Ramadan : Le Printemps des hijabs
Par Fadi CISSE Bamako, 12 avr (AMAP)Aïdatou Touré est du genre à épouser la tendance du moment. Depuis le début de ce mois, la jeune fille a abandonné ses vêtements habituels et ne paraît plus qu’en hidjab. C’est le ramadan ! Pendant ce mois béni, tout change. L’être, en premier lieu, avec la piété, l’humilité et la solidarité mais, aussi le paraitre, avec un impératif de pudeur dans l’espace public auquel les filles et les femmes se plient avec zèle. Les mini-jupes, les robes moulantes et les jeans sont rangés au fond des armoires. Place aux amples hijabs, aux foulards et aux voiles qui trustent momentanément les placards féminins. A Bamako, le marché est extrêmement réactif et saisit au bond les tendances, les accompagne au plus près et même les précède, dans le cas du Ramadan. Ainsi, bien avant le 23 mars et le début du jeûne, les boutiques de vêtements féminins avaient déjà déballé des monceaux de hidjabs et d’accessoires qui constituent la garde-robe recommandée aux femmes musulmanes. L’offre est abondante et visible pour répondre à la demande mais, aussi, la susciter par la diversité des articles et de leurs prix. Les rayons des boutiques, les étals au marché, les vendeurs ambulants, les vendeuses occasionnelles, qui écoulent la marchandise de grossistes, proposent une gamme variée de prêt-à-porter spécifique à cette période et même de la friperie de premier choix. Petites bourses, élégantes, étudiantes ou lycéennes, chacune y trouve son compte pour sacrifier aux impératifs de «décence» de l’heure. On sort donc « couvert » pour se rendre dans les services publics comme privés, les établissements financiers, les universités, les marchés et dans les rues, comme notre équipe de reportage a pu le vérifier, ce mardi matin, du mois de mars. Beaucoup sont voilées, arborant des hijabs à la mode maghrébine. D’autres, désignées un peu ironiquement par le pseudo «Adja», ont enfilé en plus des chaussettes, des gants et une voilette noire pour cacher leur visage. C’est le cas d’Aminata Diallo, une juriste en herbe venue faire ses achats dans une boutique de hijabs du Grand marché de Bamako. La cliente du jour trouve les prix élevés et marchande systématiquement, en prenant soin de dissimuler son intérêt pour tel ou tel produit. Car, il lui faut nécessairement renouveler sa garde-robe : «c’est le mois de ramadan, je ne peux me permettre de porter mes vêtements habituels». Par respect pour ce mois béni, explique-t-elle, il lui faut s’habiller « décemment comme de nombreuses femmes. » «En plus, ce n’est qu’un seul mois dans l’année, donc, je ferai l’effort de me conformer au respect des préceptes de la religion », argue-t-elle, tout en pressant le vendeur de baisser ses prix. Djénéba Sacko est dans un état d’esprit similaire. D’habitude, le pantalon est de rigueur pour ses journées de stage. Mais ce matin, elle décide de se vêtir autrement. Ainsi, elle prend le chemin du bureau, enveloppée dans une grande robe noire, les pieds chaussés de ballerines assorties à son foulard de tête. C’est dans les établissements financiers que la métamorphose est la plus totale. En effet, le dress code dans les banques serait plutôt celui de l’Executive woman : tailleur chic, jupe et chemisier, coiffure soignée. En ce moment dans les open-spaces et les bureaux, les employées sont toutes voilées. Elles ne laissent entrevoir aucune partie de leur corps et « ce sera ainsi durant ce mois », constate un jeune client venu faire un retrait. Lui, se satisfait de cette attitude et souhaite même qu’elle perdure après le mois de ramadan pour devenir la norme et non l’exception. Mais, il ne se fait guère d’illusions : «Attendons l’approche de la fête, on les verra à nouveau porter des mèches et des habits non décents en violant les dires de Dieu». A l’heure de la rupture du jeûne, dans une université privée de la place, les étudiantes qui font leurs ablutions en uniforme scolaire sont toutes couvertes de la tête au pied et ne se différencient que par la couleur de leur hijab. Cette uniformité qui peut désorienter, prête facilement à plaisanterie amicale. Ainsi la jeune Oumou Dolo est interpellée par son camarade de classe Hassane Maïga. Celui-ci s’écrie, la bouche grande ouverte en signe d’étonnement : « C’est toi petite dogon ? Je jure que j’ai failli ne pas te reconnaitre. Comme tu es bien habillée aujourd’hui par rapport aux autres jours». Hassane Maïga apprécie le look ramadan de Oumou. C’est le style qu’il lui conseille pour le quotidien. A quelques mètres de là, la tenancière de la cantine de l’école milite pour la même cause. Elle entreprend de convaincre un groupe de jeunes clientes de se convertir durablement à un style vestimentaire exemplaire pour la femme musulmane. Sans surprise, l’imam Abdoulaye Maïga abonde dans le même sens. Professeur des matières religieuses au lycée Madina de Bamako et encadreur des membres du bureau du Centre islamique de formation et de documentation (CIFOD), il rappelle qu’une fois que la femme atteint la puberté, l’islam lui recommande de se voiler quand elle sort de chez elle. «C’est une recommandation divine et un ordre qui vient d’Allah, ramadan ou pas. Même chez elle, la femme doit couvrir son corps du regard des hommes», précise l’imam. » « Mais l’idéal, tempère-t-il, est de continuer le port du hidjab même après ce mois car c’est le signe de sa sincérité durant le ramadan, donc du respect des recommandations divines. » « Le Ramadan débute et s’achève, pas la foi. ». professe-t-il FC/MD (AMAP)
Droits de l’Homme au Mali: La pomme de discorde entre Bamako et l’ONU
Par Oumar DIAKITÉ Bamako, 12 avr (AMAP) Le gouvernement, à travers le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a produit un mémorandum sur le rapport trimestriel du secrétaire général des Nations unies sur la situation au Mali, de janvier à mars 2023. Selon le gouvernement malien, les progrès salués par le Secrétaire général au titre des réformes politiques et institutionnelles, y compris dans la mise en œuvre du chronogramme de la Transition, ont été obtenus à travers son engagement et sa conduite, de manière participative et inclusive, de l’ensemble du processus des réformes. Sur le plan politique, le gouvernement salue la reconnaissance par le Secrétaire général des avancées dans le processus de réformes politiques et institutionnelles. Précisément la validation, le 16 mars 2023, du projet de Constitution et sa présentation par le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, le 20 mars dernier aux forces vives de la nation. Il rassure par rapport aux inquiétudes évoquées par Antonio Guterres concernant l’opposition d’organisations et acteurs maliens à la réforme constitutionnelle ainsi que le retrait de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) du processus d’adoption de la nouvelle Constitution. Le gouvernement rappelle que le processus de réformes politiques s’est inscrit, de sa conception à sa mise en œuvre, dans une démarche participative et inclusive. Par ailleurs, le report annoncé du référendum constitutionnel, initialement prévu pour le 19 mars 2023, participe de la volonté des autorités de prendre les mesures nécessaires en vue d’une bonne organisation du scrutin, à travers la pleine opérationnalisation de l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE), y compris la mise en place de ses sections régionales et la vulgarisation du projet de Constitution. On retient également que l’engagement des autorités de la Transition à poursuivre les avancées politiques dans la conduite de la Transition s’est manifesté en outre par l’adoption par le Conseil national de Transition (CNT), des textes portant révision de la loi électorale. À retenir que la mise en œuvre des réformes politiques et institutionnelles se poursuivra dans le cadre du renforcement de la concertation et du dialogue avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA) en vue du retour à un ordre constitutionnel apaisé et sécurisé dans le délai convenu. Pour sa part, le gouvernement déplore la suspension de la participation des mouvements signataires aux mécanismes de suivi de l’Accord et, à cet égard, a pris des mesures résolues pour avancer dans la mise en œuvre de l’Accord. Dans ce sens, l’exécutif a adopté, le 29 mars dernier, deux projets de décret pour un meilleur fonctionnement des structures essentielles au mécanisme de suivi de l’Accord, à savoir la Commission nationale de Désarmement-Démobilisation-Réinsertion (DDR) et la Commission nationale d’Intégration. En dépit du retard accusé dans le processus DDR et le plan d’action 2022-2024, on enregistre à ce jour, 2.750 ex-combattants réintégrés au sein des Forces de défense et de sécurité nationales, souligne le gouvernement. CRÉDIBLE –Par ailleurs, les autorités de Bamako déplorent le fait que lerapport de M. Guterres ne donne aucune indication sur les résultats encourageants et les progrès réalisés dans le cadre de la sécurisation du territoire. Et la protection des civils par les Forces de défense et de sécurité maliennes (FDSM) à travers le plan «Maliko» et l’opération «Kélétigui». Selon le gouvernement, « les offensives menées durant la période sous examen ont favorisé l’amélioration de la situation sécuritaire à travers des escortes des transports en commun et patrouilles des FDSM sur les théâtres des opérations ainsi que la sécurisation des activités agro-pastorales dans les localités du Centre (Ségou et Mopti) ». À cela, il faut ajouter la réduction des conflits intercommunautaires et la restitution de milliers de bétails aux autorités administratives et locales au profit de leurs propriétaires. Tout comme le soutien accru aux activités humanitaires, à l’image du transport aérien des personnes, des vivres, des produits pharmaceutiques et de l’assistance médicale. S’agissant des cas de violation des droits de l’Homme imputés, par le rapport. aux Forces de défense et de sécurité maliennes, le gouvernement déplore, une nouvelle fois, que le rapport du secrétaire général de l’ONU ne fournit aucun détail sur les lieux, les dates et les victimes alléguées de ces incidents, « afin de permettre, à minima, de corroborer ces graves accusations ou, de manière impartiale, d’offrir aux Forces maliennes mises en cause, la possibilité de mener les enquêtes nécessaires. » Bamako rappelle que les forces maliennes sont bien outillées en matière de droits de l’Homme et de droit international humanitaire. «Ces notions sont enseignées aux recrues depuis la Formation commune de base et approfondies lors de toutes les sessions de formations et exercices de pré-déploiement sur les théâtres d’opérations. » « Dans la dynamique de faire observer ces principes sur le théâtre des opérations, un détachement prévôtal est systématiquement désigné auprès de chaque groupement tactique, sous le contrôle d’un magistrat militaire (ou conseiller juridique) désigné à cet effet », plaide le gouvernement du Mali. « Respecter les droits de l’Homme dans notre pays ne souffre donc d’aucune vise », rassure-t-il. OD/MD (AMAP)
Sommet pour la démocratie : Le président zambien exhorte l’Afrique à des réformes démocratiques
Moussa DIARRA Envoyé spécial Lusaka, 30 mar (AMAP) Le président zambien, Hakainde Hichilema, a appelé, jeudi, à Lusaka, les Africains à des réformes au profit de la démocratie, lors de son discours liminaire au Sommet pour la démocratie qui se tient, du 30 au 31 mars, dans son pays. « Nous exhortons tous les pays du continent africain à faire une introspection et à entreprendre les réformes institutionnelles, politiques et législatives nécessaires pour garantir des élections libres, justes et transparentes », a déclaré le chef de l’Etat zambien. Selon lui, en tant que continent, « nous sommes tous d’accord sur le fait que des élections libres, justes et transparentes sont la pierre angulaire de la gouvernance démocratique. » Cela garantit la crédibilité des élections et par la suite la légitimité de tout gouvernement. « Pour y parvenir, nous avons besoin d’institutions de gouvernance solides et résilientes. Nous avons besoin d’organismes de gestion électorale indépendants et crédibles. Nous avons besoin de magistrats indépendants et professionnels. Nous avons besoin de médias indépendants, libres et responsables », a-t-il dit. En plus d’avoir des institutions solides, les pays doivent veiller à disposer de cadres politiques et juridiques favorables « qui garantissent la prévisibilité de la tenue des élections ; fournissent un mécanisme de règlement des griefs et des plaintes et qui garantissent la liberté de réunion et la liberté d’association. » Hakainde Hichilema a estimé que les peuples africains ne méritent pas moins. « C’est ce que notre continent mérite. C’est ce que notre monde mérite : des élections libres, équitables et transparentes, fondement de la gouvernance démocratique. », a-t-il ajouté. Citant l’ex secrétaire général des Nations unies, le défunt Koffi Annan, le président Hichilema a poursuivi : « … les démocraties sans élections crédibles ne sont pas du tout des démocraties. nous devons nous rappeler que les élections sont un mécanisme d’arbitrage des rivalités politiques et de rotation pacifique et démocratique du leadership… des élections crédibles doivent répondre à trois critères essentiels : l’inclusivité, la transparence et la responsabilité. » Ce sommet pour la démocratie est présenté comme inspiré d’un désir collectif de bonne gouvernance. « Nous nous réunissons pour discuter de questions pertinentes liées à notre engagement à favoriser la démocratie dans nos nations respectives », a assuré l’hôte de la rencontre. Il est d’avis qu’il s’agit-là d’une occasion de présenter les progrès réalisés par rapport aux engagements pris lors du premier sommet ; partager les réussites et les meilleures pratiques ; une plateforme pour annoncer de nouveaux engagements et initiatives ; mettre en évidence les thèmes clés pour assurer la démocratie ; mobiliser l’action collective pour répondre aux défis actuels. « Le sommet pour la démocratie est important pour l’Afrique. Il contribue à notre ferme résolution de renforcer la gouvernance démocratique sur le continent. Une volonté d’abhorrer les changements anticonstitutionnels de gouvernement. Une détermination pour la démocratie qui offre des dividendes tangibles à nos citoyens. » Selon l’orateur, « en tant que continent, nous sommes déterminés à promouvoir la gouvernance démocratique telle qu’énoncée dans la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. » « Nous sommes impatients de promouvoir et de renforcer la bonne gouvernance en institutionnalisant la transparence, la responsabilité et la démocratie participative », a-t-il assuré. Il soutient que c’est pour cette raison que le thème de ce sommet pour l’Afrique est « Des élections libres, justes et transparentes, comme fondement de la gouvernance démocratique ». « Ce thème reflète la nécessité d’un engagement envers les principes de la gouvernance démocratique. Des principes qui respectent le droit des citoyens de voter, le droit de participer à la gouvernance et le droit de demander des comptes à ceux qui ont la responsabilité de gouverner.» Le thème appelle, en outre, à un engagement en faveur de réformes législatives visant à renforcer les institutions de gouvernance responsables de la gestion des élections. Lors du premier sommet pour la démocratie, en décembre 2021, les chefs d’État participants ont pris des engagements « progressistes » pour rendre la démocratie plus réactive et résiliente. Leurs engagements ont réaffirmé la nécessité d’un renouveau démocratique et la nécessité de faire face aux menaces qui pèsent sur la démocratie. Parmi ces engagements, on peur citer : « lutter contre la désinformation, renforcer l’intégrité électorale, promouvoir les droits de l’homme, en particulier pour les femmes, les jeunes et les personnes handicapées, lutter contre les inégalités sur le continent, utiliser la technologie pour favoriser la démocratie et les droits de l’homme, renforcer l’institutionnalisation des déclarations de biens des responsables et utiliser les systèmes financiers pour lutter contre la corruption. « Nous notons, avec satisfaction, que la plupart de nos pays ont fait des progrès dans la concrétisation de ces engagements et nous encourageons la poursuite des progrès », s’est réjoui Hakainde Hichilema.Cependant, il a fait remarquer qu’il faudra « travailler dur pour nous améliorer dans les domaines nécessitant une plus grande attention. » « Nous avons l’occasion de profiter de ce Sommet pour apprendre les uns des autres », a-t-il espéré MD (AMAP)
Marché des oignons : Une baisse des prix bienvenu chez négociants et consommateurs
Par Korotoumou TOGOLA Bamako, 24 mar (AMAP) Malgré les nombreuses contraintes qui ont impacté la production d’oignons, on assiste à une baisse drastique des prix de cette denrée de première nécessité, au grand bonheur des ménages en ce début du mois de Ramadan. Ainsi, le kilogramme d’oignon qui, au mois de décembre, était vendu entre 600 et 750 Fcfa, est maintenant cédé entre 200 et 250 Fcfa. La gare routière «Niono place», située au Grand marché de Bamako, est la plaque tournante du marché de l’oignon dans la capitale malienne, Bamako. En se rendant là-bas, notre équipe est tombée dans un tohu-bohu indescriptible, rythmé par les mouvements des camions qui déchargent des sacs d’oignons, les négociants et les revendeurs discutant la marchandise. Le ballet incessant des «pousse-pousse» et tricycles remplis du légume garnit le décor. À cet endroit, on trouve de toutes les qualités, déversées à même le sol, en tas ou des stocks de sacs superposés auprès de leurs propriétaires et dans les magasins. Ousmane Sangaré nous accueille agréablement. Chez lui, le kilo est vendu à 225 Fcfa et le sac est cédé entre 10 500 à 12 000 Fcfa. Avec une vente journalière estimée, en moyenne, à 100 sacs d’oignons de 50 kg, Ousmane se frotte les mains. Il confirme que le marché est très florissant en ce moment. À sa gauche, se trouve Amadou Touré, vendeur de gros oignon. Chez lui, le sac est vendu entre 8 000 et 9 000 Fcfa. À quelques pas de ces derniers, Abou Traoré. Il est marchant d’oignon depuis 12 ans. Dans son magasin, il dispose de plusieurs variétés. Et, les prix varient en fonction de la qualité, la variété et la taille du légume. Le prix du kilogramme du petit oignon par exemple, varie entre 175 et 200 Fcfa, et le gros oignon, entre 200 et 250 Fcfa. Une cliente, Assétou Diallo, vient d’acheter 7 kg de gros oignon au prix de 275 Fcfa le kilo. Elle se réjouit de cette baisse du pr,ix, car elle aura besoin de cette denrée pendant tout le mois du Ramadan, pendant lequel la consommation devient forte chez elle. Il y a juste un mois, le kilogramme du même oignon qu’elle vient d’acheter, coûtait 400 Fcfa. Une véritable aubaine pour les consommateurs. Au Mali, l’oignon est généralement produit en contre saison, c’est-à-dire entre les mois de novembre et mars. Les meilleurs rendements sont obtenus par ceux qui parviennent à semer pendant les mois de novembre et décembre, explique Amadou Koné, chargé de statistique suivie et évaluation à la Direction nationale de l’Agriculture (DNA). Le rendement dépend aussi du niveau de fertilité des sols. « Les producteurs qui apportent plus de fumiers organiques associés à un peu d’engrais chimiques, parviennent à faire de bonnes productions », assure M. Koné, qui estime que dans certaines localités, les producteurs peuvent faire un rendement de 30 à 35 tonnes par hectare. L’oignon est cultivé dans la plupart des localités du Mali, avec de grands bassins de production comme Kayes (Ouest), Koulikoro (Centre ouest), Mopti, Ségou (Centre) et Sikasso (Sud). L’oignon, qui est utilisé dans presque toutes les cuisines du monde comme aromate universel, est un légume à part entière. Il est riche en composés antioxydants. Lorsqu’il est consommé régulièrement et en quantité suffisante, ces composés peuvent aider à protéger l’homme contre des maladies chroniques telles que le cancer et le diabète. Parmi ses multiples propriétés, l’oignon a des vertus antiseptiques et antibactériennes. Le Mali est l’un des plus grands producteurs d’oignons de la sous-région. Selon les statistiques de la DNA, le pays a produit 844. 621 tonnes d’oignons en 2021, contre 610 575 tonnes l’année dernière. « Cette chute de production de la campagne 2022 est due à plusieurs facteurs », souligne Amadou Koné. Parmi ceux-ci, il y a la hausse des prix des intrants et des semences auxquels s’ajoutent des problèmes techniques d’aménagement, tel que le système d’irrigation. « Le conflit entre la Russie et l’Ukraine qui a exacerbé la crise économique mondiale avec la flambée du prix du carburant, n’est pas en reste », analyse le technicien. KT/MD (AMAP)
Sucre : Les prix prennent l’ascenseur sous l’effet Ramadan
Par Baaba B. COULIBALY Bamako, 22 mar (AMAP) Le sucre, sans doute l’un des produits les plus demandés en cette veille du mois de Ramadan, continue d’alimenter la spéculation. Au lieu de 28 000 Fcfa selon la règlementation, le sac de 50 kg du sucre local est vendu sur le marché à 30 000 Fcfa. Il est de 32 000 Fcfa pour le sucre importé au lieu de 30 000 Fcfa. Le gouvernement malien et les acteurs économiques ont consenti d’énormes efforts, ces derniers temps, pour maintenir les prix des produits de première nécessité à un niveau raisonnable. Malgré tout, et à quelques jours du début du Ramadan, on constate dans certains points de vente. à travers la ville de Bamako, la capitale, une hausse des prix des denrées de grande consommation. Cette hausse non négligeable concerne particulièrement le sucre. Le prix du sac de 50 kg du sucre local est cédé à 30 000 Fcfa et celui importé à 32 000 Fcfa par endroits chez des boutiquiers détaillants. Pourtant, les prix plafonds de certains produits dont le sucre ont été fixés par l’arrêté n°2022-0865/MIC-SG du 6 avril 2022. Selon ce texte, le sac de 50 kg du sucre local est cédé à 28 000 Fcfa (prix grossiste) soit 600 Fcfa le kilogramme. Celui du sucre importé est de 30 000 Fcfa pour le sac de 50 kg, soit 650 Fcfa le kilogramme. Le prix de la tonne carreaux du sucre local a été fixé à 510 000 Fcfa. Le prix grossiste est fixé à 560 000 Fcfa pour les clients des distributeurs de SUKALA et de NSUKALA. Quant au sucre importé, le prix de la tonne est plafonné à 600 000 Fcfa. Les unités industrielles, les distributeurs grossistes et les semi-grossistes n’ont pas augmenté le prix du tonnage mais il semble que les détaillants sont dans la spéculation. La surchauffe sur les prix s’explique par le fait que cette année, le gouvernement n’a pas accordé d’exonérations, selon Lobbo Draméra de la Société Dramé et fils «Sodraf». Cette dernière vend la tonne du sucre locale aux grossistes à 560 000 Fcfa et le sucre importé, à 600 000 Fcfa la tonne. « Donc rien n’a augmenté chez nous», jure l’opérateur économique, la main sur le coeur. Face à la spéculation décriée par les consommateurs, le sous-directeur Commerce intérieur et consommation à la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC), Seydou Kassogué, suggère que le regroupement des commerçants détaillants se transforme en Groupement d’intérêt économique (GIE) pour être mieux organisé et facile à contrôler. Mariam Diakité est consommatrice. Elle se plaint de cette hausse qui, selon elle, ne se justifie pas. « Les revendeurs augmentent, les prix du jour au lendemain, à leur guise, regrette notre interlocutrice. «Je pense que la DGCC doit redoubler d’efforts pour le respect strict des prix fixés», estime-elle. Abondant dans le même sens, un autre consommateur, Moussa Sanou propose l’affichage des prix indicatifs dans les points de vente pour éviter des augmentations non justifiées. La commercialisation et la fixation des prix des produits de large consommation sont souvent encadrées par le gouvernement pour éviter des dérapages préjudiciables aux consommateurs. Les prix de certains produits restent stables comme l’huile alimlentaire dont le bidon de 20 litres est cedé à 21 000 Fcfa. Pour la farine de blé, le sac de 50 kg (carreau usine pour boulanger) est à 25 000 Fcfa. Le sac de 50 kg de riz importé est vendu de 30 000 à 32 000, selon les endroits. BBC/MD (AMAP)
La CMDT Holding préconise les semis précoces contre les jassides à Koutiala (Sud) et Kita (Ouest)
Envoyée Spéciale Fadi CISSÉ Kita, 21 mar (AMAP) Une mission de la compagnie malienne pour le développement du textile (Holding-CMDT) a sillonné, du 16 au 18 mars, les zones de Koutiala (Sud) et Kita (Ouest) pour donner des conseils aux producteurs de coton afin de leur permettre de réussir la prochaine campagne agricole. Après l’étape de Kadiolo, le directeur des producteurs agricoles de la CMDT, Moro Diakité, s’est rendu dans les Régions de Koutiala et de Kita où il s’agissait d’informer les producteurs de coton sur l’utilité du flonicamide dans la lutte contre les jassides. Il s’agissait, également, pour M. Diakité et la forte délégation qui l’accompagnait, d’informer ces producteurs sur les dispositions prises par la CMDT pour résoudre définitivement la problématique des intrants agricoles avant la campagne prochaine. «Au Mali, nous avons la solution aux jassides et tout le monde peut faire son plan de campagne à hauteur de souhait. La problématique des jassides est derrière nous », a dit le directeur des productions agricoles. Selon lui, «iIl s’agit juste d’approvisionner correctement les producteurs pour que le produit soit disponible à tous les niveaux et c’est le cheval de bataille de la direction de la CMDT » À en croire Moro Diakité, la compagnie a anticipé sur la gestion de la problématique des engrais cette année. Sur une commande de 120.000 tonnes de complexe coton correspondant à 800.000 ha, le Mali est à plus de 50% de réception et environ 50% des engrais sont déjà livrés pour que chaque producteur puisse avoir son engrais avant le 30 mai. Concernant la problématique des jassides, le chef de mission a prodigué des conseils aux coton-culteurs. Il a recommandé le semis précoce, qui «constitue une solution aux jassides». « Les producteurs doivent respecter l’itinéraire technique qui rend le coton vigoureux contre les jassides », a-t-il conseillé. À Koutiala, l’administrateur général de la filiale Nord-Est, Ibrahima Sissoko, a dit qu’aujourd’hui, après le bilan de la campagne écoulée, cette filiale s’est engagée à relancer la culture du coton pour encore réussir la grande production cotonnière. Pour y arriver, la filiale fait en sorte que les intrants soient en place dès maintenant. «Par exemple, nous sommes à plus de 55% de réception du complexe coton et céréale contre à peu près 0% l’année dernière. Pour l’urée, nous sommes à plus de 70% de réception, ce qui rassure les producteurs», a détaillé M. Sissoko. La délégation s’est rendue dans les villages de Deresso et de Niéssoumana, pour s’assurer que les fournisseurs ont effectivement déjà commencé à livrer les intrants aux producteurs. La mission a aussi sensibilisé les paysans sur le flonicamide. À Deresso, Kadiomo Coulibaly, délégué à la production de ce village, a assuré que le magasin est fin prêt pour la campagne à venir. Selon lui, les quantités demandées (300 sacs en complexe coton et 200 sacs de complexe céréale) sont sur place. Il ne manque que les 250 sacs d’urée. «L’essentiel est fait. Et des dispositions sont déjà en cours pour faciliter l’acquisition du flonicamide afin de vaincre les jassides», s’est-t-il réjoui. À Niessoumana, les producteurs se sont, également, réjouis de la solution trouvée pour neutraliser les jassides. Ils affirment avoir réceptionné tous les engrais pour la campagne et attendent avec impatience les premières pluies pour commencer leurs activités, tout en respectant les consignes qui leur ont été données par la Holding CMDT. Après l’étape de Koutiala, la délégation a mis le cap sur le village de Founia Doumba dans la Région de Kita (Ouest). Là, également, plusieurs périmètres maraîchers ont été abandonnés à cause des jassides. Les producteurs de cette zone, qui pensaient que les jassides étaient un mal incurable, ont salué la mise à disposition du flonicamide. Ils ont souhaité que le produit leur soit vendu à un prix abordable. Auparavant, les visiteurs s’étaient rendus dans le périmètre maraîcher de Seyba Cissé qui a vu son jardin se régénérer grâce au flonicamide. Il a invité tous les producteurs de coton et exploitants de périmètres maraîchers à utiliser ce produit très efficace contre les jassides. FC/MD (AMAP)
Transformation locale de l’arachide : Un bon filon pour les femmes
Par Anne Marie KEÏTA Bamako, 16 mar (AMAP) A côté des producteurs d’arachide qui bénéficient de plusieurs avantages liés à sa culture, les femmes qui la transforment en pâte d’arachide tirent, aussi, leur épingle du jeu. La transformation artisanale de l’arachide, une activité informelle majoritairement pratiquée par les femmes, est une manière pour elles d’avoir un revenu et subvenir aux dépenses familiales, tout en obtenant une autonomie financière. L’arachide transformée en pâte, communément appelée «Tiga-dèguè », outre son caractère incontournable dans la gastronomie malienne, génère des revenus importants allégeant ainsi le poste alimentation du budget des ménages. L’arachide constitue une filière essentielle à l’économie malienne. Elle demeure une légumineuse très appréciée et riche en nutriments. La filière a beaucoup évolué au cours de ces dernières années à travers sa transformation artisanale informelle qui conserve d’ailleurs, une place significative dans la valorisation de cette légumineuse. Dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté, les femmes sont au premier rang. Elles s’investissent dans les activités génératrices de revenus notamment dans la transformation agro-alimentaire La capacité de ces femmes instruites ou peu instruites à opérer des innovations complexes et à s’inscrire dans une logique de mobilisation de fonds pour propulser les affaires, est un facteur de réussite des actions entreprises. Beaucoup d’entre elles développent leurs activités économiques génératrices de revenus sur fonds propres en renforçant ainsi leur rôle dans la société et dans la famille. Et d’autres, par manque de moyens, s’associent en groupement ou en association pour faire la transformation. Aussi, le caractère pénible des travaux de la transformation de la pâte d’arachide oblige certaines à s’associer. Dans la ville de Kati, sur les hauteurs de Bamako, la capitale malienne, les femmes occupent une place de choix dans la transformation de l’arachide. Elles sont au début du processus jusqu’à la commercialisation du produit fini. On rencontre ces femmes un peu partout au grand marché de Kati, où elles achètent l’arachide et la transforment sur place en pâte pour ensuite la revendre. Mme Diarra Aminata Koné fait partie de ces battantes dont le quotidien est consacré à la transformation de l’arachide. La quinquagénaire, mère de quatre filles, mène cette activité depuis 10 ans. Elle en tire de quoi payer la scolarité de deux de ses filles. Les deux autres, qui ne fréquentent pas l’école faute de moyen, épaulent leur maman. Sa fille, déjà douée dans la transformation, témoigne : «C’est grâce à cette activité que notre mère ne tend plus la main.» Non loin de Mme Diarra Aminata Koné, se trouvent également les dames Sadio Coulibaly et Fanta Traoré. Très occupées, à notre passage, elles n’étaient pas disponibles pour nous parler : «On a une commande de 10 seaux de pate d’arachide à livrer avant 16 heures», nous fait savoir l’une d’elles. Il n’y a pas que les femmes non lettrées qui exercent ce métier. Maïmouna Coulibaly, titulaire d’une maitrise en droit depuis 2010, est de celles-là qui préfèrent le labeur à la facilité. Elle a perdu son mari alors qu’elle était au chômage et mère de deux enfants. Maïmouna décide alors de prendre son destin en main en se lançant dans la transformation de l’arachide. Elle a démarré avec un petit fonds de 50.000 Fcfa. Aujourd’hui, elle réalise un bénéfice mensuel de 75.000 Fcfa. manque de matÉriel – Au quartier mission de Kati, des femmes se sont organisées en groupement pour faire prospérer leur activité. Un mardi matin, à 7 heures, dans la cour de la présidente du Groupement de femmes transformatrices de pâte, Mme Ballo Fatoumata Diarra commence les activités en attendant l’arrivée des autres membres. Tout sourire, elle nous explique que la transformation de l’arachide est une activité pénible mais rentable. Aujourd’hui, Mme Ballo en tire des revenus importants qui lui assurent une indépendance financière. Dans ce même ordre d’idée, la présidente du groupement, Mme Kanté Emilienne Ballo, explique avoir initié cette activité pour permettre aux femmes de son entourage de se prendre en charge financièrement. «J’ai remarqué que beaucoup d’entre nous reste à la maison à ne rien faire. J’ai pensé qu’il faut une activité pour nous occuper quotidiennement et nous procurer des bénéfices pour nous permettre d’assurer notre indépendance financière », explique Mme Kanté, ajoutant que son groupe a une vocation d’entraide et de solidarité. Concernant les difficultés, la présidente confie que son groupement souffre du manque de matériel de travail. Elle a, aussi, fait savoir que le prix de l’arachide a augmenté ces derniers temps : le sac de 100 kg est passé de 65 000 Fcfa à 75 000 Fcfa. D’où la cherté de la pâte d’arachide sur le marché. Actuellement, le seau de 10 kg est vendu à 15.000 Fcfa et celui de 5 kg coûte 7 500 Fcfa. «Notre souhait le plus ardent est d’avoir des appuis financiers pour acheter la matière première et le matériel afin de pouvoir faire des stocks pour s’assurer de la continuité du travail», plaide la présidente. Par jour, ces femmes peuvent parfois transformer plus de 100 kg d’arachides et écouler une dizaine de seaux de pâte d’arachide transformée. Ce qui atteste de la bonne organisation et du sérieux au sein du groupement de femmes dans le travail. «Pour que la pâte soit de bonne qualité et appréciée par les clients, il faut veiller à l’hygiène et à la qualité de l’arachide pour la transformation», précise Mme Kanté Emilienne Ballo. Ce conseil est suivi par les autres membres. « À preuve, poursuit la présidente du groupement, les clients sont satisfaits de leurs produits. » En suivant la chaîne de valeur de transformation de l’arachide en pâte, l ;es transformatrices font, d’abord, de façon minutieuse, le tri de l’arachide à la main pour enlever l’ivraie, les cailloux, les coques et d’autres déchets. Après cette étape, elles font passer à la grillade à l’aide d’un tambour manuel posée sur le feu. Lorsque les graines d’arachide sont soigneusement grillées, sa pellicule rouge commence à se libérer. Les graines blanches sont ensuite passées à la machine pour être transformées en pâte. AMK/MD (AMAP)
Anacardier : Cet arbre rapporte 32,5 milliards de Fcfa par an au Mali
Par N’Famaoro KEITA Bamako, 15 mar (AMAP) Le Mali produit environ 90 000 tonnes d’anacarde, qui rapportent 32,5 milliards de Fcfa ,chaque année et le secteur occupe plus de 200 000 personnes en milieu rural, selon le bilan de la campagne 2019 du Projet d’appui à la filière anacarde au Mali (PAFAM). Bien que marginalisée – moins de 1% de la production est transformée – la transformation des produits de l’anacarde occupe plus de 3 000 personnes dont 80% de femmes. majoritairement en milieu rural. Le document du PAFAM souligne que la filière ne bénéficie pas suffisamment de l’accompagnement de l’État, malgré son importance socioéconomique. Cette insuffisance se traduit par le faible niveau de règlementation de la filière et la faible capacité des services techniques concernés. Les autorités travaillent à améliorer la situation. Déjà, le «document de la stratégie nationale de la filière anacarde avec son plan d’action budgétisé est validé par les services techniques», nous apprend le chef de la section des cultures sèches et cultures irriguées à la Direction nationale de l’agriculture (DNA), Souleymane Bagayogo. Il ajoute que cette stratégie, qui est dans le circuit d’adoption du gouvernement, prend en compte tous les acteurs de la filière, des producteurs aux transformateurs, en passant par les commerçants et les transporteurs. Cultivée en zone tropicale, l’anacardier ou pommier-cajou est une espèce de plante originaire de l’Amérique tropicale. Au Mali, les producteurs ruraux le cultivent à plusieurs fins, telles que la clôture des champs, ses fruits (pomme et noix de cajou), ses écorces et ses feuilles pour leurs vertus thérapeutiques. Cet arbre est bien connu dans le Cercle de Kangaba, dans lOuest du Mali. À Dioulafoundo, dans la Commune de Nouga, la plupart des paysans disposent de centaines de pieds d’anacardiers. VERTUS THÉRAPEUTIQUES – Madou Keïta a clôturé son jardin avec des anacardiers qui donnent de délicieux fruits, en cette période de l’année. Mais, ce sont surtout les noix qui intéressent le paysan. Il les vend pour faire face aux frais scolaires de ses enfants. Les enfants, aussi, vont dans les champs pour cueillir des pommes de cajou, en extraire les noix et les vendre aux commerçants. L’instrument de mesure utilisé pour cette vente est la boite de pate de tomate dont le plein équivaudrait à deux kilogrammes. Ainsi, une boite remplie est vendue entre 500 et 1 000 Fcfa. Amadou Diarra évolue dans l’agriculture et l’élevage, depuis des années. L’agropasteur soutient que l’anacardier est une plante exceptionnelle, un «don de Dieu à l’Afrique subsaharienne». En effet, cet arbre n’a pas besoin d’humidité et d’entretien particulier pour survivre. Et en seulement deux ans, il commence à donner des fruits. L’anacardier contribue beaucoup à la lutte contre la désertification. A cet égard, sa culture demande à être davantage valorisée. «Il faut développer le secteur agricole pour que les gens puissent s’intéresser à cette culture pour la sauvegarde de l’écosystème», prône Amadou Diarra. Et pour jouer sa partition, notre interlocuteur prépare un «nouveau champ qui sera spécialement réservé aux anacardiers». Au-delà de sa capacité à contrer l’avancée du désert, l’anacardier a des vertus thérapeutiques. Daouda Keïta nous informe que son «écorce peut guérir la toux, les maux de ventre et bien d’autres maladies». En plus, «l’anacardier peut contribuer à la sécurité alimentaire», ajoute Daouda Kéita qui regrette l’absence de «projet dans sa commune pour aider à la transformation des produits de cette plante». Le manque d’infrastructures de conservation et de transformation fait que plusieurs tonnes de pommes de cajou pourrissent dans les champs, quand elles ne sont pas ingurgitées par les animaux. Au même moment, ce fruit se vend cher à Bamako, la capitale malienne. Massaran Keïta vend des pommes de cajou, au quartier du fleuve, à 50 Fcfa, l’unité. Elle peut se faire, « chaque jour, un bénéfice de 5 000 Fcfa », nous a-t-elle dit. NK/MD (AMAP)
Processus électoral au Mali : Les raisons du léger report du referendum
Bamako, 13 mar (AMAP) Le référendum pour la nouvelle Constitution du Mali, initialement prévu pour le 19 mars prochain, a été reporté à une date ultérieure, a annoncé, vendredi, par le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le colonel Abdoulaye Maïga, au cours d’une conférence de presse. Le ministre en charge de l’Administration territoriale, qui était accompagné de la ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée des Reformes politiques et institutionnelles, Mme Fatoumata Sékou Dicko, a indiqué que la principale raison « est la ferme volonté des autorités d’appliquer les recommandations des Assises nationales de la Refondation (ANR), notamment la pleine opérationnalisation de l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE) à travers l’installation de ses démembrements dans les 19 régions administratives et le District de Bamako », la capitale malienne. Le ministre Maïga a indiqué que la date du référendum sera fixée après concertation avec l’AIGE et l’ensemble des acteurs du processus électoral. «Le gouvernement rassure l’opinion nationale et internationale que le retour à l’ordre constitutionnel, après avoir mené les réformes nécessaires, demeure l’une de ses priorités absolues, dans le respect de la durée de la Transition», a-t-il déclaré. Répondant aux questions des journalistes, il a indiqué que le chronogramme est un outil de planification. Toutefois, il a assuré que la date butoir reste celle négociée avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). «Le chef de l’État tient fermement au respect de cette date», a insisté le colonel Abdoulaye Maïga. Reconnaissant qu’il n’y a pas de date pour le référendum pour le moment, il a souligné que certains objectifs que le gouvernement de Transition s’était fixé ont été atteints. «Nous avons un projet de Constitution. Nous avons également un projet de réorganisation territoriale dont les textes ont été adoptés par le CNT», a-t-il argumenté. CARTE ADMINISTRATIVE – Concernant la réorganisation territoriale, le ministre en charge de l’Administration territoriale a fait savoir que forcément celle-ci détermine la mise en place des démembrements de l’AIGE. Et il fallait impérativement régler ce problème avant de mettre en place ces démembrements dans les régions, les cercles et les communes. Le colonel Maïga a rappelé qu’en mars 2012, notre pays est passé de 8 à 19 régions soit une augmentation de plus de 137%. Il a souligné qu’une région est composée de circonscriptions administratives et de collectivités territoriales. Et tant qu’on ne les a pas déterminées, il est impossible de dire qu’on a une région pleine et entière. Le ministre Maiga a déploré que le Mali se singularise négativement en n’ayant pas une carte administrative à jour. «Ce n’est pas normal que sur plus de 196 Etats dans le monde, le Mali soit le seul pays qui n’est pas capable de mettre à jour sa carte administrative», dira-t-il en rappelant que la carte administrative du Mali est caduque depuis 11 ans. Pour lui, un pays existe en connaissant ses frontières avec les autres mais aussi ses frontières intérieures. Sur le papier, il y a 19 régions, mais dans la pratique, certaines de ces régions sont toujours des cercles. Parlant de carte nationale d’identité biométrique sécurisée, il dira que le Mali coexiste avec d’autres pays. Et la tendance, c’est la biométrie. Pour le ministre Maïga, la carte de circulation dans notre espace commun est la carte biométrique sécurisée. Selon lui, il est dans le propre intérêt du pays de sécuriser ses documents de voyage. Il a rappelé, à cet effet, qu’ « il était facile pour tous les migrants du monde de venir au Mali et se faire établir un passeport pour aller vers des pays avec lesquels, le Mali n’a pas de visa. » Mais cela a été réduit grâce à notre base de données du Recensement administratif à vocation d’état civil (RAVEC ». « La carte d’identité nationale biométrique, a-t-il rappelé, aura vocation à remplacer la carte d’électeur. Ce qui fait une économie de deux cartes et dégage une niche financière pour l’Etat. » Sur la question de la laïcité, le colonel Abdoulaye Maïga a dit que la commission de finalisation du projet de Constitution a fait l’effort de définir que la laïcité n’est pas contre les religions. Mais malgré ces avancées, la Ligue malienne des imams et érudits pour la solidarité islamique au Mali (LIMAMA) n’est toujours pas satisfaite. Il a rappelé que le principe de laïcité a toujours figuré dans toutes les Constitutions du Mali depuis l’indépendance. Et c’est ce principe qui a permis l’émergence de plusieurs associations et mouvements religieux dont la LIMAMA. «Il est curieux que le principe qui a favorisé votre émergence puisse être combattu par une association d’autant plus que nous avons fait l’effort de démontrer que la laïcité n’est pas contre une quelconque religion…», a soutenu le ministre Maïga. Pour lui, «dans la situation actuelle du Mali, on n’a pas le luxe de se polariser autour d’un mot». C’est pourquoi, il a lancé un appel à la LIMAMA pour qu’elle revoie sa position, « car il est important d’aller au référendum de manière très sereine. » S’adressant aux formations politiques qui demandent l’abandon du référendum, le ministre Maïga a souligné qu’il n’est pas de son ressort de prendre une décision par rapport à l’abandon ou la poursuite du processus référendaire. « Le gouvernement a des objectifs et fera tout pour les atteindre », a-t-il dit. DD/MD (AMAP)
Spécial 8 mars : Maïga Adam Maïga, présidente et cheville ouvrière d’un Centre de santé communautaire
Bamako, 8 mar (AMAP) La Région de Kayes (Ouest) regorge de figures emblématiques, notamment de femmes, engagées pour les causes communautaires et nationales. Mme Maïga Adam Maïga en est une. Sage-femme de son état, elle est responsable de l’ Association de santé communautaire de Kayes N’Di (ASACOKADI), un quartier de la commune urbaine de Kayes. C’est l’une des rares femmes qui assure la présidence d’un Centre de santé communautaire (CSCOM) du pays depuis 2002. « Je suis impliquée dans toutes les activités de Bencounda, un nouveau quartier, fondé par la diaspora, notamment celle basée en France. Je dirige la première association de ce quartier. C’est la confiance de la population qui a prévalu dans le choix porté sur ma modeste personne pour présider aux destinées de notre structure socio sanitaire », assure Mme Adam Maïga. « Pour moi, le 8 Mars symbolise la féminité, la valorisation de la femme. Nous devons avoir confiance en nous-mêmes et nous battre pour avoir la confiance de la population. On a vu des femmes pilotes, présidentes de la République… Il faut travailler comme les hommes. Le Mali Kura est fait pour les femmes qui y retrouveront sûrement leur place », estime notre interlocutrice. Bien qu’elle soit de nationalité malienne, cette dame est l’illustration parfaite d’une intégration réussie entre le Mali et le Niger. Adam Maïga est née en 1972 au Niger où elle a reçu son parchemin, avant de venir dans son pays d’origine pour entamer sa vie professionnelle. Elle a fréquenté l’Ecole nationale de Santé publique du Niger de 1996 à 2000. Son père, Mamadou Zeti Maïga, a servi dans ce pays voisin du Mali comme gouverneur de la Région de Tahoua. Mariée et mère de 4 enfants, Adam Maïga a été affectée à l’ASACOKADI en 2001 après son admission au concours d’entrée à la Fonction publique des Collectivités territoriales. « C’est mon premier poste. J’encadre une vingtaine de personnes. Bientôt (probablement le 8 Mars), notre structure sanitaire sera érigée en CSCOM Universitaire pour promouvoir la prise en charge de qualité, la formation des ressources humaines », affirme-t-elle. En ce jour très ensoleillé du lundi 20 février 2023, nous nous sommes rendus à l’Association de santé communautaire de Kayes N’Di situé dans le quartier du même nom sur la rive droite du fleuve Sénégal qui traverse la ville de Kayes. Dans les locaux, les préparatifs de l’érection de la structure en CSCOM universitaire battent leur plein. Près de la porte d’entrée de la sage-femme responsable, on voit une dame debout sur une balance, près d’une assistante qui notait son poids, en attendant la consultation chez Mme Maïga. Entre-temps, cette dernière ouvre la porte de son bureau. « Ah vous êtes là, attendez un peu. Il y a une femme en travail », s’exclama-t-elle à notre vue. Ensuite, cette sage-femme responsable est ressortie pour aller faire le tour de quelques unités relevant de son service. Dans sa salle d’attente, elle réorganisait le dispositif mis en place pour offrir plus de commodités aux patients et à leurs accompagnateurs avant les consultations néo-natales et prénatales. Arrivée au niveau du grand hall où se font les pesées ordinaires, l’infirmière ordonna à certaines personnes d’amener des bancs métalliques devant son bureau pour soulager certaines personnes qui se tenaient débout. Elle remettait un peu d’ordre au niveau du hall avant de passer à une brève séance de sensibilisation et d’information sur l’importance du planning familial et des consultations prénatales. Adam Maïga se distingue par sa courtoisie, son sérieux et sa rigueur au travail. Elle ne retourne jamais dans son bureau sans frapper à la porte. Elle est très appréciée par sa hiérarchie et les populations. Tout le monde attend son tour et il n’y a ni bousculade ni dispute pour accéder au bureau de la « Sage », appellation de la sage-femme dans certaines localités de cette région. «C’est mon 4è passage chez cette sage-femme. Ma première fille est née ici. Elle a une bonne méthode de travail. Elle est dévouée, dynamique et accueillante. C’est pourquoi, les gens fréquentent ce CSCOM, malgré la distance », témoigne Mahamadou Wagué de Soutoucoulé-Badalabougou, commune de Khouloum. « J’accompagne ma petite sœur ici pour la pesée parce que nous apprécions la qualité des prestations de Madame (Adam Maïga). Elle est courageuse », renchérit Sadio Diallo de Kersignané qui a fait des bénédictions pour le CSCOM. Adam Maïga occupe également le poste de trésorière de l’Ordre des Sages-Femmes de Kayes et de celle de la Caisse de solidarité référence-évacuation de la Région de Kayes. L’Association des Femmes de Bencounda qui a été créée en 2007 et mène des activités génératrices de revenus (transformation de produits alimentaires, saponification) pour permettre à la cinquantaine de membres d’être autonomes. Au regard de son parcours impressionnant, Mme Maïga Adam Maïga donne de la vivacité au combat des femmes qui rêvent de vivre dans un monde où elles partagent les mêmes activités et responsabilités que les hommes. BMS (AMAP)

