Poulets : Les prix prennent l’ascenseur

Par Anne-Marie KEITA Bamako, 22 fév (AMAP) Lorsqu’une femme accouche, il est de tradition de préparer de la soupe pour la nouvelle maman. Pour sacrifier à cette tradition, Mme Camara Fatoumata Touré s’est rendue au marché de volaille de Kati pour acheter deux poulets et préparer une soupe pour sa belle sœur qui venait d’accoucher. Avec un billet de 10 000 Fcfa, elle espérait avoir deux poulets locaux. Elle a été surprise par une augmentation des prix. En plus de la hausse, il est aussi difficile de trouver un poulet physiquement satisfaisant du fait de la mauvaise alimentation de la volaille. Mme Camara s’est donc tournée vers le poulet de chair dont elle croyait avoir le kg à 2 000 Fcfa comme d’habitude. Là aussi, une vendeuse lui fait savoir que le kg de cette race est passé à 2. 00 Fcfa. Au marché de Kati comme ailleurs, il est aujourd’hui difficile de se procurer un poulet local sans débourser entre 5 000 à 7 500 Fcfa. Les causes de la hausse du prix de la volaille sont liées, selon le président de la Commission développement partenariat et financement de la Coopérative de valorisation des races aviaires locales (Wasaso), Cheickna Dianka, au coût élevé des ingrédients indispensables à l’aliment-volaille, notamment le maïs, source de protéines et autres additifs. Selon lui, d’autres causes seraient l’insuffisance de l’offre de volaille, la prévalence de maladies aviaires à cycle répétitif à la base de fortes mortalités, la faible organisation des producteurs avicoles et l’insuffisance des capacités techniques, institutionnelles et organisationnelles des acteurs du sous-secteur avicole. Evoluant dans l’aviculture depuis 5 ans, Ladji Bouaré, est un jeune entrepreneur qui s’intéresse à l’élevage. Il dispose de sa propre ferme de volaille. À ses dires, il a commencé par les poulets locaux pour ensuite aller vers la race métisse ou «barama» et finir avec la race 3/4. Concernant la flambée des prix de la volaille, ce jeune entrepreneur dit que le coût du transport a rendu difficile l’élevage surtout pour les races importées comme les «barama». La flambée du prix du carburant a, aussi, eu un impact sur l’importation des produits, notamment l’aliment volaille. S’y ajoute l’avènement de la Covid-19 qui a beaucoup freiné la production de certaines races importées. Selon Ladji Bouaré, le prix du principal ingrédient de l’aliment volaille qui est le maïs a pris l’ascenseur. Au moment de la Covid-19, le sac de 100 kg de maïs était vendu à 35 000 Fcfa contre 14 000 avant cette pandémie. Aujourd’hui, le même sac varie entre 28 000 et 32 500 Fcfa, soit une baisse légère. Aussi, l’aliment chair qui était cédé à 13 500 Fcfa a grimpé à 18 000 Fcfa aujourd’hui. Un autre aliment indispensable dans la production est la vitamine concentrée dont le sac a aussi subi une petite augmentation, passant de 35 000 Fcfa à 40 000 Fcfa. Le représentant de la Coopérative des producteurs de poulets de chair, Thierno Sidibé, confirme la hausse du prix du poulet de chair et du poulet local. Il ajoute que le coût de production d’un kilo de poulet de chair a connu une augmentation de presque 35%. Pour lui, cette augmentation est tout à fait justifiée par le coût élevé des matières premières indispensable à l’élevage de la volaille, notamment le maïs qui intervient dans l’aliment volaille à hauteur de 60%. Cet ingrédient, beaucoup sollicité dans l’alimentation des volailles et cultivé chez nous, était une chance pour le Mali. « Malheureusement, déplore-t-il, ce produit est exporté malgré l’interdiction d’exportation des produits alimentaires par les autorités maliennes. » Le tourteau de coton, un autre ingrédient dans l’alimentation volaille, est une source de protéines d’origine végétale. La production du tourteau de coton devrait donner aux éleveurs beaucoup de facilités. Le tourteau, capital dans l’aliment volaille, est importé du Burkina Faso. Cet aliment utilisé dans l’aliment de volaille à 20% a aussi connu une augmentation passant de 11 500 Fcfa à 16 000 Fcfa le sac de 50 kg. Sans compter les ruptures qui ont fortement perturbé le marché. Il y a aussi le son de blé qui a connu une augmentation assez remarquable passant de 100 à 200 Fcfa le kilo. Le kilo d’aliment pour les poulets de chair est passé de 300 Fcfa à 450 Fcfa, soit une augmentation de 40%. Et le kilo d’aliment de pondeuse qui était 250 Fcfa est passé à 400 Fcfa, soit 45% d’augmentation. Dans l’alimentation volaille, en plus des aliments cités, il faut compter les ingrédients qui viennent de l’extérieur comme le complexe minéral vitaminé (CMV) qui n’est pas fabriqué au Mali, mais importé d’Europe et du Maghreb. Ce produit a aussi connu une augmentation de presque 35%. À en croire Thierno Sidibé, le marché des poussins a aussi connu beaucoup de difficultés non seulement en termes de prix et de disponibilité. La cherté de l’aliment volaille, le transport des sujets ont été durement ressenti par les éleveurs qui enregistrent d’énormes pertes. À ces difficultés, s’ajoute le manque de moyens de production des éleveurs. D’ou une baisse de production et l’absence des poulets sur le marché. «Les producteurs ont beaucoup perdu parce que nous ne sommes pas rentrés dans nos coûts de revient pour faire des marges qui peuvent nous permettre de continuer notre activité», a regretté Sidibé. Il note que l’aliment volaille occupe 80 % des dépenses de production et quand il devient cher, les prix grimpent. Absence de subvention – Pour Lamine Traoré, secrétaire à l’organisation de la Fédération des intervenants de la filière avicole au Mali (FIFAM), ces augmentations sont à la base de la raréfaction. Lamine Traoré évoque aussi le problème de la subvention que l’État accordait aux producteurs et éleveurs sur certains types d’intrants importés de l’extérieur qu’on appelle les concentrés d’aliments volaille. Ces produits sont composés de vitamine, de minéraux et de protéines. L’État les subventionnait à 30% de remise à l’éleveur. Si par exemple l’éleveur achetait le sac à 65 000 Fcfa, avec cette subvention, il va l’acheter à 50 000 Fcfa.

Conférence de haut niveau sur la corruption en Afrique : Des centaines de délégués de 35 pays à la 2è édition à Bamako

Bamako, 22 fév (AMAP) Quelque 300 délégués venus de 35 pays participent à la 2è édition de la Conférence de haut niveau sur la corruption en Afrique qui se tient à Bamako, depuis lundi, au Mali, sous le thème : «Lutte contre la corruption : nouvelles dynamiques, recouvrement d’avoir illicites et coopération internationale», a constaté l’AMAP. Les participants ont l’ambition de faire de cette rencontre un cadre référentiel en matière de bonnes pratiques de lutte contre la corruption à travers les déclarations de patrimoine et le recouvrement d’avoirs illicites. L’évènement de trois jours est organisé par l’Office centrale de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI), en partenariat avec la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) et les structures nationales de contrôle. La cérémonie d’ouverture a réuni autour du Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, plusieurs membres du gouvernement dont celui en charge de la Justice et des Droits de l’Homme, Mahamadou Kassogué. À l’occasion, le président de l’OCLEI, Dr Moumouni Guindo, est revenu sur les impacts de la corruption, de l’enrichissement illicite, du blanchiment et autres formes de délinquance financière sur le développement socioéconomique. « Des fléaux qui creusent les inégalités, provoquent le terrorisme et déstabilisent nos États », selon M, Guindo. Toutes choses qui « interpellent et incitent à engager une lutte implacable et concertée contre ces pratiques », a-t-il dit, ajoutant que « cette lutte est un devoir de génération en suivant la voie tracée par les mères et les pères fondateurs. » «C’est tout le sens de l’engagement solennel du président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, à apporter le changement nécessaire pour une gouvernance économique et financière vertueuse», a déclaré le président de l’OCLEI Le contrôleur général des services publics, Badra Alou Coulibaly, a indiqué qu’il n’existe pas de solution miracle pour la lutte contre la corruption et aucun acteur, individuellement, ne peut venir à bout de ce fléau. «La nature multiforme de sa manifestation nécessite une synergie d’actions de tous les acteurs et structures de contrôle et organisations de lutte contre la corruption», a-t-il insisté. Il a promis le soutien des structures de contrôle à l’État dans le cadre de la refondation. Un soutien qui se matérialisera par une lutte constante et inlassable contre la corruption. Au nom des partenaires techniques et financiers, Marchel Gerrmann a salué le caractère inclusif et participatif de la stratégie nationale de lutte contre la corruption. Et, de son côté, le coordinateur résident du système des Nations unies au Mali, Alain Noudéhou, a rappelé que la lutte contre la corruption est l’une des priorités pour réaliser les Objectifs de développement durable (ODD). Selon lui, le «dévouement des acteurs étatiques et non étatiques pour prévenir et combattre la corruption est absolument essentielle sur ce vaste chantier de la construction des sociétés justes et pacifiques». Le Premier ministre a estimé que « la corruption est un fléau pernicieux, qui compromet gravement le développement socioéconomique. » « C’est pourquoi, a-t-il dit, les autorités de la Transition mènent une lutte implacable contre la délinquance financière et l’impunité. » Le chef du gouvernement a encouragé la synergie d’actions entre toutes les structures nationales impliquées directement ou indirectement dans la lutte contre la corruption, le blanchiment de capitaux et l’enrichissement illicite. En outre, il a assuré de son soutien total et de l’accompagnement, sans ambiguïté, du gouvernement pour poursuivre cette lutte implacable. «J’engage le gouvernement à apporter tout son soutien à la mise en œuvre des recommandations qui seront issues de la présente conférence comme gage indéfectible de l’Etat du Mali à mettre en œuvre l’ensemble de ses engagements internationaux et de ses choix primordiaux de bonne gouvernance dans le respect du bien public», a lancé le Premier ministre. AG/MD (AMAP)

Mali : Plus de 8 kg d’or estimés à plus de 250 millions de Fcfa saisis par les Douanes

Bamako, 19 fév (AMAP) La direction du renseignement et de la lutte contre la fraude a saisi 8,3 kg d’or d’une valeur marchande estimée à plus de 250 millions de Fcfa, a appris l’AMAP, ce weekend, auprès des douanes maliennes. « Le métal précieux, en plusieurs colis, était soigneusement dissimulé derrière le radiateur d’un véhicule », précise la douane. Cette saisie d’or de contrebande est intervenue en fin de semaine dernière sur l’axe ivoirien. Une mission dépêchée sur le terrain par l’inspecteur des douanes, Diagueli Diakité, a déniche le métal jaune dissimulé dans sa cache aménagée à l’avant du véhicule, entre le radiateur et le moteur, selon nos sources. Les douaniers ont intercepté le véhicule recherché avant son entrée à Bamako. Le directeur général des Douanes, l’inspecteur général Amadou Konaté, a salué la vigilance des agents et les a exhortés « à maintenir la cadence dans cette lutte implacable menée contre la fraude et la criminalité transnationale. » SS/MD (AMAP)

Sociétés minières : Vers une amélioration du cadre de collaboration avec les partenaires

Bamako, 17 fév (AMAP) Les sociétés minières organisent, depuis jeudi, a Bamako, la 3è édition de l’atelier de concertation et d’échanges pour l’amélioration du cadre de collaboration entre les mines et leurs partenaires dans l’industrie minière au Mali. Il s’agit de créer un cadre d’échange pour une meilleure collaboration entre les mines et les services techniques de contrôle et de régulation des activités minières au Mali. Selon le directeur général de Barrick Gold Mali, N’Golo Sanogo si cette 3ème édition, tout comme les précédentes, a porté sur le renforcement du cadre d’échanges d’expériences entre les sociétés minières et leurs partenaires dans l’exploitation minière au Mali, « l’introduction du contenu local permettra à l’issue des travaux d’avoir une plus grande visibilité sur les réalisations des sociétés minières en la matière. » Le thème retenu pour cette rencontre de deux jours entre les acteurs du secteur vise à avoir une visibilité sur les projets et les réalisations des sociétés minières en matière de contenu local. L’atelier est une initiative de Barrick Gold. La toute 1ère édition a eu lieu en 2019. Et au fil des ans, elle est acceptée et soutenue par des mines partenaires dont Fekola, Somisy. N’Golo Sanogo a remercié direction de la mine de Fekola et celle de Syama pour leur accompagnement financier tant appréciable dans l’organisation de cet atelier. Pour les participants, il a souhaité que cet atelier soit le lieu d’échanges fructueux sur ce thème qui reste d’actualité. Selon le patron de Barrick Gold Mali, les propositions ou autres recommandations constitueront des contributions significatives dans les débats sur la question. Dans son discours d’ouverture le représentant du ministère des Mines, de l’Energie et de l’Eau, Lassana Guindo, a souligné qu’il est « important que les sociétés minières intensifient les efforts dans les actions s’inscrivant dans le cadre de la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE). » «Nous avons encore besoin de plus d’efforts sincères dans la promotion du contenu local par une meilleure implication des sociétés minières dans les initiatives portées par l’État malien», a souligné M. Guindo. Selon lui, au-delà de la promotion du contenu local, « un enjeu majeur du secteur est la responsabilité dans la gestion environnementale et sociale. » « Il est fondamental que chaque entreprise veille à l’application des meilleurs standards en termes d’impact environnemental et social », a-t-il fait savoir. Le représentant du ministre en charge des Mines a, par ailleurs, rappelé que le gouvernement de Transition « s’est engagé dans une nouvelle vision de développement dont un axe prioritaire est la mise en place des fondements pour l’accélération du développement économique du Mali dans le cadre d’une gouvernance rénovée. » « Cette gouvernance améliorée, a dit Lassana Guindo, concerne aussi bien le secteur public que le secteur privé. » Selon lui, la contribution des sociétés minières à la réalisation de cette vision est le respect strict de la règlementation en vigueur mais, aussi, une approche beaucoup plus responsable dans la mise en œuvre des activités. «Nous comptons donc sur l’engagement des sociétés minières, sur leur responsabilité, sur leur esprit d’entreprises citoyennes pour qu’elles puissent jouer valablement leur rôle dans cette nouvelle phase de développement du Mali», a confié Lassana Guindo. Il a réitéré la ferme volonté du gouvernement, à travers le département des Mines, de respecter les engagements envers les investisseurs, dans le cadre de la politique d’amélioration du climat des affaires, notamment dans le secteur minier. AG/MD (AMAP)

Budget 2024 : Prudence et maîtrise des dépenses publiques, selon le ministre de l’Economie et des Finances, Alousséni Sanou

Bamako, 7 fév (AMAP) Les perspectives macroéconomiques du Mali incitent « à la mise en œuvre d’une politique budgétaire prudente et responsable, malgré un regain de la croissance du Produit intérieur brut (PIB) », a déclaré, jeudi, à Bamako le ministre de l’Economie et des Finances, Alousséni Sanou à l’ouverture des travaux du processus budgétaire 2024. Pour l’exercice 2024, M. Sanou a fait savoir que cette prudence s’impose, malgré un regain de la croissance du PIB. «La politique budgétaire vise un objectif de déficit budgétaire de 4,5% du PIB en 2024 compte tenu de nombreux engagements du gouvernement, notamment dans le cadre du renforcement des acquis en matière de défense et de sécurité ainsi que de l’amélioration des infrastructures socioéconomiques de base. Il reste entendu qu’à moyen terme, la politique budgétaire s’inscrirait dans la dynamique de revenir progressivement au critère de convergence communautaire de 3%», a-t-il expliqué. Pour le patron de l’hôtel des Finances, « cette reprise économique doit être consolidée et renforcée à travers une planification budgétaire et une amélioration de la qualité de la dépense publique en veillant sur la viabilité à long terme des finances publiques. » Le taux de croissance réelle du PIB, estimée à 3,7% en 2022, devrait s’accélérer en 2023 pour atteindre 5,2% en 2024, a assuré Alousséni Sanou. Cette conférence a abordé trois thèmes importants pour le processus budgétaire 2024 dont celui sur «la Problématique de l’évaluation de la performance des programmes : les acquis, les contraintes et défis». Le deuxième a trait au «processus d’élaboration du budget et l’articulation entre les documents de planification stratégique nationale et les documents budgétaires : enjeux, bonnes pratiques et perspectives d’amélioration». Le troisième thème est relatif à «l’amélioration du contrôle budgétaire : les acteurs et leurs rôles». Selon le ministre de l’Économie et des Finances, la composition des panelistes, qui reflète la diversité des acteurs, permettra d’éclairer le public, entre autres, sur les innovations du contrôle dans le cadre du budget programmes, les enjeux d’un contrôle budgétaire réussi, les risques liés à l’inefficacité du contrôle budgétaire et le rôle du contrôle citoyen. PRESSION FISCALE – Parlant de l’inflation, le ministre Sanou a assuré que celle-ci demeure maitrisée et devrait se situer « en dessous de la norme communautaire de 3% grâce aux efforts conjugués du gouvernement, des acteurs du monde économique et une bonne campagne agricole. » Le patron du département de l’Economie et des Finance a, ensuite, fait savoir que, pour ce qui concerne les premières estimations de l’exécution budgétaire 2022, la mobilisation des recettes fiscales est assez satisfaisante avec un taux de pression fiscale qui se situe à 14,1% du PIB contre une prévision de 14,0%. L’exécution des dépenses a été contenue dans la limite des dépenses prévues soit 20,4% du PIB contre une prévision de 22,5%. Le niveau du déficit budgétaire est ressorti à 4,7% du PIB, nettement meilleur que la prévision de 5,3%. « L’année budgétaire 2023 qui démarre sous de bons auspices, le gouvernement maintiendra les efforts pour l’amélioration de l’exécution budgétaire à travers le double objectif d’intensification de la mobilisation des ressources intérieures et d’efficacité des dépenses de l’administration», a indiqué le patron de l’hôtel des Finances. Il ressort de la présentation du directeur général du budget, Ahmadou Tijani Haïdara, que la progression des dépenses militaires et de sécurité est constante depuis 2019. Ainsi, les dépenses militaires en termes d’exécutions sont passées de 299,080 milliards de Fcfa en 2019 à 459,378 milliards de Fcfa en 2022. Selon M. Haïdara, le montant inscrit dans la Loi de finances de 2023 est de 440, 934 milliards de Fcfa et les dépenses de sécurité en termes d’exécutions sont passées de 97,284 milliards de Fcfa en 2019 à 152,466 milliards de Fcfa en 2022. A ce niveau, le montant inscrit dans la Loi de finances de 2023 est de 171,905 milliards Fcfa. Le coordinateur du groupe de dialogue économie, finances et développement du secteur privé et de la statistique, Albert Nshimyumuremryi s’est réjoui que cette conférence soit désormais « une tradition bien ancrée au Mali et constitue un rendez-vous majeur de dialogue entre le gouvernement et ses partenaires techniques et financiers. » En dépit des effets négatifs de la crise de la guerre entre la Russie et l’Ukraine ainsi que de l’embargo de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) imposé au Mali durant 6 mois, en 2022, le contexte macro-économique sur le plan national qui prévaut pour l’élaboration du budget 2024 est plutôt rassurant. Ce contexte macro-économique se caractérise par une amélioration progressive de la situation sécuritaire et sociopolitique avec en toile de fonds, la montée en puissance de l’Armée malienne. La gestion budgétaire au Mali a basculé il y a cinq ans en mode budgets programmes conformément à la loi n° 2013-028 du 11 juillet 2013. Babba B. COULIBALY

Comatex-SA : Bientôt la reprise, selon le ministre en charge de l’Industrie

Par Mamadou SY Ségou, 13 fév (AMAP) «Au plus tard, au mois d’avril, il faut que la Compagnie malienne des textiles (COMATEX-SA) commence à produire ses fibres et tissus», après trois années de fermeture, a déclaré le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mahmoud Ould Mohamed lors d’une visite de travail qu’il a effectuée dans la Région de Ségou (Centre). Il a assuré que la reprise des activités de la COMATEX-SA, qui compte 1 300 travailleurs, permettra le maintien des emplois existants et même la création d’autres. Au cours de son séjour dans la capitale des Balanzans, le ministre Mahmoud Ould Mohamed a rencontré de nombreux interlocuteurs qu’il a informés des dispositions prises par le gouvernement et celles en cours pour la relance de cette unité industrielle. Ces mesures ont trait à l’élaboration d’un contrat de performance, à la relecture du statut de l’entreprise, à la désignation d’un syndic par le Tribunal de commerce, au paiement d’arriérés de salaire et à la mise en place d’un comité de suivi. Le ministre Mahmoud Ould Mohamed a, par exemple, fait savoir qu’après le procès devant le Tribunal de commerce, l’État détient désormais 100% des actions de l’entreprise, c’est-à-dire qu’elle redevient une société étatique. Première usine textile du Mali inaugurée en 1968, la COMATEX était une entreprise d’État, avant d’être transformée en entreprise privée avec une participation majoritaire chinoise. Sa relance et celle de l’Usine malienne de produits pharmaceutiques (UMPP) «sont des programmes spéciaux du président de la Transition, le colonel Assimi Goïta qui y tient fortement. La COMATEX participe à la valorisation de la production nationale de coton fibre dans le cadre de la mise en œuvre de la politique de développement industriel par la création de valeur ajoutée et des emplois», souligne le communiqué du Conseil des ministres du mercredi 23 novembre 2022. Lors de ce Conseil des ministres, le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, a informé le Conseil du plan de relance de la COMATEX qui est confrontée actuellement à des difficultés de divers ordres. Pour l’aider à sortir de cette mauvaise passe, le gouvernement a peaufiné un plan de relance qui nécessite un apport financier de l’État d’environ 6 milliards de Fcfa. Le Mali et son partenaire chinois ont signé, le 21 novembre 2022, un protocole d’accord pour l’installation de deux unités de filature de coton, soit trois jours avant l’adoption de ce plan de relance en Conseil des ministres. Ces unités seront implantées à Bamako et à Koutiala. La réalisation de ce projet, confiée à la société chinoise «Qingdao», nécessite un investissement de 300 millions de dollars, soit environ 180 milliards de Fcfa. Elle permettra la création de 5 000 emplois directs et 50 000 autres indirects. Dénommée Société malienne de filature (SOMAFIL), son capital est détenu à 85% par l’État du Mali à travers la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) et à 15% par le partenaire chinois. L’unité de Koutiala aura une capacité de 20.000 tonnes de coton fibre par an à transformer en filet. Celle de Bamako va, annuellement, transformer environ 25.000 tonnes de coton fibre. L’objectif étant d’amener le taux de transformation du coton de 2% aujourd’hui à près de 10% et la valorisation du «Made in Mali». Au sortir de la campagne cotonnière 2021-2022, le Mali a enregistré une production record de 795.000 tonnes de coton. «La suite était de transformer ce coton ici chez nous et de capter les 30% de la valeur ajoutée qui nous échappait», déclarait le ministre en charge des Finances, lors d’une interview sur les antennes de la télévision nationale. Dans ce processus, le Centre de recherche et de formation pour l’industrie textile (CERFITEX) est «un outil indispensable et constitue le bras technique du ministre de l’Industrie et du Commerce pour la réalisation effective, le suivi de ces projets et la mise à disposition de ressources humaines qualifiées». Cette structure d’excellence deviendra bientôt Centre de recherche et de formation pour les industries légères et textiles (CERFILTEX), destiné à former davantage de ressources humaines qualifiées pour adosser à la production du coton des unités de transformation dynamiques afin d’exploiter toutes les opportunités de croissance. Les textes nécessaires à cet effet ont été adoptés lors du Conseil des ministres du 28 décembre 2022. C’est en septembre dernier que le président de la Transition, dans son discours à la nation, avait annoncé la reprise en main de beaucoup de sociétés. La relance de la COMATEX s’inscrit dans ce cadre. Cette Compagnie a cessé de produire du fait de difficultés de trésorerie et d’approvisionnement en matières premières. Les équipements de production aussi sont obsolètes. MS/MD (AMAP)  

Bamako : Les parcs de pirogues polluent les berges du Djoliba (Fleuve Niger) 

Par N’Famoro KEITA Bamako, fév (AMAP) Les berges du fleuve Djoliba, sur son tronçon longeant le quartier de Sébénikoro dans la capitale malienne, Bamako, en plus d’être littéralement envahies par les habitations, abritent aussi un parc de pirogues de transport du sable. Une véritable industrie artisanale qui est une source de pollution du fleuve et de nuisance pour les riverains. Surtout en période de décrue, moment favorable pour réparer les embarcations de transport du sable pendant la moitié de l’année. Les piroguiers utilisent du goudron en brûlis pour combler les fissures et empêcher l’infiltration de l’eau. La fumée dégagée par des litres de goudron brûlé par jour crée une nuisance qui représente une menace pour la santé publique. Des centaines d’épaves abandonnées dans le lit du fleuve, renferment toutes sortes de déchets qui polluent le cours d’eau et perturbent l’habitat de la faune aquatique. Cette situation est déplorée par Moussa Konta, un habitant du hameau de pêche, à une centaine de mètres de là. Selon le pêcheur, cet endroit du fleuve regorgeait de poissons. Mais aujourd’hui, à cause de cette activité, il est contraint de parcourir des kilomètres pour pêcher. Outre la pollution de l’eau, les riverains subissent quotidiennement celle de l’air, engendrée par l’activité de brûlis du goudron. De l’avis d’un médecin que nous avons approché, cette fumée a laquelle sont exposés les habitants de la zone, est hautement cancérigène. Ce qui explique l’inquiétude de Toumani Sidibé dont la maison se trouve à un jet de pierre. Il dit avoir entrepris beaucoup de démarches auprès des autorités compétentes pour faire cesser l’activité. En vain ! Face à l’obstination des auteurs et l’inaction des pouvoirs publics, Toumani dit s’en remettre à Dieu, pour la santé de sa famille. Amadou Mara, un autre riverain, fustige aussi la fuite de responsabilité de nos services publics chargés de la question, en l’occurrence la Direction nationale de l’assainissement du contrôle des pollutions et des nuisances (DNACPN). Ce service a pour missions, entre autres, de constater les infractions à la réglementation sur la protection de l’environnement. « Mais, nous ne voyons aucune utilité à ce service qui, pourtant, dispose de tous les moyens de l’État », regrette le riverain. Ce septuagénaire se souvient qu’aux premières années de l’accession du Mali à l’indépendance, jusqu’au régime défunt de feu Moussa Traoré, cette structure, appelée à l’époque service d’hygiène, était crainte de tous les citoyens. En effet, c’était une véritable police de l’hygiène et de l’assainissement dans les quartiers. « Tous les matins, leurs équipes faisaient le porte-à-porte pour constater l’état de propreté des cours, la gestion des déchets et des eaux usées par les familles », se remémore-t-il. « Ceux qui déversaient leurs ordures ménagères ou leurs eaux usées dans la rue étaient sanctionnés par une forte amende. Donc, on ne pouvait pas songer à un minimum d’insalubrité, a fortiori, la situation de catastrophe écologique à laquelle nous assistons aujourd’hui en cet endroit du fleuve », dit Amara Mara. AUTRE LIEU, MÊME RÉALITÉ – A Djikoroni-para, des riverains du site de sable appelé « tchin tchin bô dankan » (Quai du Sable) vivent le calvaire. Le business du sable y est florissant, mais cette activité nécessite l’utilisation de pirogues qui sont généralement fabriquées ou réparées sur place. Et une fois hors service, ces pirogues restent sur les berges du fleuve. Ainsi, l’on aperçoit des épaves sur plusieurs mètres. Les menuisiers tentent de récupérer sur certaines pirogues abandonnées des planches réutilisables. A notre passage, IB et Daouda s’acharnaient, arrache-clous en main, sur l’une d’entre elles. Ils laisseront dans leur sillage, en fin de journée, une bonne quantité de pointes rouillées. Celles-ci représentent un réel danger pour les pêcheurs, les maraîchers et les petits enfants qui rôdent par là. Nafo Samaké, une maraichère, témoigne : « Il n’y a pas si longtemps, un enfant, venu chercher du bois pour sa maman, a été gravement blessé par une pointe. Le sang giclait de sa blessure». Qu’ils soient de Sébénikoro ou de Djikoroni-Para, les riverains des sites de fabrication de pirogues estiment que les services compétents doivent agir, en appliquant la loi dans toute sa rigueur. Pour Amara Mara, ce n’est qu’en sévissant que les gens se corrigeront et rentreront dans les rangs, pour protéger l’environnement et améliorer le cadre de vie des paisibles citoyens. Drissa Traoré, conseiller technique en charge des questions d’assainissement au ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement Durable, rappelle que quand les services de l’assainissement sont saisis par une plainte, ils doivent obligatoirement réagir, en envoyant une équipe de constat sur le terrain. « Si des externalités sont alors constatées et qui nuisent aux populations, les auteurs sont obligés d’apporter des mesures d’atténuation. Dans le cas contraire, les autorités compétentes sont tenues de faire cesser l’activité qui cause ces nuisances. Des brigades sont constituées à cet effet », explique-t-il Compte tenu du nombre insuffisant de leurs effectifs, les services ne peuvent pas assurer convenablement leurs missions. C’est pourquoi, Drissa Traoré conseille « à tout citoyen qui est touché par une nuisance quelconque de saisir les services d’assainissement de sa localité. » « C’est ainsi que nous pourrons circonscrire le mal », estime-t-il. NK/MD (AMAP)

Pneus rechapés : La bonne affaire au détriment de la sécurité

Par Souleymane SIDIBÉ Bamako, 08 fév (AMAP) Au Mali, beaucoup d’automobilistes préfèrent les pneus rechapés ou de la casse dont le prix est très abordable. Rencontré, quelque part à Sébénikoro, Daouda Sangaré, propriétaire de voiture depuis 13 ans, est acheteur fidèle de ces pneus recyclés. «En cas de besoin, je m’en procure à la casse», nous confie Sangaré qui se soucie plutôt du prix que des risques auxquels les utilisateurs de ces pneus recyclés s’exposent. Il n’est pas le seul. Sidiki Sacko, chauffeur de son état que nous avons croisé dans un garage à Lafiabougou, y était venu changer ses « deux pneus arrière dont le niveau d’usure ne lui permet plus de circuler en sécurité». Pour autant, M. Sacko n’a aucune idée de la qualité des pneus qu’il vient de faire monter sur son véhicule. Il espère tout simplement que ceux-ci tiendront longtemps. «Parfois, c’est juste une question de chance», dit-il. Telle est la « philosophie» de nombre d’automobilistes sous nos cieux. Or, la sécurité doit toujours être la norme à observer quand on décide de changer le pneumatique. Et dans le cas des pneus d’occasion, il est difficile d’apprécier leur fiabilité. C’est ce que nous fait comprendre Sory Ibrahima Touré, chef du Centre Mali technique système (MTS). Selon lui, les pneus sont des contacts d’adhérence qui relient un engin à la route. Ils assurent donc son équilibre et sa stabilité durant la conduite. « La durée de vie d’un pneu, qui va de 03 à 06 ans, peut être raccourci par le nombre de kilométrage qui est de 100.000 kilomètres. Une fois que cette distance est atteinte, il doit être changé. En d’autres termes, le pneu doit être remplacé en fonction du kilométrage parcouru et non du nombre d’années», explique M. Touré. Pour l’expert, il est recommandé de changer les pneus par pair quand il s’agit d’un petit véhicule et pour les 4×4, tous les quatre doivent être remplacés à la fois. Et cela se fait sous le contrôle d’un connaisseur, puisque les pneus doivent impérativement avoir la même hauteur. «Vous constaterez que quand on change un seul pneu, le véhicule à tendance, au freinage, à basculer du côté du pneu usé», fait remarquer Sory Ibrahima Touré. À ce propos, le directeur régional des Transports, Moumini Guindo, attire l’attention sur ce risque décrit dans le code Rousseau: « différents types de pneus montés sur un même véhicule peuvent occasionner certains déséquilibres. » DURÉE DE VIE – Nul besoin d’être un technicien pour connaitre la durée de vie d’un pneu. Sur chaque type, il y a des inscriptions relatives notamment à la définition, la provenance, l’année et la semaine de fabrication. « Très souvent, c’est marqué avec les trois lettres DOT (Department of transportation) avec quatre chiffres. Les deux premiers chiffres informent sur la semaine au cours de laquelle le pneu a été confectionné. Et les deux derniers indiquent l’année à laquelle il a été mis en vente», explique le technicien de MTS. En plus, il y a des « témoins sur les pneus qu’on appelle témoins de profondeur ou d’usure de pneu qui s’effleurent (par les gommes de l’extérieur) au fur et à mesure. En les observant, le conducteur doit normalement savoir si ses pneus sont en bon état ou pas ». L’expert précise que certains types de pneus deviennent à la longue des gommes dures, donnant ainsi l’impression d’être neufs alors qu’ils sont, en réalité, en très mauvais état. Généralement, cette métamorphose intervient après 10 à 11 ans de vie. Et à cet âge là, le pneu n’est plus adapté puisqu’il y a moins d’adhérence. « En effet, argumente Sory Ibrahima Touré, le pourcentage d’adhérence se réduit de 10% par an. Le freinage peut alors être de 0 à 40% sur une distance de 05 mètres». Nombre de personnes chargent les réparateurs de vérifier et de garantir la sécurité des pneus dans le but d’attester leur fiabilité. Notre équipe de reportage a s’est rendu chez le vulcanisateur Madou, à Taliko, en Commune IV du District de Bamako. Selon lui, il est plus conseillé d’utiliser des pneus sans chambre à air, plus faciles à réparer que ceux avec chambre à air. « Les nouveaux pneus que nous voyons sur le marché ne sont pas faits pour l’utilisation de chambre à air. Mais quand ils sont usés et que l’on décide de les réparer, on peut utiliser une chambre à air », explique le réparateur. Cependant, Madou recommande aux automobilistes d’éviter de réparer le même pneu plus de deux fois. « Mieux, insiste-t-il, il faut carrément le remplacer pour ne pas être confronté à des problèmes qui peuvent survenir même après l’entretien. » Notre interlocuteur est formel : « Il est vrai que les pneus d’occasion sont moins chers, mais les acheter, c’est mettre en péril sa propre sécurité et augmenter la probabilité d’accident. » Le commerce des pneus rechapés est florissant à tel point qu’on peut facilement trouver les points de vente partout dans la capitale. Mais pour en trouver en vrac, il faut se rendre au marché Dibidani. Là, nous sommes tombés sur Mamby Keïta, un commerçant. Devant sa boutique, une dizaine de jeunes s’affairaient autour de pneus superposés. Il y a en de toutes marques  et de tous âges : du «tout neuf» à ceux déjà utilisés en Europe, appelés couramment « casse » ou « seconde main ». DIFFÉRENTS TYPES – Selon le détaillant, des containers de pneus arrivent chez nous en provenance de la France, de l’Allemagne, du Canada, du Japon… Ils entrent au Mali via le port de Dakar, au Sénégal. Les prix varient en fonction de la marque et de l’état du pneu. « Pour les pneus d’occasion, il y a le 1er, 2è et 3è choix», détaille Mamby Keïta, indiquant que les prix vont de 6.000 à 25.000 Fcfa. Les pneus neufs, eux, sont vendus avec six mois de garantie. Le commerçant conseille les pneus de bonne marque, bien qu’ils coûtent plus chers. Doit-on se fier à sa recommandation ou encore aux apparences de ses marchandises ? L’expert du MTS

Moumouni Traoré : génial inventeur !

Par Oumar SANKARE Bamako, 25 janv (AMAP) Le 24 novembre 2022, lors d’une cérémonie de remise de matériels à des femmes  spécialisées dans l’agro-industrie à Bamako, le ministre du Développement rural, Modibo Kéita, et sa délégation vont à la rencontre d’un homme. Au centre de leur attention, un séchoir solaire «Made in Mali». Le ministre Kéita écoute religieusement l’exposé de Moumouni Traoré, le concepteur de la machine. Les performances de cet appareil sont impressionnantes. En effet, il est capable de sécher 350 kg de pulpe de mangue par jour et de leur faire atteindre une qualité de conservation d’au moins deux ans. Tako Sylla, représentante des unités industrielles, ne cache pas son étonnement. «Depuis des années, nous nous donnons du mal pour trouver des machines à l’étranger ainsi que des techniciens pour les réparer en cas de panne. C’est un grand évènement que de savoir qu’on a un spécialiste malien à portée de main et établi sur place », commente-t-elle. Une semaine après, nous avons rendez-vous avec notre innovateur-concepteur à son atelier métallurgique à Magnambougou (Bamako). Look à la texane (stetson et bottes), Moumouni Traoré nous fait visiter ses installations. Dans l’atelier règne un vacarme assourdissant. On martèle, on découpe, on scie, on soude. Des machines déjà achevées attendent d’être enlevées. D’autres sont en cours de fabrication. Le natif de Sikasso nous explique ce qui l’a amené dans un univers qui n’est pas celui de sa formation d’origine. « Dans notre pays, 40 à 60% des productions fruitières, maraichères ainsi que des produits issus de l’élevage (viande, lait) sont perdus chaque année pour plusieurs raisons. À commencer par l’étroitesse du marché intérieur. Tous les produits arrivent à maturité à la même période. Une fois les besoins de consommation satisfaits, l’absence de structures de conservation fait que le restant est jeté», fait-il remarquer. Sans oublier, ajoute le sexagénaire, « l’enclavement des zones de production, le mauvais état des routes, la faible disponibilité de moyens de transport pour acheminer les produits des zones de productions vers les zones de consommation. » « Tout ceci combiné entraine des pertes énormes pour les producteurs », déplore l’innovateur. Au moment où la mangue pourrit à Sikasso, le même fruit est vendu à Gao à 500 Fcfa l’unité. De même, à Baguinéda des tonnes de tomates entassées au bord de la route ne trouvent pas preneur, faute de technologie de transformation et de conservation. Face à ces anomalies, notre interlocuteur énonce un credo très simple : «En tant qu’innovateur, nous avons donc décidé d’apporter notre contribution en mettant en place au niveau local des équipements faciles à fabriquer, à entretenir, à réparer en cas de panne et aisés à utiliser par les producteurs et les transformateurs», dit-il avec fierté, la tête pleine de rêves. LONGUE EXPÉRIENCE – Ce credo, Moumouni Traoré l’a forgé pendant 40 ans d’expériences diverses. Economiste de profession, le thème de son mémoire a porté en 1984 sur «L’étude du marché des chauffe-eau solaires à Bamako». Ce qui l’amène à effectuer des enquêtes auprès des laboratoires. «C’est là que je me suis intéressé à la production des équipements», précise-t-il. Par la suite, il devient un diplômé plein de rêves, mais sans emploi et avec un intérêt poussé sur le solaire. C’est alors qu’il était encore au chômage qu’il monte une société de séchage solaire à Yirimadio (Bamako) sans le moindre financement. Sa voie actuelle, il commence à la trouver en travaillant dans le milieu des ONG. Moumouni fera deux ans à Mopti dans l’installation des pompes solaires, des systèmes d’irrigation solaire et des puits dans plusieurs villages. «Il n’est jamais à court d’inspiration. Il expose ses idées et moi, je me charge de leur donner une forme matérielle», nous dit Ousmane Cissé qui est le partenaire de Moumouni depuis dix ans. «Travailler avec lui, c’est relever en permanence des défis. Quand il débarque avec une nouvelle idée, on discute et souvent tu as même l’impression que c’est impossible, mais au final on y arrive », relate le métallurgiste. La pratique du séchage solaire a toujours existé dans notre pays. Malheureusement, menée de manière primaire, elle est fortement aléatoire et agit négativement sur la qualité des produits. Or, les Maliens sont devenus de plus en plus exigeants vis-à-vis de ce qu’ils consomment. «Aujourd’hui, les femmes veulent des poivrons emballés, des piments et autres condiments de meilleure qualité. Elles sont sensibles à la différence qui existe entre le produit transformé et celui issu de la conservation traditionnelle», constate Moumouni Traoré. L’homme dresse un autre constat. «Les Maliens, soutient-il, disent que les Maliens n’aiment pas que tout ce que les Maliens eux-mêmes produisent. Moi, je dis non. En réalité, le problème, c’est que tout ce que les Maliens produisent est trop cher pour les Maliens. Le sachet de mangue séchée coûte 500 Fcfa, voire plus, alors qu’il peut être vendu à 100 ou 150 Fcfa de Kayes à Kidal toute l’année. A condition que le séchage soit bien fait, et le coût de fabrication maîtrisé. Il faut encourager la consommation locale. Ce qui va se répercuter positivement sur la commande chez les équipementiers locaux et sur l’artisanat local qui se modernise à la longue», explique-t-il. ENGOUEMENT – Le fabriquant ne s’interdit pas de rêver grand pour le Mali. «Avec le bétail au Nord, le poisson et le bétail au Centre, les fruits et les légumes au Sud, il y a suffisamment de ressources pour transformer, conserver et vendre les différents produits des zones excédentaires vers les zones déficitaires», analyse-t-il. Ce qui renforce sa foi, c’est l’engouement de la jeunesse pour la technologie. «J’ai vu des jeunes produire des petits multiculteurs à partir de moteurs de moto Djakarta, d’autres qui fabriquent des drones et, récemment, des Maliens ont remporté le premier prix d’une compétition de robotique aux États-Unis» s’enthousiasme-t-il. Pour lui, « il y a juste, dans notre pays, un manque d’accompagnement des porteurs de projets. Nous avons des centres d’innovations et des services techniques qui malheureusement ne sont pas encore synchros avec les apprentis promoteurs ». Inutile de dire que Moumouni Traoré est, lui,

L’agro-industrie peine à tenir ses promesses au Mali

Par Oumar SANKARE Bamako, 25 janv (AMAP) Le Mali traverse une crise profonde depuis 2012, qui a impacté toute l’économie et réduit la capacité de l’État à accompagner le développement. Illustration : le cas de l’agro-industrie, un secteur prometteur qui peine à prendre son envol. «L’industrialisation traîne au Mali faute d’accompagnement de l’État, comparé au Ghana, à la Côte d’Ivoire et au Burkina Faso», estime la directrice générale de Sahel Industrie, Aminatou Touré. « À titre d’exemple, note-t-elle, en Egypte, l’État accompagne en matière de financement et d’appui logistique les entreprises qui font de l’exportation. » Dr Fatimata Cissé est la directrice du laboratoire de technologie alimentaire, à l’Institut d’économie rurale (IER). Elle coache un étudiant sur l’importance de la valeur nutritive et le goût d’un produit qu’il lui présente dans un bocal vert après l’avoir goûté. Ce laboratoire s’occupe de l’amélioration et de la mise au point des techniques de transformation et de conservation des produits agroalimentaires. Sa directrice préconise la création d’unités industrielles pivot dans tous les secteurs où le Mali a un avantage comparatif. «La filière est sous exploitée malgré l’énorme potentiel. Dans les années 1970, il y avait des champions industriels comme Huicoma à Koulikoro. Une telle unité peut être mise en place dans les zones de production de mangues, tomates, arachides, de coton … « pour le marché intérieur et pour l’exportation afin de faire rentrer des devises», analyse-t-elle. « Mais, s’empresse-t-elle d’ajouter, cette façon de faire ne peut réussir sans un système éducatif adapté aux besoins et aux réalités du pays et qui oriente les jeunes vers ces filières porteuses pour réduire le chômage endémique». Tako Sylla, directrice de USTako Sarl, partage cette analyse du Dr Fatimata Cissé. Son entreprise opère dans la transformation agro-alimentaire. Elle possède un séchoir de pulpe de mangue semi-industrielle. Elle soutient que les entreprises ne peuvent véritablement se développer sans l’implication de l’État qui doit leur accorder des facilités en termes d’accès aux financements à moindre coût et assurer la disponibilité de l’énergie à temps plein pour permettre aux machines de tourner. L’État doit aussi promouvoir des alternatives comme l’énergie solaire afin d’amoindrir les coûts. Il faut, par ailleurs, envisager le problème de mise sur le marché des produits agricoles transformés (distribution) et faire la promotion de nos produits locaux au niveau national, particulièrement au sein des ministères et autres structures.   potentiel agricole – Faut-il alors compter sur les projets financés de l’extérieur pour apporter un appui ? Le Projet d’appui à la compétitivité agro-industrielle au Mali (PACAM), un vaste projet de la Banque mondiale dans la filière, entend contribuer à la levée des défis et au développement du potentiel du secteur agricole. Cela afin de réduire les pertes post-récoltes, d’améliorer la transformation des produits agricoles et de faciliter l’accès aux marchés des produits frais et transformés. Le projet a fourni un appui à la stratégie du gouvernement à travers 4 composantes : augmenter la transformation et l’exportation des mangues, améliorer l’accès aux zones de production de mangues, promouvoir la production d’alimentation animale et renforcer les capacités institutionnelles et de mise en œuvre. Fatoumata Ba Haïdara, coordinatrice du PACAM, explique que pour «faciliter la collecte et la commercialisation de la mangue dans les grands bassins de production, le projet a construit six centres de collecte et de commercialisation de la mangue à Yanfolila et à Sikasso, doté la jeunesse de dix sociétés coopératives en matériels et équipements d’entretien et de production des vergers de mangue». Autre volet : l’alimentation animale. En la matière, le projet a financé 48 sous-projets dans le cadre d’alliances productives entre le PACAM, la Banque nationale de développement agricole (BNDA), les emboucheurs et l’abattoir Laham industrie. Conscient du problème d’accès aux matières premières, le PACAM a aussi réhabilité 300 km de pistes rurales dans les Cercles de Sikasso et de Yanfolila. « Ces pistes rurales permettront l’évacuation de 35.000 tonnes de mangues supplémentaires », selon Fatoumata Ba Haïdara.   DIFFICILE ACCÈS AU FINANCEMENT – «La principale contrainte au niveau du projet est comment pérenniser les acquis après le projet», explique la coordinatrice du PACAM. Ensuite, il faut parvenir à une extension des activités du projet dans d’autres zones de production. Il convient, également, de relever que les acteurs de certaines filières porteuses, non prises en compte par le projet, comme le karité, le sésame, la pomme de terre, l’horticulture l’ont sollicité à maintes reprises pour des appuis techniques et financiers. Au niveau des acteurs, le difficile accès au financement au niveau de tous les maillons reste une réalité. Le vieillissement des vergers est également un véritable challenge. Il faut donc moderniser les vergers par la reconversion et la plantation de nouveaux vergers. À cela, il faut ajouter l’insuffisance des équipements et matériels de production, de transformation et de post-récolte, l’insuffisance de logistique de transport adapté. Une autre difficulté, et pas des moindres, est le problème de certification des vergers et des produits transformés. Enfin, il y a le problème d’accès à certaines zones de production. Ahmadou Cissé a travaillé dans plusieurs projets de développement pendant 20 ans. Aujourd’hui, fonctionnaire international, basé au Ghana, il estime que beaucoup de projets n’apportent pas les résultats attendus «à cause du népotisme». « Très souvent, déplore-t-il, les bénéficiaires sont choisis par affinités, alors qu’on peut se demander s’ils répondent aux critères. Sans oublier le problème lié au suivi des bénéficiaires, qui permettrait de corriger les failles». Un autre problème est la capacité des bénéficiaires des projets. «Les bénéficiaires sont souvent incapables de monter des rapports techniques et financiers conformes, ils sont responsables de dépassements dans les dépenses, la fiabilité des justifications et la gestion administrative sont douteuses». Alors que si ces éléments ne sont pas conformes, les bailleurs plient bagages ou ne débloquent plus les fonds. Plusieurs projets ont ainsi été fermés sans que les fonds alloués n’aient été dépensés totalement. OS/MD (AMAP )