Des données mesurables et réalistes, indispensables à une meilleure gouvernance de la migration (Ministre malien)
Bamako, 30 juin (AMAP) « Il est impossible d’avoir une meilleure gouvernance des migrations sans des données mesurables et réalistes », a déclaré, mardi dernier, le ministre des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine, Alhamdou Ag Ilyene, qui a présidé l’ouverture, à Bamako, des travaux de l’atelier de présentation des conclusions de deux études de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations unies sur la migration. En présence de la représentante de la CEA des Nations unies sur la migration, Sarah Boukri et de nombreux autres invités, le ministre Ag Ilyene a révélé, que « dans le nouveau plan d’actions de la Politique nationale de migration (PONAM), un focus important a été mis sur la question des données migratoires », ajoutant qu’en absence de données fiables, la planification devient difficile, voire hasardeuse. Cette rencontre de trois jours était destinée à présenter les conclusions des deux études relatives aux statistiques nationales migratoires et à la reconnaissance des compétences des migrants au Mali, a été suivie des ateliers de renforcement de capacités des acteurs pour mieux outiller les praticiens sur la migration. Parlant des deux études, le ministre malien a indiqué qu’elles s’inscrivent respectivement dans la mise en œuvre de l’objectif 1 du pacte mondial pour les migrations, intitulé «Collecter et utiliser des données précises et ventilées qui serviront à l’élaboration de politiques fondées sur la connaissance des faits». Et l’objectif 18, intitulé «Investir dans le perfectionnement des compétences et faciliter la reconnaissance mutuelle des aptitudes, qualifications et compétences» « L’adoption du document du Pacte mondial pour les migrations sûres, ordonnées et régulières en décembre 2018 à Marrakech au Maroc par la conférence intergouvernementale des Nations unies constitue une avancée significative dans la recherche de solutions durables au niveau mondial face aux défis migratoires de plus en plus croissants et multiformes », a rappelé le ministre des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine. Selon Alhamdou Ag Ilyene, le Mali salue cette adoption et s’est pleinement engagé dans sa mise en œuvre à travers l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d’action national en cohérence avec les axes stratégiques de la PONAM. « Cette initiative de la CEA, a-t-il souligné, réconforte notre pays dans son engagement pour la mise en œuvre du Pacte de façon spécifique et plus globale pour une meilleure gouvernance des migrations ». . De son côté, la représentante de la CEA des Nations unies a mis l’accent sur le nombre de migrants internationaux dans le monde qui est estimé à 281 millions en 2020, soit 3,6 % de la population mondiale dont 36 millions d’Africains. Ce qui fait dire à Sarah Boukri que sur ce dernier chiffre, 80% se déplacent à l’intérieur du continent. Ce qui nous amène au fait avéré qu’il n’y a que 7 millions de personnes qui quittent l’Afrique pour le reste du monde dont 1,5% de manière irrégulière. Elle a fait noter que le Mali est un pays de départ et devient, de plus en plus, un espace de transit et de destination. De 1987-1998, il y a eu une diminution relative des taux de migration et une augmentation de l’arrivée de populations étrangères au Mali. MK/MD (AMAP)
Gestion foncière et cadastrale : Les autorités maliennes veulent circonscrire les tensions

Par Babba B. COULIBALY Bamako, 30 juin (AMAP) Les autorités maliennes, conscientes du rôle cardinal que joue le foncier en matière de prospérité sociale et économique, ont tenté d’endiguer les tensions autour de la terre. Adoptée à cet effet, l’Ordonnance n°00-027/PRM du 22 mars 2000 portant Code domanial et foncier a montré ses limites. La Loi n°02-008 du 12 février 2002 a vu le jour pour corriger les insuffisances de l’Ordonnance précitée. Mais, le problème foncier allait en s’épaississant. Face à l’ampleur du fléau et ses risques pour la stabilité même du pays, l’État initie : «Les États généraux du foncier». Tenus à Bamako du 7 au 12 décembre 2009, ces assises identifient les difficultés qui entachent la qualité de la gestion foncière au Mali. Elles formulent des recommandations «idoines» pour y faire face. En application desquelles les lois n°2012-001 du 10 janvier 2012, n°2016-025 du 14 juin 2016 et n°2018-054 du 11 juillet 2018 ont été adoptées. Ces lois s’avèrent également inadaptées au contexte qui prévaut, au regard de la complexité du problème et des défis à relever. Challenges auxquels le ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat, des Domaines, de l’Aménagement du Territoire et de la Population, Bréhima Kaména, dit s’être attaqué, dès sa prise de fonction. L’adoption de la Loi domaniale et foncière, conformément aux recommandations majeures des assises sur le foncier, répond à ce besoin-là. En la matière, rappelle le ministre Kaména, «la Loi n°2021-056 du 07 octobre 2021 portant modification et ratification de l’Ordonnance n°2020-014/PT-RM du 24 décembre 2020 portant Loi domaniale et foncière a prévu en son article 81 qu’un décret pris en Conseil des ministres précise les modalités de confection, d’organisation, de fonctionnement du Cadastre, d’enquêtes foncières et d’évaluation immobilière». Le Cadastre est l’état civil de la propriété foncière. Il vise la confection de documents administratifs et de plans en recensant toutes les propriétés foncières, en définissant leurs limites, en constatant leur mise en valeur et en les évaluant en vue de l’assiette fiscale foncière. Garantie de la propriété foncière, le Cadastre sert de base aux grands travaux d’aménagement du territoire. Pris dans cette optique, ce décret qui remplace le Décret n°02-113/P-RM du 06 mars 2002 fixant les modalités d’organisation et de confection du Cadastre, comporte 48 articles, repartis entre six titres. Il apporte des innovations majeures. Celles-ci se rapportent à la prise en charge des fichiers numériques dans la documentation cadastrale, à la normalisation des échelles et des feuilles des documents graphiques cadastraux. Il définit le concept de cadastration, prend en charge certaines innovations consacrées dans la Loi n°06-045 du 05 septembre 2006 portant Loi d’orientation agricole (LOA) et dans la Loi n°2017-001 du 11 avril 2017 portant sur le foncier agricole (LFA), notamment l’institution du Cadastre à l’article 77 de la LOA. Le décret innove, également, avec la prise en compte des documents du registre des possessions foncières des terres agricoles et du registre des transactions foncières des terres agricoles prévues à l’article 31 de la LFA, et la mise en œuvre cohérente des travaux des Commissions foncières. Il précise que les frais de confection du Cadastre sont à la charge de l’État ou des Collectivités territoriales. Le texte règlemente, aussi, les modalités et conditions d’accès aux données cadastrales, les enquêtes foncières et l’évaluation immobilière. Il précise les procédures d’élaboration, de validation, de conservation, de mise à jour et de consultation de ces documents administratifs et des plans. Selon le ministre Kaména, « ces innovations permettent à l’État une meilleure gestion du foncier avec une base de données plus claire et précise ». « Au profit des usagers, elles réduisent considérablement les désagréments des litiges fonciers découlant des anciennes méthodes », assure le ministre en charge des Domaines. Les tensions récurrentes, mal négociées, relatives au foncier sont symptomatiques du niveau de fragilité de nos sociétés et de nos économies. Pourtant, pour bâtir des sociétés «durables», il est primordial de résoudre les problèmes fonciers. C’est en ce sens que « les pays, les régions, les villes et les villages ont besoin de droits de propriété bien établis, de frontières claires et de services fonciers accessibles. Cela, dans le but exclusif de pouvoir croître économiquement », a expliqué le directeur principal du pôle Développement social, urbain et rural de la Banque mondiale, Ede Ijjasz-Vasquez. M. Vasquez, qui intervenait lors de l’édition 2017 de la Conférence de la Banque mondiale sur la terre et la pauvreté, tenue en mars, à Washington, a mis le doigt sur la problématique. Il a convié «les autorités à disposer d’informations géographiques précises pour pouvoir planifier la construction de routes, le développement de services publics et d’infrastructures, et, ce faisant, créer des emplois.» BBC/MD
Mali: Opportunité de renforcement de capacités pour des opératrices économiques
Bamako, 29 juin (AMAP) La Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM) a organisé, mardi, dans ses locaux un atelier d’information à l’intention des femmes opératrices économiques sur les conseils pratiques dans le domaine de l’entrepreneuriat. Cette formation qui est destinée aux organisations féminines porte sur divers domaines : agro-alimentaire, entreprenariat féminin, commerce et artisanat (teinture), coiffure et couture. L’objectif recherché en organisant cet atelier d’une journée, est de faciliter la collaboration entre la CCIM et les organisations professionnelles féminines. Il s’agit également de contribuer au renforcement des capacités des femmes opératrices économiques. Très peu de femmes maliennes ont accès à la formation, au financement, aux marchés et aux nouvelles technologies, selon des statistiques récentes rendues publiques. À l’image de Mme Macalou Oumou Kouyaté, Chief executive officer (CEO, ou autrement le président directeur général) de l’entreprise Oumy K. Business Center (OKBC), les femmes opératrices économiques attendent d’acquérir d’autres connaissances et compétences en matière de gestion d’entreprise, à l’issue de cette formation, notamment en matière de recherche de marchés et de financements. La responsable de cette entreprise de transformation agro-alimentaire, espère que cette formation sera un plus pour les participantes. Selon la vice-présidente de la CCIM, Mme Cissé Djita Dem, qui a présidé l’ouverture des travaux, il est impératif d’apporter des solutions idoines et durables à l’entreprenariat féminin. «Cette rencontre se situe dans le cadre d’un meilleur partage de l’information économique avec des opératrices. Avec pour objectif de permettre à ces dernières de bénéficier de conseils pratiques afin d’améliorer le fonctionnement de leurs entreprises et d’améliorer leurs pratiques entrepreneuriales sur la base de conseils qui seront prodigués», a expliqué la vice-présidente de la CCIM. Pour Mme Cissé Djita Dem, former, financer l’activité d’une femme c’est favoriser son autonomisation et améliorer les conditions de vie de sa famille, de sa communauté. BBC/MD (AMAP)
Campagne agricole 2022-2023 : l’engrais organique, une alternative prometteuse (Ministre)
Cheick M. TRAORÉ Bamako, 28 juin (AMAP) Le ministre du Développement rural a assuré les paysans que tous les efforts sont en cours pour acheminer les engrais bloqués aux ports ivoirien et sénégalais. En attendant, Modibo Keïta exhorte ceux qui n’ont pas encore reçu l’intégralité de leurs besoins en engrais nécessaires pour démarrer la campagne à utiliser l’engrais organique fertilisant fabriqué par nos unités industrielles, en lieu et place des complexes coton et céréales. M. Keita, qui répondait samedi aux inquiétudes soulevées par des producteurs de Korokoro, dans la Commune rurale de Zan Coulibaly, en présence due son collègue des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a effectué une visite de terrain dans le cadre de l’initiative : «un week-end, un champ», un engagement personnel visant à visiter au moins un champ par week-end. Le but est d’être au plus près des producteurs pour s’assurer du démarrage de la campagne et s’imprégner des difficultés auxquelles ils sont confrontés. «Le président de la Transition a intercédé auprès de ses pairs de Côte d’Ivoire et du Sénégal pour que nos engrais qui sont au niveau de leurs ports puissent être acheminés. Avant leur arrivée, nous conseillons aux paysans d’utiliser l’engrais organique en respectant la dose indiquée : une tonne par hectare (20 sacs). Le rendement est similaire à l’engrais chimique», a déclaré le ministre en charge de l’Agriculture. Il a rappelé que le Conseil supérieur de l’agriculture (CSA), tenu récemment sous la présidence du chef de l’État, avait exhorté les paysans à privilégier l’utilisation de cette production nationale, qui, selon lui, est disponible en quantité suffisante dans tous les grands bassins de production. «Les gens peuvent les utiliser pour démarrer la campagne en attendant l’arrivée de l’engrais chimique», a-t-il insisté. Présent, le producteur Chaka Sangaré a confirmé que «Cet engrais organique dont vous (le ministre) venez de parler est efficace ». « On me l’a conseillé l’année dernière. Je l’ai utilisé et le résultat a été à hauteur de souhait. J’ai fait près de 2 tonnes de coton à l’hectare», affirme le paysan. Précisant qu’il a utilisé 20 sacs par hectare en lieu et place du complexe, il dit avoir mis l’urée par la suite, conformément aux conseils des techniciens. Tout en corroborant les propos de Chaka, des spécialistes de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT), qui participaient à la visite, ont précisé que l’engrais organique contient moins de phosphore (un nutriment essentiel au coton). Ils préconisent, pour booster la production, d’utiliser un sac de complexe coton en plus. «L’usage de l’urée est obligatoire», préviennent-ils. Ces échanges ont eu lieu dans le champ de Lassiné Doumbia. Originaire de Sanankoroba, près de Bamako, ce paysan âgé de 74 ans s’est installé à Korokoro où il possède 20 hectares. Cette année, il a cultivé 5 hectares de coton (contre 10 l’année passée), 8 hectares de mil et 2 hectares de maïs. «J’ai décidé de réduire la culture de coton à cause de la mise en place tardive de l’engrais. Nous n’avons pas encore reçu les quantités dont nous avons besoin», répond le paysan. Il confirme que l’hivernage débute bien cette année, comparée à l’année dernière. «Je suis très satisfait du début de l’hivernage. Les semis ont poussé. La pluie est assez intéressante», a déclaré le ministre Modibo Keïta, qui avait auparavant visité les champs de mil, de riz et de maïs de Adama Théra. Militaire à la retraite, ce dernier dispose de 9 hectares à la périphérie de la foret classée de la Faya. Sur lesquels six hectares sont mis en valeur dont un hectare de maïs, un hectare de riz et 4 hectares de mil. La visite a pris fin à la hacienda de Babou Diallo. Ancien employé de Microsoft aux USA, cet expatrié a investi dans l’agriculture. Il emploie 11 travailleurs permanents et beaucoup de femmes de façon temporaire. Sur ses 23 hectares, 20 sont entourés de fil de fer. Dans cet endroit verdoyant l’agro-business man élève des vaches, de la volaille, cultive du maïs, produit du mil, de la mangue, des oranges, du miel, des tubercules… « La zone est, par ailleurs, confrontée à un problème d’eau, notamment en saison sèche. Le village est entouré de plusieurs marigots exploitables en toute saison », a affirmé le maire de la Commune de Zan Coulibaly, Amara Diakité. Au regard de ce potentiel, a répondu le ministre Modibo Keïta, «nous pouvons faire des irrigations de proximité en réalisant des micro-barrages dans le cadre du programme d’eau agricole qui verra le jour bientôt ». « Il faudrait que des zones comme Korokoro soient privilégiées en vue de permettre aux agriculteurs et aux éleveurs de pouvoir mener leurs activités 12 mois/12, contre cinq mois présentement», a -t-il ajouté. Ce qui pourrait, selon lui, « maintenir les jeunes sur place, réduisant ainsi les migrations irrégulières et leurs conséquences désastreuses ». CMT/MD (AMAP)
Région de Kayes (Ouest du Mali) : Flambée des prix de l’engrais non subventionné
Par Bandé Moussa SISSOKO Kayes, 27 juin (AMAP) Dans la Région de Kayes (Ouest), la problématique de l’accès aux intrants agricoles plonge les producteurs dans l’inquiétude. Les paysans attendent avec impatience les engrais qui sont subventionnés par l’Etat. Alors que sur le marché, on assiste à une flambée des prix des produits non subventionnés. Certains commerçants abusent souvent de la naïveté des clients en proposant leurs marchandises à des coûts très élevés. Il faut user de l’art de la négociation ou de la persuasion pour espérer obtenir ces produits à moindre coût. Actuellement, le prix d’un sac de 50 kg d’engrais coûte 40.000 Fcfa dans certains points de vente de la Cité des rails (Kayes). Mais, d’autres engrais sont écoulés à un prix inférieur ou égal à 25.000 Fcfa dans la cité et dans certaines localités de la région. Au grand marché de Kayes, le commerçant Bakary Boundy soutient que les engrais sont chers cette année. Il vend le sac de 50 kg d’urée à 40.000 Fcfa. Pour avoir la même quantité de complexe céréales, il faut débourser 35.000 Fcfa contre 15.400 Fcfa l’an dernier et le kilo est cédé à 500 Fcfa. Ce commerçant vend une autre variété d’intrants agricoles, appelée « Complexe 17 17 17 », produite par Boubacar Sow. Le sac de 50 kg de cette variété est cédé à 35.000 Fcfa. Bien que le marchand reconnaisse la cherté des prix, il ne peut cependant donner aucune explication à sa clientèle sur la question. Selon lui, seuls les fournisseurs peuvent éclairer les producteurs sur cette flambée soudaine des prix. Par ailleurs, il déplore la lenteur dans la livraison des intrants agricoles subventionnés. Or, les producteurs en ont urgemment besoin en cette période de semis. Selon le directeur régional de l’Agriculture de Kayes, Ousmane Camara, le producteur doit débourser 31.875 Fcfa pour un sac de 50 kg d’urée, 40.500 Fcfa pour le DAP, 30.625 Fcfa pour le complexe céréales « NPK » et 3.000 Fcfa le kg de semence de maïs hybride. Il précise que les trois premiers engrais (urée, DAP et complexe céréales NPK) sont subventionnés par l’Etat à hauteur de 12.500 Fcfa, l’engrais organique à 2.500 Fcfa et la semence de maïs hybride à 1.500 Fcfa. La gamme des engrais organiques industriels est estimée à 5.500 Fcfa le sac. La direction régionale de l’Agriculture a fait diffuser des communiqués à la radio pour informer la population sur les prix standards. Le directeur Ousmane Camara est aussi intervenu sur les ondes de la station régionale de l’ORTM pour informer et sensibiliser les citoyens afin d’éviter la hausse des prix. S’agissant des engrais subventionnés, Ousmane Camara a expliqué que ses services avaient invité les producteurs à se faire inscrire, tout en donnant des informations sur leurs parcelles, au niveau des mairies. « Il n’y a pas de problème avec les engrais subventionnés. Seulement, le stock couvre à peine les 10% de nos besoins », a souligné le directeur régional. Contrairement à l’année dernière, les besoins de la Région de Kayes sont estimés à 1.368 tonnes en 2022 contre 1.336 en 2021. La région attend 91 tonnes d’urée cette année contre 311, 10 tonnes de DAP contre 23 tonnes, 34 tonnes de NPK contre 419. La part des engrais organiques industriels est très importante cette année. Les besoins sont de l’ordre de 1.242 tonnes contre 98 tonnes en 2021. Les engrais organiques industriels sont moins chers. Le directeur relève une insuffisance dans le suivi des marchés, en raison de cette période de crise et de libéralisme économique. L’encadrement technique encourage beaucoup l’utilisation des engrais organiques industriels qui favorisent la fertilisation des sols et l’accroissement de la production. Ces derniers sont produits localement contrairement aux engrais chimiques qui proviennent essentiellement d’Ukraine et de Russie. Le conflit entre ces deux grands producteurs a provoqué un renchérissement des prix de ces produits sur les marchés nationaux et internationaux. BMS/MD (AMAP)
Interêt croissant pour la production de melon et de pastèque au Mali
Par Kadiatou OUATTARA Bamako, 27 juin (AMAP) Salla, village situé à environ 13 km de Bamako, la capitale du Mali. Cette bourgade, de plus en plus célèbre, relève de la Région de Koulikoro. Entourée de villages abritant des unités industrielles, des auberges, des champs, elle draine des foules de visiteurs depuis quelques temps. Hommes d’affaires de premier plan, médias, politiques… y défilent souvent. Motif : visiter les champs de pastèque et de melon du richissime homme d’affaire malien, Ibrahim Diawara. Le patron de la société d’un groupe spécialisé dans l’agro-business, y possède cinq hectares : un destiné à la culture du melon et les quatre autres consacrés à celle de la pastèque. Issu de la famille des Curcubitacées, le melon, nom scientifique «Cucumis mélo », est de deux types repartis entre plusieurs variétés. Celles rencontrées sur le marché malien, ont la peau colorée et l’intérieur est orange (Cantaloup charentais) ou la peau colorée et l’intérieur est vert (Galia), les premiers sur le marché national avant l’indépendance. Puis vient le jaune canari (à la peau jaune et la chair blanche (Moussa melon) qui a été introduit par l’ancien président de la République, feu Moussa Traoré. De la même famille que le melon, la pastèque ou «Citrulus vulgaris» est, également, de deux types avec une diversité de variétés. Celle à la chair rouge avec plusieurs variétés (Charleston gray, Sagar baby, Kaolac, Crimson sweet) est la plus répandue sur le marché malien. Jadis saisonniers, ces deux produits sont maintenant disponibles presque toute l’année dans les rayons de supermarchés locaux, les coins de rues et le long des grandes artères. Accusés à tort ou à raison d’avoir une propension à vendre cher, leurs vendeurs font croire aux clients qu’ils sont importés du Maroc. Peut-être une manière de justifier le prix onéreux qu’ils imposent à la clientèle. «En réalité, la plupart sont cultivés au Mali notamment dans la périphérie de Bamako pour le melon et dans la zone de Barouéli pour la pastèque, précisément à Sanankoroba (Près de Bamako), Ségou, Bla, (Centre), Sikasso (Sud), Samé, Diéma (Ouest)», confirme Dr Aminata Dolo Nantoumé, spécialiste au programme fruits et légumes du Centre régional de recherche agronomie (CRRA) de l’Institut d’économie rurale (IER), basé à Sotuba. La société de M. Diawara a décidé d’investir dans ce «secteur très rentable», afin de booster davantage la production nationale. Le promoteur, l’opérateur économique, lui-même, pilote le projet de la filiale «Diazon». Il tend à devenir l’un des grands producteurs de ces fruits notamment hors saison habituelle de production. Pourquoi ce choix ? MICRO-IRRIGATION – «Je suis un grand amateur de la pastèque. Un jour, une dame a voulu me vendre le kg à 7 000 Fcfa, prétextant que les pastèques provenaient du Maroc. Je me suis alors demandé comment parcourir 4 000 km pour venir nous vendre ici des fruits constitués à 90% d’eau. C’est à partir de ce jour que j’ai décidé de m’engager dans la culture de la pastèque», explique Ibrahima Diawara. Pour y arriver, l’opérateur économique jette son dévolu sur une technique appelée micro-irrigation ou la méthode «goutte à goutte». Elle consiste à diluer de l’engrais dans une machine contenant de l’eau pour ensuite l’évacuer goutte à goutte au pied des végétaux, soit 1,5 litre d’eau par heure. Selon lui, cette technique est la meilleure parce qu’elle permet d’économiser en engrais et en eau, tout en assurant une bonne récolte. Grâce à cette technique, Ibrahima Diawara a eu 41 600 melons sur un total de 10.400 pieds plantés, chaque pied donnant quatre fruits. Avec 6 250 pieds de pastèques par hectare, notre interlocuteur assure avoir obtenu une production de 86 200 kg, soit un total de 344 800 kg pour les quatre hectares. Ce qui lui a permis de vendre le kilo du melon à 500 Fcfa, contre 350 Fcfa pour la pastèque. « En principe, il faut deux mois et 15 jours au melon et à la pastèque pour atteindre la maturité. 48 jours pour le cycle végétatif et 25 jours pour la récolte », explique celui qui dit se faire le devoir de mobiliser tous les opérateurs économiques du Mali pour qu’ils s’engagent dans ces productions «économiquement très rentables». Sans préciser combien sa production lui a apporté, M. Diawara se dit disponible à accompagner gratuitement, en termes d’appui conseil et technique, ceux qui veulent se lancer dans le domaine. Fournisseur d’intrants au sein de l’entreprise sémencière Technisem, Bablé Diarra. confie que les semences de ces fruits sont importées d’Europe et du Maghreb. Selon lui, le sachet de 100g du «melon charentais» coûte 6 870 Fcfa contre 11.740 Fcfa pour 500g de la «pastèque kayak». Parlant des difficultés liées à la culture de ces fruits, Dr Aminata Dolo Nantoumé, évoque la non maîtrise de l’itinéraire technique, les problèmes de conservation, de commercialisation et une multitude de parasites et de maladies qui peuvent attaquer les fruits. Par ailleurs, Dr Aminata Dolo Nantoumé explique que la culture du melon se fait en plein champs, en saison sèche et fraiche. Elle exige des températures diurnes assez élevées ainsi qu’un bon ensoleillement. Ce fruit succulent supporte moins les températures nocturnes élevées, une forte humidité de l’air et un temps couvert. «L’hivernage provoque donc des baisses de qualité et de rendement», conclut-elle. KO/MD (AMAP)
Marché du mouton de Tabaski : Gao veut ravitailler la capitale Bamako (Mali)
Par Abdourahmane TOURE Gao, 22 juin (AMAP) La fête du mouton approche à grands pas. Il est prescrit à tout musulman ayant les moyens d’en acquérir pour accomplir le rite sacrificiel. Au Mali, plus précisément à Gao (Nord), acheter un mouton de fête pour les bourses moyennes relève d’une équation presque impossible. En effet, à l’embargo et l’insécurité qui sévissent sur l’ensemble du territoire national, s’ajoutent les prix exorbitants du mouton de sacrifice à l’occasion de cette fête religieuse. Notre équipe de reportage s’est rendu sur le marché à bétail de la Commune urbaine de Gao. La tête enveloppée d’un turban de couleur blanche, le revendeur de moutons Assadeck assure qu’il exerce ce métier depuis une quinzaine d’années. «Souvent, j’achète les moutons dans la Commune rurale de Djebok pour les revendre dans la Cité des Askia (Ndlr, Gao) », dit-il. « Cette année, j’ai acheté la plupart de mes moutons à 60.000 Fcfa au marché de Djebok, un village distant de 40 km du Cercle de Gao. Je débourse 500 Fcfa comme frais de transport pour chaque tête. Le bourgou (Ndlr, fourrage herbacé très prisé par les animaux) ou l’aliment-bétail coûte très chers cette année. Et pour réaliser un bénéfice, je compte revendre chaque bête à 70.000 Fcfa », dit le négociant. Selon lui, à cause de l’insécurité et du manque d’herbe, les prix des animaux ont flambé. « Du fait du blocage de la Route nationale 16 (RN-16), reliant Gao-Sevaré-Bamako, les rues de la Cité des Askia sont bondées d’animaux venus d’Ansongo et de Maradi (Niger) », révèle le chef de la voirie de la municipalité de Gao, Amadou Maïga. En temps normal, ces vendeurs transitent par Gao pour rejoindre la capitale. « Avec 75.000 Fcfa, on peut acheter un bon bélier et un moyen à 30.000 Fcfa sur le marché de Gao », ajoute M. Maïga. Plus pessimiste que notre premier interlocuteur, Mohamed Haïdara pense que le prix d’un bon géniteur sur le marché de la ville varie de 80.000 à 100.000 Fcfa. Mohomodou Idrissa est un commerçant. Il estime, de son côté, que malgré l’insécurité sur l’axe Gao-Sevaré-Bamako, le prix du mouton sur le marché de bétail de Wabaria, situé à 15 km de la ville, n’a pas baissé. « Mardi passé, raconte-t-il, jour de la foire du bétail de Wabaria, j’ai été, là-bas pour me procurer des moutons de Tabaski. Après plusieurs tours, je suis tombé sur un éleveur qui fait de l’embouche, avec qui j’ai réussi à négocier trois gros béliers à raison de 92.500 Fcfa chacun », nous dit-il. «Avant la crise, on pouvait s’acheter un bon bélier à 40.000 Fcfa. Actuellement, les prix sont exorbitants. Cela s’explique par le fait que cette année, le prix du sac de 40 kg d’aliment bétail, qui se vendait à 7.500 Fcfa, a atteint 10.000 Fcfa voire 12.500 Fcfa. Et le prix du tas de bourgou est passé de 1.250 à 1.500 Fcfa. Tous ces facteurs concourent à la hausse du prix de la bête», explique le commerçant Mohomodou Idrissa. Selon lui, la cherté fait partie des habitudes de la ville de Gao. Il corrobore sa thèse par ce qu’il a vécu l’année dernière. Il assure avoir été témoin d’une spéculation inexpliquée sur le prix du mouton. Un marchand a acheté un bélier à 150.000 Fcfa à Gao pour le revendre 100.000 Fcfa plus cher soit à 250.000 Fcfa à un étranger sur le marché à bétail de Wabari. Le porte-parole des vendeurs de moutons, Abdoulaye Touré, confirme que quatre camions chargés de 160 à 180 têtes de bétail ont quitté Gao pour rallier Bamako. Selon lui, ces camions sont déjà arrivés à Douentza où ils seraient bloqués Par ailleurs, trois autres sont en route, ils ne sont pas loin de la localité de Gossi, selon ses dernières informations. « Pour les frais de transport de Gao à Bamako, nous avons payé 1.800.000 Fcfa par camion sans compter le prix des nattes et des pailles pour les animaux », révèle le porte-parole. Certains vendeurs de la zone de Bamba ont emprunté les pinasses pour rallier Bamako par Mopti. Malgré les difficultés rencontrées sur les marchés primaires pour acheter les animaux et celles liées au trajet Gao-Bamako, les marchands sont déterminés à assurer l’approvisionnement de la capitale en moutons. La détermination des prix, au final, dépendra fortement de tous les aléas parcourus (tracasseries routières, insécurité). Les chefs de ménage appréhendent déjà avec angoisse les préparatifs de cette fête. Beaucoup d’entre eux se résoudront à vider leur portefeuille pour satisfaire les exigences des enfants, tout en évitant l’opprobre de n’avoir pas son mouton de fête. AT/MD (AMAP)
Campagne agricole 2022-2023 : Un peu plus de 10,5 millions de tonnes de céréales (Mali-Météo)
Par Makan SISSOKO Bamako, 22 juin (AMAP) L’Agence nationale de la météorologie (Mali-Météo), organisme public spécialisé en prévisions météorologiques, prédit, cette année, une production agricole estimée à un peu plus de 10,5 millions de tonnes de céréales. Mali-Météo prévoit, aussi, une saison des pluies humide caractérisée par des dates de démarrage précoces à moyennes, de fin tardives à moyennes, des séquences sèches courtes à moyennes dans la partie Ouest et moyennes à longues dans la partie Est du pays. Cette année, il est également attendu « des écoulements globalement excédentaires à moyens dans les principaux bassins fluviaux ». Le cumul pluviométrique sera supérieur ou proche des moyennes saisonnières de la période 1991-2020 sur la majeure partie du Mali. Quelles attitudes doivent adopter les producteurs pour pouvoir booster les productions céréalières au sortir de la campagne 2022-2023 ? Sur la prévision de production d’un peu plus de 10,5 millions de tonnes de céréales, il y a 41,2% de maïs, 28,6% de riz, 15,1% de mil, 14,3% de sorgho, 0,5% de fonio et 0,2% de blé pour une superficie à cultiver estimée à 6.061.726 hectares. L’agriculture malienne est toujours tributaire de la pluviométrie. L’atteinte de ces résultats dépend donc, en grande partie, de l’abondance des pluies. Ce qui paraît de plus en plus incertaine, à cause des effets néfastes du changement climatique. Dans un tel contexte, seules les semences de qualité et l’appropriation des conseils des spécialistes permettent d’avoir de bons rendements. « Elles contribuent jusqu’à hauteur de 50% à 80% pour les hybrides », révèle Dr Dionkounda Camara, le responsable du Laboratoire d’analyses de qualité des semences (Labosem) de l’Institut d’économie rurale (IER), basé à Sotuba et expert semences. Selon lui, il existe quatre catégories de semences : semences de pré bases, de bases, certifiées première reproduction (R1) et certifiées deuxième reproduction (R2). Elles sont identifiées respectivement par des étiquettes de couleur blanche barré de violet, blanche uniquement, bleue et de couleur rouge. « Les producteurs disposant de grandes superficies les achètent généralement », explique-t-il. Les paysans doivent, avant toute chose, chercher à comprendre auprès des compagnies semencières les qualités et variétés de semences adaptées à leur zone de production. Chaque zone agro-écologique du Mali est subdivisée en zones de cultures bien distinctes. avec des variétés répondant au changement climatique. En la matière, les nouvelles variétés développées par la recherche et homologuées par le Labosem, ont subi un certain nombre de tests appelés les épreuves de distinction homogénéité stabilité et les épreuves de valeur agronomique, technologique, environnementale. Ces variétés créées par la recherche hybride et à pollinisation libre (OPV) répondent forcément au critère de changement climatique. Les semences homologuées sont inscrites dans le catalogue des espèces et variétés du Mali. La dernière édition de ce catalogue national parue en juin 2021, contient 298 nouvelles variétés pour 9 espèces : le mil, le maïs, le sorgho, le niébé, le riz, l’arachide, la tomate, l’oignon et l’échalote. «Pour chaque nouvelle variété où espèce inscrite dans le catalogue, il y a une pluviométrie bien décrite. C’est à cela que les producteurs doivent obligatoirement se consacrer. Chaque zone a sa pluviométrie et sa variété adaptée pour faire les semis», conseille-t-il aux producteurs. Selon lui, dans les zones où il ne pleut pas beaucoup, les agriculteurs doivent semer à bonne date et utiliser les variétés certifiées et de qualité à cycle court adaptées au changement climatique. À Sikasso par exemple, les producteurs ont commencé les semis depuis le mois de mai. «Cette année avec le début précoce et l’intensité annoncée, il y a certaines cultures qui n’aiment pas assez d’eau. S’il y a des inondations et que la durée de l’eau atteint les 3 et 4 jours, les plants tels que le sorgho, le mil et le maïs qui ne supportent pas la stagnation d’eau, jaunissent et cela serait une perte de rendement», prévient Abdouramane Yoroté, Ingénieur agronome à l’Unité agro climatologie à l’IER, basé à Sotuba. M. Yoroté conseille aux paysans de ne pas cultiver dans des endroits comme les bas-fonds. Le spécialiste demande aux producteurs d’être toujours à l’écoute de la météo pour suivre les prévisions et la progression de l’hivernage pour bien boucler le cycle des variétés utilisées dans les localités. Selon Abdouramane Yoroté, les producteurs sont actuellement conscients des enjeux du changement climatique mais sont toujours réticents par rapport aux nouvelles pratiques d’utilisation des semences. «Dans le cadre de nos enquêtes sur le changement climatique, nous avons remarqué que présentement en milieu rural, les paysans n’ont que les anciennes semences qui sont de nos jours inadaptées à la culture», fait-il savoir. MS/MD (AMAP)
Journée de l’enfant africain : Les zones rurales ne sont pas épargnées par le travail des enfants
Par Mariam F. DIABATE Sikasso, 17 juin (AMAP) Ce jeudi 14 avril 2022, il est 11 heures sur le site d’orpaillage de Foroko (une localité dans le Cercle de Kangaba, près de la frontière du Mali avec la République de Guinée). Ici beaucoup d’hommes, des femmes et des enfants. Chacun est occupé à faire quelque chose. Tandis que certains garçons de moins de 15 ans creusent les trous, d’autres attendent avec impatience de remplir des seaux qu’ils tirent du trou. Non loin de là, un petit groupe de quelques filles qui rincent inlassablement une petite motte de boue, dans l’espoir de tomber sur quelques pépites d’or. La petite Oumou Diarra fait partie du groupe. Elle est là grâce à son oncle, Elle affirme que laver la boue est son quotidien. « Dès que les travailleurs commencent à creuser, on se met en place afin de récupérer la boue susceptible de contenir des pépites d’or », dit la gamine. Elle affirme qu’en marge des activités d’orpaillage sur le site, de nombreuses jeunes filles s’adonnent à la prostitution pour arrondir les angles. Elle a révélé le cas de son amie, Koro dont l’oncle l’a amenée ici pour travailler. «Apparemment, son parent n’était pas satisfait de l’argent qu’elle gagnait. Il a, alors, commencé à l’encourager à se prostituer. », dit Oumou. Afin de mettre à l’aise sa nièce, l’oncle a ouvert un maquis pour couvrir ses activités louches. « Naturellement, les parents de Koro ne sont pas au courant de sa double vie ici», précise notre interlocutrice. Oumou a ajouté, également, que des pratiques de mariage sous contrat (communément appelés en bamanankan «Fouroudeni») sont monnaie courante. Par ailleurs, Oumou se souvient encore du viol d’une petite fille sur le site, en 2015. La victime a été retrouvée gravement blessée dans la case de ses deux violeurs. « Fort heureusement, ces derniers ont été rapidement confondus et ils sont actuellement en train de purger leur peine », dit-elle. Les jeunes garçons sont, aussi, nombreux sur les sites d’orpaillage. Selon Seydou Kanté, un garçon de 14 ans, tirer les seaux, laver la boue afin d’y trouver de l’or, vendre de l’alcool… constituent les activités principales des garçons de son âge. «Nous travaillons de 5 heures du matin à 20 heures. La vie est très dure ici, car il n’y a pas de pitié. L’exploitation, la trahison et d’autres formes de violence constituent notre quotidien», explique-t-il. PLUTÔT LE COTON QUE LES ETUDES – S’exprimant sur les difficultés auxquelles les enfants sont confrontés sur le site d’orpaillage de Foroko, Seydou Kanté a révélé que lorsque qu’on surprend un enfant en train de voler de l’or, il s’expose inévitablement à la vindicte populaire et à tous les sévices et atrocités jusqu’à l’arrivée de ses tuteurs. Des justiciers improvisés vont jusqu’à utiliser des méthodes de torture dignes des camps de concentration faisant passer au fautif des moments douloureux, s’il ne rend pas l’âme sous l’assaut des méthodes barbares d’une autre époque. ‘Toutes ces exactions, selon Seydou Kanté, se passaient avant l’installation des «Ton boloma», autrement dit, les protecteurs et gardiens des sites d’orpaillage ». Il en est du site d’orpaillage de Foroko comme de celui de M’Bèkèla (localité située dans la Commune rurale de Finkolo Ganadougou, Sikasso). Là-bas, les conditions de travail des enfants sont exécrables. Ils sont mal rémunérés, n’ont pas de dortoirs, boivent de l’eau souillée des drags, etc. C’est aussi un camp de concentration à ciel ouvert, dans un monde disparate où les plus forts règnent en maîtres absolus des lieux. La souffrance physique, morale et psychologique des enfants travaillant sur les sites d’orpaillage est sans commune mesure avec ceux qui courbent l’échine dans les champs. Une ressortissante du village de Koungoba (Cercle de Sikasso), Kadidiatou Fané témoigne. Elle est âgée de 14 ans. L’année dernière, elle était en classe de 6è année, Elle a abandonné les études, car elle n’avait pas de temps à y consacrer à cause des travaux champêtres. Elle est actuellement à Sikasso, chez une tante, afin de rassembler de quoi constituer son trousseau de mariage. Elle raconte que pendant la récolte du coton, chaque matin elle se rend au champ de 8 heures à 18 heures, pendant un mois ou plus. De retour des champs, aux environs de 18 heures, les enfants doivent s’occuper des travaux domestiques. « Donc, je ne disposais pratiquement pas de temps suffisant pour apprendre mes leçons, m’exercer et faire mes devoirs », soupire-t-elle. «Une fois, j’ai dit à mon père que nous sommes en composition, que je dois apprendre au lieu d’aller au champ, il m’a répondu que j’irai composer au champ», se souvient-elle, avant d’ajouter que « récolter le coton est une obligation pour chaque enfant de Koungoba ». ENGAGEMENT DES ACTEURS – Le travail des enfants peut affecter, non seulement leur santé mais, aussi, leur éducation scolaire. L’effort physique intense demandé aux enfants entraîne des conséquences pour leur croissance. Des enfants peuvent s’adonner, à l’insu de leurs parents, à la consommation de stupéfiants afin de faire face aux lourdes charges des travaux imposés. Pourtant, le Code du travail interdit d’employer « les enfants de moins de 18 ans à des travaux excédant leurs forces, représentant des dangers ou qui, par leur nature et par les conditions dans lesquelles ils sont exécutés, sont susceptibles d’affecter leur moralité ». MFD/MD (AMAP)
Recensement général de la population : Combien sont les Maliens ?
Par Oumar SANKARE Bamako, 16 juin (AMAP) Combien de Maliens sommes-nous au total, en réalité : 19, 20, 21 ou 22 millions ? Ces chiffres distillés ça et là sont des estimations qui varient selon les sources ou les méthodes de calculs utilisés. Le Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) est la seule opération de collecte qui fournit des informations exhaustives et fiables sur l’état et la dynamique de la population aux niveaux de l’ensemble du pays, des régions, des cercles, des communes et des villages/fractions/quartiers au Mali. Le dernier, qui remonte à 2009, estimait la population malienne à 14,5 millions d’habitants dont 50,4% de femmes et plus de 70% vivant en milieu rural, selon l’Institut national de la statistique (INSAT). Les travaux de terrain du cinquième Recensement général qui ont été lancés dans cette optique, depuis plusieurs mois, à travers le ministère de l’Économie et des Finances, ont officiellement démarré mercredi 15 juin 2022, à travers tout le Mali, «préalablement découpé en zones de dénombrements». L’opinion nationale et internationale en a été informée la veille (mardi) par un message du Ministre de l’Economie et des Finances, Alousséni Sanou. « Durant les trois prochaines semaines, les agents recenseurs et les chefs d’équipes, qui sont chargés de collecter des informations sur les caractéristiques socioéconomiques, démographiques et culturelles de la population, passeront, à cet effet, dans nos familles respectives », annoncé le ministre en charge des opérations. Selon lui, au total 26.327 agents recenseurs, 4.504 chefs d’équipes et 866 contrôleurs TIC seront engagés sur le terrain auprès des ménages. «Ces équipes seront encadrées par les cadres et responsables de l’Institut national de la statistique, des autres structures du Système statistique national, des directions régionales et des services locaux de la planification, de la statistique et de l’informatique, de l’aménagement du territoire et de la population», explique-t-il. Aux populations (Maliens et ressortissants d’autres pays vivant sur le territoire national), ils demanderont des informations relatives à plusieurs aspects de la vie notamment l’état civil, l’éducation, la santé, l’emploi, la mobilité et les caractéristiques de l’habitat. « À l’effet de compter le nombre d’habitants, de mesurer la fertilité, la mortalité et les déplacements, de dégager des tendances démographiques et même de contribuer à détecter des inégalités en matière d’emploi, d’éducation et de richesse », comme l’explique le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) sur son site Internet, à propos du recensement. AVENIR – L’agence directrice des Nations unies en charge des questions de santé sexuelle et reproductive rappelle que ces informations générées par les recensements de la population et de l’habitat (nombre d’habitants, répartition, conditions de vie et autres données clés) sont essentielles pour l’élaboration des politiques de développement. « Car, alerte-t-elle, en l’absence de données précises, les responsables politiques ne sont pas en mesure de déterminer les infrastructures nécessitant des investissements (écoles, hôpitaux, routes) et les populations les plus démunies ne sont pas répertoriées ». Donc de la réussite de cette opération, dépend le devenir du Mali et l’avenir de ses enfants. Le ministre en charge de l’Économie a, à cet égard, sollicité «l’engagement des chefs de quartier dans nos villes et les chefs de village et de fraction, en vue d’une meilleure orientation des agents recenseurs déployés dans leurs localités ; le dévouement des autorités administratives et municipales (gouverneurs, préfets, sous-préfet, maires), pour la coordination des opérations dans leurs circonscriptions ; l’accompagnement habituel des Forces de défense et de sécurité en vue de la protection et de la sécurisation de cette opération». En réponse à cette sollicitation, le gouverneur du District de Bamako, la capitale malienne, Abdoulaye Coulibaly a procédé au lancement du cinquième Recensement général de la population et de l’habitat pour le District. C’était mercredi chez le chef de quartier de Ouolofobougou, Bourama Ciré Fadiga, en présence du directeur national adjoint de l’INSAT, Dr Issa Bouaré. Il a été organisé par l’INSAT en collaboration avec la direction régionale de la planification, de la statistique, de l’informatique, de l’aménagement du territoire et de la population du District de Bamako. Prenant la parole, le gouverneur du District de Bamako a levé toute équivoque. «Ce recensement a un but purement statistique et vise à contribuer à l’amélioration de la connaissance de la situation démographique, sociale et économique du pays et de sa dynamique en vue d’une meilleure prise en compte des variables démographiques dans les programmes et stratégies de développement pour la fourniture des données socio-démographiques pertinentes, fiables et à jour», a précisé Abdoulaye Coulibaly. La maire de la Commune III a exprimé sa satisfaction d’avoir participé à cette activité combien importante pour le Mali. «La population est galopante. Les quartiers s’agrandissent de jour en jour, avec toujours de nouveaux venus en ville. Nous avons donc, régulièrement, besoin d’éléments statistiques pour savoir où aller et prévoir le développement de la Commune et la construction du pays», a souligné Mme Djiré Mariame Diallo. Tous les intervenants ont invité les populations à coopérer avec les agents de recensement. Ils ont exhorté les responsables administratifs, élus locaux, acteurs de la société civile, femmes, hommes et jeunes à contribuer à la réussite de cette opération dont les résultats «nous serviront ainsi que les générations futures». OS/MD (AMAP)

