Bamako, 7 septembre (AMAP) La tradition orale a été jadis, le moyen privilégié de conservation, de valorisation et de transmission des valeurs intrinsèques des sociétés africaines. Au Mali, certaines personnes ont dédié leur vie à cette activité culturelle hautement significative. Djéli Baba Sissoko était de ceux-là, qui n’ont ménagé aucun effort pour la préservation des valeurs intrinsèques.
Dans la nuit du mardi, vers les années 70- 80, alors que la Télé n’avait pas fait son apparition, à partir de 21Heures, les personnes âgées et les adultes, à leurs côtés leurs enfants et petits-enfants, captaient Radio Mali pour écouter les contes de Djéli Baba, du mythe à la réalité.
« Moi Djéli Baba, je remercie tous mes fans, je salue l’ensemble du peuple Malien, de toutes nos contrées. Je vais vous entretenir aujourd’hui sur l’Histoire de Mèlèkèti Boudourou, un djin ou Wagawaga », dans un ton captivant, commençait-il à l’annonce d’un de ses contes.
Né en 1922 à Sanankoro, dans la région de Koulikoro, au Mali, Djéli Baba Sissoko est issu d’une grande lignée de griots. Dès son plus jeune âge, il s’initie au N’goni, ce luth qui accompagne, au même titre que la kora, les contes, récits et chants mandingues.
Il devient rapidement une virtuose du N’goni et un auteur-compositeur respecté.
Plus qu’un musicien, il fut un dépositaire de la mémoire mandingue, un conteur, une grande voix de la tradition orale malienne. Sa voix grave et posée portait les épopées, les généalogies et les leçons de sagesse de ses ancêtres.
La grande voix de Radio Mali
Djéli Baba Sissoko était aussi la voix incontournable de Radio Mali. Pendant plusieurs décennies, il racontait en bambara des contes et des récits traditionnels, au rythme de son n’goni. À travers les ondes, il faisait entrer l’histoire du Mali dans les maisons, les villages et les concessions.
Parmi ses contes les plus célèbres figure l’histoire de « Caca », un récit qui connaîtra plusieurs enregistrements et qui restera dans la mémoire collective. Son passage à Radio Mali a contribué à faire connaître les contes et l’histoire mandingue à plusieurs générations de Maliens.
Le grand ambassadeur de la culture mandingue
Djéli Baba Sissoko ne s’est pas contenté du Mali. Il a parcouru tous les continents où il a conté l’histoire du Mali au rythme de son n’goni préféré. L’on se souvient notamment de sa tournée en France vers les années 1980, sur invitation de François Mitterrand, alors président de la France. Lors de cette tournée, le célèbre griot a eu l’occasion de raconter l’histoire du Mandé devant un public international, portant haut les valeurs de dignité et de fierté africaines.
Partout où il passait, il incarnait le rôle du griot : réconcilier, enseigner, célébrer et transmettre.
Un héritage inestimable
Djéli Baba Sissoko a également transmis son savoir à une importante descendance artistique. Il est notamment le père de la célèbre griotte Mah Damba, et le grand-père de plusieurs artistes reconnus aujourd’hui. Il est également présenté comme la figure de référence de musiciens issus de la grande lignée Sissoko-Tounkara, dont certains ont poursuivi son travail autour du N’goni et de la tradition mandingue.
Djéli Baba Sissoko décède le 25 décembre 2001. Avec lui disparaît une bibliothèque vivante. Mais il laisse derrière lui un héritage inestimable qui continue encore d’inspirer beaucoup de générations d’artistes maliens et africains.
Ceux qui l’ont côtoyé gardent encore de lui le souvenir d’un homme humble et d’un grand patriote. Il a consacré toute sa carrière à promouvoir les valeurs africaines : le respect des aînés, la solidarité, la vérité et la mémoire. Pour lui, être griot n’était pas un métier, mais une mission sacrée.
Il a émerveillé, à travers ses contes ses concitoyens et son nom reste gravé dans l’histoire culturelle de notre pays.
Son fils héritier, Djéli Souleymane Sissoko, qui assure encore aujourd’hui la continuité de ses œuvres, garde encore le souvenir d’un père fier de ses ancêtres, qui aimait son travail et le faisait avec dignité et honnêteté.
MLHD/KM (AMAP)

