Tabaski au Mali : Des volontaires de la circulation routière au service des enfants à Bamako
Par Mamadou D. DIAWARA Bamako, 29 juin (AMAP) En cette période festive, les autorités ont renforcé les mesures de protection des populations, surtout au niveau de la circulation routière. Sur ce terrain, le Centre national pour la promotion du volontariat (CNPV), à travers l’Association des volontaires pour la sécurité routière, est l’un des acteurs les plus connus depuis 2017. Cette année, la structure a mobilisé plusieurs volontaires pour sa campagne de prévention contre les risques d’accidents de la circulation dénommée « Opération séliba-protection et sécurité des enfants sur la route. » Aux environs de 17h30, le président de l’Association des volontaires pour la sécurité routière, Makan Dramé, et son équipe sont déjà au four et au moulin pour aider des enfants à traverser la route au niveau du Jardin du Cinquantenaire. Ces volontaires sont reconnaissables à leur gilet vert et des panneaux invitant les motocyclistes et les automobilistes à s’arrêter. L’opération consiste à protéger les usagers de la route (notamment les enfants et adolescents) des dangers de la route en les aidant à traverser facilement et en toute sécurité la route. Le président de l’Association des volontaires pour la sécurité routière, Makan Dramé, explique qu’à l’occasion de la fête de Tabaski, les enfants et les adolescents, sont exposés à des risques élevés d’accidents de la circulation. « C’est pourquoi, a-t-il justifié, à l’occasion de la fête de Tabaski, son association organise, chaque année, avec le soutien de l’Agence nationale de la sécurité routière (ANASER), le CNPV, le Groupement de sécurité routière et une multinationale opéraant dans les carburants, cette campagne de prévention. Selon M. Dramé, l’opération consiste à déployer trois équipes de six volontaires, le jour et le lendemain de la fête, aux abords de certains espaces de loisirs (le Jardin du Cinquantenaire, le Parc national et le Jardin zoologique de Bamako). « Depuis bientôt quatre ans, nous sommes sur le terrain au plus près des usagers de la route. Nos actions de sensibilisation ont permis de toucher des milliers de personnes (enfants, jeunes et adultes) qui avaient besoin d’être informés, sensibilisés aux dangers de la route et à différents aspects de la sécurité routière », a-t-il indiqué. Et de poursuivre que son association organise, chaque année, plusieurs activités phares dont l’opération : « La sécurité des élèves sur le chemin de l’école », « Un mois de Ramadan sans accidents de circulation routière », «Zéro Accident lors des fêtes de fin d’année». Le directeur général du CNPV, Sekou Oumar Coulibal, a quant à lui, rappelé que l’Association des volontaires pour la sécurité routière en collaboration avec sa structure et l’ANASER, a déployé des volontaires devant le jardin du Cinquantenaire dans le cadre de sa traditionnelle campagne de prévention des accidents de la circulation dénommée « Opération Ramadan ». Sekou Oumar Coulibaly a affirmé que les volontaires pour la sécurité routière ont honoré leur engagement en exécutant l’instruction du ministère de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne qui les a envoyés en mission de sensibilisation sur le port du casque. L’Association des volontaires pour la sécurité routière a pour mission principale l’éducation, la sensibilisation et l’information des populations aux questions liées à la sécurité routière. MDD/MD (AMAP)
Mouton de Tabaski : Encore et toujours le casse-tête du prix
Par Fadi CISSÉ Bamako, 27 juin (AMAP) Sous un ciel couvert, les jeunes Aliou et Amadou Dicko transpirent à force de marcher. Coiffés de turbans et munis d’un petit bidon d’eau en bandoulière, les deux frères ressortissants de la Région de Tombouctou, dans le Nord du Mali, sillonnent les rues de la ville aux trois caïmans, la capitale malienne, Bamako, avec leurs moutons qu’ils souhaitent vendre en cette veille de Tabaski. Comme eux, ils sont nombreux les vendeurs qui parcourent les quartiers avec les moutons ou qui s’installent aux abords des voies pour attirer l’attention des chefs de famille n’ayant pas encore acheté de moutons pour la Tabaski. Les prix vont de 90 000 Fcfa à 250 000 Fcfa. De nos jours, le mouton n’est pas donné à cause d’une conjoncture marquée principalement par l’insécurité et la hausse des prix du transport et de l’aliment bétail. À quelques heures de la fête, des chefs de familles sont dans le désarroi à cause de la cherté des prix des moutons. Les enfants en rajoutent au stress à chaque fois qu’ils interpellent leur père en ces termes : « Papa, quand est-ce que tu vas nous apporter le mouton pour la fête ? » Des vendeurs, qui exercent ce métier depuis plus de 10 ans, confirment la cherté et en donnent des explications. «Les gens trouvent que les prix ont grimpé contrairement aux années précédentes. Mais, on n’y peut rien car à notre niveau également, tout est devenu cher : la nourriture et les frais de transport des moutons. L’acheminement d’un mouton sur Bamako coûte en moyenne 5 000 Fcfa. Sans compter les frais de transport des bêtes de la gare vers les sites de vente», se défendent-ils. « Il faut, également, noter que les éleveurs exportent une bonne partie des moutons vers les pays de la sous-région », ajoute un vendeur. A notre passage, nos deux vendeurs ambulants proposaient onze béliers. Certaines de ces bêtes sont venues des villages et d’autres, des garbal (parc à bétail) de la ville de la Bamako. « C’est pourquoi, nous ne pouvons pas vendre nos animaux au même prix», se défendent-ils, précisant que ceux des garbals sont les plus chers. Aux dires d’Amadou, le plus âgé, ils préfèrent vendre dans les rues plutôt que d’être dans un garbal, car « c’est la mafia là-bas ». «Si tu ne fais pas partie de leur réseau de vente, il sera difficile pour toi de vendre même un seul mouton. Par contre, dans la rue, tu peux vendre jusqu’à trois moutons par jour», affirme-t-il. Alors qu’on échangeait avec les vendeurs, un client se présente et s’intéresse au plus gros mouton. Sans une longue discussion, il propose de l’acheter si les vendeurs acceptent de lui faire une réduction de 20 000 Fcfa. Proposition acceptée et le mouton est vendu à 200 000 Fcfa, donnant tout de suite le sourire aux vendeurs. Ali (nom d’emprunt du client) a sillonné plusieurs garbal avant de « tomber, par coup de chance, sur ce mouton». Boureima Tolo, un autre client qui a assisté à la scène, semble impressionné par le pouvoir d’achat d’Ali. Il trouve que les prix ne sont pas abordables cette année. Cependant, il affirme que les vendeurs ambulants sont « moins chers que ceux des garbal». En plus, dit-il, «j’adore les moutons proposés par les vendeurs ambulants car la majeure partie vient du Nord. Leur viande est très tendre. » Oumar Ongoïba est vétérinaire de formation. A l’approche de chaque fête de Tabaski, ce ressortissant de Mopti vient à Bamako pour vendre les moutons qu’il a élevés lui-même. « Mais après cette année, je ne viendrai plus vendre de moutons car on perd plus qu’on ne gagne », se plaint le trentenaire. Le jeune vendeur, que nous avons rencontré à Sébénicoro, entonne la même trompette que nos deux précédents interlocuteurs. Il soutient l’idée de ne pas aller au garbal. « Ici, je vends librement, comme je veux et au prix que je veux, sans intermédiaire ni coxeur à qui que je paie une commission », dit-il. Ses bêtes sont vendues entre 75 000Fcfa et 200 000Fcfa. Oumar a amené 40 moutons de la Région de Mopti (Centre). Mais il n’a en encore écouler que cinq. «Les gens n’ont pas d’argent en ce moment. Ils veulent que nous rendions abordables les prix, or nous nous avons beaucoup investi dans ces béliers », confie notre interlocuteur qui se dit prêt à ramener ses moutons au village plutôt que de les vendre à perte. FC/MD (AMAP)
Production agricole : La semence certifiée augmente les rendements de 30 à 40%, a dit le PM Choguel Kokalla Maiga
Bamako, 23 juin (AMAP) La semence certifiée contribue pour 30 à 40% à l’augmentation des rendements des cultures, a révélé le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, à l’ouverture, jeudi, du Forum de Bamako sur les semences certifiées (FOSEB). Au cours de cette rencontre, couplée à la 11è édition de la Bourse des semences, qui s’est déroulée au Centre international de conférences de Bamako (CICB), les acteurs de la filière semencière au Mali étaient invité à faire la démonstration de leur savoir-faire en vue de contribuer à l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Le chef du gouvernement, Choguel Kokalla Maïga, a indiqué que différentes études ont montré que la semence certifiée joue un rôle important dans l’amélioration de la production et de la productivité agricoles. Organisé par l’Association des semenciers du Mali (ASSEMA) et placé sous le thème central : «La relance économique par les semences certifiés», le FOSEB a pour objectif de contribuer à l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle sur toute l’étendue du territoire national. Des résultats probants ont été obtenus aussi bien dans le domaine de la production, de la productivité que dans celui de l’organisation des professionnels du secteur rural. Cependant, pour l’ASSEMA), un des maillons stratégiques comme les semences, particulièrement celles certifiées, mérite une attention toute particulière par rapport au taux de couverture en termes de besoins et de disponibilité. Le chef du gouvernement a rappelé que la filière semencière a connu une évolution intéressante ces cinq dernières années. En témoignent l’élaboration et la validation de la politique semencière, la création de plusieurs coopératives semencières, la commercialisation d’une plus grande quantité de semences par le privé, les renforcements du laboratoire des semences pour la certification… Ces succès ne doivent cependant pas cacher les difficultés auxquelles se heurte la promotion de la filière semencière. Dr Choguel Kokalla Maïga a regretté l’insuffisance de ressources pour réaliser, de façon efficace, les activités de contrôle au champ et de certification, le faible pouvoir d’achat des producteurs, la faible surface financière de certaines coopératives et l’éloignement des sites de dépôt des semences. Des difficultés qui ne facilitent pas la commercialisation des semences et l’accès des petits exploitants aux intrants d’intensification. Le Premier ministre a assuré que la production et la productivité « seront améliorées de façon significative pour permettre au pays d’atteindre l’un des objectifs majeurs des autorités, à savoir la sécurité alimentaire et nutritionnelle. » Il a invité les acteurs intervenant dans le domaine à envisager des mesures fortes permettant de lever les contraintes. Le chef du gouvernement a relevé que les autorités accordent une grande importance aux aspects «qualité» des intrants agricoles. À cet égard, il a invité les fournisseurs à mettre à la disposition des producteurs des intrants de qualité (engrais, semences, pesticides) pour booster la production et la productivité agricoles et préserver la santé des populations. Le président de l’ASSEMA, Drissa Coulibaly, a sollicité l’accompagnement politique en faveur du secteur semencier malien, maillon important dans les composantes du domaine de l’agriculture dans sa pratique et dans sa performance. «Les semences sont d’une importance capitale pour tout système d’exploitation agricole qui se veut performant, car les semences garantissent le rendement et la productivité agricole à hauteur de 30 à 40 %», a soutenu M. Coulibaly. L’ASSEMA est une organisation professionnelle dédiée au développement de l’industrie semencière au Mali. Créée en 2002, elle rassemble les acteurs semenciers, les organisations paysannes et les partenaires engagés dans le domaine des semences. Son objectif est de créer un cadre propice à l’échange d’informations et d’expériences dans les domaines de la technologie, de la sélection, de la production et du commerce des semences. AMK/MD (AMAP)
Lutte contre le travail des enfants : Une responsabilité partagée
Par Jessica K. DEMBÉLÉ Bamako, 12 juin (AMAP) Il est 5 heures 30 minutes, ce jeudi, à Kalanbancoura. A.S, jeune fille de 14 ans est déjà debout pour effectuer ses travaux ménagers quotidiens. Pas le temps d’une petite toilette, elle attaque directement la journée en mettant du charbon de bois dans un fourneau et allume le feu. Encore engourdie de somnolence, elle attise le feu, étant la première et la seule debout dans la famille en ce début de journée. Après une dizaine de minutes d’attente, elle pose une marmite remplie d’eau sur le feu. «Mon travail consiste à m’occuper de la maison, laver les vêtements de mes patrons et de leurs enfants, faire la cuisine et la vaisselle», confie-t-elle en balayant la cour. A.S est une jeune fille, non scolarisée, qui a quitté son village à l’âge de 12 ans pour venir habiter chez sa tante à Bamako. Dès son arrivée, sa tante lui a trouvé un travail dans une famille voisine, avec l’accord de ses parents. La jeune fille est payée à 15 000 Fcfa par mois. «Je travaille tellement que parfois, je ne sens plus mes jambes. Les seules fois où je me repose c’est quand je termine rapidement mes travaux de la journée», fait savoir l’adolescente. A.S n’est malheureusement pas le seul enfant dans cette situation dans la capitale malienne. Vendredi 2 juin, il est 10 heures au marché «Wonida» de Bozola, en Commune II. À peine y avons-nous mis les pieds que nous voyons des enfants déambuler dans tout le marché. Certains nous approchent, des sacs en plastique de couleur bleu à la main, demandant inlassablement : «Voulez-vous qu’on porte votre panier Madame ?». Ahmed S. est l’un de ces enfants. Il n’a aucune de son âge. Par contre, il connait bien le goût de l’argent. Vêtu d’habits délavés, le garçonnet se dit porteur de paniers. Ce qu’il fait cela depuis longtemps, selon lui. Des propos confirmés par son grand-frère de dix ans, debout à ses côtés. Fréquentant l’école coranique, les deux gamins se rendent au marché ‘Wonid’ chaque vendredi avec l’accord de leurs parents. «Je peux gagner 1 000 Fcfa par jour», confie-t-il. Un peu plus loin, nous avons trouvé Alou. D. 9 ans qui n’a jamais été à l’école. Il parcoure le marché portant un panier rempli de concombres qu’il vendait à 500 Fcfa. Chaque jour, le petit garçon quitte, tôt le matin, sa famille à Badalabougou. «Je travaille pour une dame, Tantie Mah. Elle me donne ses légumes que je vends toute la journée. Je suis payé à 1 000 Fcfa par jour», nous a-t-il confié. Alou. D. explique qu’il peut vendre plusieurs paniers de légumes durant la journée. Néanmoins, ce n’est pas pour autant que sa paye augmente. Nous avons cherché à rencontrer «Tantie Mah» dont Alou. D n’est pas le seul employé. Nous avons trouvé la bonne dame détendue sur une chaise, plusieurs légumes frais entreposés devant elle. Elle nous confirme qu’elle emploie des jeunes garçons qui déambulent avec sa marchandise dans le marché et au bord de la route. A la question si elle est consciente que l’emploi des enfants est une violation de la Convention internationale des Droits de l’enfant adoptée depuis 1989, elle nous répond que c’est plutôt leurs parents qu’il faut sanctionner. «J’ai juste eu pitié d’eux quand ils se sont présentés à moi cherchant du travail. Je les nourris puis je les paye, c’est tout», se justifie-t-elle. 2, 5 MILLIONS D’ENFANTS – Sur les statistiques mondiales, il y a 130 millions d’enfants qui travaillent dans le monde et la majorité se trouve en Asie et en Afrique. Parmi ces enfants, certains sont exposés aux pires formes de travail. Au Mali, de nos jours, sur les sept millions d’enfants âgés de 5 à 7 ans, il y a en moyenne 2,5 millions qui sont victimes du travail des enfants. Ces chiffres sont fournis par l’Institut national de la statistique (INSTAT) à travers son Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP). Dans le cadre de la Journée mondiale contre le travail des enfants, nous avons approché le directeur de la Cellule nationale de lutte contre le travail des enfants (CNLTE), Amadou Thiam. A l’instar d’autres pays, le Mali célèbre cette Journée. Le thème de cette année est : «La justice sociale pour tous, éliminons le travail des enfants». Le directeur de la CNTLE nous apprend que dans son Code du travail, le Mali n’autorise pas le travail des enfants avant leurs 15 ans. Et au-delà de 15 ans, « ils peuvent travailler mais sous certaines conditions car il y a aussi les pires formes de travail qui sont interdites au moins de 18 ans. », explique-t-il. Thiam indique qu’en cas de travail d’un enfant, c’est l’employeur qui est sanctionné par la loi. Et cela, peu importe son statut envers l’enfant (parent ou tuteur). «Des textes juridiques sont là. Lorsque vous les violez, vous vous exposez à des sanctions comme des amendes ou l’emprisonnement», insiste-t-il. Cependant, Amadou Thiam explique qu’ils ne sont pas arrivés au niveau des sanctions. Sauf pour les cas avérés que nous avons identifiés lors de nos missions. « Là on peut saisir les autorités judiciaires qui vont interpeller la personne pour la sanctionner», précise-t-il. Le directeur de la CNTLE souligne, toutefois, que dans certains cas, l’enfant s’occupe de petits travaux, comme aider ses parents dans les tâches familiales à condition qu’elles n’interfèrent pas sur sa scolarisation. «On appelle cela des travaux socialisants», précise-t-il. Selon Amadou Thiam, le travail des enfants est un frein considérable au développement durable. Malgré la Convention de 1989 interdisant cette pratique, il trouve « malheureux de constater que le phénomène persiste en plusieurs endroits et dans plusieurs pays du monde. » D’après lui, une enquête nationale menée sur le travail des enfants a révélé que l’effectif d’enfants travailleurs au Mali se concentre plus au niveau de l’agriculture et de l’orpaillage. Ces deux secteurs représentent plus de danger pour les enfants. « Et pour cause, les sites d’orpaillage, qui sont des tombeaux ouverts, exposent les enfants aux produits
Une forêt de barbe sous le menton pour séduire !
Par Tamba CAMARA Bamako, 12 juin (AMAP) Au Mali, désormais la mode, chez les jeunes, c’est de se laisser pousser la barbe en abondance. Ces poils sous le menton, qui étaient vus comme un symbole de sagesse, sont aujourd’hui utilisés comme une arme de séduction par des stars du show-biz, du cinéma ou des sports qui représentent des modèles voire des icônes pour les jeunes. Certains s’identifient tellement à leurs idoles au point d’épouser leur mode, c’est-à-dire leur façon d’être et de s’habiller ou leur apparence physique comme se laisser pousser des barbes devenue la mode chez des stars qui se font imiter à l’échelle planétaire. Le Mali n’est pas en marge de cet effet de mode chez des jeunes qui affectionnent de plus en plus la barbe. La tendance unes est de développer une addiction à la barbe. C’est devenu un style pour les jeunes garçons qui exhibent fièrement leur forêt de barbe. Tout y passe, de la barbe naissante à la celle bien touffue, en passant par la barde dite de trois jours. Selon un sondage réalisé par Opinionway, 92% des hommes de 25-34 ans se laissent pousser la barbe. Beaucoup de jeunes en font une arme de séduction des jeunes filles. C’est le cas d’Amadou Keïta. Ce jeune homme pense que la barbe sort du champ religieux aujourd’hui et fait partie de l’arsenal d’élégance masculine. Madou Coulibaly qui partage ce point de vue porte élégamment aussi une barbiche sous le menton. Il fait partie de cette catégorie de personnes ayant une pilosité faciale tardive. Il a rarement recours au barbier. Pourtant, cet enseignant du secondaire dit avoir accordé moins d’importance à la barbe, il y a quelques années. Aujourd’hui, il affectionne d’avoir une barbe plus expressive, autrement dit une bien touffue.Yaya Sangaré est un jeune branché. Il entretient bien sa barbe puisqu’il passe au moins trois fois par semaine chez le coiffeur. Bréhima Coulibaly lui, a plutôt une conception religieuse de la barbe. La vingtaine certainement révolue, ce fidèle musulman explique garder sa barbe pour répondre à la Sunna du prophète Mohamed (PSL). Selon lui, les érudits expliquent que selon les hadiths qui se rapportent à la question, «tout bon musulman doit laisser pousser sa barbe et l’entretenir sans la raser». Notre interlocuteur parle de l’élégance des hommes qui en portent et de sa satisfaction à répondre à une recommandation religieuse. Il explique que son épouse le trouve plus beau avec la barbe et s’en réjouit. Certains passent dans les salons de coiffure pour bichonner leur barbe. Amadou Diakité, propriétaire d’un salon de coiffure à Djicoroni Para, en Commune IV du District de Bamako, accueille des clients de tous âges et de différentes professions. Trois à cinq clients se bousculent au portillon de son salon pour s’arranger la barbe. Ils déboursent 150 Fcfa pour la coupe normale à 500 Fcfa pour l’entretien complet de la barbe. « Dans le dernier cas, on y applique des produits », explique le coiffeur. ARME DE SEDUCTION – «C’est l’air du temps. On aime porter la barbe sans distinction. Huit clients sur dix ne veulent pas qu’on rase ces poils. Ces clients font une mise en garde au coiffeur de ne pas y toucher», constate Lamine Seydou Traoré dit «Zoto», coiffeur et barbier et promoteur du salon de coiffure à Yirimadjo. Sa clientèle est composée d’employés, de cadres de l’administration mais, aussi, des artistes. «Certains trouvent en la barbe, un arsenal d’élégance masculine», indique le promoteur. Chez lui, un entretien complet de la barbe avec produits coûte 2 000 Fcfa. Bouya est vendeur de produits d’entretien de la barbe à Kalaban coura. Il dispose d’une gamme assez variée de ces produits, notamment des pommades. Il se frotte les mains puisqu’il en vend une vingtaine de boites par jour en raison de 2 000 Fcfa l’unité. Garder la barbe est devenue une mode de diversement appréciée des femmes. «J’adore naturellement la barbe bien soignée chez un homme», déclare Assétou Camara. Cette femme explique à qui veut l’entendre que de plus en plus, les femmes apprécient ces poils sous le menton chez leurs partenaires. Mariam Sissoko est une consœur. Pour elle, c’est une touche particulière à la beauté d’un homme. Contrairement à elles, Madeleine Dembélé, une étudiante en Inde, en séjour au pays ,pour préparer sa thèse, accorde moins d’importance à la pilosité faciale. Elle n’y trouve aucun intérêt. Baye Diakité, sociologue, voit en la barbe un signe particulier des hommes. La barbe est perçue, selon l’universitaire, comme un symbole de virilité. Elle marque la différence avec la femme. Il reprend à son compte une boutade qui exprimait l’autorité de l’homme sur la femme : «C’est moi qui porte la barbe». Le sociologue constate qu’il y a un regain d’intérêt pour la barbe. Les jeunes en portent de plus en plus pour séduire la gent féminine. C’est la nouvelle tendance bien appréciée des jeunes filles. Mais, au-delà, il y a une dimension d’affirmation de soi en tant qu’homme, selon notre interlocuteur. Dr Binta Guindo, dermatologue, explique que la poussée de la barbe est une question de génétique et d’hormone. Elle est régulée par des androgènes, notamment la testostérone et ses précurseurs qui forment la dihydrotestostérone, sécrétée en grande quantité chez certains. Et d’ajouter que les récepteurs de cette hormone ont une affinité pour les cellules du visage. Selon la spécialiste de la peau, à la naissance, l’être humain possède 5 millions de follicules pileux (racine du poil). Elle explique que la barbe protège le visage contre les rayons solaires favorisant le vieillissement, le cancer cutané et préserve contre les allergies respiratoires, causées par la poussière. La dermatologue assure aussi que la barbe, mal entretenue peut-être, à l’origine de plusieurs pathologies cutanées comme les mycoses, les infections bactériennes à type de folliculites, les irritations, l’eczéma. TC/MD (AMAP)
J’ai entendu le train siffler à nouveau dans la ville de Kayes, dans l’Ouest du Mali
Par Bandé Moussa SISSOKO Kayes, 10 juin (AMAP) Beaucoup de citoyens doutaient de la relance du train voyageur à cause de fausses promesses, de problèmes de gestion des marchés, de l’occupation des domaines ferroviaires et de la crise économique. Grâce à la détermination des associations, des autorités et des populations, le train a sifflé à nouveau, ce 9 juin2023, dans la ville de Kayes, dans l’Ouest du Mali, marquant du coup la reprise des activités ferroviaires à la grande satisfaction des populations de cette ville affectueusement appelée « la Cité des Rails ». Lorsque Kayes est devenue la capitale du Soudan-Français (l’actuel Mali), le colonisateur a également transféré la gare ferroviaire dans cette ville de l’ancien royaume du Khasso. Avant que la Régie des Chemins de Fer du Mali (RCFM) ne tombe en faillite victime de la mauvaise gestion et de la privatisation, beaucoup de gens enviaient les travailleurs de cette société. Dans certaines familles, notamment celles de Kayes-Khasso, Quinzambougou et Diabougou, les parents formulaient fréquemment ce vœu : « Que Dieu fasse de notre enfant un cheminot (Allah ka den kè cheminot ye » lors des baptêmes. Un vœu qui montre à quel point le train compte beaucoup dans la vie du Kayésien. La preuve ? Le train a été salué à son départ de Kayes par une foule enthousiaste constituée d’autorités (administratives, politiques, élus locaux, légitimités traditionnelles, société civile), sans oublier les femmes et les enfants. En plus du gouverneur de la Région de Kayes, le colonel Moussa Soumaré, les populations ont toutes tenu à être les témoins de la reprise du départ du train voyageur pour Bamako, après cinq années d’arrêt. Après avoir entendu le signal à 07:45, les officiels, de même que les accompagnateurs et les autres visiteurs, des vendeurs et manœuvres, ont tous applaudi, en souhaitant « Bon voyage » aux passagers du train tiré par la locomotive CC 2207. Outre des voyageurs ordinaires, la rame avait à son bord un détachement de la Police nationale. « Je voudrais d’abord rectifier que nous sommes venus assister au départ du 1er train voyageur, symbolisant la reprise effective du trafic ferroviaire. Quant à la cérémonie de lancement officiel, ce sera un autre jour, en présence des plus hautes autorités du pays », a déclaré le colonel Moussa Soumaré, peu avant que le train ne s’ébranle. Le gouverneur a salué l’ensemble des travailleurs de la Société du patrimoine ferroviaire du Mali (SOPAFER) pour leur patience et le travail remarquable realisé. « Pendant tout ce temps-là (période d’arrêt du train), ils ne se sont pas découragés. Ils ont continué à travailler, à espérer afin que ce jour-là soit », a-t-il souligné. Le gouverneur Soumaré a aussi a dit merci à l’ensemble des populations riveraines du chemin de fer pour leur « patience, compréhension, sacrifice et esprit de patriotisme. » « Ce n’était pas facile : pendant cinq ans, le trafic ferroviaire était arrêté et les populations en ont beaucoup souffert parce qu’il y a des endroits vraiment enclavés et le seul moyen de déplacement était le train », a dit le gouverneur Moussa Soumaré. Parmi les passagers à bord, nous avons approché une dame qui partait à Bamako pour affaires. Cette dame qui a préféré garder l’anonymat, était très contente d’emprunter le train à nouveau. Même si elle estime que les frais de transport de certaines marchandises sont élevés. D’après cette passagère, une de ses voisines a payé 3 000 FCFA pour le transport de deux bidons de 20 litres d’huile. Certains accompagnateurs étaient en colère lorsque des agents ont refusé l’accès du train à un de leurs proches qui n’avait certainement pas de ticket. Vers 6 heures, des policiers, munis de leurs sacs, sont devant l’entrée de la gare. La veille, la vente des billets a débuté à 14 heures et en moins de 4 heures, le stock était déjà fini, provoquant des frustrations chez certains passagers qui n’ont pas pu s’en procurer. Lors d’une rencontre dans l’après-midi du 8 Juin 2023 avec les travailleurs de ;a société, le directeur général de la SOPAFER, Ibrahima Maïga, a demandé aux populations de bien s’occuper de ces machines et d’éviter certaines pratiques qui peuvent compromettre la bonne marche de l’activité ferroviaire. Selon lui, l’Etat a investi au moins huit milliards de Fcfa pour la relance du train. Le directeur Ibrahim Maïga a assuré les travailleurs, ainsi que les populations, que des dispositions seront prises pour corriger, au fur et à mesure, les défaillances constatées lors de la relance. Les trois syndicats des travailleurs de la SOPAFER ont promis d’œuvrer pour que ce service puisse fonctionner durablement et ont insisté sur le changement de comportement. Des prières et bénédictions ont été formulées pour la pérennisation de l’activité ferroviaire et la réussite de la transition. BMS/MD (AMAP)
Robotique : Les femmes maliennes s’affirment !
Par Amsatou Oumou TRAORÉ Bamako, 9 juin (AMAP) Nous sommes à Yirimadio, en Commune VI du district de Bamako, la capitale malieme. Il est 10 heures au Centre de formation «Ankatronics». Nous nous entretenons avec Aoua Sow dans un atelier de montage de robots et de circuits électriques. Notre interlocutrice est diplômée de la Faculté des sciences et techniques de Bamako (FST). Très concentrée, la technicienne en blouse blanche est au montage d’un Mbot ranger. Ce robot est utilisé dans l’apprentissage de la robotique. Nous sommes impressionnées et séduites par ce spectacle technologique. Aoua nous a expliqué comment elle procède pour arriver à ce résultat impressionnant. Cette passionnée de robotique s’exerce à rassembler les pièces pour le montage d’un robot. Elle nous dit qu’elle doit se concentrer et, surtout, s’appliquer pour avoir un bon résultat. Elle se réfère à un catalogue posé auprès d’elle. « Après cette première étape, dit-elle, suivra la programmation qui consiste à donner des instructions au robot. » «J’écris des tâches que j’injecte à travers une carte dans le robot. Ce sont ces instructions que cette machine exécute», explique la jeune scientifique. Comme Aoua, les femmes optent, de plus en plus, pour les spécialités scientifiques dont la robotique. Par machisme, beaucoup croyaient que ce domaine était réservé uniquement aux hommes. Cette science s’intéresse à la conception et à la fabrication des machines automatiques, autrement dit les robots. Depuis l’enfance, Aoua Sow est fascinée par la mécanique, l’électronique et la programmation informatique. Détentrice d’une licence en électronique et systèmes électriques depuis 2021, Aoua affirme que les femmes sont nombreuses aujourd’hui dans le domaine de la robotique. Grâce à leur courage, elles commencent à se faire remarquer. «Nous avons de plus en plus confiance en nous», dit-elle. Aoua a participé à la première édition du Camp de codage africain, Girls can code initiative (AGCCI) financé par l’ONU-Femmes et ses partenaires. Ce projet comble l’écart numérique entre les sexes. La jeune femme de 24 ans indique que les connaissances acquises lui permettront de faire des réalisations bénéfiques pour elle et pour son pays. La robotique a permis Aoua Sow de se démarquer des autres et de se défaire du statut d’infériorité collé aux femmes dans certains domaines prétendument réservés aux hommes. Selon elle, le Mali offre plusieurs opportunités d’études aux femmes, à travers la création de la filière robotique à la FST et la présence de centres de formations comme RobotsMali et Ankatronics. Aïssata Bocoum, cette autre jeune fille évoluent, aussi, dans le domaine de la robotique. Elle révèle l’utilité des robots. «Le robot peut faire plusieurs activités comme les hommes, s’il est programmé pour ces tâches», déclare cette étudiante en licence 3 à la FST. Comme exemple, elle cite l’intervention des robots dans une opération chirurgicale et dans la cuisine. Notre interlocutrice, parallèlement à ses études à la FST, a suivi une série de formations dans la robotique pour apporter sa contribution au développement du secteur et briser les stéréotypes sur les capacités de la femme. Cette étudiante de 21 ans est persuadée que la robotique sera incontournable dans les années à venir. «Donc, mieux vaut s’y mettre tout de suite», dit-t-elle. L’étudiante n’a pas encore créé son premier robot. Pour le moment, elle s’est familiarisée avec la technique de programmation de la machine qui consiste à donner des instructions à celle-ci. Elle assure qu’elle va confectionner des robots qui vont s’occuper des travaux ménagers pour soulager la femme. Aïssata Bocoum soutient que les femmes se taillent une place importante dans le secteur. Elle a cité, la participation, du 25 avril au 4 mai 2023, de Nana Kadidia Diarra âgée de 14 ans, à la «Vex robotique», un concours de robotique au Texas (États-unis). Auparavant, l’équipe de l’adolescente avait été championne de la Compétition panafricaine de robotique (PARC) tenue à Dakar, en juillet dernier. BRISER LES STÉRÉOTYPES – La coordinatrice du PARC que nous avons jointe par téléphone, est une malienne de 26 ans. Ada Tapily dirige l’organisation du concours de robotique organisé par Senecole. Ce concours met en compétition les jeunes au sein des équipes de robotique des universités et lycées à travers l’Afrique et sa diaspora. La jeune dame a rejoint RobotsMali, le Centre national de formation en robotique en 2017. «J’étais la seule fille sur 24 personnes sélectionnées parmi des centaines de candidats», se souvient celle qui donne des cours de robotique aux enfants. Lors de son passage dans ce centre, Ada Tapily a travaillé sur un système qui aide les déficients visuels à se déplacer et à identifier les obstacles. En 2018, son équipe remporte, au nom du Mali, le concours panafricain de robotique. Selon elle, les équipes maliennes sont souvent dirigées par des filles et sont considérées comme des équipes redoutables lors des compétitions. « Cependant, regrette la coordinatrice du Parc, le Mali fait face à une baisse significative de la participation des filles au niveau universitaire. » « Ce qui affecte, soutient-elle, notre représentation en nombre sur la scène internationale. » Cette diminution peut s’expliquer, en partie, par le manque d’opportunités d’emplois et de formation continue dans les domaines de la robotique et de l’intelligence artificielle. Ada Tapily cite, également, les obstacles socio-culturels et historiques qui limitent la participation des femmes dans le domaine de la robotique. Pour relever les défis et contraintes, elle propose la promotion de modèles féminins dans la robotique, l’élimination des stéréotypes de genre et la création d’environnements inclusifs et équitables qui favorisent la participation des femmes. La coordinatrice de la PARC se réjouit des opportunités que RobotsMali offre aux jeunes passionnés à travers les formations. Elle indique que le Mali compte aussi quelques laboratoires de fabrication (FABLAB) et entreprises qui renforcent les efforts de RobotsMali. Ada Tapily espère que la décision des autorités visant à créer un Centre d’intelligence artificielle et de robotique permettra d’offrir des chances en matière d’emploi. «La création de ce centre est un avantage quant à la promotion de la participation des femmes dans les domaines des sciences, techniques, ingénierie et Maths (STEM) et la mise en avant de
Sanké mon : La mythique pêche collective
Bamako, 9 juin (AMAP) La 623è édition du «Sanké mon», la pêche collective de San, dans le Centre du Mali, a commencé, jeudi. Les manifestations se poursuivront jusqu’à dimanche prochain. Ce rituel de pêche se tient le deuxième jeudi du septième mois lunaire pour commémorer la fondation de la ville. Il commence par le sacrifice de coqs et de chèvres et par des offrandes d’habitants du village aux esprits qui habitent la mare Sanké. Une pêche collective a lieu ensuite pendant quinze heures à l’aide de filets à larges et à petites mailles. Elle est immédiatement suivie d’une danse masquée sur la place publique au cours de laquelle se produisent des danseurs bwa de San et des villages voisins portant le costume traditionnel et un chapeau décoré de cauris et de plumes. Ils esquissent une chorégraphie particulière au rythme de divers tambours. Le rite du Sanké mon marque traditionnellement le début de la saison des pluies. C’est aussi une expression de la culture locale à travers l’art et l’artisanat, les connaissances et le savoir-faire attachés à la pêche et aux ressources en eau. Il renforce les valeurs collectives de cohésion sociale, de solidarité et de paix entre les communautés locales. La culture de la paix, véhiculée par le Sanké mon, constitue son identité essentielle. C’est ce qui lui a valu d’être classé dans le patrimoine culturel national. Mais, depuis quelques années, il connaît une baisse de popularité qui menace de mettre son existence en péril. L’ignorance de l’histoire et de l’importance de la tradition, la diminution progressive de la participation au rite, les accidents occasionnels pendant son déroulement et la dégradation de la mare Sanké du fait de l’insuffisance des pluies et le développement urbain sont incriminés comme des facteurs ayant conduit à cette situation. «Il est reconnu par la communauté internationale du fait de son inscription sur la prestigieuse liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en péril en 2009», explique le directeur national du patrimoine culturel, Moulaye Coulibaly. Le rite de pêche collective de la mare Sanké est un espace symbolique de rencontre qui prône des valeurs de tolérance, la cohésion sociale, la solidarité, la paix et le vivre ensemble entre les différentes communautés qui cohabitent harmonieusement depuis la nuit des temps. Le Sanké mon est loin d’être seulement une fête de réjouissance populaire et une simple occasion de divertissement pour les communautés locales. C’est d’abord des moments de rencontres fécondes, un cadre d’échanges et de transmission de savoirs et savoir-faire ancestraux qui fondent les valeurs sociétales. L’événement est aussi un espace de promotion et de valorisation de la diversité des expressions culturelles des différentes communautés et groupes ethniques qui le partagent. Quelle est l’origine de Sanké mon ? Feu le professeur Bakari Kamian que nous avions rencontré avant son décès racontait : «L’origine de cette pêche collective demeure entourée de mystères. L’histoire de la pêche collective se confond avec celle de la ville de San. » « Au 14è siècle, un chasseur du nom de Bakôrè Traoré découvrit le site de l’actuel San. Un jour, accompagné de son chien de chasse, il s’égara en brousse. Bâkôrè erra pendant un bon moment en rase campagne, avant de se retrouver sur les berges d’une mare. L’endroit était reposant et l’eau de la mare grouillait de poissons. Le chasseur décida de s’y installer ne serait-ce que momentanément », a poursuivi le chercheur. «Môgô bè sé ka san kè yan !» (traduction en bambara : on peut passer toute une année ici sans se soucier de la nourriture)», se serait exclamé le chasseur. L’historien ajoute que le «chef de la brousse» finira par s’installer définitivement au bord de la mare. La ville de San venait d’être fondée. Non loin de la mare, Bakôrè Traoré a découvert également une forêt de figuiers (toro en bambara) et le puits sacré qu’il nomma «Karantéla» ou «Karatèna» (pas de souci à se faire, en bambara) qui lui servit de source pour étancher sa soif. Santoro (figuiers de San, en bambara), le puits sacré de Karantéla et Sanké sont les trois symboles de San. C’est pourquoi les griots magnifient la ville en évoquant Sanké mon, Santoro et Karantéla. Aujourd’hui, le mystère entoure toujours Sanké. Si la propriété de la mare revient à la famille Traoré, la garde des lieux est confiée aux Dao suite à un pacte signé entre les deux familles. C’est ce qui explique que c’est aux Dao qu’il revient de donner l’ordre de pêcher dans la mare. YD/MD (AMAP)
Djenné et Bandiagara : Le textile traditionnel pour promouvoir la paix et la cohésion sociale
Bamako, 9 juin (AMAP) Le Projet de «Conservation, revitalisation et valorisation des textiles traditionnels dans le Centre du Mali : cas des localités de Bandiagara et Djenné», utilise les traditions de conception et de production textiles. Mais, aussi, les nombreuses pratiques culturelles qui y sont associées pour promouvoir la cohésion sociale au Centre du Mali. Financé par le gouvernement américain, le projet dans sa phase 2 s’est bien déroulé. Malgré les défis, les objectifs ont été atteints grâce à la sensibilisation, à la formation des collecteurs de données pour l’inventaire et au renforcement des capacités des artisans en matière de production de qualité et d’accès au marché. Les activités menées ont permis au Projet d’impliquer directement plus de 1 000 personnes et environ 30 000 autres individuellement dont la majorité sont des femmes et des jeunes. «Ce programme, selon certains, changera positivement la cohabitation et la façon dont nous faisons des affaires entre nous, en référence aux liens entre dogons et peuls. Pour renforcer les capacités de résilience des communautés face au conflit et jeter les bases du processus de paix entre les communautés peules et dogons dans le Centre du Mali, deux missions culturelles (Bandiagara et Djenné) ont reçu un prix de l’ambassade des États-Unis au Mali à travers le Fonds des ambassadeurs pour la préservation culturelle (AFCP). Ceci pour mettre en œuvre un projet intitulé : «Conservation, revitalisation et mise en valeur des textiles dans le Centre du Mali : cas de Bandiagara et Djenné». Ce programme s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord bilatéral sur les restrictions à l’importation de matériel archéologique de la vallée du Niger et des falaises de Bandiagara, signé le 19 septembre 1993, et renouvelé le 22 août 2022, entre les gouvernements américain et malien. Il vise à renforcer la cohésion sociale, sensibiliser les communautés affectées sur le rôle de la culture et des tissus traditionnels pour maintenir la paix et créer une résilience communautaire, soutenir l’économie locale et contribuer à la réconciliation entre les communautés peules et dogons. Il s’agit, aussi, de rétablir la collaboration inter ethnique. À terme, il doit permettre d’éduquer les jeunes sur les diverses traditions culturelles sur l’identité malienne partagée, préserver les preuves visuelles et fournir un soutien pour transmettre les traditions à la prochaine génération. Dans le même temps, il a le droit de faire progresser la mise en œuvre de l’Accord sur les biens culturels entre les États-Unis et le Mali et un plan d’action à travers la sensibilisation éducative et les expositions culturelles de textiles maliens et d’objets connexes dans les contextes culturels des deux communautés au centre du Mali. Selon Moriba Moussa Diakité, chef de la mission culturelle de Djenné et responsable du Projet, il y a des missions sur le terrain et la diffusion de messages radiophoniques pour sensibiliser les communautés sur le rôle des tissus culturels et autres objets dans l’effort de réconciliation et le vivre ensemble. Il y a aussi l’inventaire et la documentation du patrimoine culturel lié aux textiles pour enregistrer, organiser le patrimoine culturel matériel lié au textile et le renforcement des compétences de production et de commercialisation des artisans pour faciliter l’accès au marché avec des produits de qualité. Au cours de cette phase du Projet, les Missions culturelles de Bandiagara et de Djenné ont poursuivi les missions de terrain qui ciblaient ses bénéficiaires directs dans les communautés peule et dogon, en particulier ceux qui son du secteur de l’artisanat et peuvent jouer un rôle dans la mise en œuvre du Projet. Huit sites étaient concernés à Djenné (Kéké, Welingara, Djenné, Diabolo, Madiama, Promani, Bougoula et Bangassi). Au total, 200 objets ont été inventoriés à Djenné et dans les villages voisins, répartis comme suit : Kéké (32 ans), Welingara (16 ans), Djenné ville (45 ans), Diabolo (26 ans), Madiama (20 ans), Promani (45ans), Bougoula (20 ans), Bangassi (40 ans). Et à Bandiagara, les activités d’inventaire ont réuni 20 jeunes, y compris trois filles, et 16 d’entre eux ont été formés par 4 personnes ressources travaillant en étroite collaboration avec la Mission culturelle de Bandiagara. Répartis en cinq équipes de quatre personnes, ils ont été envoyés sur le terrain pour trouver des objets liés aux textiles traditionnels dogon et peul dans les villages et hameaux des Cercles de Bandiagara, Bankass et Koro. Au-delà des trois cercles, l’inventaire a concerné 9 communes, 23 villages et porté sur 158 objets à Bandiagara, Dandoli, Sangha, Dourou, Ondougou, Ségué-Iré, Diamnati, Kani-Bonzon et Youdiou. Quelque 11 objets indisponibles ont été reproduits en dessin à Bandiagara. YD/MD (AMAP)
Reprise du train : Une ambiance de fête à Kayes (Ouest)
Par Bandé Moussa SISSOKO Kayes, 09 juin (AMAP) Depuis hier (jeudi 8 juin 2023), une ambiance de fête règne à Kayes, dans l’Ouest du Mali (Ouest) où le train fait partie du quotidien de la population. Et assure le transport des centaines de personnes et des tonnes de marchandises par jour. L’euphorie des habitants de la Cité des Rails se justifie. ! Le train voyageur quittera Kayes, ce matin (Ndlr : vendredi) pour rallier Bamako, la capitale traduisant l’engagement des autorités de la Transition de répondre à un vœu cher aux populations riveraines. À l’entrée de la gare ferroviaire, des travailleurs sont en train de badigeonner le bâtiment principal afin de lui donner un nouveau look. Ce bâtiment construit en blocs de pierres est hérité de la colonisation française. Assis devant le magasin où les marchandises et d’autres bagages sont pesés, l’ancien cheminot convoyeur (1980-2018) Hamidou Dabo contemple avec satisfaction les mouvements autour de lui. « Nous devons entretenir ce train, même si on ne nous le dit pas. Le calvaire vécu par les cheminots et leurs familles est révélateur des conséquences de l’arrêt du trafic ferroviaire», dit-il. Dans le hall, notre équipe de reportage a rencontré des agents qui s’affairaient autour d’un wagon. «Nous sommes contents de cette relance qui intervient après 5 ans d’arrêt. Quand le train fonctionne, il y a moins de chômage ici. La sécurité alimentaire est également assurée, car le train contribue beaucoup à l’acheminement des vivres (céréales et autres denrées alimentaires) », s’exprime le cheminot Sadio Kanté. « Toutes les catégories socioprofessionnelles y trouvent leur compte. Je salue (les autorités) de la Transition qui ont accéléré le processus de relance du trafic ferroviaire» dit-il. Pour Rokia Coulibaly, vendeuse de nourriture, le train sera d’un apport pour les Kayésiens . L’élève Doucouré ne s’arrête pas de contempler la rame qui prend la direction de la capitale ce vendredi. Tenant un cahier dans ses bras, il émet le souhait d’emprunter ce moyen de transport. Dans la matinée du jeudi 8 juin, il avait été annoncé aux clients la vente des billets. Cette annonce a été suivie d’une grande manifestation de joie à la gare ferroviaire. BMS/MD (AMAP)

