Crise cotonnière au Mali : Le ministre en charge de l’Agriculture à la recherche d’un dénouement heureux 

Bamako, 30 Janv (AMAP) Le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, Mohamed Ould Mahmoud, a appelé les producteurs de coton des Régions de Sikasso et Koutiala, les 27 et 28 janvier dernier, à faire des propositions concrètes pour régler définitivement la crise qui secoue le secteur, a constaté l’AMAP. Dans le cadre des assises nationales sur le coton, le ministre Mohamed Ould Mahmoud, à la tête d’une forte délégation d’acteurs du coton, a effectué une mission de supervision des ateliers régionaux des assises sur le coton, dans les filiales Sud et Nord-Est de la Compagnie malienne pour le développement textile (CMDT), à Sikasso et Koutiala. Mohamed Ould Mahmoud a demandé aux paysans de travailler, pour relever, ensemble, le défi et, surtout, de dépasser les petites incompréhensions. « Nous allons travailler, main dans la main, pour que les choses soient transparentes, claires, que nous fixions les prix ensemble, que nous décidions, ensemble. Mais, le plus important est le produit du coton », a-t-il promis. Le ministre a, aussi, instruit les producteurs à faire de meilleures propositions « pour résoudre, une bonne fois pour toute », la crise cotonnière. Selon lui, il y va de l’intérêt de tous les acteurs du coton. « Nous n’allons pas accepter que la CMDT tombe dans les défaillances qui sont liées à de petites questions de détail pendant que nous avons beaucoup plus intérêt à être ensemble, à avoir plus de cohésion, à voir et regarder l’avenir, en faisant des propositions qui peuvent mieux apporter à l’Economie du Mali, au bien-être du monde rural et, même, à nos familles à Koutiala, à Sikasso ou ailleurs », a-t-il déclaré. Le président de la Confédération des producteurs de coton de Koutiala, N’Fa Coulibaly, a abondé dans le même sens. Selon lui, c’est la troisième fois, en moins deux mois, qu’un ministre vient chez eux pour parler du coton. Il a invité les paysans à s’engager réellement pour trouver une solution définitive à la crise cotonnière qui n’arrange aucunement les acteurs du secteur. Le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche a présenté et confié le nouveau PDG de la CMDT, Dr Nango Dembélé, aux producteurs de coton. Les assises sur le coton ont été officiellement lancées le 18 janvier dernier. Elles doivent contribuer à la relance de la culture cotonnière en vue de la rendre compétitive, rentable, stable et durable. OD/MD (AMAP)    

La Banque atlantique Mali s’engage à financer l’entreprenariat féminin

Bamako, 29 Janv (AMAP) Le directeur de la Banque atlantique Mali, Habib Bledou, et la directrice régionale de Proparco pour l’Afrique de l’Ouest, filiale de l’Agence française de développement (AFD), dédiée au secteur privé, Fatoumata Sissoko-Sy, ont signé, jeudi, une convention de garantie Euriz de 500 millions de Fcfa, destinée à favoriser l’octroi de crédits à terme aux Petites et moyennes entreprises (PME) maliennes, principalement détenues par des femmes. Ce partenariat s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du programme de financement intitulé : «Entreprenariat féminin, la Banque atlantique s’engage !». Lancé en mars 2020, il est doté d’une enveloppe d’un milliard de Fcfa. A travers cet accord avec le groupe AFD, la Banque atlantique s’engage à financer des projets de développement portés par des femmes, tous secteurs confondus. Pour le directeur général de la Banque atlantique Mali, ce partenariat confirme l’engagement de son institution dans le financement de l’entrepreneuriat féminin, à travers l’accompagnement des PME et le développement de solutions de financement innovantes des entreprises détenues par les femmes. Habib Bledou a, aussi, rappelé que la Banque atlantique, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, avait lancé, l’année dernière, une offre afin de favoriser et développer l’entrepreneuriat féminin au Mali. Il s’agissait de mettre en place des lignes de financement adaptées pour des projets bancables portés par des femmes entrepreneures. Cette initiative a tout de suite inspiré le groupe AFD, à travers Proparco qui, depuis, a mis les bouchées doubles pour accompagner cette action via une garantie portefeuille. «Grâce à cette synergie, nous espérons pouvoir financer jusqu’à une trentaine de femmes entrepreneurs cette année via cette enveloppe d’un milliard de Fcfa garantie par Euriz à hauteur de 500 millions de Fcfa» a expliqué M. Bleou. “Les PME représentent jusqu’à 90% des entreprises au Mali. Elles constituent l’essentiel du tissu économique malien et sont, par conséquent, un segment de clientèle important et même stratégique pour les institutions financières”, a dit Fatoumata Sissoko-Sy. Les femmes font face à plusieurs difficultés lorsqu’elles doivent faire financer leurs projets par des banques. Une de ces difficultés, est le manque de garanties foncières. Cette garantie d’un montant de 500 millions de Fcfa prévoit de faciliter l’accès aux crédits des femmes entrepreneures avec un objectif total de financement d’un milliard de Fcfa. La directrice de Proparco a expliqué que Euriz est un dispositif développé par le groupe AFD, avec le soutien de l’Union européenne et du Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique permettant aux institutions financières de couvrir, partiellement, leur risque de crédit. Ce projet intègre l’initiative française Choose Africa du groupe AFD en faveur des PME africaines. Il doit soutenir le développement des PME, en facilitant leur accès aux crédits et en favorisant la création d’emplois. Le représentant de l’UE a salué cette initiative qui permettra à plusieurs opérateurs économiques maliens d’avoir accès à un financement afin de développer davantage leurs activités, d’accroitre leur production et de créer plus d’emplois durables. “Le gouvernement du Mali, avec l’appui des partenaires techniques et financiers et le secteur privé, devra certainement contribuer à ce que cela ne soit pas un exemple isolé car les pays de l’UE sont persuadés que celle-ci représente la voie à suivre pour un développement économique durable et inclusif du pays”, a déclaré Mitia Gorguinpour. ADS/MD (AMAP)    

La douane malienne a saisi six tonnes de cannabis à Koutiala (Sud)

Bamako, 30 Janv (AMAP) Les services de la direction régionale des douanes de Koutiala (Sud) ont saisie, mardi dernier, six tonnes de cannabis d’une valeur marchande estimée à 16 milliards de Fcfa, dans le secteur de Karangasso, à 45 km de Koutiala, dans le Sud du Mali. Selon les précisions des services douaniers, c’est suite à des informations reçues que les douaniers se sont rendus dans un hameau de la localité de Karangasso. Une fois sur place, les douaniers ont découvert deux maisonnettes servant de magasin, dont la fouille a permis de découvrir plusieurs sacs contenant des briques de cannabis. Cette importante saisie a été réalisée par des inspecteurs et contrôleurs des douanes, Abdoul Karim Dembélé, Amadou Diadié Coulibaly, Ousmane Koussoubé et Soumaila Niono. MT/MD(AMAP)

Evaluation environnementale et sociale stratégique du secteur des mines : Les travaux ont démarré

Bamako, 27 Janv (AMAP) Le Projet de gouvernance du secteur des mines (PGSM) a initié, mercredi, un atelier de démarrage des travaux de l’évaluation environnementale et sociale stratégique (EESS) du secteur des mines au Mali. Intervenant lors de cet atelier présidé par le conseiller technique, chargé des mines au niveau du département, Lassana Guindo, le spécialiste en sauvegarde environnementale et sociale du PGSM, Dr Baba Faradji N’Diaye, a expliqué que le PGSM est un projet dédié à la promotion de l’activité minière au Mali. La nature du projet exige la réalisation d’une évaluation environnementale et sociale stratégique pour tout le secteur minier malien. Afin d’évaluer les impacts et les risques environnementaux et sociaux de l’activité minière et proposer des solutions pour sa pérennisation. « Le bureau d’étude français Sofreco a été recruté pour ce faire », a rappelé l’expert. « La prise en charge de la question environnementale dans l’activité minière est d’une extrême importance », a soutenu, pour sa part, le conseiller technique, Lassana Guindo. Il a remercié la Banque mondiale pour son soutien constant dans les efforts de développement économique et social du Mali, en général et dans le secteur minier, en particulier. « L’objectif du gouvernement, en la matière, est de rendre possible l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030 », a expliqué M. Guindo. Cela en se fondant, selon lui, sur les potentialités et les capacités de résilience pour la promotion d’un développement inclusif en faveur de la réduction de la pauvreté et des inégalités dans un Mali apaisé et uni. « Dans cette dynamique, le secteur minier est considéré comme un gros contributeur. Nous devons donc travailler de façon ardue à son développement avec la mise en valeur de notre riche sous-sol », a-t-il dit. Selon lui, tous les spécialistes s’accordent à dire que le potentiel minier malien est immense. Des gisements importants d’or ont été découverts à travers le pays. « La recherche d’autres substances minérales se poursuit. Pour traduire ce capital minier en développement durable, le Mali devra faire face à de grands défis qui englobent les enjeux environnementaux et sociaux, tout en reconnaissant que les projets miniers sont caractérisés par leur impact environnemental et social », a-t-il affirmé. Par ailleurs, Lassana Guindo a souligné qu’il devient impérieux, au début de chaque projet minier et même pendant son déroulement, d’évaluer ses risques et impacts. Le but est, selon lui, d’optimiser les avantages environnementaux et sociaux pouvant découler de la mise en œuvre des investissements miniers, notamment la protection de l’environnement actuel et futur et les effets durables du développement de l’exploitation des ressources naturelles à l’équilibre des écosystèmes. L’EESS, qui sera réalisée par le Bureau d’études Sofreco, permettra d’analyser, de façon systématique, les risques environnementaux et sociaux associés à n’importe quel type de projet minier : recherche ou exploitation. Toutefois, l’étude se penchera sur les aspects exploration, exploitation, organisation sectorielle, investissement, aménagement, technique, économique, gestion des revenus. « Elle fera des propositions sur les dispositions globales à prendre pour garantir la durabilité du secteur », a assuré Lassana Guindo. L’évènement a eu lieu en présence du coordinateur du PGSM, Hamara Touré, du représentant de la Société française de formation et conseil (SOFRECO) Pierre Martz et de nombreux représentants des sociétés minières. MS/MD (AMAP)

Le casse-tête des commerces dans les rues à Bamako

Par Mohamed TOURÉ Bamako, 27 Janv (AMAP) Le dos tourné à la grande voie sur laquelle défile un ballet continu d’automobilistes et de motocyclistes, Adama Kanouté, la trentaine, recouvre ses marchandises de bâches en plastique pour les protéger de la poussière. Le jeune homme s’est spécialisé dans la vente de jouets pour enfants. Dans ce bazar, des voitures et motos miniature, des poupées, des peluches d’une myriade de couleurs vives sont exposées à la lisière de la chaussée. Cette panoplie de jouets attire les yeux admiratifs des enfants qui passent. Des deux côtés de la route, pourtant très fréquentée par les usagers, sont alignés de nombreux commerçants qui, comme Adama, exercent leur business au bord de la route. L’ambiance de cette rue devenue désormais « marchande » est agrémentée par une radio dont les hauts parleurs crachent du rap local au grand bonheur du groupe de commerçants. Adama Kanouté et son grand frère, Tahirou, vendent des jouets devant la Bibliothèque nationale depuis plus d’une dizaine d’années. La plupart de leurs marchandises sont de fabrication chinoise. Certains produits, comme les vélos, proviennent du Nigeria ou du Ghana, selon Tahirou Kanouté. Le commerçant a préféré l’activité de vendeur de rue au métier de tailleur, qu’il a quitté parce qu’il avait du mal à recouvrer ses créances auprès des clients. « Dieu merci ! Je ne regrette pas mon choix. Je préfère ce métier à la couture. Avec mon diplôme en dessin bâtiment, je n’ai pas pu avoir un emploi dans ce secteur. Mais, depuis que je me suis lancé dans le commerce en 2008, je m’en sors. Je subviens à tous les besoins de ma famille », confie Tahirou. L’allure de pacotilles que peut dégager les articles étalés au bord de la chaussée n’enlève rien à leur valeur marchande. Certains modèles de jouets représentant des voitures et des motos en miniature ne coûtent pas moins de 100.000 Fcfa. « Pour les modèles les plus rares, les prix peuvent s’envoler autour de 300.000 à 500.000 Fcfa », précise le vendeur installé sur une chaise longue. Les passants sont les principaux clients des commerçants qui ont colonisé les bordures des grandes artères. Leurs marchandises sont aussi prisées, selon Tahirou, par une clientèle fidélisée qui préfère acheter au coin de la rue plutôt que de se rendre dans les grands magasins. « Il nous arrive même d’avoir des commandes à l’intérieur du pays, notamment de Ségou, Nioro, Kayes et Mopti, entre autres », lance le négociant. Masques sur le nez, deux petits garçons se montrent très admiratifs devant une moto en miniature de couleur blanche. Les deux enfants accompagnent leur père, Saer Seck, un ressortissant sénégalais résident à Bamako. Le père ne résiste pas aux sollicitations de ses rejetons. Il achète le simili bolide. Désormais client fidèle de Tahirou, il explique acheter depuis plus de trois ans les jouets de ses enfants chez les vendeurs à l’étal. « Ces gars sont moins chers que les magasins de vente de jouets », se justifie le père, derrière son masque. Il soutient ne pas avoir de problème avec des commerces en pleine rue. Mieux, pour Saer Seck, les installations « les harmonisent et les embellissent. C’est beau, c’est mieux que s’il y avait des tas d’ordures ici ». En 2008, de l’aveu de Tahirou, quand il s’installait, les vendeurs n’étaient pas si nombreux qu’aujourd’hui. De nombreux kiosques, étals et commercse en tout genre ont spontanément essaimé plusieurs artères de Bamako. A quelques mètres de Tahirou et son frère, autour du monument Kwamé Nkrumah, une dizaine d’autres vendeurs occupent les trottoirs. Ici, tout se vend ou presque : de la poterie, des récipients en plastique, les classiques jouets pour enfants, des objets ménagers, de la friperie… Tout un écosystème commercial qui s’est développé dans cet environnement. Les passants, motocyclistes et automobilistes sont obligés d’user de vigilance mais surtout de dextérité pour esquiver les marchandises. C’est à cet endroit que le jeune Ibrahim Cissé a installé ses articles, au pied du mur d’une cour abandonnée et en face de la grande voie. A 21 ans, il gère son business avec ses deux jeunes frères qui lui servent d’aides. Ibrahim Cissé a abandonné l’école en 8ème année fondamentale. Après de multiples petits métiers dont la menuiserie, la réparation de moto, il s’est reconverti en vendeur de jouets depuis six ans au bord de cette voie publique. DIFFICULTÉS – Le problème de Tahirou, Ibrahim et la grande majorité des vendeurs établis le long des rues et ruelles de Bamako, est qu’ils n’ont pas d’autorisation pour leur activité et sont complètement dans l’informel. Ils pratiquent leur activité économique dans des conditions d’extrême précarité et sont exposés à de multiples risques. En plus du danger de la circulation routière, le vol des marchandises est monnaie courante dans ce milieu. Les articles, étalés en plein air, sont des cibles faciles pour les voleurs qui opèrent souvent de nuit. Selon Tahirou, en treize ans d’activité, il a été cinq fois victime de vol. « Il y a trois ans, je me suis fait voler toute ma marchandise d’une valeur d’au moins 3,5 millions de Fcfa. La dernière fois, en août 2020, on m’a subtilisé une marchandise de plus de 1 million », témoigne le vendeur en exhibant, à l’appui de ses dires, une déclaration de vol faite au commissariat du 2ème arrondissement de Bamako. Pour circonscrire le vol, les vendeurs ont engagé un gardien de nuit qui surveille les marchandises exposées en plein air Mais, la principale difficulté liée à cette activité reste son caractère illégal et anarchique. Les marchandises sont exposées sur l’espace public, donc les opérations de déguerpissement peuvent survenir à tout moment. Comme ce fut le cas en 2017, environ 2.700 petits commerçants avaient été déguerpis des espaces publics sur ordre de Mme Amy Kane, alors gouverneur de Bamako. Les vendeurs se souviennent toujours de cet épisode douloureux. « 2017 a été vraiment une année noire pour nous. Sur ordre du gouvernorat, nos marchandises ont été saisies et on ne les a plus retrouvées.

L’Office du Niger : La douloureuse histoire d’un projet démesuré

Dr Ibrahim MAIGA Fruit d’une grande conspiration bureaucratique et capitaliste, dans le fond, un mensonge génialement astiqué, l’Office du Niger, cet immense projet de colonisation des terres agricoles du Soudan français, à partir des eaux du fleuve Niger, n’a jamais pu atteindre ses objectifs. Et pour cause. Dans cette série, nous faisons un recours à l’histoire agricole pour tenter d’apporter un éclairage sur les facteurs qui hypothèquent aujourd’hui cette entreprise, legs de la colonisation française. De nos jours, le projet gargantuesque se résume principalement à la Région de Ségou, alors que l’idée originelle, outre, les terres de Sotuba et de Baguineda, atteignait l’actuel Cercle de Diré, dans la Région de Tombouctou. C’était même la plus grande des entreprises de toute l’Afrique occidental française. Qu’en est-il véritablement de nos jours ? Le recours à l’histoire s’impose. D’abord, parce que la mise en place de cette infrastructure a généré des connaissances, mis en contact des personnes d’origines diverses. Ensuite, parce que plusieurs des mythes qui continuent de plomber l’essor de l’Office du Niger, ne trouvent leur compréhension que dans ce processus historique. Au-delà des chiffres, plusieurs spécialistes des politiques agricoles qui ont travaillé sur le sujet ont conclu que l’Office du Niger reste le « cas » symptomatique d’un échec patent. À la base, Emile Bélime, l’ingénieur français des Travaux Publics qui pouvait revendiquer une certaine expérience dans la capitalisation des principes d’irrigation éprouvés par les Britanniques en Inde et en Egypte. Bélime n’était pas loin d’un « illuminé ». Mis en mission en 1919, afin d’étudier la faisabilité de l’irrigation dans le delta central du Niger, Emile Bélime écrivit un rapport plein d’enthousiasme et d’approximation. Jean-Loup Amselle et son équipe ont compulsé, plusieurs décennies après, les conclusions de l’ingénieur considéré alors comme le plus grand spécialiste français de l’irrigation. Il faut reconnaître que dans le monde de l’après-première guerre mondiale, Bélime savait vendre l’espoir. Le « Soudan français pourrait être l’un des plus grands champs de coton du monde… pour le plus grand bénéfice de nos industries textiles », rapporte (Jean-Loup Amselle et son équipe dans l’étude intitulée « l’évaluation de l’Office du Niger au Mali, 1985). Bélime proposait à l’Etat français de réaliser un « vaste programme d’aménagement » qui dans le long terme devait permettre à la France d’avoir « progressivement » les moyens de se passer du coton américain et anglais. Dans le principe, Bélime a compris qu’il était possible de redonner vie au delta mort du Niger par une domestication du niveau d’écoulement des eaux de surface. Il lui faut un levier qu’il va situer à Markala. Mais déjà Jean Loup Amselle et son équipe ont fait un terrible constat qui est que la création de l’Office du Niger relevait d’un cas caractéristique d’une économie dominée par la puissance coloniale. Ils précisent que les intérêts des populations locales n’ont pas été pris en compte. « Tout au plus s’est-on préoccupé d’éviter aux populations (main d’œuvre ou clientèle potentielle) de mourir de faim », rappelle Amselle. (P. 8). Le rapport ajoute : « Justifiée par les besoins en coton de la puissance coloniale, soutenue par les visées nationalistes françaises, la création de l’Office du Niger fut ainsi décidée en l’absence de toute justification concernant son intérêt économique et social pour le Soudan lui-même. » (P.9). Mais, il fallait, dans le contexte de l’époque, plus pour arrêter l’élan de Bélime. Il avait des soutiens de taille parmi les nationalistes, les milieux politiques pétainistes qui visaient des objectifs loin de la politique. Les rapports de Bélime ont été produits en 1929. Ils ont été approuvés par le ministère des colonies en 1931, nonobstant des insuffisances apparentes. Rapidement, l’Office du Niger a été mis sur les fonts baptismaux en 1932 sous la forme juridique d’un « établissement public ». Il aura la personnalité civile et l’autonomie financière ». Presque naturellement, c’est Bélime qui été placé à la tête de l’entreprise pour une période qui va durer dix ans, jusqu’en 1942. Le mandat initial confié à l’Office du Niger tenait en deux points : mener l’étude de l’aménagement et mettre en valeur la vallée du Niger. La substance de ce mandat devait trouver sa réalisation dans la mise en valeur du Delta central à partir de l’irrigation et la mise en culture de 510.000 hectares en coton et 450.000 hectares en riz, soit 960.000 hectares au total. Ce n’est pas tout, car après avoir redonné vie à un delta mort depuis des millénaires, il faut des hommes. Bélime et ses amis vont chercher ces hommes dans tout le Soudan et même en Haute-Volta, soit initialement 300.000 colons et leurs familles. Il faut aussi de l’argent. Dans un dépliant de communication du Comité du Niger de 1921 on pouvait lire ceci : « si l’œuvre est géante, l’heure commande l’initiative et, quant aux moyens d’exécution, le génie de la France y pourvoira ». Les 262 millions de francs nécessaires à l’opération seront mobilisés par l’Etat, à travers des emprunts. LA CONTESTATION – De son concept initial à nos jours, l’Office du Niger a toujours eu ses détracteurs. En 1939, déjà, soit sept ans seulement après sa création, Pierre Herbart, aux termes d’une visite de terrain rigoureuse, a parlé, à la place de l’Office du Niger, de « Chancre du Niger ». (Collection Tracts (1934-1939), Gallimard ). Herbart est sans concession quand il indexe et dénonce « la malfaisance […] d’un système », « son pouvoir de multiplication, ruinant l’ensemble d’une contrée ». Son document est une propédeutique. Sur la venue même de Bélime au Soudan, il faut lire « l’Historique des Essais cotonniers dans la vallée du Niger de 1903 à 1923 » de J. Vuillet (Journal d’agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, 1939), pour bien se situer. « Lors de l’arrivée de M. Béltme au Niger, en 1920, les possibilités d’irrigation offertes par la vallée de ce fleuve avaient été déjà l’objet d’études successives d’agents du service d’agriculture de la colonie et de différents chargés de mission. Parmi les premiers, je citerai M. Vitalis,

Marché du ciment : Tendance baissière

Par Babba B. COULIBALY Bamako, 22 Janv (AMAP) Après avoir atteint la barre de 125.000 Fcfa, la tonne du ciment connaît un fléchissement depuis quelques jours. La tonne est vendue entre 95.000 et 110.000 Fcfa, selon les endroits. Variation qui serait, sans doute, due aux écarts entre les prix au moment de l’achat du produit par les quincaillers auprès des vendeurs en gros et autres distributeurs agréés. « Cette stabilisation progressive du prix du ciment s’explique par la reprise normale des activités de production au niveau de Diamond et l’acheminement de centaines de chargements en provenance de Dakar, au Sénégal », explique la direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCCC). Qui, l’on s’en souvient, l’avait annoncée. Cette analyse est partagée et confirmée par des vendeurs de ciment que nous avons rencontrés mercredi. « Aujourd’hui, avec la reprise des importations, le ciment est disponible dans les magasins et le prix a un peu chuté », soutient Karamoko Koné, gérant de quincaillerie à Kalaban Coura. Il vend exclusivement le ciment importé du Sénégal et estime que la tonne pourrait être cédée à nouveau à 90.000 Fcfa, avec surtout la fin des grèves au Mali et au Sénégal. Le promoteur d’une quincaillerie confirme, également, que la tonne est cédée entre la fourchette de 105.000 à 110.000 Fcfa. « Nous avons eu un entretien avec le ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion des Investissements. Les quincailleries, les usines de production, les grossistes, les transporteurs et la DGCCC ont pris part à cette rencontre, qui, je l’avoue, a été très fructueuse », ajoute Lamine Traoré. Un communiqué publié sur la page Facebook de la DGCCC abonde dans le même sens. « Lors de sa rencontre avec les acteurs du secteur, le ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion des Investissements s’est engagé à poursuivre les efforts pour régler définitivement les difficultés auxquelles sont confrontés les unités en vue de leur permettre d’atteindre leur pleine capacité avant la fin de la période de transition », rapporte la structure en charge de la régulation du contrôle des prix des biens et services En attendant, les prix sont encore loin des 90.000 Fcfa d’avant. Il appartient aux autorités en charge du commerce de faire appliquer les prix conformément aux promesses faites par les cimenteries au moment de leur implantation ou de l’inauguration des usines. « Nous espérons sur une baisse dans les jours à venir », ajoute la direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence. Elle précise que le prix du ciment n’est pas homologué au Mali. AUTOSUFFISANCE – Toutefois, dans le cadre de leur convention d’établissement, les trois usines ont accepté de fixer leur prix carreau-usine à 87.000 Fcfa, c’est-à-dire sans remise et sans les frais d’approche. « Ce prix carreau-usine est resté inchangé, cependant la remise qui permettait aux distributeurs de faire face à la concurrence du ciment importé a été supprimé durant la crise », analyse-t-elle. Avant d’assurer que la structure du prix carreau-usine sera révisée et un avenant à la convention d’établissement sera négocié afin de parvenir à la fixation d’un prix plancher et d’un prix plafond du ciment local. Rappelons que le Mali poursuit sa longue, mais rassurante marche vers l’autosuffisance en ciment. En effet, le marché malien du ciment a enregistré une croissance de 5% en 2019, pour atteindre près de trois millions de tonnes. De 750.000 tonnes en 2018, l’industrie malienne du ciment a injecté sur le marché 1.135.000 tonnes en 2019, soit une croissance de 51% d’une année à l’autre. Les trois cimentiers sénégalais (Ciments du Sahel, Sococim et Dangote), principaux fournisseurs du marché malien, ont globalement vu leurs ventes chuter de 13%, passant de 1,9 million de tonnes en 2018 à 1,6 million de tonnes en 2019. A l’inverse, la production locale a porté sa part de marché à 41%, contre seulement 28% en 2018. Trois sociétés de production sont présentes sur le marché national. La plus ancienne est Diamond Cement, avec deux sites de production à Gangotérie (Kayes) et à Dio (Koulikoro). Son capital est contrôlé à 90% par le groupe indien Wacem S.A, le gouvernement y étant présent à hauteur de 10%. Sa capacité de production pourrait atteindre un million de tonnes par an. Le deuxième producteur est le groupe marocain Ciments de l’Afrique (Cimaf), installé à Diago, pour une capacité de 500.000 tonnes de ciment par an, extensible à un million de tonnes. La dernière venue est Ciments et matériaux du Mali, filiale à 95% de Sococim, le leader sénégalais du ciment. Sa production a démarré en septembre dernier. Elle vise une production d’un million de tonnes par an. Avec la présence de ces trois industriels ayant fortement investi au cours des dernières années, le marché malien du ciment devrait atteindre l’autosuffisance dans les années à venir. Cela devrait permettre un approvisionnement régulier ainsi qu’une stabilité des prix fortement chahutée ces dernières semaines. En attendant, la mise en œuvre des mesures annoncées soulagera les consommateurs, dans un pays où chaque famille veut avoir un toit propre. BBC (AMAP)

Assises nationales sur le coton : Pour donner un second souffle à la filière

Bamako, 19 Janv (AMAP Le Premier ministre, Moctar Ouane, a lancé, lundi, les Assises nationales sur le coton qui visent à contribuer à la relance de la culture cotonnière en vue de la rendre résiliente, compétitive, rentable et durable. Ces Assises représentent un rendez-vous important en ce qu’elles doivent permettre l’analyse des voies et moyens susceptibles de favoriser une véritable relance de la culture du coton à partir de la campagne 2021/2022, caractérisée par la rentabilité et la compétitivité de la filière cotonnière du Mali, a déclaré le chef du gouvernement. Le chef du gouvernement a souligné l’importance particulière que son équipe accorde à la tenue de ces assises nationales sur le coton, initiées par le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche. Moctar Ouane a indiqué que nul n’ignore la place centrale qu’occupe la filière coton dans l’économie malienne. Outre la création et la redistribution de revenus sûrs et importants aux producteurs de coton, elle contribue à la sécurité et à l’autosuffisance alimentaire, au financement d’infrastructures sociales de base dans les zones d’intervention de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) et de l’Office de la Haute vallée du Niger (OHVN), à la dynamisation de multiples branches de l’économie nationale, a soutenu le Premier ministre. Il a rappelé que la filière coton contribue substantiellement aux recettes fiscales et douanières, aux bilans des banques, à la stimulation de l’activité hôtelière, du petit commerce ambulant et à la création d’emplois. Au total, plus de 4 millions de personnes bénéficient de la culture du coton comme source de moyens d’existence. Le secteur contribue à hauteur de 15% à la formation du Produit intérieur brut (PIB) et occupe la seconde place, après l’or, au plan des recettes d’exportation. « L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a retenu la culture du coton comme l’une des cinq filières prioritaires devant bénéficier d’un développement soutenu », a rappelé le chef du gouvernement. « En dépit de cette position hautement stratégique dans l’économie nationale, la filière coton reste très fragile face aux fluctuations du cours mondial de la fibre et du prix des intrants agricoles », a relevé M. Ouane. De même, le faible niveau de productivité et de transformation au niveau national ainsi que les nombreux dysfonctionnements dans la gouvernance du secteur obèrent les efforts de développement de la filière. À titre d’exemple, la filière coton a, de 2000 à nos jours, connu quatre crises majeures. « Celle de 2020 aura été la plus emblématique en raison de ses graves conséquences négatives sur l’économie et la sécurisation des moyens d’existence des populations vulnérables. Le tout dans un contexte de changement climatique et de Covid-19 », a illustré Moctar Ouane. Saluant les producteurs de coton pour leurs efforts inlassables visant à hisser haut le pays et préserver son rang de leader dans une filière hautement concurrentielle, il a remercié les Partenaires techniques et financiers pour leur soutien. De son côté, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Mahmoud Ould Mohamed, a expliqué que l’organisation de ces Assises nationales s’inscrit dans l’axe 2 du Programme d’actions du gouvernement de Transition (PAG), à savoir la promotion de la bonne gouvernance. « Car la filière coton est la colonne vertébrale de notre économie, mais confrontée à des crises récurrentes », a insisté Mahmoud Ould Mohamed. « Tout se passe au rythme des fréquentes contreperformances, comme si nous étions dans la fameuse spirale de la pauvreté tant décrite par les économistes. Briser ce cycle infernal est indispensable », a dit le chef du département de l’Agriculture. Cela, conformément aux instructions fermes données par le chef de l’État, Bah N’Daw. Par ailleurs, suite aux différentes crises qui ont ébranlé le secteur du coton, des réflexions stratégiques impliquant les différents acteurs ont été faites, donnant lieu à de nombreuses recommandations, a dit le ministre en charge de l’Agriculture. Les présentes assises doivent, selon lui, répondre à plusieurs questions : quelles sont les leçons apprises des différentes crises et pourquoi les solutions envisagées n’ont-elles pas fonctionné ? Quelles sont les actions de relance de la culture du coton recommandées à partir de la campagne 2021/2022 ? Pour ce faire, le ministre Mahmoud Ould Mohamed s’est engagé à travailler, sans relâche, pour sortir la filière de ce cercle vicieux afin de l’inscrire, dans le plus bref délai, dans un cercle vertueux. À cet effet, il a invité les acteurs de la filière à renforcer la cohésion en leur sein. Le but est de promouvoir la bonne gouvernance et d’en faire une réalité tangible. La rencontre a eu lieu en présence du président directeur général de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT), Dr Nango Dembélé et des acteurs du secteur du coton. ADS/MD (AMAP)  

Mali : Les assises nationales sur le coton lancées lundi, à Bamako

Bamako, 19 janvier (AMAP) La cérémonie d’ouverture du lancement des assises nationales sur le Coton, a été présidée lundi à Bamako par le Premier ministre, Moctar Ouane, sous le thème « Ensemble, mettons en valeur l’or blanc malien », a constaté l’AMAP. C’était en présence du Ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, M. Mohamed Ould Mahmoud, des responsables de la CMDT et des représentants des organisations faitières de production du secteur cotonnier.  Le Ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, Mohamed Ould Mahmoud a, dans son allocution, rappelé que « la filière coton est la colonne vertébrale de notre économie ». Le Chef du Gouvernement a, pour sa part, souligné l’Importance particulière de ces Assises avant de déclarer que l’objectif en est de trouver des solutions afin de contribuer à la relance de la culture cotonnière et d’assurer la résilience et le développement durable de cette filière coton dans notre pays. En rappel, la filière du coton qui occupe une partie importante de la population malienne traverse, ces dernières années; des crises majeures dont le refus des producteurs de certaines zones de cultiver le coton suite à des dissensions sur le prix avec le gouvernement. KM (AMAP)

Jardinage en milieu urbain : Ces potagers qui rapportent gros

Par Makan SISSOKO Bamako, 10 Déc (AMAP) La daba à la main en train de biner des planches, la ménagère Fatoumata Traoré est une femme battante qui a aménagé une parcelle à Kalaban-coura pour en faire un jardin potager. Dans ce petit jardin, elle cultive la menthe, la salade, la carotte, le piment, l’oignon et de nombreuses plantes culinaires pour soutenir sa famille. Elle n’est pas la seule à pratiquer cette activité pour joindre les deux bouts. Les maraichers  font pousser de la salade, de la tomate, du gombo, du concombre, de l’aubergine… en plusieurs endroits dans la périphérie de la capitale. Ils contribuent ainsi à l’approvisionnement de la ville en légumes et en tirent des revenus substantiels. Dans plusieurs quartiers périphériques de la capitale, le jardinage est un business lucratif pour de nombreux ménages. Hommes et femmes s’adonnent principalement à la culture et à la vente des produits pour subvenir à leurs dépenses quotidiennes. Et cela depuis des années. A Niamakoro «Kôda» en Commune V du district de Bamako, le jardinage occupe une place de choix. Nombre d’habitants, avec leurs maigres moyens, s’adonnent corps et âme à l’entretien de jardins potagers. A quelques encablures d’un marigot, se trouve le jardin de Oumar Timbiné. L’espace est clôturé avec des manguiers et d’autres arbres, notamment l’anacardier pour le protéger contre les animaux errants. Le quinquagénaire, père de 7 enfants, exploite à Niamakoro plus d’un ha de jardin potager, contenant plusieurs types de laitues, notamment des salades des feuilles vertes, tomates et gombos. En franchissant le seuil de cet immense jardin, on aperçoit une nature verdoyante et le visiteur se retrouve entièrement plongé dans un calme bienfaiteur. Des manguiers, des bananiers et des papayers plantés dans les parages font de ce jardin un paradis sur terre. A notre arrivée aux environs de 17 heures, l’arrosage des plantes battait son plein. Visiblement très épuisé, Oumar Timbiné se reposait sous un manguier. Pendant qu’un jeune homme d’environ 17 ans s’occupait à faire le tour entre deux mares aménagées pour arroser les plantations. Équipé de deux arrosoirs bien remplis d’eau, le jeune homme, fils ainé de Oumar Timbiné, assiste constamment son père dans cette activité. Avec enthousiasme, Oumar Timbiné explique qu’il pratique le jardinage depuis plus de deux décennies. Une activité dans laquelle, il parvient à tirer son épingle du jeu. « Dans ce travail, je trouve de quoi manger. Chaque matin, je viens dans le jardin et je retourne à la maison vers le crépuscule. Dans ce pays, il n’y a pas de travail, je me suis lancé dans le jardinage pour m’épanouir financièrement. Après quelques années, les affaires ont prospéré et je me suis entièrement consacré à ce travail jusqu’à ce jour », indique-t-il. Pour lui, l’activité de jardinage nourrit son homme mais reste très pénible. Il sollicite plus d’attention pour les jardiniers, en termes de formation sur les nouvelles pratiques et techniques culturales enfin de mieux rentabiliser leurs revenus. Au côté de ces jardiniers, les femmes viennent s’approvisionner en légumes frais, notamment en carottes, en tomates, en piments et d’autres fruits tels que la papaye et la banane pour ensuite les revendre en ville et dans différents marchés de la capitale. Rencontrée, dans le jardin de Oumar Timbiné, Fatoumata Coulibaly ménagère était venue cueillir des feuilles culinaires et des papayes. Elle confie être dans cette activité depuis plus de 10 ans. « Chaque soir, je quitte Sirakoro, pour venir m’approvisionner en légumes et en fruits dans les jardins pour ensuite les revendre au marché de Sénou et dans la ville de Sirakoro», explique Fatoumata Coulibaly. Pour qui, le marché est actuellement moins florissant. Sur la route de l’aéroport, en direction de Kalaban-coura, de nombreuses femmes portaient sur leurs têtes des sacs et des seaux remplis de légumes frais et de feuilles vertes provenant des jardins situés à proximité de l’aéroport. Kadiatou Diarra, l’une de ces femmes, explique qu’elles reviennent de la cueillette pour le marché du lendemain. Plus loin, dans la zone aéroportuaire vers Gouana, le jardinage est une véritable aubaine pour les habitants de cette localité. Cette zone difficile d’accès à cause des tas de déchets déversés partout sur les voies, est considérée par nombre de personnes comme le fief des jardiniers. Des familles y sont installées depuis plus de 20 ans. Et cela, uniquement à cause des travaux de jardinage. Selon de nombreux témoignages recueillis sur place, le jardinage est pratiqué dans cette localité depuis plus de quinze décennies. Amara Koné habite dans cette localité avec son frère ainé et sa famille. « Autrefois, mon grand frère était le seul qui venait dans le jardin après le décès de notre père. J’ai remarqué que c’est un travail pénible pour une seule personne. Nous avons hérité de ces espaces de notre défunt père qui pratiquait le jardinage bien avant que nous ne soyons de ce monde.  À travers le jardinage, nous arrivons à nous nourrir », souligne Amara Koné. Dans ce jardin de plus de deux ha, Amara et son frère possèdent deux machines de pompage, installées dans des puits à grand diamètre pour faciliter l’arrosage des plantations. L’utilisation de ces machines peut souvent coûter plus de 5 à 6 litres d’essence par jour.  Concernant les difficultés, il a souligné le manque d’eau qui survient généralement en saison sèche. Il a aussi signalé la mauvaise qualité de certaines semences qui n’arrivent pas à germer. Notre interlocuteur se rappelle récemment, d’une énorme perte qu’ils ont subie à cause de l’utilisation d’une mauvaise qualité de semence de carotte qui a coûté plus de 150.000 Fcfa. Un peu plus loin, dans le même alignement, nous sommes dans le jardin de la famille Sangaré. Cette famille détient plus de 5 ha. Selon le patriarche de la famille, Moussa Sangaré, bien avant l’aménagement de l’aéroport, ces terres étaient exploitées par leur défunt père. Pour lui, le jardinage est un travail de tous les jours, qui demande beaucoup d’efforts d’entretien des plantes. Cependant, il ajoute que les efforts sont rentabilisés une fois que les plantations arrivent