La BAD compte au Mali 23 opérations pour environ 422 milliards (Responsable pays de la Banque africaine)
Bamako, 17 juil(AMAP) Le portefeuille actif du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) au Mali compte 23 opérations pour un montant d’environ 422 milliards de Fcfa, a déclaré, jeudi, le responsable pays de la Banque africaine, Albert Nshimymuremyi. M. Nshimymuremy, qui s’exprimait lors de la session politique de la revue conjointe à mi-parcours du Document stratégique pays (DSP) 2021-2025 et du portefeuille des projets et programmes financés par la BAD au Mali, tenue jeudi, a estimé que ce niveau des engagements est une illustration du solide partenariat entre le Mali et le Groupe de la BAD. «Actuellement, le portefeuille actif du Groupe au Mali compte 23 opérations pour un montant de 422 milliards de Fcfa (643 millions d’euros). Les projets couvrent les transports (33,8 %), l’agriculture (30 %), l’énergie (11,2 %), l’eau et l’assainissement (9,5 %), la finance (4%), la gouvernance (4,8%), le social (2,9 %)», a-t-il détaillé. Le représentant de la BAD au Mali a salué le leadership du président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, pour les progrès réalisés dans la stabilisation du climat sociopolitique, dans le domaine de la sécurité et celui des réformes politiques et institutionnelles. Selon lui, ces progrès « sont importants et indispensables pour permettre au pays de continuer sa marche vers le développement. « Grâce aux efforts du gouvernement dans la mise en œuvre du Cadre stratégique pour la relance économique et le développement durable (CREDD 2019-2023) et du Plan d’action du gouvernement de transition (PAG 2021-2022), le Produit intérieur brut a augmenté de 3,1% en 2021 à 3,7% en 2022, malgré les chocs », a apprécié M. Nshimymuremyi. Il a ajouté que la mise en œuvre du CREDD et du PAG, sur lesquels la stratégie d’intervention de la BAD pour la période 2021-2025 est alignée, a été déterminante dans l’action de la BAD et des partenaires techniques et financiers au Mali. Il a, aussi, souligné les efforts du gouvernement pour le paiement des arriérés au titre du service de la dette publique extérieure, en dépit des difficultés de trésorerie découlant, en partie, de la crise temporaire de liquidité sur le marché financier de l’Union monétaire ouest africaine (UMOA), ainsi que de l’absence d’appuis budgétaires. Le ministre de l’Économie et des Finances, gouverneur du Groupe de la BAD pour le Mali, Alousséni Sanou, qui a présidé, la session, a indique que son pays est convaincus que « les leçons tirées de la mise en œuvre à mi-chemin du DSP en cours nous serviront utilement à mieux le réorienter et à l’adapter surtout au contexte actuel de fragilité et aux réalités du pays. » « Cette revue à mi-parcours du DSP coïncide fort heureusement avec la préparation de la nouvelle version de notre document de référence en matière de politique de développement qu’est le Cadre stratégique pour la relance économique et le développement durable au Mali», a fait remarquer le patron de l’hôtel des Finances. Selon lui, cet exercice devra s’aligner étroitement sur les priorités nationales définies par les autorités du pays. «Le portefeuille des projets et programmes financés par le Groupe de la BAD au Mali connaît, depuis quelques années, un niveau avancé de détérioration de sa qualité, soit plus de 60% des projets du portefeuille marqués au rouge à date, autrement dit de projets éligibles à l’annulation», a déploré le ministre Alousséni Sanou. Il a ajouté que « cette revue conjointe est l’opportunité d’identifier ensemble toutes les contraintes ou goulots d’étranglement qui sont à l’origine de cette forte détérioration et de prendre les mesures correctives appropriées. » «Pour ce qui est du Document de stratégie pays 2021-2025, l’exercice de revue à mi-parcours, de façon générale, consiste à s’arrêter (…) en vue de mesurer les progrès réalisés, de diagnostiquer et d’identifier les difficultés qui ont émaillé ledit parcours et de maintenir la dynamique ou le cap si la trajectoire est jugée satisfaisante », a expliqué le ministre. Le DSP a été approuvé le 02 juin 2021 par le Conseil d’administration du Groupe de la BAD. Il s’articule autour d’un pilier unique : «réduire la fragilité économique à travers des chaines de valeur agricoles améliorées». Au cours des deux dernières années de mise en œuvre du DSP, la BAD a financé en faveur du Mali six nouveaux projets, pour un montant total de 76,7 milliards de Fcfa. Cet atelier de restitution, en présence de plusieurs membres du gouvernement, est l’aboutissement et le résultat du travail accompli conjointement par la partie malienne et les équipes de la BAD. Depuis l’approbation, le 4 juin 1970, de sa première opération au Mali, le Groupe de la BAD a financé accordé 117 prêts et dons couvrant l’ensemble des secteurs socio-économiques, pour un montant cumulé d’environ 1.274 milliards de Fcfa (1,94 milliards d’euros), selon le responsable pays de l’institution de financement du développement continental. BBC/MD (AMAP)
Biennale artistique et culturelle Mopti 2023 : La Palme d’or à Ségou
Envoyés spéciaux Youssouf DOUMBIA Amadou SOW Photos : Oumar DIOP Mopti, 17 juil (AMAP) Après plusieurs jours de compétition, la Biennale artistique et culturelle Mopti 2023 a pris fin dimanche au stade Baréma Bocoum, avec la 4è Région, Ségou (Centre), sur le haut du podium et qui a obtenu 100 points sur 200, suivi des nouvelles Régions de Bougouni (Sud) et Dioïla (Centre) qui en sont pourtant à leur première participation. La proclamation des résultats et la remise des prix, sous la présidence du Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, et en présence de plusieurs membres du gouvernement et d’autres invités, ont été suivis de discours et de prestations d’artistes. Le jury présidé par Boubacar Belco Diallo comprenait Mme Niaré Fatoumata Kéita rapporteur, Massamou Wélé Diallo, Samba Niaré, Kora Dembélé, Karim Togola et Mohamed Jean Pierre Tita. Un prix spécial a été décerné à Mme Wallet Finda (72 ans), la participante la plus âgée de la Biennale. Elle est de la troupe de Ménaka (Nord). Le plus jeune participant, Moussa Maïga (13 mois) de la Région de San (Centre), a lui aussi reçu un prix spécial. Les recommandations des membres du jury portent sur l’institutionnalisation de la Biennale ; la règlementation des captures de son et images. Le jury a recommandé, aussi que le podium passe de 3 à 5 lauréats, que le nombre de jours soit augmenté, que la cérémonie d’ouverture soit mieux soignée et que le règlement intérieur soit relu. GENIE MALIEN – Dans son intervention, le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Andogoly Guindo, a rendu hommage à tous ceux qui ont contribué à la réussite de ce grand rendez-vous culturel dans la Venise malienne. Il s’est réjoui que pendant 10 jours et dix nuits, dans la communion totale, les jeunes du Mali ont affiché leur attachement à la nation malienne, à son unité dans la diversité. « Pendant ces jours, ces longues nuits vous avez, à travers plusieurs formes d’expressions culturelles, revivifié le génie collectif malien, démontrant de belle manière la profondeur et la densité de notre culture », a déclaré le ministre en charge de la Culture. « Vous avez, à travers chants et danses, pièces de théâtre, ballets à thème, fait vibrer le cœur tout le peuple malien. Vous avez démontré que le Mali est là, et qu’un autre Mali est possible. Le Mali de nos rêves, le Mali des Maliens, puissant et prospère, ancré dans son histoire et ses valeurs sociétales ancestrales, le Mali Kura !», a dit M. Guindo qui a particulièrement remercié la population de Mopti, les Forces de défense et de sécurité et les partenaires dont l’UNESCO « pour le travail abattu pour que cette Biennale puisse répondre aux attentes. » RENDREZ-VOUS À TOMBOUCTOU – En procédant à la clôture du rendez-vous de Mopti, le Premier ministre a lui, aussi, salué les jeunes du Mali pour avoir entendu l’appel au sursaut patriotique lancé par le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta. « Vous avez répondu en liesse, vous êtes venus par milliers, de toutes les régions et contrées du pays. Vous avez vécu et fait vivre la culture malienne dans toute sa diversité. Pendant onze jours, dans la communion totale, vous avez prouvé votre attachement au Mali, à la diversité de sa culture, à ses valeurs d’unité, de diversité, de cohabitation pacifique, de tolérance, de pardon et de solidarité », a déclaré Dr Choguel Kokalla Maïga », a déclaré Dr Choguel Kokalla Maïga. Il s’est dit satisfait de la forte mobilisation de tous les acteurs, plus particulièrement les populations de la ville de Mopti et les artistes, qui ont ainsi démontré leur attachement à la culture malienne. «Le contexte sécuritaire et le délai de préparation de cette édition n’ont donc pas entamé l’engouement des populations pour cette édition », s’est-il réjoui, ajoutant que cette édition a été « un cru exceptionnel tant la fête a été totale. » Le chef du gouvernement a salué le Burkina Faso et la République du Congo, deux pays frères, qui « nous ont fait l’honneur de leur amitié, par une présence remarquable à cette Biennale artistique et culturelle. » La prochaine Biennale artistique et culturelle aura lieu à Tombouctou en 2025. YD/AS (AMAP)
Séchage: Une solution pour consommer nos fruits et légumes en toutes saisons
Par Fatoumata M. SIDIBÉ Bamako, 14 juil (AMAP) Lundi, sous un soleil de plomb, des mangues à motié-mûres et pas trop fibreuses sont lavées, puis épluchées et coupées en tranches avant d’être étalées sur un grillage pour la mise à chaud dans un séchoir. Ensuite, ces succulentes tranches seront conditionnées dans des sachets en plastique pour la vente. C’est ainsi que procède le transformateur agronome, Raphael Djibril Coulibaly. Son entreprise dénommée «Sucré-Salé» fait également sécher la viande et la liane sauvage (Zaban). Elle transforme, aussi, en poudre des produits comme le gingembre, le citron, l’ail et la tomate. « On avait commencé avec la banane plantain, mais à cause de son irrégularité au Mali, on a été obligé d’arrêter parce que les clients se plaignaient de la qualité. C’est à partir de là qu’on a lancé un autre produit que tout le monde aime qui est la viande», explique-t-il. Le séchage est une méthode de conservation des aliments par déshydratation ou dessiccation. Il permet de ralentir la progression des bactéries, des levures et des moisissures en réduisant la quantité d’eau. Il existe un grand nombre de méthodes de séchage. Les plus courantes sont le séchage au soleil et le séchage à chaud. Le séchage permet de conserver les aliments de 6 à 12 mois dans de bonnes conditions, c’est-à-dire dans des sachets hermétiquement fermés qui évitent aux produits de réabsorber l’humidité atmosphérique. «Il faut emballer les aliments immédiatement après le séchage et vérifier, au bout de quelques semaines, qu’ils ne développent pas de moisissures. Si tel est le cas, cela signifierait que le séchage a été incomplet», fait savoir le jeune transformateur. Les produits de Raphael Djibril Coulibaly sont prisés au Mali pour leur qualité et leur prix. Il en exporte au-delà de nos frontières, vers notamment l’Europe où nos compatriotes en raffolent. Ceux-ci constituent d’ailleurs la majorité de sa clientèle. C’est une fierté pour l’entrepreneur dont les clients sont généralement des grossistes, promoteurs d’alimentations et de supermarchés. Les prix vont de 1 000 à 5 000 Fcfa par kilogramme. Selon son jeune patron, le vrai but de l’entreprise «Sucré-Salé» est de pouvoir conserver assez longtemps nos produits parce que chaque produit a une période spéciale. «A la fin de chaque période, soit vous avez le produit trop cher ou vous avez du problème à le conserver. Mon optique, c’est de pouvoir vraiment conserver le produit assez longtemps pour qu’il soit accessible à tout le monde et en tout temps», signale-t-il. Même séché, le produit garde 95% de ses valeurs nutritives. Raphael Djibril Coulibaly a perfectionné sa façon de faire, année après année. Aujourd’hui, à travers son canal de distribution de la viande, il peut vendre n’importe quel produit alimentaire. « J’ai une base de données de plus de 2 000 clients qui ont déjà apprécié mes produits», confie le jeune agronome. Assan Diarra, après avoir acheté 10 sachets de Zaban pour sa famille, témoigne : «J’aime bien le Zaban séché de Raphael, parce qu’il y a deux parfums. Le goût naturel pour lui donner la saveur qu’on souhaite. Et il y a une autre flaveur qui est infusée avec du miel, du gingembre et de la cannelle». La cliente affirme que le produit reste longtemts avant de périr. Amadou Traoré, un autre entrepreneur, évolue exclusivement dans le domaine de la transformation du poulet. Les poulets sont d’abord nettoyés et coupés par morceaux après la marinade. Il les laisse cuire un peu, avant de les étaler sous le soleil pendant une journée. Comme quoi, il faut beaucoup de soleil pour réussir le séchage. Agent commercial de profession, Amadou Traoré a appris ce métier grâce à une tante qui le faisait à la maison. Après l’avoir gouté, il a décidé de se lancer dans la commercialisation du poulet séché. Et ça marche ! « Je fais de l’aviculture à la maison. Mais souvent, mes productions finissent et je contacte un autre producteur», déclare-t-il. DIFFÉRENTS GRAMMES – Ses clients achètent généralement en gros tels que certaines pâtisseries, boutiques et quelques supermarchés. Un sachet de poulet séché coûte entre 1 000 et .000 Fcfa, selon la taille. Si autant de clients lui font confiance, c’est parce que Amadou est strict en matière de respect des règles d’hygiène. «Lors du séchage, surtout pour des produits destinés à la vente, il est très important de maintenir les aliments aussi propres que possible. Ceux qui travaillent doivent se laver les mains soigneusement et tout l’équipement doit être nettoyé correctement», conseille-t-il. Et d’insister : Les mouches doivent être écartées tout au long du processus. Seydou Djiguiba sèche la mangue, l’ananas, la viande, le coco, la pomme de terre et la banane plantain. Au passage de notre équipe, il mettait, les mains gantées, des produits séchés dans des sachets sur lesquels on peut voir des photos et son contact. Ces produits ainsi conditionnés peuvent être conservés pendant au minimum deux ans. «Nous les séchons au four et sous le soleil. Nos produits sont achetés et peuvent être consommés aussi bien par les adultes que les adolescents», détaille l’entrepreneur, tout en continuant à remplir les sachets qui seront vendus à partir de 500 Fcfa. «Les grammes diffèrent selon les produits. Les grammes de la viande ne sont pas égaux aux grammes de la mangue. Nous les vendons en physique et sur internet mais, majoritairement, sur les réseaux sociaux et ils sont très appréciés par les clients», martèle-t-il. Dans le domaine de la transformation, plusieurs dames s’imposent. Parmi elles, il y a Aïssatou Camara, promotrice d’une marque. Son unité de séchage produit divers aliments comme la spiruline, la farine infantile, la mangue et les épices qui sont destinés à une clientèle spécifique : Les enfants malnutris, les personnes âgées et les femmes en état de grossesse. Les prix vont de 1 000 à 25 000 Fcfa. Comptable de formation, nous avons trouvé cette mère de famille en train de trier et laver des produits enfin de les mettre dans le séchoir. « Depuis 2018, je suis dans la transformation
Les groupes terroristes ne se privent pas d’enrôler des enfants soldats
Par Souleymane Sidibé Bamako, 12 juil (AMAP) Ils sont enrôlés, très souvent, de force pour grossir les rangs des organisations criminelles opérant au Mali comme la Katiba Macina d’Amadoun Koufa, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) d’Iyad Ag Ghali et l’Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS). Des dizaines de milliers d’enfants sont utilisés comme soldats dans le monde. Nombre d’entre eux sont enlevés et victimes de violences s’ils résistent. Dans son rapport trimestriel en date du 30 mars dernier, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, dit avoir constaté le recrutement et l’utilisation des 135 enfants contre 68 pendant la période précédente dans notre pays. Le samedi 22 avril dernier, au cours d’une attaque terroriste complexe à Sévaré (Région de Mopti, dans le Centre du Mali), le chef d’état-major général des Armées, le général Oumar Diarra a révélé que parmi les terroristes neutralisés, il y avait des enfants soldats de 10 à 16 ans. De même le lundi 24 avril, la hiérarchie militaire a fait remarquer, par le biais d’un communiqué, l’emploi par les terroristes d’enfants soldats dans les combats. Sur la question, Dr Bouréma Kansaye, ancien recteur de l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako (USJPB), coordinateur du Laboratoire de droit privé et de science criminelle et, récemment, nommé ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, estime que cette récente implication des enfants dans les actes terroristes révèle le caractère inhumain des groupes terroristes. «Acculés par les actions offensives des Forces armées maliennes (FAMa), ils ont de plus en plus de difficultés à recruter des combattants. Les enfants sont souvent enrôlés de force», a dit l’universitaire. Pour le Dr Aly Tounkara, maitre de conférences à l’Université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako et expert défense et sécurité au Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel (CE3S), les enfants soldats pourraient être appelés comme des nouveaux acteurs dans les conflits liés au terrorisme. « Mais à l’analyse, dira-t-il, le phénomène n’est pas du tout nouveau. » Selon Dr Tounkara, ces enfants ont toujours été des acteurs importants pour grossir les rangs de la Katiba d’Amadoun Koufa. «On sait que pour le cas du Centre du Mali, en particulier la Région de Mopti, les hommes d’Amadoun Koufa avaient déjà enrôlé un nombre extrêmement important d’enfants de la rue, en conflit avec la loi et issus des écoles confessionnelles notamment coraniques dans les années 2014-2015 avec l’intensité des combats contre les groupes radicaux violents », explique Aly Tounkara. La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), dans sa note trimestrielle sur les tendances des violations et atteintes aux droits de l’Homme et au droit international humanitaire, allant du 1er octobre au 31 décembre 2022, évoque également l’exigence imposée aux populations par le Jamāʿat nuṣrat al-islām wal-muslimīn (JNIM), notamment dans la Région de Gao (Nord). « Le 10 décembre 2022, indique la Mission, des combattants de ce groupe terroriste ont tenu une série de réunions avec plusieurs chefs de village dans le Cercle de Bourem (Région de Gao), exigeant le paiement de deux millions de Fcfa ou la remise de cinq combattants par village. » Pour financer et renforcer leurs opérations dans la région et contribuer à « l’effort de guerre contre l’état islamique dans le Grand Sahara (EIGS)». Le recrutement et l’utilisation d’enfants âgés de moins de 15 ans comme soldats sont interdits par le Droit international humanitaire, le droit conventionnel et coutumier et sont définis comme des crimes de guerre par la Cour pénale internationale (CPI). Selon Dr Bouréma Kansaye, l’enfant est un être innocent et vulnérable. « Son enrôlement dans l’Armée ou dans les groupes armés est prohibé par les textes nationaux et internationaux », a-t-il prévenu. CRIMES DE GUERRE – Le président de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH), Aguibou Bouaré, regrette que ces groupes échappent malheureusement à toutes activités de formation et de sensibilisation sur le respect des règles de Droit international humanitaire. Et de signaler que « tous ces instruments juridiques considèrent l’enrôlement et l’utilisation systématique d’enfants dans les hostilités comme des crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. » Le président de la CNDH condamne ces crimes abominables, ces abus graves des droits de l’Homme et du droit international humanitaire. Il exhorte les autorités à rechercher, identifier, traduire en justice les commanditaires, auteurs et complices de ces crimes. Aguibou Bouaré a expliqué que « cette nouvelle tendance résulte de la situation de grande vulnérabilité des enfants dans les zones de conflit, en raison des écoles fermées depuis plusieurs années, de l’effondrement des économies locales, donc du manque de perspectives d’avenir. » « Dans ces conditions, les enfants deviennent de plus en plus des proies faciles, en matière de recrutement par les Groupes armés terroristes », a fait remarquer le président de la CNDH. Abondant dans le même sens, le Comité international de la Croix Rouge (CICR), dans son rapport publié le 29 octobre 2010, souligne la vulnérabilité des enfants en période de conflit armé. Selon cette organisation humanitaire, « malgré la protection prévue par le droit, des enfants continuent d’être recrutés par les forces armées ou des groupes armés terroristes. » À ce propos, Dr Bouréma Kansaye note que dans la Région de Mopti (Centre), des milliers d’enfants ne vont plus à l’école depuis des années du fait de la fermeture forcée des écoles par les extrémistes. «Les enfants ainsi désœuvrés sont plus vulnérables au lavage de cerveaux, à l’endoctrinement et à la radicalisation», indique-t-il. Pour Dr Aly Tounkara, ces jeunes adolescents ont été laissés-pour-compte par beaucoup de marabouts dans la Région de Mopti. Selon lui, ces enfants viennent majoritairement du Mali, du Niger et du Burkina Faso très souvent dans le but d’apprendre le Coran. «Malheureusement, le fait qu’ils soient parfois très nombreux sous la conduite d’un seul maître coranique, beaucoup d’entre eux échappent à toutes formes de contrôle social», déplore l’expert défense et sécurité au CE3S. Il précise que cette situation fait que les enfants sont toujours des proies faciles pour les GAT. Face à cette tendance, l’état-major général des Armées
Produits agricoles et artisanaux : La nécessaire labélisation
Par Anta CISSÉ Bamako, 12 juil (AMAP) Le Mali regorge de produits agricoles et artisanaux de grande qualité. Ils proviennent, le plus souvent, des zones rurales où les stratégies commerciales de mise en valeur sont méconnues voire inexistantes. Pour que les producteurs/transformateurs en tirent un avantage économique, les produits doivent être valorisés au moyen de droit de Propriété intellectuelle, notamment les Indications géographiques (IG) et les Marques collectives (MC). Cela, d’autant plus que les marchés des pays développés sont, de plus en plus, sensibles à la provenance et à la qualité des produits. Selon le chargé de communication du Centre malien de promotion de la propriété industrielle (CEMAPI), Almouctar Baba Kounta, avec la mise en place de la Zone de libre-échange économique en Afrique (ZLECAF), il y a aujourd’hui un contexte favorable à l’essor du commerce interafricain. Almouctar Baba Kounta soutient que c’est ce constat qui a conduit le Mali à opter pour le développement de son artisanat et de son agriculture « afin de leur donner plus de visibilité, de créer plus de richesses dans l’économie nationale et de lutter efficacement contre la concurrence déloyale et la contrefaçon. » BÉNÉFICES À LA HAUSSE – Artisan peintre depuis plus plusieurs années, Moussa Bagayoko est transformateur de coton biologique. «Depuis 2013, l’ONG Helvetas a commencé à soutenir nos productions et faciliter la création d’un réseau national dénommé Réseau malien des transformateurs de coton Biologique (REMATRAC Bio) qui couvre les Régions de Kayes, (Ouest) Ségou, Mopti Centre), Bamako, la capitale, et Kidal (Nord)», confie l’artisan dans son atelier à Ouolofobougou. Spécialiste du tissage, de la teinture végétale bogolan et indigo, Moussa affirme que la certification lui a permis d’augmenter ses bénéfice et de diversifier sa clientèle. « Grâce à la labélisation, j’ai noué des partenariats, notamment avec la France », dit-il. En atteste l’augmentation fulgurante de son chiffre d’affaires, qui a presque triplé : « Auparavant, mon chiffre d’affaire oscillait entre 1 et 4 millions de Fcfa. Mais, aujourd’hui, grâce à la labélisation, ce chiffre est passé de 4 à 12 millions de Fcfa ». Cependant, il exhorte l’Etat à plus s’investir dans ce domaine qui est porteur d’espoirs pour beaucoup. Dans un monde où l’alimentation occupe une place primordiale, la question de la qualité et de l’origine des produits agricoles devient, également, de plus en plus préoccupante. Les consommateurs sont de plus en plus soucieux de la provenance de ce qu’ils mettent dans leur assiette et cherchent des garanties quant aux méthodes de productions et à l’impact environnemental des aliments qu’ils consomment. C’est là où la labélisation des produits agricoles entre en jeu, offrant une solution claire et trans parente pour répondre à ces attentes légitimes des consommateurs. Hélène N’diaye, chargée de la communication du Réseau solidaire en agro-écologie paysanne et citoyenne (RESAPAC) créé en 2019, explique l’objectif de son organisation qui est « de structurer le marché agricole bio de Bamako. » Ce réseau a été créé pour aider les producteurs à se développer en attendant qu’une norme étatique se mette en place. Pour le professeur d’économie, Dr Abdoudramane Coulibaly, « dans un contexte de mondialisation accélérée, contrariée par la montée en puissance de la contrefaçon, tout pays qui veut sauvegarder sa souveraineté économique et son identité culturelle doit disposer d’une marque distinctive connue sous un label. » Selon l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, basée à Genève, 10 % du trafic mondial est constitués de la contrefaçon. Un rapport conjoint de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED), publié en 2019, révèle que « la contrefaçon fait perdre en moyenne 10 milliards de Fcfa par an aux Etats ouest-africains, à l’exception du Nigéria. » FORMER, INFORMER ET SENSIBILISER – Le CEMAPI s’est engagé, durant ces trois dernières années, dans une dynamique de labellisation des produits locaux, à travers les IG et MC, à réaliser diverses actions de formation, d’information et de sensibilisation sur le processus de labélisation, d’accompagnement et de structuration des acteurs et producteurs, notamment l’échalote de Bandiagara (Centre), le bogolan fini du Mali, le sel gemme de Taoudénit (Nord). Dans ce cadre, le Centre, avec l’appui du Programme d’appui à la compétitivité en Afrique de l’ouest (PACAO) a initié une série d’activités en faveur des acteurs d’un certain nombre de filières. Il est prévu de renforcer les capacités des acteurs des filières mangue et karité ainsi que des membres du Comité national de labélisation des produits locaux en Indications géographiques et en Marques collectives (CIGMAC-Mali) sur les concepts et l’importance de la MC et de l’IG dans le développement d’un pays. Dans le cadre de l’établissement d’un cadre légal et institutionnel en matière de propriété intellectuelle, apte à soutenir les démarches de qualité liée à l’origine des produits locaux, le Mali, à l’instar de certains pays de l’espace de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), a créé le Comité national des indications géographiques (CNIG),en juillet 2014. Pour prendre en charge les nouveaux enjeux liés à la nécessité de renforcer la dynamique nationale de labélisation des produits locaux, les textes portant création de ce Comité ont été révisés en octobre 2021 pour donner naissance au CIGMAC-Ma1i. AC/MD (AMAP)
Mossadeck Bally : « La crise oblige les investisseurs à l’attentisme »
Propos recueillis par Babba B. COULIBALY Bamako, 05 juil (AMAP) Dans cette interview exclusive qu’il nous a accordée, Mossadeck Bally, président du Conseil national du patronat du Mali (CNPM), dévoile la vision de son équipe. Il évoque également les conditions pour une relance économique rapide, le rôle des différents acteurs, les efforts du gouvernement dans le secteur et la résilience du peuple malien. L’AMAP : Comment se porte aujourd’hui le monde des affaires ? Mossadeck Bally : Le monde des affaires est dans l’expectative. On ressent une sorte d’attentisme. Notre pays traverse une crise très profonde qui est à la fois sécuritaire, institutionnelle, sanitaire et internationale avec la guerre. Tout ceci fait que l’économie est très éprouvée même si elle montre des signes de résilience. Le Fonds monétaire international (FMI) l’a mentionné dans le rapport de sa dernière mission récente. Donc, nous avons une économie résiliente mais à la croisée des chemins. Le monde des affaires et des investisseurs est dans cet attentisme. Ils attendent d’avoir un peu de visibilité pour reprendre leurs projets d’investissements. C’est ce qui caractérise aujourd’hui le monde des affaires au Mali. L’AMAP : Quelle analyse faites-vous de la crise économique du pays ? Et quels sont les enseignements à en tirer ? MB : C’est une crise profonde. Quand un pays est installé dans une crise depuis plus d’une décennie, forcément cela joue sur l’économie. Et lorsque l’économie est impactée, ça joue sur la population parce que ce sont des emplois qui ne sont pas créés. Il y a des entreprises qui ont dû fermer suite à cette longue crise, certaines à cause de la pandémie, d’autres ont été obligées de se restructurer. Tout ceci montre que notre économie, malgré sa résilience, souffre. Les priorités du pays sont d’ordre sécuritaire. L’État investit énormément dans la sécurité, ce que nous comprenons parce que nous sommes en guerre contre le terrorisme. Il y a un effort à faire pour reconstruire l’appareil sécuritaire, ce qui fait qu’il n’y a pas d’investissements dans les autres domaines. Et quand il n’y a pas d’investissements ça veut dire que la commande publique diminue considérablement et les entreprises en pâtissent. Celles qui arrivent à travailler, vu que les efforts financiers sont faits sur l’appareil sécuritaire, ne sont payées à temps. Les enseignements qu’on peut tirer de cette longue crise c’est que, dans un pays où il n’y a pas de sécurité et de stabilité institutionnelle, c’est difficile dans ce pays d’attirer des investissements. Donc, ce pays restera toujours un pays où on fait du court terme. On fait essentiellement de l’importation et de la distribution. Et pour tous les investissements d’envergures, structurants, on a tendance à les laisser en attendant de voir la crise passée. Mais nous avons tiré d’autres enseignements à savoir que nous avons une économie qui est résiliente, des chefs d’entreprises performants, patriotes qui ont fait en sorte que la machine continue à tourner malgré l’embargo que la Cedeao et de l’Uemoa nous ont imposé. Les chefs d’entreprises maliennes sont vraiment à la hauteur. Ils se sont battus pour que les marchés restent ravitaillés, pour que les impôts soient payés pour faire fonctionner l’État. Imaginez-vous, depuis presque trois ans l’État n’a plus d’appuis budgétaires. Ce sont les impôts payés par les contribuables et les entrepreneurs qui permettent de soutenir l’État. Voilà les grands enseignements que nous avons tirés mais il faudrait éviter de rester longtemps dans toute crise. L’AMAP : La relance économique demeure un objectif. Pensez-vous que toutes les parties (secteur privé, État et partenaires) jouent véritablement leur rôle ? MB : Je dois avouer que chacun fait de son mieux. L’État fait de son mieux avec les priorités qui sont les siennes, essentiellement rebâtir l’appareil sécuritaire, puisque nous sommes en guerre. Le secteur privé a largement joué sa partition. N’eut été le secteur privé malien, je pense qu’on aurait eu un pays qui serait dans des difficultés énormes. Le secteur privé a affronté l’embargo, la crise sanitaire, l’insécurité pour permettre au pays de continuer de tourner. On ne peut parler de relance économique que lorsque nous aurons la sécurité et la stabilité institutionnelle. Aujourd’hui, le CNPM joue son rôle en temps qu’interlocuteur privilégié de l’État, qui nous écoute. Le dialogue public privé est en train de s’améliorer parce que le rôle du CNPM, c’est de faire en sorte que le dialogue public-privé soit de haute qualité et constant. Ce dialogue qui avait été rompu à un moment donné avec la crise que nous avons connu de 2020 à 2022, a été rétabli par le nouveau bureau. Donc, les acteurs jouent leurs rôles avec les moyens dont ils disposent. L’AMAP : En tant que entrepreneur expérimenté, quels sont les arguments à mettre en avant pour remettre en confiance les investisseurs? MB : La psychologie est très importante chez un investisseur. Il s’assure qu’il investit dans un environnement sécurisé où il y a la visibilité institutionnelle et à partir de là, il regarde la rentabilité et la faisabilité de son projet et voir s’il peut disposer de tous les facteurs de production dans ce pays. Cette psychologie vient essentiellement de l’État de ce pays. Et nous, pour assurer et rassurer les investisseurs, il nous faut vraiment un État régalien, visionneur, stratège, neutre, arbitre qui respecte et fait respecter les lois, les règlements à tous les acteurs de l’économie. Ces qualités doivent être une réalité visible au niveau de l’administration publique pour attirer les investisseurs nationaux et étrangers. Il faudrait que l’on sache quel genre d’État nous voulons et dont nous avons besoin pour valoriser ce formidable potentiel économique que nous avons mais que nous n’arrivons pas à exploiter en 62 ans d’indépendance. C’est possible mais ça ne peut se faire que le jour où on aurait les qualités endogènes citées ci-haut. L’AMAP: La transformation structurelle de notre économie reste un défi majeur qui peine à voir le jour. Quelle est la vision du Patronat en la matière? MB : L’économie du Mali est une économie extravertie. C’est-à-dire une économie qui est essentiellement
L’interprétation des signes du cheval et guide pratique du paysan : Un livre de sauvegarde de nos traditions
Bamako, 12 juil (AMAP) Le cheval est un animal d’une grande valeur dans notre société, cela depuis des temps immémoriaux. Les signes de ce mammifère, estimés, selon certains à 99, servaient et continuent de servir de guides pour les hommes. Des savoirs immenses que le journaliste-écrivain Ouka Ba, correspondant l’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP) à Diéma) se propose de nous faire découvrir, dans son cinquième ouvrage intitulé « L’interprétation des signes du cheval et guide pratique du paysan ». Ce livre de 87 pages puise sa richesse à la source. Qui pourrait mieux le faire qu’un journaliste du terroir ? Notre confrère s’est rendu dans plusieurs villages et hameaux de la contrée à la recherche de ces connaissances précieuses. À travers ces écrits, l’auteur contribue à sauvegarder nos traditions orales, en cette période de déperdition de nos connaissances locales et traditionnelles. Parce que, pour beaucoup d’entre nous, ce sont des « vieilleries ». Sans des efforts de valorisation et de conservation de cette envergure, les générations futures ne sauront rien des savoirs locaux qui ont guidé leurs ancêtres dans la gestion de l’agriculture, la richesse, l’élevage, le pouvoir, la famille, l’autosuffisance alimentaire et les conflits. Nos anciens interprétaient notamment la couleur, la physionomie et les gestes du cheval. Dans son livre, Ouka Ba explique qu’à l’époque, quand vous vouliez donner votre fille en mariage, vous deviez voir d’abord dans la famille du prétendant si le cheval qui y est attaché est maigrichon et larmoyant. Si tel est le cas, il faut renoncer à cette union conjugale parce que la famille sera incapable de prendre soin de votre progéniture. « Selon certaines croyances, cite le journaliste, la présence seule d’un cheval dans la maison suffit pour accroitre et maintenir le bonheur. » Un autre exemple porte sur l’épanouissement que peut apporter le cheval à un souverain. « Le cheval qui convient mieux au Mansa (roi), c’est celui qui a les quatre pattes blanches, des genoux descendant vers le bas ». Selon l’auteur, même si tu as un os de ce genre d’équidé dans ta maison, tu auras le pouvoir et tu t’épanouiras. La couleur du cheval peut être aussi bien un signe de bonheur que de malheur. Si le propriétaire du cheval noir, avec un trait blanc sur le front, le laisse derrière lui pour s’aventurer, il peinera et sera assailli par des problèmes qui risqueront de l’entrainer en prison. » L’autre partie de l’ouvrage est consacrée aux signes de la météorologie. L’auteur indique comment la connaissance de la faune et de la flore aide le paysan à faire face aux conditions pluviométriques et aux intempéries. Cela, en dehors de mécanismes scientifiques. Des phénomènes dans la nature annoncent le démarrage de la saison pluvieuse ou l’abondance de pluies. « Lorsque le baobab commence à fleurir, c’est que l’hivernage est proche. » « L’année où la présence des corbeaux devient plus massive, les pluies seront abondantes. » Ouka Ba est originaire de Nioro du Sahel. Secrétaire d’administration de formation, il fut bibliothécaire à Gao et à Diéma. Depuis 2003, il est le correspondant de presse de l’AMAP à Diéma. MDD/MD (AMAP)
Rébellions cycliques au Nord : Les éclairages de Dr Sounkalo Togola
Par Ousmane MAHAMANE Bamako, 04 juil (AMAP) La salle des professeurs de l’Ecole normale supérieure (ENSUP) a abrité, le jeudi 15 juin 2023, dans la matinée, la soutenance de thèse ayant pour thème « Contribution à une géopolitique et une géostratégie des rébellions au Nord du Mali : 1963-2012 » et présentée par Sounkalo Togola, journaliste- réalisateur en service au Commissariat à la Réforme du Secteur de la Sécurité. « Le jury, après délibération, à l’unanimité, a décerné à Sounkalo Togola le titre de Docteur en Science Politique, option « géopolitique » avec Mention Très Honorable », c’est par ces mots que le président du jury, Brahima Songoré, Professeur titulaire de l’Institut de Pédagogie Universitaire (IPU), a clôturé la soutenance, aux termes de trois heures d’échanges. Mais auparavant, l’impétrant Sounkalo Togola avait fait le résumé de sa thèse en quinze minutes devant les cinq membres du jury et le public, constitué de parents et amis venus assister à la soutenance. En introduction de sa présentation, Sounkalo Togola a expliqué que « de son accession à l’indépendance, le 22 septembre 1960, quatre phases de révolte armée ont jalonné l’histoire moderne du Mali, respectivement 1963, 1990, 2006 et 2012 ». Pourquoi ces rébellions cycliques d’obédience touareg ? Telle est la question à l’origine de sa thèse dont l’objectif de recherche était de faire ressortir les enjeux géopolitiques et géostratégiques des rébellions Touareg au Mali. Le candidat au grade scientifique de docteur avait à cœur d’aider à comprendre les événements du Nord du pays à travers un éclairage aussi précis et aussi objectif que possible sur les causes réelles de la résurgence des révoltes Touareg au Mali. Pour ce faire, il a recueilli les perceptions populaires sur les causes des rébellions à répétition. En effet, dans le cadre de son étude, il a choisi à travers le pays un échantillon de cent cinquante (150) personnes, constitué des composantes ethniques, sociopolitiques et culturelles du Mali. Les résultats de l’enquête de perception des populations révèlent que les trois causes principales des rébellions sont les visées sur les ressources du sous-sol du Nord par des puissances ou de pays étrangers (95, 33% des individus enquêtés) ; les enjeux géopolitiques et géostratégiques, c’est-à-dire les rivalités entre les centres de puissance ou de pouvoir sur le même territoire (85,33 % des personnes interrogées) et le problème de développement des régions du Nord par rapport aux autres parties du Mali (75, 33% des résultats obtenus). Ces taux sont des réponses données à la question ouverte : pourquoi au Mali les rébellions à répétition ? Mais les données changent avec la question fermée où des options de réponses sont prédéfinies à savoir : que pouvez-vous dire quant aux facteurs à l’origine des rébellions de 1963 à2012 ? Les répondants à cette question citent en première position la problématique de gouvernance pour 56, 67%. C’est sur ce chiffre que l’impétrant Togola a mis un accent particulier dans l’analyse des résultats obtenus. Pour illustrer cette position, il a inséré des encadrés qui attestent que le problème de gouvernance est la cause première des rébellions. De même, pour 44% des personnes interrogées, la solution aux rébellions réside dans la bonne gouvernance. 75,33% des enquêtés estiment que la solution relève d’abord de l’option de « développement » avant l’approche « militaire » qui recueille 68% et la « gouvernance / décentralisation » suit pour 65, 33% des personnes interviewées. Après avoir développé la quintessence de la thèse, Sounkalo Togola s’est prêté aux questions des membres du jury. Mais avant de poser leurs questions, ils ont d’abord donné leur appréciation, sur la forme et le fond, du travail abattu par M. Togola. « Tous les éléments d’une thèse sont présents. Le candidat a abattu un travail de qualité. La thématique est pertinente, d’une importance capitale et d’actualité. Le document constitue une mine d’or en terme d’informations. On y apprend beaucoup. C’est un travail scientifique d’une grande valeur. La thèse est consistante. Sounkalo Togola a fait un effort d’analyse et le style est apprécié. » Telles sont les grandes lignes des commentaires du jury sur le document de thèse. Cependant comme œuvre humaine, la thèse renferme des faiblesses que les membres du jury n’ont pas manqué de relever. Et les corrections y afférentes doivent être portées dans la version finalisée de la thèse avant le dépôt d’un exemplaire au niveau de l’administration de l’Institut de Pédagogie Universitaire (IPU). OM (AMAP)
Après la fête : le grand marché de Bamako sous les ordures
Bamako, 04 juil (AMAP) Nous sommes vendredi, deux jours après la fête de Tabaski. Vers 8 heures, sous une pluie fine, un Sotrama vient de se garer devant la Maison des artisans, à l’est du Grand marché de Bamako. L’apprenti chauffeur exige indélicatement des passagers de descendre au beau milieu de la route envahie par des ordures et autres immondices. Mais ces derniers refusent. Des discussions tendues s’engagent entre les deux parties avec parfois des injures. C’est grâce à l’intervention du vieux Mamady Diarra, de passage, que la tension a baissé. Après chaque fête, le Grand marché de Bamako devient méconnaissable. Le lieu est transformé en dépotoir. Tout le long du boulevard du Peuple, de la place «Wonida» au carrefour de l’hôpital Gabriel Touré en passant par la Maison des artisans et le siège de l’Assemblée nationale, l’on aperçoit des amas d’ordures composés de déchets plastiques, de morceaux de tissus, de restes d’aliments, de cartons et papiers d’emballage. Par endroits, la chaussée est impraticable. Une situation qui oblige les usagers à se bousculer sur les petits passages praticables. Certains préfèrent rebrousser chemin. Quant aux quelques commerçants, qui souhaitent rouvrir, ils étaient en train de nettoyer devant leurs boutiques. «Ce problème des ordures et déchets persiste depuis plusieurs années. Après les fêtes, le marché devient méconnaissable à cause des débris de tout genre entassés ou éparpillés ça et là. Et chaque fois, il faut attendre une semaine pour voir les agents de l’assainissement sur les lieux», déplore Abdoulaye Mariko, un commerçant que nous avons rencontré en train de payer un pousse poussier pour ramasser les ordures devant son magasin de prêt-à-porter. Selon Broulaye Coulibaly dont la maison n’est pas loin de la Grande mosquée de Bamako, au-delà des odeurs nauséabondes qui envahissent les riverains, ces ordures peuvent provoquer des problèmes de santé. Très en colère, il demande aux autorités de prendre des mesures en exigeant des usagers du marché de ramasser les ordures aussitôt après la fête. Mme Mariam Konaté, vendeuse de produits traditionnels devant la Maison des artisans, déplore le fait que les ordures soient éparpillées dans la ville après la pluie, rendant difficile le travail du service de nettoyage. Les riverains et les usagers de la circulation prennent leur mal en patience en attendant l’arrivée des camions de ramassage du service de l’assainissement de la ville de Bamako. AMK/MD (AMAP)
Tabaski : Jour de fête pour des chrétiens
Par Jessica K. DEMBÉLÉ Bamako, 04 juil (AMAP) Signe évident de tolérance religieuse et de brassage confessionnel au Mali, la célébration de la fête de l’Aïd el-Kebir ne se fait pas sans les chrétiens. Beacoup d’entre eux, par alliance ou par amitié, partagent la joie et l’allégresse des musulmans. Sandrina est une jeune chrétienne. Elle est née d’une union mixte entre un chrétien et une musulmane. Célébrer les fêtes musulmanes et chrétiennes est une tradition dans sa famille. Son père ne se prive pas de moyens pour les fêtes des deux communautés religieuses. « Il achète un mouton pour notre mère et nous donne également de l’argent pour de nouveaux vêtements et se coiffer durant les fêtes musulmanes», nous relate Sandrina. Après la prière de la mosquée, les jeunes hommes du voisinage viennent chercher le gros bélier que le père a acheté pour cette année. Tout en se souhaitant bonne fête, ils emmènent l’animal pour l’immoler. Sandrina nous dit que ce sont ces jeunes qui s’occupent du sacrifice de leur mouton chaque année. « Ils l’égorgent et le dépècent puis nous envoient la viande », poursuit-elle. Ses autres sœurs, toutes des chrétiennes, sont déjà sur pied lorsque la viande arrive. Leur mère étant plutôt âgée, ce sont ses filles qui s’occupent de tout le travail. L’ambiance était au taquet dans la famille. Entre rire, plaisanterie et causerie, on aurait dit une vraie famille musulmane le jour de l’Aïd. Pendant que la viande grillait tranquillement sur le feu, l’un des cousins de la famille, Salomon T, est venu leur rendre visite et souhaiter bonne fête à la matriarche. Bien qu’étant également chrétien, le jeune homme tient à venir saluer la mère de famille à chaque fête musulmane. «Mes amis musulmans m’invitent pour chacune de leur fête. C’est un honneur, j’accepte l’invitation si mon programme me le permet », confie-t-il, en dégustant sa viande grillée. Dans cette famille chrétienne, la Tabaski est fêtée au même titre qu’une fête chrétienne. L’ambiance y est bon enfant. La joie était perceptible sur chaque visage. Cap sur une autre famille où cette fois-ci, c’est la mère qui est chrétienne. Le mari et les enfants sont musulmans. Occupée par les préparatifs de la fête, la jeune maman n’avait pas beaucoup de temps à nous accorder. « On mange bien mais je finis très épuisée et stressée. Les fêtes ne sont pas pareilles ce qui fait que je me retrouve avec deux fois plus de travail quand il s’agit des fêtes musulmanes. J’ai trop de choses à faire », explique-t-elle. Un autre couple mixte partage son histoire. Le mari est chrétien et l’épouse musulmane. L’homme nous explique que suite à la mutation de son père à Bamako, ses amis sont majoritairement musulmans. Un lien fort s’est créé entre eux. « Lors des fêtes musulmanes, certains de mes amis m’invitent et pour les fêtes chrétiennes, moi à mon tour j’invite tous mes amis. Ils viennent chez moi passer toute la journée », raconte-t-il. Notre interlocuteur nous explique qu’après son mariage avec une musulmane, l’ambiance a un peu changé car les fêtes musulmanes qui n’étaient pas célébrées dans la famille le sont actuellement. Et tout le monde participe à cette fête, notamment ses parents et ses sœurs. « Comme dans une famille musulmane, j’achète un mouton pour ma femme, des habits de fête pour elle et nos enfants. J’accompagne, également, mon épouse pour saluer ses parents chaque jour de fête musulmane», témoigne-t-il. Pèrè Bernadette Sogoba est une fervente chrétienne issue d’un mariage entre un père chrétien et une mère chrétienne. Cela n’empêche aucunement la jeune femme de célébrer les fêtes musulmanes depuis son enfance. Pour Bernadette, elle n’a aucun problème à participer à ces fêtes car nous sommes tous descendants d’Adam et d’Ève. « Un chrétien qui fête la Tabaski est celui qui vit dans la parole divine. Car la Bible nous enseigne l’amour du prochain. En clair, fêter avec son frère ou sa sœur musulmans équivaut à cultiver l’amour du prochain », confie-t-elle. Le jour de la Tabaski est un moment de joie et d’allégresse. Chrétiens comme musulmans ont publié sur les réseaux sociaux des messages de salutations. Sylvain Traoré a posté sur son compte WhatsApp, les vidéos d’une partie de barbecue avec ses amis musulmans. Pascale Z. était également dans cette ambiance festive. La jeune femme a publié sur son compte WhatsApp, en plaisantant, que ce n’est pas la peine de l’inviter car chez eux également ils ont sacrifié deux moutons. JK.D/MD (AMAP)

