Biens culturels : La crise sécuritaire au Mali favorise le trafic

Par Amadou SOW Bamako, 18 Janv (AMAP) Le trafic illicite des biens culturels a pris une nouvelle dimension avec l’éclatement de la crise au Mali, en 2012, au moment où les pays européens s’engagent à rendre au continent des objets de haute valeur dérobés généralement, pendant la colonisation. Selon le directeur général du Musée national, Dr Daouda Keïta, après la crise de 2012 au Mali, le trafic des biens culturels s’est intensifié avec l’effondrement de l’Etat dans certaines régions. Une bonne partie des sites et biens culturels était à la merci des prédateurs. « Lorsque les objets sont volés, détruits ou retirés de leur contexte historique, ils sont souvent perdus à jamais », explique-t-il. En 2014, le site de Goudji Touréla, à Ségou, dans le Centre du Mali, a fait l’objet de fouilles illicites par un réseau de vendeurs de biens culturels africains. Cela du fait de l’effondrement de l’administration publique en charge de la protection des biens culturels. Pendant cette période, des milliers d’objets ont été emportés et vendus à des collectionneurs ou amateurs d’art africain. Le directeur du Musée national relève que les pilleurs sont bien organisés en réseau. « Des pilleurs ont fait des fouilles et des antiquaires ont acheté sur le site », a révélé Dr Keita. Des milliers d’objets africains ont été emportés vers de grands musées. Le conseiller technique au ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Dr Mamadou Cissé, en charge du patrimoine culturel, soutient que le phénomène a eu un coup d’accélérateur pendant la crise sécuritaire. Les sites de Djenné-Djeno et du Delta central ont fait l’objet d’un grand pillage. Plusieurs autres sites dans le Septentrion et dans le Sud ont également subi le même sort. « L’année dernière, certains responsables de services techniques ont été menacés par les prédateurs », a annoncé l’archéologue Cissé. Certains individus profitent de la crise sécuritaire pour sauter les verrous. Ils entretiennent une grande complicité avec un réseau d’antiquaires et de collectionneurs de l’art africain. Cette hypothèse est confirmée par les archéologues et historiens maliens que nous avons rencontrés. Les turbulences enregistrées au Mali, depuis mars 2012, à la suite d’un putsch, expliquent amplement cet état de fait. Parce qu’il y a eu l’occupation des deux tiers du territoire national par des groupes armés qui ont procédé à une destruction massive et au pillage des biens culturels. Suite aux pillage et trafic illicite de biens culturels vers d’autres horizons, les autorités maliennes, en partenariat avec l’Unesco et d’autres partenaires techniques et financiers, ont multiplié les initiatives et les actions pour barrer la route aux prédateurs de notre identité culturelle. En réponse à cet engagement commun, les autorités françaises ont, également, promis de restituer 16 objets. Un lot de six objets sera restitué dans un premier temps. La seconde phase de restitution portera sur les dix autres. Cette décision de restitution intervient après le rapport d’une équipe de chercheurs engagée par le président français, Emmanuel Macron, qui s’appuie sur le rapport de Felwine Sarr et de Bénédicte Savoy. Ce document d’inventaire en trois volumes de 863 pages établit que 6.910 objets, en provenance du Mali, ont été inventoriés dans les collections du Musée du Quai Branly qui dispose de milliers d’objets africains d’une valeur inestimable. Dans le souci de bien accueillir ces objets et de les garder dans des conditions optimales, le département de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme a initié plusieurs projets, dont l’organisation, en décembre, d’un atelier de réflexion pour faire l’état des lieux dans les musées et institutions en vue d’assurer une bonne condition de conservation de ces biens restitués. Il s’agissait, également, de faire des propositions concrètes sur le sort des œuvres à rapatrier. Les autorités en charge de la question entendent exploiter toutes les opportunités pour ramener une bonne partie de nos objets identitaires et mettre en place un mécanisme pour contrarier les trafiquants de biens culturels dans le noir dessein qu’ils nourrissent d’aliéner notre patrimoine culturel. C’est dans cette vision globale de protection des biens culturels que le ministère en charge de la Culture a organisé un autre atelier sur la restitution des biens culturels africains sous le thème : “Quels objets et quelles stratégies pour le Mali” du 26 au 28 décembre 2018 à Bamako. La restitution des biens culturels est un long processus qui est en cours depuis des décennies. Cette campagne a été lancée par le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), en décembre 2013. Selon une source officielle, en dépit d’un accord bilatéral entre le Mali et les Etats-Unis sur la gestion des biens culturels, le puissant réseau de fournisseurs des grands musées et collectionneurs continue de prospérer. « Il s’attaque, parfois, à visage découvert aux textes et conventions sur le pillage des biens culturels », selon notre source. Les Africains se souviendront longtemps du discours prononcé par le président français, Emmanuel Macron, dans l’amphithéâtre de l’Université Joseph Ki-Zerbo, en novembre 2017. M. Macron a rappelé l’exigence de restituer au continent africain ses biens culturels. « Je veux que, d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique », a dit le président français. Il exprimait sa détermination à réparer une forme d’injustice vis-à-vis de l’Afrique qui a été dépouillée, selon les historiens, de ses biens culturels mais aussi de documents de traditions orales pendant la colonisation. Ces dernières années, les crises récurrentes dans certains pays africains ont accentué ce trafic. La protection, la réhabilitation et la sauvegarde des biens culturels demeure une préoccupation essentielle du Mali qui a ratifié des conventions de l’Unesco, notamment celles de 1954 sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé et de 1970 sur les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicite des biens culturels. Pourtant, le patrimoine culturel malien continue d’être menacé. Certains spécialistes estiment que c’est le moment de revoir en détail la situation. FERMETE – Le rapport d’un deuxième atelier recommande que les autorités maliennes

Sikasso : Le centre culturel valorise le Cicaara

Mariam F. DIABATE Sikasso, 10 Déc (AMAP) Le Cicaara est l’un des anciens instruments de musique du monde sénoufo. C’est dans l’optique de contribuer à sa promotion et à sa valorisation que le Centre culturel sénoufo a organisé, vendredi dernier, la 1ère édition des journées artistiques et culturelles de cet instrument. Durant deux jours, les organisateurs ont procédé à l’organisation de compétitions inter joueuses de Cicaara, suivies de remises de prix et de diplômes aux gagnantes. Pendant ces journées, Il a été organisé des panels sur le Cicaara ainsi que le lancement et la dédicace du livre intitulé « Rites agraires en milieu Senoufo, y compris le Cicaara». « Le Cicaara ou encore « Ficaana » est l’instrument de musique le plus utilisé en milieu senoufo car, c’est le seul qui est capable de distiller des airs mélodieux et philosophiques. Ainsi, il encourage et surexcite les braves paysans au travail, il adoucit la peine de la femme qui a perdu son conjoint ou encore son enfant », a dit le directeur régional de la culture, Adama Niang, qui a présidé l’évènement, en présence du maire de la Commune urbaine de Sikasso, Kalfa Sanogo. L’instrument, qui occupe une place prépondérante dans les expressions culturelles du peuple sénoufo, est en voie de disparition, a alerté M. Niang, réitérant l’engagement de sa structure à accompagner les actions de promotion et de sauvegarde du Cicacara. « Ma direction fera de son mieux pour inscrire le Cicaara sur la liste du patrimoine national », a-t-il plaidé. Pour sa part, le directeur adjoint du centre culturel sénoufo, le Père Nicolas Dyemo Kizito, a rappelé que le lancement de ces journées a eu lieu en mars dernier. Il a souligné qu’à travers cet évènement, sa structure entend apporter sa pierre à l’édifice culturel. M. Kizito s’est réjoui que cette rencontre a pu fédérer l’ensemble des acteurs culturels ainsi que les joueuses du Cicaara de la troisième Région. Il a saisi l’occasion pour remercier le Centre culturel blonba de Bamako et la Coopération suisse pour leur soutien. Le représentant du Centre blonba, Boudramane Pona, a indiqué qu’en 2019, lors de leur appel à projet, parmi les 70 projets proposés, 15 ont été retenus dont le projet de festival du centre sénoufo qui vise à valoriser le Cicaara. « C’est un projet d’une grande envergure qui va dans la droite ligne de la vision de notre programme. Nous sommes très fiers d’avoir contribué à la réalisation d’un tel projet qui met en valeur le Cicaara dans toute sa splendeur », a-t-il conclu. MFD/MD(AMAP)

A la visite de la grande mosquée de Komoguel, à Mopti, dans le Centre du Mali

Par  Dramane COULIBALY Mopti, 10 Déc (AMAP) Construite en terre battue, entre 1936 et 1943, dans le style soudanais, la mosquée de Komoguel est bâtie sur l’emplacement d’une première qui avait été construite en 1908. L’édifice est situé à l’entrée de la ville de Mopti,  »la Venise du Mali », créée au 12e siècle par un pêcheur Bozo, du nom de Kifou Naciré. De par son style architectural soudanais et les matériaux de sa construction, la grande mosquée de Mopti, communément appelée mosquée de Komoguel est considérée comme le modèle réduit de celle de Djenné, plus connue dans le monde. Elle s’étend sur une superficie de près de 100m², mesurant 31 mètres de long sur 17 mètres de large et 15m de haut. Elle est composée de deux parties dont une première couverte et la seconde qui constitue la cour servant aussi d’espace de prière à l’air libre. L’édifice dont la toiture est portée par des piliers massifs alignés parallèlement au mur est entouré d’un mur d’enceinte d’une hauteur d’environ 2 m 30. Inspirée du modèle de construction de la mosquée de Djenné, la mosquée Komoguel se différencie de celle-ci par la position et le décor du portail d’entrée. L’architecture de terre aux traits raffinés de l’édifice a eu une influence remarquable sur le style de construction de l’ensemble de son entourage donnant une certaine harmonie au quartier et à la ville. Malgré la construction de multitudes de mosquées à Mopti, celle de Komoguel accueille le plus grand nombre de fidèles musulmans pendant les heures de prière, et, particulièrement, pendant la grande prière du vendredi. La prière du vendredi rassemble des milliers de fidèles qui arrivent à la mosquée par les rues et ruelles adjacentes, afin de communier dans la foi islamique. Le monopole de l’imamat de la grande mosquée est détenu par de la famille Konaké.  L’imam actuel, Abou Mahamane Konaké dit  »Bouna », âgé de 52 ans, est le benjamin des pères de la lignée. De la reconstruction de la mosquée à nos jours, huit imams ont dirigé la prière : Brahéma Bory Konaké 1856-1913 ; Diadjié Alkaly Konaké 1913-1952 ; Elhadj Sidi Konaké 1952-1972 ; Elhadj Malick Konaké 1972-1982 ; Abou Mahamane Konaké 1982-1983 ; Moctar Konaké 1983-2003 ; Yacouba Konaké 2003-2018 et Abou Mahamane Konaké dit  »Bouna » de 2018 à nos jours. L’édifice religieux fait chaque année l’objet d’un entretien de crépissage appelé  »Gollè-missiri ». Cette activité est un évènement majeur dans la vie de la Cité. Elle exige la participation de toute la population, jeunes, femmes et vieux. C’est l’affaire de tout le monde. Des ressortissants installés dans d’autres villes font le déplacement pour y participer. Le crépissage de la mosquée à lieu en période de décrue, entre le mois de mars et avril, parce que le banco utilisé à l’occasion est savamment préparé dans le lit du fleuve. Fait à partir d’un savant et délicat mélange de terre, d’eau avec du son de riz, du beurre de karité et de la poudre de baobab, cet enduit permet de protéger la mosquée des intempéries. Cet évènement est, aussi, l’occasion de renouveler le sable à l’intérieur de la mosquée. Les travaux se déroulent dans une ambiance festive de chants religieux, de tam-tam, de cris de joie et de battement d’objets usés servant d’instruments d’animation. Au fil des temps, le monument religieux a souffert d’un entassement de « banco » dû aux couches successives d’enduits lors des crépissages et une application inadéquate de revêtements en ciment,  en 1978, dans le souci d’éviter l’entretien annuel. Mais ce revêtement n’avait pas empêché l’eau de s’infiltrer entrainant une dégradation du bâtiment et ses toilettes et accès. Ainsi, avec l’accompagnement de l’Etat, sur financement de la Fondation Aga Khan (AKF) et Aga Khan Foundation pour la culture (AKTC), la mosquée a été restauré entre octobre 2004 et juin 2006. Le travail a consisté en des activités de réparation de l’ouvrage mais, également en la formation de jeunes apprentis en maçonnerie, crépissage, menuiserie pour garantir des réparations et des travaux d’entretiens respectant les matériaux d’origine local (terre, paille et bois). Comme toutes les autres mosquées, la grande mosquée de Komoguel à un caractère fédérateur. Au-delà des prières, elle accueille des cérémonies sociales, entre autres, les baptêmes et les mariages religieux. Ce qui fait de ce site cultuel un outil de maintien et de renforcement des liens sociaux. Vu son importance, historique, architecturale, touristique, culturelle et son rôle  fédérateur, la mosquée de Komoguel a été inscrite par Décision N° 1593 /MC – SG du 14 octobre 2004, et classée sur la liste du patrimoine culturel national par Décret N° 05-480/P-RM du 4 novembre 2005.  »La mosquée de Komoguel est le seul bâti ancestral qui nous reste à Mopti aujourd’hui. En raison de son caractère de symbole de cohésion sociale et son expression du vivre-ensemble, nous devrons renforcer davantage notre union autour d’elle », a expliqué l’imam Abou Mahamane Konaké  dit  »Bouna ». Selon l’imam, certes, depuis un certain temps, l’Etat a pris en charge les charges d’électricité et un ancien député a installé une adduction d’eau, mais la mosquée à d’autres difficultés, « entre autres, l’absence de gardien, la faible capacité des toilettes entrainant un énorme besoin de vidange et de réparation interne ». Pour le guide spirituel, l’Etat doit plus investir dans la protection des sites classés patrimoine national qui reçoivent des milliers de visiteurs (touristes, hautes personnalités nationales et internationales). « Cela, pour le bonheur des populations en générale et, en particulier, de la communauté musulmane », estime-t-il. DC/MD (AMAP)

Cérémonies des djinns : Toutes en transe !!!!

Par Baya TRAORE Bamako 03 Déc (AMAP) La scène ne relève pas d’une anecdote mais plutôt d’un phénomène, «le spectacle des djinns», qui a su franchir les âges, prend, aujourd’hui, des proportions burlesques au Mali. Le rituel d’invocation des êtres invisibles est une pratique ancienne mais, de nos jours, il a pris le chemin du dévoiement. Ses adeptes cherchent à se faire prédire l’avenir. Mais les comportements inavouables ne sont jamais loin. Il est environ 13h20, ce week-end, à Dialakorodji où se tient, au pied d’une colline, un spectacle ahurissant. Une cohorte de femmes chante en chœur et esquisse des pas de danse pour invoquer les djinns, ces êtres surnaturels qui auraient le pouvoir de régler, d’un coup de baguette magique, les problèmes des humains. En tout cas, c’est ce qu’on fait croire aux inconditionnels de la pratique. Quelques minutes plus tard, deux femmes, drapées dans des ensembles en bogolan avec des gris-gris sur tout le corps, entrent brusquement en transe avant de se laisser choir. L’une d’entre elles se prénomme Yaye et serait hantée par le «djinn bamanankè». Son acolyte Maïmouna, elle aussi serait possédée par le «djinn massasolomana». De temps en temps, les deux femmes possédées se relèvent et font le tour du cercle de leurs comparses, la démarche altière et la bouche remplie de bave, marmonnant des formules incantatoires. Parfois, elles se jettent dans la foule avec une certaine agressivité. La scène dure des heures. L’assistance scotchée sur place semble s’en délecter. Tout au long du rituel, les adeptes de la pratique (hommes et femmes) affluent. Certains débarquent de luxueuses voitures. Ceux qui ont des scrupules à être reconnus dissimulent leur visage. Au fur et à mesure qu’on s’achemine vers le crépuscule, les deux femmes, étonnamment, reprennent leurs esprits, dans un semblant de sérénité ! Et les choristes du jour arrêtent leur chant. On installe les deux dames « habitées par des djinns » dans une chambre. Le grand silence qui règne traduirait l’apparition des djinns qu’elles ont invoqués. Place maintenant aux consultations. Par petits groupes, quelques fois individuellement, mais par ordre d’arrivée, les adeptes cherchent à se faire lire l’avenir. Tous déposent auprès d’un assistant, posté à la porte de la chambre, un billet de 500 Fcfa comme frais de consultation. Ils sont aussi tenus de payer un lot de trois médicaments traditionnels à 150 Fcfa à offrir aux djinns afin qu’ils soient plus coopératifs. Selon Yaye, affectueusement appelée par ses adeptes «bamanankè ka Yaye», initiatrice du spectacle qui se passe tous les mercredis et les samedis, l’objectif est de porter assistance aux personnes qui en font la demande. «A travers ce rituel, je soigne les personnes qui me sollicitent. Je leur donne des solutions aux multiples préoccupations et soucis qui les assaillent. Parce que ces personnes, de différentes couches sociales, nous soumettent leurs problèmes à régler. A vrai dire, j’en règle énormément. Ceux qui sont satisfaits nous donnent des enveloppes et des présents», explique la «djinètigui» ou l’hôte des djinns. DÉMON – Fanta Touré et Rokia Traoré assistent, depuis des lustres, à ce spectacle. La première assure qu’elle a toujours trouvé les solutions à ses difficultés auprès de ces femmes possédées par le djinn. Elle pense devoir aux djinns la réponse positive à son désir de maternité : elle a aujourd’hui un garçon, après 15 ans de vie en couple. Difficile de la convaincre du contraire. Elle était encore venue consulter, cette fois-ci, pour mettre fin à des petits désaccords avec son époux et trouver l’harmonie dans son couple. Quant à Rokia, elle explique être hantée par le démon qui l’empêcherait de suivre des cours en classe et de s’épanouir. La jeune scolaire reconnaît avoir vécu un enfer parce qu’elle pouvait s’évanouir à tout moment et partout. Maintenant, elle se porterait de mieux en mieux, grâce à la médication de Yaye. Selon elle, il n’y a plus aucun doute, elle est plus tranquille maintenant et a retrouvé l’envie d’apprendre à l’école. Autre lieu, même scène.  Ce jeudi soir, à Samè Kokono, sur la route de Kati. A une heure indue de la nuit, des initiatrices du spectacle, toutes habillées de boubous blancs, assortis de petits foulards rouges, avec des cauris nattés sur la tête apparaissent au milieu de la scène. Sur des airs entonnés en chœur, des femmes s’évanouissent. Elles sont aussitôt transportées dans une chambre. Kadiatou, l’une d’elles, serait possédée par le «djinn batoukouné». Elle se roule plusieurs fois par terre, avant d’escalader un pan de mur l’air hébété et un sourire béat. Quelques minutes après, elle retrouve ses esprits et accepte de nous dire pourquoi elle se comporte ainsi. Pour toute réponse, elle incrimine «le djinn Batoukouné». A en croire la jeune dame, les personnes hantées par les djinns ont toujours un comportement d’enfant. BRUTALES ET AGRESSIVES– Sur ces entrefaites, une autre jeune dame, du nom de Oumou. entre également en transe. Elle a le «djinn n’komoni», chevillé au corps. Elle se blesse après des chutes consécutives sur un sol rocailleux. Elle ne se souvient de rien mais admet que chaque fois qu’elle entre en transe, elle ressent de la fatigue et tout son corps lui fait mal. Selon elle, si on est possédé par le «djinn n’komoni», à chaque crise, cet être surnaturel te fait faire des choses brutales et agressives parce que ce djinn est très violent. Maria aussi est habitée par le «djinn Maïmouna Haïdara». Après sa chute, le public s’est précipité pour la couvrir avec des foulards. Elle se relève et se dirige directement vers un homme dans l’assistance et lui conseille de faire des sacrifices mais, surtout, de se laver avec certaines décoctions pour voir résolus ses problèmes d’obtention de documents de voyage. Le quidam a confirmé avoir, effectivement, des problèmes de cette nature et jubile, déjà, à l’idée de trouver la solution à son souci. Après que Maria a retrouvé sa lucidité, elel nous a fait comprendre pourquoi elle a été couverte de foulards. Simplement parce que le «djinn Maïmouna Haïdara» aime la religion musulmane qui exige que la femme se

Moussa John Kalapo : Le photographe qui traque les imperfections de la société

Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 28 Nov (AMAP) Pantalon jeans et jacket noir en cuir, bonnet Cabral sur la tête, barbe et moustache fournies, Moussa John Kalapo porte en bandoulière un appareil photo. « Ah ! Ce bonnet permet aux étrangers, qui ne me connaissent pas, de savoir d’où je viens », lâche-t-il, sourire en coin. L’homme ne se sépare jamais de son bonnet, en hommage au héros de l’indépendance bissau-guinéenne, Amilcar Cabral. Ce bonnet Cabral est devenu, en quelque sorte, le béret du Che Guevara de l’Afrique de l’Ouest, reflétant l’image du héros indépendantiste. Né il y a 37 ans, à Bamako, Moussa John Kalapo fréquente l’école Alexis Makosso de Pointe Noire, au Congo Brazzaville, où avaient émigré ses parents. La famille revient, plus tard, à Bamako, pour permettre au garçon de passer son Diplôme d’études fondamentales (DEF), en 2000, à l’école Marie Diarra II, à Hamdallaye (Bamako). Moussa John Kalapo entre au lycée Prosper Kamara, puis rejoint l’Institut de formation professionnelle (IFP) de Sikasso pour une formation en comptabilité. A sa sortie de l’école de formation, il travaille, pendant quelques mois. Très vite, il comprend que la comptabilité ne lui convient pas. Il s’inscrit au Centre de formation en photographie (CFP) de Bamako où il suit une formation en photographie conceptuelle-créative et d’art. Après plusieurs années d’activité, il obtient une bourse de la Tierney Family Foundation Awards-Tierney Fellowship en 2015, pour poursuivre une formation en photographie documentaire et résidence de création dans l’une des prestigieuses écoles d’art photographique, Market Photo Workshop (MPW), à Johannesburg, en Afrique du Sud. Moussa John Kalapo, expose, actuellement, au Musée des Tapisseries dans le cadre du Festival photo d’Ex 2020 intitulé « Regards croisés ». Un événement annuel, qui se tient à Aix-en-Provence, dans le Sud de la France. Il a été sélectionné, avec quatre autres photographes africains, qui doivent croiser leurs œuvres avec celles de cinq photographes français sur la situation de l’humanité. Il y montre sa série documentaire sur les chambres dénommées : « Empreintes de mes rêves ». Il explique qu’il se démarque de la culture de l’esthétique en dévoilant sans artifices des conditions de vie assez communes et franchement indigentes de sa société, à travers la prise de vues de chambres à coucher. A l’indigence matérielle, s’ajoute la prolifération des traces de sentiments et d’états d’âme laissés sur les couches, au petit matin. Au-delà des réalités crues de vétusté, de désordre ou de saleté, John Kalapo nous exhorte à considérer les chambres et les lits comme les décharges des poids du conscient. L’objectif de son appareil capte notre vie quotidienne, dépourvue des artifices. Il révèle ainsi une réalité moins reluisante. A Nîmes, une autre ville de France, le photographe fait la restitution d’une résidence de création effectuée en février dernier. Pour NegPos Galerie, le photographe malien avait travaillé sur le thème : Ceux qui n’ont pas de toit, et qui vivent dans un « Autre monde », les sans domicile fixe (SDF). La résidence ayant coïncidé avec le confinement, il a donc intitulé son travail : « les oubliés du confinement ». Pour lui, la mesure, qui consistait à demander aux gens de rester chez eux, n’était pas juste. « Car, s’interroge-t-il, comment faire lorsque le chez-soi n’existe pas, que l’on vit dans la rue ? » Les rues se sont vidées, il n’y a plus de passants, faire la manche relève de l’impossible. « Ils ont été oubliés dans cette crise sanitaire. Ils sont livrés à eux-mêmes dans les rues urbaines désertées et subsistent encore des personnes, comme les sans-abris, qui n’ont d’autres choix que d’y rester », dit le photographe. Pour faire ce travail, John a dû se faire passer, souvent, pour un SDF, car c’était compliqué avec les règles très strictes. « Après mon travail, je rentrais dormir dans mon appartement », témoigne-t-il. Pour lui, la photo consiste à transmettre une vision. Un photographe doit avoir le réflexe de s’arrêter et d’observer. « Et se demander pourquoi les choses sont toujours vues d’une certaine manière alors qu’elles peuvent être racontées d’une autre façon. » Il divise son œuvre photographique en trois catégories : le travail commercial conceptuel, l’éditorial (pour des magazines et des reportages) et les projets d’inspiration personnelle. Elles partent tous d’histoires de personnes, de groupes, d’événements, et se consacrent aux sujets humains et sociaux. Il a effectué des reportages photo pour plusieurs ONG et entreprises privées au Mali, en Afrique et en Europe. De grandes agences de presse le sollicitent également. Il a, aussi, participé à des ateliers photos et des expositions collectives au Mali, Afrique et en France. Le projet « Archives photographiques du Mali », qui a officiellement démarré en octobre 2015, consiste à numériser les négatifs de grands photographes maliens disposant d’importants fonds photographiques comme Malick Sidibé, Abdrahamane Sakaly, Adama Kouyaté, Tijane Sitou, Félix Diallo et Mamadou Cissé. Une activité suspendue pour le moment. Moussa Kalapo, recruté sur test, était l’un des deux assistants techniques chargés de la numérisation aux côtés des représentants des familles des photographes sélectionnés. Pour lui, « ce travail est d’autant plus important qu’il permet de préserver le patrimoine photographique que les familles ne peuvent pas toujours bien gérer et qui peut, soit disparaître, soit se retrouver à l’étranger, comme ce fut le cas du fonds photographique de Seydou Keita. Or, ces images font partie de l’histoire du Mali et doivent être conservées pour la postérité ». En 2016, à la suite d’un appel à candidatures, Moussa a été retenu à la « Quinzaine de la photographie du Bénin », sur le thème « L’esclavage moderne». à Cotonou, il a remporté le deuxième prix appelé « Prix de l’Innovation ». Sa série intitulée « Le travail domestique des enfants » a séduit le jury par la beauté des images et sa force narrative. En mars 2017, Moussa Kalapo a participé à une résidence de quinze jours à Rabat au Maroc, avec trois autres photographes du Sénégal, de la Tunisie et du pays organisateur, sur le thème « Rabat, l’Afrique en capitale ». Il a présenté à cette occasion une série dénommée « Présences ». Les images ont été exposées dans la Galerie Bab Rouah, du 28 mars au 23 avril 2017.

Cité des enfants: Les petits génies des instruments traditionnels

Par Mohamed D, DIAWARA Bamako, 28 Nov (AMAP) Le show n’a pas de secret pour l’adolescente Mariam Diabaté et ses coéquipiers. A 14 ans seulement, elle évolue au sein du Mini ensemble instrumental, une formation musical de 10 jeunes garçons et 10 jeunes filles. Bien « genré » ! Ces mômes font parler leur talent. L’initiative est du virtuose de la kora, Toumani Diabaté, soutenue par la structure dédiée à l’épanouissement des tout-petits la Cité des enfants. Le Mini ensemble instrumental, appelé auparavant « Mandingue Kids a été créé en 2006. « Mandingue kids » joue, uniquement, des instruments de musique traditionnelle. Le groupe a séduit Mme Koumaré Amina Cissé, la directrice de la Cité des enfants. Il a rejoint cette structure dirigée par l’ancienne animatrice de la célèbre émission télévisée « Nous, les enfants ». Mme Koumaré propose au groupe le nom « Mini ensemble instrumental». Il se veut une école pour les adolescents qui aiment faire de la musique et a déjà guidé les premiers pas de plusieurs jeunes qui font, aujourd’hui, la fierté de la musique malienne parmi lesquels Sidiki Diabaté, fils de Toumani. Ces jeunes artistes interprètent, avec brio, de nombreuses chansons des différents terroirs du Mali. Ils s’inspirent, également, de l’actualité en abordant des thèmes tels que les maladies, l’excision, les violences basées sur le genre y compris la scolarisation des filles. Ils viennent d’ailleurs de dédier une chanson à la sensibilisation contre la Covid-19. Cette pandémie a affecté le Mini ensemble instrumental tous les autres artistes. Une période de crise que le groupe musical a mis à profit pour revisiter son répertoire musical à travers une série de répétitions. Flematou Diabaté, directrice du Mini ensemble instrumental, est nostalgique des moments glorieux de son orchestre. « On a eu la chance de participer au Hollande Festival (HF), un festival international des arts de la scène ». Le groupe est beaucoup sollicité lors de la célébration des journées internationales de la femme célébrée le 8 mars et celle consacrée à l’enfant africain le 16 juin. Le Mini ensemble instrumental ne dispose ni de matériel de sonorisation, ni de moyen transport, explique Mme Amina Cissé : « nous sommes obligés de louer des haut-parleurs, une table de mixage, des microphones et un mini bus de transport en commun appelé Sotrama, chaque fois que le besoin se fait sentir. Des frais de locations qui réduisent les gains car ils ne sont pas pris en charge par le commanditaire. Mariam Diabaté en est à sa deuxième année de carrière dans ce groupe. Elle est l’une des interprètes du groupe du fait de sa très belle voix et de son talent prometteur de chanteuse. L’adolescente apprécie particulièrement l’initiative. À travers cette formation musicale, elle a pu se familiariser avec les notes de la musique. « C’est le plus important », se réjouit-elle. Pour elle, le gouvernement doit les aider pour avoir les matériels de sonorisation notamment les amplificateurs et les micros. La jeune cantatrice n’est pas près d’oublier le 8 mars qu’elle a fêté au Palais présidentiel, avaec le Mini ensemble instrumental, à l’invitation de l’ancien président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta. « J’ai même réussi à parler avec le président », indique Mariam, toute émerveillée. Amina Cissé se rappelle comment la Cité des enfants, et le Mini ensemble instrumental se sont rencontrés. « Quand je suis arrivée à la Cité des enfants, j’avais besoin des mômes qui jouaient uniquement avec les instruments traditionnels pour réaliser l’une des missions de la Cité qui consiste à participer à l’initiation artistique des enfants et à leur éducation civique et morale. Comme le Mini ensemble instrumental était déjà en place sous l’appellation de « Mandingue kids », mon projet avec le groupe a été de compléter le volet orchestre par le volet enfants qui maîtrisaient les instruments de musique traditionnelle. C’est ainsi que notre collaboration a commencé et j’ai proposé le nom Mini ensemble instrumental », raconte la directrice de la Cité des enfants. Ils animent toutes les activités de la Cité des enfants, notamment la Semaine nationale de l’enfant, le Salon de l’enfance et plusieurs autres journées internationales de l’enfant. « Tout le monde aime ces enfants », dit notre interlocutrice. À travers la Cité des enfants, beaucoup d’autres organisations et structures les sollicitent. « Depuis qu’on a commencé à collaborer, chaque fois qu’on les sollicite, ils disent de venir voir la directrice de la Cité des enfants pour leur mise à disposition », se réjouit la directrice générale. Chaque année, la Cité propose des formations musicales à 10 enfants du groupe à travers le festival « Équation nomade », une rencontre artistique annuelle en faveur des enfants du Mali. Dans ce domaine de renforcement de capacité, la Cité des enfants travaille d’arrache-pied pour que ces jeunes musiciens puissent bénéficier d’autres formations notamment à l’étranger. Ces jeunes artistes profitent, aussi, de leur temps libre pour encadrer d’autres enfants qui ont aiment faire de la musique. MDD/MD (AMAP)

Rokia Traoré parle : « Ma carrière est prise en otage »

La star malienne revient, dans cet entretien, sur ses ennuis avec la justice belge et dénonce l’injustice qu’elle subit dans cette affaire. Elle évoque aussi ses projets et livre son analyse sur les besoins d’organisation du secteur de la culture dans notre pays L’Essor : Comment évolue le dossier judiciaire qui vous a valu des ennuis en France en mai dernier ? Rokia Traoré : La procédure au niveau de la justice malienne suit son cours comme il se doit et la vie continue. Il est important de noter qu’il m’a été ordonné par la justice belge de retirer ma fille de son école qu’elle fréquentait au Mali depuis deux années scolaires auparavant, la séparer de tout son environnement habituel, acheter les billets d’avion pour voyager de Bamako à Bruxelles et aller la livrer sur le territoire belge. Je suis et mes enfants sont de nationalité malienne et nous vivons au Mali, les enfants fréquentent des écoles au Mali. Il m’a été injustement ordonné de livrer ma fille à un père qui dit clairement ne pas avoir les moyens de l’élever. Mais la justice belge a trouvé solution à cela aussi. Dans leur décision, je dois payer une pension alimentaire au père ainsi que des frais pour l’école et tous les autres besoins de l’enfant. De la même façon que j’aurais respecté n’importe quel système de justice, j’ai respecté la justice belge. J’ai constitué un avocat en Belgique en trois jours après avoir reçu par email une citation à comparaître un 1er mai (jour férié) pour une audience au tribunal de Bruxelles le 6 mai. Bien évidemment, puisque je n’habite pas en Belgique ni ailleurs en Europe, il était impossible de me délivrer la citation à comparaître de la justice belge sur le territoire malien dans les règles juridiques connues. À un moment, j’ai compris que mon crime fut d’avoir décidé de vivre au Mali, en Afrique avec mes enfants. Je suis coupable d’être une Africaine qui a cru en l’égalité des droits entre Noirs et Blancs, hommes et femmes. Par ailleurs, j’entends souvent dire que j’aurais causé des ennuis diplomatiques à mon pays, le Mali, en rentrant à Bamako en mai 2020 pendant que j’étais en attente d’être extradée en Belgique pour cinq ans de prison en laissant ma fille qui aurait simplement été récupérée par son père et perturbée à vie si moi, la mère qui a sa garde, je me retrouvais en prison pour purger une peine de 5 ans. Selon quelle règle diplomatique le Mali serait donc en faute d’avoir autorisé l’atterrissage d’un avion transportant une Malienne rapatriée pendant la crise de la Covid-19 au Mali où elle réside ? Pourtant, mon avion a, tout à fait, décollé de France avec une autorisation de décollage de ce pays. Je n’ai pas utilisé de faux documents, je n’ai tué ni agressé personne pour prendre l’avion et décoller de France où j’avais été arrêtée et emprisonnée malgré mon immunité diplomatique qui n’a jamais été officiellement levée, donc, a priori, a bien été méprisée. Le Mali devait refuser l’atterrissage de mon avion alors que la France avait donné l’autorisation de décollage de son territoire à cet avion ? Pour quelles raisons ? Parce que j’ai tué quelqu’un ? Aurais-je été impliquée dans un trafic de drogue ? J’aurais détourné des fonds ? Pourquoi aurait-il fallu continuer à me maltraiter pour un dossier de plainte mensonger d’un citoyen belge en Belgique alors que je vis au Mali et suis citoyenne malienne ? Jamais aucune des décisions de la justice belge ayant mené à l’émission du mandat d’arrêt européen ne m’a été signifiée, car je n’habite pas en Belgique et il n’y a jamais eu de procédure d’exequatur de ces décisions auprès de la justice malienne. Il est une chance, une bénédiction pour le père de ma fille d’être européen et que l’Europe entière le soutienne pour persécuter une femme, une mère. Il n’a besoin ni de me battre, ni de me tuer dans sa violente et malveillante attitude, le système de justice de son pays s’en charge pour lui. Le moins que le Mali pouvait faire pour moi, sans prendre aucun risque diplomatique était certainement d’accepter qu’atterrisse mon avion en territoire malien, du moment qu’il avait légalement obtenu une autorisation de décollage en France et que j’étais bien sortie du territoire français avec mes documents d’identité sans aucune malversation. L’Essor : Ce dossier judiciaire n’a-t-il pas un impact négatif sur votre carrière et sur vos projets ? Rokia Traoré : Mes enfants ont été profondément perturbés, j’ai été dénigrée, maltraitée, emprisonnée, ma carrière prise en otage en me faisant perdre des contrats de travail, sur la base d’une fausse accusation d’enlèvement d’enfant dont l’inexactitude a été démontrée en fournissant des attestations et certificats. Ce dossier a un impact sur ma vie parce qu’il m’a révélé beaucoup de choses négatives que je n’imaginais plus possibles de nos jours dans les relations entre l’Europe et l’Afrique… Mais, comme nous disons chez nous les bamanan « en nommant toutes les parties de son corps, on en arrive à s’insulter soi-même ».… De plus, je n’aime pas m’attarder sur les énergies négatives et destructrices. Je ne veux pas que mes enfants subissent mes souffrances si je ne parvenais pas à les contenir. J’avance, c’est ainsi que j’ai été éduquée. Toujours avancer tant que nous sommes encore en ce monde et en bonne santé, en étant certain de son honnêteté, de sa droiture. L’Essor : à propos de vos projets, vous aviez entrepris la création et la mise en scène d’une série de spectacles depuis 2018. Où en êtes-vous ? Rokia Traoré : La crise de la Covid-19 bouleverse le secteur culturel. L’une des conséquences en Europe est la fermeture des sites où le public s’assemblait pour visiter des œuvres, voir des spectacles, regarder des films… En principe, j’achève la création des spectacles prévus. Ils seront joués à la reprise, après la crise, ou certains online (sur Internet et chaînes de télévision), ou en live en Europe

Promotion de la culture : L’Union européenne soutient huit projets culturels pour la paix et la diversité

Bamako, 10 Nov (AMAP) La signature de 8 contrats de subvention, de l’Union européenne (UE) pour une valeur de plus de 97,8 millions de Fcfa, pour le financement d’activités culturelles dénommée : «La culture pour la paix, unis dans la diversité» s’est tenue, jeudi dernier, au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Les lauréats ont été retenus après un Appel à manifestation d’intérêt (AMI). Ce financement représente la première phase de l’AMI destiné à soutenir les festivals, productions audio-visuelles et formations professionnelles dans le domaine culturel. La délégation de l’UE avait reçu 120 demandes de subvention. Les 8 projets sélectionnés sont : «La résilience, culture et vivre ensemble», «Bogo ja- 8è édition», «Caravane culturelle de l’entente», «Mali mode académie», «Nous sommes d’ici» et «Patrimoine en balade». S’y ajoutent « Le Programme d’initiation, de formation et de promotion culturelle de la teinture indigo» et «Le Projet de formation suivie de création et de diffusion d’une pièce théâtrale». Ces projets interviennent dans les localités de Tombouctou, Gao, dans le Nord, Bamako, la capitale, Siby, Koulikoro, Mopti, Bandiagara (Centre) et Kayes (Ouest). Ils concernent le théâtre, la musique, l’artisanat, le cinéma et la mode. Le montant total des subventions pour les deux phases se chiffre à un peu plus de 262,382 millions de Fcfa. La première phase sera exécutée avant la fin de l’année. Quant à la deuxième, elle se déroulera en 2021. Pour la sélection des projets, précise un dossier de presse de l’UE, la priorité a été donnée aux actions qui favorisent le brassage entre les régions et la promotion de la paix et de la cohésion sociale au Mali. Il s’agit également des activités culturelles qui ont un potentiel de création d’emplois décents et pérennes dans le secteur culturel, y compris l’artisanat culturel et l’artisanat d’art. L’ambassadeur de la délégation de l’UE au Mali, Bart Ouvry, a salué la diversité et la qualité des projets. Il a indiqué que ce financement vise à promouvoir la diversité culturelle au Mali et à contribuer, en tant qu’atout, à l’unité et la paix. M. Ouvry a, également, souligné le rôle déterminant des arts et de la culture dans la vie du pays. « En s’attaquant au peuple malien, les groupes armés terroristes s’attaquent à son identité culturelle », a déclaré le diplomate européen. «Notre volonté est de rester impliqué dans la sauvegarde et la restauration des patrimoines. Nous voulons nous mobiliser pour les acteurs culturels maliens pour les professionnaliser à faire de bons projets pour les jeunes en tant qu’acteurs culturels», a-t-il ajouté. Le ministre des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine, Alhamdou Ag Ilyene, représentant son collègue des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a rappelé que l’UE a lancé, en juillet dernier, ce processus pour le financement d’activités culturelles. «Au regard du contexte actuel, il me parait opportun de rappeler que la culture est un levier d’intégration sociale pour les communautés ou des régions en difficultés», a déclaré Alhamdou Ag Ilyene. La ministre en charge de la Culture, Kadiatou Konaré, a, également, relevé que la coopération culturelle avec l’UE est majeure. «Leur accompagnement engage notre département à davantage instaurer la bataille pour la culture, la stabilisation, la cohésion sociale et la paix dans notre pays», a dit Kadiatou Konaré. Lamine Diarra, directeur artistique de la Compagnie «Kuma so» et porte-parole des bénéficiaires, a estimé qu’il était grand temps pour les acteurs de la création artistique de bénéficier d’un tel financement. «Je suis convaincu que c’est par la culture qu’on portera haut le flambeau de ce pays, comme auparavant», a-t-il dit. MDD/MD (AMAP)    

Société sénoufo : Plongée dans le tréfonds culturel et mystique

Par Fousseyni DIABATE Bamako, 07 Nov (AMAP) Les Sénoufos peuplent le Sud du Mali, le Nord de la Côte d’Ivoire et le Sud Ouest du Burkina Faso. Ils ont en partage avec d’autres ethnies des sociétés d’initiation qui préparent les jeunes à la vie d’adulte. Dans une société sans écriture et sans caste, il est très difficile de fixer avec précision les origines et l’analyse de certaines situations. Les enseignements sont transmis de générations en générations, de familles en familles. Les Sénoufos occupent le nord de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso et le sud du Mali. Ils ont en commun des valeurs culturelles et sociétales. Pour s’identifier, les premiers Sénoufos avaient tracé sur chacune de leurs tempes trois traits horizontaux ou scarifications appelés communément balafres. Tous les senoufos ont pour emblème le calao qui est le signe de la fécondité des hommes et de la terre, nous enseigne le traditionnaliste Tiémoko André Sanogo, le chef des Koreduga de la région. Les Sénoufos de Sikasso ont migré vers Kong et Korogho en Côte d’Ivoire, et vers Banfora au Burkina Faso. C’est une ethnie qui n’a pas connu la division sociale du travail et donc pas de système de classes sociales. Ce qui fait que l’on ne rencontre pas de caste chez eux.  Ils ont en partage avec d’autres ethnies de notre pays des sociétés d’initiation comme : le Komo, le Konon, le Nya, le Namakoro, le Korè, le Ciwara et le Poro. Elles constituent de véritables écoles de la vie de 7 à 77 ans. Le Poro est une société traditionnelle sécrète d’initiation chez les senoufos. Il constitue une véritable école de formation et d’apprentissage, préparant le jeune senoufo à toutes les épreuves de la vie adulte. L’initiation, faite par ordre de classe d’âge, a lieu dans les bois sacrés. Au cours de cette initiation, nous révèle le directeur du musée régional de Sikasso Mando Goïta, on enseigne aux générations montantes, des connaissances scientifiques comme celles liées aux plantes, aux techniques de la chasse et de la guerre. Ils apprennent aussi l’éducation civique et la morale notamment le respect de la hiérarchie, l’honneur et l’amour de la patrie, le respect de la personne humaine, des ancêtres ABONDANCE ET FÉCONDITÉ– Au sortir de l’initiation du Poro dont le fondement ne doit jamais être divulgué aux non-initiés, le jeune senoufo intègre la génération des adultes et devient ainsi un homme accompli. La portée sociale de toutes ces sociétés est la culture de la paix, de l’entraide et de la cohésion. Quant à la société d’initiation Komo que plusieurs ethnies ont en partage, elle se caractérise par son masque appelé « tête de Komo » généralement effrayant qui apparaît lors des fêtes annuelles. Le scénario initiatique est mis en œuvre autour du masque et l’initiation consiste à tester l’état psychologique de l’individu qui doit acquérir les connaissances de l’univers. C’est un moule pour « fabriquer » la conscience psychologique de chaque membre de la société. Chaque société d’initiation en milieu senoufo marque une étape précise de la vie de l’individu. Ainsi, le Nya est également un culte communautaire, symbole de puissance, d’abondance et de fécondité, selon le directeur du musée régional de Sikasso. Le terme Nya désigne une puissance religieuse précise dont le pouvoir est lié à des objets fabriqués qui doivent être nourris par le sang des animaux sacrifiés. En milieu senoufo, plusieurs femmes en quête d’enfant, se confient au Nya, symbole de la fécondité et sont le plus souvent satisfaites. Selon Mando Goïta, cette dernière ne s’occupe pas de formation comme le Poro, mais plutôt de la sécurisation des personnes et de leurs biens et favorise la procréation et proscrit le vol. Le Korè est également une société d’initiation qu’on retrouve dans plusieurs sociétés de notre pays. Partout où le Korè existait, tous les garçons devaient être initiés selon un cycle septennal. Le Korè qui est animé par les Korèduga, est le stade ultime d’un véritable cursus éducatif qui visait à construire au niveau du sujet et du groupe, l’identité masculine. Pour le chef des Korèduga de la Région de Sikasso Tiémoko André Sanogo, il assurait la police dans le village, interdisait les mauvais comportements pouvant nuire à la cohésion et au bien-être et protégeaient les populations contre les envoûtements, la sorcellerie et la violence. Selon lui, il existe 6 divinités en milieu traditionnel qui contribuent chacune à la régulation et à la protection de la société et des populations. FD (AMAP)   

Bambouck : Les mystères de Diakhaba

Par Bandé Moussa SISSOKO Bamako, 07 Nov (AMAP) L’inscription de Diakhaba (Commune de Bamafélé, Cercle de Bafoulabé) au patrimoine culturel national et mondial est une préoccupation majeure de ses habitants et des autorités administratives et politiques. Ce village aurait été fondé en 1059 par Salim Souaré, de retour de son dernier pèlerinage à La Mecque, pour servir de point de départ à la promotion de l’islam en Afrique de l’Ouest. Situé entre le village de Kala et le fleuve Bafing, en aval de Manantali, Diakhaba a joué un rôle de premier plan dans l’islamisation des peuples d’Afrique de l’Ouest. Jadis habité par les Dabo (cousins des Sissoko et des Souaré), cette localité est, pour les pays du Sud du Sahara, ce que représente la ville sainte de Tombouctou pour les Régions dans le Nord du Mali. Ces deux localités ont quelque chose d’insaisissable, de divin et doivent leur réputation à des grands marabouts qui ont inscrit leur nom dans les annales de la théologie. Salim Souaré, appelé affectueusement « Mbemba Laye » par les Malinkés des Cercles de Bafoulabé et de Kéniéba, a effectué sept fois le pèlerinage à La Mecque, en compagnie de milliers de fidèles. Formateur d’El Hadji Mahmoud Bagayogo, qui est le fondateur de l’Université Sankoré de Tombouctou, Mbemba Laye était de passage à Tombouctou. Lorsqu’il s’apprêtait à quitter cette ville sainte pour Diakhaba, un village qui n’existait pas à l’époque, les Tombouctiens lui auraient demandé d’attendre le retour des jeunes partis faire des courses afin de lui faire un cadeau digne de son rang. L’hôte leur aurait expliqué qu’ils pouvaient, le moment venu, jeter le paquet dans le fleuve, en formulant l’intention qu’il lui soit remis. Plus tard, vers 16 heures, devant la mosquée de Diakhaba, El Hadji Salim Souaré demanda à son cousin Mahamadou Dramé dit Draméba (grand Dramé) de l’accompagner au fleuve. Sur place, un poisson surgit de l’eau pour vomir un paquet contenant des objets de valeur et une correspondance venant de Tombouctou. D’après les notables et les griots du village, El hadji Salim Souaré est présenté comme l’un des descendants de Kaya Magan Cissé, empereur du Ghana, avant la prise de Koumbi Saleh par les Almoravides. Youssouf Cissé fut parmi les hommes qui ont enseigné l’islam dans l’ancien Wagadou. La mère de Youssouf est Fatoumata, une fille du roi Kaya Magan Cissé. Mbemba Laye, fils de Youssouf Cissé et d’Aïssatou Soudourou, a hérité du nom de famille Cissé de sa mère par le fait d’appartenir à la classe noble. Salim Souaré serait né vers l’an 172 de l’Hégire (794 du calendrier grégorien) à Djimbanladia dans l’actuel Macina. Il quitta ce village, à l’âge de 12 ans avec son père, pour le Diafounou où il a appris le Coran. Pour approfondir ses connaissances en islam, Mbemba Laye quitta le Diafounou pour l’égypte, puis l’Irak et l’Espagne, un voyage qui aurait duré 36 ans. De retour à Macina, Salim Souaré n’y retrouva que sa mère car son père était décédé quelques années auparavant. L’homme décida alors d’aller à Kingui, village d’origine de sa mère. Il y retrouva plusieurs cousins dont les mères étaient les trois sœurs de sa mère (Fatoumata, Aminata et Djénéba). Le fils de Youssouf Cissé s’est fait accompagner de certains de ses cousins, ainsi que des Fadiga, des Fofana, des Dramé pour rejoindre le Diafounou d’où il partira, plus tard, pour son premier pèlerinage à La Mecque, vers l’an 247 de l’Hégire, en compagnie de ses amis parmi lesquels El Hadji Mahamadou Diané de Manfara (Guinée), Mahmoud Bagayoko de Tombouctou, Boubacar Traoré de Diakhaba, Oumar Fofana de Mafourento (Mandé) et Yahya Tounkara de Samatiguila (Côte d’Ivoire). Après son 7e pèlerinage, une voix aurait retenti de la Kaaba ou d’Arafat ou de Koumbi Saleh pour annoncer que le pèlerinage de celui qui monte sur un cheval tacheté « si ware (en langue nationale Soninké) » a été accepté par le Seigneur. Il s’agissait de Salim Cissé de Djenné, qui par déformation deviendra El Hadji Salim Souaré de Bamboukhou Diakha. ARBRE PROTECTEUR- Ce pèlerin vit en songe le prophète Mahomet (PSL) qui lui ordonna de retourner dans son pays natal pour l’islamisation de sa contrée. Pour ce faire, il reçut des mains du Khalife de La Mecque trois choses dont un exemplaire complet du Coran écrit sur parchemin. Le second cadeau est une canne qui devait le conduire de son lieu de résidence habituelle (Djenné) à son site d’installation définitive. Cette canne devait lui parler et lui indiquer ce fameux lieu. Le prophète aurait, aussi, demandé à un arbre « souroudjouwo (en langue nationale Malinké) » d’accompagner Salim et de le protéger contre les intempéries, tout au long de son trajet. D’après les récits, il voyageait avec plus de 1.000 hommes et femmes dont les patronymes correspondaient à ceux des 70 grandes familles Diakhanké (habitant de Diakha). Après avoir parcouru 39 sites, le sage Souaré s’arrêta à Koléla, village à 45 km, en aval de Manantali, sur la rive droite du fleuve Bafing. C’est Koléla que la canne sacrée aurait désigné comme le lieu d’habitation de El Hadji Salim Souaré qui se serait exclamé: « diakha diakha ya nemou ! (c’est donc ici !) » C’est ainsi que Koléla est devenu, par la suite Diakhaba (mère de Diakha) et ses habitants s’appelèrent « Diakhango (les habitants de Diakha en Malinké) ». Koléla, alors habité par des animistes, sous la chefferie Sanoukegni, ancêtre des Dabo vivant d’agriculture, était touchée, chaque année, par des incendies, consumant l’essentiel de leurs récoltes, les exposant à une famine atroce. La chefferie du village demanda à Salim Souaré de faire des bénédictions pour le village. Ce qui fut fait, mais à condition que Koléla soit transféré de la rive droite à la rive gauche du fleuve. Car le pieu musulman ne voulait pas travailler dans un village animiste car l’adoration des fétiches allait à l’encontre de sa religion. Quand Dabo est parti, 33 de ses 40 enfants sont morts, de façon mystérieuse, et il n’a eu son salut qu’après