Promulgation de la loi électorale : Un grand pas vers les élections au Mali
Par Dieudonné DIAMA Bamako, 28 juin (AMAP) Le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, à qui revenait le dernier mot, a donné son onction à la nouvelle loi électorale en la promulguant, vendredi dernier, une semaine après son adoption par le Conseil national de Transition. Ainsi le processus de retour à l’ordre constitutionnel au Mali suit, inexorablement, son cours avec l’adoption de ce texte déposé sur la table du Conseil national de transition (CNT), le 3 décembre 2021. Son adoption intervient à un moment où notre pays est sous le poids des sanctions de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui exigent des gages pour le retour à l’ordre constitutionnel, avant une levée progressive de ces mesures qui pèsent sur les populations. Cette loi constitue un autre palier important franchi par les autorités de la Transition pour conduire notre pays vers un ordre constitutionnel normal. Mais, aussi, pour lui éviter de revivre les évènements ayant conduit à la démission du président défunt, Ibrahim Boubacar Keïta, le 18 août 2020. C’est donc à juste titre qu’à l’ouverture de la séance plénière du vendredi 17 juin, le président du CNT, Malick Diaw, a souligné qu’au regard des défis de refondation de notre pays, notamment en matière électorale, est apparue la nécessité voire l’obligation de doter le Mali d’une nouvelle loi électorale et d’un organe unique de gestion des élections. DIVERGENCES – L’adoption de ce texte majeur s’est faite dans un contexte de divergences profondes entre le gouvernement et le CNT. Le président de la Commission des Lois constitutionnelles, de la Législation, de la Justice, des droits de l’Homme et des Institutions de la République, Dr Souleymane Dé, a donné certains détails sur le processus qui en disent long sur les divergences entre les pouvoirs exécutif et législatif sur ce texte. Selon Dr Dé, le projet de loi électorale est parvenu au CNT 11 jours avant la clôture de la session ordinaire d’octobre 2021. Et ces 11 jours ne suffisaient pas pour examiner ce texte d’une telle envergure et le soumettre au vote. Raison pour laquelle, sa commission avait sollicité la tenue d’une session extraordinaire pour l’étude au fond. « Malheureusement, a-t-il dit, sa commission a dû attendre la session ordinaire d’avril 2022 pour commencer à travailler sur ce projet avec l’ouverture des écoutes ». Dr Souleymane Dé a révélé aussi que le texte a fait l’objet « de débats houleux, démocratiques, francs et constructifs » avec l’ensemble des acteurs du processus électoral. Il a précisé que 87 entités et au total 260 personnes ont été écoutées. A l’issue de ces écoutes, la commission a fait ressortir les insuffisances pour les soumettre au gouvernement. « Mieux, a fait savoir Dr Dé, dans le cadre de l’examen de ce texte, la commission Lois a reçu trois fois la ministre déléguée chargée des Réformes politiques et institutionnelles. Et les amendements du gouvernement qui pouvaient être pris ont été fondus dans le document à l’exception de quelques-uns ». Cela n’a pas permis d’aplanir les divergences car devant le CNT, la ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée des Réformes politiques et institutionnelles a clairement déclaré que « le gouvernement ne se reconnaissait pas dans les amendements proposés ». Fatoumata Sékou Dicko a soutenu que « le fondement même de la vision de refondation du système de gouvernance électorale est atteinte ». Après des débats houleux, les 92 amendements et le projet de loi proprement dit ont été adoptés par les membres du CNT. Le texte initial qui comprenait 225 articles a été ramené à 219 articles. Certains articles ont été supprimés. La principale innovation est la création de l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE) qui aura comme missions, l’organisation et la gestion de toutes les opérations référendaires et électorales. Son collège qui était de 9 membres a été augmenté à 15 membres comprenant 8 représentants des pouvoirs publics, 4 représentants des partis politiques et 3 représentants de la société civile. Pour les représentants des pouvoirs publics, 3 sont désignés par le chef de l’Etat, 1 par le Premier ministre, 2 par le président de l’organe législatif, 1 par le président du Haut conseil des collectivités et 1 par le président du Conseil économique, social et culturel. REACTIONS – Avec cette nouvelle loi, tout membre des Forces armées et de sécurité, qui désire être candidat aux fonctions de président de la République, doit démissionner ou demander sa mise à la retraite au moins 06 mois avant la fin du mandat en cours du président de la République. Mais, pour les élections pendant la Transition, ceux-ci doivent démissionner ou demander leur mise à la retraite au moins 04 mois avant la date de l’élection présidentielle marquant la fin de la Transition. Ce point a suscité moult réactions au niveau de la classe politique et de la société civile. Si certains saluent cette disposition, d’autres estiment qu’elle viole la Charte de la Transition qui interdit aux autorités de la Transition de se porter candidats aux élections bouclant cette période. Dans son rapport, la Mission d’observation des élections au Mali (MODELE-Mali) a souligné que cette disposition laisse la possibilité aux autorités de la Transition de se porter candidat à la prochaine élection présidentielle. De nombreux partis politiques ont salué l’adoption de ce texte à l’image du parti Yèlèma, de l’Alliance pour l a démocratie au Mali-Partri africain pour la solidarité et la justice (ADEMA-PASJ), du Parti de latrenaissaince africaine (PARENA), de l‘Alliance pour la solidarité au Mali-Convergence des forces patriotiques (ASMA-CFP), etc. Par contre, le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), qui estime que les propositions d’amendements faites sont de nature à remettre en cause la vision de réforme du système électoral, notamment le statut et la nature juridique de l’AIGE, avait suggéré au président de la Transition de ne pas promulguer cette loi en l’état. Mais de le renvoyer pour une seconde lecture. Le dernier mot revenait donc au chef de l’Etat qui a tranché vendredi. Le colonel Assimi Goïta
Diomansi Bomboté : Formateur de journalistes dans l’âme
Par Mohamed TOURÉ Bamako, 27 juin (AMAP) La première promotion de l’École supérieure de journalisme et des sciences de la communication (ESJSC) porte le nom de Diomansi Bomboté. Une belle récompense pour ce journaliste-formateur, dont la rigueur frise le perfectionnisme. A 78 ans, Diomansi Bomboté traîne derrière lui une quarantaine d’années de pratique professionnelle. Il continue encore de partager ses connaissances et son expérience avec les étudiants de l’ESJSC. Le samedi 18 juin, l’hommage qui lui a été rendu, constitue une reconnaissance du mérite amplement justifiée. Une École de formation de journalistes maliens par des Maliens, Diomansi Bomboté en avait l’obsession. Et celle-là, il la considère comme son «bébé». En 2015, l’ancien fonctionnaire à l’Unesco (1979 à 2004) se voyait confier le projet de création de l’ESJSC par le gouvernement. Sept ans de sacrifice et de travail acharné plus tard, les premiers produits de cette école sortent enfin, à la grande fierté de leur parrain. Absent de la cérémonie de remise de diplômes pour des raisons de santé, Diomansi Bomboté a tenu tout de même à livrer un message au ton poétique, via son représentant. Le parrain de la promotion y exprime une «fierté» qui l’étreint, ainsi que les enseignants et administrateurs et tuteurs du gouvernement, qui se sont investis pour que ce jour de gloire arrive. Il se réjouit de cette récompense du dévouement qui, pour lui, «rejaillit sur tout le peuple malien dont les efforts, dans une admirable abnégation, ont investi dans cette formation». Aux nouveaux diplômés qu’il a encadrés pendant trois ans, Bomboté, comme on l’appelle familièrement, a sans doute transmis le virus du journalisme pratiqué dans les règles de l’art. «Nous nous évertuerons aussi à être rigoureux et très pointilleux car, comme vous aimez le dire, cher Papi Bomboté, «le diable est dans le détail», promettent les jeunes journalistes de la promotion par la voix de leur porte-parole, Aminata Cheick Tall. PARCOURS EXCEPTIONNEL – De quoi encourager leur passionné de formateur qui, dès 1972, montrait son amour pour la formation, lors de son passage comme enseignant au Centre d’Études des Sciences et Techniques l’Information (CESTI) de 1980 de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Dans cette école, il a participé à la formation de plusieurs cadres et personnalités de premier plan du continent, avant de passer à l’UNESCO de 1979 à 2004 comme fonctionnaire. Diomansi Bomboté est originaire de Logo Sabouciré, dans la Région de Kayes 9Ouest). Il a passé sa «tendre enfance, bercé par les effluves qui se dégagent de l’indolent fleuve Sénégal au mois de novembre», se souvient-il, en racontant ces moments où son village natal, est encore «embaumé par les senteurs du fleuve en décrue après l’hivernage». Il est diplômé d’une Licence ès lettres – sociologie et d’une Licence de journalisme obtenues à Dakar en 1967 et 1968. Insatiable de connaissance, il ajoute à son parcours académique une Maîtrise en sciences de la communication (Strasbourg 1970) et un Diplôme d’études approfondies en sciences de la communication (Paris II 1975). Sur le plan professionnel, il a servi dans les médias publics, d’abord à L’Essor puis à la Radio nationale. Le journaliste passionné a travaillé pour plusieurs titres internationaux et agences de presse dont Jeune Afrique, La Croix, Croissance des Jeunes Nations, Miroir du Football, en France avant d’être correspondant d’Associated Press (AP) à Dakar. Il a été également Conseiller spécial du Premier ministre du Mali entre 2017 et 2018 et rapporteur général du Dialogue national inclusif (DNI). En 2019, il a effectué une évaluation des médias en Côte d’Ivoire à la demande de gouvernement ivoirien via l’UNESCO. Aux jeunes journalistes qu’il amène souvent en milieu rural, lors de sorties pédagogiques, il apprend toujours les mêmes principes cardinaux. «Le journaliste est un intermédiaire entre ce qui se produit et un public qui a le droit de savoir. Un journaliste fait son travail quand il apprend aux autres ce qui leur échappe, ce qui est méconnu ou inconnu, ce que l’on ne voudrait pas qu’ils sachent, ce qu’on leur dissimule», souligne-t-il. Attaché à ses valeurs fondatrices du métier de journaliste, il appelle les jeunes diplômés, à «l’exigence professionnelle, qui prend appui sur la conscience personnelle, est nécessairement conditionnée par l’élaboration de pratiques rigoureuses, des principes et des codes de déontologie qui nous font l’obligation de traquer les faits avérés et de les exposer avec exactitude, bref, d’agir de manière indépendante mais responsable». Bomboté assure que l’École de journalisme tient à ce haut degré de responsabilité qui exige une maitrise exemplaire de la pratique de la profession. Et d’ajouter que le travail journalistique ne doit s’inscrire dans aucune volonté de plaire ou de nuire. «Le journaliste arbitre les faits de façon neutre», insiste le parrain qui appelle encore les jeunes fraîchement diplômés à relever le défi. Celui «de faire donc en sorte que la presse malienne ne soit pas réfractaire à la culture démocratique». MT (AMAP)
Société : Les veuves, un quotidien difficile
Par Baya TRAORE Bamako, 17 juin (AMAP) «Depuis la mort de mon mari, il y a plus de 20 ans, je m’occupe seule de mes 5 enfants, dont deux handicapés. Étant la cheffe de famille, je devais prendre en charge les frais de loyer, de nourriture et de santé de mes enfants.», se souvient Aïssata Diaby, veuve et vice-présidente de l’association Benkadi des veuves de Sébénicoro, un quartier de Bamako. « Pour subvenir à ces dépenses, j’ai travaillé durement pour prendre en charge ma famille. Ces années d’activités m’ont rendue malade. Cela a joué sur l’éducation de mes enfants», regrette-t-elle. Ces difficultés d’Aïssata Diaby sont le vécu d’un grand nombre de veuves dont certaines, à l’occasion de la Journée internationale dédiée à cette couche vulnérable, nous ont raconté leur quotidien. Sitan Diallo, présidente de l’association Benkadi qui compte beaucoup de veuves, témoigne dans ce sens. Elle soutient que beaucoup de veuves vivent les mêmes difficultés que notre interlocutrice Aïssata. Sitan Diallo explique que son association fabriquait du savon pour subvenir aux besoins de ses adhérentes grâce à un appui matériel d’une ONG de charité. « Il y a trois ans, poursuit-elle, cette activité a pris fin à cause des coûts élevés des matières premières. Elle a également apprecié appui de l’ONG pour le parrainage de certains de leurs enfants âgés de 0 à 10 ans. Ceux-ci bénéficient de la somme de 50.000 Fcfa par trimestre pour contribuer à leur éducation et la prise en charge de leurs besoins. Actuellement, l’association Benkadi connaît beaucoup de difficultés parce que les appuis multiformes en sa faveur ont diminué ou carrément cessé dans certains cas. La perte d’un conjoint est un véritable chemin de croix pour chaque femme et foyer conjugal. « Les conséquences, avance une veuve, sont notamment la perte des droits d’héritage, l’expulsion du foyer et le manque de soutien. Les veuves, parfois abandonnées et laissées à leur propre sort, doivent se battre au quotidien pour survivre, accentuant leur vulnérabilité ». Consciente des difficultés que connaissent les veuves, l’Organisation des Nations unies (ONU) a décidé de dédier le 23 juin de chaque année à la sensibilisation contre la marginalisation de cette couche vulnérable. Mouneïssa Tangara, vendeuse ambulante d’eau et d’arachide au rond-point de Kalaban Koro à Bamako, est en quête de clients. Elle salue cette initiative de la communauté internationale. Mouneïssa explique qu’après le décès de son époux il y a 5 ans, ses six enfants et elles ont été mis à la porte. «Ma belle famille a demandé à ce que je me remarie avec mon beau frère. J’ai refusé et mes beaux-parents m’ont demandé de quitter mon foyer avec mes enfants. Je ne pouvais pas épouser un homme qui ne s’entendait pas avec mon mari», se défend Mouneïssa qui habite seule avec ses enfants à Sabalibougou, dans une maison de bric et de broc qui lui coûte 15.000 Fcfa par mois. Le gouvernement malien est aussi préoccupé par le cas des veuves et notamment celles des militaires morts sur les théâtres d’opération. A leur intention, les autorités ont adopté l’ordonnance n°2022-013/PT-RM du 01 avril 2022, portant modification de l’ordonnance n°2016-020 /P-RM du 18 août 2016 modifiée portant Statut général des militaires. Ainsi l’ordonnance n°2022-013/PT-RM du 01 avril 2022 en son article 25 stipule que « la famille de tout militaire décédé sur le théâtre d’opération a droit à une indemnité forfaitaire égale à 10 ans de salaires calculé sur la base de l’indice maximal du grade immédiatement supérieur ». Ouleymatou et ses enfants sont assis dans la cour de leur maison à Yirimadio Zerni, en train de jouer à la belote. Cette veuve de militaire âgée de 37 ans a perdu son mari sur le front il y a trois ans. Elle a reçu les droits de son époux. Sur ces droits, Ouleymatou a acheté la maison dans laquelle elle habite avec ses enfants. «Je sais que l’argent ne va pas me ramener mon mari, mais il va aider mes enfants et moi à l’avenir», dit-elle, résignée. Rokia Diarassouba, une jeune veuve habitant Niamakoro, attend de recevoir les droits de son époux mort lui, aussi, au front, il y a quelques mois. Son défunt mari lui a laissé un enfant âgé d’un an et demi. Le retard dans l’obtention des droits des militaires décédés au front peut aussi être dû au temps de traitement des dossiers qui ne relèvent pas des compétences du service social des Armées. Concernant les dons destinés aux veuves des militaires, la Direction du service social des Armées explique qu’ils sont distribués en fonction de critères qui privilégient les veuves qui sont dans le grand besoin. Mme Dembélé Oulématou Sow, présidente de la coordination des associations et ONG féminines (CAFO) explique que son organisation apporte des appuis multiformes aux veuves. Ces actions sont, entre autres, le renforcement de leurs capacités pour la résilience (leadership, formation aux métiers, droits des femmes, entreprenariat, management et gestion d’Activités génératrices de revenus…) Des aides humanitaires en vivres et non vivres, notamment pendant les fêtes religieuses sont apportées aux veuves. Mme Dembélé Oulématou Sow plaide pour l’élaboration d’une stratégie spécifique de prise en charge des veuves. BT/MD (AMAP)
Région de Kayes (Ouest du Mali) : Flambée des prix de l’engrais non subventionné
Par Bandé Moussa SISSOKO Kayes, 27 juin (AMAP) Dans la Région de Kayes (Ouest), la problématique de l’accès aux intrants agricoles plonge les producteurs dans l’inquiétude. Les paysans attendent avec impatience les engrais qui sont subventionnés par l’Etat. Alors que sur le marché, on assiste à une flambée des prix des produits non subventionnés. Certains commerçants abusent souvent de la naïveté des clients en proposant leurs marchandises à des coûts très élevés. Il faut user de l’art de la négociation ou de la persuasion pour espérer obtenir ces produits à moindre coût. Actuellement, le prix d’un sac de 50 kg d’engrais coûte 40.000 Fcfa dans certains points de vente de la Cité des rails (Kayes). Mais, d’autres engrais sont écoulés à un prix inférieur ou égal à 25.000 Fcfa dans la cité et dans certaines localités de la région. Au grand marché de Kayes, le commerçant Bakary Boundy soutient que les engrais sont chers cette année. Il vend le sac de 50 kg d’urée à 40.000 Fcfa. Pour avoir la même quantité de complexe céréales, il faut débourser 35.000 Fcfa contre 15.400 Fcfa l’an dernier et le kilo est cédé à 500 Fcfa. Ce commerçant vend une autre variété d’intrants agricoles, appelée « Complexe 17 17 17 », produite par Boubacar Sow. Le sac de 50 kg de cette variété est cédé à 35.000 Fcfa. Bien que le marchand reconnaisse la cherté des prix, il ne peut cependant donner aucune explication à sa clientèle sur la question. Selon lui, seuls les fournisseurs peuvent éclairer les producteurs sur cette flambée soudaine des prix. Par ailleurs, il déplore la lenteur dans la livraison des intrants agricoles subventionnés. Or, les producteurs en ont urgemment besoin en cette période de semis. Selon le directeur régional de l’Agriculture de Kayes, Ousmane Camara, le producteur doit débourser 31.875 Fcfa pour un sac de 50 kg d’urée, 40.500 Fcfa pour le DAP, 30.625 Fcfa pour le complexe céréales « NPK » et 3.000 Fcfa le kg de semence de maïs hybride. Il précise que les trois premiers engrais (urée, DAP et complexe céréales NPK) sont subventionnés par l’Etat à hauteur de 12.500 Fcfa, l’engrais organique à 2.500 Fcfa et la semence de maïs hybride à 1.500 Fcfa. La gamme des engrais organiques industriels est estimée à 5.500 Fcfa le sac. La direction régionale de l’Agriculture a fait diffuser des communiqués à la radio pour informer la population sur les prix standards. Le directeur Ousmane Camara est aussi intervenu sur les ondes de la station régionale de l’ORTM pour informer et sensibiliser les citoyens afin d’éviter la hausse des prix. S’agissant des engrais subventionnés, Ousmane Camara a expliqué que ses services avaient invité les producteurs à se faire inscrire, tout en donnant des informations sur leurs parcelles, au niveau des mairies. « Il n’y a pas de problème avec les engrais subventionnés. Seulement, le stock couvre à peine les 10% de nos besoins », a souligné le directeur régional. Contrairement à l’année dernière, les besoins de la Région de Kayes sont estimés à 1.368 tonnes en 2022 contre 1.336 en 2021. La région attend 91 tonnes d’urée cette année contre 311, 10 tonnes de DAP contre 23 tonnes, 34 tonnes de NPK contre 419. La part des engrais organiques industriels est très importante cette année. Les besoins sont de l’ordre de 1.242 tonnes contre 98 tonnes en 2021. Les engrais organiques industriels sont moins chers. Le directeur relève une insuffisance dans le suivi des marchés, en raison de cette période de crise et de libéralisme économique. L’encadrement technique encourage beaucoup l’utilisation des engrais organiques industriels qui favorisent la fertilisation des sols et l’accroissement de la production. Ces derniers sont produits localement contrairement aux engrais chimiques qui proviennent essentiellement d’Ukraine et de Russie. Le conflit entre ces deux grands producteurs a provoqué un renchérissement des prix de ces produits sur les marchés nationaux et internationaux. BMS/MD (AMAP)
Interêt croissant pour la production de melon et de pastèque au Mali
Par Kadiatou OUATTARA Bamako, 27 juin (AMAP) Salla, village situé à environ 13 km de Bamako, la capitale du Mali. Cette bourgade, de plus en plus célèbre, relève de la Région de Koulikoro. Entourée de villages abritant des unités industrielles, des auberges, des champs, elle draine des foules de visiteurs depuis quelques temps. Hommes d’affaires de premier plan, médias, politiques… y défilent souvent. Motif : visiter les champs de pastèque et de melon du richissime homme d’affaire malien, Ibrahim Diawara. Le patron de la société d’un groupe spécialisé dans l’agro-business, y possède cinq hectares : un destiné à la culture du melon et les quatre autres consacrés à celle de la pastèque. Issu de la famille des Curcubitacées, le melon, nom scientifique «Cucumis mélo », est de deux types repartis entre plusieurs variétés. Celles rencontrées sur le marché malien, ont la peau colorée et l’intérieur est orange (Cantaloup charentais) ou la peau colorée et l’intérieur est vert (Galia), les premiers sur le marché national avant l’indépendance. Puis vient le jaune canari (à la peau jaune et la chair blanche (Moussa melon) qui a été introduit par l’ancien président de la République, feu Moussa Traoré. De la même famille que le melon, la pastèque ou «Citrulus vulgaris» est, également, de deux types avec une diversité de variétés. Celle à la chair rouge avec plusieurs variétés (Charleston gray, Sagar baby, Kaolac, Crimson sweet) est la plus répandue sur le marché malien. Jadis saisonniers, ces deux produits sont maintenant disponibles presque toute l’année dans les rayons de supermarchés locaux, les coins de rues et le long des grandes artères. Accusés à tort ou à raison d’avoir une propension à vendre cher, leurs vendeurs font croire aux clients qu’ils sont importés du Maroc. Peut-être une manière de justifier le prix onéreux qu’ils imposent à la clientèle. «En réalité, la plupart sont cultivés au Mali notamment dans la périphérie de Bamako pour le melon et dans la zone de Barouéli pour la pastèque, précisément à Sanankoroba (Près de Bamako), Ségou, Bla, (Centre), Sikasso (Sud), Samé, Diéma (Ouest)», confirme Dr Aminata Dolo Nantoumé, spécialiste au programme fruits et légumes du Centre régional de recherche agronomie (CRRA) de l’Institut d’économie rurale (IER), basé à Sotuba. La société de M. Diawara a décidé d’investir dans ce «secteur très rentable», afin de booster davantage la production nationale. Le promoteur, l’opérateur économique, lui-même, pilote le projet de la filiale «Diazon». Il tend à devenir l’un des grands producteurs de ces fruits notamment hors saison habituelle de production. Pourquoi ce choix ? MICRO-IRRIGATION – «Je suis un grand amateur de la pastèque. Un jour, une dame a voulu me vendre le kg à 7 000 Fcfa, prétextant que les pastèques provenaient du Maroc. Je me suis alors demandé comment parcourir 4 000 km pour venir nous vendre ici des fruits constitués à 90% d’eau. C’est à partir de ce jour que j’ai décidé de m’engager dans la culture de la pastèque», explique Ibrahima Diawara. Pour y arriver, l’opérateur économique jette son dévolu sur une technique appelée micro-irrigation ou la méthode «goutte à goutte». Elle consiste à diluer de l’engrais dans une machine contenant de l’eau pour ensuite l’évacuer goutte à goutte au pied des végétaux, soit 1,5 litre d’eau par heure. Selon lui, cette technique est la meilleure parce qu’elle permet d’économiser en engrais et en eau, tout en assurant une bonne récolte. Grâce à cette technique, Ibrahima Diawara a eu 41 600 melons sur un total de 10.400 pieds plantés, chaque pied donnant quatre fruits. Avec 6 250 pieds de pastèques par hectare, notre interlocuteur assure avoir obtenu une production de 86 200 kg, soit un total de 344 800 kg pour les quatre hectares. Ce qui lui a permis de vendre le kilo du melon à 500 Fcfa, contre 350 Fcfa pour la pastèque. « En principe, il faut deux mois et 15 jours au melon et à la pastèque pour atteindre la maturité. 48 jours pour le cycle végétatif et 25 jours pour la récolte », explique celui qui dit se faire le devoir de mobiliser tous les opérateurs économiques du Mali pour qu’ils s’engagent dans ces productions «économiquement très rentables». Sans préciser combien sa production lui a apporté, M. Diawara se dit disponible à accompagner gratuitement, en termes d’appui conseil et technique, ceux qui veulent se lancer dans le domaine. Fournisseur d’intrants au sein de l’entreprise sémencière Technisem, Bablé Diarra. confie que les semences de ces fruits sont importées d’Europe et du Maghreb. Selon lui, le sachet de 100g du «melon charentais» coûte 6 870 Fcfa contre 11.740 Fcfa pour 500g de la «pastèque kayak». Parlant des difficultés liées à la culture de ces fruits, Dr Aminata Dolo Nantoumé, évoque la non maîtrise de l’itinéraire technique, les problèmes de conservation, de commercialisation et une multitude de parasites et de maladies qui peuvent attaquer les fruits. Par ailleurs, Dr Aminata Dolo Nantoumé explique que la culture du melon se fait en plein champs, en saison sèche et fraiche. Elle exige des températures diurnes assez élevées ainsi qu’un bon ensoleillement. Ce fruit succulent supporte moins les températures nocturnes élevées, une forte humidité de l’air et un temps couvert. «L’hivernage provoque donc des baisses de qualité et de rendement», conclut-elle. KO/MD (AMAP)
Les moutons de tabaski courent les rues à Bamako, au Mali
Par Amadou CISSÉ Bamako, 23 juin (AMAP) Barbe blanche, mâchoire épaisse, Mamadi garde un œil vigilant sur son fond de commerce. Quelques cinq béliers sont reliés par une seule corde qu’il tire énergiquement sur le trottoir. Si Mamadi met ses béliers sur le marché, c’est que la fête de Tabaski est proche. Selon le calendrier, elle a lieu le 10 juillet. Autant dire dans quelques jours, pour faire simple. Cette fête musulmane intervient deux mois et 10 jours après la fin du Ramadan. Ici, on l’appelle, également. la grande fête. Pour l’occasion, chaque famille musulmane est invitée, selon sa bourse, à immoler au moins un bélier, un bouc ou d’autres animaux admis pour le sacrifice d’Abraham. Les enfants s’excitent et se projettent déjà dans la fête au cours de laquelle la viande est consommée sans modération. C’est certainement pourquoi, les mômes la considèrent comme la plus grande fête de la culture musulmane. Si les touts-petits salivent déjà abondamment pour la viande, les grandes personnes sont moins enthousiastes. L’idée des charges afférentes est une source d’angoisse pour les moins nantis. « Écoutez, vous avez les habits de fête, le prix de condiments du jour « J » et, surtout, le fameux mouton. Sans oublier d’autres charges dans la grande famille », se plaint André Diallo qui a une famille d’une dizaine de « Bouts de bois de Dieu ». Pour lui, fête rime avec angoisse. En bon musulman, il garde la foi et s’en remet au destin. « Dieu, dit-il, voit le moindre moineau qui tombe du ciel ». Dans la capitale malienne, sur le trottoir longeant le vieux quartier de Badialan, passant par le Groupement mobile de Sécurité (GMS), qui vient relier le monument de l’indépendance, Mamadi encadre avec dextérité son bétail. « Ils coûtent de 100.000 à 200.000 Fcfa. Le prix varie en fonction du choix du client », confie le vendeur. « Mais, on peut toujours trouver un arrangement sur le prix. Il faut commencer par montrer le bélier choisi », ajoute-t-il, dans un sourire très charmeur. Si les bêtes du cinquantenaire sont relativement chères, c’est parce qu’il les a lui-même élevés. À la différence de beaucoup qui n’achètent les béliers qu’à l’approche de la fête pour faire des profits illico. « Moi, dit-il, je prends soins de mes animaux pendant plus de six mois avant de les vendre une fois la fête à l’horizon ». Lafiabougou est célèbre, en partie, grâce au grand marché à bétail qu’il abrite. Bovins, caprins et mêmes des chevaux se disputent un espace restreint. Les pieds sont trempés dans les crottins d’animaux. Mauvais moment, bon endroit, le mercredi était une journée pluvieuse. Le ciel ne semble faire qu’à sa tête. Il a plu toute la journée. Le soir, les béliers ont froid, les têtes désolées. Le jeune berger Abdoulaye bondit du fond d’un hangar. Il donne des coups de pied aux béliers qui se lèvent aussitôt. « Patron, fais ton choix », lance-t-il dans un accent du Nord du Mali. Il est arrivé de Mopti (Centre) pour vendre son bétail et retourner auprès des siens avec quelque fortune. Les moutons qui ne payent pas de mine sont cédés à moins de 100.000 Fcfa. En revanche, ceux qui raflent la vedette sont négociés à partir de 250.000 Fcfa. Le marché verra son pic la veille de la fête. Les amateurs de la dernière minute vont débarquer avec un faible budget dans l’espoir de tomber sur un bon coup. Cette catégorie de personnes prennent un risque. En misant sur la mévente, ils espèrent une chute des prix à la dernière minute. « Ils ne sont pas tous comme cela : certains craignent le vol et d’autres n’ont pas l’espace nécessaire pour garder la bête », nuance un client en quête d’un bélier de tabaski, 52.500 Fcfa en poche. De l’avis du jeune berger, son budget doit être revu à la hausse s’il tient à faire plaisir aux membres de sa famille. Mais, à sa décharge, la conjoncture n’est guère favorable aux dépenses onéreuses. Choqué par le commentaire du berger, notre acheteur remonte sur la moto et se dirige chez un concurrent un peu plus loin. Toujours dans l’espoir de repartir à la maison avec un bélier, modeste soit-il. AC/MD (AMAP)
Marché du mouton de Tabaski : Gao veut ravitailler la capitale Bamako (Mali)
Par Abdourahmane TOURE Gao, 22 juin (AMAP) La fête du mouton approche à grands pas. Il est prescrit à tout musulman ayant les moyens d’en acquérir pour accomplir le rite sacrificiel. Au Mali, plus précisément à Gao (Nord), acheter un mouton de fête pour les bourses moyennes relève d’une équation presque impossible. En effet, à l’embargo et l’insécurité qui sévissent sur l’ensemble du territoire national, s’ajoutent les prix exorbitants du mouton de sacrifice à l’occasion de cette fête religieuse. Notre équipe de reportage s’est rendu sur le marché à bétail de la Commune urbaine de Gao. La tête enveloppée d’un turban de couleur blanche, le revendeur de moutons Assadeck assure qu’il exerce ce métier depuis une quinzaine d’années. «Souvent, j’achète les moutons dans la Commune rurale de Djebok pour les revendre dans la Cité des Askia (Ndlr, Gao) », dit-il. « Cette année, j’ai acheté la plupart de mes moutons à 60.000 Fcfa au marché de Djebok, un village distant de 40 km du Cercle de Gao. Je débourse 500 Fcfa comme frais de transport pour chaque tête. Le bourgou (Ndlr, fourrage herbacé très prisé par les animaux) ou l’aliment-bétail coûte très chers cette année. Et pour réaliser un bénéfice, je compte revendre chaque bête à 70.000 Fcfa », dit le négociant. Selon lui, à cause de l’insécurité et du manque d’herbe, les prix des animaux ont flambé. « Du fait du blocage de la Route nationale 16 (RN-16), reliant Gao-Sevaré-Bamako, les rues de la Cité des Askia sont bondées d’animaux venus d’Ansongo et de Maradi (Niger) », révèle le chef de la voirie de la municipalité de Gao, Amadou Maïga. En temps normal, ces vendeurs transitent par Gao pour rejoindre la capitale. « Avec 75.000 Fcfa, on peut acheter un bon bélier et un moyen à 30.000 Fcfa sur le marché de Gao », ajoute M. Maïga. Plus pessimiste que notre premier interlocuteur, Mohamed Haïdara pense que le prix d’un bon géniteur sur le marché de la ville varie de 80.000 à 100.000 Fcfa. Mohomodou Idrissa est un commerçant. Il estime, de son côté, que malgré l’insécurité sur l’axe Gao-Sevaré-Bamako, le prix du mouton sur le marché de bétail de Wabaria, situé à 15 km de la ville, n’a pas baissé. « Mardi passé, raconte-t-il, jour de la foire du bétail de Wabaria, j’ai été, là-bas pour me procurer des moutons de Tabaski. Après plusieurs tours, je suis tombé sur un éleveur qui fait de l’embouche, avec qui j’ai réussi à négocier trois gros béliers à raison de 92.500 Fcfa chacun », nous dit-il. «Avant la crise, on pouvait s’acheter un bon bélier à 40.000 Fcfa. Actuellement, les prix sont exorbitants. Cela s’explique par le fait que cette année, le prix du sac de 40 kg d’aliment bétail, qui se vendait à 7.500 Fcfa, a atteint 10.000 Fcfa voire 12.500 Fcfa. Et le prix du tas de bourgou est passé de 1.250 à 1.500 Fcfa. Tous ces facteurs concourent à la hausse du prix de la bête», explique le commerçant Mohomodou Idrissa. Selon lui, la cherté fait partie des habitudes de la ville de Gao. Il corrobore sa thèse par ce qu’il a vécu l’année dernière. Il assure avoir été témoin d’une spéculation inexpliquée sur le prix du mouton. Un marchand a acheté un bélier à 150.000 Fcfa à Gao pour le revendre 100.000 Fcfa plus cher soit à 250.000 Fcfa à un étranger sur le marché à bétail de Wabari. Le porte-parole des vendeurs de moutons, Abdoulaye Touré, confirme que quatre camions chargés de 160 à 180 têtes de bétail ont quitté Gao pour rallier Bamako. Selon lui, ces camions sont déjà arrivés à Douentza où ils seraient bloqués Par ailleurs, trois autres sont en route, ils ne sont pas loin de la localité de Gossi, selon ses dernières informations. « Pour les frais de transport de Gao à Bamako, nous avons payé 1.800.000 Fcfa par camion sans compter le prix des nattes et des pailles pour les animaux », révèle le porte-parole. Certains vendeurs de la zone de Bamba ont emprunté les pinasses pour rallier Bamako par Mopti. Malgré les difficultés rencontrées sur les marchés primaires pour acheter les animaux et celles liées au trajet Gao-Bamako, les marchands sont déterminés à assurer l’approvisionnement de la capitale en moutons. La détermination des prix, au final, dépendra fortement de tous les aléas parcourus (tracasseries routières, insécurité). Les chefs de ménage appréhendent déjà avec angoisse les préparatifs de cette fête. Beaucoup d’entre eux se résoudront à vider leur portefeuille pour satisfaire les exigences des enfants, tout en évitant l’opprobre de n’avoir pas son mouton de fête. AT/MD (AMAP)
Campagne agricole 2022-2023 : Un peu plus de 10,5 millions de tonnes de céréales (Mali-Météo)
Par Makan SISSOKO Bamako, 22 juin (AMAP) L’Agence nationale de la météorologie (Mali-Météo), organisme public spécialisé en prévisions météorologiques, prédit, cette année, une production agricole estimée à un peu plus de 10,5 millions de tonnes de céréales. Mali-Météo prévoit, aussi, une saison des pluies humide caractérisée par des dates de démarrage précoces à moyennes, de fin tardives à moyennes, des séquences sèches courtes à moyennes dans la partie Ouest et moyennes à longues dans la partie Est du pays. Cette année, il est également attendu « des écoulements globalement excédentaires à moyens dans les principaux bassins fluviaux ». Le cumul pluviométrique sera supérieur ou proche des moyennes saisonnières de la période 1991-2020 sur la majeure partie du Mali. Quelles attitudes doivent adopter les producteurs pour pouvoir booster les productions céréalières au sortir de la campagne 2022-2023 ? Sur la prévision de production d’un peu plus de 10,5 millions de tonnes de céréales, il y a 41,2% de maïs, 28,6% de riz, 15,1% de mil, 14,3% de sorgho, 0,5% de fonio et 0,2% de blé pour une superficie à cultiver estimée à 6.061.726 hectares. L’agriculture malienne est toujours tributaire de la pluviométrie. L’atteinte de ces résultats dépend donc, en grande partie, de l’abondance des pluies. Ce qui paraît de plus en plus incertaine, à cause des effets néfastes du changement climatique. Dans un tel contexte, seules les semences de qualité et l’appropriation des conseils des spécialistes permettent d’avoir de bons rendements. « Elles contribuent jusqu’à hauteur de 50% à 80% pour les hybrides », révèle Dr Dionkounda Camara, le responsable du Laboratoire d’analyses de qualité des semences (Labosem) de l’Institut d’économie rurale (IER), basé à Sotuba et expert semences. Selon lui, il existe quatre catégories de semences : semences de pré bases, de bases, certifiées première reproduction (R1) et certifiées deuxième reproduction (R2). Elles sont identifiées respectivement par des étiquettes de couleur blanche barré de violet, blanche uniquement, bleue et de couleur rouge. « Les producteurs disposant de grandes superficies les achètent généralement », explique-t-il. Les paysans doivent, avant toute chose, chercher à comprendre auprès des compagnies semencières les qualités et variétés de semences adaptées à leur zone de production. Chaque zone agro-écologique du Mali est subdivisée en zones de cultures bien distinctes. avec des variétés répondant au changement climatique. En la matière, les nouvelles variétés développées par la recherche et homologuées par le Labosem, ont subi un certain nombre de tests appelés les épreuves de distinction homogénéité stabilité et les épreuves de valeur agronomique, technologique, environnementale. Ces variétés créées par la recherche hybride et à pollinisation libre (OPV) répondent forcément au critère de changement climatique. Les semences homologuées sont inscrites dans le catalogue des espèces et variétés du Mali. La dernière édition de ce catalogue national parue en juin 2021, contient 298 nouvelles variétés pour 9 espèces : le mil, le maïs, le sorgho, le niébé, le riz, l’arachide, la tomate, l’oignon et l’échalote. «Pour chaque nouvelle variété où espèce inscrite dans le catalogue, il y a une pluviométrie bien décrite. C’est à cela que les producteurs doivent obligatoirement se consacrer. Chaque zone a sa pluviométrie et sa variété adaptée pour faire les semis», conseille-t-il aux producteurs. Selon lui, dans les zones où il ne pleut pas beaucoup, les agriculteurs doivent semer à bonne date et utiliser les variétés certifiées et de qualité à cycle court adaptées au changement climatique. À Sikasso par exemple, les producteurs ont commencé les semis depuis le mois de mai. «Cette année avec le début précoce et l’intensité annoncée, il y a certaines cultures qui n’aiment pas assez d’eau. S’il y a des inondations et que la durée de l’eau atteint les 3 et 4 jours, les plants tels que le sorgho, le mil et le maïs qui ne supportent pas la stagnation d’eau, jaunissent et cela serait une perte de rendement», prévient Abdouramane Yoroté, Ingénieur agronome à l’Unité agro climatologie à l’IER, basé à Sotuba. M. Yoroté conseille aux paysans de ne pas cultiver dans des endroits comme les bas-fonds. Le spécialiste demande aux producteurs d’être toujours à l’écoute de la météo pour suivre les prévisions et la progression de l’hivernage pour bien boucler le cycle des variétés utilisées dans les localités. Selon Abdouramane Yoroté, les producteurs sont actuellement conscients des enjeux du changement climatique mais sont toujours réticents par rapport aux nouvelles pratiques d’utilisation des semences. «Dans le cadre de nos enquêtes sur le changement climatique, nous avons remarqué que présentement en milieu rural, les paysans n’ont que les anciennes semences qui sont de nos jours inadaptées à la culture», fait-il savoir. MS/MD (AMAP)
Journée de l’enfant africain : Les zones rurales ne sont pas épargnées par le travail des enfants
Par Mariam F. DIABATE Sikasso, 17 juin (AMAP) Ce jeudi 14 avril 2022, il est 11 heures sur le site d’orpaillage de Foroko (une localité dans le Cercle de Kangaba, près de la frontière du Mali avec la République de Guinée). Ici beaucoup d’hommes, des femmes et des enfants. Chacun est occupé à faire quelque chose. Tandis que certains garçons de moins de 15 ans creusent les trous, d’autres attendent avec impatience de remplir des seaux qu’ils tirent du trou. Non loin de là, un petit groupe de quelques filles qui rincent inlassablement une petite motte de boue, dans l’espoir de tomber sur quelques pépites d’or. La petite Oumou Diarra fait partie du groupe. Elle est là grâce à son oncle, Elle affirme que laver la boue est son quotidien. « Dès que les travailleurs commencent à creuser, on se met en place afin de récupérer la boue susceptible de contenir des pépites d’or », dit la gamine. Elle affirme qu’en marge des activités d’orpaillage sur le site, de nombreuses jeunes filles s’adonnent à la prostitution pour arrondir les angles. Elle a révélé le cas de son amie, Koro dont l’oncle l’a amenée ici pour travailler. «Apparemment, son parent n’était pas satisfait de l’argent qu’elle gagnait. Il a, alors, commencé à l’encourager à se prostituer. », dit Oumou. Afin de mettre à l’aise sa nièce, l’oncle a ouvert un maquis pour couvrir ses activités louches. « Naturellement, les parents de Koro ne sont pas au courant de sa double vie ici», précise notre interlocutrice. Oumou a ajouté, également, que des pratiques de mariage sous contrat (communément appelés en bamanankan «Fouroudeni») sont monnaie courante. Par ailleurs, Oumou se souvient encore du viol d’une petite fille sur le site, en 2015. La victime a été retrouvée gravement blessée dans la case de ses deux violeurs. « Fort heureusement, ces derniers ont été rapidement confondus et ils sont actuellement en train de purger leur peine », dit-elle. Les jeunes garçons sont, aussi, nombreux sur les sites d’orpaillage. Selon Seydou Kanté, un garçon de 14 ans, tirer les seaux, laver la boue afin d’y trouver de l’or, vendre de l’alcool… constituent les activités principales des garçons de son âge. «Nous travaillons de 5 heures du matin à 20 heures. La vie est très dure ici, car il n’y a pas de pitié. L’exploitation, la trahison et d’autres formes de violence constituent notre quotidien», explique-t-il. PLUTÔT LE COTON QUE LES ETUDES – S’exprimant sur les difficultés auxquelles les enfants sont confrontés sur le site d’orpaillage de Foroko, Seydou Kanté a révélé que lorsque qu’on surprend un enfant en train de voler de l’or, il s’expose inévitablement à la vindicte populaire et à tous les sévices et atrocités jusqu’à l’arrivée de ses tuteurs. Des justiciers improvisés vont jusqu’à utiliser des méthodes de torture dignes des camps de concentration faisant passer au fautif des moments douloureux, s’il ne rend pas l’âme sous l’assaut des méthodes barbares d’une autre époque. ‘Toutes ces exactions, selon Seydou Kanté, se passaient avant l’installation des «Ton boloma», autrement dit, les protecteurs et gardiens des sites d’orpaillage ». Il en est du site d’orpaillage de Foroko comme de celui de M’Bèkèla (localité située dans la Commune rurale de Finkolo Ganadougou, Sikasso). Là-bas, les conditions de travail des enfants sont exécrables. Ils sont mal rémunérés, n’ont pas de dortoirs, boivent de l’eau souillée des drags, etc. C’est aussi un camp de concentration à ciel ouvert, dans un monde disparate où les plus forts règnent en maîtres absolus des lieux. La souffrance physique, morale et psychologique des enfants travaillant sur les sites d’orpaillage est sans commune mesure avec ceux qui courbent l’échine dans les champs. Une ressortissante du village de Koungoba (Cercle de Sikasso), Kadidiatou Fané témoigne. Elle est âgée de 14 ans. L’année dernière, elle était en classe de 6è année, Elle a abandonné les études, car elle n’avait pas de temps à y consacrer à cause des travaux champêtres. Elle est actuellement à Sikasso, chez une tante, afin de rassembler de quoi constituer son trousseau de mariage. Elle raconte que pendant la récolte du coton, chaque matin elle se rend au champ de 8 heures à 18 heures, pendant un mois ou plus. De retour des champs, aux environs de 18 heures, les enfants doivent s’occuper des travaux domestiques. « Donc, je ne disposais pratiquement pas de temps suffisant pour apprendre mes leçons, m’exercer et faire mes devoirs », soupire-t-elle. «Une fois, j’ai dit à mon père que nous sommes en composition, que je dois apprendre au lieu d’aller au champ, il m’a répondu que j’irai composer au champ», se souvient-elle, avant d’ajouter que « récolter le coton est une obligation pour chaque enfant de Koungoba ». ENGAGEMENT DES ACTEURS – Le travail des enfants peut affecter, non seulement leur santé mais, aussi, leur éducation scolaire. L’effort physique intense demandé aux enfants entraîne des conséquences pour leur croissance. Des enfants peuvent s’adonner, à l’insu de leurs parents, à la consommation de stupéfiants afin de faire face aux lourdes charges des travaux imposés. Pourtant, le Code du travail interdit d’employer « les enfants de moins de 18 ans à des travaux excédant leurs forces, représentant des dangers ou qui, par leur nature et par les conditions dans lesquelles ils sont exécutés, sont susceptibles d’affecter leur moralité ». MFD/MD (AMAP)
Sanké-Mô 2022 : Un rite pluri-centenaire sous le signe de la réconciliation nationale et de la paix
Envoyé spécial Oumar DIAKITÉ San, 17 juin (AMAP) Symbole de l’unité et de la solidarité de toute une région, la 622è édition de la pêche collective, Sanké-Mô, s’est tenue, jeudi, à San *dans le Centre du Mali. Le thème, cette année, de la traditionnelle pêche collective est : «Sanké-Mô : facteur de réconciliation nationale, de cohésion sociale et de paix». La pêche collective «Sanké-Mô» se tient depuis 622 ans. Ni les guerres ni les épidémies ni même la colonisation n’ont pu avoir raison de la volonté des habitants de la contrée d’organiser cet événement rituel. C’est pour saluer cette persévérance et cette ténacité que les autorités de la Transition ont voulu donner un cachet particulier, cette année, au Sanké-Mô, dont le parrain était le chef de l’État. Le colonel Assimi Goïta s’est fait représenter à San par le chef du gouvernement, accompagné du ministre en charge de la Culture, Andogoly Guindo. Sur le site, la célébration rituelle a commencé par le sacrifice de deux coqs blancs et des offrandes aux esprits de l’eau qui habitent la mare Sanké. Ce rituel a été suivi de la prestation au bord de la mare de danseurs traditionnels coiffés de chapeaux ornés de cauris et de plumes. Soutenant que son déplacement à San n’était pas anodin, le Premier ministre a cité le président Assimi Goïta selon qui « aucune construction durable et stable de l’Etat ne peut se faire sans s’appuyer sur notre culture, nos traditions et valeurs de civilisation ». Pour le chef du gouvernement, cela traduit la volonté du président de la Transition et du gouvernement de mettre la culture au centre de la refondation de l’REtat malien. « C’est pourquoi, a-t-il expliqué, tous les événements culturels d’envergure sont d’une grande importance pour l’État malien ». «C’est la culture qui fait un peuple. Les populations de San peuvent être fières de ce qu’elles ont donné et de ce qu’elles donnent au peuple malien», a souligné le Premier ministre. CULTURE LOCALE – Le Sanké Mô a été lancé par les autochtones de San, il y a plus de six siècles. Et c’est en 2009 que l’évènement a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Occasion pour Dr Choguel Kokalla Maïga de remercie r les ancêtres ayant initié cette cérémonie qui constitue, aujourd’hui, une référence pour l’humanité entière. Le Sanké-Mô est, aussi, « une boussole vers l’enracinement de la souveraineté et de la dignité », a estimé le Premier ministre, ajoutant que « le gouvernement de la Transition n’a d’autre ambition que de restaurer la dignité, l’honneur, l’indépendance et la souveraineté de l’État malien ». «Nous voulons qu’à la fin de cette Transition, tout Malien, de quelques bord et région qu’il soit, puisse dire, en âme et conscience, que ces hommes ont écrit avec nous une des pages les plus glorieuses de notre histoire», a soutenu Dr Choguel Kokalla Maïga. Le rite Sanké-Mô marque traditionnellement le début de l’hivernage. C’est, aussi, une expression de la culture locale à travers l’art et l’artisanat, les connaissances et le savoir-faire attachés à la pêche et aux ressources en eau Il renforce les valeurs collectives de cohésion sociale, de solidarité et de paix entre les communautés locales. Ce qui a incité le Premier ministre à solliciter la bénédiction des initiateurs. A cet effet, il a demandé aux anciens, aux légitimités traditionnelles et à l’ensemble de la population de San de prier pour une bonne pluviométrie au Mali, cette année. Moment privilégié de retrouvailles, l’édition de cette année a permis aux Sanois (habitants de la localite de San) de fêter dans la communion. OD/MD (AMAP)

