Mali-Brésil : «Nos relations connaîtront une véritable impulsion dans les années à venir» (Premier ministre malien)
Envoyé spécial Cheick M. TRAORÉ Brasilia, 1er janv (AMAP) Les relations entre le Mali et le Brésil connaîtront une véritable impulsion dans les années à venir, a déclaré samedi, à l’ambassade du Mali à Brasilia, le Premier ministre malien, Dr Choguel Kokalla Maïga, dans une interview à la presse nationale. «Le président de la Transition a dépêché cette forte délégation pour signifier à nos amis brésiliens toute l’importance qu’il accorde à la coopération avec le Brésil. Nos relations avec le Brésil connaîtront, c’est notre souhait, c’est le souhait du président de la Transition, une véritable impulsion dans les années à venir», a déclaré le chef du gouvernement. Choguel Kokalla Maïga est arrivé, vendredi, à Brasilia pour prendre part à l’investiture du président Lula. Le Premier ministre a accordé cette interview à la presse nationale, qui l’accompagne, pour signifier tout le sens de la participation du Mali à cette intronisation. «Le rôle du Brésil dans les changements géopolitiques que tout le voit notamment au sein des BRICS n’est pas à négliger», a dit M. Maiga, ajoutant que ce choix souverain et assumé, qui porte deux axes, est loin d’être fortuit. Le Premier ministre a également motivé cette option par le fait que depuis plus de 20 ans «la coopération brésilienne» n’a pas fait défaut au Mali, un des plus grands producteurs de coton. Dr Choguel Kokalla Maïga, a ajouté que notre pays a le plus grand cheptel en Afrique de l’Ouest (2ème dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et 1er de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMAO). «Nous avons des terres agricoles. Naturellement pour nourrir notre population, les pays d’Afrique de l’Ouest voire une bonne partie de l’Afrique. Nous avons besoin de développer ce potentiel agricole, en cheptel… Le Brésil est un partenaire idéal pour cela», a-t-il analysé « Pour y arriver, a-t-il dit, le ministre du Développement rural, Modibo Keïta, aura un entretien approfondi avec l’ensemble de ceux qui s’occupent de ce secteur au Brésil. » La Défense et la Sécurité constituent le deuxième secteur dans lequel le Mali veut renforcer ses relations avec le Brésil. Et pour cause : «Nous avons beaucoup d’avions militaires d’origine brésilienne. Nous voulons que cette coopération soit le plus largement approfondie pour que notre Armée et notre peuple en tirent les meilleurs bénéfices.» Il a assuré que les ambassadeurs maliens et brésiliens vont travailler intensivement, sous les orientations des deux chefs d’État, afin de donner une nouvelle dynamique à la coopération Mali-Brésil. CMT/MD (AMAP)
Agro écologie : Manger bio, c’est possible à Bamako
Par Fatoumata M. SIDIBÉ Bamako, 15 dec (AMAP) Il est 11 heures, le soleil s’est levé, dans un ciel brillant. La porte de la villa de Léa Stéphane est ouverte pour la vente de condiments au marché «Sugu Horon», à l’Hippodrome en Commune III du District de Bamako. Mariam, vendeuse et transformatrice, se tient debout devant une table sur laquelle sont posées bouteilles et sachets remplis de produits transformés. En face d’elle, de grands paniers de tomates, papayes, salade, d’oignons…meublent le décor. Les producteurs de ces légumes sont organisés en un Réseau solidaire en agroécologie paysanne citoyenne (RESAPAC). Ils sont regroupés en trois catégories d’acteurs les producteurs agro-écologiques, les transformateurs de produits agro-écologiques et les consommateurs. Ce réseautage, qui crée un cercle vertueux, est la formule qu’ils ont trouvée pour promouvoir l’agro-écologie. Selon la chargée de communication du RESAPAC, cette solidarité est la meilleure façon de faire la promotion de l’agro-écologie pour que tout le monde s’engage, en synergie, pour son bon fonctionnement. «Acheter dans les superettes, des produits qui viennent d’Europe n’a pas beaucoup d’avantages pour le Mali», constate Helène N’Diaye. Et pour que les produits soient abordables, le Réseau fait en sorte que les producteurs soient directement en contact avec les clients. Les «intermédiaires» sont ainsi «court-circuités» pour éviter les spéculations. Sandrine Tembely est la présidente du RESAPAC. En cette matinée, elle fait le tour des étals, échange avec les vendeurs pour s’assurer que tout est en bon ordre. Elle vérifie si tous les légumes sont sur place. L’ambition du réseau, selon sa présidente, est de créer des marchés partout à Bamako. Et ce n’est pas un vœu pieux. En seulement quatre années, le RESAPAC a réalisé cinq marchés où des producteurs vendent en direct. Ces marchés, situés notamment à Magnambougou, Hippodrome, Baco-Djicoroni, sont ouverts les samedis de 10h 14h. Le dernier marché est virtuel, car les ventes se font en ligne via WhatsApp. Le RESAPAC est un réseau ouvert à tous les producteurs agro-écologiques. Mais il faut répondre à des critères précis. «Pour être sûr que c’est de l’agro-écologie, nous avons une équipe d’agronomes, des experts en la matière, qui évaluent les producteurs qui souhaitent devenir membres du RESAPAC», explique Sandrine Tembely. Ils (les experts) se rendent sur le terrain pour contrôler la qualité des produits, en vérifiant notamment la présence des pesticides et des engrais dans les plantes. Et s’il s’avère que les produits du «candidat» ne répondent pas aux normes, l’accès au réseau lui est refusé et les experts lui prodiguent alors des conseils. Récemment, le RESAPAC a «validé son 38ème producteur». Sandrine Tembely le concède : Tout ce qui est «bio» coûte cher. « Mais, argue-t-elle, manger des produits bio évite de tomber malade et de dépenser dans les médicaments». Et d’ajouter que les «produits bio sont de saison et leurs prix ne changent pas parce qu’il y a une fête quelconque». Abdoulaye Coulibaly est un «producteur bio» du village de Fanafié Koro dans la zone de Kambila. Depuis plusieurs années, il produit des poivrons de la basilique, de la patate, des carottes, des mâches, des papayes et des citrons. «Je voudrais que cette activité se développe plus, car c’est une activité rentable mais qui demande beaucoup d’efforts», confie-t-il. Son souhait est que les autorités appuient tous les cultivateurs agro-écologiques afin d’inciter au respect de la biodiversité et favoriser le retour aux cultures ancestrales. Un mardi du mois de décembre. Au marché appelé «24 heures», les légumes sont étalés dans un kiosque de couleur verte, sur de la pailles C’est là que Amadou Sékou Nimaga vend ses condiments bio. Il est le promoteur et président d’Africa connecting, une société en ligne spécialisée notamment dans l’achat-vente et l’agriculture écologique. Son ambition est d’assurer la sécurité alimentaire et promouvoir la consommation. C’est le chômage qui l’a poussé à intégrer l’Institut polytechnique rural (IPR) de Katibougou. Africa connecting, selon son promoteur, est un «marché conventionnel et bio». «Chaque mardi, nous vendons du bio au marché de Africa connecting où les familles passent leurs commandes en ligne et nous faisons la livraison à domicile», explique-t-il. Les produits de la société viennent essentiellement de Baguineda et de la ferme Sidibé. Au total, la société travaille avec 29 paysans fournisseurs qui font tous de l’agriculture écologique. De l’avis d’Amadou Sekou Nimaga, l’État doit mener une politique autour de l’agriculture écologique pour plus de changement et plus de consommation de produits Bio. «Tout le monde doit se nourrir de ces produits qui sont sains et naturels», commente-t-il. Aujourd’hui, de nombreux Bamakois ont compris l’importance de consommer bio. Par semaine, certains peuvent acheter jusqu’à 10.000 Fcfa de légumes bio. Salifou Touré est un habitué du marché de l’hippodrome où nous l’avons rencontré. Panier en main, il est venu s’approvisionner en pain, carotte et patate. Il est convaincu qu’avec les produits bio, on ne «tombe pas malade facilement». «Quand un légume est bio, on peut même le manger avec sa peau, parce que c’est très riche en vitamines» soutient-il, Il vient d’acheter 2 kg de patates à 2.000 Fcfa. FMS/MD (AMAP)
Aboubacar Touré : L’artiste qui pense bogolan
Par Fadi CISSE Bamako, 14 dec (AMAP) Depuis son enfance, Aboubacar Touré rêvait de devenir entrepreneur. Aujourd’hui, c’est fait ! Le jeune artiste trentenaire veut communiquer sa passion pour le bogolan, bien au-delà de Ségou (Centre) où il travaille. Devant son atelier est affiché le sigle de Consommer africain (CA) comme un slogan, dessiné sur le mur en motif bogolan. Sous un hangar, avant d’accéder à sa boutique, pagnes et chemises en bogolan sont étendus sur une tôle. Aboubacar Touré, dans un tee-shirt blanc, assorti d’un pantalon jeans, tient un bidon de teinture. Pas besoin d’engager la discussion avec le natif de Gao (Nord) pour comprendre qu’il vit et pense bogolan depuis toujours. Le bogolan, c’est sa passion, c’est l’air qu’il respire… Tout a commencé au Centre de recherche et de formation pour l’industrie textile (CERFITEX) de Ségou. Licence en technologie textile en poche, il enchaine les stages dans plusieurs structures dans le domaine du tissage. Avant de créer en 2017 sa propre entreprise. Toutefois, l’essor entrepreneurial est venu en 2021 avec le soutien du Fonds d’appui à la création d’entreprises par les jeunes (FACEJ). «A partir de là, je suis entré dans la danse de l’entreprenariat. Je suis obligé de travailler dur pour rembourser mes dettes et aller de l’avant», souligne l’artiste qui emploie aujourd’hui neuf autres personnes dont trois hommes. C’est à souligner, car à l’en croire, beaucoup de gens considèrent que c’est un travail pour les femmes. Deux types de tissus sont employés pour ses bogolans : les tissus traditionnels et ceux importés. Ensuite, le textile est imprégné de n’galama, une matière produite avec des feuilles d’arbres. «C’est le produit de base, avant de faire n’importe quel dessin sur le tissu», explique l’artiste, tout en traçant avec attention, tête baissée, son motif. Ses apprentis, de l’autre côté de l’atelier, trempent les pagnes trois fois dans le n’galama de couleur verte, avant le dessin qui intervient après séchage. Ce motif est repris jusqu’à trois fois, pour donner plus d’éclat au tissu et renforcer sa couleur avant de l’étaler sous le soleil. Le séchage est une opération-clé ; « le jour où il n’y a pas de soleil, pas de travail. » Selon Aboubacar Touré, c’est le bon séchage qui donne au bogolan toute sa qualité. Chaque motif nécessite un temps particulier de réalisation et certains dessins, faits sur commande, peuvent prendre une semaine. «Avant, on travaillait avec une idée de stock zéro. Avec l’évolution de l’entreprise, j’ai commencé à en faire à l’avance pour pouvoir les présenter lors des foires», précise le jeune créateur. Aussi bien dans le pays qu’au-delà de nos frontières, le talent de Aboubacar séduit de nombreux stylistes qui lui font des commandes. Mais l’exigence de plus grande production, qui prend dès lors du temps, suscite des difficultés économiques spécifiques, car le retour sur investissement est moins rapide. Surtout lorsque les clients considèrent que le prix de cette production de qualité est trop élevé. Et il y a les mentalités. Une croyance soutient que le travail du bogolan relève du fétichisme. «Dans la société, on pense encore que la personne qui fait ce métier est un féticheur. Des gens me disent : on ne peut pas prier avec du bogolan, c’est un habit pour les féticheurs», explique l’artiste qui pense qu’il est temps de mieux valoriser nos tissus traditionnels, au lieu d’importer des textiles d’ailleurs. Pas de quoi décourager l’entrepreneur, qui avec cette activité subvient à ses besoins et ceux de sa famille. Dans sa boutique, toutes sortes d’articles s’entassent: pagnes tissés, chemises, sacs, jetés de tables, couvre-lits, etc… Aboubacar Touré assure également la décoration en bogolan des séminaires et autres cérémonies, notamment les mariages. S’il réside à Ségou, la majeure partie de sa clientèle se trouve à Bamako et à l’étranger, grâce aux plateformes de vente. Les réseaux sociaux l’ont beaucoup aidé à se faire connaitre et il est suivi aujourd’hui par des milliers de followers. Chaque jour, il livre des articles à Bamako. Sa cliente du jour est Hawa Dembélé, venue en compagnie de sa grande sœur résidant à Ségou. Elle l’a connu à travers le bouche à oreille. Hawa témoigne : « le jour où, j’ai porté un habit d’Aboubacar, toutes mes amies m’ont dit que j’étais splendide. Je suis devenue ensuite accro au bogolan. Et fidèle à un artiste qui «fait de belles choses, en plus d‘être compréhensif et abordable». FC/MD (AMAP)
Surpopulation carcérale : Un défi pour l’administration pénitentiaire
Par Aminata Dindi SISSOKO Ségou, 13 dec (AMAP) «La surpopulation qui constitue incontestablement une des plaies de notre système carcérale s’explique par notre système judiciaire caractérisée par la lourdeur, la lenteur et une certaine inefficacité», a dit le ministre malien de la Justice et des Droits de l’homme, Garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué, pour dépeindre les conditions de vie dans nos prisons. Le ministre Kassogué intervenait à l’ouverture de la 6ème édition de la conférence annuelle de l’Administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée, tenue le mois dernier, dans la Région de Ségou (Centre). Au Mali, les Maisons d’arrêt concernées par cette surpopulation sont notamment celles de Bamako, la capitale, Kayes (Ouest) et Sikasso (Sud). La Région de Ségou est, également, confrontée à cette situation. La surpopulation carcérale est une réalité dans les Maisons d’arrêt de Ségou (environ 240 km de la capitale malienne) et de Niono. Celle de Ségou, qui nous intéresse ici, a été construite pour une capacité d’accueil de 100 détenus. Elle compte actuellement 220 détenus, soit un taux d’occupation de 220%, et un surplus de 120 détenus, selon la Direction régionale de l’administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée. Pour s’en convaincre, notre équipe de reportage s’y est rendue. Construite par les colons français pour mieux assoir leur autorité, la Maison d’arrêt et de correction de Ségou est située dans le Camp de la Garde nationale. En cette matinée de mardi, c’est le calme à l’extérieur. Le personnel pénitentiaire est en poste. Pour avoir accès aux lieux de détention, les visiteurs, sans exception, se prêtent à une fouille minutieuse. Sacs et autres matériels tels que le téléphone y sont interdits. La vieille bâtisse résiste aux aléas du temps. Deux portes s’ouvrent pour permettre l’accès. La Maison d’arrêt de Ségou compte trois quartiers : un pour Hommes, un pour Mineurs et un pour Femmes. Au quartier des hommes, où nous entamons notre visite, sous un vaste hangar, des pensionnaires jouent à la belotte, aux dames, tissent des panier et des éventails. Certains font du rafistolage ou fabriquent des sacs. Depuis des chambres, d’autres observent curieusement les visiteurs à travers les grilles. Entre peur et souci de mener à bien notre mission, nous franchissons le seuil d’une des cellules. Certains détenus sont condamnés, d’autres des prévenus. Chacun dispose d’un matelas. Quelques-uns font la grasse matinée, d’autres devisent tranquillement. Ventilateurs et humidificateurs rivalisent pour rafraîchir les lieux. Dans cette cellule de 16,86 m sur 4,94 m, on peut voir aussi des bouteilles d’eau et de quoi brancher les appareils électroménagers comme les téléviseurs. Sans compter des effets personnels comme des couvertures, des draps, des moustiquaires… dans un état de propreté plus ou moins acceptable. Le chef de chambre H.B précise qu’ils sont au nombre de 41 pensionnaires. RÉDUIRE LE NOMBRE – « La cellule d’en face accueille 35 personnes », répond S.C, condamné pour escroquerie. Il y séjourne depuis 6 mois et doit purger une peine de 5 ans. «Nous sommes nombreux au point qu’on se couche les uns sur les autres en plein sommeil. Il est vrai que nous ne pouvons pas vivre comme si nous étions chez nous mais nous invitons les autorités à faire des efforts pour réduire le nombre dans les chambres», plaide le trentenaire, avant d’expliquer les désagréments liés à ce facteur. «Quand vous êtes nombreux, souvent il y a des disputes. Certains te provoquent même si tu te retiens, dès fois tu es obligé de répliquer. En dehors de cela, ton intimité n’est pas respectée. Souvent, en tant qu’adulte, tu t’habilles devant tes petits frères. Ce n’est pas tellement commode», se plaint ce père de deux enfants. Il invite la justice à accélérer les procédures : «Beaucoup parmi nous ne sont pas encore jugés. Si certains sont jugés et innocentés cela pourra réduire le nombre». Au quartier pour mineurs, un garçon de 14 ans en détention pour vol, exprime sa frustration. «Comme vous pouvez le constater, nous sommes six dans la chambre entre trois lits superposés. Je trouve que ce nombre est trop élevé. Il y a beaucoup de désagréments. Quand certains tombent malades, tu peux passer une nuit blanche à cause de leurs complaintes», confie l’ancien apprenti carreleur. Des constats que partage le directeur régional de l’Administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée, l’inspecteur principal Abdoulaye Séméga. «Nous avons un effectif de 220 détenus dont 46 prévenus, 80 inculpés dont 2 femmes, 8 garçons mineurs et une fille mineure, 94 condamnés dont 17 étrangers», explique Abdoulaye Séméga. Et de préciser que 126 détenus sont en attente de jugement. Les raisons sont multiples, selon lui. « La ville se développe, sa population aussi tandis que la capacité d’accueil est restée intacte car il n’y eu aucune construction de cellules ou de quartiers », souligne Abdoulaye Séméga. S’y ajoute, selon lui, la lenteur dans la procédure judiciaire, le nombre limité de magistrats, la non application des mesures alternatives à l’emprisonnement comme le Travail d’intérêt général (TIG), la médiation pénale, l’insécurité généralisée dans la région, l’insuffisance des sessions d’Assises et l’augmentation de la délinquance. Cette situation contribue, estime l’inspecteur principal, à la dégradation générale des conditions de détention (hygiène, santé, alimentation des personnes détenues). « La surpopulation carcérale augmente le stress, provoque l’insomnie chez le personnel pénitentiaire, rend difficile le respect des droits des personnes détenues et leur réinsertion socio-professionnelle », développe le directeur régional de l’Administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée. RÉINSERTION SOCIALE – Pour y faire face, l’inspecteur principal Séméga prône la construction d’une nouvelle Maison d’arrêt sur un grand espace qui respecte les normes de détention en lien avec le respect des Droits de l’Homme en milieu carcéral et la réinsertion sociale. Il propose des mesures comme les peines alternatives à l’emprisonnement, l’application stricte du Code pénal et le code de procédure pénale (CPP), la diminution des renvois, l’institution de juges d’application de peines, la promotion des pénitenciers agricoles et la multiplication des grâces présidentielles… Il préconise également la visite permanente des centres de détention par les magistrats du parquet et les juges d’instruction. La recherche des solutions à la surpopulation a conduit le
Mali : Inauguration de l’extension de la Cité universitaire de Kabala à Bamako
Par Mohamed D. DIAWARA Bamako, 13 dec (AMAP) Le complexe universitaire de Kabala, à Bamako, s’est agrandi avec des infrastructures pédagogiques composées de sept blocs sur une superficie de 9,17 hectares pour un coût de près de 30 milliards de Fcfa. Ces infrastructures ont été construites sur une superficie de 9,17 hectares pour un coût de près de 30 milliards de Fcfa. Les blocs sont composés d’une bibliothèque avec une salle de réserve d’une capacité d’accueil de 10. 00 livres et une salle de lecture virtuelle multimédia. Parmi ces nouveaux blocs, l’institut Conficius et l’Institut supérieur de technologies industrielles avec des laboratoires. S’y ajoute la Faculté des sciences de la santé. Ces nouvelles infrastructures vont abriter également le Centre national de recherches scientifiques et technologiques (CNRST) et un Centre de langues ainsi que la maison des hôtes constituée d’un restaurant et un atelier d’impression qui produit des livres et des revues de presse universitaires. le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga a inauguré, lundi, les infrastructures pédagogiques de cette phase II de la Cité universitaire de Kabala. C’était en présence du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Scientifique, Amadou Keita, l’ambassadeur de la République populaire de Chine, Chen Zhihong et d’autres personnalités. Selon Amadou Nimaga, maitre d’œuvre de cette phase II, la conception, le suivi et le contrôle des travaux de construction de ces infrastructures ont été exclusivement réalisés par des bureaux d’architectes et d’ingénieurs maliens. Il a invité les autorités à prévoir le suivi pour la maintenance des appareils et des équipements de ces structures. Le maitre d’œuvre précisera que les travaux de ce joyau architectural ont duré 36 mois. Et d’ajouter qu’il a été construit par l’entreprise chinoise Nantong sijian Construction Group. PARTENARIAT SINO-MALIENNE – Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Amadou Keita, a rappelé que la Phase II du projet d’extension de la Cité universitaire de Kabala est un don du gouvernement de la République populaire de Chine. Il a salué le partenariat solide de la Chine avec le Mali. M. Keita a par ailleurs expliqué que le Budget spécial d’investissement pour l’année 2023 ainsi que le plan global d’investissement pluriannuel de son département font la part belle aux constructions d’amphithéâtres, de salles de classes, mais aussi de dortoirs et de bureaux administratifs. Parlant des perspectives, le chef du département en charge de l’Enseignement supérieur a cité la gestion rigoureuse pour entretenir les infrastructures, la réalisation de la route pour en faciliter l’accès aux étudiants et enseignants-chercheurs et la fourniture régulière de l’eau et de l’électricité. Pour sa part, l’ambassadeur de Chine, Chen Zhihong, a estimé que ce Projet d’extension de l’Université de Bamako à Kabala-phase I et phase II est le plus grand projet d’aide chinoise dans le domaine d’infrastructure éducative en Afrique de l’Ouest. « Il est également, a-t-il ajouté, l’un des plus grands campus universitaires en Afrique de l’Ouest. » Chen Zhihong a affirmé qu’avec la mise en service de cette deuxième phase, l’Université de Bamako deviendra plus célèbre et aura une meilleure influence dans la Région. Le diplomate chinois a indiqué que la réalisation de ces bâtiments a été confrontée aux défis liés à la pandémie de la Covid-19 et le blocage d’approvisionnement en matériaux de construction. Le Premier ministre a indiqué que la construction de cette université est l’œuvre de plusieurs générations. Selon lui, elle est la caractéristique du principe de respect de notre souveraineté, celui de choisir librement un partenaire stratégique et la prise en compte par la coopération des intérêts vitaux de notre peuple. Dr Choguel Kokalla Maïga a déclaré que la Chine est un partenaire particulier, fiable, solide et qui opère honnêtement sans chercher à s’ingérer dans nos affaires. A ce propos, il a cité des réalisations de la coopération chinoise notamment le troisième pont de Bamako, le Centre international de conférences de Bamako (CICB), l’Hôpital du Mali et le Stade du 26 mars. Pour le chef du gouvernement, la réussite de cette université dépend en grande partie de ceux qu’en feront les professeurs et les étudiants. Il s’est réjoui d’avoir la confirmation du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique que la réalisation de la route qui relie l’université à l’aéroport international Modibo Keita est prévue dans le budget 2023. MDD/MD (AMAP)
Industrie : les populations de Sikasso (Sud) réclament la relance de l’usine de thé
Par Fousseyni DIABATE Sikasso, 08 dec (AMAP) Le thé Farako était une merveille de la Région de Sikasso, dans le Sud du Mali. Située à 25 km de la capitale du Kénédougou, la ferme agroindustrielle de Farako (Commune rurale de Finkolo) est un vestige de l’ex-Opération thé Sikasso (OTS). Elle comprend une ferme agricole de 402 ha de terre dont 80 sont exploités, et une unité industrielle de transformation des feuilles de thé fraîches en thé vert pour le marché national. Les 80 ha mis en valeur sont repartis en quatre blocs de parcelles de théiers. L’exploitation de cette ferme est faite grâce à la synergie d’actions de deux volets : un volet agricole pour la production de la matière première que constituent les feuilles fraîches de thé et un volet industriel, chargé de la transformation de ces feuilles. La ferme agroindustrielle de Farako comptait 340 emplois pour les volets agricole et industriel. Tous les emplois du volet industriel étaient permanents tandis que le volet agricole n’en comptait que cinq. L’usine de production est en arrêt depuis une vingtaine d’années. Qu’en pensent les Sikassois ? Notre équipe de reportage a approché les services techniques et plusieurs citoyens de la Cité verte. Dans le cadre de la politique de substitution des produits locaux aux importations, la culture du thé a été introduite au Mali dans les années 1970 avec l’appui de la République populaire de Chine. Au démarrage des activités à la ferme de Farako, la production, encourageante est passée de 45,5 tonnes en 1974 à 115 tonnes en 1977. Dès lors, elle a enregistré des évolutions en dents de scie. Cette situation a amené le gouvernement à signer deux contrats de location gérance avec le partenaire chinois. Le premier, scellé en 1987, permit d’atteindre des résultats satisfaisants. La production de thé a atteint 127 tonnes en 1990 pour un chiffre d’affaires de 107 millions de Fcfa. Et le second a pris fin en décembre 2004, selon la direction régionale des industries. C’est à partir de ces instants que l’usine de thé Farako a entamé une descente aux enfers avec une chute drastique de la production. Depuis, les populations de Sikasso ne cessent de réclamer la relance de cette merveille. Lassine Traoré, commerçant de la place, se dit «profondément déçu» par la fermeture de cette usine qui faisant la fierté de la 3è région et même du Mali tout entier. «Lorsque je me rendais à Bamako, tous mes amis me réclamaient le thé 4011 de Sikasso en tige ou en sachets», se souvient-il. Selon le directeur régional des industries de Sikasso, Djicoura Mariko, l’Etat a entamé les procédures de relance de cette usine depuis belle lurette. En effet, dans le cadre de la relance des activités de la ferme agroindustrielle de Farako, le Mali a procédé, le 19 mai 2005, à la signature d’une nouvelle convention de location gérance avec la Société générale des thés du Mali (SOGETM), promue par Souleymane Koné. Cette nouvelle convention a été établie sur la base d’un programme d’investissement de 410, 5 millions Fcfa pour une durée de 10 ans. DIFFICILE FRELANCE – En avril 2015, une mission interdépartementale s’est rendue sur le terrain en vue d’étudier l’exécution du projet de relance des activités de la ferme agricole de Farako. Le point d’exécution de ce projet se résume à l’élaboration, en cours, des termes de la convention qui liera la société chinoise CGCOC Groupe à l’Etat du Mali. Jusque-là, aucun signe de relance n’est perceptible sur le terrain. La dégradation de la ferme de thé se poursuit. La direction régionale des industries a accompagné le ministre du Développement industriel d’alors et sa délégation dans une mission de terrain effectuée du 15 au 18 septembre 2017 à Sikasso. Au regard de l’importance du rôle jadis joué par l’Usine de thé Farako (UTF) dans le développement socio- économique du Mali, le ministre avait placé cette unité au cœur de sa visite dans l’optique de mieux cerner les problèmes de sa relance. Sur place, il avait pu constater la dégradation progressive des équipements. Après s’être entretenu avec le personnel, le ministre est revenu à Sikasso où il a eu des échanges avec l’ensemble des parties prenantes (autorités administratives et politiques, structures techniques etc…) réunies pour la circonstance au gouvernorat. Au terme de ces rencontres, le ministre avait instruit aux services compétents la sécurisation d’urgence de la ferme, selon les techniciens régionaux. Il s’agissait de procéder à l’immatriculation dans le schéma d’urbanisation et de commettre un géomètre pour faire l’état des lieux. Malgré ces démarches qui datent de plusieurs années, l’UTF demeure fermée au grand dam des populations et des anciens travailleurs de cette industrie. La ferme agro-industrielle de Farako constitue une fierté nationale du fait que le Mali reste l’un des rares pays, voire le seul, à en posséder dans la sous-région ouest-africaine. Il importe de rappeler également que la Région de Sikasso dispose d’autres sites propices à la culture du thé dont la mise en valeur contribuerait considérablement à la croissance économique de notre pays. Il s’agit notamment des plaines de Lobougoula, Loutana et Kléla. C’est dire que les potentialités du Kénédougou, en matière de thé, constituent un atout majeur pour développer la production nationale afin d’en tirer un avantage comparatif dans l’espace sous-régional. Les commerçants et les consommateurs ne cessent de réclamer à l’Etat la réouverture de cette merveille qui minimisera les importations de thé. Les habitants des villages environnants de Farako et de la Cité verte sont dans l’attente permanente de la relance de cette usine de production de thé et fondent beaucoup d’espoir sur les autorités de la Transition. FD/MD (AMAP)
Marché agricole : Les céréales sèches baissent, le riz monte
Par Makan SISSOKO Amadou GUÉGUÉRÉ Bamako, 08 dec (AMAP) En cette matinée du lundi 05 décembre 2022, l’ambiance est encore un peu timide au lieu communément appelé «Niono place». Ici, des tonnes de céréales (mil, riz, maïs, sorgho etc.) atterrissent en provenance des différents bassins de production du Mali. Chaque jour, des hommes musclés déchargent des dizaines de camions de céréales, sous l’œil vigilant des commerçants. Assis devant son magasin, Boureïma Boiré, un commerçant grossiste de riz, fixe du regard les dockers qui déchargent du riz local dénommé «Gambiaka ». Cette variété provient essentiellement des Régions de Ségou et de Mopti (Centre) où les récoltes sont en cours. D’habitude, la période des moissons impacte les prix sur les marchés de Bamako. Mais cette année, la réalité est tout autre : contrairement aux années précédentes, à la même période, le prix du riz n’a pas baissé. Explication ? «Les nouvelles récoltes arrivaient sur le marché pendant que les magasins étaient encore pleins de riz. Ce n’est pas le cas cette année», affirme Boiré. Il souligne aussi la faible production de riz due à l’insuffisance d’engrais mis à la disposition des paysans. «Certains sont tellement déçus qu’ils ont décidé de ne pas vendre la petite quantité qu’ils ont récoltée», confie le septuagénaire. Son collègue, Ousmane Sinkoro, renchérit : «Certains producteurs qui obtenaient 70 à 80 sacs par hectare n’ont récolté que 30 à 15 sacs». Les deux commerçants ont bon espoir que les prix baisseront courant décembre, parce que les nouvelles récoltes de mil, sorgho et maïs commencent à inonder le marché. En attendant, le sac de 50 kg de riz gambiaka est cédé entre 23 000 et 24 000 Fcfa, selon différentes qualités. Derrière la Grande mosquée de Bamako, Boureïma Coulibaly vend des céréales. Il soutient qu’avec l’arrivée des nouvelles productions de céréales sur le marché, les prix commencent à baisser. « Avant, le sac de 50 kg du mil pilé se vendait à 25 000 Fcfa. Aujourd’hui, le sac de 50 kg du mil pilé est cédé entre 19 000 à 20 000 Fcfa. Le kg du maïs pilé est vendu 350 Fcfa et à 17 500 Fcfa pour le sac de 50 kg. Quant au sorgho, la même quantité est cédé à 15 000 Fcfa», détaille-t-il. Installé devant son magasin rempli de céréales, Moussa Kanté confirme également que les nouveaux produits céréaliers commencent à arriver sur le marché à un prix légèrement abordable. «Visiblement cette année, la campagne agricole a bien marché contrairement à ces deux dernières années où l’insécurité a fortement impacté les cultures dans plusieurs zones de productions », dit le commerçant. Il révèle que les prix des denrées comme le mil, le maïs et le sorgho sont abordables, contrairement au riz qui reste toujours un peu en hausse. Dans son magasin, le mil est vendu à 400 Fcfa le kilo et le prix du sac de 50 kilos varie entre 20 000 Fcfa à 25 000 Fcfa. Ce commerçant qui évolue dans le commerce des céréales depuis plus de trente ans, explique que cette année, le prix du riz local n’a pas connu trop de changement. « Les producteurs de la zone de Niono n’ont pas fait beaucoup de rendement cette année. Raison pour lesquelles, les producteurs ont augmenté le prix du riz sur le marché. Sinon, en cette période de récolte, un commerçant pouvait avoir 20 à 30 tonnes de riz», révèle Moussa Kanté. Dans le magasin de Amadou Sagara, revendeur détaillant de céréales au marché de Kalabancoura, en Commune V du district de Bamako, le kg du mil est vendu 400 contre 600 Fcfa il y a quelques semaines. Le haricot dont le kg était cédé à 700 Fcfa se vend entre 400 à 450 Fcfa. Le fonio qui était vendu à 1 100 Fcfa a baissé à 800 Fcfa. Le maïs dont le kg faisait 400 Fcfa est cédé aujourd’hui à 300 Fcfa et le sac de 50 kg qui coûtait 34.000 Fcfa est actuellement entre 20.000 à 21.000 Fcfa. MS/AG/MD (AMAP)
Industrie textile au Mali : Un plan de relance de 6 milliards de Fcfa pour la COMATEX
Par Anne-Marie KÉITA Bamako, 07 dec (AMAP) «La Compagnie malienne des textiles (COMATEX) participe à la valorisation de la production nationale de coton fibre dans le cadre de la mise en œuvre de la politique de développement industriel par la création de valeur ajoutée et des emplois». Ces propos ressortent du communiqué du Conseil des ministres du mercredi 23 novembre 2022, lors duquel le ministre de l’Economie et des Finances, Alousséni Sanou, a informé le Conseil du plan de relance de la COMATEX. En effet, cette Compagnie est confrontée actuellement à des difficultés de divers ordres. Pour l’aider à sortir de cette mauvaise passe, le gouvernement a peaufiné un plan de relance qui nécessite un apport financier de l’Etat d’environ 6 milliards de Fcfa. Le Mali et son partenaire chinois ont signé, le 21 novembre 2022, un protocole d’accord pour l’installation de deux unités de filature de coton, soit trois jours avant l’adoption de ce plan de relance en Conseil des ministres du 23 novembre. Ces unités seront implantées à Bamako et à Koutiala. La réalisation de ce projet, confiée à la société chinoise «Qingdao», nécessite un investissement de 300 millions de dollars, soit environ 180 milliards de Fcfa. Dénommée Société malienne de filature (SOMAFIL), son capital est détenu à 85 % par l’Etat du Mali à travers la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) et à 15 % par le partenaire chinois. L’unité de Koutiala aura une capacité de 20.000 tonnes de coton fibre par an à transformer en filet. Et celle de Bamako va, annuellement, transformer environ 25.000 tonnes de coton fibre. Ces projets affichent clairement la volonté des autorités maliennes de mettre en chantier toutes les actions pouvant rendre à notre pays sa souveraineté économique et son indépendance financière. L’objectif est d’amener le taux de transformation du coton de 2% présentement à près de 10% et la valorisation du «Made in Mali ». La création des usines de la filature est l’une des dimensions des efforts consentis par les autorités de la Transition pour redonner au Mali sa 1ère place de producteur de coton dans la sous-région. «Ces unités de production vont permettre la reprise des activités de la COMATEX qui était en récession de moins de 1,2 % en 2020», a précisé le ministre de l’Economie et des Finances, Alousséni Sanou, lors d’une interview sur les antennes de la télévision nationale. «On a mis des actions en œuvre et cela a contribué à ramener le Mali à une production record l’année dernière de 795.000 tonnes. La suite était de transformer ce coton ici chez nous et de capter les 30 % de la valeur ajoutée qui nous échappait», a déclaré le ministre. Faut-il le rappeler, c’est en septembre dernier que le président de la Transition, dans son discours à la nation, avait annoncé la reprise en main de beaucoup de sociétés. La relance de la COMATEX s’inscrit dans ce cadre. Cette Compagnie a cessé de produire depuis plus deux ans du fait de difficultés de trésorerie et d’approvisionnement en matières premières. Les équipements de production aussi sont obsolètes. RÉGRESSION – Ses travailleurs sont ainsi venus grossir les rangs des chômeurs. Beaucoup de familles vivaient directement ou indirectement des activités de cette usine. Les travailleurs, qui triment depuis des mois, sont les premiers à percevoir une lueur d’espoir avec cette décision de relance. Cependant, elle ne dissipe pas totalement les angoisses : «Avec ce plan de l’Etat, il est fort probable que la COMATEX soit de nouveau à l’arrêt dans quelques mois», prévient un syndicaliste de la Compagnie sous le couvert de l’anonymat. Et pour cause, soutient-il, « les 6 milliards de Fcfa annoncés sont insuffisants pour payer les arriérés des travailleurs et remettre en état les machines de l’usine. » «Après le paiement des arriérés, il ne restera plus que 4 milliards de Fcfa pour l’achat du matériel. Nous supposons donc qu’ils vont acheter quelques pièces de rechange. Or, à la COMATEX, tout est vétuste. La situation est telle qu’il faut carrément changer tout le matériel pour espérer voir la Compagnie retrouver son dynamisme d’antan». Le temps jugera de la pertinence des actions envisagées par l’Etat. D’ores et déjà, l’annonce de la relance est bien accueillie par les commerçants et les consommateurs des produits textiles, comme au Grand marché de Bamako, où les vendeurs de tissus COMATEX sont impatients. «La fermeture de cette usine nous a fait assister à une régression du consommer malien. Les commerçants, sans d’autres choix, faisaient confectionner ou importaient de la sous-région les pagnes censés être faits par cette usine. A titre d’exemple, ces dernières années, on a assisté à l’importation de toutes sortes de pagnes des festivités du 08 mars», déplore Hamidou Diallo. Pour ce commerçant, cette situation est due au fait que la COMATEX ne produit plus de pagne. «Importer les pagnes n’honore ni les commerçants ni les consommateurs», se désole ce propriétaire d’une grande boutique de pagnes importés au Grand marché de Bamako. Et d’assurer que le Malien, de nature, aime le ‘Made in Mali’. «Tous les jours, les gens viennent nous réclamer les pagnes Comatex», nous dit un autre commerçant, Souleymane Coulibaly. « En fabriquant ces tissus chez nous, ce sont les Maliens qui gagnent, car tout le monde y trouve son compte d’une manière ou d’une autre. Le pays y gagne également », soutient-il. Ne comprenant pas pourquoi la COMATEX a arrêté sa production, Mme Koné Aïchata Koné dit que cette situation ne devrait pas arriver et que les autorités devraient tout mettre en œuvre pour régler ce problème. L’arrêt de cette usine a fait grossir les rangs des chômeurs. En effet, selon Moussa Kouyaté, ancien vendeur de pagne COMATEX, cette usine a créé tellement d’emplois directs et indirects qu’il est inconcevable qu’elle ne puisse pas fonctionner. «Imaginez, de la production jusqu’à la commercialisation, la COMATEX nourrit des milliers de familles», fait-il savoir. Selon le ministre de l’Économie et des Finances, 4 millions de personnes vivent directement de la filière coton. Les usines de filature qui seront installées à Bamako
Batasso, près de Bafoulabé : L’école sous la paillotte
Par Boubacar MACALOU Bafoulabé, 06 dec (AMAP) N’allez pas parler aux populations du village de Karamokobougou et celles de leur hameau de culture, Batasso, du concept : « Un Village, Une Ecole », lancé au début de la dernière décennie par l’ancien président malien, Alpha Oumar Konaré. Pourquoi ? L’application de cette formule soulève, ici, des problèmes épineux qui compromettent l’éducation des enfants. Comme c’est malheureusement et généralement le cas à Bafoulabé, dans la Région de Kayes, dans l’Ouest du Mali. Les populations ne cessent de faire le plaidoyer pour la construction d’une école moderne. A Batasso, situé à 1km de Bafouabé, les élèves étudient sous des paillottes faites de tiges de céréales. Cette école qui appartient au village de Karamokobougou, a été construite en 2001 pour promouvoir l’éducation dans les campagnes. Elle compte un effectif de 79 élèves aujourd’hui. D’après l’administration scolaire, le mode de recrutement est biennal. A défaut d’avoir de bons locaux répondant aux normes admises, les mouflets se contentent de de bivouac. Qui les expose au soleil. Or, le reflet des rayons solaires sur le cahier affecte beaucoup la vision des écoliers. Outre ces problèmes, le maître est souvent obligé d’interrompre pour chasser les serpents de la salle de classe. Le hic, c’est que les villageois sont contraints de refaire ces paillotes, à chaque rentrée scolaire et après les récoltes. D’où le retard dans le démarrage des cours dans cette localité de la 1ère région administrative du Mali. En effet, l’entretien de l’établissement scolaire de fortune est un problème crucial dans la commune de Bafoulabé qui englobe ces deux localités. L’unique école de Karamokobougou qui a été construite sur le site de Batasso risque de disparaître si la mairie et les populations ne prennent pas des dispositions pour construire une nouvelle école en dur. De sa création en 2001 à nos jours, la rentrée scolaire n’a jamais été effective dans cette localité du cercle de Bafoulabé. « Ici, les populations attendent la récolte du mil afin d’avoir des tiges pour la confection de nouveaux hangars afin que l’école rouvre ses portes pour la nouvelle année scolaire. Une situation qui pénalise les apprenants et place l’administration scolaire dans l’angoisse car dans ces conditions, il sera très difficile pour les maîtres d’épuiser leur programme, après deux à trois mois de retard », affirme Makan Coulibaly, directeur de cette école. Bakary Sacko, élève en 6ème Année, déplore le fait que le Comité de gestion scolaire (CGS) soit obligé de confectionner, chaque année, des hangars afin que les élèves puissent étudier. Il se plaint de l’état des classes « pas rassurant » puisque celles-ci n’offrent aucune commodité à ses occupants qui se contentent des rayons du soleil comme source d’éclairage. « Je ne peux même pas bien voir les écritures au tableau quand le soleil apparait. Les rayons entrent à travers le toit. Leur reflet sur les cahiers affecte nos yeux. En classe, on ne fait pas une semaine sans chasser un serpent. Après les récoltes, les animaux domestiques sont laissés à eux- mêmes. Ils viennent brouter les herbes ou les pailles servant d’enclos pour nos classes », se lamente l’écolier. En effet, l’école de Karamokobougou, à Batasso, constitue un abris pour les animaux en divagation. Des bêtes qui n’épargnent rien sur leur passage : elles détruisent par endroit les salles de classe de fortune. Ces classes servent aussi de cache pour les serpents. Face à cette situation alarmante et inquiétante, les enfants, tout comme leurs parents et proches, ne peuvent que lancer des cris du coeur, en vue d’inciter les autorités locales à agir pour le bien-être des enfants qui sont les futurs cadres de demain. Ce hameau est habité par des gens venus de Karamokobougou, dont les fondateurs viennent du Wassoulou. A Batasso, les gens s’adonnent principalement à l’agriculture. Au fil du temps, le hameau est devenu prospère, ravissant du coup la vedette à son village affilié, Karamokobougou, qu’il a tendance à l’absorber. De nos jours, on a l’impression que ces deux localités forment un même village. Surtout que Batasso compte 399 habitants. Karamokobougou, petite localité Ouassoulounké, est peuplé de 100 habitants essentiellement composés de Malinkés et de Khassonkés, d’après le Récencement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 2009. Un nombre jugé insuffisant pour la construction d’une école dans le village dont les enfants parcourent 1 km tous les jours pour se rendre à l’école située au hameau (Batasso). « Pour construire 3 salles de classes et une direction, il faut réunir beaucoup de millions. Ce qui n’est pas à notre portée », confie Hawa Damba, présidente du CGS. « Pour le moment, les démarches auprès des fils du village et de la mairie restent vaines », regrette Djibril Touré, conseiller villageois. « Depuis 22 ans, jour pour jour, nous nous couchons et réveillons avec le souci d’acquérir de nouvelles salles de classe. Nous cherchons des bonnes volontés pour nous soulager», confie la présidente du C.G.S. A la demande du maire, Kandé Doucouré, la population a déposé une demande pour la construction de 3 salles de classes en 2015. Cette demande a été actualisée en 2019. Sans succès ! Au même moment, une demande similaire a été adressée aux ressortissants du village. La réponse a toujours été : « Nous vous chercherons des bonnes volontés ». BM/MD (AMAP)
Production agricole : Les femmes rurales bousculent les traditions
Par Anne-Marie Kéita Bamako, 01 déc (AMAP) Au Mali où la terre appartient globalement aux hommes, il était rare de voir les femmes pratiquer la riziculture. Depuis plus d’une décennie maintenant, les femmes bousculent les traditions, aidées en cela par les organisations de défense de leurs droits. En plus des travaux ménagers, elles font la riziculture et sont fortement impliquées dans les semis, l’entretien des parcelles et la récolte. Sélingué est à 178 km de Bamako, la capitale malienne. Dans ce village connu pour son barrage hydroélectrique, plusieurs ethnies cohabitent : malinkés, peuls, Bamanans, Dogons… Le commerce et l’agriculture sont les principales activités exercées dans cette zone. Ces activités sont aussi bien pratiquées par les hommes que par les femmes. Ces dernières représentent une large part de la main-d’œuvre agricole, formelle et informelle, et contribuent de manière significative à la sécurité alimentaire et au renforcement de la résilience face aux changements climatiques. Dans cette zone, la riziculture, demeurée longtemps l’apanage des hommes, a été complètement récupérée par les femmes. Cette inversion de la tendance dans la culture du riz a été favorisée par certains facteurs, notamment l’installation de l’Office du développement rural de Sélingué (ODRS), mais aussi des organisations et projets non étatiques. MAITRISE DE L’EAU – Un périmètre irrigué aménagé avec maitrise totale de l’eau et placé sous la responsabilité de l’ODRS, a largement contribué à l’intégration des femmes dans la riziculture. Elles occupent aujourd’hui l’essentiel des surfaces aménagées dans ce périmètre, où nous avons rencontré Djélika Keïta dans son champ de riz. Cette «nyéléni» (brave femme), une daba suspendue à l’épaule, confie avoir commencé à cultiver le riz bien avant l’aménagement du périmètre. Du haut de ses 60 ans, elle conduit toutes les opérations techniques jusqu’à la phase de croissance des plants. Cela, avec l’accompagnement des techniciens spécialisés en aménagement et en production végétale. «L’ODRS nous donne les intrants et tout le nécessaire pour nous aider. A la fin de la récolte, nous remboursons les frais», explique-t-elle. La paysane a acquis une parcelle de 0,25 hectare au périmètre irrigué de Sélingué sur laquelle, elle cultive le riz «NénéKala», une variété qui résiste au froid. De la préparation du champ jusqu’à la récolte, aidée souvent par ses enfants, elle mène la grande partie des travaux. «Aujourd’hui, je n’ai plus assez de force, car c’est un travail qui demande beaucoup d’énergie», avoue la sexagénaire. La culture du riz commence fin juin et se termine à la mi-décembre. « Les travaux débutent par le semis, puis viennent le désherbage, l’entretien et la récolte », détaille Mme Sanogo Mah Sanogo. Elle fait son champ de riz en fonction de sa disponibilité, car elle doit aussi assurer les tâches ménagères. Son agenda familial surbooké impacte sur son rendement agricole. Les nouvelles technologies, y compris «RiceAdvice» (un outil d’aide à la décision permettant aux agriculteurs d’a ccroitre leurs productivités), ont beaucoup facilité aux femmes la culture du riz à Sélingué. Mme Sanogo confirme l’utilité de cet outil qui lui a permis de choisir la variété «Arica 3» résistante à l’eau, à la sècheresse et aux infestations. Notre rizicultrice espère sur un bon rendement avec au moins 20 sacs de riz cette année. Mais, elle déplore l’insuffisance de la main-d’œuvre agricole, une situation due au fait que «beaucoup de jeunes migrent vers les sites d’orpaillage». DÉPENSES FAMILIALES – «En s’appropriant les nouvelles techniques culturales, nos rendements de riz se sont nettement améliorés», atteste Fatoumata Bayo, une des agricultrices qui travaillent dans le périmètre irrigué de Sélingué. Il a fallu du temps pour qu’elle réussisse à vaincre les pesanteurs socioculturelles et se lancer dans la riziculture. «A cause de nos coutumes, j’avais peur de pratiquer l’agriculture», dit-elle. Rokiatou Diarra, mère de 4 enfants, arrive à bien concilier travaux champêtres et ménagers. Puisqu’elle ne peut compter sur sa progéniture (tous jeunes), la brave dame s’occupe seule de l’entretien de son champ rizicole. C’est en 2015 qu’elle a commencé à s’intéresser à l’agriculture, particulièrement à la riziculture. Aujourd’hui, elle tire un gain substantiel de la vente du riz. «Avec le soutien des organisations (gouvernementales et non gouvernementales), j’ai pu produire un hectare de riz cette année», explique avec fierté Rokiatou Diarra. Elle reste consciente que la riziculture demande de la persévérance. Les revenus tirés de la riziculture couvrent une bonne partie des dépenses familiales. En effet, les femmes utilisent leurs gains pour subvenir aux besoins en alimentation et faire face à la scolarité des enfants, aux dépenses de santé, entre autres. Ainsi, la riziculture permet aux femmes rurales d’avoir une autonomie financière et de ne pas dépendre de leurs conjoints sur ce plan. Ces revenus sont aussi essentiels dans le développement de la famille. Aux dires de Djélika Kéita, c’est grâce à sa production rizicole qu’elle arrive à gérer la période de soudure. «Depuis que je me suis investie dans la riziculture, nos conditions se sont améliorées, car on produit mieux et on mange bien. J’y mets tout mon cœur», déclare Maïmouna Samaké, rizicultrice à Maninkoura, un village situé à 45 kilomètre de Sélingué. Et, aujourd’hui, avec un bon rendement, elle a pu aider son mari à construire une maison. Egalement, les «revenus de la production du riz m’ont servi à lancer d’autres projets comme l’élevage», a-t-elle conclu. AMK/MD (AMAP)

