des fonctionnaires dont les décisions sont conformes à la réglementation, 7 logements sont libres (appartements des immeubles Marabout et Bloc des fonctionnaires), 12 sont affectés au Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasséké Kouyaté (CAMM/BFK), dans le cadre de la coopération Mali-Cuba. Cela au profit des professeurs cubains qui sont rentrés depuis l’éclatement de la crise de 2012.   ULTIMATUM – Selon le ministre en charge de l’Habitat et des Domaines, les investigations sont en cours auprès des occupants concernant 54 logements. Parmi ces habitations, 3 logements à Badalabougou Sema sont affectés à la mairie du District de Bamako pour servir de bureaux. Ils sont utilisés comme logements dont un en location.  Deux autres logements sont occupés par des personnes liées à l’Office malien de l’habitat (OMH) par des contrats. Cependant, 49 occupants ont été incapables de fournir l’ensemble des documents demandés par la mission, en général le personnel de défense et de sécurité.  Certains de ces logements ont fait l’objet d’immatriculation propre de l’armée (Code : EMGA), précise le ministre Kaména. La lettre confidentielle n° 0126/MUHDATP-SG du 14 avril 2022 a été adressée à son collègue de la Défense et des Anciens combattants et à celui de la Sécurité et de la Protection civile pour clarifier la situation des personnes concernées.  «Mon département a entrepris l’élaboration de trois projets d’arrêtés», révèle le ministre en charge de l’Habitat. « Ces arrêtés sont prévus par le décret fixant les modalités d’attribution et d’occupation des logements administratifs », précise-t-il. Leur élaboration contribuera, selon lui, à la rationalisation de la gestion des bâtiments publics de l’État.  Pour ce faire, insiste le ministre Caméra, les actions envisagées consisteront à notifier, par voie d’huissier, aux occupants irréguliers un délai de six mois pour libérer les logements administratifs au-delà duquel les contrevenants seront expulsés.  «La réalisation de ces actions va permettre de rationaliser la gestion des logements administratifs», assure le ministre de l’Habitat, qui précise que l’investigation entamée par la Direction générale de l’administration des biens de l’État s’étendra à toutes les régions administratives du Mali. BC (AMAP) 

Mali – France : Étape cruciale de la rupture

Par Issa DEMBELE Bamako, 05 mai (AMAP) Les relations entre le Mali et la France ne cessent de se détériorer depuis un an. La dénonciation par les autorités maliennes des accords de défense est un épisode décisif d’un processus de divorce à rebondissements Ce n’est peut-être qu’un épisode de la crise diplomatique entretenue par l’Hexagone pour affaiblir les autorités de la Transition, mais la décision de celles-ci de dénoncer les accords de défense avec la France et ses partenaires européens constitue une étape importante. Elle consacre une rupture quasi-totale, l’apogée d’une situation conflictuelle qui dure depuis mai 2021. Il faut encore attendre six mois pour constater l’effectivité de la fin du traité de coopération en matière de défense du 16 juillet 2014. Par contre, c’est avec effet immédiat qu’ont été dénoncés le Sofa (Accord de statut des forces) de mars 2013, encadrant l’engagement de Barkhane et le protocole additionnel de mars 2020 qui s’applique à Tacuba. Bamako avait-elle d’autre choix que d’agir ainsi ? Il reste constant que Paris n’a jamais daigné accorder la moindre considération aux récriminations des dirigeants actuels du Mali. Nul besoin de revenir sur les plaintes du gouvernement malien à l’annonce unilatérale de la suspension des opérations conjointes en juin, puis de celle du retrait de Barkhane et de Tacuba en février. Se croyant en zone conquise, les troupes françaises ne se sont jamais encombrées de règles édictées par les autorités maliennes. Leurs aéronefs ont plusieurs fois été repérés dans la zone aérienne faisant objet d’interdiction temporaire. Ils atterrissaient sans autorisation préalable dans des localités hors aérodromes. Au total, près de 50 violations de notre espace aérien ont été identifiées. « Les derniers évènements étaient pratiquement de l’espionnage de l’armée régulière du Mali sur son propre territoire», s’indigne le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale dans une interview accordée mardi soir à la télévision nationale. Et signe patent du mépris à l’égard des autorités maliennes : l’absence de réponse aux demandes de révision du traité de coopération de défense. Au lieu d’envoyer ses amendements, comme le Mali l’a fait en décembre 2021, la France a opté pour le dilatoire en demandant une réunion d’experts pour la relecture dudit traité. FRANCHIR LE RUBICON – Tous les ingrédients donc étaient réunis pour ce clash final dont les conséquences opérationnelles ne sont pas négligeables. D’abord, sur les forces Barkhane et Takuba  qui perdent ainsi la liberté de circulation sur le territoire malien, de même que l’exonération douanière accordée dans le cadre desdits accords. Il n’y aurait également plus d’immunité militaire sur les possibles bavures qu’occasionnerait la suite du retrait des hommes et du matériel de ces forces. Pour avoir osé «franchir le Rubicon », nos autorités s’exposent à la fureur vengeresse de l’Hexagone. Sans doute, elle va tenter d’isoler notre pays sur la scène internationale. «Cela pourrait se concrétiser dans la mise à l’écart du Mali lors des exercices militaires sous régionaux, le refus d’accorder le visa aux officiels militaires maliens quel que soit le motif du séjour évoqué par ces derniers », commente Dr Aly Tounkara, expert au Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel (CE3S). En outre, cette dénonciation des accords pourrait aboutir à l’arrêt définitif d’une coopération militaire effective et réelle entre le Mali et ses voisins, en l’occurrence le Burkina Faso et le Niger où la France est très engagée et sert d’interface entre les armées de ces deux pays et les Forces rames maliennes (FAMa). «En conséquence, la coopération transfrontalière, dans le cadre de la lutte contre les groupes radicaux violents avec le référentiel musulman, reste très hypothéquée», analyse l’expert qui ajoute que la dynamique du retrait des forces européennes pourrait se poursuivre avec plus de « tensions, de suspicions et de menaces de part et d’autre ». Mais la récente visite d’une délégation militaire burkinabé à Bamako est un signe que la coopération entre nos deux armées a de beaux jours devant elle. Les militaires des deux pays ont sans doute compris qu’il leur faudra désormais voler de leurs propres ailes pour faire face à la menace terroriste. ÉCHANGES VIFS – D’ores et déjà, la France semble ne pas être dans la posture d’obtempérer aux injonctions du Mali. Mardi, elle a protesté contre cette dénonciation qu’elle qualifiée d’«injustifiée» et a écarté toute répercussion sur le calendrier du retrait en cours de Barkhane, annoncé en février et censé s’échelonner sur six mois. Pour le ministre malien en charge des Affaires étrangères, le « gouvernement malien veillera à ce que les choses se fassent en bon ordre et dans le temps adéquat». Une partie de l’affaire a été portée devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Mardi, elle a tenu, à la demande de la Russie, une réunion informelle à huis clos pour évoquer la plainte du Mali face aux violations de son espace aérien par la France. Selon plusieurs sources, les échanges ont été plutôt vifs. Clairement, l’ambassadeur adjoint russe a pointé une « désinformation française», arguant de la nécessité de respecter la souveraineté du Mali. De l’avis de plusieurs experts, cette rupture officielle des accords de défense avec Paris devrait davantage renforcer l’axe de coopération avec la Russie qui a déjà livré des armes et du matériel militaire à l’Armée malienne. Mais Dr Aly Tounkara met un bémol : «Le futur de la Région de Liptako-Grouma serait émaillé par une compétition sans précédent entre les puissances militaires occidentales, en particulier française et russe, tout en instrumentalisant la menace terroriste et infantilisant ainsi les militaires sahéliens afin de légitimer leur prétendue présence en qualité de sauveurs et de s’adonner à une compétition sans précèdent au tour du sous-sol sahélien». IS (AMAP)

Réseaux sociaux : Le phénomène «vidéo-man»

Par Yaya KANITAO  Bamako, 04 mai (AMAP) À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, l’AMAP met en lumière des journalistes d’un nouveau type. Il s’agit des «vidéo-men» dont la pratique jure, souvent, d’avec l’éthique et la déontologie du métier. L’ère du tout numérique et de la domination de l’image a favorisé l’émergence de ces acteurs qui inquiètent les professionnels soucieux de donner l’information dans les règles de l’art Le Mali à l’instar du reste du monde, a célébré hier 3 mai la Journée mondiale de la liberté de la presse. Elle a été proclamée en 1993 par l’Assemblée générale des Nations unies, suivant la recommandation adoptée lors de la vingt-sixième session de la Conférence générale de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) créée en novembre 1945. Celle-ci a choisi cette année le thème : «Le journalisme sous l’emprise du numérique». Cette célébration intervient à un moment où les réseaux sociaux font peser sur les médias d’information professionnels une menace existentielle. Ces plateformes numériques remettent en cause la viabilité du modèle économique qui a, jusqu’ici, permis l’essor des médias.  Les pages numériques continuent d’accaparer l’attention du public. Publié en mars dernier, un nouveau rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), examinant les tendances mondiales en matière de liberté d’expression et de développement des médias de 2016 à 2021, a attiré l’attention sur cette situation.  Au Mali comme ailleurs, un nouveau type de journaliste appelé «vidéo-man» a fait irruption sur la scène médiatique à la faveur de ce que certains appellent la dictature des réseaux sociaux, notamment le groupe Meta (Facebook) et YouTube.  Smartphones et trépieds suffisent désormais pour s’autoproclamer journaliste et exercer ce métier ô combien exigeant. Les «vidéo-men» sont de plus en plus sollicités pour diffuser des messages de propagande, véhiculer des fausses informations ou des invectives. Cela au mépris total des règles de bonne conduite, des principes éthiques et déontologiques, très chers à tout journaliste professionnel.  Comment se définissent les «vidéo-men» eux-mêmes ? Qu’est-ce qu’il faut pour encadrer leur pratique qui menace la presse, tout en préservant les acquis en matière de liberté de presse et de pluralisme médiatique ?  Pour répondre à ces questions, nous avons approché l’activiste et «vidéo-man» Mamadou Traoré. À l’en croire, «activiste et vidéo-man ont pour mission de révéler les incohérences et les dysfonctionnements du système politique, défendre la justice, l’équité…».  Il se dit sidéré de constater que la plupart des «vidéo-men» ne traitent que les questions politiques «pour leurs propres intérêts et non celui du public». Le président de l’Association des professionnels de la presse en ligne (APPEL-Mali) estime qu’être «vidéo-man» n’est pas une profession. Modibo Fofana ajoute que la pratique est permise grâce au développement des réseaux sociaux, surtout le direct via Facebook et YouTube.  Parlant de l’encadrement des «vidéo-men», le president des web-journalistes maliens précise que leur pratique doit se faire dans le cadre de l’application du Code pénal qui gère l’espace public. «Aujourd’hui avec la loi sur la cybercriminalité, toute infraction commise via la nouvelle technologie de l’information est punie par cette loi», précise Modibo Fofana.  Directeur exécutif de la Fondation Tuwindi, Tidiane Togola abonde dans le même sens. «S’il y a une réglementation et des lois, alors leur application doit être de rigueur pour sanctionner toute personne qui se rendrait coupable de débordement ou de violation de ces textes», insiste-t-il.   Toutefois, Tidiane Togola précise qu’il appartient aux associations de blogueurs, aux activistes de mettre en place un dispositif d’autorégulation à partir duquel ils vont pouvoir définir un certain nombre de chartes. Selon lui, les vidéo-mens qui respecteront ces chartes seront auto-régulés et encadrés. En faisant en sorte qu’ils puissent connaître la règlementation en vigueur afin de faire face aux enjeux liés au métier de journaliste. Au Mali, la Constitution  du 25 février 1992 garantit la liberté d’expression. Son article 7 stipule : «La liberté de la presse est reconnue et garantie». La loi portant régime de la presse et celle relative à l’audiovisuel protègent la liberté de la presse, tout en précisant que cette liberté s’exerce dans les conditions fixées par la loi et les règlements. YK (AMAP) 

Rharous : Dur, dur le quotidien

 Par Mohamed GAKOU Rharous 04 mai (AMAP) Il y a seulement deux ans, la situation alimentaire et nutritionnelle des habitants de Rharous, dans le Nord du Mali,  était acceptable voire un peu conforme aux normes requises dans ces domaines. La Covid-19 et l’embargo ont changé la donne Au marché hebdomadaire de la ville, qui se tient le jeudi, il n’est pas rare d’entendre, au détour d’un hangar, ce type de conversation qui se fait sur un ton badin, mais qui exprime réellement le vécu quotidien : «Au rythme où le prix du lait grimpe, ne serait-il pas préférable de commencer à élever des chèvres ?». Le lait de chèvre est réputé, pour ses valeurs nutritives. Ces conversations et d’autres, du même registre, illustrent parfaitement le contenu du panier de la ménagère et du quotidien de la vie de l’habitant, en général. Les prix des denrées de consommation courante ont grimpé depuis l’éclatement de la pandémie de la maladie à coronavirus, à laquelle sont venus se greffer, plus tard, les effets contraignants de l’embargo dont est victime le Mali.  Il faut préciser que l’ordinaire ici, est constitué principalement de produits provenant du Maghreb et, essentiellement, de l’Algérie et de la Mauritanie. Du sucre au thé, en passant par l’huile de cuisine, le lait en poudre, les pâtes alimentaires, les dates et autres aliments conditionnés. Seuls le riz, le mil, les épices et d’autres céréales sèches viennent du Sud du pays et d’autres localités de la région, notamment, le Cercle de Diré, dont le riz est apprécié ici, pour sa qualité et son coût. Depuis deux ans, le prix du paquet de lait d’un kilogramme est passé de 1.250 Fcfa à trois 3.000 Fcfa. Le bidon d’huile alimentaire de cinq litres, qui coûtait à la ménagère, 2.500 Fcfa est arraché, aujourd’hui, au prix d’or de 7.000 Fcfa.   Le sachet familial de cinq kilos de sucre qui était vendu, dans la fourchette de 1.750 à 2.000 Fcfa est cédé à 3.000 Fcfa, aujourd’hui. Le riz, l’élément principal de l’alimentation journalière, connaît aussi une hausse exponentielle. Auprès des commerçants grossistes, le sac de cinquante kilos de riz coûte 22.500 Fcfa, soit le double de son prix, il y a deux ans.  Au cours de la campagne agricole 2021-2022, le riz paddy local était vendu au «moudé» (mesure traditionnelle de deux kilos cinq cents) à 400 Fcfa. Aujourd’hui, il est cédé à son double. Même les prix de la viande et du poisson, dont la localité est grande productrice, connaissent une hausse considérable. Le prix du kilogramme de viande est passé au double. Il en va de même pour celui du poisson. Globalement, le prix de toutes les denrées alimentaires a doublé, en deux ans. La cherté de la vie, en sus d’être accentuée à Rharous par les effets négatifs de la Covid-19 et de l’embargo, est aussi liée à des facteurs antérieurs comme l’ensablement progressif du fleuve Niger, véritable cordon ombilical commercial, entre les régions du Sud du Mali et celles du Nord, et qui se rétrécit comme une peau de chagrin, chaque année.  Ce phénomène contre lequel l’état a mis en œuvre plusieurs programmes de sauvegarde et de sauvetage, demeure encore un véritable casse-tête environnemental et, surtout, de survie pour les populations riveraines, en termes de navigation commerciale et d’exploitation agricole. Chef-lieu de cercle, le plus enclavé du Mali et, paradoxe, un des plus anciens, Rharous en particulier et tout le Cercle en général, risquent une insécurité alimentaire et nutritionnelle cette année, si des dispositions idoines ne sont pas prises par les autorités compétentes. MG (AMAP) 

Fête du Ramadan : Achat collectif de bœufs, une tradition multi-avantages

Par Makan SISSOKO Bamako, 29 avr (AMAP) Des amis, des voisins ou des collègues de service se mettent ensemble pour que chacun puisse avoir de la bonne viande dans les assiettes le jour de la fête. Nos ancêtres avaient vite compris que l’union, vecteur de cohésion et de prospérité, fait la force d’une communauté ou d’un peuple tout entier. Ainsi, toute la vie sociale, culturelle, politique, religieuse, économique… était bâtie autour de gens ayant soit le même âge, les mêmes visions des choses ou exerçant les mêmes activités socioéconomiques. Les tontines sont nées de cette volonté d’entraide mutuelle visant à unir les efforts pour atteindre un objectif commun : la paix, la cohésion et la prospérité des adhérents.     L’achat collectif de bœufs à l’occasion de l’Aïd al-Fitr (fête du Ramadan) entre dans ce cadre. Appelée communément «ton-ton ou tônon», cette tradition fondée sur la cotisation individuelle des membres de la «coopérative» se perpétue. Chaque année, elle permet ainsi à des centaines de milliers de Maliens (pauvres comme riches), d’avoir suffisamment de viande pour fêter en toute convivialité en famille. L’initiative est appréciée par Abdoulaye Guindo, jeune fonctionnaire. Lui et cinq autres collègues ont cotisé chacun 50.000 Fcfa. Grâce à la somme totale, ils ont acheté un bœuf à 285.000 Fcfa au marché à bétail de Niamana. «Nous l’avons ensuite transporté au marché à bétail de Sabaliboubou qui est proche de nous. Là-bas, l’animal est confiée à un éleveur avant le jour de l’abattage», explique Abdoulaye Guindo, l’initiateur du «ton-ton».  Cet habitant du quartier de Kalaban-coura, Commune V du District de Bamako, trouve le projet plus économique, comparé à l’achat de viande au marché. Il estime que chaque contributeur pourrait rentrer chez lui avec neuf kilos de viande, espérant perpétuer cette union.  Yaya Diarra, habitant de Garantiguibougou, est membre d’une tontine depuis près de cinq ans. Ce chef de famille précise qu’ils sont 40 personnes qui cotisent, chacun, 10.000 Fcfa chaque année. «Nous sommes entre amis, frères et collègues de travail. L’année passée, nous avons pu acheter deux bœufs. Chacun a eu un tas de viande de quatre kilos. Pour le moment, nous n’avons pas enregistré de cas de conflits. Le partage se fait dans la convivialité», souligne-t-il.  Pour ce faire, précise-t-il, une liste est établie en fonction de laquelle le partage s’effectue. Yaya Diarra juge viable cette initiative des aînés, qui permet à chacun d’avoir le maximum de viande pour la fête mais surtout de renforcer la paix, l’unité et la cohésion sociale.  Après la rupture du jeûne, Souleymane Traoré bavarde avec ses amis autour du thé dans un «grin» à Kalaban coura. Sujet central : la cotisation pour l’achat collectif d’un bœuf. Ce jeune homme, un habitué du «ton-ton», propose de recourir cette année à une balance pour peser sur place les tas de viande afin de réduire les frustrations récurrentes constatées lors des précédentes opérations.  Le «ton-ton» n’est pas une exigence de la religion musulmane. Abdou Doumbia, un érudit, explique clairement qu’il n’a rien à voir avec la religion. Selon lui, « cette pratique existe au Mali depuis des siècles ». Elle est, selon l’homme de Dieu, une convention entre un groupe de personnes qui s’accordent à acheter un bœuf pour se partager la viande. La pratique a l’avantage de mutualiser les coûts  au sein du groupe. « La religion s’intéresse uniquement à la manière d’égorger l’animal. Elle doit être faite par un musulman, sinon il est interdit au musulman de consommer sa viande », conclut l’érudit. MS (AMAP)

Échange de billets de banque usés : Le bon filon  

Par Fatoumata M. SIDIBÉ Bamako, 29 avr (AMAP) La ménagère Salimata N’diaye achète 1.000 Fcfa de tomate chez une vendeuse de légumes au marché de Médine à qui elle remet 2.000 Fcfa. La marchande lui rend la monnaie, un billet usé de 1.000 Fcfa. «Je ne prend pas ce billet. Il est trop maculé. Si je le prends personne ne l’acceptera. Changez-le !», adjure Salimata.  Visiblement déçue d’avoir échoué à se débarrasser de ce billet encombrant, la négociante tend deux billets de 500 Fcfa à sa cliente. «Je n’ai pas fait attention en prenant cet argent, il sera probablement une charge pour moi», lance-t-elle, le visage ressemblant à celui qui se fait un sang d’encre. Autre lieu, scène similaire. Nous sommes, cette-fois, dans un Sotrama (mini bus de transport en commun)  qui se dirige vers Baco Djicoroni Golf, en Commune V du District de Bamako. Juste après la descente du Pont Fahd, une dame tend un billet de 500 Fcfa enduit d’encre à l’apprenti-chauffeur. Celui-ci crie : «Non, je ne prend plus ce genre d’argent. J’en ai un depuis plus de deux mois, tout le monde le refuse. Changez-le ou descendez du véhicule», tranche-t-il, en tapant de la main la carrosserie du véhicule, pour signaler au chauffeur qu’un client doit descendre. L’air choquée, la cliente change de billet et répond : «Et pourtant, c’est dans un Sortent qu’on m’a remis cet argent-là». La sérénité ainsi retrouvée, l’apprenti s’explique : «Avant, j’acceptais les billets usés, mais les passagers eux-mêmes les refusaient. J’ai donc arrêté de les prendre». Les stations-services qui constituaient un recours pour beaucoup d’usagers semblent de plus en plus regardantes sur la qualité des billets qu’elles reçoivent. «Nous acceptions les billets usés sans demander de l’argent en retour. Il suffisait que le numéro soit visible. Mais, nous avons souvent des soucis au niveau de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) quand l’argent est trop abimé», confie un pompiste d’une station Shell de la place.  « Malgré cela, assure Moumini Traoré, je me retrouve avec des billets en très mauvais état parce que certains clients introduisent les mauvais billets entre les bons pour les dissimuler ».  Ces scènes de vie sont illustratives des difficultés des usagers à faire circuler les billets de banque usés lors des opérations d’achat/vente, etc. Ces billets s’abiment au fil du temps à force de passer de main à main.   VOUS AVES DIT BILLET MUTILÉ ? La Foire aux questions de la BCEAO les appelle billet mutilé. Selon cet outil virtuel automatique répondant aux questions des usagers, il s’agit d’un billet incomplet, très fortement abîmé, notamment par l’eau ou par le feu ou qui a subi d’autres formes de détérioration. Il est, généralement, trop endommagé ou friable pour servir de moyen de paiement ou son état est tel que l’on doit recourir à un examen spécial pour en déterminer la valeur. En effet, la BCEAO offre un service d’échange pour de tels billets à ses guichets. Elle rembourse, sous certaines conditions, les billets de l’espèce. Certains échanges peuvent toutefois être différés en fonction de la dégradation du billet présenté. Pour pouvoir bénéficier de ce service, la demande de remboursement ou d’échange s’effectue, obligatoirement, au guichet de la BCEAO en présence du titulaire qui doit être muni d’une pièce d’identité. L’échange est gratuit, sauf dans des cas très particuliers.  Certains usagers tel ce vendeur informel d’essence qui a requis l’anonymat, est au courant de ce service. Rencontré devant son kiosque de fortune où il vend du carburant dans des bouteilles, il est en possession d’un billet de 500 Fifa coupé en deux. «C’est un client qui l’a donné la nuit à un de mes apprentis. Je n’ai plus d’autres choix que de le donner aux échangeurs contre 250 Fcfa. C’est mieux que d’aller à la banque pour observer une longue file à cause de 500 Fcfa», explique-t-il.  Cette impatience est à l’origine de l’émergence du métier d’échangeur de billets mutilés. Des jeunes en ont fait une source de profit en décidant de changer ces billets abimés moyennant rémunération. Youba Fofana est l’un de ces nombreux échangeurs de billets usagés. Il opère dans les alentours de la BCEAO.  Le diplômé de l’École centrale pour l’industrie, le commerce et l’administration (ECICA) brandit des billets usés, une manière d’attirer l’attention d’éventuels clients. «Je le fais juste pendant les vacances ou lors des grèves à l’école pour gagner un peu de l’argent», explique Fofana. Selon lui, les frais d’échanges pour le client dépendent de l’état du billet. «En principe le billet de 5.000 Fcfa est échangé à 1.000 Fcfa et 2.000 Fcfa pour le billet de 10.000», précise-t-il. DÉCLARÉS «SANS VALEUR» – Pour ce faire, Youba Fofana amasse des billets de banque déchirés ou coupés, il les scotche. «Dès que j’ai assez de billets, je les attache à l’aide d’une barrette pour aller faire la queue devant la Banque, très tôt le matin. L’appel est fait par ordre d’arrivée. On nous remet une fiche sur laquelle chacun enregistre le nombre de ses billets. Après cette étape, tu mentionnes la somme totale en bas de la même fiche», explique celui qui se rend à la BCEAO une fois par mois. Pour être parmi les 20 à 30 premières personnes, il faut y être vers 4h du matin.  En face de la Banque de développement du Mali (BDM), opère Salia Camara. Il court derrière  une voiture. Il confirme que le métier peut nourrir son homme. «Nous avons toujours et régulièrement des clients. Cela est dû au fait que les gens gardent mal l’argent. Certaines personnes plient les billets n’importe comment», explique Camara. Qui précise que la BCEAO fait les échanges chaque jeudi et mardi. Salia Camara s’y rend, généralement, avec 200.000 à 300.000 Fcfa de billets abimés. Habillé d’un pantalon Jean et d’un tee-shirt de couleur jaune, Drissa Keita tournait ce jour dans une rue à Djicoroni Para. Coiffé d’un bonnet noir, il hèle les passants en les invitant à venir échanger leurs billets usagés. Interrogé, celui qui dit travailler tous les jours sauf